Relecture fugitive de quelques aphorismes du Gai Savoir de F.Nietzsche.
Celui-ci m'a semblé pouvoir s'appliquer encore de nos jours : extrait
§56
Le désir de souffrance. _ Si je pense au désir de faire quelque chose qui démange et aiguillonne continuellement les millions de jeunes Européens qui ne peuvent plus supporter tout cet ennui ni se supporter eux-mêmes, _ je me rends compte qu'il doit y avoir en eux un désir d'endurer quelque souffrance afin de tirer de leur souffrance une raison plausible d'agir, d'accomplir un exploit. La détresse est nécessaire! D'où le tapage des hommes politiques, d'où le grand nombre de "situations de détresse" fausses, inventées, exagérées dans toutes les classes possibles et l'aveugle complaisance disposée à y croire. ...
J'ai relevé tout particulièrement ce désir de souffrance, ce besoin de détresse auquel répondent les politiques en bons psychologues qu'ils sont... Ne serait-ce pas leur volonté de pouvoir qui les pousseraient à agir malgré eux en bons psychologues? Comprendre ce dont l'autre à besoin c'est déjà prendre un ascendant décisif sur lui. Celui dont le but est de diriger l'autre, déchiffre les âmes. Lire la suite ...
Apres une prise de courage à 2 mains, peut être y aura t il un article sur cette piece:
http://www.philosophieboudoir.com/ ou un melange de la philosophie dans le boudoir de Sade et du crépuscule des idoles de Nietzsche.
ca pourra toujours consistué une "premiere" approche de Sade, entre guillemet parce qu'il me semble que chacun expérimente le sadisme au moins vulgarisé comme tout le monde peut expérimenter le cynisme mais tout ca sans forcément bcp de rapport avec les pensées du "maitre"
Un mélange qui peut être détonnant, peut être qu'il faudra une bonne dose de Tchouang-Tseu pour rétablir un équilibre :o)
Autre lien sans rapport mais qui traine ici pour le moment :
Levi Strauss: interview et reponse à bourdieux, Comte sponville et autre.
§ 147
Question et réponse. _ Qu'est-ce que les peuplades sauvages commencent aujourd'hui par emprunter aux Européens ? L'eau de vie et le christianisme, les narcotica européens._Et qu'est-ce qui les fait périr le plus vite ? _ Les narcotica européens.
F.Nietzsche - Le gai savoir
Historiquement exact me semble-t-il. Emprunt ou consentement forcé par séduction, c'est la seule nuance que j'apporterais à l'aphorisme. Le christianisme et l'alcool, deux vecteurs d'ivresse ... mais aussi sources d'assoupissements, de sommeil, d'insensibilisation, qui couvrent la réalité d'un aura onirique trompeur. Que ne peut-on voir à travers les yeux extasiés d'un chrétien...
Ces deux poisons par lesquels l'Europe se meurt doucement foudroient les peuplades sauvages qui les ont adoptés : la nocivité d'une substance varie suivant l'affinité de l'organisme avec cette substance.
Digression : c'est pour cette raison que l'alcool est typiquement européen, le hachich orientale. A chacun son ivresse bien que les transfuges soient possibles.
bon je resiste pas à écrire un passage d'un tres bon bouquin, Socrate dans la nuit. de Patrick Declerck.
parallèle d'un homme qui apprend son cancer avec la derniere nuit de socrate...
franchement, j'aurais pu prendre un passage au hasard parce que bourré de perle. un bon style, de bonnes pensées, des reflexions. bref du bon. j'essaierais de faire tourner.
mais je vous mets ce passage qui m'a bien fait rire :
p 117 Lire la suite ...
"Et à quoi reconnaît-on, au fond, la bonne conformation ?
Au plaisir que nous procure l'individu bien conformé : à ce qu'il est taillé d'un bois à la fois dur, tendre et parfumé. Il n'aime que ce qui lui fait du bien ; son plaisir et son envie cessent dès qu'il dépasse la limite de ce qu'il lui faut. Si quelque chose lui nuit, il devine le remède ; il fait tourner la mauvaise fortune à son profit ; tout ce qui ne le tue pas le rend plus fort. II fait instinctivement son miel de tout ce qu'il voit, entend et vit ; il est un principe de sélection, il laisse tomber bien des choses. Les hommes, les livres, les paysages ne l'empêchent pas de rester toujours en sa propre société : il honore en choisissant, en acceptant, en faisant confiance. Il ne réagit aux excitations de tout ordre qu'avec cette lenteur qu'il tient de ses disciplines : une longue circonspection et une fierté voulue. Il ne croit ni à la « malchance » ni à la « faute » ; il sait venir à bout de lui-même et des autres, il sait oublier, il est assez fort pour obliger tout à tourner à son profit.
Décidément, je suis bien le contraire d'un décadent car c'est mon portrait que je viens de faire." Lire la suite ...
C'est reparti. Nouveau commentaire sur un aphorisme du Gai Savoir. J'ai choisi l'aphorisme 126 parcequ'il est court et parcequ'au premier abord j'avais une interprétation à en donner.
Donc voici la bête :
§126
"Les explications mystiques passent pour profondes; la vérité est qu'elles ne sont même pas superficielles."
Nietzsche ( quel nom calamiteux ) n'a aucune considération pour toute explication relative au mystère, pour toute explication fondée sur une croyance surnaturelle, sans support rationnel ( en un seul mot : mystique ). Une explication mystique est perçue comme profonde, son côté esotérique, abscons tenant lieu de profondeur. Elle n'est même pas l'inverse de ce pour quoi on la prend.
C'est une mise en garde. Un appel bien qu'indirectement formulé à ne pas qualifier de manière habituelle ces explications. Il y a supercherie. On confond superficialité et profondeur. Cet aphorisme est un constat de réaction. Nietzsche l'affirme de façon percutante mais ne nous le montre pas. A nous de nous en convaincre... ou pas.
Qui a une vision mystique du monde ? Lire la suite ...
Nietzsche... Je n'ai jamais compris ces aphorismes. Il parle une "langue" que je ne connais pas. Sa tournure d'esprit est trop éloignée de la mienne.
Mais "tout vient à point à qui sait attendre" et si aujourd'hui je ne lis pas dans Nietszche comme dans un livre ( et pourtant ... ), j'ai infléchi la tournure de mon esprit ( par je ne sais quel procédé ) de telle sorte que ses propos me semblent plus intelligibles.
Je me propose d'ouvrir le bal en commentant l'aphorisme 62 du "Gai Savoir". Enflamme du projet Nietzsche :
§62
"L'amour pardonne à l'aimé jusqu'au désir."
Mais qu'est-ce qu'il a bien voulu dire. Je comprends chaque mot de la phrase mais la phrase, je ne la comprends pas ou pas nettement. C'est un peu flou. C'est comme observer un objet à travers une nappe de brouillard qui rend ses contours et donc sa nature indistincte. Le brouillard ici c'est la phrase qui englobent les mots. L'objet que je veux percevoir est le sens de cette phrase dont les mots sont les contours. Lire la suite ...