div class='rss_chapo'pNous reproduisons ci-dessous trois communiqués : un premier de la a href="https://www.cgtftv.fr/liste-communiques/1915-20h-de-france-2-du-18-octobre-2026-sous-les-paves-la-propagande" class="spip_out" rel="external"CGT France Télévisions/a (20/10), un deuxième de la a href="https://www.cfdt-ftv.fr/2026/10/19/tout-feu-tout-flamme-retour-sur-ledition-speciale-du-20h-de-france-2/" class="spip_out" rel="external"CFDT France Télévisions/a (19/10), et un troisième de a href="https://syndicatsudftv.fr/wp-content/uploads/2026/10/tract-jt-france-2-18-octobre-1.pdf" class="spip_out" rel="external"Sud France Télévisions/a (21/10). Les trois font suite au même JT : le 20h du 18 octobre, sur France 2./p/div
div class='rss_texte'/br
h3 class='article_intertitres'« 20h de France 2 du 18 octobre 2026. Sous les pavés, la propagande ! » (communiqué a href="https://www.cgtftv.fr/liste-communiques/1915-20h-de-france-2-du-18-octobre-2026-sous-les-paves-la-propagande" class="spip_out" rel="external"CGT France Télévisions/a)/h3
p/brLe ministère de l'Intérieur en a rêvé, le 20h de Laurent Delahousse l'a fait ! Un clip de propagande intitulé « Au cœur des violences » qui décrédibilise les manifestants du 17 octobre. Un mouvement social d'ampleur nationale réduit à un message de haine sans filtre. Le 20h fait la démonstration de sa fascination pour la violence, une obsession./p
p12 minutes d'images de casse jusqu'à la nausée. Comme dans un film trash, s'inspirant des 3 règles du théâtre classique : unité d'action, de lieu, de temps. Lancé de pavés des casseurs, Place de la République à Paris, l'après-midi du 17 octobre./p
pÇa saute aux yeux : l'équipe a les deux pieds dans le même sabot, même une caméra de vidéosurveillance aurait fait mieux. On tourne en rond autour des poubelles en feu, le démontage du mobilier urbain, dans les nuages de gaz lacrymogènes. Leur mission ? Filmer les casseurs en action qui jettent des pavés à répétition, sous le nez des CRS et des manifestants piégés. C'est sans fin./p
p/brstrongDes manifestants qui ne parlent pas de leurs revendications/strong/p
pLes manifestants au milieu du chaos ont répondu présents Place de la République. Ils étaient venus porter leurs revendications. On attendait des sonores puissants, mais on est loin ici de Victor Hugo et de ses descriptions des barricades de juillet 1830 dans « Les Misérables ». br class='autobr' /
Le 20h de France 2 reste au ras du bitume et nous livre pêle-mêle avec des ambiances sonores captées à l'arrachée : « ic'est toujours plus ou moins le bordel mais aujourd'hui ça commence tôt/i », « iMarianne est en train de cramer/i », « iça m'a atterri dessus… ils tirent à bout portant… ils commençaient à utiliser les bombes au poivre... et tout le monde est parti et ils m'ont lancé une grenade assourdissante dessus… ça a impacté ma main…/i »./p
pTant pis pour les revendications des manifestants, on ne les entendra pas. Des pompiers passent devant la caméra, on espère l'interview des hommes du feu, mais non, rien : le néant./p
p/brstrongUne histoire sans parole ou presque, qui vise Mélenchon/strong/p
pAprès 4 longues minutes de violence, de chaos, de feu, d'effroi, de peur, de malheur, la voix de la journaliste refait surface, comme si de rien n'était. Sans transition elle annonce : br class='autobr' /
« iÀ quelques mètres de là, dans une ambiance bon enfant, entouré de jeunes qui manifestent dans le calme, Jean-Luc Mélenchon analyse la situation/i »./p
pJ-L Mélenchon : « iUne mise en mouvement de toute la jeunesse du pays, moi je ne suis pas capable là comme ça de trouver une comparaison, c'est plus puissant que Mai 68, au sein de la jeunesse, donc c'est vraiment un événement qui nous apprend des choses sur notre pays et surtout c'est incroyable !/i »/p
pVous l'aurez compris, le leader insoumis répond à une question sur les revendications des manifestations, et non sur la violence et les casseurs que l'on nous a servi tout au long du sujet. Un contre-sens évident, assumé par l'autrice du reportage et sa rédaction en chef. Un procédé grossier et malhonnête qui fait honte à la profession et qui par la même occasion éclabousse la crédibilité de toutes les rédactions de France Télévisions, de toutes les équipes qui peuvent en subir les conséquences sur le terrain./p
pAprès les tags de l'extérieur des locaux de France 3 à Grenoble le 18 septembre, c'est France 3 à Caen qui en a fait les frais en début de semaine avec le tag « iJournaliste collabo. La Pref vous parle tous les soirs/i »./p
p/brstrongAppel à la démission de l'équipe du 20h week-end/strong/p
pLe 20h week-end a choisi son camp. Desservir la cause des revendications légitimes portées par les lycéens et les citoyens : redonner des moyens à l'école, l'amélioration des conditions d'accès à l'éducation, l'égalité des chances, la fin de Parcoursup./p
pLe 20h week-end ne représente en aucun cas l'opinion de l'ensemble des journalistes de France Télévisions. Seule une fraction bâtit ce narratif nauséabond./p
pLa CGT se désolidarise complètement de ce JT de désinformation, porte-parole du ministre de l'Intérieur. Une télé de préfecture. La politique du pire à France Télévisions est à l'œuvre. Nous attendons des réponses claires du directeur de l'information pour savoir quelles suites il compte donner à ce crash éditorial. Pour la CGT, toute l'équipe du 20h du 18 octobre a failli et doit démissionner./p
/br
centerstrong***/strong/center/br
h3 class='article_intertitres'« Tout feu, tout flamme : retour sur l'édition spéciale du 20h de France 2 » (communiqué a href="https://www.cfdt-ftv.fr/2026/10/19/tout-feu-tout-flamme-retour-sur-ledition-speciale-du-20h-de-france-2/" class="spip_out" rel="external"CFDT France Télévisions/a)/h3
p/brVoilà quelque temps déjà que ce tract couvait. Comme un feu de poubelle.br class='autobr' /
Le traitement des manifestations lycéennes par France Télévisions./p
pMais, hier soir, comment dire, avec cette édition spéciale « La France sous le choc », France 2 a franchi un cap que même BFM n'aurait imaginé. Une ligne rouge déontologique. Piétinant à l'instar des casseurs qu'elle dénonce, comme insane, le contradictoire, la mesure, le traitement des faits, tous les faits./p
pUn choc, oui./p
p/brstrongUne tendance préoccupante/strong/p
pAcrimed avait déjà a href="https://www.acrimed.org/Au-JT-de-France-2-poubelles-brulees-partout"épinglé France 2/a au début du mois pour sa « hiérarchie » de l'information. Du lundi 28 septembre au jeudi 1ᵉʳ octobre, 13 h et 20 h cumulés, l'observatoire des médias note que le traitement des « violences » en marge du mouvement a été neuf fois plus important que les causes ou les revendications du mouvement lui-même. Les violences policières, elles, n'existant quasiment pas./p
/br
div class='spip_document_16662 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/graph_france_2_lyceens.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH366/graph_france_2_lyceens-41f11.png?1790961487' width='500' height='366' alt='' //a
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p/brLes accusations du gouvernement contre LFI devancent même les revendications des lycéens dans la hiérarchie de l'info./p
pLe 13 octobre, c'est Arrêt sur images a href="https://www.arretsurimages.net/articles/mobilisation-lyceenne-sur-france-info-16-heures-dantenne-13-minutes-de-lyceens" class="spip_out" rel="external"qui fait ses comptes/a sur France info. De 6h à 22 h, ce jour-là, les lycéens ont eu droit à 13 mn et 16 s, soit 1,38 % du temps d'antenne./p
/br
div class='spip_document_16700 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cfdt2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH364/cfdt2-67414.png?1792590617' width='500' height='364' alt='' //a
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p/brEn comptant les porte-parole du mouvement, non lycéens, et en ajoutant les étudiants interrogés dans les cortèges, la chaine plafonne à 25 minutes, soit 2,6 % du temps d'antenne./p
p/brstrongPlein gaz (lacrymo)/strong/p
pHier soir, nous avons voulu faire nos propres comptes lors de cette édition spéciale sur France 2 intitulée « La France a peur », heu non pardon « iLa France sous le choc/i »./p
pPrécision : nous ne critiquons évidemment pas ici les équipes de reportage qui se sont mobilisées tout le week-end dans des conditions extrêmement difficiles. br class='autobr' /
Ce que nous dénonçons, ce sont les choix éditoriaux, les angles des sujets, les « commandes » qui ont pu leur être passées./p
pPour nous mettre dans l'ambiance avant l'allocution du président de la République, sujet de 2 min consacré aux violences du week-end, cinq secondes sur les revendications./p
p « iEn regardant ces images, nous nous sommes tous demandé : qu'ont-ils en tête, comment des Français peuvent faire cela à la France ?/i » déclare fort à propos le président. br class='autobr' /
Vient-il de visionner le reportage de France 2 ? « iComment peuvent-ils en arriver là ?/i » br class='autobr' /
Justement, retour plateau, Laurent Delahousse se pose la même question. Exactement. « iComment en est-on arrivé là ?/i »/p
pLà, on était en droit d'attendre du service public des réponses. br class='autobr' /
Un éclairage politique, social et économique, des sujets sur le budget de l'éducation nationale, sur le schéma du maintien de l'ordre « à la française », sur la baisse du pouvoir d'achat… Du fond, quoi./p
pQue nenni. On est là et on y restera. Pendant 56 minutes. Et, le fond, on l'a touché, oui. Les sujets s'enchaînent, les mêmes images tournent en boucle et les synthés sont anxiogènes au possible : « Tensions maximales dans les centres-villes », « sidération à Limoges », « les forces de l'ordre dépassées »./p
pC'est la circulation circulaire de l'information, au sens propre. Effet siphon (cérébral) garanti./p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Dans « Sidération à Limoges », le maire accuse même « l'ultra-gauche » d'avoir brûlé le beffroi, « ielle a signé son crime/i », assène Sherlock… sans la moindre once de preuve ni parole contradictoire. On le laisse tranquillement dérouler. br class='autobr' /
C'est pourtant à Limoges, souvenez-vous, a href="https://www.cfdt-ftv.fr/2026/10/05/oradour-le-rn-et-france-3-limousin/" class="spip_out" rel="external"que l'extrême droite a eu le privilège de connaître le contenu d'un reportage/a sur Oradour avant même sa diffusion, au nom du même sacro-saint contradictoire./p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Dans le sujet « 24 h qui ont bouleversé le pays » : sur les 4 minutes de reportage, six secondes données à une lycéenne qui manifeste, 24 secondes sur les manifestations « pacifiques ». Tout le reste n'est que pillage, casse, incendies…br class='autobr' /
Règle de trois basique : si 24 h font 4 min, il y a eu dans cette journée « bouleversante » : 3 h de manifestations et 21 h de chaos./p
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div class='spip_document_16701 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH321/cfdt3-c141d.png?1792590617' width='500' height='321' alt='' /
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p/brS'ensuit évidemment un direct sur les 2300 interpellations, le profil des 550 gardés à vue. En pied, grand-écart, « iautre information/i », en bref, très bref, 5 secondes, montre en main, sur les enquêtes de l'IGPN suite aux blessures graves de mineurs à St-Etienne et Mulhouse. Retour aussitôt sur les « i3000 pilleurs à Marseille/i ». C'est quand même plus grave. Que vaut une main arrachée face à une Marianne de plâtre qui a perdu son nez ?/p
pIl faut attendre plus de 36 minutes pour que France 2 reconnaisse que « iles revendications sont toujours là/i » traitées sous l'angle, faut pas abuser non plus, du « isentiment de gâchis des manifestants/i »./p
p/brstrongAu cœur des violences/strong/p
pLes « imédias internationaux manquent de mots ce soir/i », entend-on. Visiblement France 2 aussi. Pour boucler cette spéciale qui tourne en rond, France 2 propose un sans commentaire (ou presque) de onze minutes. C'est dire la bizarrerie du concept : on a cru à un énième bug de la box./p
p« iAu cœur des violences/i », soit Orange Mécanique, sans chapeau mais avec le melon. Une « immersion » que, soit dit en passant, tout le monde peut désormais vivre en direct sur les réseaux sociaux grâce à la foultitude de manifestants vidéastes amateurs, sans com et avec un même son dégueulasse./p
pÇa commence par une minute de manifestations disons « normales », on ne sait plus quel mot employer à force, avant d'embrayer sur quatre minutes de « iscènes chaotiques de pure violence/i », sans commentaire, sans recul, sans explication./p
pLà, accrochez-vous, l'enchainement est très douteux. On retrouve « ià quelques mètres de là, entouré de jeunes qui manifestent dans le calme, Jean-Luc Mélenchon qui analyse la situation/i ». Quelle situation, on ne sait pas, et c'est là tout le problème. Ce dernier, ravi, sourire aux lèvres, répond : « iC'est plus puissant que mai 68 dans sa genèse… C'est incroyable !/i »/p
pInséré au chausse-pied entre deux séquences de « ipure violence/i », le moment est lunaire. Soit le montage est mal foutu, soit il est orienté. Dans les deux cas, c'est très grave. Retour sans transition sur les violences qu'on a déjà vues et revues. Elles durent cette fois six minutes supplémentaires./p
pSur les 48 min d'émission spéciale (hors allocution présidentielle), selon nos comptes, moins de deux minutes ont été consacrées aux revendications lycéennes et au plus de 600 000 manifestants dans les rues de France./p
pNous poserons tous les points soulevés ci-dessus en commission déontologie./p
pEn attendant, la CFDT FTV déplore ce traitement médiatique qui, ne soyons pas naïfs, fait le lit du RN et de son obsession pour le tout sécuritaire et l'ensauvagement de la France./p
pNous nous tirons aussi une balle de LBD dans le pied et dans l'œil. Dans le pied, car TF1, qui a beaucoup moins tartiné que nous hier soir, a réuni 2,5 millions de téléspectateurs de plus que nous. Dans l'œil, parce que nous sommes manifestement incapables de voir ce qu'attendent les jeunes des médias et de nous en particulier (il suffit pourtant de lire leurs pancartes)./p
pCe que nous devons à la société française. Une information équilibrée, froide, vérifiée, de l'analyse, du recul./p
pFrance Télévisions voulait « rassembler » les Français, là elle les divise. Pire, elle les occulte. Comment, oui, en est-on arrivé là ?/p
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h3 class='article_intertitres'« 20h du 18 octobre. France 2 ou les casseurs de la déontologie » (communiqué a href="https://syndicatsudftv.fr/wp-content/uploads/2026/10/tract-jt-france-2-18-octobre-1.pdf" class="spip_out" rel="external"Sud France Télévisions/a)/h3
p/br« iLa France sous le choc/i » : c'est le titre qu'a choisi France 2 pour son JT spécial du 18 octobre. D'entrée de jeu, le cadrage est clair, on ne parlera pas d'une France en colère, mobilisée, ou révoltée, d'une France qui manifeste ou qui s'exprime, mais d'une France « sous le choc ». Et ce n'était que le début d'une heure catastrophique d'antenne, qui nous a donné la nausée. Déontologie bafouée, information maltraitée, journalisme piétiné : tout était fait pour recracher le narratif du pouvoir en place et alimenter les discours de l'extrême droite./p
p/brstrongLa voix de son maître : un JT au service du gouvernement/strong/p
p« Sous le choc », c'est ainsi que nous laisse ce journal télévisé ni fait ni à faire. 56 minutes sans queue ni tête journalistique, centrées en grande partie sur les dégradations de biens, que les journalistes qualifient en boucle de « iviolences/i ». On vous laisse apprécier la mesure dans le choix des mots : « iviolences extrêmes/i », « iguérilla urbaine/i », « icentres-villes dégradés/i », « icommerces saccagés/i », « iriverains médusés/i », « isidération/i »… En revanche, il y a des termes que vous n'entendrez jamais : « inasse/i », « icharge policière/i », « imanifestants blessés/i »… Au total, dix secondes seulement seront consacrées à traiter à la fois une main arrachée par une grenade, et une adolescente éborgnée. Pas une seule fois, la stratégie du maintien de l'ordre décidée par le gouvernement ne sera interrogée ou remise en question./p
pPourtant, juste après l'allocution d'Emmanuel Macron, Laurent Delahousse pose la question : « iComment en est-on arrivé là ?/i » On s'attend alors à de l'analyse, à du recul, à des explications. Raté : on revient aux images, en boucle, de pillages des magasins, d'affrontements, sans jamais les interroger, ni les mettre en perspective. On devra se contenter d'un enchainement de micros-trottoirs et d'interviews, comme celle du maire de Limoges qui assure que « il'ultra-gauche a signé son crime/i ». Que fait-on avec ça ? Aucun contradictoire, aucune preuve, aucune recherche d'information, aucune remise en question journalistique. Ces accusations seront assenées à trois reprises dans le JT. On apprendra pourtant, le lendemain, par la bouche de la procureure de Paris, qu'elle ne peut « iabsolument pas confirmer/i » que les auteurs des violences sont des « ipersonnes politisées vers l'ultragauche/i »./p
pPar le choix des titres, par les angles des reportages, par la hiérarchisation des informations, par le manque criant de recul et d'analyse, Laurent Delahousse s'est transformé en idéologue et le JT est devenu un organe de propagande au service du ministère de l'Intérieur. Notez d'ailleurs que les seuls syndicats interrogés, au lendemain d'une mobilisation sociale historique, sont ceux… de la police./p
p/brstrongCNews n'aurait pas fait pire/strong/p
pMais c'est au bout de 43 minutes qu'arrive le clou du spectacle, le plus sordide. Le présentateur promet « une immersion au cœur de cette journée du 17 octobre ». C'est en fait 11 minutes 30 d'images d'affrontements, de sons d'explosions dans la capitale… le tout presque sans commentaire. On se demande ce qu'il se passe. La régie est-elle en train de diffuser par erreur un bout à bout de rushes bruts ? Ah non ! Après cinq minutes d'images de chaos sans aucun contexte, la rédactrice annonce : « ià quelques mètres de là, Jean-Luc Mélenchon analyse la situation/i ». Une tournure bien malhonnête : on croirait qu'il s'exprime sur les images de chaos qu'on vient de voir, alors qu'il se trouve, lui, dans un cortège tout à fait calme. Le candidat à l'élection présidentielle dira une phrase, à peine audible tant le son est médiocre. Il parle d'une « imise en mouvement de la jeunesse/i » et ajoute que « ic'est plus puissant que mai 68, (…) et surtout, c'est incroyable/i ». Puis, la journaliste enchaîne : « iet pendant ce temps-là, place de la République…/i » Et c'est reparti pour six minutes d'images de chaos, toujours sans analyse ni commentaire. La manipulation est grossière./p
pComment ne pas être d'accord avec nos confrères de Télérama, qui écrivent : « France 2 assume de renoncer totalement au journalisme » ? Comment ne pas avoir honte, en tant que salarié·es du même groupe, de ce traitement indigne du moment historique que traverse le pays ? Comment ne pas avoir peur, en tant que reporters de France Télévisions, d'être assimilé·es à ce simulacre de journalisme ?/p
pSud dénonce avec force cette heure d'antenne consacrée à faire la propagande du gouvernement et le lit de l'extrême droite. Notre carte de presse ne doit pas être qu'un symbole, elle nous oblige. Défendons-la. Sud exige une réponse du directeur de l'information aux nombreuses critiques internes et externes à France Télévisions./p/div
div class='rss_chapo'pNous reproduisons cette tribune signée par 780 étudiants en journalisme, et parue initialement a href="https://www.humanite.fr/en-debat/journalistes/nous-ne-voulons-pas-de-ce-journalisme" class="spip_out" rel="external"dans iL'Humanité/i/a le 16 octobre./p/div
div class='rss_texte'pDans le contexte du mouvement social lycéen actuel d'ampleur, nous, étudiantes et étudiants en école de journalisme, soutenons les revendications sociales de l'Union Étudiante dans sa pétition lancée le 5 octobre 2026, qui a récolté à ce jour 75 000 signaturesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Depuis la parution de la tribune, ce nombre a augmenté. Au 21 octobre, la (…)" id="nh1"1/a]/span./p
pNous dénonçons la couverture médiatique actuelle du mouvement lycéen par une grande partie des médias. Nous l'estimons intolérable. Les revendications lycéennes se retrouvent invisibilisées par des lignes éditoriales sensationnalistes et orientées./p
pTout comme la Ligue des droits de l'Homme, nous accusons certains médias d'omettre les violences policières, en se concentrant davantage sur les incidents provoqués par des « iindividus extérieurs/i », qui se seraient greffés aux groupes des lycéen·nes. Il est également important de souligner que certains médias refusent toujours de flouter les mineur·es pris·es en photos et vidéos, bafouant ainsi leurs droits./p
pSous couvert d'une prétendue impartialité journalistique, certaines rédactions faussent l'accès à l'information pour décrédibiliser le mouvement. ACRIMED, l'Observatoire des médias, a href="https://www.acrimed.org/Au-JT-de-France-2-poubelles-brulees-partout"relate/a qu'entre le 28 septembre et le 1er octobre 2026, les JT de France 2 (ceux de 13h et 20h) ont consacré seulement 11 sujets aux mobilisations lycéennes : 75 % du temps des sujets abordaient la dégradation matérielle, 8 % les revendications et seulement 3 % concernaient les violences policières, soit 47 secondes d'antenne… Nous observons une dissonance entre ce que nous voyons nous-même sur le terrain, au contact des personnes qui luttent et ce que relaie la majorité des médias./p
pUne telle couverture médiatique ne masque-t-elle pas les enjeux de la mobilisation ? Les rédactions mettent sous silence ce mouvement social. En tant que futur·es journalistes, nous nous indignons de ces méthodes, contraires à la déontologie journalistique. C'est pourquoi nous devons nous montrer solidaires et affirmons que nous soutenons nos camarades étudiant·es et lycéen·nes face à la répression policière et médiatique./p
pOn nous apprend que les mots servent d'abord à présenter les faits. Les événements récents mettent en lumière la manière dont la majorité des médias opèrent une inversion symbolique, consistant à traiter davantage les dégâts matériels que la perte d'un œil, d'une main ou d'une mâchoire fracturée. Nous dénonçons ici une manipulation sémantique. Pour criminaliser les revendications en cours, les médias qualifient des feux de poubelle de « iviolences urbaines/i ». Ils décrètent « iviolents/i » les moindres dégâts matériels quand la répression et les sévices physiques apparaissent sous l'appellation « maintien de l'iordre/i ». Il ne s'agit donc pas seulement d'une différence de vocabulaire mais d'un choix éditorial./p
pCes sujets nous concernent toutes et tous. Nous devons nous mobiliser afin que ces enjeux déontologiques ne soient pas étouffés au service de cette répression exercée sur la liberté d'expression. L'essor grandissant de nouveaux médias, sur les réseaux sociaux notamment, est un indicateur important du besoin de représentation que ressentent de nombreux·ses jeunes./p
pNous nous opposons aux méthodes de traitement de l'information de certains médias grand public. Ils devraient réaliser un travail important de recontextualisation, qui permettrait de comprendre la complexité d'un mouvement social. En tant qu'étudiant·es en journalisme, il est de notre devoir de nous unir contre cette désinformation qui porte préjudice à la reconnaissance des revendications et occulte les violences policières subies, en grande partie par des mineur·es./p
pLe journalisme est un contre-pouvoir par nature et l'information, un bien commun. N'oublions pas que l'essor de la presse prend ses racines en pleine Révolution Française, en suivant l'idée républicaine : par le peuple, pour le peuple./p
pNous nous reconnaissons davantage dans la couverture de certains médias à la ligne éditoriale indépendante et appelons les médias grand public et leurs journalistes à se responsabiliser. D'autant plus que dans un contexte de campagne présidentielle, le rôle des médias occupe une place majeure./p
pChaque journaliste a une responsabilité. S'affranchir du cadre déontologique, en faisant primer l'opinion sur la véracité des faits, revient à condamner à mort, non pas uniquement la profession, mais la démocratie elle-même. Nous ne voulons pas de ce journalisme./p
p/brstrong780 étudiantes et étudiants de 15 écoles de journalisme/strong (École de journalisme de CY Cergy, Celsa – Paris, CFJ – Paris et Lyon, ESJ – Lille, École de journalisme de Grenoble, les étudiant.es de l'école de journalisme de l'IFP – Paris, EJCAM – Marseille, les étudiant.es mobilisé.es de l'IJBA – Bordeaux, IPJ – Paris, EDJ – Paris, CUEJ – Strasbourg, IUT de Lannion, EJC – Cannes, Master de journalisme de Metz, EPJT – Tours)./p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanDepuis la parution de la tribune, ce nombre a augmenté. Au 21 octobre, a href="https://www.change.org/p/10-mesures-d-urgence-pour-la-jeunesse" class="spip_out" rel="external"la pétition compte/a 91 000 signataires. Note d'Acrimed/p
/div/div
Sur tout le territoire, les mêmes récits. Des groupes de policiers qui agressent les points de rassemblement des manifestations avant même le départ. Une fois, c'est un excès de zèle. 10 fois, c'est une doctrine, une consigne. Et c'est ce qui a déclenché, partout, des heures d'affrontements.
div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/-releve-sur-le-net-"Contre-attaque/a/b/div
Avec un budget de 37 milliards d'euros dont 27 milliards dédiés à la Police et la Gendarmerie Nationale, on aurait pu penser les RG suffisamment dotés pour infiltrer nos réseaux, pourtant publics. Tout y était exposé, depuis des semaines. Nos grands-parents étaient dans la rue, à nos côtés, eux qui pourtant n'ont ni Signal, ni Telegram, ni Instagram. Mais l'Etat, lui, ne savait pas. Peut-être devrait-il penser à engager Mamie. Elle est mieux renseignée.
div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/-lundi-matin-"Lundi matin/a/b/div
div class='rss_chapo'pDeux soirées électorales, deux ambiances dans les rédactions allemandes : la victoire triomphale du parti d'extrême droite AfD en Saxe-Anhalt le 6 septembre et l'arrivée en tête de la formation de gauche Die Linke à Berlin deux semaines plus tard. Lequel de ces deux événements politiques a-t-il suscité le plus d'effroi ?/p/div
div class='rss_texte'p« iÇa fait vraiment peur/i », frissonne face à la caméra Julius Böhm, l'envoyé spécial du média en ligne NIUS. « iBerlin c'est la fin/i », se lamente sur X Felix Dachsel, chef du service des grands reportages au iSpiegel/i, l'hebdomadaire le plus diffusé d'Allemagne. « iLa police berlinoise est horrifiée/i », alerte de son côté le fil d'infos du quotidien conservateur iDie Welt/i, qui rapporte ce constat lugubre d'un porte-parole en képi : « iBerlin ist gefallen/i », Berlin est tombée. Nous sommes le dimanche 20 septembre au soir et la presse allemande découvre avec stupeur et tremblements les résultats des élections régionales qui viennent de se clore dans la capitale allemande./p
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h3 class='article_intertitres'Péril rouge et « clans arabes »/h3
p/brManifestement, l'heure n'est pas seulement grave : elle est apocalyptique. Est-ce parce que l'AfD vient de remporter à Berlin le meilleur score de son histoire avec 16,2 % des voix, presque deux fois plus qu'il y a cinq ans ? Bien sûr que non. De l'extrême droite et de son ascension dans le pays, il sera relativement peu question tout au long de la soirée. Deux semaines plus tôt, pourtant, le parti couvé par Elon Musk a raflé près de 44 % des voix en Saxe-Anhalt. Il se trouve aujourd'hui en position de gouverner le Land, qui deviendrait ainsi le premier territoire allemand à succomber à l'extrême droite depuis les années 1930. Mais à quoi bon s'en inquiéter, puisque ce qui monopolise l'attention ce soir et fait couler des hectolitres de sueur sur les plateaux, c'est la victoire à Berlin de Die Linke, la formation de gauche arrivée largement en tête avec 25,7 % des voix, bien au-delà de ce qui était attendu./p
pSa cheffe de file, Elif Eralp, est une juriste spécialisée en droit de l'immigration, fille d'un couple de syndicalistes turcs qui ont fui leur pays lors du coup d'État militaire de 1980. Elle a axé sa campagne sur un positionnement antifasciste clair et sans ambages, mais aussi sur la promesse de porter remède à la crise du logement. Face à un coût du mètre carré qui a presque doublé en dix ans, Elif Eralp propose de plafonner les loyers, de construire de l'habitat social et de « communaliser » (ivergesellschaften/i) 220 000 logements détenus par les grands groupes immobiliers. Manifestement, la perspective d'une expropriation massive des accapareurs n'a pas trop rebuté l'électorat./p
pSur les éditorialistes, en revanche, elle fait l'effet d'une averse de grêle. « Radical », « fou », « irréaliste », « démagogique » et « dangereux » sont les maîtres mots de la soirée. Lorsque le chancelier Friedrich Merz annonce en urgence une loi interdisant la communalisation de logements privés au nom des sacro-saints intérêts des « iinvestisseurs allemands comme étrangers/i », les convives de l'animateur Markus Lanz, sur la deuxième chaîne publique ZDF, hochent la tête d'un air entendu : sanctuariser les profits des nababs de l'immobilier leur paraît une mesure de bon sens. Pour conjurer le retour des soviets, le journaliste Jörg Thadeusz exhorte les partis de centre-gauche (SPD et Grünen) à refuser toute coalition avec Die Linke. « iIl faut étouffer dans l'œuf la formation d'un gouvernement de gauche à Berlin/i », vocifère-t-il sur le plateau de « Tagesthemen », le JT de la première chaîne publique ARD (20/09). En somme, le cordon sanitaire qui était autrefois de mise avec l'extrême droite doit désormais s'appliquer aux antifascistes./p
pComme ailleurs en Europe, l'aversion contre la gauche se nourrit aussi de l'instrumentalisation de l'antisémitisme : une grande partie des médias allemands accusent Elif Eralp et son parti de haine anti-juive du fait de leur dénonciation du génocide de Gaza. Dans un pays où les grands médias persistent encore à parler de « guerre contre le Hamas », et où l'acquisition de la citoyenneté est conditionnée à la reconnaissance du droit à l'existence d'Israël, toute expression d'une sympathie pour les victimes palestiniennes est nécessairement suspecte d'hérésie. Surtout venant d'une candidate d'origine turque, et plus encore d'un parti politique qui, à Berlin, compte une proportion non négligeable de militants issus de l'immigration./p
pCe n'est donc pas une surprise si les clameurs médiatiques soulevées par le vote berlinois vont se déplacer en un clin d'œil du terrain économique – sauver la rente immobilière des fonds d'investissement – vers les sables mouvants de la « Staatsräson » et leur composante aujourd'hui la plus viscérale : l'islamophobie. Rien n'indique mieux ce changement de focale que le cri du cœur de Ulf Poschardt, l'ancien directeur de iDie Welt/i et toujours porte-parole influent d'Axel-Springer, premier groupe de médias et d'édition du pays : « iTout le monde a peur de 1933. Le véritable danger, pourtant, c'est 1949 : le retour de la RDA – avec, en prime, des islamo-fascistes arabes/i », s'étrangle-t-il sur X au soir du scrutin, dans une version typiquement germanique du cross-over « islamo-gauchiste ». Ainsi va le révisionnisme de la classe médiatique allemande, friande de « devoir de mémoire » lorsqu'il s'agit de justifier les livraisons d'armes à Israël, mais où la résurgence du nazisme est considérée comme un moindre mal face au péril rouge sarrasin./p
pCette fulgurance donne le ton de la campagne de presse qui va se déployer dans les jours qui suivent. Certes, beaucoup l'admettent, il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent avec Elif Eralp, qui s'est toujours illustrée par sa modération sur la question palestinienne et qui, dès son discours de victoire, a réitéré l'assurance qu'elle ferait de la lutte contre l'antisémitisme une de ses priorités. Mais on peut tout de même trouver des osselets à ronger – comme, par exemple, la présence de la candidate à un concert de soutien donné fin août dans le quartier populaire de Neukölln, au cours duquel le rappeur Dahabflex a lancé « death to IDFspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Israel Defense Forces, c'est-à-dire l'armée israélienne." id="nh1"1/a]/span ». Dans la quasi-totalité des portraits qui lui seront consacrés au lendemain de l'élection, il n'en faudra pas plus pour soupçonner Elif Eralp de « iduplicité/i », voire de « icomplaisance envers les antisémites/i » (iTagesspiegel/i, 21/09). Les médias vont aussi relayer avec gourmandise l'intervention de l'ambassadeur d'Israël à Berlin, Ron Prosor, pour qui la percée de la gauche berlinoise représente une « imenace immédiate pour la survie/i » de la communauté juive de la ville – déclaration contre laquelle cent cinquante membres de ladite communauté signeront le 24 septembre une lettre ouverte en défense de Die Linke. « iCe déluge d'accusations vise à étouffer les opinions divergentes et à saper le droit international/i, écrivent-ils. iDans un contexte où l'antisémitisme ne cesse de gagner du terrain partout, le fait de pointer du doigt un parti de gauche démocratique constitue non pas une observation neutre, mais un instrument politique destiné à détourner l'attention et à la réorienter./ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Lettre ouverte publiée sur le site du « Forum de la gauche syndicale de (…)" id="nh2"2/a]/span » Sans surprise, leur texte bénéficiera d'une couverture médiatique nettement moins abondante que les diatribes de l'ambassadeur./p
pUne petite histoire rapportée le soir-même de l'élection va occuper une place encore plus envahissante dans le récit médiatique : parmi les sympathisants de Die Linke rassemblés cette nuit-là au siège berlinois du parti, un photographe saisit l'image d'un homme racisé qui lève le pouce en signe de victoire. Il s'agit de Issa Remmo, patriarche d'une famille libano-allemande régulièrement mise en cause pour ses activités criminelles. Pour les médias, c'est du grain à moudre inespéré. Certes, la salle était ouverte à qui voulait entrer, certes, l'homme fut prié de quitter les lieux à peine reconnu, comme le relatera le lendemain le journaliste indépendant Yossi Bartal, a href="https://www.freitag.de/autoren/elsa-koester/yossi-bartal-entdeckte-issa-remmo-auf-linke-wahlparty-da-dachte-ich-scheisse" class="spip_out" rel="external"témoin de la scène/a, sur Bluesky. Qu'importe, la machine est huilée et prête à mouliner. D'autant qu'un détail providentiel va encore lui fournir du carburant : l'homme était accompagné d'un réfugié palestinien de 70 ans identifié comme ancien militant du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Un soupçon de mafia libanaise et un parfum de terrorisme palestinien : le mélange parfait pour attiser le scandale./p
p« iPour les Juifs et les Juives à Berlin c'est une situation extrêmement menaçante/i », alerte dès le lendemain iFocus/i, l'un des plus gros hebdomadaires du pays. En sous-titre : « iLes dirigeants de Die Linke fêtent leur victoire en posant avec des partisans du Hamas./i » Durant plusieurs jours, la quasi-totalité des journaux de la ville et du pays vont faire leur miel de cette incrimination par association. Du quotidien ex-alternatif iTageszeitung/i (ou iTaz/i) au conservateur iFrankfurter Allgemeine/i en passant par la presse Springer, les ondes publiques ou le centre-gauche iSüddeutsche/i, tous s'indignent et spéculent sur les sombres apparentements entre la gauche berlinoise, les « clans arabes » et les Palestiniens forcément suppôts du Hamas (le FPLP est d'inspiration marxiste). On en oublierait presque l'abominable spoliation qui guette les gros propriétaires immobiliers./p
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h3 class='article_intertitres'Un peu de vernis sur le nettoyage ethnique/h3
p/brLa répugnance avec laquelle les médias allemands accueillent l'irruption d'une candidate progressiste sur la scène politique contraste singulièrement avec la normalisation de l'extrême droite consacrée deux semaines plus tôt par le triomphe de l'AfD en Saxe-Anhalt. Cette fois, pas de vent de panique dans les rédactions, ni de sirènes annonciatrices de la fin du monde, ni d'extrapolations disqualifiantes : quelques mines abasourdies, consternées parfois, mais aussi de prodigieux efforts de compréhension, notamment sur les plateaux de Caren Miosga et Markus Lanz, hôtes des deux principaux talk-shows politiques de la télévision publique (respectivement sur ARD et ZDF)./p
pIci, le fameux cordon sanitaire qui prévalait si longtemps dans les médias allemands, et rendait impensable l'invitation d'un politique d'extrême droite, a craqué il y a déjà quelques années. Caren Miosga et Markus Lanz n'hésitent plus à tendre un siège bien rembourré aux dirigeants de l'AfD. Et notamment à la première d'entre eux, Alice Weidel, intronisée sur le plateau de Caren Miosga le 2 février 2025 pour une causerie ainsi présentée : « iQuel genre d'Allemagne voulez-vous, Madame Weidel ?/i » Elle y trouva l'occasion d'étaler longuement et librement sa haine des immigrés et ses projets de « remigration » conçus pour rendre au iVaterland/i sa blancheur immaculée. « iCette émission donne un nouveau et triste exemple de la manière dont la télévision publique offre gratuitement de la publicité aux fascistes – dans l'espoir naïf qu'il serait possible, d'une manière ou d'une autre, de "désenchanter" le fascisme en mettant ses représentants suffisamment souvent devant les caméras/i, nota le lendemain le site de critique des médias Übermedien. iLa désinformation, les théories du complot et l'incitation à la haine détruisent le débat. Les mensonges et les fausses informations sont difficiles à réfuter une fois qu'ils ont été diffusés. Leur répétition constante les ancre dans l'esprit du public. Cela ne semble pas préoccuper l'ARD et la ZDF. The talk must go on./ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="« Hört auf, die AfD in Talkshows einzuladen ! » (« Arrêtez d'inviter l'AfD (…)" id="nh3"3/a]/span »/p
pC'est donc assez logiquement que le travail de légitimation de l'extrême droite passe un nouveau cap le soir de son triomphe en Saxe-Anhalt le 6 septembre dernier. Caren Miosga reçoit cette fois le politologue Christian Stecker, qui milite pour effacer les derniers vestiges du cordon sanitaire d'antan. Lorsqu'elle lui demande pourquoi l'immigration provoque un tel rejet en Saxe-Anhalt, l'un des Länder du pays comptant la plus faible proportion d'étrangers, l'universitaire rétorque doctement : « iJe crois que l'acceptation du pluralisme fait qu'on peut aussi bien défendre un projet de société multiculturel que la conception ethno-pluraliste portée par l'AfD, à savoir que le peuple allemand est une communauté culturelle que l'on souhaite protéger en se demandant quelle immigration on veut et en quelle quantité./i » Ni l'animatrice, ni son autre invité (l'ancien ministre de l'Intérieur Thomas de Maizière, de droite lui aussi) ne bronchent face à cette justification pseudo-savante du racisme. « Ethno-pluralisme » est une notion forgée dans les années 1970 par Henning Eichberg, idéologue de La Nouvelle Droite aux côtés du français Alain de Benoist. Elle véhicule l'idée d'un « idroit à la différence culturelle/i » qui justifierait une séparation étanche des groupes ethniques. Au racisme biologique des nazis canal historique, mal vu à l'époque, elle substituait un racisme « culturel » que la bourgeoisie éclairée pouvait épouser en toute bonne conscience. « iCe concept fournit donc une base idéologique à l'exclusion, à l'expulsion et au nettoyage ethnique/i », comme le souligne la journaliste et autrice Annika Brockschmidtspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Annika Brockschmidt, « Normalisierung zur besten Sendezeit » (« La (…)" id="nh4"4/a]/span./p
pTrois jours plus tard, surprise : le chancelier Friedrich Merz, qui n'a eu de cesse de plagier les mots d'ordre de l'AfD pour accélérer sa propre a href="https://mixedmigration.org/publications/mmr/2025/migration-policy-in-a-rightward-shifting-political-landscape/" class="spip_out" rel="external"politique d'expulsions de réfugiés/a, prononce un discours au Bundestag dans lequel il accuse le parti d'extrême droite de vouloir mettre en œuvre un « inettoyage ethnique en fonction de l'origine et de la couleur de peau/i ». Tel est en effet le projet revendiqué par l'AfD : rafler et expulser en masse des millions d'étrangers, de demandeurs d'asile et d'Allemands naturalisés. Mais la presse s'interroge : le chancelier ne va-t-il pas trop loin ? Dans iBild/i, le tabloïd droitier du groupe Springer et titre le plus diffusé d'Allemagne, on convoque un historien membre de la CDU, Andreas Rödder, qui juge la déclaration de Merz excessive : « iIl ne s'agit pas d'un nettoyage ethnique tel que nous le connaissons à travers l'histoire et qui a toujours été associé à des mesures de violence./i » La « remigration » voulue par l'AfD sera non-violente bien sûr et respectueuse des droits humains. « iNous ne devrions pas jeter d'huile sur le feu/i », opine un autre historien consulté par iBild/i, Michael Wolffsohn (09/09)./p
pCette injonction aux bonnes manières se révèle assez largement partagée dans le monde médiatique. « iUn nettoyage ethnique, comme dans les Balkans ? Malgré toutes les critiques justifiées que l'on peut porter sur les idées nationalistes de l'AfD, Merz s'est laissé emporter/i », tempère également le journal de référence des milieux d'affaires, iFrankfurter Allgemeine/i (11/09)./p
pVues de France, pareilles attentions paraîtront sans doute étonnamment familières. L'accoutumance au fascisme structure désormais la vie politique dans les deux pays. Mais, en Allemagne, elle constitue encore un phénomène relativement nouveau. L'effet de rattrapage est d'autant plus brutal. Si certains journaux, comme le iSpiegel/i, se refusent toujours – jusqu'à quand ? – à interviewer les dirigeants de l'AfD, la plupart n'ont plus de scrupule à les traiter en interlocuteurs comme les autres. La normalisation du génocide de Gaza, qui a vu la grande majorité des rédactions s'aligner docilement sur les éléments de langage des gouvernements allemand et israélien, n'est sans doute pas étrangère à cette remise à jour. Lorsqu'on ferme les yeux sur des massacres de civils, on peut aussi bien avaler un programme de guerre contre les minorités./p
pLa presse Springer constitue à cet égard un cas d'école, puisque l'extrême droite y bénéficie du même traitement de faveur que les porte-voix de l'armée israélienne. Sous les manchettes graisseuses de iBild/i comme dans l'habillage bourgeois de iDie Welt/i, les dirigeants de l'AfD jouissent d'un accueil affable, tandis que les mobilisations de soutien à Gaza sont constamment décriées comme antisémites et pro-Hamas. Et la tribune d'Elon Musk, publiée à la Une de iDie Welt/i en décembre 2024, qualifiant le parti d'Alice Weidel de « idernière lueur d'espoir/i », fait naturellement écho à la déclaration d'amour au Premier ministre israélien déclamée deux mois plus tôt par le porte-étendard du groupe, Ulf Poschardt : « iNetanyahou est l'avant-garde de l'occident/i », on peut compter sur lui pour nous protéger du « ivirus anti-occidental et anti-Lumières/i » propagé par les « idécadents/i » et les « ibarbares/i » (N24, la chaîne info de iDie Welt/i, 06/10/2024)./p
pAujourd'hui Poschardt s'éponge le front en observant le mouvement des lycéens français, qui ont l'audace de ne pas tous être blancs et chrétiens. « iLes élections à Berlin le montrent, l'immigration musulmane est devenue un facteur déterminant dans les stratégies de conquête de la gauche. On voit ces jours-ci en France comment cela se termine/i », grondait-il le 2 octobre dans iDie Welt/i. On a vu : ça se termine par des reporters d'extrême droite chassés des manifestations comme des malpropres. Bientôt aussi en Allemagne ?/p
p/brstrongOlivier Cyran/strong/p/div
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div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanIsrael Defense Forces, c'est-à-dire l'armée israélienne./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLettre ouverte publiée a href="https://gewerkschaftliche-linke-berlin.de/offener-brief-berliner-juedinnen-und-juden-fuer-eine-soziale-und-sichere-stadt/" class="spip_out" rel="external"sur le site/a du « Forum de la gauche syndicale de Berlin » (Forum Gewerkschaftliche Linke Berlin)./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /span« Hört auf, die AfD in Talkshows einzuladen ! » (« Arrêtez d'inviter l'AfD dans les talk-shows ! »), a href="https://uebermedien.de/102558/hoert-auf-die-afd-in-talkshows-einzuladen/" class="spip_out" rel="external"Übermedien/a, 03/02/2025./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanAnnika Brockschmidt, « Normalisierung zur besten Sendezeit » (« La normalisation aux heures de grande écoute »), a href="https://www.patreon.com/annikabrockschmidt/posts/sonderfolge-zur-169447348" class="spip_out" rel="external"sur son podcast/a, 13/09/2026./p
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Une théorie de l'émeute est une théorie de la crise. Cela est vrai à un niveau local et vernaculaire, aux moments de verre brisé et de flammes, au cours desquels l'émeute est censée être l'irruption d'une situation désespérée, la paupérisation parvenue à sa limite, la crise d'une communauté ou d'une ville donnée, pour quelques heures ou quelques jours. On peut cependant comprendre l'émeute dans son sens intrinsèque et structurel uniquement si, pour paraphraser Frantz Fanon, on est à même de découvrir le mouvement historique qui lui confère forme et substance. Il nous faut alors approfondir, voir là où les circonstances amalgamées de l'émeute sont indissociables de la crise capitaliste, systémique et actuelle. (PDF, 216 pages)
div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/-releve-sur-le-net-"Entremonde/a/b/div
Le 17 octobre 61, la Fédération de France du FLN appelle les Algériens de la région parisienne à manifester pacifiquement contre le couvre-feu instauré le 5 octobre par le préfet de police, Maurice Papon. 30.000 manifestants face à 7000 policiers, 12.000 arrestations, 3 morts selon le bilan officiel, plus de 300 selon le FLN.
div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/-vacarme-"Vacarme/a/b/div
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH81/grandematinale-7a15b.png?1792411227' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt="" /
div class='rss_chapo'pComment et avec qui les intervieweurs de « La grande matinale » de France Inter ont-ils choisi de parler des mobilisations lycéennes ? Nous avons écouté (et minuté) l'intégralité des entretiens de l'émission entre le lundi 28 septembre et le mardi 13 octobre. Le constat est accablant, entre désintérêt pour le sujet, priorité à la parole gouvernementale et occultation des violences policières./p/div
div class='rss_texte'p« La grande matinale » de France Inter, en tête dans le paysage radiophonique français avec 4,6 millions d'auditeurs chaque jour, dispose de deux cases d'interview : « L'invité de 7h50 » (un entretien de 9 à 11 minutes chaque jourspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Sous le patronage de Benjamin Duhamel du lundi au jeudi, de Quentin Lafay du (…)" id="nh1"1/a]/span), et « L'invité de 8h20 » (un grand entretien de 20 à 25 minutes, du lundi au vendredispan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Conduit par le duo Florence Paracuellos/Benjamin Duhamel du lundi au jeudi, (…)" id="nh2"2/a]/span). Constitué entre le 28 septembre et le 13 octobre, notre corpus compte 28 interviews au total. Ces prestigieux segments sont les temps forts de l'émission quotidienne : ceux qui font le plus d'audimat, qui génèrent des posts sur les réseaux sociaux, des commentaires dans le champ politique et des reprises à travers toute la presse. Comment les journalistes-vedettes qui les animent ont-ils traité les mobilisations lycéennes et étudiantes ? Réponses chiffrées – et accablantes pour la « première matinale de France »./p
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h3 class='article_intertitres'Désintérêt/h3
p/brPremier constat : alors que le pays connaît un mouvement lycéen d'une ampleur inédite, le sujet ne semble pas passionner les matinaliers de France Inter. Entre le 28 septembre et le 13 octobre, sur 28 entretiens (d'une durée cumulée de 7 heures et près de 36 minutes), seulement 14% du temps d'antenne a porté sur le sujet./p
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div class='spip_document_16694 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/inter_graph1.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH363/inter_graph1-d2fcb.png?1792411228' width='500' height='363' alt='' //a
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p/brSur ces 28 entretiens, trois ont été consacrés entièrement (ou presque) à la mobilisation lycéenne ; un quatrième le fut en grande partie : celui de Manuel Bompard (29/09), au cours duquel le sujet a occupé 8 minutes et 15 secondes – soit un tiers du temps d'antenne. Pourtant brûlante, cette actualité occupera une part résiduelle de cinq entretiens supplémentaires, pour une durée allant de 27 secondes (face au gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin, 07/10) à 2 minutes et 50 secondes (face à l'acteur Vincent Lindon, 08/10)./p
pAu cours de ces deux semaines, les mobilisations lycéennes ont bel et bien été traitées ailleurs dans la matinale, dans « Le grand débat » du week-endspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="« Les mouvements lycéens : l'ampleur de la colère ? » (04/10) et « Mouvement (…)" id="nh3"3/a]/span et, bien sûr, dans les journaux d'information. Mais a href="https://www.acrimed.org/France-Inter-Sciences-Po-et-la-Palestine"on le sait/a : beaucoup plus courts, bien moins exposés et rarement repris par les confrères, les sujets de journaux n'occupent pas la même place dans la hiérarchie de l'information. La parole des premiers concernés y est de surcroît sélectionnée et fatalement compressée par le format du micro-trottoir, donc de portée moindre que lors d'un entretien seul à seul face à un intervieweur pendant près de dix ou vingt minutes en continu…/p
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h3 class='article_intertitres'Priorité au gouvernement/h3
p/brDeuxième constat : parmi les trois entretiens focalisés sur le mouvement social, deux ont été accordés à des ministres – Laurent Nuñez (« L'invité de 8h20 », 06/10) et Édouard Geffray (« L'invité de 7h50 », 13/10) – et un seul à des représentants de lycéens : le 2 octobre, Sabrine Kharbach et Ryad Rani, respectivement porte-parole de l'Union étudiante et de l'Union syndicale lycéenne (USL), ont été conviés pour le créneau d'interview le plus court, dont nous avons en outre pu observer a href="https://www.acrimed.org/Mediatiser-les-representants-des-lyceens-tendre"la teneur/a…/p
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div class='spip_document_16695 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/inter_graph2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH376/inter_graph2-8452c.png?1792411228' width='500' height='376' alt='' //a
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p/brBilan des courses : au cours des deux premières semaines de médiatisation du mouvement social, alors que les intervieweurs de « La Grande matinale » ont consacré 1 heure 2 minutes et 6 secondes au sujet, ils auront passé la moitié du temps d'antenne (31 minutes et 30 secondes) à en discuter… avec des membres du gouvernement !/p
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h3 class='article_intertitres'Occultation des violences policières/h3
p/brSur cette soixantaine de minutes au total, 22 minutes et 24 secondes ont été consacrées aux « violences » en général – poubelles brûlées et mains arrachées confondues. L'entretien avec Laurent Nuñez en accapare pas moins de 15 minutes et 20 secondes. Si le ministre de l'Intérieur n'est pas ménagé, et si l'entretien questionne avec insistance sa « istratégie de maintien de l'ordre/i », les violences policières ne sont jamais problématisées comme telles par les intervieweurs. S'il mentionne quelques cas précis au détour de relances (main arrachée à Lens, mâchoire fracturée à Saint-Ouen-l'Aumône, lycéens éborgnés par des tirs de LBD à Tours et Argenteuil), Benjamin Duhamel ne les mobilise que comme des exemples d'éventuels abus de la force (toujours) légitime. Une approche qui se pense neutre et factuelle, qui oppose de fait un propos contradictoire… mais qui se borne à parler de « maintien de l'ordre » plutôt que de « violences policières ». Un cadrage d'ailleurs bien pratique pour le ministre qui, même placé face à des cas concrets, peut justifier son recours à la force au nom de l'ordre et de la lutte contre les « iviolences urbaines/i ». Les intervieweurs parleront bien volontiers de « iconsignes de retenue/i » ; ils questionneront une « idisproportion/i » de la force, mais le feront en présentant systématiquement cette dernière comme une « iréponse/i » ou des « irépliques/i » des « iforces de l'ordre/i ». Le ministre ne s'y trompe pas et félicite d'ailleurs la présentatrice Florence Paracuellos au terme de sa toute première question : « iJ'aime bien que vous parliez de "répliques"/i ». Courageux mais pas téméraires, les matinaliers délègueront l'emploi du terme « irépression policière/i »... à un auditeur reçu par téléphone (en l'occurrence Kaïs, un lycéen de Créteil). L'inégalité du dispositif se chargera du reste : « iOn ne peut pas parler de répression/i », balaye en une phrase Laurent Nuñez. Les journalistes n'y reviendront pas./p
pEn réalité, seules 38 secondes porteront véritablement sur les violences policières désignées comme telles. Elles ne le seront qu'à l'initiative des deux représentants des lycéens, Sabrine Kharbach et Ryad Rani (02/10), et non sans opposition. Initialement interrogée sur les violences des imanifestants/i, Sabrine Kharbach détourne en effet la question de Quentin Lafay une première fois : « iOui, on peut parler des violences policières/i », cingle-t-elle, avant de mentionner les cas d'un lycéen éborgné et de plusieurs « iétranglements/i » commis par la police. Un non-sujet pour le journaliste, qui relance les deux syndicalistes sur d'autres « iviolences précises/i », à savoir « icertains établissements […] incendiés/i » et « icertains personnels de l'Éducation nationale qui ont été pris à partie, blessés/i ». Ryad Rani tente de boycotter la question une seconde fois. « iLe gouvernement est coupable de chaque violence policière et il est responsable de l'entièreté de cette situation/i », amorce-t-il, avant d'être cette fois-ci interrompu et rabroué par Quentin Lafay : « iSur les violences policières, on a bien compris, mais je parle des violences du camp d'en face, comment les qualifier ? Est-ce que vous les condamnez, déjà ?/i »/p
p« On a bien compris » : vraiment ? En deux semaines, en dehors de ce cas, aucun intervieweur n'aura formulé lui-même le terme « violences policières » dans une question. En revanche, le 7 octobre, la matinale de France Inter s'inquiétait auprès du gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin : « iLes marchés financiers scrutent la mobilisation des lycéens. Ça a quel effet, ça, sur la signature de la France ?/i » À chacun ses priorités…/p
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h3 class='article_intertitres'« Le grand portrait » de Sonia Devillers : rien à voir/h3
p/brAprès les coups de neuf heures, « La Grande matinale » se prolonge avec « La Grande matinale - Le mag » sous l'égide de Sonia Devillers, qui anime à cette occasion « Le débat » – portant sur « iun grand fait d'actualité politique, économique, nationale ou internationale/i » – et conduit un grand entretien d'environ vingt minutes intitulé « Le Grand portrait ». Du 28 septembre au 15 octobre, aucun des dix créneaux « Le débat » ne porte sur le mouvement socialspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Il n'y a pas eu de « débat » le 14 octobre et le 15 octobre, il a été (…)" id="nh4"4/a]/span. Assumant une portée magazine relativement détachée de « l'actualité politique » – telle que la conçoivent en tout cas les grands journalistes… –, « Le Grand portrait » a lui aussi totalement snobé les mobilisations des lycéens. À la même période, Sonia Devillers a mené 12 interviews, principalement avec des artistes (comédiens, chanteurs, écrivains, etc.). Sur 3 heures, 55 minutes et 51 secondes d'antenne, le sujet sera uniquement abordé par Omar Sy… pendant 1 minute et 25 secondes./p
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div class='spip_document_16696 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/inter_graph3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH361/inter_graph3-5abe8.png?1792411228' width='500' height='361' alt='' //a
/figure
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p/brUn surgissement par effraction de la politique, que Sonia Devillers se chargera d'ailleurs ni une ni deux de ramener à la niche. Alors qu'Omar Sy décrit la mobilisation des lycéens comme l'une des « ipetites lumières/i » du moment et dénonce de manière virulente le fait qu'« ion ne les écoute pas du tout/i » et qu'en lieu et place, « ile réflexe, c'est […] de leur taper sur la gueule/i », « ide les mettre les uns en face des autres pour faire des combats d'enfants/i » et de « ileur demand[er] de se taire/i », la journaliste n'embraye pas. Mieux, elle passe du coq à l'âne en jouant la carte de la pacification :/p
blockquote class="spip"
pstrongSonia Devillers :/strong Moi, j'ai trouvé quelque chose qui rassemble. J'ai trouvé une petite lumière qui rassemble. Dans le genre petite lumière, petite source d'énergie qui rassemble, il s'appelle Nadir Hifi [le joueur de basket-ball]. Regardez. [Extrait audio de commentateurs sportifs en liesse pendant la fin d'un match du Paris Basketball face au Mans Sarthe Basket, lorsque Nadir Hifi offre la victoire au club parisien en marquant un panier sur le buzzer final.]/p
/blockquote
pÀ l'évidence, ce n'était là non plus ni le lieu, ni le moment pour les lycéens. Comprenez : il ne faudrait pas enrayer a href="https://www.acrimed.org/France-Inter-dans-les-coulisses-d-une-douce"la « douce machinerie néolibérale »/a./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong et strongJérémie Younes/strong/p/div
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div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanSous le patronage de Benjamin Duhamel du lundi au jeudi, de Quentin Lafay du vendredi au dimanche./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanConduit par le duo Florence Paracuellos/Benjamin Duhamel du lundi au jeudi, et par Eva Roques/Quentin Lafay le vendredi. Le week-end, ce créneau de 8h20 se transforme en « débat » entre chroniqueurs réguliers : Gilles Finchelstein et Emmanuelle Mignon (le samedi) ; Nora Hamadi et Raphaël Doan (le dimanche). Parce qu'il n'est pas de même nature et ne fait pas intervenir des invités ponctuels, nous n'avons pas intégré ce format « débat » dans nos observations./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /span« Les mouvements lycéens : l'ampleur de la colère ? » (04/10) et « Mouvement des lycéens : "Le maintien de l'ordre ne peut être la seule solution", selon Gilles Finchelstein » (10/10)./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanIl n'y a pas eu de « débat » le 14 octobre et le 15 octobre, il a été remplacé par a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-rendez-vous-de-la-mediatrice/le-rendez-vous-de-la-mediatrice-du-jeudi-15-octobre-2026-2207001" class="spip_out" rel="external"« Le rendez-vous de la médiatrice »/a qui, lui, porte sur le traitement du mouvement social par France Inter.../p
/div/div
Bilan provisoire : deux mineurs mutilés à vie, des manifestants qui ont frôlé la mort, un décès très trouble et des arrestations de masse. Voilà ce qui devrait être un sujet pour les plateaux télé. Au lieu de cela, c'est l'inverse : dans le monde parallèle les médias d'extrême droite, on croirait même qu'il n'y a pas eu de répression.
div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/-releve-sur-le-net-"Contre-attaque/a/b/div
Pour avoir appelé à former des « barricades », Ritchy Thibault, étudiant de 22 ans et connu du monde militant antiraciste, et notamment pour son engagement contre l'antitsiganisme, est aujourd'hui incarcéré dans la prison de Fleury-Mérogis, en détention provisoire. Un large ensemble d'universitaires et personnalités du monde intellectuel soucieux·ses des libertés publiques appelle à se mobiliser pour les défendre sa libération.
div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/-releve-sur-le-net-"Relevé sur le Net.../a/b/div
La colère gronde devant les lycées et les universités. L'usage du gaz lacrymogène est maintenant la norme. Mais qu'en est-il des risques pour la santé des riverains, des manifestants, mais aussi des forces de l'ordre ? Les conséquences sont encore plus importantes pour les femmes.
div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/-releve-sur-le-net-"Made in Perpignan/a/b/div
Dans un pays de racistes dégénérés, on doute encore instinctivement que les sauvages puissent écrire de la littérature tout seuls. Et désormais, on a même une jolie machine pour le vérifier, sans avoir l'air d'y toucher - pensez-vous, ce n'est pas du suprémacisme, c'est de la science. Vieil écho de l'Histoire qui convoque aussi bien la phrénologie que les tests de QI - à chaque époque sa technique de pointe pour mesurer l'infériorité de l'Autre. Et l'on n'ose imaginer la foudre médiatique qui tomberait sur Orélien s'il venait à confesser avoir utilisé de l'IA pour C'était ça ou mourir - un autre traitement que, au hasard, celui d'Alain Damasio chez C ce soir, où l'on attend toujours que le moindre sourcil se fronce lorsque l'auteur de SF imagine utiliser ce "nouvel outil qui va encore déployer [son] artisanat". Ce soir-là, le mythe de l'écrivain solitaire repart (inexplicablement ?) sauf.
div class='source'Source: ba href="http://rezo.net/-arret-sur-images-"Arrêt sur images/a/b/div
Dans un pays de racistes dégénérés, on doute encore instinctivement que les sauvages puissent écrire de la littérature tout seuls. Et désormais, on a même une jolie machine pour le vérifier, sans avoir l'air d'y toucher - pensez-vous, ce n'est pas du suprémacisme, c'est de la science. Vieil écho de l'Histoire qui convoque aussi bien la phrénologie que les tests de QI - à chaque époque sa technique de pointe pour mesurer l'infériorité de l'Autre. Et l'on n'ose imaginer la foudre médiatique qui tomberait sur Orélien s'il venait à confesser avoir utilisé de l'IA pour C'était ça ou mourir - un autre traitement que, au hasard, celui d'Alain Damasio chez C ce soir, où l'on attend toujours que le moindre sourcil se fronce lorsque l'auteur de SF imagine utiliser ce "nouvel outil qui va encore déployer [son] artisanat". Ce soir-là, le mythe de l'écrivain solitaire repart (inexplicablement ?) sauf.
div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/-arret-sur-images-"Arrêt sur images/a/b/div
17 octobre : le ministère annonce la fermeture immédiate et sans regret de Parcoursup. br /Après plusieurs années d'expérimentation, il a été établi qu'attribuer un avenir à des millions de jeunes à l'aide d'un dispositif informatique opaque ne constituait pas une politique éducative satisfaisante. br /Les lettres de motivation dans lesquelles des adolescent·es affirmaient rêver depuis l'âge de six ans d'intégrer une licence de gestion seront conservées aux Archives nationales, au titre du patrimoine littéraire involontaire.
div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/-releve-sur-le-net-"Nouveau Ministère de l'éducation/a/b/div
17 octobre : le ministère annonce la fermeture immédiate et sans regret de Parcoursup. br /Après plusieurs années d'expérimentation, il a été établi qu'attribuer un avenir à des millions de jeunes à l'aide d'un dispositif informatique opaque ne constituait pas une politique éducative satisfaisante. br /Les lettres de motivation dans lesquelles des adolescent·es affirmaient rêver depuis l'âge de six ans d'intégrer une licence de gestion seront conservées aux Archives nationales, au titre du patrimoine littéraire involontaire.
div class='source'Source: ba href="http://rezo.net/-releve-sur-le-net-"Nouveau Ministère de l'éducation/a/b/div
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/dunkerque-37b70.jpg?1792170268' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pUn 4x4 de la police fonce sur des adolescents en plein mouvement social ? iLa Voix du Nord/i fait dans le journalisme de préfecture./p/div
div class='rss_texte'pLundi 5 octobre 2026, 8 heures du matin. La ville de Dunkerque est recouverte d'une brume épaisse. C'est l'automne. Mais les nuages de vapeur ne sont pas uniquement dus aux intempéries. Il s'agit de grandes volutes de gaz lacrymogène qui se répandent sur la cité, dont les habitants suffoquent au son des sirènes de la fameuse Jeep grillagée. Ses exploits ont fait le tour des réseaux sociaux, jusqu'au 20h de TF1. Habituellement, ce véhicule de guerre sert à traquer les exilés kurdes, afghans ou guinéens le long de la frontière maritime. Il fait partie des nouveaux équipements automobiles à disposition des CRS et gendarmes déployés pour la lutte contre le « phénomène migratoire ». Mais ce jour-là, il servira à la répression du mouvement lycéen./p
pLe quotidien iLa Voix du Nord/i jouit d'une réputation de journal non-aligné. Il avait appelé à voter contre Marine Le Pen aux élections régionales à Hénin-Beaumont en 2015. Il n'appartient ni à une banque, ni à Bolloré, mais à un groupe médiatique belge. Ses journalistes sont souvent sur le terrain. Le 5 octobre vers midi, un journaliste de l'édition locale assiste à cette scène surréaliste : le 4x4 fonce dans la foule de manifestants, met en danger des dizaines de lycéens acculés, obligés de fuir dans les bosquets, sur les trottoirs et le long du canal. Ils hurlent de panique devant les manœuvres à peine croyables de cette voiture folle, dont les occupants sont galvanisés par les encouragements des policiers à pied./p
pPour iLa Voix du Nord/i, il n'y a apparemment pas matière à en écrire quoi que ce soit. Ce jour-là, rien ne sera publié en rapport avec cette voiture-bélier qui n'a pas encore fait le tour de France. Pire : ce n'est que trois jours plus tard, alors que les vidéos du rodéo ont déjà largement circulé sur les réseaux sociauxspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="La vidéo a d'abord été publiée sur la plateforme TikTok, puis, localement, (…)" id="nh1"1/a]/span, que « la grande dame du Nord » se décide à imprimer une série de trois articles sur ce qu'il convient d'appeler le scandale de la Jeep. Ils seront dignes des plus grandes heures du journalisme de préfecture./p
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h3 class='article_intertitres'« iProtéger les piétons/i », « idéblayer la chaussée/i »/h3
p/brLe premier article, publié en pages Région le jeudi 8 octobrespan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Alexis Constant, « La vidéo d'une Jeep de la police fonçant vers des (…)" id="nh2"2/a]/span, est particulièrement sommaire : à peine plus d'un feuillet. Il semble d'emblée destiné à réhabiliter l'image de la police : après deux premiers paragraphes faisant état de « iviolences urbaines/i » et dressant le bilan de « iblessés légers parmi les policiers/i », Alexis Constant explique qu'« iune jeep de la police accélère pour enfoncer la barricade/i » érigée par des manifestants « iau milieu des feux de poubelles/i ». Et de certifier : « iAucun manifestant ne sera blessé./i »/p
pLe même auteur remet le couvert le lendemain dans les pages locales… et monte d'un cran. Intitulé « À Dunkerque, une Jeep de police filmée à vive allure, une enquête ouverte : notre récit des événements »span class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Article paru la veille sur le site internet du journal." id="nh3"3/a]/span (09/10), cet article explique sans sourciller que les policiers ont foncé en Jeep dans la foule pour mieux « iprotéger les piétons et les cyclistes qui empruntent les trottoirs/i » et surtout pour « idéblayer la chaussée/i » obstruée par les lycéens en lutte. La légende de la photo accompagnant l'article enfonce le clou : « iLa jeep de la police a voulu pulvériser les barricades posées par quelques émeutiers qui venaient de jeter des pavés sur les forces de l'ordre. Nous avons pris cette photo quelques minutes avant que le 4x4 n'entre en action./i »/p
pLe journaliste était sur place. Les faits se sont déroulés à 15 minutes à pied de sa rédaction, mais ce qu'il avait vu ne l'avait guère convaincu. C'est donc ia posteriori/i qu'il revendique sa présence sur les lieux : « iUne scène filmée à laquelle "La Voix du Nord" a assisté/i », écrit-il en chapô de l'article. Il détaille donc les étapes qui ont mené à cet incroyable rodéo. D'abord, les prémices : « iLa police est visée par des jets de pierre, mais aussi des bouteilles et des canettes durant de longues minutes. Huit blessés légers sont à déplorer parmi les forces de l'ordre, qui ne ripostent pas et se protègent derrière des boucliers./i » Le sous-texte est clair : les agresseurs ne sont pas du côté des policiers chauffés à blanc par le « zéro consigne » de Laurent Nuñez, mais bien du côté des manifestants, lesquels sont même accusés de blesser les représentants de l'ordre. Le journaliste ne précise pas la nature de ces blessures… et ne fait aucune mention de celles des manifestants./p
pDeuxième étape de cette route vers le rodéo du chaos, « iles policiers jugent que la situation devient dangereuse pour les piétons et les cyclistes qui empruntent les trottoirs. Il est décidé de disperser les émeutiers avec des tirs de lacrymogène/i ». À Dunkerque, où au moins six lycées sont entrés en lutte, cela fait très longtemps que de tels assauts policiers ne se sont pas produitsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="On peut remonter jusqu'à 1992, la grève des dockers contre la réforme (…)" id="nh4"4/a]/span : mais ce n'est pas là l'angle de l'article. Le reporter, en charge de la rubrique Faits divers de l'édition dunkerquoise, continue son déroulé des « faits » :/p
blockquote class="spip"
pLes policiers ne peuvent pas déblayer la chaussée à la main en raison des projectiles qui volent. Il est donné l'ordre à la Jeep renforcée, protégée par des grilles, de déblayer les obstacles, rue de Paris, ainsi que sur les voies adjacentes, elles aussi encombrées. Cela afin de permettre aux véhicules de police et aux motards d'intervenir plus facilement alors que les émeutiers jouent au chat et à la souris avec les policiers./p
/blockquote
pDes ajustements techniques – voire de salubrité urbaine ! – pour empêcher les violences des jeunes, en somme. Pile poil le discours de la place Beauvau./p
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h3 class='article_intertitres'Journaliste… ou policier ?/h3
p/briLa Voix du Nord/i ne s'interrogera jamais sur le dispositif démesuré mis en place ce jour-là, ni sur le degré d'agressivité des policiers présents – « iAllez, approchez, on va leur mettre dans la gueule, là !/i », les entend-on dire sur les vidéos de l'événement, juste avant les accélérations du 4x4. Le quotidien hégémonique du Nord se contente de reproduire le cadrage de la police, sa chronologie, sa mise en récit des événements… et son lexique : les manifestants ne sont plus des lycéens, ce sont des « iémeutiers/i », friands de « iviolences urbaines/i ». Pire : le journal estime que « ihors contexte, la vidéo peut laisser croire que les policiers ont lancé à grande vitesse un 4X4 tout terrain en direction des jeunes pour les disperser/i »… Cas d'école, tandis qu'un intertitre essaye de dédouaner définitivement les policiers : « iSpectaculaire, mais pas de jeunes visés./i »/p
pAlors que le ministre de l'Intérieur a déclenché une enquête pour mise en danger de la vie d'autrui (confiée à l'IGPN, en plus d'une enquête ouverte par le Parquet de Dunkerque), que iLa Voix du Nord/i rendait compte dès le 7 octobre (sur son site web) d'une « ienquête disciplinaire en cours/i », qu'au moins quatre autres exemples de voitures-béliers policières ont été recensés en France depuis le début du mouvement (Troyes, Bourgoin-Jallieu, Montélimar, Port-de-Bouc), que plusieurs manifestants mineurs ont perdu leur main, leur œil, leur santé mentale, que près de 6 000 lycéens (un record) ont été arrêtés depuis le début du mouvement, que le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a dit suivre avec « iinquiétude/i » la situation en France, iLa Voix du Nord/i fait passer les chauffards policiers les plus célèbres de France pour de gentils pères-la-morale soucieux de protéger la population. L'épilogue de l'article est clair sur ce point :/p
blockquote class="spip"
pLes policiers à pied ont fini par acculer un groupe d'une vingtaine de jeunes gens au bout de la rue de la Douane, devant la passerelle Saint-Martin. Des discussions se sont engagées. La police les a sermonnés, leur faisant un peu de morale. Aucun jeune n'a été blessé, certains se plaignant tout de même de l'irritation due au gaz lacrymogène. La tension est ensuite retombée dans le quartier./p
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h3 class='article_intertitres'Rétropédaler sans le dire/h3
p/brPour iLa Voix du Nord/i, tout est bien qui finit bien. Or, on apprendra le lendemain, dans les mêmes colonnes, qu'une adolescente de 14 ans a été percutée par la Jeep : « Jeep de la police à Dunkerque : une jeune manifestante affirme avoir été percutée, le procureur demande "des vérifications" » (10/10). Le témoignage n'a pas été recueilli par le journal local, mais par les équipes d'une chaîne nationale – BFM-TV en l'occurrence ! Quoiqu'aux premières loges pour enquêter, iLa Voix du Nord/i a préféré rester au chevet du commissariat. En outre, le quotidien ne prend nullement les déclarations de l'adolescente pour argent comptant : « iElle serait rentrée avec une copine à son foyer d'hébergement avant de faire constater ses blessures/i » ; elle « iaurait annoncé son intention de déposer plainte/i ». La veille et l'avant-veille en revanche, aucun conditionnel n'était de mise au moment d'affirmer qu'« iaucun jeune n'a été blessé/i », ou encore que « ila Jeep n'a pas foncé sur les piétons/i »./p
piLa Voix du Nord/i s'est-elle excusée pour avoir repris mot pour mot les éléments de langage de la police ? Elle a plutôt fait comme si de rien n'était. Dans l'article de l'édition du 10 octobre, on lit ainsi sous la plume d'Alexis Constant :/p
blockquote class="spip"
pLe véhicule tout-terrain, lancé à vive allure dans trois rues de la Basse-Ville, avait semé la panique parmi les jeunes. Certains avaient dû s'écarter pour éviter le 4X4 qui, selon la police, voulait dégager les obstacles posés sur la chaussée, alors que les forces de l'ordre étaient la cible de jets de pavés./p
/blockquote
pManifeste en début de paragraphe, le changement de ton s'accompagne d'une mise à distance relative des arguments des dites « forces de l'ordre » : « iselon la police/i », précise Alexis Constant. La veille, il n'était pas question de citer ses sources : le journaliste se confondait entièrement avec le policier. Le journalisme de préfecture, ce n'est pas seulement BFM-TV, France 2 ou France Info. Structurellement dépendante des sources policières lui permettant chaque jour de remplir sa rubrique « Faits divers », la presse locale se convertit bien souvent en haut-parleur du storytelling policier./p
p/brstrongJulien Brygo/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLa vidéo a d'abord été publiée sur la plateforme TikTok, puis, localement, sur Meta par le média indépendant Calais La Sociale./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanAlexis Constant, « La vidéo d'une Jeep de la police fonçant vers des émeutiers crée l'émoi », édition du 8 octobre./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanArticle paru la veille sur le site internet du journal./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanOn peut remonter jusqu'à 1992, la grève des dockers contre la réforme portuaire de Michel Delebarre et Jean-Yves Le Drian, pour avoir trace d'affrontements et de barricades urbaines./p
/div/div
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L118xH150/une60-edb3a.jpg?1792145934' class='spip_logo spip_logo_right' width='118' height='150' alt="" /
div class='rss_chapo'pLe iMédiacritiques/i n°60 sortira de l'imprimerie le 2 novembre. À commander a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"sur notre site/a ou à retrouver en librairie. Et surtout, a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"abonnez-vous/a !/p/div
div class='rss_texte'div class='spip_document_16688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/une60.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH638/une60-6fc13.jpg?1792145935' width='500' height='638' alt='' //a
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/divdiv class='spip_document_16689 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/sommaire60.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH638/sommaire60-2fe6f.jpg?1792145935' width='500' height='638' alt='' //a
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/div
p/brCe numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans les librairies a href="https://www.acrimed.org/-Mediacritiques-"listées ici/a, ainsi que sur a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"notre boutique en ligne/a./p
pTous les anciens numéros sont (ou seront) a href="https://www.acrimed.org/-Mediacritiques-"en accès libre ici/a./p/div
img src='https://rezo.net/local/cache-vignettes/L120xH50/capture_d_e_cran_2026-10-16_a_20.00_25-e2c14.png?1792180039' class='spip_logo' width='120' height='50' alt="" /
Des barricades énormes faites de roches, de blocs de béton, pneus et autres obstacles déposés sur toute la largeur de routes, et sur près de deux mètres de hauteur. Ce sont les barricades extrêmement sérieuses qui apparaissent en Guadeloupe depuis le 14 octobre.
div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/-releve-sur-le-net-"Contre-Attaque/a/b/div
Yuval Abraham et Rachel Szor ont pu faire parler vingt-quatre soldats et officiers de Tsahal, pour beaucoup issus du renseignement, qui décrivent les procédures en vigueur à Gaza. Collecte des données, surveillance des téléphones, désignation des cibles par l'intelligence artificielle, bombardements télécommandés organisent en séquences les témoignages recueillis. Les cartons du film (« Lavender », « Where's Daddy ? ») racontent aussi cette chose : l'extermination a pris la langue du bureau et les noms de l'enfance. La guerre est racontée comme une gestion de l'assassinat collectif, glissée dans une sémantique de coton. Le film, comme les enquêtes précédentes, ne révèle pas des crimes commis en marge des règles mais décrit les règles qui en font un objectif. Il documente l'horreur par le bout de la douceur : douceur de l'ordinaire, onction du quotidien où les criminels viennent loger leur irresponsabilité, comme le faisait – sur le terrain de la fiction – La zone d'intérêt de Jonathan Glazer qu'on retrouve ici en producteur du projet.
div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/-releve-sur-le-net-"Hors Série/a/b/div
Yuval Abraham et Rachel Szor ont pu faire parler vingt-quatre soldats et officiers de Tsahal, pour beaucoup issus du renseignement, qui décrivent les procédures en vigueur à Gaza. Collecte des données, surveillance des téléphones, désignation des cibles par l'intelligence artificielle, bombardements télécommandés organisent en séquences les témoignages recueillis. Les cartons du film (« Lavender », « Where's Daddy ? ») racontent aussi cette chose : l'extermination a pris la langue du bureau et les noms de l'enfance. La guerre est racontée comme une gestion de l'assassinat collectif, glissée dans une sémantique de coton. Le film, comme les enquêtes précédentes, ne révèle pas des crimes commis en marge des règles mais décrit les règles qui en font un objectif. Il documente l'horreur par le bout de la douceur : douceur de l'ordinaire, onction du quotidien où les criminels viennent loger leur irresponsabilité, comme le faisait – sur le terrain de la fiction – La zone d'intérêt de Jonathan Glazer qu'on retrouve ici en producteur du projet.
div class='source'Source: ba href="http://rezo.net/-releve-sur-le-net-"Hors Série/a/b/div