img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/vahramian-9ee07.jpg?1790781650' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pDepuis le 7 octobre 2023, la rédaction de la chaîne de télévision de France Info est critiquée sur les réseaux sociaux pour sa couverture du Proche-Orient en général, et de la Palestine en particulier. Cette enquête, menée conjointement par Acrimed et a href="https://orientxxi.info/Palestine-France-Info-TV-la-fabrique-d-un-verrouillage-editorial" class="spip_out" rel="external"Orient XXI/a, vise à comprendre les ressorts d'un récit journalistique dominé par le point de vue israélien et marqué par un tropisme occidentalo-centré. Comment la chaîne d'information publique a-t-elle contribué à minimiser et à normaliser le pire en Palestine ?/p/div
div class='rss_texte'p« iElle m'a dit : "Je vous en veux beaucoup de m'avoir mise dans cette situation. Sachez que je risque ma place."/i » Elle, c'est la journaliste Camille Grenu s'adressant hors antenne à Rony Brauman après un passage sur le plateau du « 16h/18h » de France Info TV, le 31 août 2025. Invité ce jour-là pour parler d'une flottille en partance pour Gaza, l'ancien président de Médecins sans frontières fait face à Michel Fayad, éditorialiste dans les médias du groupe Bolloré Europe 1 et CNews, qui soutient que la priorité à Gaza est de désarmer le Hamas. Sommé par ce dernier de réagir, Rony Brauman répond vouloir mettre en regard de cette allégation la question du désarmement de l'État d'Israël. « iAh… Non… Je pense que ça ne va pas être possible/i, intervient alors la présentatrice Camille Grenu, coupant court à l'échange. iExcusez-moi, on a déjà eu cette discussion, on ne va pas pouvoir, en tout cas sur notre antenne, mettre sur le même plan Israël et l'organisation terroriste du Hamas. – Pourquoi ?/i », demande Rony Brauman à deux reprises. On ne saura pas, la présentatrice enchaînant en fixant son prompteur./p
pDepuis cet épisode, Rony Brauman n'a plus été invité sur France Info TV. Contactée, Camille Grenu nous a redirigées vers la direction de la communication, laquelle n'a pas donné suite./p
p« i[L]es gens auxquels nous donnons la parole, évidemment, […] ont le droit de dire ce qu'ils veulent dire/i », assurait quelques semaines plus tôt le rédacteur en chef du service « Étranger » de France Télévisions, Étienne Leenhardt, dans une émission du médiateur consacrée à Gazaspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« Israël/Gaza, la chronique impossible ? », « Votre télé et vous », France (…)" id="nh1"1/a]/span. À croire que non… D'autant que sur France Info TV, cet exemple n'est pas isolé, et rappelle les pratiques des chaînes concurrentes./p
pLorsqu'elle est créée en 2016 au sein de France Télévisions, la chaîne endosse la production de l'information en continu comme une mission de service public. Avec son slogan, « L'information n'est pas une opinion », elle entend prendre le contre-pied des chaînes d'information en continu privées diffusées par la TNT que sont LCI (groupe TF1), BFM-TV (groupe RMC BFM), et I-Télé (groupe Canal+), devenue CNews en 2017. Mais avec un budget nettement inférieur. Sans doute est-ce le pas qui a fait passer la chaîne du service public au service minimum./p
pSymptôme d'un traitement d'exception, l'interventionnisme médiatique constaté participe d'un verrouillage éditorial et politique autour de la question palestinienne. En particulier depuis le 7 octobre 2023, où le point de vue israélien domine la couverture de la chaîne d'information publique. À quoi mesure-t-on cette faillite journalistique et comment l'expliquer ?/p
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h3 class='article_intertitres'Des termes proscrits/h3
p/brDepuis cette date, nombre de présentateurs ne ménagent pas leurs efforts pour légitimer ou, au contraire, a href="https://orientxxi.info/gaza-l-escorte-mediatique-d-un-genocide,6983" class="spip_out" rel="external"discréditer certaines prises de position/a, quand il ne s'agit pas de proscrire une série de termes jugés non acceptables. Lorsqu'en novembre 2024 Rony Brauman qualifie Israël d'« iÉtat raciste/i » sur le plateau du « 16h/18h », le présentateur Patrice Romedenne prend immédiatement ses distances après avoir longuement défendu une grande « idémocratie/i », dont « ibeaucoup d'Arabes israéliens pensent […] qu'elle fonctionne/ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="« Le 16h/18h », France Info TV, 22 novembre 2024." id="nh2"2/a]/span »./p
pQuinze mois plus tard, c'est au tour de l'éditorialiste Brigitte Boucher de contester vigoureusement à la députée Danièle Obono (LFI) le droit d'évoquer un génocide à Gaza : « iC'est un terme qui n'est pas reconnu par la communauté internationale/i », tance une première fois la présentatrice. Qui insiste : « iEst-ce que vous comparez ce que vous appelez le "génocide" à l'Holocauste ? […] On ne peut pas parler de génocide aujourd'hui en tout casspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="« La politique s'éclaire », France Info TV, 21 février 2026." id="nh3"3/a]/span ?!/i »/p
pCe n'était pas un accident : l'eurodéputée insoumise Rima Hassan face à la journaliste Barbara Klein dans « Le 19h/20h » du 29 avril 2024, la sociologue Fabienne Messica face à Loïc de La Mornais dans son émission « Sur le terrain » le 15 septembre 2025, le président de Médecins du monde Jean-François Corty et le politiste Ziad Majed face à Patrice Romedenne dans « Le 14h/16h » des 11 octobre 2025 et 15 mars 2026… On ne compte plus les cas d'universitaires, juristes, élus, militants associatifs ou dirigeants d'ONG à avoir essuyé les tirs de barrage de leurs hôtes en raison de leur dénonciation d'un génocide à Gaza. Dans quel autre cas des intervenants extérieurs sont-ils ainsi quasi systématiquement rappelés à l'ordre, mis à l'index, empêchés de dénoncer des crimes internationaux par ailleurs a href="https://orientxxi.info/Genocides-et-crimes-de-masse-quelle-reponse-internationale" class="spip_out" rel="external"officiellement caractérisés/a ?/p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage2_interviews.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH354/montage2_interviews-4fa03.jpg?1790740802' width='500' height='354' alt='' //a
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p/brAutre convention sémantique sur France Info TV : les Palestiniens sont des « prisonniers » ; les Israéliens, des « otages ». L'enfreindre expose à la plus haute sanction disciplinaire. En janvier 2025span class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="« France Info et "les otages palestiniens" : emballement sémantique et (…)" id="nh4"4/a]/span, un bandeau évoquant la libération de « i200 otages palestiniens/i », apparu seulement quelques secondes à l'antenne, a déclenché les foudres de la députée Caroline Yadan, qui annonce avoir saisi l'Arcom et réclame « iune sanction exemplaire/i ». Elle sera entendue : le rédacteur en chef est immédiatement suspendu. Une célérité saluée sur X par la directrice de la communication de France Télévisions, Muriel Attal, directement auprès de la députée, qualifiant les dirigeants de la chaîne de « iLucky Luke/i » (en référence au cow-boy, héros de Morris, « qui tire plus vite que son ombre »…). La rédaction de France Info TV condamne, elle, d'une seule voix un « iincident regrettable/i » (Société des journalistes), un « ititre totalement inapproprié/i » et même une « ierreur inadmissible/i » (direction de l'information). De son côté, le médiateur de France Télévisions, chargé de faire le lien entre les téléspectateurs et les chaînes du groupe, a relayé sur X l'injonction de la députée à ce que le rédacteur en chef soit « isévèrement sanctionné/i » ainsi que le post d'un journaliste d'I24News, chaîne d'information en continu basée en Israël, connue pour sa ligne favorable à la propagande israélienne, qui imputait indistinctement aux deux cents Palestiniens libérés la responsabilité d'« iattaques terroristes /i »./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage_mediateur.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH262/montage_mediateur-938eb.jpg?1790740802' width='500' height='262' alt='' //a
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h3 class='article_intertitres'« Au plus près des soldats de Tsahal »/h3
p/brDes consignes ? Les journalistes de France Info TV que nous avons interrogés sont formels : il n'y en a pas. La structure de la chaîne suffit./p
pLe processus de nomination des chefs de bureaux et directeurs, de l'information ou de la rédaction, désignés pour le plus haut niveau par la présidente de France Télévisionsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Après avoir été nommée par l'Arcom, dont le président est quant à lui choisi (…)" id="nh5"5/a]/span, « ifavorise la cooptation et l'entre-soi concernant les postes importants/i », déplore Antoine Chuzeville, premier secrétaire du Syndicat national des journalistes (SNJ). Mais également un ruissellement par le haut de la ligne éditoriale et une homogénéisation des contenus./p
pUn encadrement qui fonctionne d'autant mieux que, structurellement parlant, tout est fait pour anesthésier les velléités de contestation. La précarité organisée, d'abord, puisqu'il est commun, comme dans toutes les chaînes de radiotélévision, publiques comme privées, de rencontrer des journalistes, des programmateurs, des éditorialistes et même des rédacteurs en chef en contrat à durée déterminée (CDD), renouvelables à l'envi./p
pLe manque d'espaces de discussion, également : « iAu sein de la rédaction de France Info TV, il n'y a pas eu de débat éditorial de fond sur la manière de traiter ce conflit/i », rapporte Georges Pinol, délégué syndical à la CGT à France Télévisions. Bilan des courses ? Aux yeux d'Antoine Chuzeville, « ile débat éditorial est confisqué/i »./p
pAgnès Vahramian, promue directrice de la radio France Info en novembre 2024 après avoir chapeauté, à partir de 2022, le bureau Moyen-Orient de France Télévisions – gros pourvoyeur de reportages pour France Info TV – a quant à elle une idée précise de la distribution des rôles dans la région : « iIsraël, sa vocation première […] est de donner un abri à sa population/i », déclarait-elle le 27 octobre 2023span class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="François Beaudonnet, « Au comptoir de l'info », France Télévisions, 27 (…)" id="nh6"6/a]/span, avant de laisser entendre qu'il n'y avait pas lieu de mettre en doute la parole de son armée, « iune institution qui produit de la communication, mais qui s'inscrit aussi dans un pays démocratique qui a des contre-pouvoirs/i ». La preuve ? Si l'armée mentait, cela se saurait, en partie parce que « ila presse pose des questions parfois dérangeantes/i ». Une spécialité d'Agnès Vahramian. En novembre 2023, pour France Info TV, la journaliste embarque « iau plus près des soldats de Tsahal à Gaza/i », le titre de son reportage, à entendre littéralement : à l'intérieur d'un char israélien entrant dans Gaza en empruntant « ile même chemin que les terroristes ont pris pour venir en Israël le 7 octobre dernier/i », décrit-elle le souffle court, bringuebalée dans l'habitacle, casque sur la tête. Là, au milieu des ruines de Beït Hanoun, le micro est tendu au colonel chef de brigade, qui déroule son discours, aux allures de communication officielle indiscutable…/p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage1_vahramian.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH338/montage1_vahramian-dc031.jpg?1790740802' width='500' height='338' alt='' //a
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h3 class='article_intertitres'Entre « amis »/h3
p/brAux choix éditoriaux, révélateurs d'un tropisme pro-israélien plus ou moins conscient au sein des rédactions, s'ajoutent des partis pris assumés contre le mouvement de solidarité avec la Palestine, dont des étudiants, collectifs militants, citoyens lambda et personnalités politiques ont régulièrement fait les frais à l'antenne./p
pÉmanant le plus souvent de présentateurs et d'éditorialistes en vue sur France Info TV, ils donnent leur couleur à l'antenne. Les cas de Gilles Bornstein et d'Alix Bouilhaguet sont symptomatiques : aux commandes d'interviews, d'éditos politiques, mais aussi d'un magazine d'actualité pour le premier, les deux journalistes se sont notamment distingués par leurs interventions à charge contre des élus de La France insoumise au sujet de la Palestine, que l'on pense à Thomas Portes, Éric Coquerel, Aymeric Caron, Rima Hassan ou encore Manuel Bompard./p
pLe Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM), instance de régulation au rôle consultatif créée en 2019, a qualifié de « idéloyal/i » l'échange dirigé par Gilles Bornstein face à Rima Hassan le 30 avril 2024, et France Télévisions écopera d'une mise en demeure de l'Arcom quelques mois après l'interview de Manuel Bompard dans « Questions politiques », au cours de laquelle Alix Bouilhaguet avait égrainé un chapelet de fausses informations à propos du maire de New York Zohran Mamdani et de l'Unrwa./p
p« iL'information que nous produisons […] doit reposer sur des faits vérifiés, présentés avec précision, sans approximation ni biais. Elle doit distinguer clairement ce qui relève de l'information de l'opinion/i », alertait alors Philippe Corbé, fraîchement nommé directeur de l'information de France Télévisions, dans un e-mail adressé à l'ensemble de la rédaction./p
pUne profession de foi qui interroge, notamment au regard de la mansuétude dont bénéficient certaines vedettes de la chaîne, auxquelles ne sont réclamées ni réserve, ni pondération, et encore moins quelque impartialité. Éditorialiste sur France Info TV après avoir occupé de nombreux postes à responsabilité au sein de France Télévisions, Nathalie Saint-Cricq est assurément de celles-là./p
pLe 5 octobre 2025, en commémoration du 7 octobre 2023, la journaliste animait une table ronde au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) avec le polémiste Raphaël Enthoven et la romancière Émilie Frèche, ses « ideux amis/i ». Sur la scène de la salle Pleyel, Nathalie Saint-Cricq tutoyait le philosophe médiatique en l'écoutant religieusement diffamer la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, accusée d'afficher un « isoutien objectif et explicite/i » au Hamas. Deux jours plus tard, elle passait de nouveau les plats au cofondateur du magazine réactionnaire iFranc-Tireur/i, cette fois-ci sur France Info TV… en le vouvoyant. Assuré du soutien de son intervieweuse, ce dernier eut toute latitude pour expliciter sa déclaration selon laquelle « iil n'y a aucun journaliste à Gaza, uniquement des tueurs, des combattants et des preneurs d'otages avec une carte de presse/i » (X, 15/08/2025)span class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire Hocine Bouhadjera, « "Il n'y a aucun journaliste à Gaza" : une réponse (…)" id="nh7"7/a]/span./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage3_cricq.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH347/montage3_cricq-503dc.jpg?1790740802' width='500' height='347' alt='' //a
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h3 class='article_intertitres'Suivisme paresseux et petites lâchetés/h3
p/brLa Société des journalistes (SDJspan class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Association de journalistes ayant pour rôle d'assurer l'indépendance de la (…)" id="nh8"8/a]/span) de France Info TV n'a, à notre connaissance, rien trouvé à redire publiquement. « iLes journalistes ont perdu l'habitude de questionner la ligne éditoriale/i », regrette plus généralement Georges Pinol. C'est sans doute là où le bât blesse : loin de se résumer aux partis pris d'une poignée de partisans zélés de l'État d'Israël, le tropisme de France Info TV est le produit d'un savant mélange d'acceptation collective, de mimétisme, de résignation, d'« évidences » idéologiques partagées, d'autocensure et de petites lâchetés. De suivisme paresseux, également : « iSi tu vas au ministère des Affaires étrangères français et qu'on te dit : "Ce n'est pas un génocide et Israël est une grande démocratie", quand tu n'as pas beaucoup bossé sur ces questions-là, tu répètes/i », reconnaît un journaliste de la maison. Un journalisme de cour qui n'est pas propre à France Info, mais auquel le média de service public n'échappe pas./p
pDepuis sa prise de fonction en septembre 2024 jusqu'en juin 2026, l'ambassadeur d'Israël en France Joshua Zarka a cumulé huit passages sur les plateaux de France Info TV, auxquels il convient d'ajouter deux invitations aux « 4V », l'interview matinale de « Télématin » (France 2) rediffusée de manière abrégée sur la chaîne d'information en continu. Un décompte qui n'inclut pas les quatorze interventions additionnelles du diplomate sur la iradio/i France Info, dont des extraits ont été régulièrement utilisés par la télévision publique pour habiller ses journaux d'information et magazines d'actualitéspan class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Tous ces contenus sont en outre indistinctement promus sur les réseaux (…)" id="nh9"9/a]/span./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage4_zarka.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH362/montage4_zarka-0c197.jpg?1790740802' width='500' height='362' alt='' //a
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pÀ titre de comparaison, l'ambassadrice de Palestine en France, Hala Abou Hassira, n'a été vue qu'une seule fois à l'antenne à la même période – et en duplex : un temps de parole de quatre minutes et vingt secondes./p
pLe « deux poids, deux mesures » n'est pas seulement quantitatif : il est aussi qualitatif. À la prévenance visant le représentant d'un État accusé de génocide devant la Cour internationale de justice répondent le discrédit et la défiance à l'encontre de Hala Abou Hassira. Le 22 septembre 2025span class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="Dans l'émission « Sur le terrain », titrée : « Palestine, que va devenir le (…)" id="nh10"10/a]/span, alors que la diplomate est interrogée sur la reconnaissance de l'État de Palestine par la France, le présentateur Loïc de La Mornais ferme le ban dès la deuxième (et dernière) question : « iJe sais très bien que vous ne représentez pas le Hamas, […] mais quel moyen, vous, Palestiniens de Cisjordanie, vous avez pour faire pression sur le Hamas […] pour que le Hamas fasse lui aussi un geste, notamment libère les otages et se démilitarise ?/i » Un disque rayé. La réponse n'ayant guère satisfait le journaliste, les propos de l'ambassadrice furent mis en doute une fois que cette dernière eût quitté le plateau : « iOn a entendu […] : "On est prêt à assumer la sécurité sous un seul État, Gaza et Cisjordanie". Est-ce que c'est crédible aujourd'hui avec ce qui reste du Hamas ? Et c'est pas rien ce qui reste du Hamas !/i »/p
pLes traitements à géométrie variable semblent du reste normalisés dans les hautes sphères. Un des journalistes avec lesquels nous nous sommes entretenus raconte s'être étonné auprès de ses chefs d'une telle audience de l'ambassadeur israélien alors que la chaîne s'abstenait par exemple de donner la parole à l'ambassadeur russe pour justifier l'invasion de l'Ukraine. « iIls m'ont répondu que ce n'était pas la même chose/i, rapporte le journaliste, iparce que la Russie a déclaré la guerre à l'Ukraine en l'envahissant, alors qu'Israël se défend contre la menace terroriste du Hamas qui l'a attaqué le 7 octobre 2023./i »/p
pAutre exemple, survenu cette fois lors de la commission de déontologie de France Télévisions en décembre 2025. Des élus CGT interrogeaient la direction sur la légitimité de la « itribune/i » offerte en plateau au porte-parole de l'armée israélienne Olivier Rafowicz, d'une part, et, d'autre part, sur la diffusion iin extenso/i d'une conférence de presse de Benyamin Nétanyahouspan class="spip_note_ref" [a href="#nb11" class="spip_note" rel="appendix" title="Ces deux épisodes ont respectivement eu lieu à l'antenne de Franceinfo TV (…)" id="nh11"11/a]/span. Les responsables de la chaîne ont réfuté le terme de « tribune » et argué que « iquand l'un des acteurs majeurs d'un conflit s'exprime, on le diffuse/i ». Une fausse information : à notre connaissance, France Info TV n'a jamais organisé d'interview avec un porte-parole du Hezbollah ou du Hamas, encore moins retransmis en direct un discours de leurs représentants. Questionnée sur ce traitement différencié, la direction de France Info TV n'a pas donné suite. Quant à Olivier Rafowicz, elle a estimé lors de la même réunion que « ile boulot [avait été] fait/i »./p
p« iLe présentateur […] s'adresse à lui par des "mon colonel"/i, ont alors insisté les élus CGT. iC'est ainsi qu'un subordonné doit s'adresser à un supérieur, pas un civil, encore moins un journaliste. Ne faudrait-il pas éviter ce genre de proximité à l'antenne ?/i » Réponse de la direction : « iUn civil peut utiliser cette formule pour questionner un militaire, ce qui n'empêche pas le journaliste de poser des questions incisives./i » Les courbettes ou le journalisme ? France Info TV a choisi./p
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h3 class='article_intertitres'Invisibilisation et omissions gênantes/h3
p/brC'est ainsi que, de domination hiérarchique en absence de dialogue, de pression en petites censures, les journalistes en viennent à intégrer un ensemble de règles et de codes tacites, qu'ils acquièrent « par l'expérience », « sur le tas », et qu'un certain nombre d'entre eux, pour ceux qui en prennent conscience, jugent vain de remettre en cause./p
pBeaucoup plus efficace qu'une intervention directe ou qu'une succession de consignes officielles émanant de la direction, une « autocensure d'ambiance » s'installe à bas bruit… et fait son œuvre. Les tendances du moment s'apprennent dans les couloirs, entre programmateurs et journalistes qui se passent le mot./p
pInterrogée sur l'invisibilisation de certains militants, juristes, chercheurs ou journalistes pourtant spécialistes de la question palestinienne, une journaliste reconnaît sans fard : « iDe toi-même, tu ne les appelles pas parce que tu sais que leur vision de la télé, c'est celle de la sociologie critique, et tu sais que c'est casse-gueule. Si tu commences à proposer un Alain Gresh/i [fondateur et directeur d'Orient XXI]i, un Akram Belkaïd/i [journaliste au iMonde diplomatique/i] iou autre, on va te dire non./i »/p
pAnecdote éloquente : dans la liste mensuelle d'octobre 2025 des invités de la chaîne d'information, nommée « Transparence », le nom de Dominique Vidal est assorti du commentaire suivant : « ijournaliste, ancien du/i Monde diplomatiquei, historien, souvent critiqué pour des positions hostiles à Israël/i ». Une étiquette exclusive. Bruno Tertrais, par exemple, y est présenté comme « idirecteur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialisé en géopolitique/i » sans que soient nulle part mentionnées de quelconques « positions favorables à Israël », et ce, en dépit de l'activisme proverbial de cet « iéminent représentant de la recherche privée française/i », figurant parmi les « leaders d'opinion » solidement liés à Elnetspan class="spip_note_ref" [a href="#nb12" class="spip_note" rel="appendix" title="En décembre 2023, Bruno Tertrais participait à la conférence inaugurale du (…)" id="nh12"12/a]/span, lobby israélien auquel il rendait d'ailleurs hommage en 2020span class="spip_note_ref" [a href="#nb13" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire « Elnet. Découvrez Israël, ses colonies, ses technologies de (…)" id="nh13"13/a]/span. Pire encore, car il s'agit là d'omission, quand David Khalfa est invité sur un plateau de la chaîne d'information en continu, c'est au titre de chercheur spécialiste du Proche-Orient associé à la Fondation Jean-Jaurès. À notre connaissance, il n'est pas fait état des fonctions de chargé de relations avec les politiques auprès de l'organisation lobbyiste Elnet qu'il a exercées il y a une dizaine d'années. Elles en disent pourtant long sur son positionnement./p
pComme un gage de pluralisme, ce principe journalistique dont la chaîne se réclame – au même titre que la neutralité et l'impartialité –, un journaliste nous rappelle que les chercheurs Beligh Nabli, professeur de droit public à l'université de Paris-Est, Bertrand Badie, professeur émérite à l'Institut d'études politiques de Paris, ou encore Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités, critiques de la politique israélienne, comptent parmi les intervenants sur la chaîne. S'ils y ont en effet été invités, leurs interventions représentent si peu dans l'économie d'ensemble qu'elles ne suffisent pas à attester d'un pluralisme et d'une équité en bonne et due forme, tant du point de vue des prises de parole (et de leurs conditions) que des cadrages journalistiques. Par ailleurs, ces intervenants ne sauraient incarner un camp, ce qui semble être parfois le cas dans l'esprit des journalistes : comment peut-on raisonnablement mettre des chercheurs sur le même plan que des acteurs officiellement partie prenante ?/p
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h3 class='article_intertitres'Le spectre du « boulanger de Sinwar »/h3
p/brCes normes favorisent d'autant plus le récit dominant que les journalistes cultivent consciemment ou non un rapport différencié à leurs sources : un autre facteur à même d'expliquer la prédominance du point de vue israélien à l'antenne. « iL'armée israélienne est forte pour te donner des communiqués chiffrés qui ont l'air fiables, des vidéos très chiadées/i », note un journaliste./p
pLes atteintes au pluralisme relèvent-elles seulement d'une asymétrie matérielle entre les moyens de communication respectivement déployés par les parties israélienne et palestinienne ? La réponse est donc sans doute dialectique. « iIl fallait vraiment qu'on soit béton sur nos profils palestiniens/i, lance un membre de la rédaction. iIl ne fallait pas qu'on nous dise : "Son beau-frère est le boulanger de Sinwar"/i », l'ancien chef de la branche armée du Hamas, assassiné par l'armée israélienne en octobre 2024./p
pSurvigilance déontologique… ou suspicion ia priori/i ? Au cours d'un entretien, un confrère accrédite sans s'en apercevoir la seconde option : « iOn avait très peu de sources mobilisables parce qu'on ne pouvait pas aller sur le terrain, ni contacter des gens à Gaza dont on puisse être sûr qu'on pouvait leur faire confiance./i » Pour être crédibles, les témoignages palestiniens doivent être validés par un regard occidental : un crédo symptomatique de l'imaginaire professionnel des journalistes françaisspan class="spip_note_ref" [a href="#nb14" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir notamment « "Des victimes coupables" : comment les journalistes (…)" id="nh14"14/a]/span, travaillé par un impensé colonial./p
pLa chaîne dispose bien d'une poignée de correspondants à Gaza, mais ces derniers n'interviennent quasiment jamais à l'antenne. « iIls ne parlent pas français/i », justifie un journaliste à Paris. Ni anglais ? France Info TV n'aurait donc pas les moyens de financer des traducteurs ? Le budget est à « iune course de taxi près/i », nous répond-on. Il est regrettable de constater qu'une chaîne qui prétend couvrir l'actualité au Moyen-Orient ne dispose de compétences linguistiques ni en arabe ni en anglais./p
pDu reste, notre interlocuteur conteste tout « deux poids, deux mesures » quant au rapport qu'entretiennent les journalistes à leurs sources : « iIl fallait toujours remettre en question la parole israélienne/i », enchaîne-t-il spontanément./p
pL'affirmation résiste mal à l'observation régulière de l'antenne, où les éléments de langage des autorités civiles et militaires israéliennes sont souvent diffusés sans le moindre filtre. Y compris par les reporters de terrain./p
pCorrespondant à Tel-Aviv rattaché au bureau de France Télévisions, Maël Benoliel, ancien salarié d'I24News, la « CNN israélienne » fondée par un Patrick Drahi aux « imotivations sionistes sincères/i », d'après ses proches, cités dans le journal économique iLa Tribune/i au moment du lancement de la chaîne, s'est notamment distingué de manière répétée dans le rôle de télégraphistespan class="spip_note_ref" [a href="#nb15" class="spip_note" rel="appendix" title="« Gaza : une "inflexion" médiatique en trompe-l'œil », Acrimed, 18 juin 2025." id="nh15"15/a]/span. Le 15 mai 2025, par exemple, après avoir fait état des déclarations de l'Organisation des Nations unies (ONU) selon lesquelles la famine à Gaza constitue « il'une des pires crises alimentaires dans le monde/i », il relayait la propagande négationniste d'Israël : « iLors du dernier cessez-le-feu, plus de 25 000 camions remplis de nourriture, d'eau et de médicaments sont entrés dans l'enclave palestinienne et par conséquent, les stocks ont alors été largement réapprovisionnés. Il n'y a donc pour l'heure, selon l'État hébreu, aucune situation de famine à Gaza./i »/p
pSans doute une représentation accrue de voix et de témoignages palestiniens aurait-elle empêché que de tels récits circulent à l'antenne. Le correspondant de guerre palestinien Rami Abou Jamous, lauréat de trois prix Bayeux en 2024, a eu la parole à plusieurs reprises, en duplex depuis Gaza. Mais là encore, un seul exemple permet de mesurer le déséquilibre abyssal de France Info TV : selon le propre décompte de la chaîne dans ses pages « Transparence », entre octobre 2025 et juin 2026, il fut le seul journaliste palestinien représenté à l'antenne, où il est intervenu dix fois./p
pÀ titre de comparaison, sur ces neuf mêmes mois, la journaliste israélienne Rina Bassist a bénéficié d'une surface médiatique près de sept fois supérieure : pas moins de 67 passages en plateau. Alors que la propagandiste russe attitrée des médias Bolloré Xenia Fedorova, devenue l'incarnation de « ila menace d'ingérence/ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb16" class="spip_note" rel="appendix" title="L'expression est du ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, dans (…)" id="nh16"16/a]/span » fait l'objet d'un arrêté d'expulsion ministériel, Rina Bassist peut se répandre sur la télévision publique sans avoir à rougir de son CV : ex-ambassadrice adjointe d'Israël à Bogotá, elle a notamment travaillé pendant près de deux décennies dans le corps diplomatique avant de devenir correspondante internationale de la radio publique israélienne et chercheuse associée au sein du think tank israélien de politique étrangère Mitvim. Une négatrice en règle du nettoyage ethnique à Gaza, qui s'est progressivement retrouvée dans les petits papiers des rédactions télé en général… et de France Info TV en particulier./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage_bassist.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH277/montage_bassist-c57f3.jpg?1790740802' width='500' height='277' alt='' //a
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h3 class='article_intertitres'Le crash d'un modèle « low cost »/h3
p/brIl faut dire que ces « experts » savent se rendre disponibles auprès d'une chaîne en quête perpétuelle d'intervenants. Lancée en 2016 sur un modèle « low costspan class="spip_note_ref" [a href="#nb17" class="spip_note" rel="appendix" title="« Franceinfo, l'info autrement ? », Acrimed, 8 décembre 2020." id="nh17"17/a]/span », France Info TV se voulait à l'origine un modèle d'information de service public : factuelle, pédagogique, sobre et riche en reportages. Dix ans plus tard, l'espace grandissant laissé aux « talks », ces « vrais-faux débats » d'opinion gourmands en chroniqueurs tout-terrain, en a fait une chaîne d'info en continu comme les autres, où le commentaire prend le pas sur l'information./p
p« iL'audience a longtemps été très faible/i, explique le délégué syndical Antoine Chuzeville, idonc il y a eu la volonté de faire appel à des recettes qui fonctionnent pour pas cher. Il y a d'ailleurs eu le recrutement de cadres éditoriaux passés par I-Télé, BFM-TV, LCI, des journalistes d'Europe 1/i », se remémore-t-il. Une austérité économique qui s'est particulièrement aggravée sous le second mandat d'Emmanuel Macron à l'Élysée, inauguré par la suppression de la redevance télé, en août 2022span class="spip_note_ref" [a href="#nb18" class="spip_note" rel="appendix" title="Cette recette dédiée, qui rapportait environ 3 milliards d'euros par an à (…)" id="nh18"18/a]/span./p
pCertaines sources parlent d'un autre tournant en septembre 2024, au moment de l'arrivée de Laurent Delpech à la direction de l'information. Son crédo : « iMettre des "talks" tout le temps, partout, très longs/i », résume une journaliste. Une idée économe : « ion envoie beaucoup moins d'équipes sur le terrain/i », les invités ne sont de toute façon pas payés et les chroniqueurs enchaînent parfois « ihuit heures d'affilée/i »./p
pQuitte à considérer que tout est matière à « débat » et à raconter n'importe quoi en présence de n'importe qui ? Exemple exemplaire : « Gaza "Côte d'Azur" et si c'était possible ? », sujet présenté en deuxième partie de l'émission « L'Heure américaine » (05/02/2025), au cours duquel un cadre syndical de l'industrie hôtelière est invité pour discuter des conditions de réalisation pratico-pratiques de la « riviera » imaginée par Trump à Gaza. Au cours de ce moment de télévision, l'invité répond, sans interruption ni rappel à l'ordre, à la question de l'animateur : « iLa bande de Gaza en riviera, est-ce que ça a du sens pour le professionnel du tourisme que vous êtes ?/i » Suite au tollé que cette séquence a déchaîné, Alban Micoczy, le rédacteur en chef de l'émission, a été sanctionné à l'issue d'une commission disciplinaire. Le journaliste a exprimé une autocritique lorsque nous l'avons interrogé, indiquant avoir « icru pouvoir aborder l'objet sur le thème de la raison ; or l'objet d'origine est déraisonnable en lui-même/i » et admettant s'être « itrès clairement trompé de registre/i ». Il reconnaîtra « iavoir perdu le contrôle de l'émission/i » avec cette séquence d'une durée de « isept minutes sur cinquante/i », tient-il à préciser. Nous avons observé plus grande diligence pour faire cesser un désordre en plateau. Quelques semaines plus tard, le directeur de la chaîne, Laurent Delpech, écopait d'une motion de défiance votée à 87 % par la rédaction de France Info TVspan class="spip_note_ref" [a href="#nb19" class="spip_note" rel="appendix" title="Il cédera sa place à Muriel Pleynet en mars 2025, laquelle sera remplacée (…)" id="nh19"19/a]/span/p
pEst-ce à dire que toutes les leçons de cet épisode ont été tirées ? Rien n'est moins sûr… Si des journalistes de la chaîne y voient une conséquence quasi mécanique de l'obsession du remplissage et du journalisme de commentaire, la chefferie fait l'autruche. Lors de la commission déontologique du 4 juin 2025, le SNJ a bien tenté de demander des comptes sur cette affaire, révélatrice selon le syndicat des « ifragilités structurelles/i » de France Info TV. La direction a répondu qu'elle « ine souhait[ait] pas revenir sur les erreurs commises qui ont porté préjudice à la chaîne/i » et s'est contentée de faire valoir un « itravail de réorganisation/i » en interne : l'affectation de plusieurs journalistes à des « iprocess de vérification/i » et la mise en place… d'une « iéquipe dédiée au "talk"/i », dissociée de « il'équipe dédiée aux "news"/i ». Tout changer pour que rien ne change ?/p
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h3 class='article_intertitres'La tentation de la normalisation/h3
p/brReste ce constat : sur France Info TV, la Palestine sera apparue aux yeux des téléspectateurs davantage sous le prisme du commentaire. Les capacités du bureau Moyen-Orient de France Télévisions, qui fournit des contenus aux différents canaux de la télévision publique, paraissent dévitalisées. Arnauld Miguet, qui en a pris la tête en novembre 2024 en tant que correspondant permanent, n'a pas souhaité répondre à nos questions, faute d'accord de la part de sa hiérarchie, nous a-t-il dit. Il encadre désormais quatre journalistes, épaulés par des envoyés spéciaux ponctuels, ce qu'il reste des effectifs, après le licenciement, en 2011, des deux tiers des journalistes./p
pRésultat ? France Info TV déserte le terrain palestinien – et proche-oriental, plus largement – dès lors que les chefferies n'y entrevoient plus d'actualité « chaude ». Preuve en est, la diminution en flèche de la couverture de Gaza depuis le prétendu « cessez-le-feu » d'octobre 2025, alors que près de 1 300 Palestiniens ont depuis été tués par l'armée israélienne dans l'enclave, parmi lesquels 300 enfants en trois cents jours selon l'Unicef./p
pSelon les données de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), qui ne se veulent pas exhaustives mais permettent de dégager des tendances lourdes de médiatisation, les occurrences du terme « Gaza » ont en effet chuté de 92 % à l'antenne de France Info TV entre octobre 2025 et juin 2026. On remarque qu'entre janvier 2022 et septembre 2023 (inclus), les occurrences de « Gaza » sont quasiment inexistantes. Des dynamiques qui rejoignent peu ou prou celles observées par l'INA sur l'ensemble des grands médias audiovisuelsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb20" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir « Israël-Hamas : un an après l'attaque du 7 octobre, que retenir de la (…)" id="nh20"20/a]/span. Et qui ne démentent pas un constat tristement général : les grands médias se mobilisent au tempo d'Israël./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/visuel8.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH296/visuel8-72b5c-c6e56.png?1790740802' width='500' height='296' alt='' //a
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p/brCette invisibilisation structurelle, aggravée par le blocus imposé par l'État d'Israël sur Gaza – inédit dans l'histoire par sa durée – a bien sûr des conséquences multiples sur le traitement de l'information. « iIl y a à la fois de la paresse intellectuelle et du lavage de cerveau/i, commente un journaliste. iEt puis à la fin, quand tu es allé six fois en Israël, que tu as rencontré les familles des victimes, tu as de l'empathie pour ces gens-là ; et tu oublies ceux que tu ne vois pas./i »/p
p« Oubli »… ou normalisation ? Le 16 août dernier, alors que le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir appelait publiquement à assassiner « ide 30 à 40 personnes chaque nuit/i » à Gaza, « ides gens qui ne méritent pas de vivre/i », qui « ine sont même pas des êtres humains/i », France Info TV diffusait un reportage touristique sur les jardins suspendus de Haïfa, en Israël. « iUne spectaculaire brèche de verdure/i », s'émerveillait la journaliste. « iUne cascade luxuriante/i » de jardins « ià la symétrie parfaite/i », « iouverts à tous/i » et accueillant « iun million de visiteurs chaque année/i »./p
p/brstrongMeriem Laribi/strong et strongPauline Perrenot/strong/p/div
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div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« Israël/Gaza, la chronique impossible ? », « Votre télé et vous », France 3, 18 juin 2025./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /span« Le 16h/18h », France Info TV, 22 novembre 2024./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /span« La politique s'éclaire », France Info TV, 21 février 2026./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /span« France Info et "les otages palestiniens" : emballement sémantique et indignation sélective », a href="https://www.acrimed.org/France-Info-et-les-otages-palestiniens"Acrimed/a, 3 février 2025./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanAprès avoir été nommée par l'Arcom, dont le président est quant à lui choisi par le chef de l'État, Delphine Ernotte occupe ce poste depuis 2015./p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanFrançois Beaudonnet, « Au comptoir de l'info », France Télévisions, 27 octobre 2023. Toutes les citations qui suivent proviennent de cet entretien./p
/divdiv id="nb7"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanLire Hocine Bouhadjera, « "Il n'y a aucun journaliste à Gaza" : une réponse par les voix des survivants », a href="https://actualitte.com/article/133325/presse/il-n-y-a-aucun-journaliste-a-gaza-une-reponse-par-les-voix-des-survivants" class="spip_out" rel="external"ActuaLitté/a, 14 août 2026, à propos du projet « The Living Record », dans lequel « iplus de cinquante journalistes et professionnels des médias de Gaza ont enregistré des hommages à leurs confrères tués depuis le début de la guerre/i »/i./p
/divdiv id="nb8"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanAssociation de journalistes ayant pour rôle d'assurer l'indépendance de la profession face aux actionnaires et le respect des principes déontologiques./p
/divdiv id="nb9"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /spanTous ces contenus sont en outre indistinctement promus sur les réseaux sociaux via un seul compte (Franceinfo), dans une volonté affichée de « irenforcer […] la marque du média global, radio-tv-web/i »./p
/divdiv id="nb10"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spanDans l'émission « Sur le terrain », titrée : « Palestine, que va devenir le Hamas ? »./p
/divdiv id="nb11"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh11" class="spip_note" title="Notes 11" rev="appendix"11/a] /spanCes deux épisodes ont respectivement eu lieu à l'antenne de Franceinfo TV les 28 juin et 10 août 2025./p
/divdiv id="nb12"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh12" class="spip_note" title="Notes 12" rev="appendix"12/a] /spanEn décembre 2023, Bruno Tertrais participait à la conférence inaugurale du réseau « Agir ensemble », une émanation d'Elnet, pour lequel il assura également une « masterclass »./p
/divdiv id="nb13"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh13" class="spip_note" title="Notes 13" rev="appendix"13/a] /spanLire « Elnet. Découvrez Israël, ses colonies, ses technologies de surveillance… », a href="https://orientxxi.info/elnet-decouvrez-israel-ses-colonies-ses-technologies-de-surveillance,4453" class="spip_out" rel="external"Orient XXI/a, 26 janvier 2021./p
/divdiv id="nb14"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh14" class="spip_note" title="Notes 14" rev="appendix"14/a] /spanVoir notamment « "Des victimes coupables" : comment les journalistes français voient leurs confrères palestiniens ? », a href="https://www.arretsurimages.net/articles/des-victimes-coupables-comment-les-journalistes-francais-voient-leurs-confreres-palestiniens" class="spip_out" rel="external"Arrêt sur images/a, 29 avril 2025 et « a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/sur-le-gril/gaza-et-lillumination-vint-de-cnn" class="spip_out" rel="external"Gaza : et l'illumination vint de CNN/a », Arrêt sur images, 16 décembre 2023./p
/divdiv id="nb15"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh15" class="spip_note" title="Notes 15" rev="appendix"15/a] /span« Gaza : une "inflexion" médiatique en trompe-l'œil », a href="https://www.acrimed.org/Gaza-une-inflexion-mediatique-en-trompe-l-oeil"Acrimed/a, 18 juin 2025./p
/divdiv id="nb16"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh16" class="spip_note" title="Notes 16" rev="appendix"16/a] /spanL'expression est du ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, dans une tribune au a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/17/jean-noel-barrot-ministre-des-affaires-etrangeres-le-cas-de-xenia-fedorova-illustre-la-menace-d-ingerence-a-laquelle-nous-sommes-confrontes_6748361_3232.html" class="spip_out" rel="external"iMonde/i/a publiée le 17 août 2026./p
/divdiv id="nb17"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh17" class="spip_note" title="Notes 17" rev="appendix"17/a] /span« Franceinfo, l'info autrement ? », a href="https://www.acrimed.org/Franceinfo-l-info-autrement"Acrimed/a, 8 décembre 2020./p
/divdiv id="nb18"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh18" class="spip_note" title="Notes 18" rev="appendix"18/a] /spanCette recette dédiée, qui rapportait environ 3 milliards d'euros par an à l'audiovisuel public, a été remplacée par l'affectation d'une fraction de la TVA, soit une contribution beaucoup plus dépendante des arbitrages budgétaires annuels, et du pouvoir politique./p
/divdiv id="nb19"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh19" class="spip_note" title="Notes 19" rev="appendix"19/a] /spanIl cédera sa place à Muriel Pleynet en mars 2025, laquelle sera remplacée temporairement à la direction de la rédaction nationale de France Télévisions par… Nathalie Saint-Cricq !/p
/divdiv id="nb20"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh20" class="spip_note" title="Notes 20" rev="appendix"20/a] /spanVoir « Israël-Hamas : un an après l'attaque du 7 octobre, que retenir de la médiatisation du conflit ? », a href="https://larevuedesmedias.ina.fr/israel-hamas-un-apres-lattaque-du-7-octobre-que-retenir-de-la-mediatisation-du-conflit" class="spip_out" rel="external"La Revue des médias/a, 7 octobre 2024 et « Deux ans de guerre Israël-Hamas : un désintérêt progressif à la télé et à la radio », a href="https://larevuedesmedias.ina.fr/guerre-israel-gaza-hamas-conflit-data-mediatisation" class="spip_out" rel="external"La Revue des médias/a, 7 octobre 2025./p
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div class='rss_chapo'pLe 4 août 2021, Souheil El Khalfaoui, 19 ans, a été tué au volant par un tir policier à Marseille. Quatre ans plus tard, Mediapart a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/230625/mort-de-souheil-el-khalfaoui-le-parquet-de-marseille-perdu-des-pieces-conviction" class="spip_out" rel="external"révélait/a la disparition de neuf pièces à conviction dans l'enquête. Le père et la tante de Souheil, Issam et Samia El Khalfaoui, ont fondé l'association Stop aux violences d'État (Save), à l'initiative d'une pétition qui a réuni 732 000 signataires en juillet 2026. Malgré une mobilisation dans des dizaines de villes, les 19 et 20 septembre, la tonalité médiatique peut se résumer en un mot : le désintérêt./p/div
div class='rss_texte'pContre la présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre : c'est le titre de la pétition signée massivement cet été a href="https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-6334?locale=fr" class="spip_out" rel="external"sur le site de l'Assemblée nationale/a. « iC'est la deuxième plus soutenue depuis la création de la plateforme. Mais la commission des lois, qui aurait pu s'en saisir pour organiser un débat, a préféré la classer le 21 juillet/i », a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/200926/marseille-plusieurs-milliers-de-personnes-manifestent-contre-le-permis-de-tuer" class="spip_out" rel="external"explique Mediapart/a (20/09). Le média a suivi des manifestants contre le « permis de tuer », à Marseille, à l'instar de a href="https://www.politis.fr/articles/2026/09/portfolio-non-au-permis-de-tuer-les-familles-de-victimes-en-tete-du-cortege-a-paris/" class="spip_out" rel="external"iPolitis/i/a ou a href="https://www.instagram.com/p/DdhEoBtDYuM/?img_index=1" class="spip_out" rel="external"StreetPress/a, qui ont publié des reportages photo à Paris./p
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h3 class='article_intertitres'Les pratiques du journalisme de préfecture/h3
p/brEn revanche, ce même 20 septembre, le sujet n'est jamais abordé a href="https://www.tf1.fr/tf1/jt-20h/videos/le-jt-de-20-heures-de-tf1-du-dimanche-20-septembre-2026-09112163.html" class="spip_out" rel="external"sur TF1/a, ni dans le journal de 13 heures, ni dans celui de 20 heures. Il était apparemment préférable, le midi comme le soir, de suivre des touristes achetant des bermudas. a href="https://www.franceinfo.fr/replay-jt/france-2/20-heures/jt-de-20h-du-dimanche-20-septembre-2026_8173025.html" class="spip_out" rel="external"Sur France 2/a, le traitement des manifestations a duré seulement vingt secondes, dans la deuxième partie du 20 heures. « iDes incidents ont émaillé ces rassemblements, notamment dans la capitale/i », précise Laurent Delahousse en lisant sa fiche. La séquence rapide montre un manifestant lançant un projectile, mais pas les charges policières captées notamment par des journalistes d'a href="https://x.com/Ab7Media/status/2101741125589442806" class="spip_out" rel="external"AB7 Media/a et du a href="https://www.youtube.com/watch?v=6dJ8rPOwlCg" class="spip_out" rel="external"Média/a : une hiérarchie de l'information et un cadrage devenus banals dans les grands médias, caractéristiques du journalisme de préfecture./p
pLe service public fait néanmoins un peu « mieux » que ses concurrents. Contrairement aux dispositifs de BFM-TV, LCI et CNews, plusieurs membres de la LDH et du Syndicat de la magistrature ont par exemple été invités sur Franceinfo. Mais face à des syndicalistes policiers : l'art du « débat pluraliste », sans doute… Le sujet a d'abord été abordé dans l'interview matinale de Matthieu Valet, député européen RN et ex-commissaire de police. « iÇa vous inspire quoi ces manifestations ?/i », lui demande le journaliste de Franceinfo, Antoine Comte, a href="https://x.com/franceinfo/status/2101576042125140379" class="spip_out" rel="external"avant d'insister/a sur « iun chiffre assez glaçant révélé a href="https://www.amnesty.fr/reperes/loi-presomption-de-legitime-defense-des-policiers-les-intox/" class="spip_out" rel="external"par Amnesty/a : depuis 2017 et la loi dite "Cazeneuve", qui visait déjà à mettre en place une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre, les tirs mortels de policiers sur des personnes à bord d'un véhicule ont été multipliés par cinq. C'est quand même extrêmement inquiétant./i »/p
p« Inquiétant ? » Pas pour Arlette Chabot. « iÉvidemment, en ce moment, ce n'est pas vraiment dans les préoccupations quotidiennes. Dans le débat politique, on est plutôt sur les prix des carburants et le pouvoir d'achat/i », affirme-t-elle a href="https://www.tf1info.fr/replay-lci/videos/video-lci-live-du-dimanche-20-septembre-2026-2465190.html" class="spip_out" rel="external"sur le plateau de LCI/a dimanche matin, avant une interview avec Bruno Bartocetti, syndicaliste policier, lancé sur « iles risques de débordement/i » dans le cortège parisien et « iles groupes de l'ultragauche qui vont affronter les forces de l'ordre/i ». « iC'est dommage qu'ils ne se mobilisent pas autant lorsqu'il y a des tirs à la kalachnikov dans les quartiers…/i », entame ce dernier, sous les rires de la présentatrice Anne-Chloé Bottet. Et tant pis si, après le départ du cortège parisien, la reporter Bénédicte Le Chatelier précise en duplex que « iça se passe très bien, c'est plutôt bon enfant/i » : les « débordements » font l'info./p
pParmi d'autres automatismes journalistiques. a href="https://www.tf1info.fr/replay-lci/videos/video-lci-direct-du-dimanche-20-septembre-2026-2465230.html" class="spip_out" rel="external"En plateau/a, le journaliste Frédéric Delpech rebondit par exemple en affirmant que « iJean-Luc Mélenchon fait de la confrontation avec la police une sorte de leitmotiv depuis plusieurs années/i ». Mêmes préoccupations futiles a href="https://www.bfmtv.com/replay-emissions/le-grand-oral-2027/video-l-integrale-du-grand-oral-2027-du-dimanche-20-septembre-2026_VN-202609200331.html" class="spip_out" rel="external"sur BFM-TV/a : « iEst-ce que comme les Insoumis vous dites : "la police tue" ?/i », demande le présentateur Marc Fauvelle lors du « Grand Oral 2027 » de Ségolène Royal. On ne comptera pas sur la présence à ses côtés du rédacteur en chef du service politique du iFigaro/i, Jim Jarrassé, pour rappeler que la France est a href="https://basta.media/violences-policieres-en-europe-la-france-parmi-les-pays-les-plus-mal-classes" class="spip_out" rel="external"l'un des pays d'Europe comptant le plus grand nombre de personnes tuées en garde à vue ou lors d'interventions policières/a. Il ne sera ainsi jamais question d'informer sur la liste des victimes de ces interventions policières – 52 décès en 2024 a href="https://basta.media/Refus-d-obtemperer-malaises-en-detention-Le-bilan-2024-des-interventions-policieres-letales" class="spip_out" rel="external"d'après Basta/a –, l'un des points que souhaitaient pourtant mettre en lumière les collectifs mobilisés. Du reste, sur LCI comme sur BFM-TV, les manifestants n'ont pas la parole : une double invisibilisation./p
pDans la matinale de RMC du lundi (21/09), si les manifestations sont évoquées, elles le sont uniquement sous le prisme de l'élection présidentielle, au moment de l'interview de la députée LFI Alma Dufour. « iLe texte doit arriver au Sénat, vous voulez stopper les débats parlementaires ?/i », commence par lui demander le chroniqueur de la matinale, Matthieu Belliard. Pendant ce temps, la mobilisation sociale est passée sous silence sur RTL. France Inter y consacre en revanche un reportage a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-grande-matinale/la-grande-matinale-le-7-9-du-lundi-21-septembre-2026-4699304" class="spip_out" rel="external"dans son journal de 7 heures/a, en donnant la parole à Issam El Khalfaoui. Les médias nationaux avaient pourtant du biscuit à disposition : de Brest à Strasbourg, en passant par Poitiers et Valenciennes, les titres de la presse quotidienne régionale comme a href="https://www.letelegramme.fr/finistere/brest-29200/non-au-permis-de-tuer-forte-mobilisation-a-brest-contre-la-presomption-dinnocence-pour-les-forces-de-lordre-7120732.php" class="spip_out" rel="external"iLe Télégramme/i/a, les a href="https://www.dna.fr/faits-divers-justice/2026/09/19/1-500-manifestants-disent-non-au-permis-de-tuer" class="spip_out" rel="external"iDNA/i/a, a href="https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/non-tuer-n-est-pas-legitime-700-personnes-defilent-a-poitiers-contre-la-loi-dite-du-permis-de-tuer-pour-les-forces-de-l-ordre-1789835182" class="spip_out" rel="external"iLa Nouvelle République/i/a ou a href="https://www.lamontagne.fr/tulle-19000/actualites/en-correze-200-a-250-personnes-manifestent-contre-le-permis-de-tuer-il-faut-que-les-policiers-reprennent-leur-role-de-gardien-de-la-paix_15049701/" class="spip_out" rel="external"iLa Montagne/i/a ont réalisé comme souvent un compte rendu des mobilisations locales le 20 septembre./p
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h3 class='article_intertitres'Le décompte des manifestants : la police vous parle/h3
p/brFocalisation sur les débordements, invisibilisation des enjeux de fond, inégalités de traitement dans la distribution de la parole, silenciation des collectifs mobilisés, discrédités en leur absence… À ces biais s'ajoute le traditionnel suivisme médiatique à l'égard des chiffres officiels. Dans la presse quotidienne nationale, iLe Monde/i et a href="https://www.lefigaro.fr/actualite-france/laurent-nunez-redoute-des-debordements-en-marge-des-manifestations-contre-la-loi-sur-l-usage-des-armes-20260920" class="spip_out" rel="external"iLe Figaro/i/a reprennent une dépêche de l'AFP évoquant « iplus de 10 000 manifestants en France/i »... et ne la mettent pas à jour. « Plus de 10 000 personnes dans la rue en France contre "le permis de tuer" des forces de l'ordre », peut-on lire encore plus d'une semaine après en titre du format vidéo a href="https://www.lemonde.fr/videos/video/2026/09/20/en-images-plus-de-10-000-personnes-dans-la-rue-en-france-contre-le-permis-de-tuer-des-forces-de-l-ordre_6778408_1669088.html" class="spip_out" rel="external"du iMonde/i/a, alors que l'AFP évoquait « près de 50 000 personnes » le dimanche 20 au soir./p
pDans la dernière version de cette dépêche, que l'on retrouve aussi sur le fil d'actualité de a href="https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/200926/loi-sur-la-presomption-d-usage-des-armes-pres-de-50000-personnes-dans-la-rue-en-france" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a, le nombre de manifestants est annoncé de manière affirmative : « iPrès de 50 000 personnes, dont de nombreux sympathisants LFI, ont défilé dimanche à Paris, Marseille, Lyon ou encore Toulouse./i » La source est évoquée à partir du quatrième paragraphe : « iLe ministère de l'Intérieur/i ». Et cette estimation des autorités fait foi dans l'ensemble des médias. Une nouvelle fois, le train médiatique n'a donc pas attendu les organisateurs. « iSelon la préfecture nous étions 50 000, après le décompte des 100 villes mobilisées nous étions 150 000 à marcher à travers toute la France contre le permis de tuer/i », a href="https://www.instagram.com/p/DdlUND-Nye_/" class="spip_out" rel="external"a communiqué/a lundi 21 septembre l'association Stop aux violences d'État, sans trouver d'écho dans les médias. La dépêche AFP, reprise notamment par iLe Figaro/i, ne mentionnait pas non plus la pétition qui avait rassemblé 732 000 signatures en juillet./p
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h3 class='article_intertitres'Retour à l'anormal/h3
p/br« iVoitures brûlées/i », « itirs de mortiers/i »… Ce même week-end, les médias dominants ont préféré passer en boucle les images d'une « nuit d'émeutes » près de Tours. « iLa soirée a rapidement dégénéré à Saint-Pierre-des-Corps, après une intervention policière suite à un rodéo urbain/i, assure une reporter de BFM-TV en duplex à 6h30 le dimanche matin. iCe que l'on peut vous dire c'est qu'une collision a eu lieu entre une moto et un véhicule de la police, aux alentours de 19 heures [le samedi soir], sur le parking du centre commercial de La Rabaterie./i » Même cadrage sur les autres antennes de télévision, du JT de TF1 à CNews. « iLa moto est encastrée dans l'avant du véhicule/i », précise France 2 au journal de 13 heures. Un commentaire qui disparaît le soir-même, au profit du récit d'une « iintervention des forces de l'ordre pour mettre fin à un rodéo urbain/i »./p
pSur les chaînes en continu, les syndicalistes de la police Bruno Bartocetti (Franceinfo, LCI), David Debono (TF1, BFM-TV, CNews), Linda Kebbab (BFM-TV) ou Axel Ronde (Franceinfo, CNews, Europe 1, M6) investissent en masse les plateaux… et peuvent dérouler ce récit sans contradictoire. Les témoins du choc ? Cantonnés à quelques secondes dans les journaux. « iC'est arrivé devant moi, ils ont dû le courser sur cinquante mètres, ils n'ont pas ralenti du tout, ils l'ont tapé directement/i », rapporte par exemple un habitant dans un reportage de RTL lundi matin. RMC-BFM a aussi donné la parole à un témoin. « iVous ne l'avez pas vu freiner [le conducteur de la voiture de police] ?/i », demande le journaliste. « iPas du tout, il était pied au plancher/i », répond un habitant. Las… Ce ne sera pas suffisant, ce matin-là, pour que la journaliste Marie Chantrait remette en question le narratif officiel dans son « Face à Face » avec le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, qui préempte quant à lui le créneau matinal le plus exposé et le plus prescripteur de la chaîne…/p
pEt pour cause : dans les médias audiovisuels dominants, la police ne tue pas et la méthode du « a href="https://www.politis.fr/articles/2025/10/depuis-zyed-et-bouna-la-police-tue-toujours-plus/" class="spip_out" rel="external"parechocage/a » ne peut pas exister. Même quand le policier au volant est un élu du RN, comme l'a révélé a href="https://www.lanouvellerepublique.fr/chatellerault/info-nr-emeutes-a-saint-pierre-des-corps-le-policier-implique-dans-la-collision-avec-une-moto-est-un-elu-rn-dans-la-vienne-1790164004" class="spip_out" rel="external"iLa Nouvelle République/i/a mercredi 23 septembre./p
p/brstrongFlorian Lefèvre/strong/p/div
Our suffering cannot be the backdrop for an internal Israeli morality tale: Confronting Israel's crimes in Gaza means taking action to stop them.
div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/-releve-sur-le-net-"+972/a/b/div
div class='rss_chapo'pNous reproduisons a href="https://www.snj.fr/groupe-ebra-et-credit-mutuel-de-la-republique-des-lecteurs-la-dictature-du-clic/2704" class="spip_out" rel="external"ce communiqué/a du SNJ./p/div
div class='rss_texte'pPure maladresse ou énorme provocation ? Dans une communication interne plutôt audacieuse, au beau milieu d'une négociation sur un plan social d'envergure, qui prévoit jusqu'à 400 suppressions de postes sur l'ensemble des journaux du groupe Ebra, la présidente du groupe de presse Sophie Gourmelen a informé les salariés, ce mardi 23 septembre, du lancement dès le mois d'octobre, par le Crédit Mutuel, d'un a href="https://www.linforme.com/medias-culture/article/le-credit-mutuel-lance-un-think-tank-contre-la-desinformation-avec-laurent-berger_8810.html" class="spip_out" rel="external"think tank consacré à la lutte contre la désinformation/a. Difficile d'imaginer pire calendrier pour une telle annonce, alors que le groupe Ebra s'apprête à supprimer plusieurs centaines de postes de journalistes dans ses neuf quotidiens régionauxspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Dernières Nouvelles d'Alsace, L'Alsace, Le Républicain Lorrain, L'Est (…)" id="nh1"1/a]/span, en a href="https://www.snj.fr/secretaire-de-redaction-un-metier-sacrifie-sur-lautel-de-lintelligence-artificielle/2666" class="spip_out" rel="external"détruisant le métier de secrétaire de rédaction/a, dont les tâches (relecture, correction, réécriture, mise en page) seront confiées à plusieurs outils d'intelligence artificielle./p
pBaptisé la « République des Lecteurs », ce « laboratoire d'idées et d'actions », composé d'une douzaine de personnalités, aura pour mission d'œuvrer pour la « qualité de l'information », pilier du fonctionnement des démocraties. Selon les termes du communiqué interne, l'idée générale du projet serait de permettre à chacun « id'accéder à une information fiable/i », et de « icomprendre comment elle est produite/i », ceci afin de « idévelopper l'esprit critique face aux transformations de l'information/i », et de « ifaire vivre un débat public ouvert sur les grands enjeux de société/i »./p
pDommage que l'entreprise ne s'applique pas à elle-même ses beaux principes : le groupe Ebra n'a nullement l'intention d'informer ses lecteurs du fait qu'une grande partie de ses contenus auront été relus, corrigés et parfois reformulés par des machines, la supervision humaine de toute la production éditoriale étant assurée par des « valideurs »./p
pA propos de désinformation, le contraste est saisissant entre les intentions affichées et la réalité de ce que le Crédit Mutuel et le groupe Ebra envisagent de faire subir aux rédactions de leurs journaux. Non content de confier à des outils d'intelligence artificielle générative une partie des missions éditoriales qui incombent aux journalistes, le groupe de presse entend contraindre tous ses journalistes de terrain à utiliser l'IA dans leur production éditoriale quotidienne./p
pLes outils étant intégrés au système éditorial, les reporters ne pourront pas valider leurs articles sans participer à l'entraînement des modèles ou à l'inférence des IA, l'IA étant chargée de générer un résumé de chaque article (de plus de 2000 signes) et plusieurs titres, dont un destiné à alimenter Google Discover. L'un des objectifs non écrits de ce plan sera de se conformer aux exigences du référencement, la course aux audiences du web. De la « République des Lecteurs » à la dictature du clic, il n'y a qu'un pas./p
pLes représentants des sections SNJ de l'ensemble des titres du groupe Ebra, majoritaires dans la plupart de ses rédactions, enjoignent la direction du Crédit Mutuel et les dirigeants du groupe de presse à renoncer, ou à revoir en profondeur ce projet, qui ne pourra à terme que faire du mal au journalisme, à l'information de proximité, et à la démocratie./p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanDernières Nouvelles d'Alsace, L'Alsace, Le Républicain Lorrain, L'Est Républicain, Vosges-Matin, Le Bien Public, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Progrès, Le Dauphiné Libéré./p
/div/div
Quelques mots à propos de la polémique qui enfle et enfle encore au sujet du roman « C'était ça ou mourir » de Thélyson Orélien. « Il paraît » qu'il aurait été en grande partie écrit par une IA. « On dit que » des détecteurs d'IA identifient des passages entiers comme « utilisant l'IA ». Les mêmes détecteurs qui sur à peu près n'importe quel texte classique du 18ème, 19ème siècle ou d'avant (donc de l'époque où les IA n'existaient pas) affirment avec autant d'assurance qu'ils ont aussi été écrits avec l'aide de l'IA.
div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/-releve-sur-le-net-"affordance.info/a/b/div
Abandoned, dismissed and gaslighted: there is no excuse for the way ME sufferers have been betrayedbr class='autobr' /
George Monbiot
div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/-the-guardian-"The Guardian/a/b/div
How a community devoted to thinking clearly incubated salvation stories, abusive experiments, race science, and an affection for autocracy, and why that history matters now that its alumni are asking for the public trust on AI.
div class='source'Source: ba href="http://rezo.net/-en-anglais-"En anglais/a/b/div
The last document from the Snowden archive was published on 29 May 2019. The Guardian stopped publishing documents in February 2014, Der Spiegel in January 2015, and The New York Times and ProPublica in August 2015. After that, only The Intercept was still publishing documents, with only a few exceptions, until it closed its archive in March 2019. Eleven weeks later, on 29 May 2019, it released what would become the final batch of documents from the archive. Since then, no news outlet, journalist, or institution anywhere has published a single document from the Snowden archive.
div class='source'Source: ba href="http://rezo.net/-en-anglais-"Libroot.org/a/b/div
J'ai franchement autre chose à faire que d'insulter publiquement des ministres et n'en tire ni gloire ni satisfaction mais il y a juste un moment où ce n'est plus possible autrement quoi. Là nous sommes en 2026, et c'est donc Philippe Baptiste qui est actuellement ministre de l'enseignement supérieur. (...) Et il dit : si le budget n'est pas voté, bah pouf, on ne pourra plus proposer le repas à un euro à tous les étudiants.
div class='source'Source: ba href="http://rezo.net/-releve-sur-le-net-"affordance.info/a/b/div
Alors que les projets de constellations de satellites se multiplient et se concrétisent, le rapport annuel de l'Agence spatiale européenne, publié le 14 septembre, s'inquiète de l'explosion du nombre d'objets en orbite. La surpopulation orbitale pourrait entraver les activités spatiales dans un futur proche.
div class='source'Source: ba href="http://rezo.net/-numerama-"Numérama/a/b/div
div class='rss_chapo'p« Complément d'enquête », France 2, 17 septembre 2026./p/div
div class='rss_texte'p« iEn quelques mois, elle s'est fait une armée d'ennemis, mais pour certains, elle est un modèle./i » Dès les premiers mots de a href="https://www.youtube.com/watch?v=dAIeCT0MVjQ" class="spip_out" rel="external"son reportage/a, Tristan Waleckx pose une problématique binaire, caricaturale et dépolitisante, centrée sur la personnalité de Rima Hassan : on l'aime ou on la hait. D'ailleurs, « il'étoile montante des Insoumis partage avec Jean-Luc Mélenchon/i » de nombreuses choses, poursuit le présentateur. Des combats et des valeurs politiques ? Non : « iLe goût du clash, de la provoc, et du rapport de forces./i » Voilà une enquête de fond qui s'annonce. Son titre donne le ton : « Keffieh, tweets et polémiques : la méthode Rima Hassan »./p
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h3 class='article_intertitres'Hiérarchie de l'info/h3
p/brLe lancement « plateau » du reportage donne d'emblée une information importante, sans toutefois s'y arrêter : « iElle est aujourd'hui la politique la plus poursuivie de France. Rima Hassan n'a jamais été condamnée, mais en deux ans, elle a été visée par 22 procédures judiciaires/i » – on apprendra plus tard dans le reportage que 16 de ces procédures sont déjà classées. De quoi conduire le présentateur à s'interroger sur le « iharcèlement judiciaire et politique/i » subi par l'eurodéputée, comme l'ont récemment fait 5 rapporteurs indépendants de l'ONU a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/08/31/apologie-du-terrorisme-cinq-rapporteurs-speciaux-de-l-onu-prennent-la-defense-de-rima-hassan_6762854_3224.html" class="spip_out" rel="external"dans un courrier au gouvernement français/a ? Non : là n'est pas le sujetspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Au détour d'une phrase et en toute fin de reportage, la rédaction de « (…)" id="nh1"1/a]/span ! Au contraire, Waleckx diffuse, en iteasing/i, et afin d'illustrer son lancement sur « ila politique la plus poursuivie de France/i », 5 secondes d'une interview fracassante de François-Xavier Bellamy (LR), qui se dit « menacé de mort » par Rima Hassan (sa plainte a été classée sans suite), précédées par la lecture de quelques bouts de tweets./p
pPuis, Waleckx évoque enfin dans son lancement la véritable révélation contenue dans son reportage : le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez aurait lui-même participé à la propagation de la fake news « drogue » contre Rima Hassan, a href="https://www.acrimed.org/Rima-Hassan-et-la-drogue-fiasco-mediatique"en avril dernier/a. Résumons en peu de mots, et en tâchant d'ignorer les noms propres : le service public consacre un long format à une eurodéputée de l'opposition ; celle-ci est la cible d'un harcèlement judiciaire et politique inédit, pour lequel le gouvernement français reçoit des remontrances de rapporteurs des Nations Unies ; le ministre de l'Intérieur a participé à la diffusion de fausses informations diffamantes contre cette opposante politique ; mais le service public consacre l'essentiel de son reportage aux « polémiques » déclenchées par des morceaux de ses tweets. « Complément d'enquête » démarre donc avec un sérieux problème de hiérarchie de l'information./p
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h3 class='article_intertitres'Fausses symétries/h3
p/brNous voici sur le parvis du tribunal de Paris, le 7 juillet, alors que Rima Hassan est convoquée à une audience pour « iapologie du terrorisme/i ». « iDeux camps s'affrontent dans une ambiance électrique/i » narre la voix off : d'un côté des militants « ide la cause palestinienne/i », de l'autre « Nous vivrons », un « icollectif sioniste né après le 7 octobre/i ». Le reportage donne alors la parole aux « ideux camps/i ». « iLa France insoumise ne respecte pas l'État de droit/i » et Rima Hassan propage « ila haine du juif/i » accusent des membres de Nous vivrons ; tandis que les « imilitants de la cause palestinienne/i » se contentent de dire que « iRima Hassan défend les droits de l'homme, des valeurs indispensables à la démocratie/i ». Un partout et balle au centre ? « Complément d'enquête » prend soin de ne pas trancher : « iAntisémite pour certains, héroïne pour d'autres/i »./p
pLe mal est fait, d'autant qu'une forme d'iconisation de Rima Hassan vient affaiblir (et dépolitiser) la parole de ses soutiens : ainsi, France 2 résume leur présence sur le parvis du tribunal par la fascination qu'ils éprouveraient pour Rima Hassan, « il'héroïne/i ». La voix off ne quitte d'ailleurs pas cette ligne, qu'elle doit imaginer équilibrée : Rima Hassan est « iadulée ou détestée/i », est la « inouvelle icône de La France insoumise/i », « il'une des politiques les plus en vue mais les plus clivantes/i ». Elle est même « iun élixir de jouvence/i » pour Jean-Luc Mélenchon, et le « isymbole de la nouvelle France à la sauce LFI/i »./p
pLe pendant de cette iconisation est la diabolisation : tout le monde déteste Rima Hassan – la parole est donnée à une brochette de tous ses plus virulents contempteurs : Marion Maréchal (« iRentrez chez vous !/i »), Sébastien Chenu (« iSes amis du Hamas/i »), Fabien Roussel ou encore Jérôme Guedj. « iSon style, radical ; sa méthode, sans concession/i » : la voix off enchaîne les phrases nominales, lit des morceaux de tweets, sur fond de musique angoissante./p
pRésultat ? Dépolitisation partout : le prétendu « journalisme d'investigation » évacue quasi systématiquement tout élément de fond politique au profit de l'écume politicienne. Jamais le récit de France 2 ne semble vouloir dépasser les frontières de la personne Rima Hassan. À une exception près, lorsque cette dernière est filmée durant une poignée de secondes pour évoquer la Nakba, lors d'une exposition à laquelle ont été conviés les journalistes de l'équipe de France 2. Mais le dispositif est tellement engoncé dans les « polémiques » du microcosme politico-médiatique qu'il réussit cet exploit : inciter les téléspectateurs à ne percevoir ces informations que comme une banale opération de communication./p
pLa voix off reprend : « iRima Hassan serait la victime d'un procès politique./i ». Le documentaire entend bien démontrer le contraire…/p
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h3 class='article_intertitres'Réquisitoire/h3
p/brAprès une courte partie « biographique », avec photos d'enfance et témoignages de voisins niortais, « Complément d'enquête » revient sur l'éclosion médiatique puis politique de Rima Hassan... et donne dans le registre habituel du journalisme politique : « iLa direction insoumise mise alors [pour les élections européennes] sur ce nouveau visage, afin d'attirer des voix/i » ; « il'eurodéputée est devenue l'une des principales porte-flingues de Jean-Luc Mélenchon/i » ; « ic'est une comète politique/i » ; « icertains l'ont mauvaise en interne/i », etc./p
pVoilà pour la partie « à décharge » (c'est relatif) de ces quelques minutes de portrait, cherchant avant tout à construire un fétiche ; vient maintenant la partie « à charge ». Le reportage s'arrête donc quelques minutes sur… le keffieh de Rima Hassan. Sujet crucial : images d'archive de son apparition avec un keffieh lors d'un rassemblement NFP, écho de l'écho médiatique (déjà démesuré) de l'époque, images du Parlement européen, des remontrances de sa présidente… Près de deux minutes, et 6 occurrences du mot « keffieh », voilà qui justifie sans doute sa place dans le titre de l'émission sur la « méthode » de Rima Hassan./p
pVient donc, fort logiquement, la partie « tweet et polémiques ». À nouveau, la voix off empile des bouts de publication sur X, lus d'une voix terrible. « iDes phrases chocs, qui lui valent aujourd'hui, tout comme Jean-Luc Mélenchon, d'être qualifiée d'antisémite par bon nombre de ses opposants/i », rabâche la narration. S'enchaînent alors plusieurs « extraits » de ces fameux opposants, dans un concours de la petite phrase la plus violente : « iRima Hassan enchaine les tweets […] qui sont antisémites/i » (Sylvain Maillard, Renaissance) ; « iElle ne flirte pas avec l'antisémitisme, elle est antisémite/i » (Robert Ménard) ; ou encore la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon : « iNous avons une eurodéputée du Hamas à Bruxelles, et une porte-parole de l'antisémitisme en France./i » D'aucuns auraient pu juger nécessaire de préciser, à ce stade, que Rima Hassan n'est ni condamnée ni même poursuivie pour « antisémitisme », mais pas l'équipe de « Complément d'enquête », qui n'en dit mot./p
pEt pour examiner ces accusations d'une extraordinaire gravité, « Complément d'enquête » convoque et installe dans le rôle de l'expert Jonas Pardo, présenté comme un « ichercheur/i », « iissu de la gauche radicale/i ». a href="https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2023/11/08/jonas-pardo-antidote-a-l-antisemitisme-au-sein-de-la-gauche_6199014_4500055.html" class="spip_out" rel="external"Ce dernier/a n'est en fait pas chercheur mais un militant associatif qui dispense des formations en lutte contre l'antisémitisme. Il est aussi le co-fondateur de Golem, un collectif qui s'en prend régulièrement à LFI (et à la « gauche radicale »). Cela ne disqualifie pas sa parole pour autant, mais la présentation est pour le moins incomplète, sinon trompeuse. Quoi qu'il en soit, le militant examine donc quelques tweets pour répondre à la question que se pose « Complément d'enquête » : Rima Hassan est-elle antisémite ? Selon lui, « il'eurodéputée flirte avec la ligne rouge/i », notamment parce qu'elle « imultiplie les références au Crif/i ». Que l'ancrage à la droite et à l'extrême droite du Crif soit un fait a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/100610/entre-droite-et-droite-radicale-le-crif-elit-son-nouveau-president-0" class="spip_out" rel="external"parfaitement documenté/a, tout comme son alignement inconditionnel, depuis les années 2000, avec la politique israélienne, et que ces ifaits/i expliquent largement la conflictualité récurrente entre cette association et des élus de gauche aurait sans doute été un élément utile à la bonne compréhension de la situation. Mais Pardo poursuit son raisonnement – du moins les bouts de son raisonnement que les journalistes ont sélectionné et choisi de diffuser, sans y opposer aucune contradiction : c'est bien là le rôle dévolu à « l'expert »./p
p« Complément d'enquête » revient ensuite pendant plusieurs minutes sur l'affaire « Le Crayon », a href="https://www.arretsurimages.net/articles/action-legitime-du-hamas-autopsie-de-la-polemique-rima-hassan" class="spip_out" rel="external"mille fois débunkée/a, et enchaîne sur d'autres passes d'armes : Rima Hassan vs François-Xavier Bellamy ; Rima Hassan vs Raphaël Enthoven, etc./p
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h3 class='article_intertitres'Intermède : la fake news de la drogue/h3
p/brLa révélation avait été iteasée/i les jours précédant la diffusion et s'étalait déjà partout dans la presse : selon « Complément d'enquête », le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a lui-même participé à la propagation de a href="https://www.acrimed.org/Rima-Hassan-et-la-drogue-fiasco-mediatique"la grossière fake news/a visant Rima Hassan en avril dernier. L'émission entreprend alors de reconstituer la garde à vue, avec des images d'illustration tournées pour l'occasion. Le procédé a peut-être des vertus d'un point de vue cinématographique, mais du point de vue journalistique, il entretient la confusion : on y voit des images floutées, supposées être un commissariat, puis des gros plans sur des contenants de drogue. La séquence réaffirme bien sûr qu'il n'y avait aucune drogue dans le sac de Rima Hassan, mais parle « ide matières blanches/i », montre un sachet étiqueté « i3-MMC/i » et figure à l'image des choses qui ressemblent à de véritables drogues./p
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div class='spip_document_16638 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/mmc.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/mmc-61b50.png?1790244082' width='500' height='279' alt='' //a
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p/brBref, en cédant à une mise en scène spectaculaire, « Complément d'enquête » rend illisible sa propre séquence, et le commentaire superposé aux images… dit le contraire de ce que les images montrent. Après avoir narré le déroulé de la garde à vue, le reportage évoque la propagation éclair de la fake news, de BFM-TV à Europe 1. Et a l'élégance d'oublier de citer France 2 parmi les médias qui ont participé à sa diffusion, alors même que la fausse information sur « la drogue de Rima Hassan » a fait l'ouverture du JT de Léa Salamé./p
p/br/br/p
centeriframe title="Rima Hassan et la drogue : journalisme de préfecture et fiasco médiatique" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/teu1Ss7zbMk3RTyHTSbX9W" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
p/brArrive enfin la révélation explosive : « iMais alors, qui a pu transmettre de telles informations aux journalistes ?/i » se demande la voix off. « iUne scène que nous vous révélons vient jeter le trouble sur le rôle joué par le ministre de l'Intérieur/i » : alors qu'il accompagne le Premier ministre lors d'un déplacement, Laurent Nuñez confirme à des journalistes les « informations » mensongères sur « la drogue de Rima Hassan ». Plusieurs journalistes témoignent anonymement de cette scène dans le « Complément d'enquête » :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Témoin 1 :/strong Dans le train, on a demandé à Nuñez si c'était vrai que Rima Hassan avait de la drogue dans son sac. Et il nous a dit « il se peut que ce soit exact ». Ensuite il nous dit que c'est un truc « de synthèse » et que le deuxième produit c'est un dérivé de la cocaïne […]./p
pstrong- Témoin 1 :/strong Il nous explique qu'elle est en garde à vue et qu'on a trouvé deux types de drogues sur elle. […] Sur le coup je me dis « mais il ne se rend pas compte qu'il est en train de nous donner des informations totalement confidentielles ? Que peut-être, un ministre de l'Intérieur ne devrait pas dire ce genre de choses à côté de son Premier ministre, au milieu d'un wagon-bar ?/p
pstrong- Témoin 2 :/strong J'ai noté « drogue de synthèse dérivée de la cocaïne ». Il confirme cette histoire, c'est pour ça que moi je rentre à la rédac et je leur dis « Je vous assure ! » En fait, c'est étonnant que ça vienne de si haut/p
/blockquote
pPour la critique des médias, ces déclarations sont du petit lait : on y trouve un concentré de nombreuses pratiques habituelles du journalisme de préfecture et de connivence, qui ont, en l'occurrence, concouru à la propagation d'une fantastique fake news, crédibilisée, donc, depuis les plus hauts sommets de l'État, contre une élue d'opposition. Nous pourrions appeler cela du « super-journalisme de préfecture », dans lequel la source que l'on recrache sans distance est tout simplement le « premier flic de France » – plutôt que le parquet, ou un syndicaliste policier trop bavard, lesquels ont également cotisé dans ce cas d'école./p
pInvité pour le contradictoire par « Complément d'enquête », Laurent Nuñez se dérobe à la dernière seconde, alors que les caméras et les lumières sont déjà installées dans son bureau. C'est finalement en commission à l'Assemblée nationale qu'il répond : sa ligne de défense consiste à dire que les « iinformations/i » (sic) étaient « idéjà dans la presse/i », feignant d'ignorer tout le crédit qu'il y avait apporté en les confirmant aux journalistes en tant que ministre de l'Intérieur. Les journalistes ainsi intoxiqués par les confirmations de Nuñez s'imaginent peut-être que cela les exonère (un peu) de la faillite totale d'avril dernier. Mais il n'en est rien : croyance aveugle dans les sources officielles, recoupements inexistants, passage du contradictoire par pertes et profits… Voilà à nouveau réunies ces détestables routines du journalisme de préfecture, et c'est parce qu'elles sont anti-journalistiques qu'elles ont permis à une fausse information aussi grossière de se propager à cette vitesse./p
pPuis vient la conclusion du reportage, qui, bouclant la boucle, recadre son sujet en revenant sur l'essentiel, aux yeux de ceux qui fabriquent ce genre de « documentaire » : « iEn attendant, chez LFI pas question de lâcher leur icône…/i » Hiérarchie de l'information, disions-nous : nous venons d'entendre une révélation fracassante, sur l'un des plus hauts personnages de l'État ; mais le reportage se conclut par des considérations politiciennes sur « il'incarnation de la nouvelle France/i », « l'icône » Rima Hassan./p
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h3 class='article_intertitres'La garde à vue de l'inspecteur Waleckx/h3
p/brComme à l'accoutumée, les numéros de « Complément d'enquête » se terminent par un entretien d'une vingtaine de minutes. C'est Rima Hassan qui est installée dans le fauteuil rouge. L'entretien qui suit est un modèle de garde à vue journalistique. 5 minutes et 30 secondes sont consacrées aux révélations de « Complément d'enquête »… et 13 minutes et 30 secondes aux tweets de Rima Hassan ! L'entretien dure 19 minutes au total, mais Tristan Waleckx a la parole, en cumulé, près de 7 minutes, soit plus d'un tiers du temps de parole. Au cours des 12 minutes restantes, l'eurodéputée est interrompue… 31 fois. Soit une fois toutes les 23 secondes, en moyenne. Vidéo :/p
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centeriframe title="France 2, 17 septembre 2026" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/hLr7hK8SXB56QT7AhJ8Efi" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center/br
h3 class='article_intertitres'Épilogue : Tristan Waleckx au Poste/h3
p/brLes 45 premières minutes de « Complément d'enquête » ne contenaient iaucune/i information originale : une simple collection de polémiques artificielles déjà passées ou d'affaires déjà classées. Au contraire des révélations sur Laurent Nuñez, reprises dans la foulée par la quasi-totalité des médias. C'est d'ailleurs à propos du « Nuñez gate » que Tristan Waleckx est convoqué a href="https://www.youtube.com/watch?v=T14LbsUKSig" class="spip_out" rel="external"« Au Poste »/a, l'émission en ligne de David Dufresne. Revenant sur la diffusion médiatique de la fake news, Dufresne le questionne sur l'aspect « iconfondant pour un certain nombre de journalistes politiques/i » des confessions qu'il a enregistrées. Waleckx, lui, ne voit pas le problème :/p
blockquote class="spip"
pstrongTristan Waleckx :/strong […] En l'espèce, [les journalistes politiques] ont fait leur travail. Je me mets à leur place […], si nous-mêmes on avait eu les confidences d'un ministre nous expliquant que telle personne s'est retrouvée avec de la drogue sur elle pendant une garde à vue, on aurait sans doute sorti l'info./p
/blockquote
pPuis se ressaisit et ajoute :/p
blockquote class="spip"
pstrongTristan Waleckx :/strong Normalement une source ça se recoupe, etc., mais c'est vrai que tout dépend un peu de la qualité de la source./p
/blockquote
pTristan Waleckx n'a donc tiré aucune leçon de cet incroyable épisode de journalisme de préfecture, qu'il participe pourtant à documenter. « iLes journalistes ont fait leur travail/i », dit-il, en oubliant de vérifier et de recroiser ; c'est que, une source ça se recroise, mais « itout dépend un peu de la qualité de la source/i ». Et pas de la qualité du journaliste – ou du moins, du journalisme qu'il prétend pratiquer ? Pour ces spécialistes de l'investigation dépolitisée qui n'imaginent même plus que le pouvoir peut mentir, « si c'est le ministre qui l'a dit, c'est que c'est vrai ». La moralité de cette histoire est pourtant inverse : si la fake news a pu se propager à cette vitesse, c'est iprécisément/i parce que les journalistes in'ont pas/i fait leur travail./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
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div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanAu détour d'une phrase et en toute fin de reportage, la rédaction de « Complément d'enquête » mentionne bien une prise de position de cinq rapporteurs de l'ONU. Pour en dire quoi ? Strictement rien, alors que dans a href="https://spcommreports.ohchr.org/TMResultsBase/DownLoadPublicCommunicationFile?gId=31068" class="spip_out" rel="external"leur courrier/a du 29 juin, ces défenseurs des droits humains et des libertés publiques avancent de nombreux éléments étayés pour alerter sur un possible « iharcèlement politique et judiciaire à l'encontre de Mme Hassan/i », lequel s'inscrirait dans « iune tendance croissante de répression par les autorités françaises des voix qui défendent les droits du peuple palestinien/i ». Pour une « investigation » qui prétendait enquêter sur « l'élue la plus poursuivie de France », ces omissions, ainsi que l'impasse systématique sur des éléments aussi anecdotiques que les groupes de pression pro-israéliens en France, la judiciarisation et la criminalisation des expressions relatives à la question palestinienne, l'instrumentalisation de la lutte contre l'antisémitisme ou encore le racisme anti-palestinien relèvent, pour le moins, de fautes déontologiques et politiques majeures. Mais on l'a dit, l'objectif est ailleurs et l'exercice du « journalisme »... une vulgaire profession de foi./p
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div class='rss_chapo'p30 ans de critique des médias, ça se fête ! Prises de parole, stands de collectifs et de médias, fanfare : Acrimed vous donne rendez-vous le 26 septembre à Paris (salle Olympe de Gouges, 15 rue Merlin), de 15h à 22h ! Entrée libre./p/div
div class='rss_texte'div class='spip_document_16622 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/affiche_30_ans.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH707/affiche_30_ans-569a5.jpg?1788864207' width='500' height='707' alt='' //a
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div class='rss_chapo'pDéclaré victorieux à huit mois de l'élection présidentielle par l'ensemble des commentateurs, le RN est au centre de l'attention journalistique. Une fois n'est pas coutume, alors que certaines thématiques chères à la gauche – écologiques, économiques et sociales – lui disputaient (un peu) l'agenda, les chefferies médiatiques ont viré à tribord toute : l'interdiction du voile dans l'espace public fait la Une. Une séquence qui révèle les rouages structurels de la banalisation médiatique de l'islamophobie./p/div
div class='rss_texte'pMardi 1er septembre, Pascal Praud trônait sur le plateau de CNews, le teint légèrement hâlé, fraîchement rentré de La Baule, chargé du souvenir estival et néanmoins traumatique de ces « inombreuses femmes voilées/i » qui défilaient sous ses yeux « ivers 10h du matin/i », au moment où l'éditorialiste avait l'habitude de prendre un café « iavenue du général de Gaulle, la bien nommée/i ». « iIl n'y avait pas de femme voilée il y a quarante ans à La Baule/i », poursuivait-il, avant d'agiter sexisme et islamophobie dans un cocktail détonnant :/p
blockquote class="spip"
pstrongPascal Praud :/strong Les jeunes femmes portaient des mini-jupes, des robes légères, parfois des bikinis, jamais de voile. Le voile islamique n'est pas une tradition française. Il n'appartient pas à notre culture, à nos mœurs, à notre histoire. Il est la conséquence d'une immigration massive et d'une religion importée sur le sol de France, l'islam./p
/blockquote
pNon sans avoir préalablement et mécaniquement fustigé le prétendu silence des « iféministes/i », « icomme si elles craignaient d'affronter la colère du monde musulman/i », l'éditorialiste concluait son plaidoyer par une adresse solennelle : « iOn a évidemment trop tardé. On ne s'en sortira plus, désormais, sans mesure radicale./i » Une manière d'afficher un soutien au RN qui, la veille, formulait la volonté d'interdire le voile dans l'espace public. Aucun doute : la rentrée médiatique a sonné./p
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h3 class='article_intertitres'La co-construction d'un agenda raciste/h3
p/brCette (nouvelle) séquence de stigmatisation des femmes musulmanes avait en réalité (re)commencé sur BFM-TV deux jours plus tôt. Le 30 août, la chaîne déroule le tapis rouge au député RN Jean-Philippe Tanguy pour un « grand oral », où le thème de l'immigration occupe, sans surprise, une place importante. Alléché comme tout professionnel de sa trempe par l'insignifiante tambouille politicienne et les vapeurs de rififi au sein du RN, le présentateur Marc Fauvelle lance de sa propre initiative le sujet suivant :/p
blockquote class="spip"
pstrongMarc Fauvelle :/strong Jean-Philippe Tanguy, un mot sur le port du voile. Marine Le Pen a toujours dit : « Si j'arrive à L'Élysée, j'interdirai le port du voile dans l'espace public. » Il y a eu un séminaire organisé au Rassemblement national il y a quelques mois, et d'après iL'Express/i, qui a même cité ses propos, Jordan Bardella aurait émis des réserves, il aurait dit : « Je la sens pas cette mesure. Je ne la sens pas, je ne sais pas comment on va [la] faire appliquer, je ne sais pas si ça ne va pas nous couper aussi d'une partie de l'opinion. » Est-ce que, vous, vous la sentez ?/p
/blockquote
pS'ensuit une séquence d'à peine quatre minutes, au cours de laquelle Jean-Philippe Tanguy réitère l'une des propositions ancestrales de Marine Le Pen : en cas de victoire du RN, le port du voile dans l'espace public sera sanctionné – « iMarianne, elle est plutôt dénudée en France. Voilà./i » Rictus semi-gêné des journalistes, qui, malgré tout, ne pipent mot. Ou plutôt si : « iÇa sera dans le projet du RN ?/i », demande poliment Marc Fauvelle. Il n'en fallut pas plus…/p
pPendant au moins 72 heures, la déclaration inspire aux intervieweurs politiques leurs questions matinales, aux « reporters » leurs interpellations du personnel politique, aux magazines et chaînes d'info leurs « débats », aux JT leurs micros-trottoirs, aux journalistes politiques leurs plongées sous-marines dans les arcanes des partis, aux vérificateurs leurs « vrai ou faux », aux sondeurs leurs camemberts vides de sens, aux têtes pensantes leurs éditos, avant que chacune des réactions d'élus – sollicitée ou non – viennent à son tour grossir la chronique : la question du voile occupe de nouveau le haut de l'agenda. Et contrairement à ce qu'ont rapporté la plupart des journalistes si prompts à s'exonérer de toute responsabilité dans la co-construction de « l'actualité », ce n'est pas au RN que l'on doit sa énième mise en circulation… mais à un présentateur de télévision./p
pLe parti d'extrême droite ne s'est évidemment pas fait prier. Dès le lendemain, les fausses « indiscrétions » des uns font les « exclusivités » des autres : « iLe Rassemblement national prépare un référendum sur l'interdiction du port du voile si Marine Le Pen est élue lors de la présidentielle 2027, apprend France Inter ce lundi 31 août auprès de l'entourage de Marine Le Pen./i » (France Inter, 31/08) Un journalisme de communication : quelques instants plus tard, à l'issue d'une réunion au siège du RN, Jordan Bardella duplique le message devant un parterre de guetteurs à micros, tandis que d'autres élus courent déjà les plateaux des chaînes d'info pour croiser le fer avec des opposants qui, à leur corps défendant, contribuent à maintenir à flot cet agenda raciste en acceptant les joutes télévisées. Bref, la dialectique ordinaire de l'« actualité politique »./p
pQue de nombreux journalistes se soient élevés contre la proposition du RN en pointant notamment son anti-constitutionnalité ne change strictement rien au fond du problème : tous ont jugé légitime et acceptable qu'un tel « débat » se tienne (de nouveau) sur la scène médiatique, et tous ont œuvré (consciemment ou non) à ce qu'il en occupe le premier plan, la plupart du temps en l'absence de femmes musulmanes portant le foulard… comme à chaque séquence de cet acabit. Les cadrages journalistiques n'en ont été que plus discriminants : autopsie des intentions des concernées ; élucubrations quant aux significations « véritables » du voile ; comparaisons internationales éculées, notamment avec les femmes iraniennes ; plaidoyers faussement féministes (mais vraiment islamophobes) ; examen des bisbilles au sein du RN ; exégèse de la volonté « des-Français » en la matière, sondages à l'appui ; revue historique des positions d'élus ; questionnements pratico-pratiques omniprésents sur l' « applicabilité » d'une proposition foncièrement raciste… : rien n'aura été épargné./p
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div class='spip_document_16630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/voile1.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH320/voile1-1a6dd.jpg?1789482829' width='500' height='320' alt='' //a
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p/brDans la matinale de Franceinfo face à Valérie Pécresse (31/08), le journaliste Simon Le Baron semblait (sincèrement) s'en indigner : « iVous voyez bien ce que cherche à faire le RN, c'est-à-dire à faire réagir sur des propositions choc alors que vous le dites, si je vous entends bien, elles sont inapplicables !/i » En effet… À ceci près qu'en première instance, aucune loi professionnelle n'obligeait le matinalier à « faire réagir » Valérie Pécresse sur cette question. Aucune, si ce n'est la routine tristement mimétique du journalisme français, brillamment résumée par sa consœur Agathe Lambret en début d'interview, consistant à ifaire le débat/i médiatique à partir d'« iun sujet qui fait débat/i »… surtout dans les médias./p
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h3 class='article_intertitres'Télévisions en continu : « premières sur l'info » raciste ?/h3
p/brCe pouvoir d'agenda, de nombreux médias l'ont mis en pratique avec brio. Pour Benjamin Duhamel, aux commandes de la nouvelle émission politique dominicale co-diffusée par France Inter et France 2, « Franc-jeu » (06/09), l'interdiction du port du voile est bel et bien « ile débat politique de la semaine/i » ; raison pour laquelle les deux rédactions le prolongent goulûment avec la mise en scène d'une confrontation typiquement médiatique (et 100% masculine) : Jean-Philippe Tanguy iversus/i Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris./p
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div class='spip_document_16634 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/voile2.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH312/voile2-9c171.jpg?1789482830' width='500' height='312' alt='' //a
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p/brUne semaine plus tôt dans la matinale de LCI, après avoir amorcé l'interview du député RN Sébastien Chenu avec le sujet du voile (31/08), la journaliste Amélie Carrouër remettait le couvert face au coordinateur de La France insoumise (01/09). « iPeut-on débattre du voile, Manuel Bompard ?/i », feignait-elle de s'interroger, avant de consacrer à cette thématique le lancement puis les six premières minutes de son entretien./p
pIl en est allé de même sur d'autres télévisions en continu. Entre le 31 août et le 4 septembre, sur X, le compte de Franceinfo a par exemple publié pas moins de 30 posts sur le sujet. Un score largement dépassé par BFM-TV : 55 posts en cinq jours ! Intoxiqués par les logiques d'audiences, d'« impact » et de buzz qui contribuent à la déréalisation de tout, tout le temps, les présentateurs de la chaîne Saadé en ont même fait un argument de vente pour la marque BFM : « le moment Fauvelle/Tanguy » est devenu un symbole marketing. Le 31 août, le présentateur de « BFM Première », Mathieu Coache, en parle ainsi comme d'un « itemps fort/i » du week-end : « iune séquence qui a fait beaucoup réagir/i ». « iÇa s'est passé chez nous, sur BFM, dans "Le grand oral" du dimanche !/i », plastronne encore Maxime Switek dans la soirée. Son émission, « BFM Grand soir », a d'ailleurs su lui assurer un SAV digne de ce nom. Sur trois heures de programme, l'interdiction du voile fut de très loin le sujet le plus traité : 1h35 au total, soit un temps près de six fois supérieur à celui accordé, par exemple, à la séquence sur le prix des carburants./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/voile3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH320/voile3-e5e09.png?1789482830' width='500' height='320' alt='' //a
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p/brBFM-TV, « première sur l'info » raciste ? L'agenda de « BFM Grand Soir » fut en tout cas à l'image de la grille du 31 août, progressivement vampirisée par les séances de commentaires autour de l'interdiction du voile. De 20 minutes entre 10h et 12h, on est en effet passé à 30 minutes entre 12h et 14h ; puis, après une « accalmie » sur la tranche 14h-17h – peu regardée et occupée ce jour-là par une édition spéciale sur les obsèques d'Édouard Balladur – la thématique est revenue en force : 45 minutes dans l'émission d'Alain Marschall et Olivier Truchot, autant dans celle de Sonia Mabrouk et, enfin, 1h35 dans le programme de Maxime Switek. L'interdiction du voile a même constitué le sujet d'ouverture de ces trois émissions, qui se donnent chacune pour ambition d'attirer de fortes audiences, animées – et ce n'est pas (non plus) une coïncidence – par certaines des « têtes d'affiche » les plus passionnément de droite. Cet agenda obsessionnel s'est d'ailleurs accompagné d'un défilé de cadres frontistes dont « l'info en continu » est désormais coutumière : entre 10h et minuit, cinq d'entre eux auront ainsi cumulé six passages dans les studios de BFM-TVspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Andréa Kotarac, Aleksandar Nikolic (deux fois), Sébastien Chenu, Julien (…)" id="nh1"1/a]/span, la plupart du temps sous la forme de promenades de santé./p
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div class='spip_document_16631 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/voile4.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH299/voile4-ffca2.jpg?1789482830' width='500' height='299' alt='' //a
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h3 class='article_intertitres'Femmes musulmanes : un traitement discriminatoire/h3
p/brUne exposition médiatique à mettre en regard de celle dont a « bénéficié » la consultante Sara El Attar le même jour, seule et unique femme musulmane portant le foulard à avoir pu s'exprimer à l'antenne : deux passages dans les conditions d'un duplex, parasité par une mauvaise liaison technique et de nombreuses interruptions. Un traitement à charge dont elle a pu rendre compte dans a href="https://www.arretsurimages.net/emissions/arret-sur-images/voile-a-la-tele-la-grande-instrumentalisation-des-droits-des-femmes" class="spip_out" rel="external"l'émission d'Arrêt sur images (04/09)/a, et dont on prend la mesure à l'écoute des « questions » que lui ont adressées Olivier Truchot puis, dans une seconde émission, la transfuge de CNews, Sonia Mabrouk. Florilège :/p
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pstrong- Olivier Truchot :/strong Est-ce que vous êtes, finalement, le porte-parole de cet islamisme radical en portant le voile dans l'espace public ?/p
pstrong- Sonia Mabrouk :/strong Le voile […] n'étant pas inscrit dans les mœurs françaises, en tous les cas le voile tel qu'on l'entend, le voile islamique, est-ce que pour vous, malgré tout, c'est un signe d'intégration et d'assimilation ?/p
pstrong- Sonia Mabrouk :/strong C'est difficile de faire abstraction de ce qui se passe dans le reste du monde, c'est-à-dire que quand vous parlez ce soir, madame, vous parlez quand même au nom de certaines femmes. Et moi, je ne peux pas mettre de côté les femmes iraniennes qui se battent, qui se battent au mépris de leurs vies pour l'enlever, voyez-vous ? C'est impossible de penser comme si c'était simplement la liberté./p
pstrong- Sonia Mabrouk :/strong Quand vous regardez des images […] de certaines femmes qui sont battues, torturées parce qu'elles ont enlevé le voile, j'ai envie de savoir ce que ça vous fait, tout simplement. Parce que je ne peux pas imaginer que vous n'éprouvez pas de la solidarité envers ces femmes…/p
/blockquote
pSuspecte et coupable ia priori/i, Sara El Attar aura beau tenir la dragée haute et témoigner d'une solidarité « iavec toutes les femmes qui veulent se vêtir comme elles le souhaitent/i », comme d'un rejet catégorique des oppressions étatiques et patriarcales d'où qu'elles viennent, elle sera régulièrement interrompue. Et, sous le regard satisfait du député RN, le soupir voire le ricanement d'un autre intervenant – quatre hommes blancs sont en plateau ! –, elle subira la morgue et les coups de boutoir systématiques de Sonia Mabrouk : « iReconnaissez/i, lui lancera par exemple la journaliste, ique ça doit faire beaucoup souffrir certaines femmes qui vous écoutent ce soir, peut-être, à travers les frontières./i » Quant au sujet des discriminations systémiques subies par les femmes musulmanes en France, Sara El Attar sera instantanément renvoyée dans les cordes pour l'avoir mis sur la table : « iMadame ! Madame !/i, l'interrompt brutalement Sonia Mabrouk. iComparaison ne vaut pas raison : en Iran, elles se font tuer ! Moi, je n'aurais jamais l'indécence de comparer l'Iran et la France. Jamais !/i » C'est pourtant sous l'égide de ce parallèle d'autorité que la présentatrice aura construit plus de la moitié de son « entretien »…/p
/br
div class='spip_document_16628 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/voile5.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/voile5-7d773.png?1789482830' width='500' height='279' alt='' //a
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p/brQuelques heures plus tôt sur LCI (31/08), un sort relativement similaire était réservé à l'avocate Lilia Bouziane. Où l'on assistait, par exemple, à cet échange proprement sidérant :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Élizabeth Martichoux :/strong Il faut respecter les règles qui sont en vigueur dans la société française. Et dans la société française, […] le voile est interdit dans un certain nombre d'exercices professionnels, dont le vôtre. Et vous ne voulez pas le respecter./p
pstrong- Lilia Bouziane :/strong Je serais bien curieuse de savoir pourquoi vous dites que je refuse de le respecter./p
pstrong- Élizabeth Martichoux :/strong Vous êtes obligée, mais vous voudriez que ça change, non ? Ou alors je me trompe ?.../p
pstrong- Lilia Bouziane :/strong Excusez-moi… Vous contestez quoi ? Est-ce que je respecte la loi ou est-ce que j'ai le droit de penser et de réfléchir ?/p
pstrong- Élizabeth Martichoux :/strong Vous respectez la loi, mais vous aimeriez la changer…/p
pstrong- Lilia Bouziane :/strong Non, c'est pas la loi que j'aimerais changer. Après, vous pouvez comprendre qu'en tant que jeune fille qui a toujours voulu être avocate […], bien sûr que ça me chagrine et que ça me peine de ne pas plaider. […] Et je ne comprends pas cette interdiction même juridiquement et intellectuellement./p
pstrong- Élizabeth Martichoux :/strong Vous pouvez heureusement plaider sans voile. Heureusement…/p
pstrong- Lilia Bouziane :/strong Bien sûr je peux, mais je ne le souhaite pas./p
pstrong- Élizabeth Martichoux :/strong Ben voilà./p
pstrong- Lilia Bouziane :/strong Ben voilà. Du coup, je respecte les lois./p
pstrong- Élizabeth Martichoux :/strong C'est dommage. C'est dommage de se priver d'une bonne avocate comme vous devez l'être parce qu'elle refuse de plaider sans voile… C'est la règle !/p
/blockquote
pCe n'était là qu'un avant-goût… « iEst-ce que vous comprenez les Français qui considèrent – et ils sont nombreux, il n'y a pas que le RN ! – que le voile est un symbole d'islamisme radical ?/i », osait encore la présentatrice Marie-Aline Meliyi. « iEt de soumission de la femme !/i », ajoutait Élizabeth Martichoux à la volée. L'ironie grinçante de l'avocate résonna alors comme la meilleure des réponses : « iAlors en toute honnêteté, quand j'entends ce qu'on dit toute la journée sur les chaînes de télé, oui, je comprends qu'ils le pensent…/i »/p
/br
div class='spip_document_16629 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/voile6.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/voile6-b5a83.png?1789482830' width='500' height='281' alt='' //a
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/div
p/brLa diffusion de discours discriminants y est en effet monnaie courante, et l'impunité des agitateurs les plus en pointe sur le sujet du voile, proverbiale. De Natacha Polony – « iOn a le droit de dire que le voile ne correspond pas à la sociabilité française/i » (BFM-TV, 04/09) – aux chevaliers des médias Bolloré : « iLe Rassemblement national est courageux […]/i, déclarait par exemple Ivan Rioufol sur Europe 1 (31/08). iJe trouve intéressant de replacer aujourd'hui le débat sur le plan civilisationnel. […] Les Français ont bien compris qu'il y avait une grave crise existentielle et que la France était menacée par une submersion intérieure d'une autre civilisation./i » Sans oublier son ancien confrère et grand ponte du iFigaro/i qui, a href="https://www.lesinrocks.com/actu/je-deteste-la-religion-musulmane-yves-threard-du-figaro-en-roue-libre-sur-le-voile-184873-15-10-2019/" class="spip_out" rel="external"en 2019/a, se vantait publiquement d'être descendu d'un bus où « iil y avait quelqu'un avec un voile/i ». Le 31 août, lorsque Yves Thréard n'était ainsi pas occupé à délirer contre « il'entrisme/i » des wahhabites, « iles plus puissants dans l'infiltration de tous les secteurs de la société/i », il décrivait le voile comme « iune arme politique/i » et l'« iun des instruments de cet entrisme/i » :/p
blockquote class="spip"
pstrongYves Thréard :/strong Si la notion de racisme peut exister, en l'occurrence là i[pour qualifier la proposition du RN, NDLR]/i, elle est complètement déplacée ! Le problème, c'est que vous le savez très bien, le port du voile, dans quasiment tous les cas en France, est un projet politique, est un acte militant, est un acte politique, est un acte d'hostilité justement à la laïcité française. Et ça n'a rien à voir avec le racisme ! Quant à l'islamophobie, c'est une expression qui sort de nulle part, ça ne veut rien dire du tout. (BFM-TV, 31/08)/p
/blockquote
pEt c'est un expert qui parle.../p
/br
h3 class='article_intertitres'Légitimation médiatique d'une loi raciste/h3
p/brProduit de l'acharnement de certains éditocrates aux convictions notoirement islamophobes, la stigmatisation médiatique des femmes musulmanes peut également résulter, dans d'autres cas… ou en même temps, d'un « excès de zèle » de la part de journalistes ayant trop (ou mal) assimilé les mythes et les contraintes professionnels qui s'imposent à eux. Celles du « débat » prétendument « pluraliste » ou de la sacrosainte « confrontation d'idées », par exemple. Le 1er septembre, RTL aura offert un cas d'école en la matière./p
pSujet principal de l'émission « Les auditeurs ont la parole », la proposition du RN sur le voile ne recueille pas l'enthousiasme : le répondeur de la radio enregistre de nombreux témoignages « contre ». Un premier – exprimant un message de tolérance (« ichacun fait ce qu'il veut/i ») et une forte lassitude devant la surexposition de cette thématique au détriment d'autres comme « ile chômage et la précarité/i » – est diffusé en guise d'introduction de l'émission. La présentatrice Amandine Bégot reçoit ensuite une deuxième auditrice, qui tient à exprimer « ila même chose/i » que sa prédécesseuse. « iVoir une femme qui porte le voile, ça ne vous gêne pas/i », résume quand même la présentatrice pour confirmation. « iDu tout./i ». « iMmmh./i » Puis c'est au tour de Sihame, qui porte le voile, de témoigner : rebelote ! Tant et si bien qu'au bout de quinze minutes, on sent la présentatrice de RTL dans un certain embarras :/p
blockquote class="spip"
pstrongAmandine Bégot :/strong Sihame, Isabelle, on entend. […] J'aimerais entendre des auditeurs qui sont contre le port du voile et qui seraient favorables à ce référendum que propose le Rassemblement national. Ce que je dis toujours dans cette émission, ce qui est bien, c'est que même si les points de vue sont différents, on peut échanger de manière posée […], sans que ce soit violent. Donc s'il y a des auditeurs qui nous écoutent et qui se disent : "Mais non, oui, il faut l'interdire ce voile dans notre pays, et ce, partout.", vous nous appelez au 3210, vous nous laissez un petit message./p
/blockquote
pEt d'insister après la page de pub :/p
blockquote class="spip"
pstrongAmandine Bégot :/strong Je vous cache pas que, pour l'instant, il y a que des gens contre cette proposition du Rassemblement national donc encore une fois, si vous y êtes favorable, bah… appelez-nous, que l'on puisse en débattre ! C'est le principe de l'émission. Dans le calme hein, on ne jugera personne, c'est juste pour en discuter./p
/blockquote
pC'est autour de la vingtième minute qu'apparaît le graalspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Après une auditrice ayant qualifié la proposition du RN de « complétement (…)" id="nh2"2/a]/span. « iMax est avec nous […]. Vous, vous êtes contre le port du voile. [Oui.] Pourquoi ?/i » Les efforts de RTL se voient alors dûment récompensés : l'auditeur se lance dans une tirade raciste, néanmoins parfaitement dans les clous de ce qui était attendu, et même, à ce stade, disons-le, espéré. « iC'est pas notre culture, c'est pas notre histoire et c'est pas notre religion/i », déclare ainsi l'auditeur, avant d'en ajouter une couche : « iVous vous rendez compte, […] la question, pour moi, elle a pas lieu d'être. On est en France, il y a pas à avoir des gens… euh… des femmes voilées dans la rue !/i »/p
pRésumons : Amandine Bégot cherche tellement à mettre en scène un « débat d'opinion » tel que l'éditocratie se le figure qu'elle en vient à appeler, sans avoir vraiment l'air de s'en rendre compte, à ce que des propos ouvertement discriminatoires soient tenus sur son antenne. « Juste pour » cocher une case. Pire : en verbalisant explicitement la position-type escomptée – « iIl faut l'interdire ce voile dans notre pays, et ce, partout./i » –, non seulement la présentatrice consigne cette position dans le registre du « dicible » (et crédibilise d'une pierre deux coups la proposition du RN), mais elle ouvre également la porte à d'autres propos racistes du même calibre, qui s'en trouvent par avance autorisés, encouragés, et donc légitimés. L'extrême droitisation du débat public se mesure pleinement à ce genre de séquence./p
/br
h3 class='article_intertitres'« iEst-ce que c'est la bonne méthode ?/i »/h3
p/brLe cadrage médiatique autour de la « faisabilité » du projet frontiste, omniprésent dans la presse comme nous le soulignions plus haut, a produit les mêmes dégâts. Pendant plusieurs jours, les plateaux ont ressemblé à s'y méprendre à la a href="https://www.acrimed.org/Blanchir-Zemmour-mode-d-emploi-mediatique"« Zemmour-mania » de 2021/a, lorsque les éditorialistes cherchaient à « ientrevoir quelques-unes des solutions ou des réponses/i » que proposait l'agitateur… « iau-delà des constats/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Ruth Elkrief, LCI, 27/09/2021." id="nh3"3/a]/span. Cinq ans plus tard sur BFM-TV (31/08), c'est en ces termes que le journaliste Julien Arnaud s'adresse au député européen et porte-parole Aleksandar Nikolic :/p
blockquote class="spip"
pstrongJulien Arnaud :/strong Jordan Bardella, il dit que c'est très difficile à mettre en œuvre, à mettre en pratique concrètement. Expliquez-nous : comment ça se passe ? Voilà, on a un voile dans la rue, on croise un membre des forces de l'ordre : qu'est-ce qui se passe ?/p
/blockquote
pEn fin de soirée, la journaliste Anne Saurat-Dubois interpellait Laurent Jacobelli, autre député RN : « iEst-ce que c'est la bonne méthode, voilà, les amendes ?/i » Son intervention précédente était du même tonneau :/p
blockquote class="spip"
pstrongAnne Saurat-Dubois :/strong Monsieur Jacobelli, juste une petite question, pardon. Pourquoi souhaitez-vous un référendum ? Vous pourriez vous dire : « À partir du moment où on sera élu, si on est élu, on aura eu la sanctification des urnes et donc on pourra considérer que ce qui est dans notre programme peut être mis en place. » Pourquoi vouloir ce véhicule supplémentaire du référendum ?/p
/blockquote
pLes journalistes politiques sont en pleine forme, prenant très au sérieux leur rôle de communicants… ou de techniciens : « iDans quel contexte serait-il sanctionné précisément, de quel voile parle-t-on et de quel montant serait cette amende ?/i, s'enquiert l'inspectrice Amélie Carrouër auprès de Sébastien Chenu. iSoyons concrets pour commencer./i » Et à chaque fois, le RN se frotte un peu plus les mains : l'objectif est atteint. iA fortiori/i dans des « médias de dédiabolisation », où les journalistes les plus en vue adhèrent pour certains à l'assimilation « voile/islam = islamisme », et renoncent, pour d'autres, à contrecarrer politiquement et philosophiquement les thèses de l'extrême droite. Car de fait, plus aucun acteur ne songe à contester la légitimité d'un « débat » sur l'interdiction du voile dans l'espace public. Ou presque…/p
pSur BFM-TV (31/08), l'avocat Arié Alimi a choisi d'intervenir en plateau pour annoncer que des organisations antiracistes porteraient plainte pour provocation à la discrimination contre plusieurs cadres du RN, rappelant que leur proposition est en elle-même constitutive d'une « iinfraction pénale/i » : « iOn ne peut pas se permettre d'avoir ce débat sur un plateau télé/i », ajoutait-il. La piqûre de rappel ne fut pas (du tout) du goût d'Anne Saurat-Dubois : « iQuand 60% des Français vous disent, à peu près, peu ou prou : "Il y a un sujet sur le voile dans l'espace public", ça mériterait qu'on en débatte !/i », s'insurge-t-elle. L'avocat en parle-t-il comme d'« iun débat à des fins discriminantes et à des fins racistes/i » ? « iNon !/i », s'exclame la journaliste, qui n'en démord pas : « iJe pense qu'il faudrait pouvoir en débattre ! […] Nous pourrions en parler ici, ce n'est pas le plateau du Rassemblement national !/i » On s'y tromperait… « iLe simple fait d'en débattre, c'est une discrimination, c'est inciter à une discrimination/i », tente d'expliquer l'avocat… sous les huées des journalistes : « iOn peut pas parler du voile en France !/i » ; « iC'est incroyable !/i » ; « iMais c'est lunaire !/i »/p
p« Lunaire » : voilà un terme pour qualifier cette nouvelle séquence médiatique. En particulier les projections futuristes et certains dispositifs qu'aura mécaniquement générés le cadrage journalistique sur « l'applicabilité » de la proposition du RN. Solliciter l'avis de syndicalistes policiers, par exemple : un angle qui, de Franceinfo à BFM-TV en passant par RMC, a donné lieu à quelques saillies de qualité sur les risques de « iviolences/i » ou d'« iattroupements/i » que provoquerait la mise en application de la loi sur le terrain…/p
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div class='spip_document_16636 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/voile7_2.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH267/voile7_2-30bbf.jpg?1789485517' width='500' height='267' alt='' //a
/figure
/div
p/brPire : sur BFM-TV, croyant sans doute de bonne foi cornériser un député RN en le mettant face à ses contradictions, le chroniqueur Raphaël Grably a proposé à son interlocuteur un « exercice pratique », au cours duquel ce dernier reçut pour consigne de désigner, parmi quatre portraits générés par IA, la ou les femme(s) voilée(s) qui serai(en)t visée(s) par l'amende !/p
/br
div class='spip_document_16627 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/voile8-7c29b.png?1789482830' width='500' height='279' alt='' /
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/div
p/brEn plateau, l'absence totale de réaction nous laisse face au constat de la déshumanisation hors-norme dont sont victimes les femmes musulmanes dans les grands médias français. Elles sont en permanence objectivées : parlées par d'autres ; rabrouées quand elles ont l'audace de répondre à une invitation ; exhibées, au sens propre comme au sens figuré, tantôt dans des « débats » dits féministes dont elles sont quasi systématiquement exclues, tantôt en toile de fond, défilant muettes sur les écrans des plateaux en guise de simple « illustration », tandis que les journalistes bénéficient visiblement de toute licence en art pour « faire joujou » avec les titres de bandeaux…/p
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div class='spip_document_16633 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/voile9.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH348/voile9-72e5b.jpg?1789482830' width='500' height='348' alt='' //a
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/div/br
centerstrong***/strong/center
p/brDepuis au moins trois décennies, la stigmatisation du voile s'est progressivement routinisée dans le débat public, renforcée par la normalisation médiatique du RN lui-même et, plus généralement, par a href="https://www.acrimed.org/-Racisme-antisemitisme-xenophobie-homophobie-"la banalisation continue de l'islamophobie/a, avec le concours d'une très large partie du champ politique. Aussi la séquence actuelle – qui succédait à deux « actualités » du même type en a href="https://www.lefigaro.fr/politique/elues-voilees-contre-je-vous-salue-marie-a-ivry-sur-seine-la-laicite-a-geometrie-variable-du-maire-communiste-20260613" class="spip_out" rel="external"juin/a et en a href="https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/07/15/presidentielle-2027-le-rn-se-divise-sur-le-voile-marine-le-pen-envisage-un-referendum_6723548_823448.html" class="spip_out" rel="external"juillet/a – a-t-elle réenclenché le traditionnel vrombissement islamophobe, de diatribes en amalgames ordinaires. Nul besoin d'un quelconque « effet de nouveauté » pour faire la Une : produit d'une mécanique structurelle bien huilée qu'Acrimed documente a href="https://www.acrimed.org/-Les-medias-et-le-Front-National-"depuis de longues années/a, ce genre d'emballement se reproduit inlassablement à l'identique. Et la normalisation de l'extrême droite suit son cours. iLe Monde/i semblait d'ailleurs avoir besoin d'une petite piqûre : « iC'est un rappel venant de Marine Le Pen elle-même : le Rassemblement national (RN) demeure bel et bien un parti d'extrême droite/i », écrivait le quotidien dans son édito sur la pénalisation du port du voile (02/09). « iLe RN retourne à la ligne dure/i », titrait iLibération/i dans la même veine (01/09) – on ignorait qu'il l'eût un jour quittée –, en parlant même du « irisque/i [sic] ide la rediabolisation/i ». Après une telle séquence, il est malheureusement permis d'en douter…/p
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanAndréa Kotarac, Aleksandar Nikolic (deux fois), Sébastien Chenu, Julien Odoul et Laurent Jacobelli./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanAprès une auditrice ayant qualifié la proposition du RN de « icomplétement stupide/i », tout en racontant son « choc », au cours de ses vacances d'été, à la vue de deux adolescentes « ivoilées de la tête aux pieds, Amandine/i » et avec « ides gants. Des gants, Amandine…/i »/p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanRuth Elkrief, LCI, 27/09/2021./p
/div/div
div class='rss_chapo'pJournalisme et publicité : des frontières beaucoup trop poreuses./p/div
div class='rss_texte'pDepuis plusieurs années, les « publireportages » prolifèrent dans les médias français, sous diverses appellations : « contenu sponsorisé », « partenariat », « publi-information » ou encore « publicité native »… Parfaitement légale, la pratique consiste à maquiller un texte publicitaire en article journalistique, en reprenant la mise en forme du média dans lequel cette pub a vocation à paraître. Le résultat : une publicité « plus engageante pour le lecteur » et crédibilisante pour la marque, puisqu'on peut facilement la confondre avec un véritable article. Certaines rédactions poussent même le vice jusqu'à a href="https://www.arretsurimages.net/articles/au-monde-la-pub-des-partenaires-ecrite-par-des-journalistes" class="spip_out" rel="external"confier la rédaction/a de ces publireportages à leurs propres journalistes./p
pCes pratiques, qui brouillent les pistes entre journalisme et publicité, sont autorisées en droit français, « ià la condition qu'elles soient rendues identifiables par le consommateur/i », a href="https://cdjm.org/2025/11/13/le-cdjm-publie-sa-nouvelle-recommandation-publicite-ou-information-comment-eviter-la-confusion/" class="spip_out" rel="external"rappelle/a le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM). C'est pourquoi la plupart des publireportages sont assortis d'une (discrète) mention « La rédaction n'a pas participé à la rédaction de ce contenu », censée permettre au lecteur de trier le bon grain de l'ivraie. D'un côté se trouveraient les « vrais » articles, supposément rédigés par des journalistes hors de toute considération commerciale, dans le respect de la déontologiespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Selon la charte dite de Munich : « Le journaliste ne doit jamais confondre (…)" id="nh1"1/a]/span. De l'autre, les contenus publirédactionnels, qui n'auraient aucun lien avec la production journalistique « classique »./p
pSauf que la frontière entre « publirédactionnel » et journalisme est régulièrement franchie, et ce a href="https://www.acrimed.org/+-Publi-reportages-+"depuis des années/a : journalisme « embarqué » a href="https://www.acrimed.org/Le-Figaro-et-France-Inter-interpellent-leur-jeune"au iFigaro/i/a pour booster les ventes de Rolls-Royce, articles en série a href="https://www.acrimed.org/Promotion-mediatique-de-l-iPhone-X-Apple-peut"dans iLe Monde/i/a pour appuyer la sortie du dernier iPhone, ou encore a href="https://www.acrimed.org/Defiscalisation-et-publireportage-dans-L-Obs"ce dossier de iL'Obs/i/a sur l'épargne et le patrimoine, gavé de réclames pour des placements financiers. Des publicités clandestines maquillées en article se glissent ainsi dans les journaux, sans que le lecteur en soit averti. Moins scrutée que la presse nationale, la presse quotidienne régionale regorge aussi de sujets de ce type. Article dithyrambique sur les stations de ski l'hiver, les compétitions de trail l'été, Une élogieuse envers le principal actionnaire du journal, placement de produits… De nombreux articles qui fleurent bon la publicité déguisée, présentés comme du contenu lambda. Ce mélange des genres interroge : à force de polluer les colonnes des journaux en copiant les codes du journalisme, le publireportage aurait-il fini par infiltrer l'esprit des journalistes eux-mêmes – au point que certains confondent désormais leur métier avec celui d'annonceur ?/p
/br
h3 class='article_intertitres'Une avalanche de publireportages déguisés/h3
p/brPour qui parcourt régulièrement les colonnes des médias régionaux, le constat est sans appel. Du iDauphiné Libéré/i au iJournal de la Haute-Marne/i, en passant par iLes Dernières Nouvelles d'Alsace/i ou iLa Provence/i, on tombe sur des « articles » rédigés par des journalistes professionnels, mais assimilables à de la publicité. La méthode employée est toujours la même : une actualité commerciale (le lancement d'une marque, d'un produit) ou le retour d'un marronnier (le début ou la fin de la saison de ski, l'arrivée de l'été) sert de prétexte à placer un « article » dont l'unique but semble être de promouvoir une entreprise, une marque, un produit…/p
pGénéralement, les auteurs de ces articles mobilisent uniquement des sources intéressées à la promotion du sujet. Par exemple, le directeur d'une station de ski ou d'un office de tourisme, la marque qui commercialise le produit évoqué dans l'article… Ainsi, de cette « actualité » parue fin août 2025 a href="https://www.ledauphine.com/economie/2025/08/28/rossignol-presente-la-vercors-sa-nouvelle-chaussure-de-trail-longue-distance" class="spip_out" rel="external"sur le site du iDauphiné Libéré/i/a, consacrée à la sortie d'un modèle de chaussure de trail de la marque Rossignol. Les personnes interviewées ? Le PDG de Rossignol, le responsable de la gamme trail, et Martin Fourcade, ancien champion olympique sponsorisé par la marque… Une ribambelle de « sources » qui partagent évidemment le même intérêt commercial. Parfois, le journaliste qui rédige ce type d'articles s'affranchit même des sources, s'appuyant sur son expérience personnelle – présentée comme impartiale et objective – pour faire la promotion d'un lieu ou d'une activité. Ainsi, a href="https://www.laprovence.com/article/montagne/15820327912198/skier-en-italie-partez-de-montgenevre-et-rejoignez-le-domaine-de-la-voie-lactee-sans-enlever-vos-skis" class="spip_out" rel="external"dans un article/a intitulé « Skier en Italie : partez de Montgenèvre et rejoignez le domaine de la Voie Lactée sans enlever vos skis », le journal iLa Provence/i consacre un reportage très élogieux au domaine skiable de Montgenèvre, station huppée située à la frontière franco-italienne. Ici, pas d'interviews, mais une avalanche de chiffres qui semblent tout droit tirés d'une brochure publicitaire : nombre de pistes, de remontées mécaniques, pourcentage de pistes « iaccessibles aux skieurs intermédiaires/i ». « iMême les jours de grosse affluence, l'attente est limitée, tout comme le bruit et le stress…/i » assure le rédacteur. Qui rappelle que les restaurants d'altitude situés du côté italien, « iaccessibles en motoneige/i », restent ouverts tard le soir. Pour enfoncer le clou, le « reportage » est suivi d'une note de bas de page aux airs de réclame publicitaire, taillée sur mesure pour les lecteurs du journal : « iLa station de Montgenèvre se trouve à 3h de route d'Aix-en-Provence. Prix du forfait journée vers la Voie Lactée : 51€./i »/p
pComme on le voit, ces publireportages « déguisés » n'évoquent jamais les critiques sociales et environnementales qui pourraient être adressées à l'industrie, l'entreprise, la marque mise en avant dans l'article. Dans le récit sirupeux que fait le rédacteur de iLa Provence/i de son séjour à Montgenèvre (sans préciser s'il a été pris en charge par la station de ski), on ne parle pas des problèmes d'enneigement rencontrés par la station, d'éventuelles controverses liées à ses activités, de la consommation d'énergie requise pour entretenir ce faramineux domaine. Encore moins du contraste entre la liberté de mouvement promise sur le « icinquième domaine skiable d'Europe/i » aux touristes fortunés, et la réalité vécue par les milliers d'exilés qui tentent chaque année de franchir la frontière franco-italienne par ces mêmes crêtes, au péril de leur vie. Dans iLa Provence/i, toujours, on tombe sur a href="https://www.laprovence.com/article/montagne/15306573860164/avec-le-vars-mountain-trail-la-station-de-montagne-des-hautes-alpes-devient-le-spot-ideal-pour-decouvrir-le-trail" class="spip_out" rel="external"un autre article/a tout aussi élogieux pour la station de ski de Vars, qui vit l'été au rythme des compétitions de trail. De plus en plus décriée pour son impact environnemental (perturbation des milieux, de la faune, accélération de l'érosion…), la discipline y sera pourtant présentée comme positive à tous les niveaux – tout comme la station qui l'accueille, décrite comme un véritable « sanctuaire ». « iA Vars, le cadre est idéal pour pratiquer cette discipline/i », estime la rédactrice. « iCet espace naturel est pour moitié composé du Val d'Escreins dont la réserve naturelle toute proche recèle d'une faune et d'une flore exceptionnelles./i » Les tensions qui pourraient survenir entre ce cadre naturel « iexceptionnel/i » et l'essor du trail ne seront pas davantage évoquées./p
pCes articles ont aussi pour point commun d'ignorer complètement la notion de contradictoire. Ce qui est mis en avant dans ces publireportages déguisés est présenté comme consensuel ; les éventuels sceptiques, détracteurs ou mécontents ne sont jamais interrogés. Certains papiers incitent même sans détour les lecteurs à « consommer » le produit ou l'expérience mis en avant dans l'article. Ainsi de a href="https://www.laprovence.com/article/tourisme/58648652358367/la-societe-est-plus-sereine-respectueuse-le-reve-islandais-dune-provencale-expatriee-depuis-8-ans-a-reykjavik" class="spip_out" rel="external"ce reportage/a « tourisme » sur l'Islande paru dans iLa Provence/i, avec une note de bas de page détaillant le prix des vols au départ de Nice, et renvoyant vers le site internet de la compagnie aérienne Icelandairspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Mise à jour (16/09) : À ce sujet, lire l'addendum en fin d'article." id="nh2"2/a]/span. Ou, dans le iDauphiné Libéré/i, de ces articles a href="https://www.ledauphine.com/skichrono/2025/01/30/j-ai-l-impression-d-etre-dans-des-chaussons-leo-angeunot-detaille-le-materiel-qu-il-utilise" class="spip_out" rel="external"vantant les mérites/a de la marque Rossignol (décidément), qui vont a href="https://www.ledauphine.com/montagne/2025/01/27/rossignol-devoile-sa-premiere-collection-de-trail-running-printemps-ete" class="spip_out" rel="external"jusqu'à détailler/a le poids et le prix de leurs chaussures de trail./p
/br
h3 class='article_intertitres'La PQR au service « des acteurs du territoire »/h3
p/brCe constat étant posé, on peut s'interroger sur ce qui incite les journaux à publier ces simulacres de reportages… plutôt que facturer une campagne de « vraie » pub ?/p
pPremière hypothèse : leur modèle économique les rend très dépendants des annonceurs. Comme le montrent les chercheurs Pauline Amiel et Franck Bousquet dans l'un des rares livresspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="La Presse quotidienne régionale, La Découverte, 2021." id="nh3"3/a]/span consacrés à la presse quotidienne régionale, les ventes et les revenus publicitaires – qui constituaient autrefois les principaux revenus de ce type de presse – s'effondrent d'année en année. En 2014, la publicité ne représentait plus « que » 33,4% du chiffre d'affaires des entreprises de presse, contre 47,6% en 1990. Car paradoxalement, la multiplication des pubs sur Internet s'accompagne d'une baisse de cette manne pour la presse, qui se retrouve en concurrence avec les réseaux sociaux, et des sites Internet mieux référencés. Conséquence : la dépendance économique envers les acteurs du territoire (les entreprises locales et collectivités, qui sont de gros annonceurs) « ine cesse de croître/i ». Selon les deux chercheurs : « iLes partenariats sont devenus indispensables à l'équilibre économique de ces journaux et s'incarnent par l'intermédiaire d'annonces dans le journal, mais aussi par d'autres formes de collaboration./i » Parmi ces « autres formes de collaboration » figure la rédaction de contenus sponsorisés, devenue une véritable jambe de bois pour certains médias, qui monnaient ainsi la crédibilité apportée par la « marque éditoriale » que représente leur titre, auprès des annonceurs./p
p« iLa marque éditoriale sert à vendre de la communication, jusqu'à parfois mélanger les deux activités dans le travail même des journalistes/i », analysent Pauline Amiel et Franck Bousquet. Et entre les régies publicitaires qui engrangent ces « partenariats » dans l'opacité la plus totale, et les rédactions perpétuellement menacées par des suppressions de postes, l'équilibre des forces est rarement en faveur des journalistes. Le mélange des genres devient donc de plus en plus fréquent : au iDauphiné Libéré/i, les partenariats noués avec les acteurs de l'industrie du ski permettent de financer les postes… mais entravent l'indépendance des journalistes et dictent le choix de certains sujets, comme l'a montré Blast a href="https://www.blast-info.fr/articles/2024/montagne-le-dauphine-libere-sous-lemprise-de-lindustrie-du-ski-TswmtTAFRgeOkWMqOuU-nQ" class="spip_out" rel="external"dans une enquête/a. À iOuest-France/i, la direction n'hésite pas à réclamer aux journalistes des articles que le syndicat CFDT qualifie de « pub rédactionnelle ». Dans un compte rendu datant de juillet, le syndicat s'indigne :/p
blockquote class="spip"
pCela fait plusieurs fois qu'une demande de la hiérarchie départementale est faite à des localiers de faire un article [à partir d']un « copié-collé de la com de Monvillage avec le lien vers l'application et, pour le print, le QR code de téléchargement ci-joint ». Le style de l'article est très promotionnel, or il n'est ni indiqué qu'il s'agit d'un publireportage ni qu'il s'agit d'une entreprise dans laquelle Ouest-France a des parts. Pourquoi ne pas clarifier la situation pour nos lecteurs ?/p
/blockquote
pEt le syndicat de conclure : « iC'est toujours la même chose, dès qu'il s'agit de promouvoir un produit maison ou de gagner quelques sous, on mélange allègrement info, promo et pub./i »/p
pDeuxième hypothèse, qui n'exclut pas la première : au sein des rédactions locales, ces dérives « passent » (et finissent parfois par être initiées par les journalistes eux-mêmes), car elles s'inscrivent dans une longue tradition de « promotion du territoire », à laquelle certains localiers sont attachés. a href="https://www.la-rem.eu/la-pqr-ses-territoires-et-ses-modeles-daffaires/" class="spip_out" rel="external"Comme l'explique Jean-Clément Texier/aspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Un ancien journaliste devenu banquier gravitant dans les hautes sphères (…)" id="nh4"4/a]/span, la presse régionale joue traditionnellement un rôle de « porte-voix » de son territoire de diffusion. Elle contribue activement à en promouvoir l'image, les lieux phares, les symboles… mais aussi les grandes entreprises et les industries clé. Dans cet esprit, certains rédacteurs considèrent qu'ils sont dans leur rôle en faisant, par exemple, la promotion des stations de ski dans leurs articles. « iCertains collègues disent clairement qu'il faut aider les stations. Ce point de vue est porté par les chefs/i », déclarait une journaliste du iDauphiné Libéré/i à Blast, dans le cadre d'une enquête sur les liens incestueux du titre avec l'industrie du ski. Et à force de côtoyer quotidiennement les « chargés de comm » des collectivités et industries locales, qui sont les interlocuteurs quotidiens des localiers, certains finissent peut-être par s'emparer avec gratitude de ces « commandes » publi-rédactionnelles qui leur permettent de remplir rapidement les pages. Par sympathie, ou connivence, avec les « acteurs » du territoire que sont les grands entrepreneurs, les directeurs des offices de tourisme, les patrons de telle ou telle industrie… Mais aussi par habitude de voir ce genre de sujets s'infiltrer régulièrement dans le journal sans susciter de réaction./p
/br
h3 class='article_intertitres'Inertie dans les rédactions/h3
p/brFace à cette avalanche de publicités clandestines, quelles sont les perspectives de résistance ? Le principal rempart se situe au cœur des rédactions, dont les journalistes sont les mieux placés pour détecter ces contenus et s'opposer à leur parution./p
pD'ailleurs, plusieurs cas emblématiques de publireportages déguisés ont éclaté au grand jour grâce à la mobilisation des syndicats et des sociétés de journalistes en interne. À l'image de ces articles parus le 5 décembre 2023 à la Une des iDernières Nouvelles d'Alsace/i, un quotidien détenu par le groupe EBRA. Dans ce dossier, deux articles : a href="https://www.dna.fr/environnement/2023/12/05/la-foret-de-dambach-4600-hectares-de-biodiversite" class="spip_out" rel="external"l'un qui vante/a la « sylviculture douce » pratiquée dans la forêt de Dambach, sanctuaire vosgien de biodiversité de 4 600 hectares qui venait à l'époque d'être racheté par le Crédit mutuel, principal actionnaire du groupe EBRA. a href="https://www.ledauphine.com/economie/2023/12/06/credit-mutuel-alliance-federale-devoile-son-fonds-dedie-a-l-environnement" class="spip_out" rel="external"L'autre/a, repris dans plusieurs titres du groupe EBRA, qui ne tarit pas d'éloges sur le nouveau fonds de « révolution environnementale et solidaire » lancé par le Crédit mutuel pour acquérir la forêt de Dambach – une opération présentée comme un moyen de compenser ses émissions de CO2. Le retour de bâton tombe dix jours plus tard a href="https://www.rue89strasbourg.com/dna-credit-mutuel-en-une-287793" class="spip_out" rel="external"dans les colonnes de Rue89 Strasbourg/a, qui révèle les messages « houleux » envoyés par plusieurs journalistes de la rédaction à la direction après avoir découvert ces publireportages le jour de leur parution. « iTous les journalistes ont été choqués/i », assurait alors un délégué syndical./p
pMais ce genre de déballage reste plutôt rare, car il suppose une force d'organisation collective au sein des rédactions – toutes ne sont pas dotées d'une société des journalistes, à l'image du journal iLa Provence/ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="En juin 2025, la direction y avait étouffé sans grande difficulté la (…)" id="nh5"5/a]/span./p
pEn l'absence de réaction venue des rédactions elles-mêmes, les lecteurs constituent un deuxième rempart contre la généralisation des publireportages dans les médias. Ils sont en effet de plus en plus nombreux à repérer ce type de contenu, et à les dénoncer. Depuis 2020, le CDJM « iest régulièrement saisi par le public pour des questions de confusion entre publicité et information/i ». Ainsi de a href="https://cdjm.org/avis-25-144/" class="spip_out" rel="external"cette saisine/a à la suite d'un article paru en septembre 2025 dans le iJournal de la Haute-Marne/i, vantant les mérites d'une marque de répétiteurs de WiFi. Le CDJM note que « iprès de 75 % du texte publié par Le Journal de la Haute-Marne vient mot pour mot [d'un communiqué de la marque]/i », et que le journal n'a pas respecté « il'obligation déontologique d'éviter toute confusion entre information et publicité/i ». En novembre 2025, face à la recrudescence des signalements de ce type, le CDJM a d'ailleurs édité a href="https://cdjm.org/publicite-ou-information-comment-eviter-la-confusion/" class="spip_out" rel="external"un guide à ce sujet/a, destiné aux rédactions. « iConfronté à des contenus publicitaires qui empruntent la forme d'actes journalistiques ou à des actes journalistiques qui font la promotion d'un produit, d'un service ou d'une entreprise, le public peut se sentir trompé et accorder moins de crédibilité et de confiance aux médias/i », avertissait alors le CDJM. Les enjeux vont donc bien au-delà des médias qui publient ce genre de contenu, et de leurs lecteurs. Mais il faudra sans doute plus qu'une « tape sur les doigts » déontologique pour enrayer ces pratiques, qui semblent déjà bien ancrées dans les esprits…/p
p/brstrongMarion Moinet/strong/p
p/brstrongAddendum, 16/09/2026/strong/p
pLe 16 septembre, nous avons reçu un message de la part du service presse d'Icelandair, compagnie aérienne citée dans notre article. Celui-ci tient à nous faire savoir que le reportage en Islande de iLa Provence/i n'était pas un « ipubli-reportage déguisé/i », mais bien un « iarticle purement éditorial, sans contrepartie financière/i ». Et de poursuivre : « iLe journaliste de la Provence a contacté Icelandair en amont de son voyage pour savoir s'il était possible de lui fournir le billet d'avion pour faciliter son reportage, une pratique commune en rédaction. Aucune contrepartie n'a été demandée au journaliste en échange de l'article./i » De quoi appuyer (voire prolonger) nos thèses…/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanSelon la a href="https://www.acrimed.org/Declaration-des-devoirs-et-des-droits-des-journalistes-Munich-1971"charte dite de Munich/a : « iLe journaliste ne doit jamais confondre le métier de journaliste avec celui de publicitaire ou de propagandiste, n'accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs./i »/p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanMise à jour (16/09) : À ce sujet, lire l'addendum en fin d'article./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spaniLa Presse quotidienne régionale/i, La Découverte, 2021./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanUn ancien journaliste devenu banquier gravitant a href="https://www.sudouest.fr/pyrenees-atlantiques/bayonne/biarritz-jean-clement-texier-fait-chevalier-de-la-legion-d-honneur-11342444.php" class="spip_out" rel="external"dans les hautes sphères médiatiques/a./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanEn juin 2025, la direction y avait étouffé sans grande difficulté la tentative, lancée par des journalistes, de publier dans « leur » journal a href="https://www.politis.fr/articles/2025/06/tribune-gaza-la-lettre-des-journalistes-de-la-provence-que-vous-ne-lirez-quici/" class="spip_out" rel="external"une lettre ouverte/a signée par une centaine de membres de la rédaction (sur 160 journalistes au total) pour exprimer leur solidarité envers leurs confrères tués à Gaza. Dans un contexte aussi répressif, s'élever en interne contre des dérives publi-rédactionnelles semble illusoire./p
/div/div
div class='rss_chapo'pCensure et hypocrisie générale./p/div
div class='rss_texte'p« iCette semaine, on brise des silences, on élève la voix et on se libère, peut-être./i » Le journaliste Augustin Trapenard ne croyait pas si bien dire... Quelques heures avant la diffusion de « La grande librairie » (France 5), c'est en ces termes qu'il annonçait l'émission du 9 septembre. Au programme : les écrivains Adèle Haenel, Philippe Jaenada et Ananda Devi, puis, dans une seconde partie, cinq membres du collectif « Les États généreux » – Virginie Despentes, Tania de Montaigne, Laurent Binet, Philippe Claudel et Hervé Le Tellier –, créé dans la foulée du a href="https://www.acrimed.org/Les-fruits-et-les-fleurs-de-la-concentration"limogeage d'Olivier Nora des éditions Grasset/a, détenues par Vincent Bolloré. L'empire du milliardaire d'extrême droite et ses pratiques de censure ont donc été sur le devant de la scène. Dans une bande-annonce diffusée sur les réseaux sociaux, Augustin Trapenard ne mâchait d'ailleurs pas ses mots : « iIl sera question de lutte, de défis nouveaux/i », annonçait-il sur fond de musique – Pink Floyd, iAnother Brick in the Wall/i. « iFace à la concentration croissante des pouvoirs dans l'édition, la presse et la culture, les écrivains se mobilisent./i » Las : moins de 24 heures plus tard, France Télévisions allait fracasser l'idée même que des idées rebelles – ou plutôt certaines d'entre elles... – puissent s'exprimer sur le service public./p
/br
h3 class='article_intertitres'« iSanctionnez Israël et libérez la Palestine/i »/h3
p/brQue s'est-il passé ? Juste avant de conclure l'émission, Augustin Trapenard cédait sa place à Adèle Haenel pour la traditionnelle « carte blanche » – « iune parole totalement libre/i » soulignait le présentateur, « ile principe de "La grande librairie"/i » pour « ifaire exister la littérature, l'acte de création/i ». Le texte d'Adèle Haenel s'ouvrit alors sur la peur et le courage de dire. « i"Il m'a violée." Sujet, verbe, COD./i » « iIl faut parler de l'acte de parole/i », poursuivait-elle, avant d'y insister : l'absence de parole « isuinte à chaque instant l'acceptation par tous de l'inacceptable/i ». Retentit alors le second temps :/p
blockquote class="spip"
pstrongAdèle Haenel :/strong Le premier mot sera un saut dans le silence télévisuel qui englue le pays. Ce brouhaha médiatique qui masque sans répit l'absence omniprésente de certaines paroles. Pareillement, la phrase est courte. Et pareillement j'ai peur. Mais puisque je suis ici, il faut parler pour redire ce qu'il y a dans ce silence, afin que tout le monde l'entende. L'État d'Israël commet un génocide en Palestine. Et la France est complice. N'acceptez pas l'inacceptable. Alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine./p
/blockquote
pRideau. « La grande librairie » rend l'antenne./p
pEt moins de 24 heures plus tard... cette émission sera supprimée du site de France Télévisions./p
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h3 class='article_intertitres'Les « iLucky Luke/i » de France TV sont de retour/h3
p/brLa séquence avait pourtant déjà largement dépassé les frontières de France 5 : reprise en série sur les réseaux sociaux, discutée sur les chaînes d'info. Le 10 septembre, elle faisait l'objet d'articles du iFigaro/i ou du HuffPost ; la vidéo d'Adèle Haenel était même intégrée dans leurs pages. Peu importe : France Télévisions a choisi, unilatéralement, de retirer l'émission entière de son site, « ià titre conservatoire/i », comme si la séquence incriminée ne vivait pas déjà ailleurs. La raison de cette censure toute stalinienne ? Une source anonyme du groupe public, citée a href="https://www.telerama.fr/television/propos-d-adele-haenel-sur-israel-france-televisions-s-explique-sur-la-suppression-du-replay-de-la-grande-librairie-7032828.php" class="spip_out" rel="external"par iTélérama/i/a (10/09), explique que la direction a voulu « iprouver sa bonne foi à l'Arcom/i », « isaisie par plusieurs téléspectateurs/i » à la suite de l'émission. L'hebdomadaire ne précise pas le statut de certains de ces « téléspectateurs », alors qu'il explique en partie, à n'en pas douter, la célérité des dirigeants de France Télévisions. Ceux-là mêmes que la cheffe de la communication, Muriel Attal, qualifia en d'autres temps – mais à l'occasion d'un (autre) acte de censure portant sur la (même) question palestinienne – de a href="https://www.acrimed.org/France-Info-et-les-otages-palestiniens"« iLucky Luke/i »/a./p
pParmi les acteurs ayant cette fois-ci fait pression donc, on retrouve de nombreuses têtes connues : la secrétaire nationale de LR Shannon Seban notamment (X, 10/09), qui condamne « iles propos inacceptables/i » d'Adèle Haenel – « iune accusation d'une extrême gravité, qui banalise le terme de génocide/i » – et déplore que cette dernière ait été « iapplaudie sur le plateau d'une chaîne du service public financée par nos impôts/i » : « iLa liberté d'expression n'exonère ni de la contradiction, ni de la rigueur/i », conclut-elle. Sur les réseaux sociaux, d'autres ardents défenseurs de la liberté de parole se joignent au concert des indignés, parmi lesquels le député RN Julien Odoul, mais aussi l'avocate Muriel Ouaknine-Melki (présidente de l'a href="https://www.la-croix.com/france/qu-est-ce-que-lorganisation-juive-europeenne-qui-multiplie-les-plaintes-pour-apologie-du-terrorisme-20240424" class="spip_out" rel="external"OJE/a), et bien d'autres twittos réactionnaires. Sur CNews (10/09), « L'heure des pros » est immédiatement sur le coup et les cris d'orfraie fusent en plateau : « iC'est du pathos, au sens pathologique/i », diagnostique Gilles-William Goldnadel ; « iC'est d'une extrême gravité !/i », « iC'est le discours du Hamas !/i », surenchérit Yoann Usaï. « iNon : de LFI/i », le reprend Goldnadel. « iOui… Le Hamas, LFI, comme tu veux/i », convient son acolyte. Bref, l'article de iTélérama/i aurait pu gagner en précision : la direction de France Télévisions n'a pas voulu « prouver sa bonne foi » à l'Arcom ou à quelques téléspectateurs lambda : elle s'est couchée devant les pressions de la droite et de l'extrême droite sionistes, particulièrement mobilisées sur Twitter… et à la télé./p
/br
h3 class='article_intertitres'« iL'absence de contradiction/i »/h3
p/brPour justifier sa censure auprès de iTélérama/i, France Télévisions reprend l'un des arguments fallacieux que s'échangent les militants sur X : « l'absence de contradiction ». « iLe groupe public explique que la position d'Adèle Haenel n'a pas pu être contrebalancée par "plusieurs points de vue, ce que notre cahier des charges impose"/i », lit-on dans iTélérama/i. Faudra-t-il expliquer aux dirigeants de France Télévisions le principe d'une « carte blanche » ? Souligner que cette « carte blanche » fut confiée à une invitée extérieure à France Télévisions, une artiste de surcroît, censurée à l'heure précise où l'entièreté de la bonne société médiatico-politique brandit l'étendard de la « liberté artistique » en défense d'une DJ de renom ? Faudra-t-il encore comparer cette « carte blanche », au hasard, au format tant célébré parmi les chefferies médiatiques, qui pullule sur les antennes publiques et dont les praticiens sont quant à eux exonérés de toute exigence de « contradiction », à savoir l'éditorial ?/p
pDu reste, si la « contradiction » et la « pluralité des points de vue » sont subitement devenues des valeurs déontologiques cardinales au point que leur absence justifie la suppression d'émissions du site de France Télévisions, alors la direction du groupe public n'a plus qu'à prendre son mal en patience : il conviendrait, en effet, de supprimer incessamment la quasi-totalité des replays de « C dans l'air » et de « C à vous », l'ensemble des éditos de Nathalie Saint-Cricq, un nombre incalculable d'émissions économiques, de matinales radio et de sujets de JT, sans oublier le torrent des plateaux de Franceinfo souffrant d'un cruel manque de « pluralisme ». Pour résumer : le risque de trou noir devient grand pour le site de France Télévisions. iA fortiori/i si l'on applique cet exercice d'écrémage à la question palestinienne : la recension des camouflets au pluralisme deviendrait alors a href="https://www.acrimed.org/-2023-Israel-Palestine-le-7-octobre-et-apres-"interminable/a./p
pMais trêve de sarcasme, car la réalité est ailleurs : l'expression de soutien au peuple palestinien victime de génocide ne fait pas partie du pluralisme « acceptable » pour France Télévisions. Et il aura (de nouveau) suffi qu'une poignée de militants réactionnaires s'agitent sur le réseau social d'un milliardaire fasciste pour que tombe le couperet d'une censure pure et dure, de celles censées « ne plus exister », « à l'ancienne ». Une censure « à titre conservatoire », c'est-à-dire par anticipation, avant même une quelconque remontrance d'une quelconque instance de régulation. Une censure venue de dirigeants à l'évidence plus craintifs des pressions des acteurs sus-cités que de l'incroyable « effet Streisand » qu'allait immanquablement déclencher leur action. L'histoire du génocide en Palestine est aussi celle de complicités, symboliques pour certaines. Celle des grands médias français se mesure à ces petites et grandes lâchetés, qui, au passage, auront sans relâche sali le service public./p
pCar sans doute faut-il aller au-delà des justifications de France Télévisions et tâcher de se « désengluer » de ses appels incantatoires au « pluralisme » – comme de la misère intellectuelle et morale qu'ils imposent – pour rappeler un principe simple. Dans le cas de la question palestinienne, les notions de « symétrie » et d'« équilibre » sont le sceau de a href="https://www.acrimed.org/Informer-sur-le-Proche-Orient-le-syndrome-de-Tom-et-Jerry"la loi du plus fort/a, des gages concédés à a href="https://www.acrimed.org/Gaza-une-inflexion-mediatique-en-trompe-l-oeil"l'écrasement du peuple palestinien/a, une source majeure du a href="https://www.acrimed.org/Palestine-Des-victimes-sans-visages-des-crimes"confusionnisme ambiant/a, et, en définitive, le signe d'une a href="https://www.acrimed.org/IMG/pdf/mediacritiques51.pdf"abdication du journalisme/a. « iIl y a eu 5 minutes contre le génocide. Il manquait 5 minutes pour le génocide, selon France Télévisions/i », résume le militant Olivier Lek Lafferrière (X, 10/09). Prendre le contrepied de cette fausse équivalence devrait relever de l'évidence au sein de la profession. Elle est, au contraire, érigée au rang d'exigence déontologique…/p
/br
h3 class='article_intertitres'Alors, que retenir de cette incroyable censure ?/h3
p/br1/ D'abord, comme l'a souligné Adèle Haenel elle-même, la décision de France Télévisions est une silenciation de la critique de la silenciation, soit « ila démonstration parfaite de la pertinence des propos qui consistaient à dire qu'il y a certains mots, certaines réalités que tout le monde sait et qui ne doivent surtout pas être dites/i » (a href="https://www.instagram.com/adelehaenel_officiel/reel/DdH32AiIUDF/?hl=fr" class="spip_out" rel="external"Instagram/a, 11/09). Une critique et une parole que le public entier avait spontanément applaudies au soir de l'émission./p
p2/ Et pas n'importe laquelle : une émission qui parlait précisément de la censure. Celle dont il est possible de parler dans les salons télévisés bon teint, qu'inflige Vincent Bolloré sans merci aux collectifs sous sa coupe. Dès lors, y aurait-il des censures dicibles… et d'autres tolérables au point qu'elles devraient être bâillonnées ?/p
pDans les jours qui viennent, les (nombreuses) chaînes radio et télé qui font la « marque » France Télévisions se paieront-elles le frisson d'une émission qui, aussi haut et aussi fort que « La grande librairie » l'a fait contre Vincent Bolloré, dénoncera la censure exercée par la direction centrale contre une voix qui aura condamné un génocide ? Augustin Trapenard se risquera-t-il (vraiment) à « iélever la voix/i » pour « ibriser des silences/i » et « ise libérer/i », « ipeut-être/i » ? Léa Salamé prendra-t-elle la parole auprès de sa direction pour plaider la cause d'une émission qu'elle célébrait jadis comme un « iespace de liberté/i », l'« iun des derniers lieux qui nous réconcilie avec l'Humanité/i », et dont elle décrivait précisément la séquence « carte blanche » comme « iun moment qui […] fait du bien dans un moment et une époque qui fait pas tellement de bien/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Merci à Achabus, au passage, pour cette archive incroyable." id="nh1"1/a]/span ? Comme elles savent le faire quand elles le veulent, les chefferies concurrentes se presseront-elles, en particulier sur les chaînes d'information en continu, pour propulser à la Une de l'agenda cette procédure-bâillon spectaculaire ? Le (petit) monde des (grandes) lettres, enfin, fera-t-il vibrer sa plus grosse voix pour manifester sa solidarité envers le peuple palestinien, à nouveau piétiné au travers de la censure d'Adèle Haenel ? Le a href="https://etats-genereux.fr/" class="spip_out" rel="external"collectif des « États généreux »/a, en particulier, va-t-il piper mot ? Celui-là même qui, au cours de l'émission, offrait au public une leçon de choix qu'il aurait l'occasion de mettre en pratique :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Philippe Claudel :/strong Les autrices et les auteurs qui sont mobilisés i[contre le limogeage d'Olivier Nora par Vincent Bolloré et la reprise en main des éditions Grasset, NDLR]/i, on est tous et toutes très différents ! En termes d'écriture, politiquement, d'idéologie, on est tous très différents ! i[Rires entendus sur le plateau]/i/p
pstrong- Augustin Trapenard :/strong C'est-à-dire qu'il y a Virginie Despentes, Frédéric Beigbedder, Bernard-Henri Lévy… ouais !/p
pstrong- Philippe Claudel :/strong Ouais, c'est ça qui est riche !/p
pstrong- Virginie Despentes :/strong Mais on a un socle commun. Et on a un socle commun de qu'est-ce qui nous paraît inacceptable. Et à ce moment-là, quelque chose nous a paru inacceptable./p
/blockquote
pEt maintenant ?/p
p3/ Cette séquence, mais nous n'en avions pas besoin pour le savoir, montre enfin à quel point le débat médiatique actuel sur le « pluralisme », tel qu'il est orchestré et mis en scène, est frappé du sceau de l'hypocrisie : les conceptions et définitions frauduleuses qui circulent dans les « faux débats » et dont se revendiquent les grands pontes des médias ne servent pas à faire entendre une pluralité des points de vue, sur une pluralité de sujets, dans une pluralité de formats (entre autres)… mais à justifier l'extrême droitisation générale du débat public et les concessions permanentes des directions éditoriales à l'extrême droite sous toutes ses formes. Et dans cette grande fuite en avant, le recrutement d'éditorialistes d'extrême droite n'est qu'un bout du problème ; lequel, du reste, est loin d'être nouveau./p
pCar ce que France Télévisions aura (de nouveau) donné à voir, c'est le fait que lorsqu'un semblant de pluralisme arrive enfin – par inadvertance, par accident, ou plutôt, dans le cas d'Adèle Haenel, par effraction –, et qu'il concerne de surcroît la solidarité avec le peuple palestinien, la sentence est immédiate : censure. Celle-ci prend alors des allures « respectables » : elle se déguise en recherche de la « contradiction ». Sans jamais s'embarrasser du terrible deux poids, deux mesures qu'elle met en évidence, alors que les thuriféraires de l'État d'Israël s'expriment en roue libre depuis bientôt trois ans, qu'ils soient ambassadeurs, activistes, lobbyistes ou journalistes./p
pVoilà donc trois mises en abyme pour une seule et même leçon : contrairement à ce que certains toutologues et tenants de tous les discours hégémoniques ne cessent de condamner depuis des mois sur des plateaux où ils ont micro ouvert – une « imontée de la censure/i » dite « ihorizontale/i », une « ityrannie de la majorité/i », disait Raphaël Enthoven (Franceinfo, 07/10/2025) – la censure vient d'en haut et s'applique par le haut sur les voix et les discours minorisés. La véritable censure est celle des dominants qui ne supportent plus une once de contestation. C'est aussi cela, la fascisation du débat public./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong et strongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanMerci à Achabus, au passage, pour a href="https://x.com/achabussuspendu/status/2098202749636632930" class="spip_out" rel="external"cette archive/a incroyable./p
/div/div
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/polony-6eadc.png?1788794023' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pNatacha Polony « se lance en politique »… et ça passionne les journalistes./p/div
div class='rss_texte'pNatacha Polony l'a annoncé officiellement sur RTL, lundi 31 août, après un été passé à ménager ses effets : elle « se lance en politique » ! Elle qui connaît bien les rouages du commentaire et la circulation circulaire du bavardage avait d'ailleurs posé un premier jalon, début juillet, sur le plateau du Figaro TV (03/07). Eugénie Bastié lui demandait alors : « iPourriez-vous être candidate à l'élection présidentielle ?/i » ; l'éditorialiste Polony rétorquait que « iles choses sont ouvertes/i ». Puis, c'est dans un grand entretien au iParisien/i qu'elle annonçait le lancement de son mouvement, fin août, sans n'avoir toutefois rien de concret à proposer : « iLe temps viendra de donner à cette dynamique un nom, des contours…/i » (28/08). Le microcosme journalistique ayant la passion de lui-même, la voici donc sur RTL quelques jours plus tard (31/08) :/p
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pstrong- Céline Landreau :/strong Cette situation, vous la commentez depuis des années… pourquoi vous entrez dans la danse aujourd'hui ?/p
pstrong- Natacha Polony :/strong Parce que j'en ai assez de commenter le désastre […]./p
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pAyant nous aussi patiemment subi les avis et les « analyses » de Natacha Polony ces 20 dernières années, nous pouvons entendre qu'une certaine lassitude se soit fait sentir. Quant à son choix de basculer « de l'autre côté », reconnaissons qu'il a au moins le mérite de la transparence : comme nous le répétons souvent, nombre d'éditorialistes (et pas seulement) jouent le rôle d'acteur politique à part entière. Natacha Polony rejoint d'ailleurs une longue liste d'éditorialistes et/ou présentateurs ayant franchi le Rubicon : de Bernard Guetta à Éric Zemmour, en passant par Bruno Roger-Petit, Aymeric Caron, Laurence Haïm, Claude Sérillon, Audrey Pulvar, Noël Mamère, Laurent Joffrin ou encore Phillipe Ballard – et la liste est loin d'être exhaustive ! Gageons qu'à l'avenir, le courage de Natacha Polony inspirera d'autres confrères ! Christophe Barbier ? Nathalie Saint-Cricq ? Yves Thréard ?/p
pL'aveu de Natacha Polony permet enfin une dernière clarification : pour les éditorialistes de sa trempe, le « journalisme » est réductible au « commentaire ». Fatiguée de « commenter », l'éditorialiste aurait pu bifurquer vers une autre pratique du métier. Elle aura désormais, du reste, tout en même temps : la stature de femme politique, l'ancien plaisir du commentaire… et le confort habituel des plateaux télé !/p
pCar le monde médiatique raffole de ce genre de « coup ». À peine entrée en politique en effet, Natacha Polony bénéficie d'une couverture abondante : après RTL, la voici sur BFM-TV le lendemain (01/09), puis sur LCI le surlendemain (02/09). Son « ientrée en politique/i » fait l'objet d'articles sur le site de France Info (31/08), de iOuest-France/i (30/08) ou de la iNouvelle République/i (30/08). Empruntant comme les autres le passage obligé, iLibération/i se fend d'un : « Natacha Polony candidate ? Laurent Ruquier, ce dénicheur de futurs politiques » (31/08), et iLe JDD/i consacre une pleine page à l'information (02/09). Bref : le mouvement de Natacha Polony n'a pas une idée, pas un militant, pas même de nom, mais Polony Natacha fait déjà « l'actu » ! À quoi cela tient ? Au capital médiatique acquis en commentant à tort et à travers ces 20 dernières années./p
pEt c'est ainsi qu'une nouvelle vague de commentaires sur du vide fut déclenchée par celle qui déclarait « ien avoir assez de commenter/i ». Pour la profession, cela aurait pu être un instant de lucidité. Encore raté !/p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
div class='rss_chapo'pIndifférence absolue ou matraquage simplificateur ? La presse ne sait toujours pas quoi faire des sciences sociales… à part les malmener. Retour sur une « note » analysant « ila progression du vote d'extrême droite en France/i », au succès incontestablement médiatique./p/div
div class='rss_texte'pSimplification à outrance, répétition et déclinaison sur tous les formats, exagération et extrapolation… Vis-à-vis des sciences sociales, l'attitude des grands médias passe d'un extrême à l'autre : soit le dédain et l'indifférence la plus absolue – le cas le plus fréquent ; soit le matraquage simplificateur et acritique jusqu'à indigestion – le cas qui nous occupe aujourd'hui. Dans les deux configurations, le savoir critique n'existe pas./p
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h3 class='article_intertitres'La note que les grands médias ont adorée/h3
p/brLe 30 janvier 2026, le CEPREMAP, un laboratoire de recherche en science économique, a href="https://www.cepremap.fr/2026/01/quand-les-bars-tabacs-ferment-lerosion-du-lien-social-local-et-la-progression-du-vote-dextreme-droite-en-france/" class="spip_out" rel="external"publie une note/a du chercheur Hugo Subtil : « Quand les bars-tabacs ferment. L'érosion du lien social local et la progression du vote d'extrême droite en France ». Le succès de cette courte note de recherche (8 pages) est immédiat : iLe Monde/i, iLibération/i, iLe Figaro/i, France 2, France 24, France Inter, France Culture, iLe Point/i, iLe Nouvel Obs/i, Public Sénat, BFM-TV, mais aussi la fachosphère, de CNews à Boulevard Voltaire en passant par iValeurs actuelles/i… Entre le 2 et le 3 février, la quasi-totalité du spectre médiatique français produit à peu de choses près le même article : « La disparition des bars-tabacs, lieux de sociabilité, nourrit la progression du vote RN, selon une étude » (iLe Monde/i, 02/02)./p
pLa floraison éditoriale est spectaculaire. Le 3 février, « l'étude » d'Hugo Subtil est par exemple le sujet de l'édito politique de Patrick Cohen sur France Inter : « iLe grand mérite de l'étude signée Hugo Subtil est […] d'avoir montré un lien/i [entre la fermeture des bars-tabacs et le vote RN]i, mais aussi que la corrélation marche dans les deux sens : les ouvertures de cafés sont associées à une baisse du vote d'extrême droite !/i » Pour Anne Saurat-Dubois sur BFM-TV (03/02), « l'étude » constitue même le « fait politique » du jour, qui inspire également à l'impayable Paul Sugy son édito sur CNews : « Bar-Tabacs, symbole politique de la France oubliée » (03/02). Sur RTL, Isabelle Saporta en remet une couche (03/02) : « iL'intelligentsia qui moquait ces cafés du commerce se rend compte aujourd'hui, étude à l'appui, que quand ils ferment ces bars […], ben le vote RN progresse./i » La veille, on trouvait des pages consacrées à cette « étude » dans tous les grands journaux, comme iLa Croix/i : « iLa fermeture des bars-tabacs peut-elle contribuer à la progression du vote pour l'extrême droite ?/i » (02/02)/p
pTartinée à toutes les sauces, la note d'Hugo Subtil est également l'occasion d'un débat animé entre Élisabeth Lévy et Éric Revel sur Sud Radio (3/02). Quelques jours plus tard, c'est Cécile Duflot qui en fait sa chronique sur RMC, dans l'émission « Apolline Matin » (05/02) : « i[Il y a] une corrélation totale entre ces fermetures et le vote RN./i » Puis c'est au tour de Jean-Michel Aphatie dans « Quotidien » (TMC, 09/02) : « iOn connaît la raison des succès électoraux du RN/i », lance Yann Barthès. « iOui/i, répond Aphatie, ion pensait jusqu'ici que c'était dû au talent de Jordan Bardella, qui est quand même la 9e merveille du monde ! Eh bien non : si le Rassemblement National a du succès, c'est parce que les bars-tabac ferment/i ». C'est simple, non ?/p
pDécidément très inspirante, l'étude suscite aussi des reportages (« iEt si je vous disais que cet endroit peut faire basculer une élection ?/i », a href="https://www.huffingtonpost.fr/france/video/on-se-sent-abandonnes-dans-la-meuse-la-disparition-des-bars-tabacs-laisse-un-vide-qui-profite-au-rn_261388.html" class="spip_out" rel="external"Huffpost/a, 18/03) et, quoique rares, des interviews d'Hugo Subtil lui-même, comme à a href="https://www.midilibre.fr/2026/02/05/municipales-2026-quand-ils-ferment-le-vote-rn-augmente-pourquoi-les-bars-tabacs-jouent-ils-un-role-dans-les-elections-13208957.php" class="spip_out" rel="external"iMidi Libre/i/a, chez a href="https://lcp.fr/programmes/chaque-voix-compte/elections-radiographie-du-vote-rn-428394" class="spip_out" rel="external"LCP/a ou a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/centre-val-de-loire/loiret/video-on-isole-les-gens-ca-les-rend-aigris-la-fermeture-des-bars-tabacs-alimente-la-progression-du-vote-d-extreme-droite-3299763.html" class="spip_out" rel="external"France 3 Centre-Val de Loire/a. À cette occasion, le chercheur modère lui-même l'enthousiasme journalistique, en affirmant que ce qu'il a identifié est « iune toute petite cause/i », et que les « ivariables les plus lourdes/i » restent « iles classes sociales/i ». Il n'a manifestement pas été entendu – mais a-t-il été seulement lu ? –, car ces précautions étaient bel et bien présentes dans sa note./p
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h3 class='article_intertitres'La clé d'un succès médiatique/h3
p/brComment expliquer le succès fulgurant de cette petite étude au sein de médias qui travaillent d'ordinaire icontre/i les sciences sociales ? La reprise du iFigaro/i (02/02) nous donne un premier indice, en insérant dans sa recension un vocabulaire « fourquettiste » reconnaissable entre tous : « iDans un pays qui s'archipélise, ils sont près de 18 000 [bars-tabac] à avoir disparu entre 2002 et 2022./i » (02/02) La présence du concept « d'archipélisation » forgé par Jérôme Fourquet agit en effet comme une signature. La focalisation sur les « bars-tabacs » n'est d'ailleurs pas sans rappeler le travail publié l'an passé par le co-auteur de Jérôme Fourquet, Jean-Laurent Cassely, présenté par iLe Point/i comme un « iintello tendance sociologue/i ». Cet essayiste avait fait paraître une note sur la disparition des bars-tabacs, dont l'objet ressemble en tout point à celui d'Hugo Subtil. Largement promue par toutes les nuances de la presse de droite, la note n'avait toutefois pas atteint les pages du iMonde/i ou de iLibé/i, mais avait néanmoins fait le bonheur des magazines de milieu de semaine : « Déclassée, la France des bars-tabacs à la recherche d'un second souffle » (iLe Point/i, 05/02/25)./p
pQuoi qu'il en soit, ce précédent explique en partie pourquoi l'étude d'Hugo Subtil a pu se propager à une telle vitesse : parce qu'elle a rencontré un « déjà-là », des « évidences » et une pensée automatique déjà hégémoniques dans une très large partie de la presse. Comme nous l'écrivions dans le portrait a href="https://www.acrimed.org/Jerome-Fourquet-faux-sociologue-mais-vrai"que nous lui avons consacré/a, la « pensée » de Jérôme Fourquet et de son coauteur a l'avantage pour les journalistes de proposer une vision du monde extrêmement simpliste, ayant en outre ceci de pratique qu'elle évacue totalement la question des classes sociales : une double aubaine pour l'éditocratie ! De fait, comment ne pas voir cette dynamique à l'œuvre lorsque de gros titres en éditos, des journalistes racontent que la montée du vote RN s'explique (presque entièrement) par la disparition des bars-tabacs ? C'est là incontestablement l'une des clés du succès de cette étude : fournir une grille d'analyse simple, voire simpliste, à même d'« expliquer » un phénomène en permanence commenté dans l'actualité (la progression du RN dans les urnes). En bref, du prêt à l'emploi pour les journalistes pressés./p
pUn signe ne trompe pas : on retrouve Jérôme Fourquet sur le plateau de « C à Vous » (France 5) dès le 5 février pour prolonger avec Pierre Lescure la discussion autour de l'étude d'Hugo Subtil. L'occasion pour le faux sociologue de remâcher ses poncifs déclinistes sur « ila France périphérique/i » et « ila France des villages qui se meurt/i ». Dans iLe Point/i, son co-auteur Jean-Laurent Cassely ne cache pas sa joie de voir une étude valider la non-science qu'il produit. « iL'étude fait grand bruit/i », nous prévient iLe Point/i (08/02)… et Cassely exulte :/p
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pstrongJean-Laurent Cassely :/strong Je suis très enthousiaste de voir que le sujet des bars-tabacs, et plus généralement des cafés, fait réagir et qu'il bénéficie d'un tel capital sympathie. L'écho de ma note « La France des bars-tabacs, réinventer le dernier commerce populaire » d'il y a un an est sans équivoque : elle a été téléchargée plusieurs milliers de fois, alors qu'il s'agit d'un document assez technique... Et pour celle dont nous parlons, une dizaine de personnes m'a déjà écrit sur le sujet. C'est fou : l'impact médiatique est très fort, et la tonalité, extrêmement positive./p
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pSur ce point, nous ne pouvons le contredire./p
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h3 class='article_intertitres'Les médias et la méconnaissance des sciences sociales/h3
p/brAu-delà de la capacité de cette note à pouvoir se greffer sur un récit journalistique préexistant et qui, d'ordinaire, évacue les variables les plus lourdes de la montée du RN – au premier rang desquelles les questions de classe et de politisation du racisme –, d'autres raisons expliquent sans doute son succès éditorial… et son instrumentalisation./p
pParmi celles-ci, l'incapacité manifeste des journalistes à estimer et à discuter la qualité d'une recherche scientifique – ia fortiori/i quand leurs conditions de travail sont précaires. Pour cela, les professionnels font en général confiance au regard des pairs : dans quelle revue l'article est-il publié ? Par qui est-il cité ? Dans le cas présent, au moment de sa publication, l'auteur précise que la « inote s'appuie sur un article académique en cours de rédaction/i ». Comprendre : il faut patienter pour juger sur pièces – une pratique clairement incompatible avec le tempo journalistique. Esquivant le temps de la critique scientifique, les journalistes se sont donc trouvés livrés à eux-mêmes, face à l'autorité intimidante d'un laboratoire de recherche, et iaucun d'entre eux/i n'a su modérer ni même questionner les résultats présentés. « iCes fermetures doivent donc être comprises moins comme une cause directe que comme un marqueur et un accélérateur de la désagrégation des réseaux sociaux locaux/i », soulignait pourtant Hugo Subtil lui-même./p
pCela n'empêchera pourtant pas iLibération/i de ramasser le tout en deux temps, trois mouvements : « La fermeture des bars PMU favorise le vote d'extrême droite, selon une étude », titrait le quotidien le 30 janvier. Pire : d'ordinaire plus réticent que iLe Figaro/i à endosser les analyses déclinistes « à la Fourquet », iLibération/i n'a pas hésité à intégrer cette nouvelle thèse à son logiciel, au point de déployer les formats les plus « nobles » pour chercher à l'illustrer. Six mois plus tard, le quotidien gratifie en effet ses lecteurs d'un reportage en trois volets aux côtés d'« iun envoyé spécial au comptoir/i » de bars de villages. Le lancement de ces trois longs articles ? « iEn soixante ans, 80% des bistrots de campagne ont fermé. Alors qu'une étude démontre l'effet de ces fermetures sur la montée du vote RN, "Libé" fait un tour de France des troquets ruraux, lieux de sociabilité essentiels./i » « L'étude » d'Hugo Subtil fonctionne ici comme une simple accroche, et les reportages en question ne sont, au reste, pas du tout inintéressants. Mais le cadrage permet à nouveau d'installer cette fausse évidence dans le débat public : « fermeture des bars = montée du RN ». C'est avec ce genre d'équations que les rédactions en chef élaborent leurs grands reportages./p
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centerstrong***/strong/center
p/brVoyant leur vision du monde sans classes sociales ni racisme confortée, les rédactions ne se sont posé aucune question quant à la validité d'une « note » à l'aura médiatique instantanée. Ils ne se sont pas davantage interrogés sur ce qu'ils lui faisaient dire un peu trop rapidement, et encore moins sur sa réception au sein des courants de recherche en sociologie électorale du RN, dont les travaux sont pourtant abondants. Bref : tout en continuant d'ignorer ou de reléguer aux marges à peu près tout ce que les sciences sociales produisent de plus sérieux sur l'enracinement du RN, les grands médias optent pour la caricature… et le prêt-à-penser./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
D'El Bayadh à Oran, des lycées des années 1970 au carré féministe du Hirak en 2019-2021... Avec sa trajectoire, l'universitaire algérienne Fatma Boufenik est devenue, sans jamais en revendiquer le titre, l'une des figures les plus tenaces du féminisme maghrébin.
div class='source'Source: ba href="http://rezo.net/-dans-la-presse-"Medfeminiswiya/a/b/div
div class='rss_chapo'pDu climatoscepticisme au climato-présentisme./p/div
div class='rss_texte'pComme en 2022, l'été 2026 condense les manifestations les plus tangibles et les plus extrêmes du réchauffement climatique, avec des températures record et des phénomènes traumatiques, comme les canicules à répétition, la sécheresse qui dure et les incendies qui se propagent. Devant une telle crise, les rédactions n'ont pas pu faire l'impasse sur la question écologique. Avec leurs biais habituels : couverture événementielle et racoleuse, informations silotées d'une rubrique et d'un sujet à l'autre, dissonance discursive entre le traitement des catastrophes et la promotion du ibusiness as usual/i./p
pDe fait, les catastrophes climatiques sont omniprésentes dans les médias cet été. Mais leurs causes structurelles, de même que les responsabilités et les transformations qu'elles impliquent, restent quant à elles souvent hors champ. On passe alors du climatoscepticisme au climato-présentisme. Le climatoscepticisme consiste à nier la réalité du changement climatique ou son origine humaine. Le climato-présentisme s'accommode au contraire de leur reconnaissance : il filme les flammes, affiche les températures en capitales, décompte les hectares brûlés, chiffre les pertes en PIB, discute indemnisation, rassure les touristes et vend des climatiseurs. Les conséquences du réchauffement climatique sont couvertes, parfois dramatisées, mais toujours confinées dans un présent indépassable : sauver les récoltes, maintenir la fréquentation, préserver la croissance, acheter un nouvel équipement, tenir jusqu'à l'hiver./p
pEn ce mois d'août, cette mécanique est bien visible dans les médias traditionnels – surtout quand ils penchent à droite. Petit tour d'horizon./p
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h3 class='article_intertitres'Des conséquences climatiques redevenues « caprices »/h3
p/brLe jeudi 13 août, iLe Figaro/i consacre sa Une et son édito aux événements climatiques. Gaëtan de Capèle, qui déplore les conséquences de la canicule sur l'économie française et sur le budget de l'État, commence a href="https://www.lefigaro.fr/vox/economie/l-editorial-de-gaetan-de-capele-face-a-la-lourde-facture-de-la-canicule-l-etat-est-nu-20260812" class="spip_out" rel="external"sa diatribe/a échaudée par cette amorce : « iL'économie française, déjà faiblarde, se serait bien passée des caprices de la nature./i » Ou comment naturaliser un phénomène dont on sait pertinemment que la cause est principalement anthropique, en le ramenant à un aléa imprévisible et autonome dont il faudra bien « intégrer » les effets. Comme si les structures de « l'économie française » n'étaient pas elles-mêmes situées du côté des causes matérielles du réchauffement climatique, dont il ne sera du reste aucunement question dans ce billet./p
pD'ailleurs, si les conséquences du réchauffement climatique ont la légèreté d'un caprice, c'est aussi parce qu'il s'agit d'un excès momentané, que l'on pourrait presque prendre avec mansuétude. Le 14 août, alors que la cinquième canicule de l'année n'en finit plus de durer après un pic théorique la veille, a href="https://www.sudradio.fr/sud-radio/meteo-du-vendredi-14-aout-un-temps-estival-entre-soleil-fortes-chaleurs-et-orages-localises" class="spip_out" rel="external"la chronique météo/a de Sud Radio est titrée : « Météo du vendredi 14 août : un temps estival entre soleil, fortes chaleurs et orages localisés ». Elle évoque un « isoleil généreux/i », « iun début de journée qui s'annonce calme/i » et « ides conditions météorologiques très favorables [...] à la veille du week-end prolongé de l'Assomption/i ». Ce qui n'empêche pas la station de relayer plus tard une dépêche AFP nettement moins riante : « iUne grande partie du pays a traversé vendredi une énième journée de canicule, qui a accentué la sécheresse et favorisé les incendies, notamment dans les Landes./i » Un symptôme de la dissonance persistante produite par ces médias./p
pMais dans le discours médiatique, les catastrophes écologiques ne sont pas seulement des caprices de la nature. Ce sont aussi, si ce n'est surtout, les caprices des hommes ; ou plutôt de quelques individus dérangés, en l'espèce des criminels. Ainsi de la couverture privilégiée des incendies, en particulier à droite du spectre médiatique : la causalité est rabattue sur l'action de quelques pyromanes, qu'il suffirait de mettre hors d'état de nuire, et de RTL à France 3 en passant par iSud Ouest/i, on s‘arrache les experts pour sonder « la tête d'un pyromane » (Franceinfo, 30/07). C'est aussi l'angle retenu par iValeurs actuelles/i, le 8 août : « Incendies en France : qui sont les pyromanes ? » Idem sur CNews : le 7 juillet, la chaîne de Vincent Bolloré couvre l'interpellation et le placement en détention provisoire, dans l'Hérault, d'un jeune homme suspecté d'être à l'origine de plusieurs départs de feu volontaires. Dans la matinale du 17 juillet, un psychiatre intervient pour décrypter les pulsions des pyromanes. Le 18, un reportage dresse « l'inquiétant profil » des pyromanes. Le 29, CNews couvre l'interpellation de deux hommes, pris en flagrant délit d'incendies volontaires, à Nantes et à Grenoble, pendant les vagues de chaleur./p
pLe journalisme de préfecture n'est alors jamais bien loin… et CNews n'en a pas l'apanage : tandis que iLe Figaro/i embarque avec des « igendarmes en patrouille nocturne pour prévenir les incendies/i » (08/08) ou « iidentifier pyromanes et incendiaires/i » (06/08), de la mi-juillet à la mi-août, nombre de médias se contentent de relayer la chronique des interpellations tenue par le ministère de l'Intérieur sans chercher à entrer dans le détail des chiffres, lesquels laisseront pourtant entrevoir des réalités beaucoup plus « icontrastées/i » (a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/08/05/incendies-derriere-l-annonce-officielle-des-402-interpellations-des-profils-varies-et-des-realites-contrastees_6739463_3224.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i, 05/08/a) que les caricatures médiatico-politiques dominantes… Quitte à se contredire d'une semaine à l'autre ? On lisait ainsi dans la presse fin juillet que « i263 personnes ont été interpellées depuis le 28 juin/i » et que « idans deux tiers des cas, on parle d'incendies criminels, volontaires/i » (Franceinfo, 30/07), puis, quinze jours plus tard, que « iselon premiers éléments d'enquête/i », « iles plus gros incendies de la saison en France sont d'origine accidentelle, selon les premiers éléments d'enquête/i » (AFP, 14/08)./p
pEt plus encore : avec la primauté médiatique donnée au pyromane, non seulement le registre de la criminalité polarise le récit médiatique sur les feux de forêt au détriment d'autres facteurs explicatifsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Comme on peut le lire sur le portail « Géorisques » du gouvernement, les (…)" id="nh1"1/a]/span, mais le départ de feu absorbe également l'explication du feu lui-même – et l'incendie devient fait divers. Car identifier celui qui craque l'allumette ne dit rien des conditions qui permettent à un feu de paille de devenir un brasier hors norme : assèchement des sols, chaleurs anormales, politiques forestières erratiques et aménagement du territoire défaillant./p
pLe 5 août, « L'Heure des pros » consacre vingt-cinq minutes à cette question : « L'Etat est-il à la hauteur face aux incendies ? » La politique revient donc dans le tableau, mais essentiellement sous la forme de la gestion de crise ponctuelle. La même émission organise alors le débat public autour du déjà-là incendiaire : « La France peut-elle s'en sortir face aux flammes ? » (27/07) ; « Incendies, bravo à la France courageuse » (27/07), ou encore « Incendies : quels impacts pour les sinistrés ? » (03/08). Autrement dit, beaucoup de politique émotionnelle autour de la catastrophe, beaucoup moins autour des causes structurelles qui la rendent plus probable et plus destructrice. Le changement climatique est alors enfermé dans le présent./p
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h3 class='article_intertitres'Le climat vu du PIB : quand la catastrophe devient un problème pour « l'économie »/h3
p/brL'économisation du réchauffement climatique, à partir de ses conséquences budgétaires, est un autre angle privilégié par les grands médias. Encore une fois, non pas pour instruire ses causes matérielles et ouvrir le débat sur un changement de modèle, mais simplement pour enregistrer les pertes et intégrer l'aléa au système actuel./p
pLe 13 août, BFM-TV sensibilise son public : « Une journée de chaleur à plus de 32 degrés, ça équivaut à une demi-journée de grève. » Un message déjà passé par la chaîne en mai dernier, lors d'une séquence au titre alarmant pour le patronat : « Au-delà de 33 °C, la productivité est divisée par deux. » Comme outil de vulgarisation, la chaîne de Rodolphe Saadé mobilise donc une comparaison qui rend commensurables les conséquences du réchauffement climatique avec une action collective volontaire de salariés depuis un point de vue bien précis : la perte de production. Le manque à gagner du patronat./p
piLa Tribune/i s'inquiète également. Le 12 août, elle titre : « La croissance menacée par les vagues de chaleur au troisième trimestre » – sans se demander si cette même « croissance » ne menacerait pas la viabilité climatique de la planète. Le papier passe en revue les secteurs impactés par la chaleur, mais note un certain dynamisme dans celui du bâtiment, grâce aux « travaux de climatisation ». La canicule devient source de pertes en PIB, mais aussi d'opportunités économiques. On retrouve ici les accents du iFigaro/i évoqués plus haut – dont la Une du 13 août accuse « la lourde facture de la canicule » – consistant à déchiffrer les ravages écologiques à l'aune d'une économie immuable, abstractisée par des données générales dont sont absentes les structures sociales et les inégalités. Dans son édito, Gaëtan de Capèle regrette « iles coûts supplémentaires de dépenses de santé, la baisse de productivité dans les entreprises, la mollesse de la consommation/i »./p
p « L'économie », prise comme un « tout » décorrélé des classes sociales et des responsabilités politiques, apparaît alors comme une victime du réchauffement climatique. Jamais comme l'une de ses causes./p
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h3 class='article_intertitres'« Monter dans les canots » : s'adapter pour que rien ne change/h3
p/brCas d'école avec l'édito de Jean-Marc Vittori, dans iLes Échos/i, le 10 août : « Climat : l'urgence de l'adaptation ». Sans atténuation drastique, l'adaptation risque surtout de durer un long moment, jusqu'au jour pas si lointain où elle deviendra tout bonnement impossible. Mais cette réflexion élémentaire, tenue nuit et jour par les climatologues les plus avertis, reste secondaire pour le polémiste. Certes, « iil est bien sûr urgent d'en limiter les causes, mais il est encore plus urgent de se protéger de leurs effets négatifs/i ». Car « iquand le bateau coule, l'urgence n'est pas de lutter contre la cause du naufrage mais de monter dans les canots de sauvetage/i ». L'opération rhétorique est claire : changer d'organisation économique et baisser les émissions de CO2 peuvent attendre. Et les bonnes questions – qui a percé la coque ? qui agrandit sans cesse la fuite ? qui détient ces fameux canots ? y'en a-t-il assez pour tout le monde ? – ne seront pas posées./p
pLe service public n'est pas en reste. Sur France Inter, l'éditorialiste économique en chef, Dominique Seux, fait lui aussi de l'adaptation un petit feuilleton estival et sa priorité climatique. Le 22 juin, en pleine canicule, son édito consacré au « retard » français en matière de climatisation enchaîne tous les poncifs les plus délétères du climato-rassurisme et provoque suffisamment de réactions courroucées pour que la médiatrice de Radio France a href="https://mediateur.radiofrance.com/non-classe/ledito-eco-de-dominique-seux-du-22-juin-sur-france-inter/" class="spip_out" rel="external"publie/a une longue série de protestations d'auditeurs. Seux leur répond en prenant soin de rappeler que la France doit bien réduire ses émissions (ce que sa chronique dédaignait), mais maintient son cadrage : « iLa climatisation, c'est un élément de l'adaptation parmi d'autres./i » Deux semaines plus tard, un nouvel édito intitulé « Canicule, pourquoi c'est difficile » : le journaliste prétend cette fois que « idavantage de moyens ont été consacrés à limiter le réchauffement qu'à s'y adapter/i », avant de nous inviter à « iapprendre à raisonner différemment/i »./p
pTrois jours plus tard, nouvel épisode – au cas où ce n'était toujours pas clair : « iLa clim, ce n'est pas le Diable/i ». Seux affirme que la climatisation représente environ 0,6% de la consommation énergétique des logements – « ice n'est rien/i », tranche-t-il. L'éditorialiste souligne que ses émissions sont limitées par une énergie largement décarbonée et conclut qu'elle présente « imoins d'inconvénient qu'on le dit souvent/i ». Autrement dit, il s'agit bien de déplacer le centre de gravité du débat vers un réchauffement désormais tenu pour acquis. Et de réduire les questionnements politiques à ce faux dilemme : pour ou contre la climatisation ?/p
pSur ce credo, les médias mainstream tiennent un bon client en la personne de François Gemenne, un ancien rédacteur du Giec. Omniprésent dans les médias depuis le début de l'été, il appelle lui aussi à « ifaire évoluer le débat sur la clim/i ». Sur LCI, le 18 juin, il estime que la climatisation ne constitue plus, dans une France où l'électricité est largement décarbonée, un problème climatique majeur. Le 2 juillet, c'est sur France 5, dans « C à vous », qu'il ânonne : « iLa climatisation fait partie de la solution et le débat doit évoluer en France./i » Une antienne déjà étrennée sur le plateau de « C ce soir » (France 5) le 23 juin. À chaque fois, son autorité scientifique contribue à faire passer la climatisation (et l'adaptation avec elle) du statut de pis-aller controversé à celui d'une composante raisonnable – voire nécessaire – du nouvel horizon climatique./p
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h3 class='article_intertitres'Une canicule ? Il y a un marché pour ça/h3
p/brDernier stade du climato-présentisme : puisque le réchauffement climatique est là et qu'il faut bien « s'adapter », autant convertir cette adaptation en acte de consommation. Le 10 août, 20 Minutes publie ainsi un guide d'achat intitulé : « La canicule est de retour : 5 ventilateurs et climatiseurs à adopter en août 2026 ». À l'urgence climatique répond celle de consommer. Et à l'exigence du journalisme… celle de la publicité : il ne s'agit pas d'informer des lecteurs sur les questions écologiques et les ravages du système capitaliste en la matière, mais de fournir à des consommateurs des informations pour « mieux vivre » au quotidien dans ce système./p
pMême réflexe du côté de iOuest-France/i, qui profite de la chaleur pour multiplier les « bons plans » sur la même gamme de marchandises. Le 13 août, le site du média conseille de ne pas attendre « le retour de la canicule » pour s'équiper d'un ventilateur Action à moins de 15 euros. Le 4 août, ce même site consacrait un article aux ventilateurs vendus sur Amazon, façon vie pratique : « iCe climatiseur mobile signé Dréo est un modèle incontournable sur Amazon, vendu au prix de 494,82 euros/i ». Le 6 juillet, il nous signalait « ice climatiseur mobile à récupérer à tout petit prix sur Amazon/i ». Avec ces contenus semi-commerciaux, signés « Ouest-France Shopping », le phénomène collectif devient un problème individuel : au lecteur de trouver, sur le marché, le moyen de supporter quelques degrés supplémentaires./p
piLa Tribune/i pousse la logique jusqu'à la dissonance parfaite. Deux jours après s'être inquiétés d'une croissance « imenacée par les vagues de chaleur/i », les « experts maison » de l'équipe shopping du média – présentée comme indépendante du reste de la rédaction – publient coup sur coup, le 14 août : « Chaleur estivale : ce mini ventilateur rechargeable à moins de 14 euros se glisse partout », puis une promotion Amazon pour un « rafraîchisseur d'air » portable. Après avoir transformé la canicule en coût pour « l'économie », il peut aussi la transformer en débouché commercial. Et percevoir, au passage, une commission sur certains achats réalisés depuis ses pages « sélection ». La dissonance se situe ici dans le modèle économique même du journal./p
pLe marché immobilier s'adapte lui aussi. Le 13 août, TF1 s'intéresse par exemple aux effets des fortes chaleurs sur la demande et nous propose une liste des « ivilles qui sont superbes pour investir et pour éviter les canicules/i », comme Chamonix (et ses luxueux chalets). Un angle déjà creusé le 28 juillet, dans un papier où le président du réseau immobilier Orpi expliquait que « iles acquéreurs sont plus sensibles au confort d'été qui se retrouve sur toutes les lèvres. Nous valorisons davantage les logements avec une climatisation et une double exposition./i » Au citoyen exposé au réchauffement de devenir un investisseur avisé, donc. Le ibusiness as usual/i peut même y trouver son compte, puisque de nouvelles activités lucratives voient le jour, comme l'industrie de la fraîcheur. Et à nouveau : est-ce bien aux médias censés nous renseigner sur le réchauffement climatique de nous servir les guides d'achat associés ?/p
pCette logique ne suppose d'ailleurs pas que les médias taisent le réchauffement climatique. Une a href="https://quotaclimat.org/actualites/vague-chaleur-mai-2026-couverture-mediatique/" class="spip_out" rel="external"étude de Quota Climat/a portant sur la vague de chaleur de mai 2026 le montre assez bien : sur France Info TV, plus de la moitié des séquences consacrées au phénomène faisaient le lien avec le réchauffement climatique – soit davantage que sur les chaînes privées. Mais lorsqu'il s'agissait des réponses apportées à la chaleur, la climatisation apparaissait dans 26% des séquences, contre 3,8% pour la végétalisation et 3,5% pour la rénovation./p
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centerstrong***/strong/center
p/brC'est ainsi que les médias dominants évacuent progressivement leurs relents climatosceptiques… pour mieux les remplacer par un envahissant climato-présentisme, soit la tendance à raconter le dérèglement climatique presque exclusivement à travers ses manifestations immédiates et les moyens de les absorber. Ce qui disparaît n'est plus nécessairement le ravage écologique, mais son histoire politique. Qui émet ? Qui produit quoi, comment, et pour qui ? Quelles transformations sociales permettraient de supporter le réchauffement climatique, mais surtout d'en limiter l'ampleur ? Et surtout : quels intérêts matériels empêchent de bifurquer ? Ceux a href="https://www.acrimed.org/Entre-deux-canicules-les-medias-promeuvent-les"des industriels/a qui se partagent la propriété de l'essentiel du spectre médiatique ? À mesure que le climatoscepticisme devient intenable face à la multiplication des dégâts, le déni se déplace : de la négation de ce qui arrive, à la négation de ses causes matérielles et historiques./p
p/brstrongClément Sénéchal/strong/p/div
hr /
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanComme on peut le lire sur a href="https://www.georisques.gouv.fr/consulter-les-dossiers-thematiques/dossier-expert-sur-les-feux-de-foret#summary-target-1" class="spip_out" rel="external"le portail « Géorisques »/a du gouvernement, les actes de malveillance intentionnels ne représentent « que » 25% des départs d'incendies./p
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