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Médias

Le maire, les voisins et la sorcière - Chronique d'un féminicide que personne ne nomme

Rezo.net - mar, 2026-05-12 13:10
Je suis profondément révoltée que la mort de Catherine soit dans les pages Faits Divers. C'est un féminicide, commis par un élu de la République. Catherine est morte car femme. Catherine est morte car malade. Ne pas qualifier de féminicide ce drame, c'est encore et toujours laisser ce qui ne convient pas, ce qui n'entre pas dans les lignes aux orties. Sa maladie ne donne pas un caractère inexplicable politiquement à sa mort. Elle n'est pas morte parce qu'elle était malade : elle est morte parce que des hommes, sous l'impulsion d'autres, ont voulu l'effacer. br /Quand je pense à Catherine, je pense aussi à toutes les femmes qu'on a jeté dans des hôpitaux ou des maisons car elles n'étaient pas assez soumises. Jeunes délinquantes, lesbiennes, malades mentales, sexuellement actives : la mort de Catherine est liée au traitement historique et patriarcale des femmes. Vous entendrez ici la voix de celles qu'on a enfermées, mauvaises graines. Je pense aussi, antifa toujours, à toustes les malades tué.e.s par le régime nazi. br /Pour paraphraser mon agent du chaos préf', si tu ne t'intéresses pas au sujet, sache que le sujet s'intéresse à toi : dans le cadre de la lutte antiterroriste, il sera désormais possible de tomber sous le coup d'une injonction à examen psychiatrique émise par le préfet. Alors ? Prêt.e.s à se retrouver devant un psychiatre car vous avez protesté contre une loi ? Ou à voir des malades traités en terroristes ? br /Un féminisme qui exclut les malades mentales n'est pas le mien, et un féminisme qui ne s'adresse qu'aux femmes respectables car pas malades/grosses/moches/folles/arabes/TDS/voilées/… ne devrait être celui de personne. div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/releve-sur-le-net"Relevé sur le Net.../a/b/div

« L'affaire Abdallah est aussi un désastre médiatique »

Acrimed : Action-Critique-Médias - lun, 2026-05-11 18:56
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH79/abdallah-51eaf.jpg?1778519841' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt="" / div class='rss_chapo'pDans son film consacré à l'affaire Georges Ibrahim Abdallah (iL'Affaire Abdallah/i, 2026), Pierre Carles revient sur un épisode majeur de désinformation médiatique. Il analyse comment une fausse piste, relayée par les grands médias, a pesé sur le sort du militant libanais pendant plus de quarante ans. Il évoque également la réception du film, les limites de la critique des médias dans les médias dominants, et la place du documentaire dans un paysage médiatique verrouillé. Entretien./p/div div class='rss_texte'p/brstrongAcrimed : Ton film montre que les médias ont joué un rôle central dans l'affaire Abdallah. Comment ?/strong/p pstrongPierre Carles :/strong Les médias ont joué plusieurs rôles, tous néfastes. D'abord, ils ont contribué à fabriquer ou à reproduire la figure du « terroriste », à propos de Georges Abdallah, en faisant quasi-systématiquement l'amalgame entre la résistance radicale pouvant aller jusqu'à des assassinats ciblés, et le terrorisme à l'égard de la population civile pratiqué par des fondamentalistes religieux comme Daech. Ce glissement existait déjà dans les années 1980, mais il s'est accentué après le 11 septembre 2001 : toute lutte armée non étatique est désormais classée « terroriste », qu'il s'agisse de mouvements communistes, indépendantistes, nationalistes ou religieux. On met dans le même sac les FARC, l'ELN, Al-Qaïda et Daech, afin de disqualifier toute forme de résistance radicale. Ces dernières années, les grands médias ont banni de leur vocabulaire les termes « guérillero » et « fedayin » pour parler des résistants palestiniens et pro-palestiniens. C'est le qualificatif infamant « terroriste » qui l'a remplacé, afin de couper court à toute discussion sur la légitimité des actions de résistance./p pDans le cas Abdallah, cette logique a été amplifiée par le contexte : en 1986, une vague d'attentats meurtriers revendiqués par un mystérieux CSPPA (Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes) frappe la France. Le CSPPA demande la libération de plusieurs prisonniers politiques, dont Georges Abdallah, incarcéré depuis 1984, après que son groupe armé, les FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises), a revendiqué l'assassinat en 1982 de l'attaché militaire étasunien en poste à Paris et d'un fonctionnaire israélien, agent du Mossad, après qu'Israël avec l'assentiment des États-Unis attaque le Liban, comme il continue de le faire de nos jours. Mais les attentats de 1986 dans les rues de Paris n'avaient rien à voir avec le mode opératoire des FARL. Il ne s'agissait pas d'assassinats ciblés, cette fois-ci, mais de bombes tuant et blessant des civils de manière indiscriminée, soit des attentats à caractère terroriste. Ces attaques étaient en réalité menées par des membres du Hezbollah missionnés par l'Iran, en réaction au soutien militaire français à l'Irak en guerre contre l'Iran et au refus de Paris de régler un contentieux financier datant du régime du Shah./p p/brstrongComment cette fausse piste a-t-elle été construite ?/strong/p pUn journaliste du iMonde/i, Edwy Plenel, s'est fait intoxiquer par une source qui lui a fourni de fausses informations. iLe Monde/i, alors perçu comme le « quotidien de référence », a entraîné toute la presse derrière lui : radios, télévisions, journaux ont repris sans vérification l'idée que les attentats seraient liés aux « frères Abdallah » et à la Syrie. Une thèse totalement infondée./p pPlenel avait déjà obtenu des informations exclusives dans l'affaire du Rainbow Warrior, probablement de cette source. Il lui faisait confiance, donc. Mais cette fois, il s'est trompé – ou a été trompé. Cette information erronée a ensuite été reprise sans vérification approfondie par ses confrères du iMonde/i, mais aussi par iLibération/i, iLe Figaro/i, iLe Nouvel Observateur/i et d'autres médias. On peut parler de « journalisme de préfecture » : les médias se contentent souvent de relayer des informations provenant de la police ou de la justice sans enquête indépendante. Hervé Brusini, ancien de France Télévisions, a d'ailleurs reconnu que les rédactions manquaient cruellement de services d'enquête à l'époque. Certains journalistes interrogés dans le film (Véronique Brocard de iLibération/i, Georges Marion du iMonde/i, Hervé Brusini) ont accepté de revenir sur ces erreurs. Edwy Plenel, en revanche, a refusé de s'expliquer devant notre caméra. C'est bien dommage. Son témoignage aurait permis d'avancer dans la compréhension de cette opération de désinformation./p p/brstrongDans tes films, tu utilises parfois des stratagèmes, des ruses, pour obtenir des réponses. Pourquoi ne pas l'avoir fait ici avec Edwy Plenel ?/strong/p pParce que ce long-métrage est un film-enquête essentiellement fondé sur la coopération des interlocuteurs : d'anciens directeurs du contre-espionnage ont accepté de témoigner sans pratiquer la langue de bois. Même un important magistrat antiterroriste étiqueté à droite, comme Alain Marsaud, s'est prêté au jeu de la vérité. Et au moins trois journalistes protagonistes de la monumentale ifake news/i de 1986, ont accepté de revenir sur leur travail, de se pencher sur leurs erreurs dans ce dossier. Notre objectif, avec mon équipe, n'était pas de piéger qui que ce soit mais de tenter d'examiner avec eux ce qui avait failli. C'eut été tout à l'honneur d'Edwy Plenel de faire de même, d'accepter de s'expliquer sur cette monumentale erreur dans son parcours de journaliste d'investigation. Son éclairage aurait été précieux pour avancer dans la compréhension de cette histoire. Mais il semblerait qu'il ne soit pas trop enclin à l'autocritique./p p/brstrongPourquoi le gouvernement n'a-t-il pas démenti ?/strong/p pParce qu'admettre que les attentats venaient d'Iran revenait à reconnaître que la France était indirectement responsable des morts dans les rues Paris. La France avait en quelque sorte provoqué cette opération de représailles iranienne en soutenant militairement l'Irak de Saddam Hussein et en refusant de régler ses dettes envers Téhéran, le fameux contentieux Eurodif. Le Premier ministre Jacques Chirac, le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua, le ministre délégué à la Sécurité Robert Pandraud, sans compter de hauts responsables de la DST (Direction de la surveillance du territoire) savaient que les attaques étaient commanditées par l'Iran, même si le régime des mollahs n'avait pas déclaré officiellement la guerre à la France comme l'explique le magistrat antiterroriste Alain Marsaud dans le film. Le gouvernement français a laissé prospérer la fausse piste, a laissé courir la ifake news/i. Ça l'arrangeait politiquement./p p/brstrongCette désinformation a-t-elle eu un impact judiciaire ?/strong/p pOui. Comme le raconte Alain Marsaud, les juges de la cour spéciale qui ont condamné Abdallah en 1987 avaient en tête les attentats-massacres de 1986 et la présumée responsabilité des frères Abdallah dans ceux-ci, même si ces attentats n'étaient pas à l'ordre du jour du procès de février 1987. Abdallah a « payé » pour ces attentats dans lesquels il n'était pour rien, lui ont confié ses collègues magistratsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Propos tenus par Alain Marsaud dans L'Affaire Abdallah : « Georges Ibrahilm (…)" id="nh1"1/a]/span. Cette étiquette « terroriste », qu'on lui a collée en 1986, ne l'a plus jamais quitté./p pMême trente ans plus tard, lors des audiences de libération conditionnelle, l'avocat de la partie civile américaine, Georges Kiejman, agitait encore les coupures de presse de l'époque comportant ces fausses informations. Et comme les archives du iMonde/i n'ont jamais été corrigées, il arrive que les jeunes journalistes qui travaillent sur le sujet reproduisent les mêmes erreurs de nos jours./p p/brstrongComment les médias ont-ils accueilli ton film ?/strong/p pGlobalement bien. a href="https://www.telerama.fr/cinema/l-affaire-abdallah-de-pierre-carles-une-enquete-siderante-sur-le-plus-ancien-prisonnier-politique-de-france_cri-7043717.php" class="spip_out" rel="external"iTélérama/i/a, a href="https://www.liberation.fr/culture/cinema/laffaire-abdallah-retour-sur-quarante-ans-dobstination-judiciaire-20260408_5RVJ2DAQ5BFEXH7XQ74VCDVD2U/" class="spip_out" rel="external"iLibération/i/a, même a href="https://www.lesinrocks.com/cinema/laffaire-abdallah-le-plus-celebre-prisonnier-politique-de-france-dans-loeil-de-pierre-carles-692136-05-04-2026/" class="spip_out" rel="external"iLes Inrockuptibles/i/a ont chroniqué positivement. Deux exceptions : a href="https://www.franc-tireur.fr/pierre-carles-abdallah-tout-un-poeme" class="spip_out" rel="external"iFranc-Tireur/i/a, un organe de presse de droite, mais ça c'était prévisible, et... a href="https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/04/08/l-affaire-abdallah-pierre-carles-se-fait-l-avocat-de-l-ex-plus-vieux-prisonnier-politique-francais_6678223_3246.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i/a. Leur critique, signée Jacques Mandelbaum, est non seulement négative mais surtout très étrange : elle passe totalement sous silence le rôle du journal dans la désinformation de 1986. C'est un oubli tellement énorme qu'il en devient suspect./p pOn parle, en effet, d'un film qui démontre, documents et témoignages à l'appui, que iLe Monde/i a joué un rôle majeur dans la diffusion d'une fausse thèse liant Abdallah aux attentats de 1986. Et la critique du iMonde/i… n'en dit pas un mot./p pJacques Mandelbaum, qui a signé l'article, est critique cinéma. Il n'est ni journaliste d'investigation, ni spécialiste du Proche-Orient, ni familier des dossiers antiterroristes. Or il s'est mis en tête de « contre-enquêter » sur un film qui repose sur cinq ans de travail, des dizaines d'entretiens, des archives judiciaires, des documents diplomatiques, des témoignages de magistrats, de policiers, de journalistes…/p pSa « contre-enquête » a consisté à aller chercher trois ou quatre informations sur Internet, probablement dans les archives du iMonde/i, et à en tirer des conclusions hâtives. C'est exactement le travers que le film dénonce : l'absence de vérification, la dépendance à une source unique, la reproduction d'erreurs anciennes./p pLe plus ironique, c'est que iLe Monde/i dispose de journalistes parfaitement compétents pour examiner le sujet. Benjamin Barthe, par exemple, est un spécialiste du Proche-Orient. Ils auraient été beaucoup plus compétents pour réaliser une contre-enquête sur notre enquête, s'ils estimaient que celle-ci comportait des lacunes./p p/brstrongTu as écrit au courrier des lecteurs. As-tu eu une réponse ?/strong/p pAucune réponse. Silence total. En revanche, ils ont discrètement modifié un passage de l'article en ligne, en reconnaissant que iLe Monde/i avait bien participé à la désinformation en 1986. C'est la seule concession qu'ils ont faite. Ce geste minimal montre qu'ils savent très bien qu'ils ont un problème. Mais ils ne veulent pas l'assumer publiquement./p p/brstrongEt du côté de Mediapart cofondé par Edwy Plenel, comment a-t-on réagi à ton film ?/strong/p pC'est peut-être le silence le plus révélateur de tous. Mediapart se revendique comme un média d'investigation, indépendant, critique, et sur le papier, iL'Affaire Abdallah/i cochait toutes les cases pour les intéresser : raison d'État, ingérences étrangères, justice d'exception, pressions diplomatiques, désinformation médiatique… C'est un sujet Mediapart par excellence. Et pourtant : rien. Pas une ligne sur le film./p pCe silence ne peut pas s'expliquer par l'ignorance. Un journaliste de Mediapart est venu à une projection de presse du film tandis qu'une autre a reçu un lien du distributeur pour le visionner. Ils savaient donc ce que le film contenait, ce qu'il démontrait, et surtout ce qu'il révélait sur le rôle d'Edwy Plenel en 1986./p pMais le média, en tant qu'institution, n'a rien publié. Ce n'est pas un oubli. C'est un choix éditorial. Déjà, en 2013, lorsque Mediapart avait publié un semblant d'enquête sur l'affaire Abdallah, ils avaient omis d'évoquer le rôle d'Edwy Plenel dans cette histoire. Pourquoi font-ils de même lors de la sortie du film ? Probablement parce que iL'Affaire Abdallah/i touche directement l'un des fondateurs de Mediapart... Critiquer le film, c'était devoir argumenter. En parler positivement, c'était valider le travail du film. Et en parler tout court, c'était devoir évoquer la responsabilité de Plenel dans la désinformation de 1986. Résultat : le silence. Le silence comme aveu./p p/brstrongPourquoi l'affaire Abdallah est-elle restée si longtemps dans l'ombre médiatique ?/strong/p pEn grande partie, parce qu'Abdallah portait cette étiquette infamante de « terroriste ». Les grands médias ne se précipitent pas pour documenter des injustices commises à l'égard de « terroristes ». Ils se disent, consciemment ou inconsciemment, « ce n'est pas grave », « ça ne vaut pas une enquête », voire « bien fait pour eux ». C'est mon hypothèse. Seule la presse militante ou engagée (iLe Monde diplomatique/i, iAfrique-Asie/i, iL'Humanité/i) a suivi le dossier pendant des décennies. La presse imainstream/i, elle, a pratiqué l'omerta. Seule RFI fait exception. Une émission comme « Affaires sensibles » (France Inter) aurait dû consacrer une émission à l'affaire Abdallah depuis ses débuts (2014) étant donné que la durée de détention d'Abdallah était déjà hors norme à l'époque et que les ingérences des États-Unis dans le dossier judiciaire s'avéraient multiples. Or Fabrice Drouelle a attendu 2024, soit 10 ans, pour s'intéresser à cette histoire, et seulement après que son confrère Benoît Collombat, journaliste à la cellule investigation de Radio France, a réalisé une enquête sérieuse – tardive, certes, mais solide – pour « Secrets d'info » (France Inter). Que ce soit dans iLe Monde/i ou sur France Télévisions, il aura fallu attendre 2024 pour que le sujet commence enfin à être traité. Pendant dix ans (2014-2024), on a assisté à un véritable blackout./p p/brstrongLe site de critique des médias Arrêt sur Images en a-t-il parlé ?/strong/p pOui mais de manière anecdotique à deux reprisesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="L'ancien journaliste du Monde Georges Marion est revenu sur cette affaire en (…)" id="nh2"2/a]/span. On pourrait penser que l'affaire Abdallah, et en particulier l'opération de désinformation de 1986, serait pour eux un sujet naturelspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Soyons honnêtes : Acrimed n'en a jamais parlé... avant cet entretien." id="nh3"3/a]/span./p pÀ l'époque où il avait son émission sur France 5, Daniel Schneidermann, le fondateur d'Arrêt sur images, n'avait pas enquêté sur le rôle du iMonde/i dans l'affaire Abdallah alors qu'il connaissait très bien cette histoire pour avoir partagé la vie de l'écrivaine Chloé Delaume. Or celle-ci est... la nièce de Georges Abdallah. Est-ce parce qu'il était aussi journaliste au iMonde/i à l'époque de l'opération de désinformation de 1986 que Schneidermann s'est interdit d'enquêter ? Faut-il y voir une sorte de vieux réflexe corporatiste ? Dans la BDspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Dans les oubliettes de la République - Georges Ibrahim Abdallah, Pierre (…)" id="nh4"4/a]/span consacrée à cette affaire, nous lui avions posé la question : il estimait alors qu'il y avait des sujets plus intéressants./p p/brstrongPourquoi ton film a-t-il été refusé par les chaînes de télévision ?/strong/p pParce que les chaînes n'apprécient pas trop les films mettant en cause les institutions médiatiques et mettant à l'honneur des résistants arabes. Les responsables des programmes documentaires sont frileux. Une critique des médias, surtout lorsqu'elle touche à des institutions puissantes comme iLe Monde/i ou à des affaires d'État, a peu de chance d'être financée. Et pas question pour elle de présenter Abdallah comme un résistant, ce qu'il est pourtant, objectivement. Son profil de militant communiste, internationaliste, prenant les armes contre une puissance étrangère (Israël) et son principal soutien (les États-Unis), n'est-il pas proche d'un Missak Manouchian, récemment panthéonisé ? S'il s'était battu pour les Ukrainiens – contre la Russie donc – plutôt qu'en faveur des Palestiniens – soit contre Israël –, c'est certain que les grands médias se seraient intéressés à lui. En tant que « terroriste arabe », Abdallah cochait toutes les mauvaises cases./p pLa chaîne de télévision franco-allemande Arte a refusé le film pour de drôles de motifs : « iC'est une histoire spécifiquement française […] qui ne concerne guère nos voisins européens/i » a répondu, sans rire, la directrice adjointe de l'unité Société et Culture d'Arte France. On l'a aussi envoyé à France Télévisions et à Netflix qui n'ont même pas répondu./p p/brstrongLe cinéma est-il devenu le dernier espace de liberté ?/strong/p pProbablement. Avec l'édition livre où j'ai pu publier, avec le dessinateur Malo Kerfriden, une version BD de cette enquête, plus fouillée, plus étoffée, intitulée iDans les oubliettes de la République/i (éditions Delcourt). Mais c'est un espace fragile. Le cinéma permet encore de produire des films indépendants comme celui-ci. On trouve encore, dans l'économie du long-métrage documentaire, des ressources financières pour réussir à mener à bien un travail d'investigation long, rigoureux, sans pression, pour ne pas avoir à s'autocensurer. Il faut juste déjouer la censure économique, la principale. Ma productrice Annie Gonzalez est très forte pour cela. Elle trouve des financements. On sollicite aussi les spectateurs et spectatrices par le biais d'appels à dons. Bref, c'est encore possible de faire ce genre de film, nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls à le faire, mais on touche un public plus restreint qu'à la télévision. On a même une audience inférieure à celle de youtubeurs ou d'influenceurs sur les réseaux sociaux, qui ne constituent pas une alternative car ils n'ont pas la capacité de produire ce genre de films./p p/brstrongTu t'inscris dans une tradition de critique radicale des médias. Quels sont tes repères ?/strong/p pDans les années 1990, la critique des médias était vive. Les sociologues Patrick Champagne et Pierre Bourdieu ont été déterminants. iSur la télévision/i est un texte fondateur : il montre que les journalistes sont pris dans un champ social avec ses contraintes, ses hiérarchies, ses intérêts. Bourdieu explique que les journalistes ne sont pas libres : ils sont soumis à des logiques d'audience, de concurrence, de rapidité, qui les poussent à produire une pensée conforme, rapide, peu critique. L'affaire Abdallah en est une illustration parfaite. Serge Halimi, avec iLes Nouveaux Chiens de garde/i, a prolongé ce travail en nommant les choses. Et les responsables du système. Il a montré comment une poignée d'éditorialistes occupent l'espace médiatique, comment ils se cooptent, comment ils verrouillent le débat public. L'avènement d'Acrimed a aussi apporté quelque chose d'essentiel : la rigueur. La critique des médias, ce n'est pas un coup de gueule, c'est un travail de veille, de documentation, de contextualisation. Alain Accardo et Gilles Balbastre, enfin, ont apporté une dimension essentielle : les journalistes ne sont pas seulement des individus qui manquent de courage ou de rigueur. Ils sont des agents pris dans un système social. Avec iJournalistes précaires/i, ils ont montré que la précarité induit structurellement un journalisme de mauvaise qualité, superficiel, docile... Je n'ai pas cité Julien Brygo, Olivier Cyran, Daniel Mermet, Nina Faure, le journal iPLPL/i (iPour Lire Pas Lu/i), Zaléa TV (devenu Les Mutins de Pangée), et j'en oublie, qui ont eux aussi contribué à forger une critique radicale des médias./p pMais dès son irruption, cette critique radicale des médias a été concurrencée par des formes plus soft comme l'émission de télévision « Arrêt sur images ». Le système a cette capacité de récupérer tout ce qui peut s'insérer dans la société du spectacle, faire marchandise, et de mettre rapidement en place des ersatz. Il a donc recyclé la critique des médias dans les médias imainstream/i, mais en faisant en sorte qu'elle soit anecdotique, qu'elle ne remette fondamentalement rien en cause./p pAujourd'hui, avec les réseaux sociaux, on est passé à une autre étape. Les formats courts privilégiés par Instagram, TikTok et compagnie, renforcent un conservatisme structurel, favorisent les idées préconçues. La journaliste a href="https://www.slate.fr/tech-internet/reseaux-sociaux-machine-radicaliser-extreme-droite-tiktok-twitter-musk" class="spip_out" rel="external"Léa Polverini/a a montré l'effet produit par les réseaux sociaux sur le glissement à droite des électeurs. Les plateformes numériques valorisent des vidéos courtes, des contenus brefs, faisant appel à l'émotion plus qu'à la raison. Cette dernière nécessite un temps d'installation et d'exposition bien plus long. Pour contrer les idées dominantes, essentiellement de droite voire d'extrême droite, les réseaux sociaux ne sont pas des alliés, même si certains youtubeurs continuent d'y croire. Sans compter qu'on peut revenir à des mécanismes de censure à l'ancienne, comme lorsque Youtube, propriété d'Alphabet (Google), censure les vidéos iraniennes hilarantes se moquant de Donald Trump et de l'impérialisme américain./p p/brstrongQuel est, pour toi, l'enjeu de la critique des médias aujourd'hui ?/strong/p pLa critique des médias doit être radicale – au sens d'aller à la racine. Comprendre les structures, les intérêts, les logiques sociales qui produisent l'information. Pas seulement pointer des erreurs individuelles. iL'Affaire Abdallah/i montre qu'un récit médiatique, même faux, peut devenir une vérité sociale, judiciaire et politique. C'est pour cela que la critique des médias n'est pas un luxe intellectuel : c'est une nécessité démocratique. Une dernière remarque : les grands médias sont a-historiques, ils racontent les choses collés à l'actualité. Or, il faut se battre pour des mises en perspective historique. C'est ce que j'ai tenté de faire dans mes derniers films où il est question de l'histoire des FARC (Colombie) et de celle d'Abdallah et des FARL (Liban/Palestine). Il ne faut pas cesser de se référer à l'Histoire, pour ne pas se faire avoir./p p/brPropos recueillis par strongMathias Reymond/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanPropos tenus par Alain Marsaud dans iL'Affaire Abdallah/i : « iGeorges Ibrahilm Abdallah, il va prendre réclusion criminelle à perpétuité, officiellement, pour avoir assassiné l'Israélien et les deux Américains, mais en réalité il morfle – je le sais parce que j'en ai discuté avec mes collègues qui étaient juges à la cour d'assises, qui ont jugé – il morfle pour les attentats/i [de 1986]. »/p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanL'ancien journaliste du iMonde/i Georges Marion est revenu sur cette affaire a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/ma-boite-a-souvenirs/georges-ibrahim-abdallah-et-les-aventures-de-super-souris" class="spip_out" rel="external"en 2013/a et en 2016 le site a aussi a href="https://www.arretsurimages.net/articles/liberation-de-georges-ibrahim-abdallah-comment-clinton-a-tente-de-faire-pression-sur-fabius" class="spip_out" rel="external"documenté/a la pression qu'avait exercé Hillary Clinton sur Laurent Fabius./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanSoyons honnêtes : Acrimed n'en a jamais parlé... avant cet entretien./p /divdiv id="nb4" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spaniDans les oubliettes de la République - Georges Ibrahim Abdallah/i, Pierre Carles et Malo Kerfriden, Delcourt, 2024./p /div/div
Catégories: Médias

Leur grotte, un « lieu magique » où ils cultivent endives et champignons | Nolwenn Jaumouillé et Antoine Boureau

Rezo.net - ven, 2026-05-08 11:16
img class='spip_logo spip_logos' alt="" src='https://rezo.net/local/cache-vignettes/L120xH80/arton249759-5b514.jpg?1778231908' width='120' height='80' / Près de Vendôme, des maraîchers passionnés de souterrains cultivent depuis six ans légumes et champignons dans une grotte. Une quête d'adaptation au milieu troglodyte inspirante, notamment à l'aune des enjeux climatiques. div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/reporterre"Reporterre/a/b/div

Adieu à Marc Laimé

Rezo.net - mer, 2026-05-06 18:17
img class='spip_logo spip_logos' alt="" src='https://rezo.net/local/cache-vignettes/L120xH77/arton249757-8a1e8.jpg?1778084416' width='120' height='77' / Lundi 27 avril 2026, sa famille, ses amis et ses anciens collègues se sont réunis au Père-Lachaise à Paris pour un ultime adieu à Marc Laimé, décédé le vendredi 17 avril. Ancien rédacteur en chef du mensuel L'Autre Journal puis du magazine La Rue — parmi ses autres collaborations comptent Libération, Le Canard enchaîné, Sciences et vie et Le Monde diplomatique —, il avait figuré parmi les pionniers de l'Internet indépendant en France avant d'entamer une reconversion au mitan des années 1990 en se spécialisant dans les questions liées à la gestion de l'eau. div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/les-blogs-du-diplo"Les blogs du Diplo/a/b/div

Loi Rodwell ou l'utilisation de la psychiatrie pour enfermer à bas bruit les opposant·es au pouvoir en place

Rezo.net - mer, 2026-05-06 09:34
Cette loi s'inscrit dans une résurgence internationale d'usage de la psychiatrie à des fins d'enfermement des opposants politiques. Actuellement, l'Iran, la Russie, la Chine pratiquent déjà l'internement forcé à des fins de répression politique systématique. Historiquement, les pays occidentaux l'ont massivement utilisé. Tout au long du XXe siècle, des militant·es des droits civiques ont été massivement diagnostiqué·es comme « psychotiques » pour faire taire leurs revendications. Les suffragettes au début du XXe siècle, les militant·es afroaméricain·es dans les années 1950, les protestataires en URSS dans les années 19606… br /Lorsque ce ne sont pas des mouvements politiques qui sont réprimés, ce sont les individus. La psychiatrie a fondamentalement été créée pour réprimer et redresser les personnes, corps et esprits, considérées comme déviantes, non assimilables dans l'ordre capitaliste, productiviste, validiste, saniste, racial et de genre. br /En France, des milliers d'internements psychiatriques sans consentement sont ordonnés chaque jour (76 000 en 2022 soit à peut près le nombre de personnes enfermées dans les prisons en France). Des personnes invisibilisées par le système médiatique et politique. Les militant·es et survivant·es de la psychiatrie sont d'autant plus ciblé·es par cette loi depuis le Hopsy et a fortiori avec cette loi, comme en témoigne le cas récent d'un homme qui a été arrêté et interné suite à une discussion avec Chat GPT. Il y mentionnait son intention de tuer des agents du renseignement. Open AI a fait remonter l'information au FBI qui l'a transmise aux renseignements français. Il a été arrêté et hospitalisé de force sous prétexte d'antécédents psychiatriques7. De la même manière, un militant écologiste a été interné sans son consentement pour son combat en 20128. div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/releve-sur-le-net"Le Numéro Zéro /a/b/div

Droit à l'aide à mourir ou le capitalisme à son comble | Christian Lehmann

rezo.net - la sélection - mer, 2026-05-06 09:00
Dans son essai, Elisa Rojas rappelle qu'existe en France une loi sur les soins palliatifs, la loi Claeys-Leonetti. Celle-ci a été expertisée et validée, et recouvre l'immense majorité des situations, à condition que l'accès aux soins palliatifs soit réellement mis en place et assuré sur l'ensemble du territoire, pour toutes les personnes qui le nécessitent, ce qui n'est pas le cas. Elle s'interroge, et nous interroge aussi, sur la manière dont le suicide est dans ce texte présenté comme une alternative acceptable, voire à encourager. br /Alors que le suicide est considéré comme un échec global, une catastrophe pour la personne, son entourage, et la société dans son ensemble, un choix non rationnel dont on essaie de sauver ceux et celles qui l'ont tenté en les réanimant, le projet de loi en cours distingue une catégorie de gens pour qui le choix du suicide serait considéré comme un choix rationnel à organiser méticuleusement, certaines vies étant considérées comme non dignes d'être vécues. Elle pointe chez les défenseurs du texte la manière dont le dispositif proposé constituerait un engrenage médical et administratif. Si la liberté de dire stop, d'arrêter la démarche, est supposée exister, certains défenseurs du texte semblent la considérer comme un simple obstacle à contourner, un patient angoissé au dernier moment pouvant bénéficier d'un sédatif pour le calmer et pouvoir procéder plus avant. div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/releve-sur-le-net"AOC media/a/b/div

Droit à l'aide à mourir ou le capitalisme à son comble | Christian Lehmann

Rezo.net - mer, 2026-05-06 09:00
Dans son essai, Elisa Rojas rappelle qu'existe en France une loi sur les soins palliatifs, la loi Claeys-Leonetti. Celle-ci a été expertisée et validée, et recouvre l'immense majorité des situations, à condition que l'accès aux soins palliatifs soit réellement mis en place et assuré sur l'ensemble du territoire, pour toutes les personnes qui le nécessitent, ce qui n'est pas le cas. Elle s'interroge, et nous interroge aussi, sur la manière dont le suicide est dans ce texte présenté comme une alternative acceptable, voire à encourager. br /Alors que le suicide est considéré comme un échec global, une catastrophe pour la personne, son entourage, et la société dans son ensemble, un choix non rationnel dont on essaie de sauver ceux et celles qui l'ont tenté en les réanimant, le projet de loi en cours distingue une catégorie de gens pour qui le choix du suicide serait considéré comme un choix rationnel à organiser méticuleusement, certaines vies étant considérées comme non dignes d'être vécues. Elle pointe chez les défenseurs du texte la manière dont le dispositif proposé constituerait un engrenage médical et administratif. Si la liberté de dire stop, d'arrêter la démarche, est supposée exister, certains défenseurs du texte semblent la considérer comme un simple obstacle à contourner, un patient angoissé au dernier moment pouvant bénéficier d'un sédatif pour le calmer et pouvoir procéder plus avant. div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/releve-sur-le-net"AOC media/a/b/div

L'affaire du « 8 décembre » de retour devant la justice

Rezo.net - mar, 2026-05-05 11:03
L'affaire du 8 décembre est construite sur un raisonnement dangereux. Ce que l'on y apprend, en creux, c'est la manière dont est perçu un potentiel « terroriste de gauche », et avec lui les « signaux faibles » caractéristiques qui permettraient de le reconnaître. Si l'État considère comme « inquiétant » le fait chez les musulman⋅es, d'être « trop » pratiquant, à gauche, c'est la critique de l'État qui constitue un élément décisif pour caractériser le profil terroriste des inculpé·es. div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/releve-sur-le-net"La Quadrature du Net/a/b/div

Frédéric Martel, une tournée promo au secours de l'Occident

Acrimed : Action-Critique-Médias - lun, 2026-05-04 11:57
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/martel-28b73.png?1777888646' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" / div class='rss_chapo'pSur la réception médiatique du dernier « ilivre événement/i » de Frédéric Martel./p/div div class='rss_texte'p« iVoici un livre événement, une enquête monumentale sur tous ceux qui nous détestent ! Et quand je dis "nous", c'est nous, les citoyens français, les Européens, l'Occident, nos valeurs…/i » Nous sommes le 10 avril dans l'émission « Quotidien » (TMC), et Yann Barthès reçoit le nouvel héraut de l'Occident : le journaliste Frédéric Martel. Celui-ci vient de sortir un livre, iOccidents/i (Plon, 2026), qui se présente comme une « ienquête monumentale/i » composée de « iplus de 1 900 entretiens/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« Le chiffre peut paraître farfelu » écrit pudiquement Libération (2/05)." id="nh1"1/a]/span, « isur 8 ans/i », « idans 52 pays/i ». Un travail qui n'a toutefois pas empêché Frédéric Martel de tenir une émission hebdomadaire (« Soft Power ») sur France Culture durant la même période. Ou encore d'éditer les « Dits et écrits » de Jack Langspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Jack Lang : Une révolution culturelle - Dits et écrits, Bouquins, 2021." id="nh2"2/a]/span. Un véritable bourreau de travail !/p pLa thèse de Martel est audacieuse : « iCet Occident c'est au fond un fantasme/i », explique-t-il sur le plateau de « Quotidien », « ic'est quelque chose qui a été inventé par nos ennemis pour nous critiquer…/i » Yann Barthès et son équipe semblent intéressés par cette théorie et se reconnaissent spontanément dans le « inous/i » de Martel :/p blockquote class="spip" pstrong- Yann Barthès :/strong Pourquoi le -s à « Occidents », et pourquoi la boîte d'allumettes [sur la couverture] ?/p pstrong- Frédéric Martel :/strong La boîte d'allumettes parce qu'ils veulent mettre le feu, ils allument des mèches, […] c'est « Nous » face à « Eux »./p /blockquote/br div class='spip_document_16527 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/martel_quotidien.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/martel_quotidien-76a46.jpg?1777888646' width='500' height='281' alt='' //a /figure /div/br h3 class='article_intertitres'« Nous face à eux »/h3 p/br« iCe n'est pas seulement un livre, c'est une mine d'or/i », surenchérit le chroniqueur Paul Gasnier, qui n'a pas de mots assez forts pour exprimer son admiration : « iUn travail colossal/i », composé de « iportraits passionnants/i », « iune fresque qui cartographie ceux qui nous détestent/i ». Encore ce « inous/i » qui paraît naturel à tout le plateau, et ce vague sentiment de citadelle assiégée par le monde barbare « iqui nous a encerclés/i ». Gasnier poursuit : « iAu fil du temps, "Occident" est devenu le synonyme d'un autre mot, de "démocratie", et donc la haine de l'Occident est devenue la haine de la démocratie./i »/p pDémocratie contre dictature, civilisation contre barbarie, Occident contre Orient, « inous contre eux/i » : on reconnaît évidemment la filiation idéologique, depuis le concept de « despotisme oriental » jusqu'à celui de « choc des civilisations ». Espérons que « inos ennemis/i » ne franchiront pas Poitiers…/p /br h3 class='article_intertitres'« Un grand livre de droite »/h3 p/brAvec un tel programme, Frédéric Martel ne pouvait que s'attirer les faveurs de la presse réactionnaire. Sans surprise, son ouvrage (« iun pavé de plus de 600 pages/i ») est acclamé par toutes les nuances de la presse de droite. Pour iLe Point/i, il s'agit « id'un guide de survie intellectuelle pour temps sauvage/i » (1/04) ; pour iLes Échos/i, c'est une « ipassionnante nouvelle enquête du si talentueux Frédéric Martel/i » (15/04) ; iLe Figaro/i a lu une enquête « ifoisonnante et précieuse/i » (15/04). Pourtant l'auteur de ce livre, comme tient à le préciser Sébastien Le Fol dans iLe Télégramme/i (11/04), « in'est pas éditorialiste à Cnews, mais journaliste à France Culture. Il se réclame d'une gauche libérale et européenne/i ». Il est vrai qu'on aurait pu s'y tromper. « iLa détestation de l'Occident est l'une des aversions les plus répandues sur la planète/i », poursuit Le Fol, et le « ilivre édifiant/i » de Martel « inous en dévoile toute l'étendue/i ». Cette haine de l'Occident est produite « ipar les Occidentaux eux-mêmes/i », nous dit l'éditorialiste, qui voit dans cette « ipathologie/i » le « ipoison lent/i » de la « ihaine de soi/i ». Le même Sébastien Le Fol reprend la plume quelques jours plus tard pour nous revendre le même livre, cette fois dans iL'Express/i (14/04). Un entretien tout en complicité avec l'auteur qui culmine dans ces questions : « iL'Occident est selon vous devenu "le grand vilain" dans le monde entier. Pourquoi cette détestation globale ?/i » ; « iIsraël est-il la pointe avancée de l'Occident, comme l'affirme Benjamin Netanyahou ?/i »/p pDu haut de ses 600 pages et de ses « i8 ans d'enquête/i », Martel manquerait presque d'adversaires à sa mesure : il inscrit son œuvre comme une « réponse » à Edward Saïd et à « l'orientalisme » ; balaye Fanon en fustigeant sa critique de l'universalisme occidental ; s'oppose à Marx et au iMonde diplomatique/i : « iEn effet, la haine de l'Occident a été inventée essentiellement... en Occident. Les grands auteurs antioccidentaux sont européens, à commencer par Marx ; Fanon était français et Saïd parlait mieux anglais qu'arabe./i » Sur la pensée postcoloniale, Martel va plus loin encore : « iCe courant intellectuel ne pourra jamais être légitime ni pris au sérieux tant qu'il ne prendra pas en compte les dérives, et parfois les échecs, de la décolonisation./i » Et en fin d'entretien, le pompon :/p blockquote class="spip" pstrong- Sébastien Le Fol :/strong Le meilleur démenti à la détestation de l'Occident, ce sont les migrations, selon vous. Où vont les gens ? Dans les pays occidentaux encore bien souvent !/p pstrong- Frédéric Martel :/strong Observons avec bienveillance le chemin des migrants. Les peuples votent avec leurs pieds. […] L'Occident reste le principal modèle, la boussole des migrants./p /blockquote piLe Figaro/i ne pouvait pas passer à côté d'un tel ouvrage. C'est Eugénie Bastié qui se charge de la recension (15/04). Elle aussi a remarqué en Frédéric Martel un homme « ide gauche libérale/i », « iparticulièrement courageux/i » puisqu'il n'hésite pas à être d'accord avec elle, et, notamment, à dire du mal de la pensée postcoloniale : « iLa fabrique de l'ennemi occidental a servi de carburant idéologique et d'assurance-vie à des régimes autoritaires qui, de l'Algérie au Rwanda, se servent de la victimisation perpétuelle pour asseoir leur régime et exploitent sans vergogne la mauvaise conscience des Occidentaux. Avec la complicité d'intellectuels gauchistes participant à la haine de soi./i » « Victimisation », « mauvaise conscience », « intellectuels gauchistes », « haine de soi » : les items de la pensée automatique de droite sont cochés. Sur X, le journaliste Jean-Dominique Merchet ne s'y trompe pas, et commente, enthousiaste : « iMême s'il se revendique de gauche, le journaliste Frédéric Martel vient de publier un formidable livre de… droite !/i » Bastié regrette néanmoins que Martel n'assume pas plus fermement l'aspect « choc des civilisations » de son ouvrage. Et de conclure : « iUne civilisation peut mourir assassinée. Elle peut aussi mourir de ne plus savoir ce qu'elle est et d'où elle vient./i »/p /br h3 class='article_intertitres'« iLes amis de Monsieur Mélenchon/i » et le Venezuela/h3 p/brLa tournée médiatique de Frédéric Martel se poursuit et le voici invité des « Grandes Gueules » sur RMC (16/04), dans une ambiance que l'on a connu plus incisive. Dans la journée, quatre minutes de cet entretien vont être extraites par la radio pour faire un gros titre (et un article séparé) : « La révélation du jour - Frédéric Martel : "5 anciens ministres de Chávez m'ont dit qu'il avait financé, avec Maduro, des amis de Jean-Luc Mélenchon. Le parquet a été saisi pour financement illégal" ». Avec les « i8 ans d'enquête/i », les « i2 000 entretiens/i » et les « i52 pays/i », c'est l'autre emballage marketing du livre : celui-ci contiendrait des révélations sur un financement illégal « ide Mélenchon et ses amis/i » (c'est la formule que Martel emploie partout). Arrêtons-nous un instant sur le gros titre de RMC : « 5 anciens ministres de Chávez », « m'ont dit que », « des amis de Jean-Luc Mélenchon » : à un tel niveau d'imprécision, difficile d'appeler cela une information. La fin de la phrase confinerait presque à la désinformation : quand Frédéric Martel affirme que « ile parquet a été saisi pour financement illégal/i », il faut en fait comprendre qu'après avoir lu son livre, le député RN Julien Odoul a fait un courrier à la procureure de la République de Paris : « iJulien Odoul ne veut pas laisser passer/i, écrivait le iJDD/i le 3 avril, idans un courrier adressé à la procureure de la République de Paris, il évoque des éléments issus de l'ouvrage /iOccidents. Enquête sur nos ennemisi du journaliste et chercheur Frédéric Martel./i »/p pUn aspect des choses qui n'avait pas échappé au iPoint/i, qui avait dégainé dès a href="https://www.lepoint.fr/debats/de-melenchon-a-douguine-frederic-martel-devoile-les-reseaux-secrets-des-ennemis-de-loccident-K7U3GCCT2RA2PPWRCDQAX6YNJY/" class="spip_out" rel="external"le 1er avril/a : « De Mélenchon à Douguine : Frédéric Martel dévoile les réseaux secrets des ennemis de l'Occident ». Dans les « bonnes feuilles » publiées par le magazine se trouve le chapitre « L'argent du Venezuela », où l'on comprend qu'une partie des « révélations » de Martel ne sont pas si nouvelles, puisqu'elles reposent notamment sur le témoignage de l'opposant vénézuélien Rosmit Mantilla, exilé en France, et qui avait déjà formulé ses mêmes accusations contre Mélenchon (de façon tout aussi vague) dans une lettre ouverte publiée (déjà) par… iLe Point/i, a href="https://www.lepoint.fr/monde/rosmit-mantilla-monsieur-melenchon-avez-vous-une-conscience-29-01-2019-2289643_24.php" class="spip_out" rel="external"en 2019/a. Peu importe, Frédéric Martel aura compris que la presse était friande de cet aspect, qui permet de rapprocher le Hezbollah, Mélenchon, Xi Jinping, le régime algérien et Steve Bannon. Atlantico se saisit des « révélations » de Martel le 4 avril et se réjouit : « iLes emmerdes volent décidément en escadrille pour la mélenchonie qui, dans le sillage de la mort de de Quentin Deranque et des tribulations policières de Rima Hassan, devra peut-être faire face à sa propre affaire de financements libyens.../i » En réalité, comme le note a href="https://www.liberation.fr/idees-et-debats/le-cas-frederic-martel-enquete-sur-lintriguant-globe-trotter-des-idees-20260502_XJYMHIQ5KBEANJMCU4VZIDSIFA/" class="spip_out" rel="external"iLibération/i/a un mois plus tard (2/05), les accusations de Martel n'ont pas de bases matérielles : « iCette grave mise en cause, basée uniquement sur des déclarations sans s'appuyer sur des documents, interroge./i » Et le journal d'ajouter : « iSes détracteurs lui ont toujours trouvé une tendance à relier des points à la hâte pour confirmer ses thèses, à parfois préférer la légende à la réalité. Mais là, Martel voit les choses en grand : "C'est l'un des plus gros scandales de ces vingt dernières années"./i »/p pL'« enquête » de Martel intéresse jusque dans le journal confidentiel de Laurent Joffrin, LibreJournal, où l'on retrouve une autre recension particulièrement enthousiaste sous la plume de Bernard Attali (frère jumeau de). Avec ce passage édifiant : « iEn cherchant à expliquer l'Occident par les haines qu'il suscite, Martel finit par nous éclairer sur ce que nous sommes. Et ce que nous sommes, à cet instant du récit, c'est une civilisation qui, à force de s'interroger sur ses propres crimes historiques — réels, indiscutables —, a perdu le réflexe élémentaire de se défendre. L'autocritique, vertu libérale par excellence, s'est retournée contre elle-même : elle est devenue, dans certains cercles, une forme de capitulation anticipée./i » Un véritable cri du cœur que nous serions tentés de résumer ainsi : « Occident, défends-toi ! »/p /br centerstrong***/strong/center p/brPour vendre son livre, Frédéric Martel a réalisé une tournée audiovisuelle royale en avril : le 8, il est l'invité des « Matins » de France Culture (la radio qui l'emploie) ; le 10, il est l'invité de 9h30 sur BFM-TV, puis le soir sur « Quotidien » ; le 11, France Inter lui accorde une heure entière, chez Thomas Snégaroff ; le 12, il est sur Loopsider, face caméra ; le 16, il est aux « Grandes Gueules » (RMC) ; le 18, le voici sur Franceinfo ; le 25, sur CNews./p pUne telle surface médiatique donne l'occasion de dire pas mal de choses, mais, comme le veut l'exercice de la promotion, Frédéric Martel se répète souvent. Sur Loopsider, dans un format destiné aux réseaux sociaux, il fait néanmoins une déclaration qui permet de comprendre pourquoi son ouvrage a reçu un accueil si favorable : « iSi vous aimez ce livre, vous êtes de gauche. Et si vous n'aimez pas ce livre, vous êtes d'extrême gauche. Et c'est la même chose à droite./i » Avec son enquête « imonumentale/i », et comme adore le faire l'espace médiatique, Martel croit avoir redéfini « l'arc de la raison », en confondant toutes les critiques de « l'Occident » (lui-même confondu avec « la démocratie libérale »), qu'elles viennent de Poutine ou d'Algérie, du Hamas ou de Caracas, de Mélenchon ou d'Orbán. Face à tant de confusion, l'analyse critique n'était pas à l'ordre du jour – tout juste une enquête à demi-critique de a href="https://www.liberation.fr/idees-et-debats/le-cas-frederic-martel-enquete-sur-lintriguant-globe-trotter-des-idees-20260502_XJYMHIQ5KBEANJMCU4VZIDSIFA/" class="spip_out" rel="external"iLibération/i/a (2/05), qualifiant Martel de « iglobe-trotter des idées/i ». Devant un « igrand livre de droite/i », le rôle que se donne la presse dominante n'est pas d'analyser ou de décrypter ; mais de promouvoir et de prescrire./p p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« iLe chiffre peut paraître farfelu/i » écrit pudiquement a href="https://www.liberation.fr/idees-et-debats/le-cas-frederic-martel-enquete-sur-lintriguant-globe-trotter-des-idees-20260502_XJYMHIQ5KBEANJMCU4VZIDSIFA/" class="spip_out" rel="external"iLibération/i/a (2/05)./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spaniJack Lang : Une révolution culturelle - Dits et écrits/i, Bouquins, 2021./p /div/div
Catégories: Médias

La colère contre l'IA est-elle en train de dégénérer ? | Hubert Guillaud

Rezo.net - lun, 2026-05-04 08:52
La suppression des emplois est devenu l'argument de vente principal de l'IA. « Les investisseurs se soucient peu de savoir si OpenAI rend les logiciels conscients ; ils veulent voir une automatisation massive des emplois et les économies de main-d'œuvre historiques qui en découlent. Cette perspective – de déqualification, de contrôle, voire de suppression pure et simple du travail – est ce qui a conféré à l'IA sa valeur unique dès le départ. » L'automatisation du travail est le projet… « et les gens l'ont bien compris. » Et on comprend que celui qui a lancé un cocktail molotov sur la maison d'Altman soit salué comme un héros par des gens pourtant bien moins près à passer à l'action que lui ou bien plus éloignés de ses idées. div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/releve-sur-le-net"Dans les algorithmes/a/b/div

« Affiche antisémite de LFI » : matrice d'un délire

Acrimed : Action-Critique-Médias - jeu, 2026-04-30 10:41
div class='rss_chapo'pNous reproduisons un extrait de l'ouvrage de Marc Joly et Christian Savestre, iEn finir avec le déni/i, paru a href="https://anamosa.fr/livre/en-finir-avec-le-deni/" class="spip_out" rel="external"chez Anamosa/a le 16 avril 2026./p/div div class='rss_texte'/br h3 class='article_intertitres'Matrice d'un délire/h3 p/brNous prions le lecteur, la lectrice, de s'armer ici de patience. Il va en falloir pour aller au fond de cette affaire de l'« affiche antisémite de LFI ». Mais cela ne sera pas inutile : il n'est pas si courant d'assister au surgissement d'un délire collectif, à partir d'une matrice identifiable et en réponse à une nécessité vitale d'expulsion du stigmate elle-même compréhensible, à condition de se doter des bons outils. L'enquête sur ce genre de mécanisme de défense peut être perturbante, car il semble avéré par la clinique que l'organisation du transfert des affects négatifs a besoin, pour réussir, d'être alimentée par le sentiment d'un triomphe narcissique absolu sur l'objet utilisé comme dépotoir et repoussoir. Tout élément susceptible de contrarier si peu que ce soit un tel triomphe doit être repoussé, ce qui accroît l'invention délirante, jusqu'à ce que l'opération s'arrête net, du fait de ses contradictions insurmontables, pour laisser place à la conviction inébranlable d'avoir eu raison, d'avoir pris l'autre en défaut et de tenir enfin la preuve certaine, sécrétable par simple allusion, du caractère maléfique de l'ennemi haï./p p/bri11 mars 2025, vers 18 h 30 puis à 20 h 00/i. Afin de mobiliser pour une marche qui doit avoir lieu le 22 mars contre « le racisme et le fascisme » (celle-là même au cours de laquelle Frank Tapiro se convaincra d'avoir entendu chanter « À bas les juifs », ce qui participe d'un seul et même délire), La France insoumise met en ligne sur sa page Instagram deux visuels, qui représentent successivement l'animateur Cyril Hanouna et le journaliste Pascal Praud, principaux visages des médias du milliardaire catholique d'extrême droite Vincent Bolloré./p /br div class='spip_document_16518 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/matrice_1.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH292/matrice_1-7e3c4.png?1777538502' width='500' height='292' alt='' //a /figure /div p/brLes jours précédents, toute une série de visuels avaient été diffusés de la même manière dans la perspective de cette marche du 22 mars : 21 février (photo de Steve Bannon faisant un salut nazi) ; 23 février (photo d'Elon Musk exécutant également un salut nazi) ; 28 février (six visuels dénonçant l'extrême droite dans le monde, en France et ses relais médiatiques) ; 10 mars (trois visuels représentant Trump, Poutine et une colombe de la paix)./p /br div class='spip_document_16523 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/matrice2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L400xH493/matrice2-d26a7-780a7.png?1777538502' width='400' height='493' alt='' //a /figure /div centersmallL'un des six visuels diffusés par LFI a href="https://www.instagram.com/p/DGnmaRvKx_6/?img_index=1" class="spip_out" rel="external"le 28 février 2025/a./small/center p/bri11 mars 2025, 21 h 45/i. Le journaliste Jules Torres, chef de service au iJournal du dimanche/i et au iJDNews/i, mais aussi chroniqueur sur CNews et Europe 1 (autant dire qu'il est une pièce maîtresse des médias Bolloré), « tweete » un montage (sans en indiquer l'origine) qui place en vis-à-vis l'un de l'autre le visuel de LFI représentant Cyril Hanouna et une affiche du film de propagande nazi iLe Juif éternel/i./p /br div class='spip_document_16519 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/matrice_3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH282/matrice_3-b2bd9.png?1777538502' width='500' height='282' alt='' //a /figure /div p/brLe commentaire, insidieux, faussement interrogatif, se veut sobre : « À gauche, une affiche de propagande nazie pour le "Le Juif éternel" (1940), un film antisémite. À droite, une affiche de La France Insoumise visant Cyril Hanouna. Les mêmes ficelles visuelles pour désigner un ennemi. Jusqu'où iront-ils ? »/p pMettons-nous un instant à la place de la personnalité dirigeante de LFI ayant validé, entre autres, iles deux/i visuels représentant Cyril Hanouna et Pascal Praud. Pouvait-elle anticiper leur dissociation et le soupçon, qui pèserait sur l'un d'eux, d'avoir été généré à partir de mots-clés suffisamment orientés pour correspondre aux traits d'une caricature antisémite ? Devait-elle nécessairement, spontanément penser à l'iconographie antisémite nazie ? Cette personne et celle(s) en charge de concevoir lesdits visuels (et dont le tort est d'avoir utilisé pour ce faire une IA générative, Grok), même dotées d'honnêtes connaissances sur le IIIe Reich et la Deuxième Guerre mondiale, ipeuvent ne pas y avoir songé/i (ce n'est pas leur culture politique), leur impératif axiologique et pratique étant de dénoncer le rôle de la bollosphère dans la diffusion-normalisation des fantasmes de l'extrême droite./p p/bri11 mars 2025, vers 23 h 00/i. Le dessinateur Joann Sfar relaye sur ses réseaux sociaux le montage en question, et officialise, sous le coup de l'émotion, ce que le message de Jules Torres n'avait fait que suggérer :/p blockquote class="spip" pLFI puise désormais dans la pire tradition de l'imagerie antijuive pour sa communication. Pas une semaine ne passe sans que ce parti ne se vautre dans le harcèlement antijuif ou les dogwhistle antisémites. La question devient simple : Un parti antijuif a-t-il le droit d'exister dans l'espace républicain ? À ce jour quiconque refuse de voir est complice. Il existe des lois contre le racisme, l'antisémitisme et le harcèlement. Le programme LFI semble se résumer désormais au harcèlement des Français juifs. Merci d'éviter de m'écrire en commentaire qu'il s'agit d'une affiche de lutte contre l'extrême droite ou contre Hanouna. La dernière fois que ce genre d'image était sur les murs de Paris c'était sous Pétain ! LFI n'a plus rien à faire dans l'espace républicain. Ce parti est officiellement antijuif./p /blockquote pCe commentaire définitif se diffuse comme une traînée de poudre, et contribue à imposer l'idée selon laquelle LFI aurait intentionnellement « recyclé », sans contestation possible, une iconographie « antijuive » ou « typiquement antisémite », conformément à une stratégie du idog whistle/i qui consisterait à envoyer des messages apparemment anodins à une clientèle spécifique disposée à en déceler le contenu radical (en clair, ici, l'électorat musulman…). Les condamnations pleuvent ; la polémique enfle ; LFI retire le visuel incriminé./p p/bri12 mars 2025, 17 h 12, « On marche sur la tête » (Europe 1)/i. « C'est une caricature qu'ils ont faite, et une caricature qui nous ramène aux heures les plus sombres, bien entendu, et, pour moi, il n'y a aucun doute, c'est fait sciemment. Ils ont tenté le coup, comme d'habitude, […] ils font des tests, comme ça, mais sachez-le, ils ne le font pas par hasard, La France insoumise : ils savent qu'il y a une grande partie de leurs électeurs qui vont apprécier cela, ben oui », réagit Cyril Hanouna. Il ajoute que Pascal Praud est « une victime collatérale » : « Comme ils avaient fait l'affiche sur moi, où ils ont eu le temps de la travailler, qu'ils avaient fait ça depuis des jours et des jours, ils ont eu le temps de me caricaturer, et ils l'ont mise ; après, ils se sont fait taper sur les doigts sur les réseaux, donc ils se sont dit : "bon il faut sortir un autre mec, sinon on va dire qu'on est antisémites" ; ils se sont dit : "ben sortez Praud". Alors ils n'ont pas eu le temps de le caricaturer complètement, ils ont juste fait une bouche un peu bizarre […] c'est vite fait, et le pauvre Pascal s'est retrouvé sur les affiches. Donc voilà. [...] Je vous le dis : c'est vrai ». L'utilisation répétée du pronom personnel « ils » et de locutions comme « sachez-le » ou « je vous le dis » (courantes chez Hanouna) renforcent la logique de centration obsessive sur un objet dont les intentions maléfiques de longue main et la déloyauté des procédés sont pointées sans appel./p p/bri12 mars 2025, vers 20 h 30, « TPMP » (C8)/i. Avec calme, en plein triomphe narcissique, sûr de sa toute-puissance et de la malfaisance de l'objet honni, Cyril Hanouna prolonge dans son émission de C8 la même projection persécutive : « Ils ont grossi tous les traits, ils ont fait une caricature. […] Pascal Praud, il était même pas prévu dedans. [...] Aujourd'hui, on peut le dire : la LFI est clairement un parti antisémite. […] L'extrême droite, aujourd'hui, c'est l'extrême gauche ». Le transfert projectif est achevé. Le chroniqueur Gilles Verdez campe l'électeur de LFI inconséquent, veule et qu'« on ne peut pas respecter » (« on ne peut pas vous respecter », lui lance Hanouna). Tout en reconnaissant que LFI a produit une « affiche de la honte », « clairement antisémite », Verdez affirme vouloir continuer à voter pour ce parti et essuie les leçons de morale et les moqueries affligées de ses partenaires de jeu, qui ont le beau rôle. Hanouna lui fait subir sa traditionnelle séance d'humiliation publique : « Gilles Verdez, vous êtes une honte, vous êtes une honte, Gilles Verdez, vous êtes une honte, vous êtes une honte, et je le dis, et je le pense, vous êtes une honte, vous êtes une honte, Gilles Verdez, vous êtes une honte, vous savez très bien pourquoi je dis cela, vous êtes une honte, Gilles Verdez, vous êtes une honte, vous êtes une honte pour la France, vous n'aimez pas la France, vous n'aimez pas les Français, vous n'avez plus rien à faire dans ce pays, pour moi ! Quand on n'aime pas la France, on la quitte ! Excusez-moi, mais c'est vrai : quand on n'aime pas la France, on la quitte ! » Toute une vision du monde. « La prochaine étape, c'est le passage à l'acte », surenchérit le député du Rassemblement national Julien Odoul, présent sur le plateau./p p/bri14 mars 2025, 16 h 12/i. Un autre député du RN, Philippe Schreck, demande à ses équipes de tester une commande comportant le mot « juif » pour démontrer que LFI aurait bien voulu obtenir du logiciel Grok « le même résultat que celle [l'affiche] de Goebbels en 1935 ». Il rend public le « résultat » de leur « travail » sur son compte X et sur YouTube. C'est parfaitement grotesque./p p/bri14 mars 2025, vers 19 h 40, « Face à Philippe de Villiers » (CNews)/i. Le journaliste Eliot Deval introduit un nouveau chapitre, « Les affiches de la honte de LFI », de l'émission de CNews qu'il anime chaque vendredi autour de l'ex-député de Vendée Philippe de Villiers :/p blockquote class="spip" pstrongEliot Deval :/strong Autre sujet à présent Philippe de Villiers : La France insoumise a ciblé deux de nos confrères, deux de nos amis, à savoir Cyril Hanouna et Pascal Praud, à travers des affiches pour un rassemblement organisé le 22 mars prochain intitulé « Manifestations contre l'extrême droite, ses idées et ses relais ». Et ils ont été accusés – et vous voyez donc ces images – d'avoir emprunté pour représenter Cyril Hanouna des codes antisémites des années 1930. LFI a retiré ce visuel, mais n'a jamais présenté ses excuses ni exprimé le moindre regret./p /blockquote/br div class='spip_document_16520 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/matrice_4.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH231/matrice_4-d90c0.png?1777538502' width='500' height='231' alt='' //a /figure /div p/brContrairement à ce qu'on aurait pu attendre, ce ne sont pas ideux visuels/i – ceux représentant Cyril Hanouna et Pascal Praud – qui sont alors montrés aux téléspectateurs et téléspectatrices de CNews, mais, en plein écran, trois images, de gauche à droite : un portrait en noir et blanc de Cyril Hanouna, à propos iduquel aucune information n'est livrée/i ; le visuel incriminé de LFI ; une affiche du film « documentaire » iDer ewige Jude/i, réalisé en 1940 sous la supervision de Joseph Goebbels./p pPhilippe de Villiers prend ensuite la parole. Tout le temps que dure son intervention, les trois mêmes photos restent à l'écran et personne – ni lui, ni Eliot Deval, ni le journaliste Geoffroy Lejeune dont le rôle se limite à mettre en valeur le patriarche – ne fournit la moindre explication quant au choix éditorial consistant à les associer et, en particulier, quant au statut du portrait de gauche. Sa tirade a été soigneusement préparée :/p blockquote class="spip" pstrongPhilippe de Villiers :/strong Nous sommes devant en fait un antisémitisme historiquement référencé, puisque c'est le morphotype du juif éternel du film de Goebbels iLe Juif éternel/i. C'est aussi référencé avec le stéréotype du juif ploutocrate de la vieille gauche, en fait. On oublie qu'elle était profondément antisémite : Proudhon, Jaurès. C'est un antisémitisme qui est politiquement assumé. Un antisémitisme électoraliste. Un antisémitisme communautariste, pour aller chercher les voix dans les banlieues, c'est aussi simple que ça. C'est un antisémitisme qui est protégé, ignifugé, immunisé, c'est-à-dire qu'en fait la justice ne s'en occupe pas et la société médiatique le protège, c'est-à-dire on n'en parle pas. Et enfin, j'insiste là-dessus quand même, il y a des gens qui devraient être gênés : tous ceux qui ont fait l'alliance. C'est un antisémitisme d'appoint, pour les forces électorales qui ont besoin au deuxième tour des élections législatives de faire une alliance. C'est-à-dire que le camp du bien, il accepte ça ! [...] Le camp du bien contre le camp du mal, et le camp du bien, on a le droit d'être antisémite : voilà !/p /blockquote/br div class='spip_document_16521 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/matrice_5.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/matrice_5-a98dd.png?1777538502' width='500' height='281' alt='' //a /figure /div p/brPhilippe de Villiers mobilise un vocabulaire issu du bouillon idéologique de l'extrême droite – de l'idée d'hérédité et de déterminisme bio-racial suggérée par le terme « morphotype » à la dénonciation drumontienne de la « ploutocratie juive » – pour mieux l'attribuer projectivement à la gauche et briser ainsi tous les liens qui, dans son histoire, la rattachent au « camp du bien » (du combat d'un Jaurès pour l'innocence du capitaine Dreyfus à la résistance antifasciste). L'ancien député parachève ce transfert projectif en évoquant, la larme à l'oeil, le souvenir de son père, Jacques, lieutenant fait prisonnier par les Allemands en juin 1940 (internement plus présentable que la brève incarcération ultérieure de l'officier, pour cause de participation aux activités de l'OAS)span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Notons que Jacques de Villiers, maire d'un village vendéen de 1947 à 1983, a (…)" id="nh1"1/a]/span./p pMagie de la projection. Les sentiments et les visées existentielles de la partie qui projette sont vierges du passé de la collaboration et de Vichy, de toute idée de racisme, de tout soupçon de compromission historique avec le fascisme et l'antisémitisme nazi, c'est-à-dire avec « le camp du mal », puisque : le racisme, c'est les autres ; l'antisémitisme, c'est les autres ; le fascisme et le nazisme, c'est les autres ; Vichy, c'est les autres. « Les polémiques récurrentes sur les statuts d'insulteur et d'insulté : "la violence, c'est les autresspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Cédric Passard, « Introduction. Le théâtre politique de l'insulte », in C. (…)" id="nh2"2/a]/span" », que relève Cédric Passard dans le champ politique, doivent beaucoup à la systématisation par l'extrême droite et ses relais médiatiques, aux dépens de LFI, d'un mécanisme d'évacuation par projection de toutes les traces insupportables laissées par la collaboration avec le mal ultime, le nazisme hitlérien. Ce processus n'a cessé de gagner en intensité ces derniers temps et s'embarrasse de moins en moins de subtilité. « LFI, c'est la France insoumise ou la France de Vichy ? », interroge ainsi Frédéric Haziza sur Radio J, le 14 décembre 2025./p p/bri15 mars 2025/i. Jules Torres écrit dans les colonnes du iJournal du dimanche/i que « le mouvement de Jean-Luc Mélenchon s'enferre au mieux dans le déni, au pire dans la victimisation »./p p/bri16 mars 2025, 10 h 07, « Le Grand rendez-vous » (CNews)/i. La machine CNews élève d'un cran son activité de projection persécutive centrée sur LFI en soumettant à la question le coordinateur de celle-ci, Manuel Bompard./p /br div class='spip_document_16522 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/matrice_6.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/matrice_6-b2bdd.png?1777538502' width='500' height='281' alt='' //a /figure /div p/brLe même dispositif de visuels est utilisé. Il faut que le coordinateur de LFI reconnaisse publiquement la perception que lui prête comme si cela n'était pas discutable l'éditorialiste Mathieu Bock-Côté :/p blockquote class="spip" pstrong- Pierre de Vilno :/strong Vous allez voir à l'écran trois visuels, celui d'une photo de Cyril Hanouna non modifiée, votre affiche qui représente donc le visage de Cyril Hanouna modifié sur un fond noir et une affiche nazie des années 1930. Ma première question Manuel Bompard, c'est : qui a eu l'idée de fabriquer un tel visuel ?/p pstrong- Mathieu Bock-Côté :/strong Vous voyez cette affiche quand elle sort, avant de la diffuser, vous, je ne doute pas un seul instant que vous avez une culture historique. Vous voyez cette image avant qu'elle soit diffusée, vous vous dites : « mais bon Dieu, c'est le juif Süss ! », c'est une représentation nazie, je dis, vous vous rendez compte que l'intelligence artificielle a généré une image qui marque une proximité nette avec l'imaginaire nazi, ça vous le constatez avant de la diffuser ?/p pstrong- Manuel Bompard :/strong Quand je le constate, c'est au moment où ces différents visuels sont mis en comparaison […]./p pstrong- P de V :/strong Je parle des deux premières, les deux premières. Vous voyez bien que, là, c'est un portrait de Cyril Hanouna que vous pouvez retrouver sur Internet, qui n'est pas retouché…/p pstrong- M B :/strong Mais elle n'a pas été retouchée. Cessez de dire des choses qui sont inexactes !/p pstrong- P de V :/strong Mais vous venez de me dire qu'elle a été retouchée par l'intelligence artificielle…/p pstrong- M B :/strong Mais non elle n'a pas été retouchée, elle a été produite par de l'intelligence artificielle. Ça n'a aucun rapport : il n'y a pas de volonté de modifier volontairement des traits du visage./p pstrong- P de V :/strong Philippe Schreck qui a fait la manip sur Grok a dit que pour faire cette affiche il fallait utiliser le mot « juif » !/p /blockquote pOn remarquera que Manuel Bompard se garde d'évoquer le « portrait » non « retouché » d'Hanouna, malgré l'insistance de Vilno : sans doute a-t-il senti le piège dans lequel il s'agissait de l'entraîner en le faisant jouer au jeu scabreux des comparaisons (ce portrait pouvant précisément faire penser à… l'affiche de iDer ewige Jude/i, « documentaire » prisé aujourd'hui encore par des militants néonazis qui ne manqueraient pas de sortir de l'ombre si jamais l'extrême droite, la vraie, devait arriver au pouvoir)./p pEn bref, il y a ce que la simple logique (une logique psychosociale élémentaire) permet d'avancer : la jonction entre un réflexe sociocentrique (perception judéocentrée déterminée par une échelle particulière de référence, en la circonstance la mémoire traumatique de la Shoah) et une stratégie d'expulsion projective du stigmate d'antisémitisme mise en œuvre par l'extrême droite sur le dos de la gauche a contribué à ce qu'un montage qui, en d'autres temps, serait passé inaperçu ou aurait unanimement semblé grotesque ou pervers (voire antisémite en lui-même) soit reçu de manière absolument indiscutable comme la preuve des intentions évidemment « antisémites » d'un parti de gauche appelant à combattre l'extrême droite. Et il y a ce que l'enquête (une enquête elle-même élémentaire) a pu dans un second temps confirmer. Par l'entremise d'un ami, l'un d'entre nous a eu la possibilité de s'entretenir le 12 février 2026, à l'Assemblée nationale, avec une personnalité dirigeante de LFI. Nous pouvons certifier que le même prompt a été utilisé pour générer les visuels d'Hanouna et de Praud (du genre « Hanouna/Praud, visage méchant, agressif »)span class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Nous ne citons pas ce prompt précisément pour des raisons judiciaires." id="nh3"3/a]/span. Il va de soi que ledit prompt ne fait aucune référence aux origines juives d'Hanouna. Il a été décidé, à LFI, de ne plus produire de visuels représentant des visages de personnalités./p p/brstrongMarc Joly et Christian Savestre, iEn finir avec le déni/i, Anamosa, 2026, p. 45-56./strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanNotons que Jacques de Villiers, maire d'un village vendéen de 1947 à 1983, a fait mettre en berne le drapeau de sa mairie à la mort de Pétain, en juillet 1951. Voir Yves Hello, iVichy, collaboration, épuration en Vendée/i, La Crèche, Geste, 2015./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanCédric Passard, « Introduction. Le théâtre politique de l'insulte », iin/i C. Passard (dir.), iLes Usages politiques de l'insulte/i, Paris, Classiques Garnier, 2024, p. 18./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanNous ne citons pas ce prompt précisément pour des raisons judiciaires./p /div/div
Catégories: Médias

Femmes, travail et mort subite : « Sur la santé au travail des femmes, il y a une cécité qu'il faut lever »

rezo.net - la sélection - mer, 2026-04-29 22:54
En France, aujourd'hui, le taux d'emploi des femmes est très élevé : 80 % des femmes de 25 à 49 ans sont actives. Mais, si plus personne ne conteste le droit au travail pour les femmes, leur place est tolérée à condition que la prise en charge des enfants et de la vie domestique qui leur incombe traditionnellement et socialement soit assurée et invisible. Pour une femme, travailler ne change rien dans la répartition des responsabilités familiales. br /L'organisation du travail ne prend pas en compte la charge temporelle et mentale des impondérables familiaux, qui incombe systématiquement aux femmes. Les aléas du travail « reproductif » – maladies des enfants, vacances, activités extrascolaires, réunions avec les professeurs, etc. – entrent fréquemment en conflit avec les contraintes d'un emploi. Les absences qui en découlent, tout comme les congés maternité, relèvent de « l'absentéisme féminin ». br /Tandis que, pour les hommes, les valeurs guerrières véhiculées par l'organisation du travail s'inscrivent dans la droite ligne de leur identité de genre, les femmes doivent tenir la contradiction entre d'un côté, le désir affirmé de travailler et, de l'autre, la nécessité de continuer à assumer la sphère familiale. Et ce, sans se plaindre des tensions que provoque leur activité professionnelle au sein de la famille ni de celles que provoque la charge mentale familiale dans leur travail. Qu'elles se débrouillent ! div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/basta"Basta !/a/b/div

Femmes, travail et mort subite : « Sur la santé au travail des femmes, il y a une cécité qu'il faut lever »

Rezo.net - mer, 2026-04-29 22:54
En France, aujourd'hui, le taux d'emploi des femmes est très élevé : 80 % des femmes de 25 à 49 ans sont actives. Mais, si plus personne ne conteste le droit au travail pour les femmes, leur place est tolérée à condition que la prise en charge des enfants et de la vie domestique qui leur incombe traditionnellement et socialement soit assurée et invisible. Pour une femme, travailler ne change rien dans la répartition des responsabilités familiales. br /L'organisation du travail ne prend pas en compte la charge temporelle et mentale des impondérables familiaux, qui incombe systématiquement aux femmes. Les aléas du travail « reproductif » – maladies des enfants, vacances, activités extrascolaires, réunions avec les professeurs, etc. – entrent fréquemment en conflit avec les contraintes d'un emploi. Les absences qui en découlent, tout comme les congés maternité, relèvent de « l'absentéisme féminin ». br /Tandis que, pour les hommes, les valeurs guerrières véhiculées par l'organisation du travail s'inscrivent dans la droite ligne de leur identité de genre, les femmes doivent tenir la contradiction entre d'un côté, le désir affirmé de travailler et, de l'autre, la nécessité de continuer à assumer la sphère familiale. Et ce, sans se plaindre des tensions que provoque leur activité professionnelle au sein de la famille ni de celles que provoque la charge mentale familiale dans leur travail. Qu'elles se débrouillent ! div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/basta"Basta !/a/b/div

« J'ai constaté que les myrtilles de Tchernobyl étaient proches de mon petit-déjeuner »

rezo.net - la sélection - dim, 2026-04-26 18:46
Il n'y a pas grand-chose de nouveau dans les conflits nucléarisés d'aujourd'hui, ni dans la renaissance nucléaire civile, si ce n'est l'intensification des politiques nationalistes et xénophobes qui instrumentalisent l'énergie nucléaire à des fins politiques, davantage qu'économiques. L'énergie nucléaire est 3 à 5 fois plus chère que l'énergie solaire et éolienne au kW/h. Il faut des décennies pour construire une centrale nucléaire, contre quelques semaines ou quelques mois pour installer des panneaux solaires ou des éoliennes. Ces temporalités constituent une différence critique, quand on pense à l'urgence climatique. br /On a vu avec la guerre en Ukraine la vulnérabilité des installations nucléaires, qui, une fois prises par l'ennemi, peuvent être transformées en gigantesques bombes polluantes. Nous avons vu en Iran, et avant cela en Irak, comme il est facile de confondre des installations nucléaires civiles et militaires pour justifier des offensives. Pendant la guerre froide, les forces conservatrices ont adopté le nucléaire comme une promesse de puissance économique, politique et militaire. C'est toujours le cas aujourd'hui, de manière assez irrationnelle, car quiconque se soucie de souveraineté et de résilience économique comprend que les renouvelables sont moins chères, plus sûres, plus propres et plus rapides à déployer. div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/reporterre"Reporterre/a/b/div

« J'ai constaté que les myrtilles de Tchernobyl étaient proches de mon petit-déjeuner »

Rezo.net - dim, 2026-04-26 18:46
Il n'y a pas grand-chose de nouveau dans les conflits nucléarisés d'aujourd'hui, ni dans la renaissance nucléaire civile, si ce n'est l'intensification des politiques nationalistes et xénophobes qui instrumentalisent l'énergie nucléaire à des fins politiques, davantage qu'économiques. L'énergie nucléaire est 3 à 5 fois plus chère que l'énergie solaire et éolienne au kW/h. Il faut des décennies pour construire une centrale nucléaire, contre quelques semaines ou quelques mois pour installer des panneaux solaires ou des éoliennes. Ces temporalités constituent une différence critique, quand on pense à l'urgence climatique. br /On a vu avec la guerre en Ukraine la vulnérabilité des installations nucléaires, qui, une fois prises par l'ennemi, peuvent être transformées en gigantesques bombes polluantes. Nous avons vu en Iran, et avant cela en Irak, comme il est facile de confondre des installations nucléaires civiles et militaires pour justifier des offensives. Pendant la guerre froide, les forces conservatrices ont adopté le nucléaire comme une promesse de puissance économique, politique et militaire. C'est toujours le cas aujourd'hui, de manière assez irrationnelle, car quiconque se soucie de souveraineté et de résilience économique comprend que les renouvelables sont moins chères, plus sûres, plus propres et plus rapides à déployer. div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/reporterre"Reporterre/a/b/div

« Gens du voyage » n'est pas une race. Anatomie d'un alibi | William Acker

rezo.net - la sélection - ven, 2026-04-24 08:17
Et pour l'apprécier il existe un moyen de mesurer l'effet particulier de cette dénomination administrative de "gens du voyage", simplement en se demandant qui peut y entrer et qui peut en sortir. Visiblement ignorante sur le sujet, à l'audience, l'avocate de Barbara Lefebvre a tenté le tour de passe-passe, en soutenant que si sa cliente choisissait demain de vivre en caravane, elle deviendrait, elle aussi, « gens du voyage ». C'est factuellement faux. Barbara Lefebvre ne serait jamais orientée vers une aire d'accueil. Pour elle, une caravane n'est pas et ne sera jamais un « habitat traditionnel » qui est celui dont on hérite. Elle disposerait des campings publics et privés, des terrains de loisir, de tous les espaces conçus pour accueillir les résidences mobiles non habitées par des "gens du voyage". Inversement, un Voyageur qui cesse de voyager et s'installe sur un terrain dont il est propriétaire ne sort jamais totalement de la catégorie, il devient dans les documents administratifs un « gens du voyage sédentaire ». Une formule oxymorique qui achève de révéler le caractère héréditaire informel du dispositif. La catégorie administrative n'est pas un statut qu'on endosse en adoptant un mode de vie mais une assignation qui suit les personnes et leurs familles depuis 1912, quel que soit leur mode de vie effectif. C'est un héritage duquel on ne peut consentir ni se soustraire. div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/releve-sur-le-net"Relevé sur le Net.../a/b/div

« Gens du voyage » n'est pas une race. Anatomie d'un alibi | William Acker

Rezo.net - ven, 2026-04-24 08:17
Et pour l'apprécier il existe un moyen de mesurer l'effet particulier de cette dénomination administrative de "gens du voyage", simplement en se demandant qui peut y entrer et qui peut en sortir. Visiblement ignorante sur le sujet, à l'audience, l'avocate de Barbara Lefebvre a tenté le tour de passe-passe, en soutenant que si sa cliente choisissait demain de vivre en caravane, elle deviendrait, elle aussi, « gens du voyage ». C'est factuellement faux. Barbara Lefebvre ne serait jamais orientée vers une aire d'accueil. Pour elle, une caravane n'est pas et ne sera jamais un « habitat traditionnel » qui est celui dont on hérite. Elle disposerait des campings publics et privés, des terrains de loisir, de tous les espaces conçus pour accueillir les résidences mobiles non habitées par des "gens du voyage". Inversement, un Voyageur qui cesse de voyager et s'installe sur un terrain dont il est propriétaire ne sort jamais totalement de la catégorie, il devient dans les documents administratifs un « gens du voyage sédentaire ». Une formule oxymorique qui achève de révéler le caractère héréditaire informel du dispositif. La catégorie administrative n'est pas un statut qu'on endosse en adoptant un mode de vie mais une assignation qui suit les personnes et leurs familles depuis 1912, quel que soit leur mode de vie effectif. C'est un héritage duquel on ne peut consentir ni se soustraire. div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/releve-sur-le-net"Relevé sur le Net.../a/b/div

Les fruits et les fleurs de la concentration éditoriale

Acrimed : Action-Critique-Médias - jeu, 2026-04-23 12:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH81/trahison-21fb7.jpg?1776938452' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt="" / div class='rss_chapo'pNous reproduisons un extrait actualisé et complété de iLa Trahison des éditeurs/i (Thierry Discepolo, Agone, 2023), paru il y a quelques jours a href="https://agone.org/les-fruits-et-les-fleurs-de-la-concentration-editoriale/" class="spip_out" rel="external"sur le site d'Agone/a./p/div div class='rss_texte'pLe 15 avril, Olivier Nora, PDG des éditions Grasset, propriété de Vincent Bolloré, a été limogé. Cette décision a provoqué la prise de conscience d'une centaine d'auteurs : leurs idées et leurs œuvres sont, depuis trois ans, la propriété de Vincent Bolloré. Et donc au service de son idéologie. Un pas de plus doit être fait : cette situation est une conséquence prévisible de la concentration qui, en France, fait d'un quarteron de patrons les maîtres de l'édition française./p pEn 2007, iLe Figaro/i offrait une série estivale sur les « grands éditeurs ». Ouverte avec Claude Durand (1938-2025), la définition qu'il y donnait de lui-même donnait en même temps une définition de son engeance : « Je suis un mercenaire, quelqu'un qui se vend mais qui est libre. » La série comptait aussi Olivier Nora./p pChez Hachette, Olivier Nora est ce qu'on doit appeler un « éditeur maison », pas seulement parce que son père, Simon Nora, fut directeur du groupe à la fin des années 1970. Après avoir fait ses classes au Bureau du livre français à New York au début des années 1990, Olivier Nora est nommé, en 1996, directeur général de Calmann-Lévy (propriété d'Hachette à 84 %), avant de recevoir la direction de Grasset en 2000, qui ne lui est pas reprise lorsqu'il succède à Claude Durand, deux ans après, à la direction de Fayard – où il est resté jusqu'en novembre 2013, quand il cède la place à Sophie de Closets, qui y restera jusqu'à sa nomination à la tête de Flammarion en juillet 2022. (Ce genre de ballet est emblématique de la population de PDG qu'emploient indifféremment les quatre principaux groupes éditoriaux français.)/p pQuand on lui demande quel est, selon lui, l'« âge d'or de la maison Grasset », le bon élève Olivier Nora mentionne la période 1910-1930, « particulièrement fertile », puis la « grande aventure de la littérature féminine à partir de la fin des années 1950 ». Il est vrai que, entre les deux moments de grâce, Grasset porte, sur son seul nom, une part notoire de la collaboration des éditions françaises avec l'occupant nazi. N'empêche, comme dit Olivier Nora, son fondateur, « Bernard Grasset, était un pur génie de l'éditionspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« Olivier Nora, le diplomate », Le Figaro, 27 juillet 2007 – sauf indication (…)" id="nh1"1/a]/span ». On a de ces pudeurs dans le monde des lettres françaises…/p pAprès une évocation du « caractère », du « passé » et de la « culture » des éditions Grasset, Olivier Nora précise sa vision d'une maison « forgée par son comité de lecture, où les écrivains sont majoritaires, [… et que les] auteurs se sont appropriée au point de souhaiter voir la rejoindre les écrivains qu'ils estiment » ; une maison où l'on prend « la chose littéraire au sérieux, [et dont l']héritage suinte des murs ». Etc. Etc./p pUne fois placée la légende, Olivier Nora retrouve ses marques. Car Bernard Grasset ne fut pas seulement condamné à la dégradation nationale à vie et à la confiscation de ses biens pour faits de collaboration. Ce « génie de l'édition » a plus innové dans la manière de faire parler des livres que dans la manière de les faire : metteur en scène de la « littérature » comme fétiche et de l'« auteur » comme produit, grand acteur dans le cirque du « vient de paraître », Grasset donna aux campagnes de presse et publicitaires une ampleur jusque-là inconnue. Innovant dans les opérations de communication, voire de harcèlement, ce « génie de l'édition » associe scandales, fausses annonces, faux chiffres de vente, etc. Pour ce Grasset-là, « tout s'achète : auteur, critique, public »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Roger Chartier et Henri-Jean Martin (dir.), Histoire de l'édition française. (…)" id="nh2"2/a]/span. Quand un journaliste rappelle, discrètement, à Olivier Nora ces temps (révolus) où, pour le dire franchement, « tous les moyens étaient bons » pour promouvoir les auteurs et qu'il lui demande : « Y a-t-il des méthodes que vous vous interdisez ? », sans tergiverser, l'« éditeur maison » déclare : « Je m'inscris totalement dans la filiation Grasset. Je pense que notre devoir quotidien, c'est de faire en sorte que nos auteurs soient lus par le maximum de lecteurs. »/p pLes gardiens de la plus pure tradition de la littérature française peuvent retourner à leurs chères bibliothèques. Sont assurées pour mille ans la qualité et la fidélité rendues par la maison qui a charge des œuvres, entre autres penseurs et écrivaines éternelles au service de l'humanité souffrante, de Bernard-Henri Lévy, Jean-Paul Enthoven et Pascal Bruckner, de Caroline Fourest, Frédéric Beigbeder et Michel Onfray, d'Alain Minc, Yann Moix et Patrick Poivre d'Arvor, d'Anne Sinclair, Laurent Joffrin, Claire Chazal et Laure Adler entre autres Arnaud Montebourg et Manuel Valls./p pAutant, avec Claude Durand, la légende poudrée des lettres françaises était à son aise. On y sentait même ce parfum de cire, d'ascension façon IIIe République et de vieux papiers indissociable des amitiés et des traîtrises littéraires. Autant, avec Olivier Nora, on le voit bien, c'est autre chose. Certains aspects rappellent le style décomplexé d'Arnaud Lagardère. Un effet de génération, sans doute. Mais aussi le côté héritier. Un autre héritage, bien sûr. Une version moins tapageuse. Apprécions à sa juste mesure le portrait ingénu qu'on fait d'Olivier Nora dans iLe Monde/i : « Grand, courtois, "le bel Olivier" qui séduisait tant les Américaines dégage une élégance aristocratique. […] Quand Valéry Giscard d'Estaing se déplace chez Grasset, […] il se rend aussi chez son petit cousin. Par sa mère, née Georges-Picot, Olivier Nora descend, comme l'ex-président de la République, de Louis XV. […] La politique, les débats d'idées, mais aussi le cinéma : à "Noraland", la propriété de famille des Yvelines où il aime à se retirer le week-end pour y lire ses manuscrits, crayon en main, on peut croiser ses amis d'enfance, des éditeurs, des auteurs, mais aussi les acteurs Sophie Duez ou Jean Reno. » Et comme Arnaud, le sport : Olivier jouerait au golf, lors de ses vacances aux États-Unis, avec l'ancien vainqueur de Roland-Garros Ivan Lendlspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Alain Beuve-Méry, « Olivier Nora, héritier des lettres », Le Monde, 10 avril (…)" id="nh3"3/a]/span./p pPar d'autres aspects, le « jeune commandeur des lettres » peut se prévaloir de ce qui se fait de mieux en matière de pedigree « aristocratie républicaine française » : fils du résistant Simon Nora (conseiller de Pierre Mendès France puis de Jacques Chaban-Delmas), il fut éduqué au lycée Henri-IV et à Normale-Sup. Une formation couvée par deux oncles : d'abord Pierre Nora, l'historien, académicien, directeur de collection chez Gallimard et de la revue iLe Débat/i – avec celui-ci, l'éditeur « entretient une connivence intellectuelle plus qu'une complicité humaine » ; ensuite François Furet, l'auteur de iPenser la Révolution française/i et « âme de la défunte Fondation Saint-Simon, [qui] a politiquement marqué l'éditeur »span class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Entre think tank à l'américaine et club de réflexion à la française, créée (…)" id="nh4"4/a]/span./p pOlivier Nora n'est pas seulement bien né. Il a aussi su garder des relations de jeunesse, comme Denis Olivennes. Ce dernier a l'avantage, pour un éditeur, d'avoir été patron de la Fnac puis du iNouvel Observateur/i, et PDG d'Editis depuis 2023. En novembre 2010, les deux vieux amis se sont encore rapprochés. Denis Olivennes a été lui aussi recueilli par le groupe Lagardère : placé à la tête d'Europe 1, du iJournal du dimanche/i et de iParis Match/i. Ensemble, les deux compères se seraient bâti « un réseau relationnel au Siècle, où Olivier Nora est parmi les siens, comme un poisson dans l'eau ». Les « siens », c'est-à-dire quelques centaines de membres qui composent l'élite du pouvoir en France, dont les dîners mensuels du Siècle huilent la socialisationspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire François Denord et Paul Lagneau-Ymonet, Le Concert des puissants, (…)" id="nh5"5/a]/span. Aux côtés de quelques confrères comme Claude Cherki (ex-Seuil), Odile Jacob, Teresa Cremisi (ex-Flammarion) ou Denis Jeambar (journaliste itinérant et PDG par intérim du Seuil), Olivier Nora pouvait surtout croiser au Siècle d'anciens ministres et personnalités politiques plus ou moins en activité ; de plus ou moins grands patrons et PDG ; toutes sortes de gens utiles à tout, comme Jacques Attali ou Alain Minc ; et bien sûr le meilleur du journalisme, ceux dont il est vain de citer les nomsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire François Denord, Paul Lagneau-Ymonet et Sylvain Thine, « Aux dîners du (…)" id="nh6"6/a]/span./p pSi jamais il y en a eu, tout danger de dissidence dans les maisons d'édition cornaquées par Olivier Nora est écarté. Ce qui est rassurant. Car à l'aube des années 2020, la conjugaison d'une concentration éditoriale galopante et d'une malheureuse transmission d'héritage entre Jean-Luc et Arnaud Lagardère livrait la maison Hachette aux mains de Vincent Bolloré. En mars 2021, un désaccord entre le milliardaire breton et Arnaud Nourry, le PDG du groupe, débouche sur son licenciement. Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus./p pUn an plus tard, un tollé accompagne l'accueil par Vincent Bolloré de Rubempré, maison fondée par Éric Zemmour pour lancer sa campagne avec son dernier livre, iLa France n'a pas dit son dernier mot/i. Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus./p pLa même année, Sophie de Closets quitte la présidence de Fayard. Éditrice peu remarquée de Philippe de Villiers et de son frère, Pierre, ancien chef d'état-major des armées, elle semblait pourtant prête à tenir la ligne du nouveau propriétaire. Mais elle aurait subi, de la part de Nicolas Sarkozy, ami d'Arnaud Lagardère et membre du conseil d'administration du groupe, des tentatives d'intimidations. De même qu'Olivier Nora, mais qui ne bouge pas, ses auteurs non plus./p pEn 2025, l'insolent succès des livres de Jordan Bardella, de Philippe de Villiers et de Nicolas Sarkozy parus chez Fayard scandalise les âmes sensibles. Olivier Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus./p pLe recrutement par Hachette de Boualem Sansal, qui fait la une des médias, s'accompagne d'une ingénue découverte de l'ampleur de son engagement à l'extrême droite, pourtant au cœur de son œuvre maquillée en littérature chez Gallimard depuis vingt ansspan class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Sur la réalité des prises de position de Boualem Sansal, lire Faris Lounis, (…)" id="nh7"7/a]/span. Le patron de Grasset explique au iMonde/i : « Je ne connais aucun confrère qui n'aurait accueilli Boualem avec reconnaissancespan class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Cité par Nicole Vulser, « Le limogeage d'Olivier Nora à la tête de Grasset (…)" id="nh8"8/a]/span. » (Nous devrions pouvoir présenter sans difficultés à Olivier Nora plusieurs confrères qui n'auraient jamais accueilli « Boualem ».) Le nouvel académicien est mis en scène comme une rock star lors des 200 ans d'Hachette au Palais Brongniart, à Paris ; et le 12 avril 2026, il affole ses anciens alliés en s'abouchant avec le baron du Puy-du-Fou en une du iJournal du dimanche/i. Olivier Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus./p pLe soir du 15 avril où leur charismatique éditeur était viré, une centaine d'auteurs signe une lettre ouverte où ils refusent – avec au moins trois ans de retard –, que « nos idées et notre travail soient la propriété de Vincent Bolloré ». Toutes ces années, « par son élégance morale, sa disponibilité et son engagement », le corps d'Olivier Nora avait été « le rempart et le ciment » de leur maison (d'édition)span class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="« Grasset : l'intégralité de la lettre de départ et la liste des auteurs (…)" id="nh9"9/a]/span. La puissance de certaines illusions collectives n'est plus à démontrer. Ainsi toutes et tous ont-ils dû attendre qu'il leur prenne la main pour qu'ils prennent la porte./p pLe différend qui a provoqué le limogeage du grand éditeur fait l'objet de spéculations. Selon certains, on aurait imposé à Olivier Nora la date de publication du récit tant attendu de la détention de Boualem Sansal. Le premier proposait octobre et le second voulait juin. Intrusion inacceptable pour l'éditeur : « La question de la parution d'un livre relève de l'éditeur et pas de l'auteurspan class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="Ibid." id="nh10"10/a]/span. » (Est-ce bien sérieux ?)/p pSelon d'autres, Olivier Nora aurait refusé d'éditer le récit de voyage d'un certain Nicolas Diat, éditeur maison chez Hachette de Philippe de Villiers, de Jordan Bardella et coauteur du très réactionnaire cardinal Robert Sarah, iRome, objet d'amour/i, refourgué par Fayard./p pLe a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins/olivier-nora-vire-par-bollore-le-monde-de-l-edition-est-il-en-train-de-basculer-3932678" class="spip_out" rel="external"16 avril sur France Culture/a, un chœur de pleureuses vertueuses donnait, en hommage à Olivier Nora, une homélie sur les malheurs, non seulement de l'édition française, mais aussi « de notre démocratie et [de] la liberté de l'esprit qui est un élément de notre civilisation » – rien de moins ! Entre autres qualités dont a été paré l'éditeur licencié, celle d'avoir su « réunir des gens qui ne sont absolument pas d'accord entre eux, qui font tout l'échiquier politique ». Olivier Nora a-t-il perdu ses talents diplomatiques ? ou la place accordée chez Grasset aux auteurs réactionnaires était-elle déjà saturée ?/p pEn attendant d'en savoir plus, une question persiste : malgré toutes les raisons dont une seule aurait suffi à n'importe qui pour partir la tête haute, pourquoi Olivier Nora a-t-il si longtemps attendu que son patron le pousse dehors ?/p /br h3 class='article_intertitres'Post-scriptum/h3 p/brDans le a href="https://www.lejdd.fr/culture/exclusif-affaire-grasset-la-reponse-de-vincent-bollore-171828" class="spip_out" rel="external"iJDD/i du 19 avril/a, la réaction de Vincent Bolloré à la campagne médiatique autour du licenciement d'Olivier Nora donne une réponse à notre question, avec quelques éléments qui laissent penser que les raisons ont moins à voir avec une divergence idéologique qu'une décision économique : alors qu'entre 2024 et 2025 la rémunération annuelle du PDG de Grasset serait passée de 0,83 à 1,017 millions d'euros, le résultat opérationnel de sa marque aurait chuté de 1,2 à 0,6 millions d'euros. Ce ne serait pas la première fois que le PDG d'une marque de groupe éditorial maquille en grande cause son licenciement pour incompétence : ainsi, Hugues Jallon, recruté en 2018 à la tête du Seuil comme caution de gauche par le nouveau patron de Média-Participations, qui l'aurait viré six ans plus tard parce qu'il était… de gauche — en fait pour le remplacer par une employée plus rentable./p pAutrement dit, le pluralisme politique est requis (sinon toléré) s'il est compatible avec la rentabilité. Que baisse le profit et la bataille culturelle se durcit. On ne pouvait trouver affaire plus révélatrice de l'alliance entre fascisme et grand capital. Une alliance dont tous les autres groupes ne sont qu'une version maquillée : une seule alternative, l'édition indépendante./p p/brstrongThierry Discepolo/strongbr class='autobr' / Version actualisée et complétée d'un extrait de a href="https://agone.org/livre/la-trahison-des-editeurs/" class="spip_out" rel="external"iLa Trahison des éditeurs/i/a (2011, 2017, 2023)./p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« Olivier Nora, le diplomate », iLe Figaro/i, 27 juillet 2007 – sauf indication contraire, les citations qui suivent en sont extraites./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanRoger Chartier et Henri-Jean Martin (dir.), iHistoire de l'édition française. Le livre concurrencé (1900-1950)/i, Fayard-Cercle de la librairie, (1986) 1991, p. 142, 207-208./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanAlain Beuve-Méry, « Olivier Nora, héritier des lettres », iLe Monde/i, 10 avril 2009 – les citations des deux paragraphes suivants en sont extraites./p /divdiv id="nb4" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanEntre think tank à l'américaine et club de réflexion à la française, créée dans le but de faire se rencontrer les mondes de l'entreprise et de l'université en dépassant les oppositions droite-gauche, la Fondation Saint-Simon est impulsée en décembre 1982 par les historiens François Furet, Emmanuel Le Roy Ladurie, Pierre Nora et Pierre Rosanvallon, le technocrate Simon Nora, l'affairiste Alain Minc et le patron de Saint-Gobain Roger Fauroux. (Lire Vincent Laurent, « a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1998/09/LAURENT/4054" class="spip_out" rel="external"Les architectes du social-libéralisme. Enquête sur la Fondation Saint-Simon/a », iLe Monde diplomatique/i, septembre 1998.)/p /divdiv id="nb5" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanLire François Denord et Paul Lagneau-Ymonet, iLe Concert des puissants/i, Raisons d'agir, 2016./p /divdiv id="nb6" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanLire François Denord, Paul Lagneau-Ymonet et Sylvain Thine, « a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2011/02/DENORD/20132" class="spip_out" rel="external"Aux dîners du Siècle, l'élite du pouvoir se restaure/a », iLe Monde diplomatique/i, février 2011./p /divdiv id="nb7" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanSur la réalité des prises de position de Boualem Sansal, lire Faris Lounis, « a href="https://agone.org/un-cadavre-de-la-colonisation-immortalise-par-lacademie-francaise/" class="spip_out" rel="external"Un cadavre de la colonisation immortalisé par l'Académie française/a », Antichambre, 17 avril 2026./p /divdiv id="nb8" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanCité par Nicole Vulser, « a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/15/le-limogeage-d-olivier-nora-a-la-tete-de-grasset-confirme-la-reprise-en-main-de-l-edition-par-vincent-bollore_6680200_3234.html" class="spip_out" rel="external"Le limogeage d'Olivier Nora à la tête de Grasset confirme la reprise en main de l'édition par Vincent Bolloré/a », iLe Monde/i, 15 avril 2026./p /divdiv id="nb9" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /span« a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/16/grasset-l-integralite-de-la-lettre-de-depart-et-la-liste-des-115-auteurs-signataires-qui-quittent-la-maison-d-edition_6680470_3234.html" class="spip_out" rel="external"Grasset : l'intégralité de la lettre de départ et la liste des auteurs signataires qui quittent la maison d'édition/a », iLe Monde/i, 16 avril 2026./p /divdiv id="nb10" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spaniIbid./i/p /div/div
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Quand la guerre au Proche-Orient est racontée dans la langue de ceux qui la mènent

Acrimed : Action-Critique-Médias - mer, 2026-04-22 09:36
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/langageguerre-0f127.png?1776843411' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" / div class='rss_chapo'pNous publions, sous forme de tribune, un texte du politiste franco-libanais Ziad Majed. Il est l'auteur, notamment, de l'ouvrage iLe Proche-Orient, miroir du monde/i (a href="https://www.editionsladecouverte.fr/le_proche_orient_miroir_du_monde-9782348089732" class="spip_out" rel="external"La Découverte, 2025/a)./p/div div class='rss_texte'pDepuis le 7 octobre 2023, une part importante de la couverture médiatique audiovisuelle française de la guerre israélienne à Gaza, puis de la guerre au Liban, a révélé une incapacité à informer avec justesse, et une crise plus profonde des catégories à travers lesquelles le Proche-Orient est rendu intelligible./p pCe qui s'est imposé dans une majorité de chaînes de télévision n'est donc pas seulement un biais politique rédactionnel, une asymétrie compassionnelle ou une hiérarchie des urgences. C'est une véritable reconfiguration du regard. Le récit israélien de la guerre et sa terminologie militaire ont été adoptés, puis se sont progressivement soustraits à l'histoire, aux sciences sociales et au droit international./p pDès lors, les sociétés visées par les « opérations israéliennes » ont cessé d'apparaître comme des mondes habités, traversés par des rapports sociaux, des mémoires, des institutions, des aspirations, ainsi que par des expériences individuelles et collectives. Elles sont devenues des espaces d'interventions « chirurgicales », des terrains de manœuvre, des cartes saturées d'objectifs et de risques. La conséquence d'un tel déplacement fut décisive : en substituant au politique un commentaire froid, cette couverture ne s'est pas contentée d'appauvrir l'analyse, elle a contribué à rendre acceptables des formes extrêmes de violence et de criminalité./p /br h3 class='article_intertitres'La terminologie biaisée/h3 p/brL'un des symptômes de cette dérive réside dans la place accordée à la technologie militaire. Les chaînes d'information en continu, mais aussi une partie des émissions de débat, ont abondamment commenté les capacités de renseignement israéliennes, les systèmes de surveillance, la « précision » des frappes, l'efficacité supposée des « éliminations ciblées », la qualité des interceptions ou encore l'ingéniosité des opérations clandestines./p pCette focalisation fascinée n'a rien d'anodin. Elle a produit un effet de décentrement : au lieu d'appréhender la guerre à partir de ses conséquences humaines, elle a saisi certains de ses épisodes à travers les moyens de leur mise en œuvre. Le regard s'est fixé sur les instruments, sur les écrans, sur les images aériennes, sur les performances techniques. La destruction elle-même a fini par être perçue comme le résultat d'une opération maîtrisée, et non comme un possible crime de guerre et comme une catastrophe sociale./p pLe détour par la technique a instauré une distance morale autant qu'intellectuelle. Il a permis de parler pendant de longues minutes d'une « frappe » sans jamais évoquer les corps qu'elle déchire, les familles qu'elle disperse, les logements qu'elle pulvérise, les écoles et les hôpitaux qu'elle met hors d'usage./p pÀ cette esthétisation technicienne répond une mutation du langage. L'une des caractéristiques les plus frappantes de la couverture audiovisuelle a été la reprise quasi immédiate du vocabulaire produit par les appareils militaires israéliens. Les termes d'« élimination », de « neutralisation », de « cible », de « nettoyage », de « zone tampon », de « bastion terroriste » ou encore de « dommage collatéral » ont circulé avec une remarquable aisance, comme s'ils relevaient d'un registre descriptif ordinaire. Or ce lexique n'a rien d'innocent. Il n'informe pas seulement sur la guerre ; il en réorganise la perception. Il substitue des résultats à des morts, des secteurs opérationnels à des quartiers en ruine. Il déplace l'attention des victimes palestiniennes et libanaises vers la rationalité supposée de l'action armée israélienne. Une telle langue euphémise l'atroce, l'inscrit dans un horizon de nécessité et en atténue la portée morale./p pPlus encore, elle en occulte la qualification politique et juridique. Dès lors que des immeubles résidentiels deviennent des « cibles », que des civils tués deviennent des « boucliers humains » et que des territoires ravagés deviennent des « zones sécurisées », la guerre cesse d'apparaître comme un problème de responsabilité pour se présenter comme un problème de gestion. Ce langage ne décrit pas simplement la réalité, il la reformule de manière à la rendre supportable. Et la présence régulière du porte-parole francophone de l'armée israélienne sur les plateaux ou dans les bulletins d'information, comme celle a href="https://www.acrimed.org/Dans-l-audiovisuel-un-tapis-rouge-pour-l"de l'ambassadeur israélien/a à Paris, souvent seul et sans contradiction, a offert un accès direct à la propagande israélienne, lui permettant de se déployer et de s'adresser librement aux téléspectateurs./p /br h3 class='article_intertitres'Entre déshumanisation et invisibilisation/h3 p/brC'est dans cet espace discursif que s'opère la déshumanisation. Encore faut-il s'entendre sur le sens du terme. Déshumaniser ne consiste pas seulement à minorer la souffrance ou à manquer d'empathie. Il s'agit d'un processus par lequel des individus et des groupes se voient dépouillés des attributs qui les inscrivent dans l'horizon commun de l'égalité humaine. Déshumaniser, c'est remplacer la personne par une catégorie, et la biographie par un chiffre. C'est faire en sorte que certaines victimes, israéliennes, soient racontées à travers leurs histoires, leurs liens, leurs noms et leurs visages, leurs projets interrompus, tandis que d'autres, palestiniennes ou libanaises, soient fondues dans des bilans, des controverses statistiques ou des soupçons automatiques. Certaines vies appellent spontanément le deuil et la solidarité, d'autres doivent d'abord prouver qu'elles méritent d'être reconnues comme pleinement humaines. La déshumanisation constitue un mécanisme raciste central dans les situations de violence extrême. Car elle rend possible ce qui, sans elle, apparaîtrait comme insoutenable. Elle prépare les esprits à accepter que des populations entières soient bombardées, déplacées, affamées ou traitées comme un problème logistique./p pCe phénomène se mesure aussi à travers les mots qui manquent. Le problème de la couverture audiovisuelle dominante ne tient pas seulement aux termes employés, mais à ceux qu'elle écarte, retarde ou entoure de précautions « disproportionnées ». Des notions telles qu'occupation, colonisation, blocus, impunité, apartheid, nettoyage ethnique, crime de guerre, crime contre l'humanité et crime de génocide ont trop souvent été traitées comme des formulations suspectes, immédiatement renvoyées au militantisme, alors qu'elles relèvent d'abord de cadres historiques, juridiques et analytiques indispensables. Une langue qui renonce à nommer l'occupation empêche de comprendre la structure du rapport de domination. Une langue qui tait la colonisation efface la continuité de la dépossession territoriale. Une langue qui récuse d'avance toute discussion sur l'apartheid s'interdit de penser la dimension institutionnelle de la discrimination et de la violence. Quant à la négation des crimes israéliens, notamment du crime de génocide, pourtant invoqué par la grande majorité des organisations internationales, des juristes et des experts du sujet, elle constitue le véritable militantisme pro-israélien adopté par certains médias dans leur volonté affichée de nier ou de relativiser les crimes d'Israël. Car ce qui n'est pas nommé demeure difficile à penser, et ce qui demeure difficile à penser devient plus facile à tolérer./p /br h3 class='article_intertitres'Le recul des sciences sociales/h3 p/brCette réduction du vocabulaire disponible s'inscrit aussi dans un contexte plus large : le recul des sciences sociales dans l'espace médiatique. Là où l'on attendrait des éclairages sur les configurations étatiques, les trajectoires historiques, les économies politiques et les mémoires collectives, les formes de mobilisations et les structures ou les effets sociaux des conflits, se déploie trop souvent une expertise de flux, rapide, interchangeable, portée vers les diagnostics simplificateurs et approximatifs. Elle laisse prospérer un culturalisme paresseux qui présente le Proche-Orient comme un espace naturellement voué à la violence, travaillé par des passions irrationnelles ou prisonnier de haines immémoriales. Une telle lecture n'est pas seulement pauvre, elle est idéologiquement fonctionnelle. Elle dispense d'examiner les politiques d'occupation, les effets différenciés de la guerre et les formes concrètes d'impunité. Elle remplace l'histoire par l'essence, la domination par la culture, et les structures politiques par des identités supposées closes sur elles-mêmes./p pDepuis le 7 octobre 2023, cette tendance culturaliste s'est articulée à une droitisation plus générale du débat public français. Le cadrage sécuritaire s'est imposé avec d'autant plus de force que les acteurs armés opposés à Israël étaient aisément rabattus sur l'étiquette du terrorisme. Que ces organisations soient islamistes ou armées a suffi, dans une grande partie du commentaire, à étendre à l'ensemble des territoires et des populations palestinienne et libanaise une lecture dans laquelle la guerre israélienne apparaissait d'abord comme une réponse légitime à une menace. Dans cette logique, la destruction israélienne des hôpitaux, des écoles, des ponts, des centrales électriques et des lieux de culte, le meurtre de médecins, d'enseignants et de journalistes, le déplacement forcé de populations, la politique de la famine, le blocus interdisant le passage de médicaments et de nourriture d'enfants, la torture des prisonniers, et les violations répétées du droit international, ont été relégués à l'arrière-plan. Le terme de terrorisme a ainsi été transformé en opérateur général de justification. Il a contaminé le regard porté sur Gaza et le sud du Liban, autorisant une lecture où la société disparaît derrière « l'ennemi barbare », et où la population civile se trouve insensiblement absorbée dans un environnement réputé hostile./p pLe cas du Liban est particulièrement révélateur des ravages de ce schéma. Car si les Palestiniens, notamment à Gaza, subissent depuis des décennies un culturalisme et une déshumanisation qui se sont manifestés lors des guerres précédentes, en 2008, 2012, 2014 et 2021, les Libanais pouvaient se croire à l'abri, au vu du souvenir d'un traitement considéré comme plutôt objectif par les médias français jusqu'en 2006. Réduire la guerre israélienne dévastatrice, qui a fait plus de 2 000 morts, 7 000 blessés et plus d'un million de déplacés, à « une riposte d'Israël au terrorisme du Hezbollah », revient à effacer presque tout ce qui fait la spécificité de la situation. Et considérer le Hezbollah exclusivement comme un mouvement terroriste justifiant « l'opération » israélienne interdit de saisir ce qui fait de lui un acteur enraciné dans une histoire particulière, liée à l'occupation israélienne du Sud-Liban, commencée en 1978, soit cinq ans avant la création du Hezbollah, à des formes d'encadrement social, à une base militante, à des rapports de force confessionnels internes, à une relation organique avec l'Iran, à un effondrement économique durable et une crise profonde de l'État libanais et à des mémoires de guerre encore vives. Comprendre cela permet de penser le Liban autrement que comme un théâtre vide offert aux narratifs israéliens./p /br h3 class='article_intertitres'La censure et l'autocensure/h3 p/brÀ tout cela s'ajoute la question de la censure, qu'il faut entendre dans un sens large. Il ne s'agit pas seulement d'interdictions explicites ou de décisions institutionnelles spectaculaires. La censure relative à Israël, au génocide à Gaza et à la destruction, officiellement annoncée, de dizaines de villes et de villages libanais, opère aussi par atmosphère, par intimidation diffuse, par délégitimation préventive et par instrumentalisation menaçante de la lutte contre l'antisémitisme. Certains mots deviennent coûteux, certaines solidarités interdites. Il se crée ainsi un espace public où la prudence ne consiste plus à être rigoureux, mais à éviter ce qui dérange un ordre dominant. Cette contraction du dicible affecte les médias, l'université, les institutions culturelles et les lieux de production du savoir./p pElle se redouble d'un autre phénomène : le contrôle de la visibilité elle-même. Lorsqu'un territoire bombardé est fermé à la presse internationale, lorsque les journalistes locaux paient un tribut humain exorbitant, plus de deux cents tués à Gaza, six au Liban, pour documenter la guerre, lorsque les images sont filtrées, contextualisées par les seules sources militaires ou soumises à des conditions drastiques de circulation, ce n'est pas seulement l'information qui est entravée. C'est la structure même de la preuve qui est modifiée. Le témoignage des victimes devient plus facile à relativiser et la narration de la guerre se trouve partiellement confisquée par ceux qui la mènent./p pUne telle configuration interdit de comprendre ce que l'histoire de la région montre pourtant avec constance : ni les invasions ni la force brute d'Israël ne produisent de stabilité. En Palestine comme au Liban, l'effacement du temps long permet de présenter chaque séquence de violence comme un commencement absolu, alors qu'elle s'inscrit dans des continuités anciennes d'agressions et d'impunité./p p/brstrongZiad Majed/strong/p/div
Catégories: Médias

Un raciste tire sur des enfants qui jouent, il est seulement « convoqué »

rezo.net - la sélection - mar, 2026-04-21 15:37
img class='spip_logo spip_logos' alt="" src='https://rezo.net/local/cache-vignettes/L96xH120/arton249745-a4716.jpg?1776779728' width='96' height='120' / Les faits ont eu lieu dimanche 19 avril. Alors que des enfants âgées de 6 à 11 ans jouaient dans leur lotissement, un homme âgé de 65 ans est sorti de chez lui armé d'une carabine à plomb, et a tiré en leur direction en hurlant des propos racistes. Notamment « Dehors les Noirs et les Arabes ! » br /« Il a mis en joue mon neveu de 10 ans, puis lui a tiré dessus. La balle a touché son mollet. Mon neveu a eu tellement peur. Il a cru qu'il allait mourir » explique une habitante. La jeune victime a été hospitalisée. Une femme témoigne avoir vu les enfants terrifiés, crier : ‘Il nous tire dessus, il nous tire dessus !' Je l'ai vu les menacer avec la carabine, j'étais choquée ». br /Le tireur a été photographié en train de commettre sa chasse à l'enfant, à la vue de tous, en plein week-end. Ces images insoutenables devraient faire la Une de tous les JT dans un pays où les médias ne sont pas tenus par des milliardaires d'extrême droite. br /Il a finalement été arrêté, et « fait l'objet d'une convocation par officier de police judiciaire pour des faits de violences avec arme » explique Le Progrès. Mais l'intention raciste, pourtant évidente, de cette attaque abjecte n'est même pas retenue ! Pour le moindre tag en manifestation, les poursuites sont plus lourdes que pour ces faits criminels. div class='source'Source: ba href="https://rezo.net/sources/releve-sur-le-net"Conte attaque/a/b/div
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