
Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des médias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed relève également les dérives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il véhicule le prêt-à-penser de la société de marché.
Mis à jour : il y a 5 minutes 8 secondes
mer, 2026-03-04 10:54
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH134/melenchon_v2_logo-3b36b.jpg?1772614454' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='134' alt="" /
div class='rss_chapo'pDans un a href="https://www.acrimed.org/Ce-que-nous-dit-l-acharnement-mediatique-contre"article paru en mai 2025/a, nous publiions une compilation de Unes de presse contre Jean-Luc Mélenchon et La France insoumisespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Loin d'être exhaustif – par souci de lisibilité, nous n'avons par exemple (…)" id="nh1"1/a]/span. La collection s'est étoffée depuis : une actualisation s'impose./p/div
div class='rss_texte'div class='spip_document_16396 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/melenchon_v2.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH448/melenchon_v2-12ed9.jpg?1772613992' width='500' height='448' alt='' //a
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centerVersion 2, mars 2026/center/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLoin d'être exhaustif – par souci de lisibilité, nous n'avons par exemple pas inclus les couvertures de puissants quotidiens tels que iLe Figaro/i, iLes Échos/i, iLe Monde/i, etc. – ce paysage de Unes donne néanmoins un aperçu du climat ambiant./p
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mar, 2026-03-03 08:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/interrogatoires_lfi-4d0cf.png?1772517600' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pDepuis la mort du militant néofasciste Quentin Deranque, les « interviews » audiovisuelles ont été l'un des théâtres privilégiés d'une campagne médiatique menée à une échelle de masse : a href="https://www.acrimed.org/Antifascisme-et-LFI-les-medias-brutalisent-le"une diabolisation tous azimuts/a de l'antifascisme en général, et de LFI en particulier. L'observation de ces dispositifs offre une vision tout à fait nette du déchaînement des chiens de garde./p/div
div class='rss_texte'pCe ne sont pas des interviews, mais des gardes à vue systématiques. Le but n'est pas d'organiser équitablement le « débat politique » ni même d'en rendre compte, mais de participer activement à son hystérisation, en se repaissant par exemple de petites phrases, remisées pour le plaisir du pugilat avant que l'interviewé soit sommé d'y « réagir ». Il ne s'agit pas de faire œuvre de pluralisme… et informer n'est donc plus une option : au cours des dix jours ayant suivi la mort de Quentin Deranque, les responsables politiques de LFI ont été de véritables faire-valoir, convoqués pour être cloués au pilori. Dans cette salle d'interrogatoire multimédia, c'est à qui « mieux mieux ». De France Inter à BFM-TV en passant par Franceinfo, RTL, LCI, TF1 et bien d'autres, les interviews ont été menées à l'identique par des journalistes interchangeables./p
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h3 class='article_intertitres'Un journalisme policier/h3
p/brLe 17 février, trois jours après l'annonce officielle de la mort de Quentin Deranque, c'est face à Manuel Bompard que la première matinale de France et ses duettistes, Florence Paracuellos et Benjamin Duhamel, ont donné le conducteur de la cabale qui sera entretenue durant plus d'une semaine, tout en dessinant la posture inquisitrice avec laquelle les hauts gradés du journalisme entendaient la mener : 1/ pointer la « iresponsabilité politique/i » de La France insoumise, selon la formule de Benjamin Duhamel ; 2/ polariser les entretiens autour de l'implication de membres de la Jeune Garde (dissoute) avant de stigmatiser LFI pour ses liens avec le collectif antifasciste et avec Raphaël Arnault en particulier, son ancien porte-parole, devenu député LFI en juin 2024, dont il n'est sans doute pas inutile de rappeler qu'il n'est nullement visé par l'enquête pénale à l'heure où nous publions cet article ; 3/ disserter sur la « violence » de LFI – « iLa brutalisation du débat public, ça vous parle pas ?/i », lance par exemple Florence Paracuellos de façon très originale ; 4/ élargir le « débat » sur la « imenace d'ultra-gauche violente en France/i », dans les termes d'une « question » de Benjamin Duhamel./p
pTout un programme, en tout point conforme au bruit médiatique dominant : dépolitiser la question de la « violence » et balayer d'un revers de main, en particulier, celle qui fonde intrinsèquement la nature, le projet politique, les discours et les pratiques militantes de l'extrême droite. Y compris, bien sûr, dans la conjoncture : comme ailleurs dans les grands médias, ni les communiqués des groupuscules néofascistes, ni les attaques qu'ils perpètrent contre des militants, des locaux politiques et des domiciles personnels d'élusspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« Alerte à la bombe à la CGT à Lyon, agressions de jeunes communistes à (…)" id="nh1"1/a]/span n'intéressent outre mesure les intervieweurs, qui relèguent le sujet aux notes de bas de page./p
pCe matin-là donc, sur France Inter, près des trois quarts de l'entretien ont porté sur les événements de Lyon et ses suites politiciennes. L'entrée en matière de Florence Paracuellos donne le ton : « iEst-ce que vous pouvez nous dire ce matin si oui ou non, [l'assistant parlementaire du député Raphaël Arnault] était présent sur les lieux de l'agression ?/i » Manuel Bompard déclare qu'il n'est pas en mesure d'apporter une telle information, laquelle fait précisément l'objet d'une vaste enquête policière et judiciaire en cours : les intervieweurs auraient donc pu en rester là ; du moins s'il avait été question de journalisme. Mais ils avaient délibérément choisi de se substituer aux policiers chargés de l'investigation : ainsi Benjamin Duhamel reposera-t-il trois fois cette même question. Sous couvert de vouloir obtenir un aperçu « iprécis/i » et « iclinique/i » des événements, cette obstination – dont le journaliste sait pertinemment qu'elle ne débouchera sur rien – ne vise qu'à créer un climat oppressant… et à délégitimer l'interviewé : « iVous êtes à la tête d'un mouvement, La France insoumise, […] et vous n'êtes pas en capacité ce matin de nous dire si oui ou non un assistant parlementaire qui est donc un militant de La France insoumise était ou non sur les lieux de l'agression de ce jeune militant ?!/i » Et encore : « iJuste pour bien clouter, si vous le permettez, vous n'êtes pas capable de nous dire ce matin si oui ou non l'assistant parlementaire de Raphaël Arnault était présent au moment où ce jeune militant a été agressé ?/i » Journaliste, ou policier ?/p
pBenjamin Duhamel n'était alors qu'une pâle copie de ses consœurs de LCI : deux jours plus tôt face au même invité, Élizabeth Martichoux et Arlette Chabot s'enquéraient déjà de potentiels échanges entre Manuel Bompard et Raphaël Arnault, avec en ligne de mire, déjà, la même question autour de l'assistant parlementaire de ce dernier. Des interpellations/remarques que les intervieweuses ont formulées, au total, pas moins de douze fois en vingt minutes ! Et c'est peu dire qu'elles n'en avaient jamais fini de ronger leur os : « iOn est un peu surpris que vous ne puissiez pas nous dire ce matin, je vous le dis très franchement, "j'ai eu Raphaël Arnault au téléphone et il m'a donné telle ou telle information qui pourrait effectivement clarifier"/i » ; « iIl est co-fondateur de Jeune Garde [sic], permettez qu'on insiste un peu/i », déclare poliment Élizabeth Martichoux. Douze fois : insistance, ou harcèlement ?/p
pCette démarche était alors d'autant plus pernicieuse que l'enquête avait tout juste débuté. Peu importe qu'au lendemain de cet entretien, le procureur de la République de Lyon se soit lui-même refusé à « iévoquer le moindre nom ou […] confirmer que ce collectif antifasciste pouvait être responsable de cette agression/i » (iLibération/i, 17/02), avant d'en faire de même le 19 février lors d'une deuxième conférence de presse, au cours de laquelle il rappela d'ailleurs, par deux fois, le secret de l'instruction à ses interlocuteurs de la grande presse. Las, le journalisme de préfecture avait d'ores et déjà pris le dessus./p
pSur toutes les lèvres, inscrits sur les bandeaux des chaînes d'information en continu, les noms du collectif et d'individus sont diffusés dans des médias chauffés à blanc, qui s'empressent également de diffuser des photos (la plupart du temps non floutées) de l'assistant parlementaire au cœur de toutes leurs préoccupations – dont le contrat fut par ailleurs rompu le 16 février. Le député Raphaël Arnault n'est pas visé par l'enquête, mais son visage est également placardé partout dans les programmes et magazines d'actualité, surexposé dans les 20h, épinglé dans les journaux qui sélectionnent soigneusement, pour l'occasion, les clichés censés répondre au portrait que les médias (se) font de lui : un homme violent et menaçant./p
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h3 class='article_intertitres'Un journalisme de meute/h3
p/brCe détour n'était pas accessoire : Raphaël Arnault – comme Rima Hassan avant lui – fait l'objet d'une cabale médiatique qui, pour avoir été (par définition) déployée dans sa version la plus voyeuriste par la télévision, s'est également déclinée lors des « interviews » audiovisuelles. Dans un registre non moins tonitruant, et à la faveur de pratiques journalistiques non moins problématiques ayant viré, dans bien des cas, à une véritable chasse à l'homme. Comment qualifier autrement l'interview de Manuel Bompard dans la matinale de Franceinfo le 19 février ? Les deux éditocrates en chef, Agathe Lambret et Paul Larrouturou – ayant tous deux fourbi leurs armes en tant que journalistes politiques à l'antenne de télévisions commercialesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="BFM-TV pour la première – dont on rappelle également qu'elle est la compagne (…)" id="nh2"2/a]/span – ont tricoté l'affaire de Lyon jusqu'à plus soif : non seulement le sujet a occupé les huit dixièmes de « l'entretien »span class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="19'20 sur 23'35 d'interview." id="nh3"3/a]/span, mais cet agenda s'est doublé d'une problématique à charge, focalisée prioritairement, pour ne pas dire exclusivement, sur le triptyque LFI – la Jeune Garde – Raphaël Arnault. L'interrogatoire s'est ainsi articulé autour de trois interpellations rabâchées en boucle : sommer LFI de « rompre les liens » avec le collectif antifasciste ; sommer LFI de renoncer à contester sa dissolution (qui fait actuellement l'objet d'un recours devant le conseil d'État) ; sommer LFI de ipunir/i Raphaël Arnault et donc, symboliquement, lui réclamer sa tête./p
pLa transcription de cette interview matinale ne rendrait pas justice à son climat : au-delà des « questions-injonctions » en elles-mêmes, tout dans l'expression des journalistes transpire le dédain le plus absolu. Depuis leur langage corporel jusqu'au ton arrogant de la parole, en passant par la formulation de leur « bon droit » de « bon » intervieweurspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Sur ces éléments, relire le chapitre de Pierre Bourdieu « Des débats (…)" id="nh4"4/a]/span – « iManuel Bompard ! Excusez-moi… si je peux dire quelque chose !/i » ; « iNon mais pardon, mais si je peux quand même poser des questions !/i » –, laquelle dissimule assez mal un bilan accablant en termes d'interruptions : 64 en à peine vingt minutes, c'est-à-dire une fois toutes les dix-huit secondes en moyenne. Sélection (non exhaustive) en vidéo :/p
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centeriframe title="Franceinfo, 19 février 2026" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/83aLjgkzPibu2zMhvTobjm" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
p/brFace à quel autre dirigeant politique s'autorisent-ils un tel mépris ?/p
pTous les coups sont donc permis, jusqu'à faire dire à l'invité le strict contraire de ce qu'il formulait quelques secondes plus tôt en des termes pourtant parfaitement clairs, et lorsque celui-ci s'en offusque, le regarder fixement, les mains levées : « iJe vous écoute attentivement/i », sourit Paul Larrouturou. Outrepassant de très loin leur rôle de journaliste pour camper tour à tour ceux d'opposant politique, de prédicateur et de moraliste, nombre d'intervieweurs ont ainsi fait de la Jeune garde et de Raphaël Arnault le centre de gravité de leur campagne d'acharnement./p
pLa preuve sur la même chaîne, dans la même ambiance, avec une autre intervieweuse face à la députée LFI Danièle Obono, invitée dans l'émission fort mal nommée « La politique s'éclaire » (Franceinfo, 21/02) : « iEst-ce qu'il faut faire le ménage dans vos rangs ? C'est ce que vous demandent le Premier ministre et le président de la République/i » ; « iIl faut couper les liens avec la Jeune Garde ?/i » ; « iEst-ce que Raphaël Arnault a toute sa place dans le groupe La France insoumise ?/i » ; « iVous conservez des liens avec la Jeune Garde ?/i » Les réponses de la députée n'étant jugées ni raisonnables, ni conformes à la bienséance attendue, la morgue déborde dans une sorte de bouquet final :/p
blockquote class="spip"
pstrongBrigitte Boucher :/strong Pourquoi vous demandez toujours l'abandon de la dissolution de la Jeune Garde, alors ? Pourquoi vous demandez toujours l'abandon de la dissolution de la Jeune Garde ? […] Est-ce que vous demandez toujours l'abandon ? Vous ne voulez pas répondre à la question ! Est-ce que vous demandez toujours l'abandon de la dissolution de la Jeune Garde ? Alors ? […] Répondez aux questions sinon… au lieu d'accuser les médias, c'est trop facile ! Est-ce que vous demandez toujours l'abandon ? Attendez ! Vous dites que vous n'avez aucun lien, que vous ne soutenez pas ce qui s'est passé, mais vous demandez toujours la dissolution de la Jeune Garde. [Sic] […] Vous demandez l'abandon de la dissolution de la Jeune Garde ? […] Ma question, c'était est-ce que vous demandez toujours l'abandon de la dissolution de la Jeune Garde ?/p
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pRideau./p
pL'intervieweuse avait du reste indiqué le sens de ses priorités dès le début de l'entretien. Alors qu'une parade néonazie s'apprêtait à démarrer dans les rues de Lyonspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir « À Lyon, des néonazis prennent la rue pour rendre hommage à Quentin (…)" id="nh5"5/a]/span, Brigitte Boucher la présenta comme une « imarche/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Elle en fera d'ailleurs le service après-vente le lendemain matin." id="nh6"6/a]/span avant de questionner Danièle Obono sur la potentialité, à cette occasion… d'« iun nouveau lynchage de l'ultra-gauche/i » : « iLes antifas seront peut-être aussi présents sur place, est-ce que vous voulez leur adresser un message, à l'ultra-gauche ? Est-ce que vous les appelez au calme ? Est-ce que vous les appelez au calme ? On vient d'avoir ce lynchage de Quentin Deranque, est-ce que vous les appelez au calme ?/i »/p
/br
h3 class='article_intertitres'Un journalisme inquisiteur/h3
p/brAutre cas d'école – et non des moindres – avec la très prescriptrice émission dominicale « BFM Politique », où était invitée, le 22 février, la présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale Mathilde Panot. Comme ailleurs, trente minutes sur quarante-deux ont porté sur l'affaire de Lyon. Comme ailleurs, alors que de l'aveu du présentateur Léopold Audebert lui-même, « iaujourd'hui, à ce stade de l'enquête, pénalement, il n'y a rien contre lui/i », le cas Raphaël Arnault a déchaîné la meute : les journalistes ont cité son nom pas moins de seize fois sur une tranche de quinze minutes. Et comme ailleurs, leur démarche a consisté à stigmatiser, disqualifier et brutaliser l'invitée./p
pExemple avec Amandine Atalaya :/p
blockquote class="spip"
pstrongAmandine Atalaya :/strong Donc pour vous, il n'y a pas de responsabilité de la part de ce député de La France insoumise dans le choix de ses collaborateurs pour commencer ? Il n'y a pas de responsabilité morale et politique ? […] Il n'y a pas de responsabilité ? Il n'y a pas de responsabilité politique et morale ? i[Léopold Audebert : Mathilde Panot, Mathilde Panot. On vous pose une question très directe, s'il vous plaît, répondons à ça s'il vous plaît. Allons-y.]/i Sur la responsabilité politique et morale de Raphaël Arnault./p
/blockquote
pLa réponse ne convenant (toujours) pas aux journalistes, le présentateur insiste : « iAmandine vous pose une question plus précise ! Elle vous parle de la responsabilité morale./i » Mathilde Panot tente-t-elle de s'extirper de la nasse policière et d'amorcer un développement politique sur les violences de l'extrême droite ? Elle est interrompue quasi immédiatement… et ramenée au point 0 :/p
blockquote class="spip"
pstrongAmandine Atalaya :/strong Mais pour poursuivre, Mathilde Panot, sur Raphaël Arnault. Pour être très factuelle sur Raphaël Arnault, […] il n'y a pas une responsabilité pour vous de l'employeur non plus ? C'est-à-dire ses collaborateurs sont censés travailler à ses côtés à Paris. Pourquoi […] étaient-ils à Lyon ce jour-là ? Était-ce sur leurs heures de travail, par exemple ? […] Je parle de la responsabilité de l'employeur./p
/blockquote
pRappelant qu'elle n'est pas enquêtrice, exhortant les journalistes à respecter le cours de l'investigation, la députée insoumise essaye-t-elle ensuite une critique de l'instrumentalisation de cette affaire par le champ politique ?/p
blockquote class="spip"
pstrong- Lépold Audebert :/strong C'est très important, votre parole était attendue Mathilde Panot sur ce point : pas de démission de Raphaël Arnault ?/p
pstrong- Mathilde Panot :/strong Certainement pas./p
pstrong- Amandine Atalaya :/strong Ni de suspension du groupe de La France insoumise ?/p
pstrong- Mathilde Panot :/strong Non, certainement pas./p
pstrong- Jules Pecnard :/strong Et il sera réinvesti aux prochaines élections législatives ?/p
pstrong- Mathilde Panot :/strong Mais écoutez… oui, enfin…/p
pstrong- Léopold Audebert :/strong Oui ?! Il sera investi ?/p
pstrong- Jules Pecnard :/strong Il sera investi…/p
pstrong- Léopold Audebert :/strong En 2027 s'il y a dissolution, après l'élection présidentielle, il sera réinvesti ?!/p
pstrong- Mathilde Panot :/strong S'il le souhaite, oui./p
pstrong- Léopold Audebert :/strong S'il le souhaite… Et vous le souhaitez, vous ?/p
/blockquote
pTous extraits de la première moitié de l'émission, ces morceaux choisis forment un volet à part entière de l'interview : 36 interruptions en six minutes, soit une fois toutes les dix secondes./p
pEt les procureurs reviennent à la charge après la publicité : « iVous lui avez parlé [à Raphaël Arnault] récemment ?/i » ; « iQu'est-ce qu'il vous a dit ?/i » ; « iPourquoi il parle pas aujourd'hui ?/i » ; « iIl ne serait pas temps pour vous qu'il ait une expression publique ?/i » Un journalisme que l'on se gardera de caractériser lorsque face à un tel traitement, le présentateur pose la cerise sur le gâteau : « iComment il va aujourd'hui, Raphaël Arnault ?/i »/p
pLes menaces de mort dont fait état Mathilde Panot n'encouragent chez eux aucune relâche. Comme Agathe Lambret sur Franceinfo, la journaliste de BFM-TV lit au débotté des extraits du décret de dissolution de la Jeune Garde, sans contextualisation, dans le brouhaha le plus total, mais avec le soutien appuyé de son confrère qui, en bon élève, allie le geste à la parole : « iIl est là ce décret ! Je vais le montrer pour les personnes qui nous regardent. Il est là./i »/p
/br
div class='spip_document_16393 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/bfm_decret-a7c3d.png?1772517601' width='500' height='281' alt='' /
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p/brEt ça continue : « iJean-Luc Mélenchon revendique aujourd'hui que la Jeune Garde soit liée et alliée à la FI […], vous ne voyez pas le problème ?!/i » ; « iÊtes-vous toujours alliée et liée comme le dit Jean-Luc Mélenchon à la Jeune Garde ?/i » ; « iVous êtes contre sa dissolution ?/i » ; la question sera posée quatre fois. Et comme pour toutes les autres, différents députés LFI y avaient déjà répondu (mille fois) au cours de la semaine écoulée…/p
pLe cirque se (re)produit donc sans trêve et il avait d'ailleurs commencé en fanfare. Signalons en effet que dès l'introduction, les intervieweurs ont disserté autour d'un propos présenté comme une citation de Jean-Luc Mélenchon, sourcée comme telle à l'écran… alors qu'elle n'en était pas une. Voyons plutôt :/p
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div class='spip_document_16392 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/bfm_citation-223dc.png?1772517601' width='500' height='279' alt='' /
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p/brSi les journalistes avaient seulement pris la peine de (vraiment) lire ce qu'ils affichaient sur leur écran, ils se seraient (sans doute) rendus compte qu'il s'agissait en réalité d'un extrait d'article journalistique. Publié dans iLa Tribune dimanche/i en l'occurrence, où un mot de Jean-Luc Mélenchon fut détaché de son contexte d'énonciation originel avant d'être intégré dans un autre récit que le sien : celui du journaliste, utilisant le discours indirect libre – un procédé narratif très intéressant en littérature… beaucoup moins en journalisme. En début d'émission, ce plantage en règle avait en tout cas donné lieu à des interpellations très assurées :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Léopold Audebert :/strong Mathilde Panot, vous êtes capable de regarder la caméra i[Il regarde la caméra.]/i et de dire aux parents de Quentin Deranque que c'est une bataille de rue qui a mal tourné ? Est-ce que vous pouvez dire ça aux parents de Quentin Deranque ?! […]/p
pstrong- Amandine Atalaya :/strong Tout en disant « qui s'en souviendra » Mathilde Panot… Tout en disant « qui s'en souviendra »… Enfin… ça semble une façon évidente de minimiser ce qui s'est passé./p
/blockquote
pSauf que Jean-Luc Mélenchon ne l'avait pas dit. Le présentateur en conviendra d'ailleurs en toute fin d'émission : alerté dans l'oreillette, il consacrera une minute à « irétabli[r] les faits/i », mais aucun des trois journalistes ne présentera la moindre excuse. Après un tel déballage de hargne, comment s'en étonner ?/p
pAu cours de l'émission, Mathilde Panot a légitimement critiqué la diabolisation médiatique dont son mouvement politique fait l'objet. Venue avec quelques reproductions de Unes de presse (iMarianne/i, iLa Tribune dimanche/i, iL'Express/i), elle entendait pointer la responsabilité des grands médias dans la normalisation de l'extrême droite et dénoncer « il'inversion des valeurs/i » à laquelle ils se livrent. Elle ne croyait pas si bien dire : la séquence en a instantanément généré une nouvelle. Coupable de l'ultime affront – critiquer les médias dans les médias –, elle est assaillie ni une ni deux par le présentateur : « iDonc c'est la presse qui est responsable Mathilde Panot ?! C'est très important ce que vous venez de faire ! Il n'y a pas une liberté de la presse en France ?!/i » Orwell, disions-nous : « la violence, c'est la gauche » ; « les antifascistes, ce sont les fascistes » ; « critiquer les médias, c'est attaquer la démocratie »./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brLes « interviews » audiovisuelles figurent parmi les formats les plus suivis et les plus prescripteurs du PAF ; ceux dont des extraits seront rediffusés sur les antennes, cités dans les dépêches, postés sur les réseaux sociaux, commentés sur les plateaux et dans les articles des journalistes politiques. Ce sont aussi, par conséquent, des dispositifs parmi les plus verrouillés, encadrés par les journalistes les plus en vue, disposant d'un fort capital professionnel, qui ne doivent leur position (et leur longévité) qu'à leur conformité la plus totale avec les « bonnes » manières d'exercer le journalisme politique en général et l'interview en particulier, et à leur adhésion intransigeante au discours dominant. Diaboliser LFI jusqu'à l'écrasement ; blanchir et promouvoir l'extrême droite : les « entretiens » audiovisuels ont été une excellente loupe pour observer cette dynamique à deux faces, normalisée dans la quasi-totalité des grands médias. Cette semaine-là, au-delà du double standard éclatant qu'ils ont donné à voir – tant du point de vue de l'agenda, du cadrage, que des sommations adressées aux responsables politiques de gauche –, ces dispositifs ont montré à quel point ils fonctionnent comme des espaces de mise au pas. Dès lors, parce que les invités LFI jouent le jeu médiatique sur la forme (aller dans ces dispositifs, se plier au « question/réponse ») tout en refusant de jouer le jeu médiatique sur le fond (consentir aux injonctions et cocher les cases du bingo journalistique de la « respectabilité »), ils déclenchent les foudres de l'éditocratie. Une éditocratie qui s'illustre, au passage, par sa capacité à exercer une violence symbolique de très haute intensité au moment même où elle prétend condamner « la violence » et « la brutalisation » du débat public. Face à de tels interrogatoires, les différentes instances représentatives de la profession, des SDJ aux syndicats, parviendront-elles à expliquer, de façon détaillée, en quoi il en va là d'une quelconque forme de journalisme ?/p
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« Alerte à la bombe à la CGT à Lyon, agressions de jeunes communistes à Tours, dégradations de locaux… L'extrême droite multiplie les violences », a href="https://www.humanite.fr/politique/cgt/alertes-a-la-bombe-a-la-cgt-agressions-de-jeunes-communistes-degradations-de-locaux-quand-lextreme-droite-multiplie-les-violences" class="spip_out" rel="external"iL'Humanité/i, 23/02/a./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanBFM-TV pour la première – dont on rappelle également qu'elle est la compagne de Benjamin Duhamel et la belle-fille de Nathalie Saint-Cricq – et « Le Petit Journal » puis le groupe Bouygues (LCI et TF1) pour le second, après avoir été à l'origine du « Lab d'Europe 1 » d'actualité politique, a href="https://www.acrimed.org/Le-Lab-d-Europe-1-ou-de-l-art-de-faire-un-peu-de-tout-a-partir-de-presque-rien"laboratoire de la substantifique moelle du journalisme politique dans toutes ses (pires) pratiques/a./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /span19'20 sur 23'35 d'interview./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanSur ces éléments, relire le chapitre de Pierre Bourdieu « Des débats vraiment faux ou faussement vrais » dans iSur la télévision/i, Raisons d'agir, 2008, p. 32./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanVoir a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/210226/lyon-des-neonazis-prennent-la-rue-pour-rendre-hommage-quentin-deranque" class="spip_out" rel="external"« À Lyon, des néonazis prennent la rue pour rendre hommage à Quentin Deranque »/a, Mediapart, 21/02 et a href="https://www.streetpress.com/sujet/1771517300-lyon-organisatrice-marche-pour-quentin-deranque-mariee-neonazi-violent-eliot-bertin" class="spip_out" rel="external"« À Lyon, l'organisatrice de la marche pour Quentin Deranque est mariée à un néonazi violent »/a, Streetpress, 19/02./p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanElle en fera d'ailleurs a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/les-enerve-es/sur-franceinfo-brigitte-boucher-et-les-irresponsables" class="spip_out" rel="external"le service après-vente/a le lendemain matin./p
/div/div
lun, 2026-03-02 15:31
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L113xH150/pahlavi_le_point-0d056.jpg?1772458290' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt="" /
div class='rss_chapo'pUn agenda, ça se travaille./p/div
div class='rss_texte'p« Guerre des 12 jours », soulèvement du peuple iranien contre la dictature au pouvoir, menaces états-uniennes d'intervention militaire : même avant les attaques israélo-américaines du 28 février, la question iranienne occupait régulièrement l'agenda médiatique. À chaque fois, c'était l'occasion pour une poignée d'entrepreneurs de cause de battre campagne pour Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran. S'ils n'ont pas le monopole de la critique du régime iranien, absolument consensuelle dans le débat public français, ils sont hégémoniques pour traiter de l'alternative politique en Iran : l'autodétermination du peuple iranien n'est quasiment pas un sujet médiatique. C'est que les défenseurs de Reza Pahlavi ont tout des bons clients : soutiens des gouvernements états-unien et israélien, adversaires revendiqués de la gauche française, ils s'inscrivent parfaitement dans l'air du temps médiatique./p
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h3 class='article_intertitres'Des réseaux à la manœuvre/h3
p/brLa campagne pro-Pahlavi dans les médias français s'appuie sur des relais bien insérés dans le milieu politico-médiatique : a href="https://www.intelligenceonline.fr/moyen-orient-et-afrique/2026/02/16/du-quai-d-orsay-au-20-heures-la-longue-marche-de-reza-pahlavi-pour-s-imposer-a-paris,110630106-art" class="spip_out" rel="external"d'après Intelligence Online/a, c'est l'ancien conseiller en communication de Bruno Retailleau, Jean-Baptiste Doat, qui a permis à Reza Pahlavi d'être invité tout récemment au 20h de TF1 (16/02). De quoi donner un coup d'accélérateur à sa tournée : dix jours plus tard, il trônait en majesté en couverture du iPoint/i (26/02)./p
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div class='spip_document_16389 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L400xH532/pahlavi_le_point-9cbe7-d6130.jpg?1772458208' width='400' height='532' alt='' /
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p/brComme a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/01/13/iran-shah-reza-pahlavi-trump/" class="spip_out" rel="external"aux États-Unis/a, Reza Pahlavi bénéficie de l'appui de groupes de pression pro-israéliens : le 9 février, l'organisation à Paris d'une soirée spéciale « Iran, silence on tue » par Agir Ensemble, une émanation du lobby Elnet France, réunissait des figures médiatiques bien connues (Raphaël Enthoven, Rachel Khan, Jean Quatremer, Arthur etc.) derrière le drapeau français et le drapeau iranien de la dynastie Pahlavi, réunis côte à côte. À l'origine destiné à soutenir les manifestations durement réprimées par le régime iranien, l'événement a pris une tournure politique, fustigeant tour à tour la gauche et LFI – « ice que la politique a produit de pire au XXIe siècle/i » dixit Raphaël Enthoven./p
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h3 class='article_intertitres'Entrepreneurs de cause : Mona Jafarian comme figure de proue/h3
p/brParmi les soutiens de Reza Pahlavi, on trouve notamment Mona Jafarian. Proche de la galaxie printaniste, ardente défenseuse d'Israël, elle est une habituée des plateaux télévisés, sur lesquels elle martèle ses éléments de langage contre le droit international et « ila gauche qui est dans le déni/i » (TV5 Monde, 19/01). L'« iinfluenceuse monarchiste/i », comme la décrit a href="https://www.blast-info.fr/articles/2026/chere-mona-jafarian-boxing-day-65-x116dsPORWm_LPMoyfxmbQ" class="spip_out" rel="external"Blast (24/01)/a, qui tweete frénétiquement au nom du collectif Femme Azadi, a droit à des portraits complaisants dans a href="https://www.lefigaro.fr/actualite-france/mona-jafarian-une-combattante-pour-les-femmes-iraniennes-qui-alerte-sur-l-emprise-islamiste-20240927" class="spip_out" rel="external"iLe Figaro/i/a (27/09/24) ou a href="https://www.marianne.net/monde/asie/mona-jafarian-a-la-gauche-pro-mollah-cessez-de-parler-a-la-place-des-concernees" class="spip_out" rel="external"iMarianne/i/a (8/01) et fréquente régulièrement le plateau de Franceinfo – l'occasion à chaque fois de promouvoir Reza Pahlavi (10/01 et 1/03)./p
pDans la même veine, Mahnaz Shirali est régulièrement invitée par CNews, Franceinfo ou Sud Radio. Elle aussi colle à un narratif faisant de l'Iran un pays acclamant le retour de Reza Pahlavi. Elle aussi fustige la gauche française et ses intellectuels. Au micro de Jean-François Achilli (a href="https://www.youtube.com/watch?v=8KnotaolFn0" class="spip_out" rel="external"Sud Radio, 12/01/a), ça donne ceci : « iLa situation iranienne sort des cases préétablies de la gauche française qui domine les médias. [Comme] les Iraniens sont anti-musulmans, anti-islam et qu'ils brûlent les mosquées, ça ne plaît pas à la gauche mélenchoniste et à la gauche française, parce qu'ils sont devenus des pro-islamistes maintenant et ils défendent bec et ongles les islamistes sur le sol français./i » Tout en finesse./p
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h3 class='article_intertitres'L'extrême droite médiatique en campagne/h3
p/brQuelques jours plus tôt, Mahnaz Shirali était a href="https://www.youtube.com/watch?v=sJWBWHBUzcY" class="spip_out" rel="external"déjà invitée sur les ondes de Sud Radio/a (9/01), cette fois aux côtés de Sahand Saber, porte-parole d'un collectif d'avocats franco-iraniens pro-monarchie. Face à eux, la présentatrice Céline Alonzo verse dans la propagande : « iPartout en Iran, le peuple appelle au retour de Reza Pahlavi, prince héritier d'Iran./i » Sahand Saber, qui est par ailleurs présenté comme ex-collaborateur de Reza Pahlavi, aura ensuite tout loisir de dérouler : portrait laudateur de Pahlavi, minimisation des crimes de son père, réécriture de l'histoire favorable au chah./p
pCe n'est pas tout, puisque Sud Radio a href="https://www.youtube.com/watch?v=djgxh2uF3zo" class="spip_out" rel="external"invitera aussi Arash Derambarsh/a (15/01), adjoint au maire de Courbevoie qui défend les attaques israéliennes de juin 2025 et fustige les « igauchistes et les islamistes/i » en France qui avaient protesté contre. Lui aussi défend le retour du chah et affirme qu'une « itrès grande majorité des Iraniens veulent le retour du chah et de la royauté et dans la très grande majorité, ils veulent une intervention du président Trump qui est très populaire en Iran/i »./p
pQuant à la galaxie Bolloré, elle semble tout particulièrement apprécier la famille Pahlavi. En juin, Europe 1 (18/06/25) a href="https://www.dailymotion.com/video/x9lkdlg" class="spip_out" rel="external"donnait la parole/a à Christian Pahlavi, neveu du dernier chah, et à Pierre, son fils, dans une émission tout simplement titrée « L'Iran a besoin d'une monarchie, c'est la meilleure solution pour faire rayonner ce pays ». Déjà l'an dernier (6/02/25), lors de son passage en France, Reza Pahlavi était interviewé sur le plateau de CNews par Laurence Ferrari. Sobrement présenté comme « ile prince héritier d'Iran/i », il avait pu dérouler son programme en toute tranquillité./p
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h3 class='article_intertitres'L'omniprésent Emmanuel Razavi/h3
p/briParis Match/i aussi s'est montré particulièrement actif pour faire la promotion de Reza Pahlavi. Dans une a href="https://www.parismatch.com/actu/international/prince-reza-pahlavi-je-veux-une-democratie-laique-pour-liran-237511" class="spip_out" rel="external"interview/a publiée le 17 mai 2024, c'est un certain Emmanuel Razavi, dont nous a href="https://www.acrimed.org/Entrisme-iranien-l-actualite-ca-se-faconne"avons déjà croisé la route/a, qui pose les questions. La toute première d'entre elles, commençant par « iVotre altesse impériale/i », donne le ton. iParis Match/i publiera d'autres papiers dans le même registre, notamment un « iRoyal Blog/i » sur Farah Pahlavi, femme de l'ancien chah, intitulé « L'histoire en images d'une impératrice sans royaume » (23/02)./p
pEmmanuel Razavi met à profit son entregent : il publie une autre interview de Reza Pahlavi dans a href="https://www.lefigaro.fr/international/reza-pahlavi-au-figaro-magazine-mon-role-est-de-diriger-la-transition-democratique-20260113" class="spip_out" rel="external"iLe Figaro Magazine/i/a (13/01) et une recension laudative des mémoires de sa mère dans a href="https://atlantico.fr/article/decryptage/iran-entretien-exclusif-avec-imperatrice-iran-en-exil-farah-pahlavi-pour-sortie-ses-memoires-shah-Mohammad-Reza-Pahlavi-histoire-exil-recit-Emmanuel-Razavi" class="spip_out" rel="external"Atlantico/a (15/02). Un papier sentimental, écrit à la première personne, qui laisse peu de doutes sur son parti pris : « iComme beaucoup d'Iraniens, j'aime résolument l'impératrice Farah. Pas en raison de ce qu'elle incarne, mais plutôt en raison de ce qu'elle est sur le plan personnel. […] Elle ne s'est jamais montrée abattue, et jamais elle ne s'est posée en victime. Ceux qui la connaissent de près le savent : alors qu'elle aurait pu vivre une vie "facile", elle a choisi de se consacrer au peuple iranien./i » Ou encore : « iVisionnaire, elle a toujours eu l'intelligence de considérer que chaque destin est important. Elle sait ainsi combien les Iraniens de l'intérieur souffrent, s'en inquiétant et s'interdisant de se plaindre d'une vie qui ne l'a pourtant pas épargnée./i »/p
pEmmanuel Razavi multiplie aussi les entretiens sur LCI ou iValeurs actuelles/i pour encenser Reza Pahlavi… et dénoncer une pseudo-connivence entre LFI et la République islamique d'Iran. « iLa réalité, c'est qu'on [les Iraniens] est contre l'islamisme et contre le communautarisme. On considère que l'Iran, débarrassé des mollahs, devrait être à nouveau allié à Israël. Donc on ne correspond pas du tout à l'image clichée que l'extrême gauche véhicule sur les gens d'origine orientale, pour ne pas dire sur les musulmans/i », explique-t-il (iValeurs actuelles/i, 25/01) avant de tacler les chroniqueurs plus prudents sur une potentielle intervention militaire des États-Unis. Bref, avec des accents de « guerre des civilisations », Emmanuel Razavi prend la défense de son « altesse impériale », qualifiée au passage « ide solution qui rassure tout le monde/i » et de « ilibéral progressiste/i »./p
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centerstrong***/strong/center
p/brSur ce sujet comme sur bien d'autres, l'agenda médiatique est travaillé par des entrepreneurs de cause et d'authentiques lobbyistes. Les journalistes n'y sont pas toujours sensibles, et les campagnes n'ont pas toujours autant de succès. On constatera néanmoins que soutenir les impérialismes occidentaux et s'attaquer à la gauche sont des atouts pour être relayé dans les médias dominants… même quand il s'agit de défendre le rétablissement d'une monarchie autoritaire./p
p/brstrongQuentin Müller/strong/p/div
ven, 2026-02-27 11:35
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/franceinfomilitant-c1153.png?1772184915' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pManifestement interpellée par des téléspectateurs, France Télévisions a envoyé au charbon son directeur délégué de l'information, Pascal Doucet-Bon, qui s'est fendu d'une tribune a href="https://www.franceinfo.fr/une-information-transparente-franceinfo/pourquoi-la-redaction-de-france-televisions-decrit-elle-quentin-deranque-comme-un-militant-nationaliste-proche-du-collectif-identitaire-nemesis-ou-un-militant-identitaire_7816025.html" class="spip_out" rel="external"sur le site de France Info/a : « Pourquoi la rédaction de France Télévisions décrit-elle Quentin Deranque comme un "militant nationaliste proche du collectif identitaire Némésis" ou un "militant identitaire" ? » (21/02). Ce qui nécessite en effet des explications – un peu de pédagogie. On ne sera pas déçu du voyage./p/div
div class='rss_texte'p« iLa qualification politique d'une personne/i », nous explique M. Doucet-Bon, « iest un exercice délicat/i ». Aussi, « idans un contexte électrique/i », le service public a-t-il choisi de faire œuvre de transparence. Comment les termes ont-ils été choisis ?/p
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h3 class='article_intertitres'Uniformisation par le haut/h3
p/brLa première phrase — et un bon tiers du papier – répond à une autre question : par qui ? Réponse : par « ila direction de l'information/i ». C'est cette direction qui, sur la base de la « isynthèse des enquêtes/i » de ses « ireporters/i », sélectionne et décrète les mots à utiliser. Il s'agit là d'une « idémarche collective/i » qui, nous précise-t-on, n'a rien d'un « ioukaze/i ». L'objectif est d'éviter « iune cacophonie/i » sur les différentes antennes du groupe et de répondre ainsi à une « iexigence de cohérence/i ». Une « exigence de cohérence » qui ressemble à s'y méprendre à une exigence d'uniformisation : le fait que ces qualificatifs soient choisis par la direction et non par les reporters indique que cette uniformisation se fait par en haut, privant les travailleurs de l'information de l'une de leurs principales prérogatives. La « cacophonie » évitée, on se passera avec elle du « pluralisme » des analyses journalistiques, qui n'a donc pas droit de cité. Faisons confiance à la direction et à son art de la « synthèse » !/p
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h3 class='article_intertitres'Dépolitisation, confusionnisme et journalisme technico-technique/h3
p/brEn s'appuyant sur le Larousse, Doucet-Bon explique d'abord pourquoi Quentin Deranque peut être qualifié de « militant ». Il s'adresse ici manifestement aux auditeurs de droite(s) ayant protesté contre l'utilisation du terme sur le service public. Mais il ne va pas jusqu'à leur signaler que ce que de nombreux journaux de droite et d'extrême droite ont fait, c'est-à-dire se contenter de le qualifier d'« étudiant » ou de « jeune homme », relève de la désinformation par omission. Le terme « militant » est ipolitiquement/i plus signifiant et icontextuellement/i plus éclairant – mais Doucet-Bon préfère éviter toute évocation d'un choix éditorial : à France TV, on se fonde « isur des faits/i » (c'est l'intertitre)./p
pPhilippe Doucet-Bon en vient à sa méthode pour les mots « identitaires » et « nationalistes » que la rédaction a retenus, au détriment, par exemple, de « néofasciste », « néonazi » ou « d'extrême droite ». Un critère précède tous les autres, selon le directeur délégué de l'information : l'officialité, qu'il confond aussitôt avec « les faits » précédemment évoqués. Alors qu'il nous assurait se fonder sur le travail des reporters de terrain, Doucet-Bon le balaye sous nos yeux : certes, Quentin Deranque appartenait à un groupuscule néofasciste de Bourgoin ; certes, Quentin Deranque a participé à la marche néo-nazie du C9M à Paris, en mai 2025 ; certes, l'Action française a affirmé qu'il était l'un de ses militants. Mais certains de ces groupes n'ont pas vraiment « d'existence légale », explique-t-il en clôturant le dossier. br class='autobr' /
Alors, que retenir de tout cela ? La réponse à cette question pourtant cruciale tient en une phrase : « iCet adjectif, ["nationaliste"], comme l'adjectif "identitaire", sont les plus petits communs dénominateurs des philosophies des mouvements fréquentés par le jeune homme./i » Le « plus petit dénominateur commun », vraiment ? Et si c'est la direction qui fait le calcul – en enlevant de l'équation les groupuscules fascisants, sous prétexte qu'ils n'ont pas de « caractère officiel » – on vous prie de croire au résultat ! Voilà une bien sommaire et curieuse méthode pour caractériser politiquement un individu, qui conduit inévitablement au concours d'euphémismes./p
pL'analyse historique, sociologique, idéologique ? Trop compliqué, d'ailleurs n'en parlons pas, mais faisons du journalisme « neutre » et « objectif » labellisé France Télé, grâce au « plus petit dénominateur commun » du parcours biographique officiel. Brandir un tel concept, manier de tels faux-fuyants est un véritable aveu d'incompétence, ou d'inconséquence – mais Doucet-Bon poursuit, imperturbable : « iUn choix informé et en conscience, dans un contexte électrique./i » Notons, avec un rien d'amusement, qu'un tel procédé devrait conduire France Télé à présenter Jean-Luc Mélenchon, ancien sénateur socialiste, comme un réformiste de centre gauche – ce qu'elle ne fait évidemment pas. Double standard ?/p
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h3 class='article_intertitres'Le centrisme méthodologique du journalisme neutre et objectif/h3
p/brL'absence du moindre recours au savoir académique pour se donner les moyens de caractériser politiquement un individu éclate dans les sources que cite l'article en conclusion, comme dans un mauvais travail d'étudiant :/p
/br
div class='spip_document_16387 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/franceinfosources.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH265/franceinfosources-277c0.png?1772184858' width='500' height='265' alt='' //a
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p/brL'AFP, les fameuses « enquêtes », les réseaux sociaux, des articles de 5 titres de presse, dans un joyeux pluralisme : iLe Monde/i, iLe Figaro/i, le Huffington Post, iLibération/i et iValeurs Actuelles/i. En piochant aussi bien dans le « journal de référence » que dans un magazine d'extrême droite, on obtient normalement un consensus raisonnable… Duquel ne participent pas, à l'évidence, les médias et journalistes (pour la plupart indépendants) ayant pourtant publié les informations les plus fournies dans cette affairespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Citons par exemple Ricardo Parreira (notamment pour Reflets), Streetpress, (…)" id="nh1"1/a]/span. Et pour cause : rappelons que pour la rédaction de France Info, a href="https://www.acrimed.org/A-gauche-donc-pas-neutre-intraitable-sur-ses"un média comme Basta est « iclairement marqué à gauche […] donc pas neutre/i »/a, au contraire visiblement de iValeurs actuelles/i, clairement marqué à l'extrême droite et donc suffisamment « neutre » pour être revendiqué et légitimé en tant que source première par France Info. Là encore, le « double standard » est un instrument de mesure de phénomènes plus larges : dépolitisation… et droitisation./p
pLa direction de France Télé se conforte en tout cas dans son idée à la lecture des « icommentaires contrastés/i » reçus sur ses choix : certains téléspectateurs ont trouvé que « nationalistes » et « identitaires » étaient de doux « ieuphémismes/i », quand d'autres étaient scandalisés que l'on salisse ainsi la mémoire de Quentin Deranque. C'est bien la preuve que nous sommes équilibrés, semble conclure M. Doucet-Bon, avant de répondre à une question que nul n'avait posée, à savoir que ces choix ne sauraient s'imposer aux invités. Fin de la séance pédagogique./p
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centerstrong***/strong/center
p/brEt pourtant, « dans un contexte électrique », la séquence politico-médiatique, entre dépolitisation et blanchiment par euphémisme de groupuscules fascistes, aurait mérité mieux que ce laborieux exercice. Rappelons qu'on a pu entendre sur Franceinfo (15/02) l'Action Française présentée comme un simple « imouvement nationaliste et royaliste/i », sans qu'on ne daigne systématiquement rappeler son antisémitisme historique ou son appartenance à l'extrême droite ; le service public télévisuel est allé jusqu'à diffuser benoîtement les slogans de cette ligue fasciste du siècle dernier pendant toute une après-midi. L'ironie du sort a voulu que ceci advienne presque 90 ans jour pour jour après que la même Action Française a href="https://www.retronews.fr/politique/echo-de-presse/2018/07/10/l-attaque-de-leon-blum-par-les-camelots-du-roi" class="spip_out" rel="external"a tabassé Léon Blum en plein Paris, le 13 février 1936/a. Mais ce fait-là n'intéressait pas France TV. Ce qui compte plus que la mise en perspective historique, pour « iun choix informé et en conscience/i », c'est la logique du « plus petit dénominateur commun ». Au risque d'oublier les plus grands éléments de réponse./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanCitons par exemple Ricardo Parreira (notamment pour Reflets), Streetpress, Mediapart, iL'Humanité/i, etc./p
/div/div
lun, 2026-02-23 20:12
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/sequence_montage-66afe.png?1771870370' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pRouleau compresseur./p/div
div class='rss_texte'pC'est une actualité qui a écrasé toutes les autres pendant une semaine entière : la mort de Quentin Deranque, a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/160226/mort-de-quentin-deranque-retour-sur-le-parcours-d-un-militant-neofasciste" class="spip_out" rel="external"militant néofasciste/a tué après une rixe avec des militants antifascistes, a totalement saturé le débat public. Les premières informations tombent un vendredi soir (13/02), en fin d'après-midi, et l'emballement est presque immédiat. Tout est réuni pour que les médias ne parlent plus que de ça : des vidéos accablantes ; un récit des événements installé par des petites vedettes de l'extrême droite médiatique ; l'implication potentielle de membres du collectif antifasciste (dissous) la Jeune Garde et de l'assistant parlementaire d'un député LFI ; des déclarations tapageuses émanant d'une très large partie du personnel politique./p
/br
h3 class='article_intertitres'Dépolitisation et décontextualisation d'un fait médiatique « total »/h3
p/brDevant cette équation, les chefferies éditoriales n'hésitent pas longtemps : la mort de Quentin Deranque devient un fait médiatique « total » qui, dans la hiérarchie de l'information, supplante tous les autres sujets. Unes de journaux, magazines d'actualité, émissions de débats, interviews politiques, journaux d'information, reportages, enquêtes : la presse fait assaut de tous les formats pour traiter l'affaire de Lyon, et l'on a parfois l'impression de lire un seul et même grand journal, au sujet unique. Il n'y a certes pas tous les jours des morts directement liés à des affrontements politiques de rue : nous le disions plus haut, cet élément parmi d'autres raisons matérielles et objectives expliquent, d'un point de vue journalistique, que le sujet fasse « événement ». D'autant qu'à la faveur d'a href="https://www.acrimed.org/Politiser-la-haine-la-strategie-du-buzz"une mécanique désormais bien huilée/a, la machine Bolloré se met instantanément en branle pour faire « effet d'hégémonie » : propulser le sujet sur le devant de la scène et installer son cadrage des événements, main dans la main avec la fachosphère en général et le groupuscule d'extrême droite Némésis en particulier. Sa porte-parole, Alice Cordier, s'est notamment démultipliée d'Europe 1 à CNews, où elle enregistre au moins un passage par jour entre le 12 et le 16 février./p
pC'est néanmoins (très) loin d'être toujours le cas : disposant d'un pouvoir d'agenda et de hiérarchisation, les grands médias sélectionnent les faits de violence qu'ils vont traiter ; disposant d'un pouvoir de problématisation, ils choisissent la manière dont ils vont en parler : certains seront couverts à la manière de faits divers, là où d'autres seront montés en épingle et/ou analysés comme les symptômes de phénomènes sociaux et politiques. La mort d'El Hacen Diarra dans un commissariat ? Fait divers ; une dépêche suffira. Celle de Thomas Perotto à Crépol ? Émissions d'actualité à n'en plus finir, interviews politiques, débats sur le concept frauduleux de « racisme anti-blanc ». L'assassinat de l'ex-rugbyman Federico Martin Aramburú ? Fait divers, attendons le procès. De nombreux médias indépendants ont d'ores et déjà pointé le double standard flagrant que recouvre cette séquence médiatiquespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire par exemple le texte de Rokhaya Diallo « La violence politique à (…)" id="nh1"1/a]/span./p
pParadoxalement, la place qu'occupe l'événement n'est pas le gage d'une meilleure information. La course au scoop entraîne inévitablement ses cohortes d'erreurs ; la complaisance pour un récit directement dicté par une extrême droite dotée d'une crédibilité ia priori/i, sa vague de désinformation ; le commentaire en plateau, sa part de conjectures et de divagations ; l'instantanéité exacerbée, son lot de biais ordinaires : présentisme, déshistoricisation./p
pEt il est peu de dire que les médias ont rechigné à inscrire cette rixe dans son contexte historico-politique. L'enracinement local et les exactions de l'extrême droite lyonnaise sont pourtant documentés a href="https://www.rue89lyon.fr/dossier/lyon-extreme-droite-15-ans-impunite/" class="spip_out" rel="external"depuis longtemps/a ; les mots d'ordre d'auto-défense antifascistes sont centenaires ; les affrontements, à Lyon particulièrement, sont récurrents. Mais nous avons là un fait social et politique qui n'intéresse pas, en règle générale, les médias dominants. Les défilés néofascistes, les expéditions racistes, les agressions et les meurtres commis par l'extrême droite ? Des faits divers, très rarement – pour ne pas dire jamais – des faits politiques, alors que dans le spectre des violences politiques, ils constituent incontestablement, de l'aveu des chercheurs spécialisés, la dynamique la plus saillante de la dernière décenniespan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire par exemple : « Isabelle Sommier, sociologue : "Les violences (…)" id="nh2"2/a]/span./p
pLe traitement médiatique n'a pas « seulement » occulté le contexte : il lui a instantanément préféré un cadrage articulé autour des liens réels ou supposés entre cette actualité… et LFI. Dès lors, le débat médiatique autour de la mort de Quentin Deranque s'est mué en véritable rouleau compresseur destiné à disqualifier, si ce n'est à criminaliser l'antifascisme en général, et LFI en particulier./p
/br
h3 class='article_intertitres'La « violence » de la gauche sous le feu des projecteurs/h3
p/brLe cadrage est hégémonique et tient dans une équation journalistique toute simple : si l'on voit de la violence politique dans la rue, c'est parce que LFI porte un « idiscours violent/i ». Voici, dans les premiers jours, le « contexte explicatif » que la presse veut bien entendre et laisser exister. Suivisme oblige, il coïncide avec les premières réactions du pouvoir politique et de l'extrême droite qui, tour à tour et sans attendre que les responsabilités pénales soient établies, vont unanimement pointer du doigt La France insoumise : « iIl faut appeler un chat un chat, La France insoumise encourage depuis des années un climat de violence/i », synthétise la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, sur BFM-TV (16/02)./p
pLes grands médias s'arrachent les acteurs les plus influents pour le spectacle, invités dans les formats les plus exposés à dérouler le leitmotiv : Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, est au 20h de France 2 le dimanche soir (15/02) ; Gérald Darmanin, ministre de la Justice, trône le même jour dans l'émission dominicale « Le grand Jury » du trio RTL - iLe Figaro/i - Public Sénat ; Jean-Philippe Tanguy dans celle du service public, « Questions politiques » (France Inter et Franceinfo, en partenariat avec iLe Monde/i)… Recueillies en toute complaisance, leurs déclarations font immédiatement l'objet de dépêches AFP, reprises par l'ensemble de la presse. Elles donnent le ton de la couverture qui va suivre : qu'on lise iLibération/i ou iLe Figaro/i, que l'on regarde CNews ou TF1, que l'on écoute RTL ou France Inter, personne ne trouve rien à redire à ce cadrage : la « violence » de LFI est une évidence au sein du journalisme politique et, pour la plupart des médias, sa « iresponsabilité morale/i » est la question qui s'impose./p
pElle est d'ailleurs le sujet de toutes les chroniques, de toutes les interviews politiques et de tous les éditos : « iQuand la violence verbale est ainsi banalisée/i, estime Patrick Cohen, ila violence tout court [...] est toujours au bout du chemin./i » (France Inter, 16/02) Le pluralisme est atone, les interviews se muent en gardes à vue pour les membres de LFI… et en boulevard de calomnies pour ses opposants. Bref, « l'actu » est partout la même : « iLFI dans la tourmente/i »./p
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div class='spip_document_16383 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/sequence_tourmente.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH204/sequence_tourmente-c4262.png?1771869306' width='500' height='204' alt='' //a
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p/brLe « deux poids, deux mesures » de la séquence opère également à cet endroit précis du cadrage, et le traitement de l'assassinat de Federico Martin Aramburú, si les faits ne sont pas réellement comparables, est à cet égard un bon indicateur. Dans cette affaire, Loïk Le Priol, principal suspect, mis en examen pour « assassinat », est un militant du GUD, dont les liens avec le Rassemblement National sont avérés. Invité sur France Inter après la mort de Quentin Deranque (17/02), Manuel Bompard reproche aux intervieweurs, qui consacrent alors 20 minutes sur les 28 de l'entretien à la mise en accusation de La France insoumise, de ne pas avoir fait la même chose avec l'extrême droite lors de l'assassinat d'Aramburú. La remarque indigne Benjamin Duhamel et Florence Paracuellos : « iBien sûr que nous l'avons fait !/i » Vérification faite : non, France Inter ne l'avait pas fait. Certes, l'assassinat de Federico Martin Aramburú était dans les journaux du matin, au 13h, et même dans ceux du soir. Mais dans les quinze jours qui ont suivi cet assassinat, pas moins de quatre représentants de l'extrême droite ont défilé dans la même case que Manuel Bompard, celle de 8h20 : dans l'ordre, Marion Maréchal, Nicolas Dupont-Aignan, Marine Le Pen, Éric Zemmour. Résultat ? Pas une seule question ne leur fut adressée à propos de l'assassinat de Federico Martin Aramburú, ni, ia fortiori/i, sur les liens entre le GUD et le RN ou plus généralement, sur la violence politique d'extrême droite. Pas une seule. À la même époque sur BFM-TV (25/03/22), Apolline de Malherbe posera bien la question à Jordan Bardella, lequel la balayera en une phrase : « iN'essayez pas de chercher des liens./i » Docile, l'intervieweuse n'y reviendra pas : la question n'était pas devenue le sujet prioritaire d'une interview… et encore moins un débat public national./p
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h3 class='article_intertitres'Excommunication de LFI/h3
p/brLe « discours violent » de LFI est un « ça va de soi » journalistique : les journalistes dégainent l'anathème en se croyant dispensés de toute argumentation, en même temps qu'ils passent sous silence la doctrine non-violente qui structure la philosophie du parti de gauche depuis sa naissance, laquelle est répétée clairement et régulièrement dans ses meetings et conférences. Ce refrain, bien sûr, a href="https://www.acrimed.org/La-gauche-irresponsable-ce-que-les-medias-font-au"n'est pas nouveau/a. Quelques signifiants creux permettent aux intervieweurs et aux débatteurs de synthétiser et rabâcher le crédo, comme la « brutalisation » ou la « bordélisation ». Mais que recouvrent réellement ces mots ? Lorsque les journalistes s'aventurent à les caractériser, c'est le drame : sur Franceinfo par exemple, Alix Bouilhaguet, qui n'en est pas à a href="https://www.blast-info.fr/articles/2025/chere-alix-bouilhaguet-boxing-day-58-SpNNP-67TQa2EW23G_Tftg" class="spip_out" rel="external"son premier usage de méthodes déloyales/a, est obligée d'aller piocher dans un meeting… de novembre 2022 pour retenir deux mots contre LFI : « iméthodes impactantes/i ». Remis en circulation sur les réseaux sociaux, le court extrait fabrique naturellement la question de cette grande enquêtrice face au député Alexis Corbière : « i[Jean-Luc Mélenchon] qui demande à ses militants dans la salle de passer à des "méthodes impactantes".... Est-ce que ça, il n'y a pas un crescendo dans une forme d'appel à la violence ?/i » (Franceinfo, 17/02) Une chose est sûre : parmi les commentateurs, il y a un crescendo dans une forme de n'importe quoi./p
pL'actualité a en tout cas donné une nouvelle vigueur à ce mantra journalistique déjà bien installé, et une nouvelle intensité à son matraquage. Il s'agit désormais de faire porter à La France insoumise la responsabilité non plus seulement d'un « discours violent », mais celle d'un homicide : « iAux soupçons d'antisémitisme, à la récente classification à l'extrême gauche, à la litanie des outrances verbales, s'ajoute désormais un mort. Celui de trop ?/i » (iL'Opinion/i, 17/02) « iIls viennent de buter un mec/i », lâche sans retenue le chroniqueur Jérôme Lavrilleux sur RMC (17/02). LFI est un « idanger public/i » en couverture de iL'Express/i, en « iextrême dérive/i » sur celle du iParisien/i ; Mélenchon est un « ipoison/i » à la Une de iLa Tribune dimanche/i et a du sang sur les mains dans iCharlie Hebdo/i./p
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div class='spip_document_16379 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/poison.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH171/poison-d6abb.png?1771869306' width='500' height='171' alt='' //a
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p/brDans ce bain de boue, l'extrême droite est à son aise. Elle fait l'agenda ; elle donne le ton... et la profession fait ce qu'elle a l'habitude de faire : caisse de résonance. Jordan Bardella décide-t-il opportunément de convoquer une conférence de presse ? Celle-ci se voit multi-télévisée en direct, avec son lot de bandeaux qui flashent, avant d'être commentée par les professionnels du bavardage comme s'il s'agissait d'une allocution présidentielle. Le dirigeant frontiste réclame-t-il un « front républicain » contre LFI ? C'est précisément ce dont vont discuter les journalistes, lesquels ne l'avaient, du reste, pas totalement attendu pour ce faire…/p
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div class='spip_document_16380 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/bardella-2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH273/bardella-2-834e2.png?1771869307' width='500' height='273' alt='' //a
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p/brAprès avoir à ce point normalisé l'extrême droite, il n'est pas étonnant que les grands médias installent ses mots d'ordre au cœur du débat public : des renversements relayés tantôt froidement comme autant d'actualités dignes d'intérêt – « Mort de Quentin Deranque : Jordan Bardella appelle à un "front commun" contre LFI » (AFP, 18/02) – tantôt très activement, notamment par les chaînes d'information en pointe dans la diabolisation forcenée de la gauche. « Lynchage de Quentin : LFI, nouvel ennemi ? », s'interroge par exemple Franceinfo (16/02) qui, la veille, n'hésitait pas à titrer l'un de ses plateaux : « Ultragauche, antisémitisme : LFI, ennemi politique n°1 ? » (15/02)/p
pCette séquence dessine un paysage dans lequel les médias d'information disparaissent au profit de salles d'interrogatoires, où les journalistes les plus en vue prennent le rôle de policiers… ou de procureurs. Une tendance que l'on observe sous ses traits paroxystiques dans l'audiovisuel, gangréné par l'éditorialisme sous toutes ses formes. Dans ce concert d'invectives et de partis pris à sens unique, le pluralisme est au tapis. À peu de choses près… Tout en apportant de l'eau au moulin en soutenant que LFI « iminimise, nie, et donc banalise la violence/i », Patrick Cohen entend tout de même dénoncer la « icampagne de rejet/i » qui vise le parti de gauche (France Inter, 18/02) : « iSi les mots ont un sens, si on considère que LFI est une organisation criminelle – puisque le mot a été prononcé –, alors il faut la mettre hors d'état de nuire./i » Si l'éditorialiste pensait dérouler un raisonnement par l'absurde, il est d'ores et déjà dépassé par la surenchère et l'hystérisation ambiantes : l'idée est en effet envisagée de façon très sérieuse par ses confrères et discutée comme telle sur plusieurs chaînes au même moment./p
pSur CNews, Éric Naulleau se pose ainsi « ila question de la légalité de LFI, de son interdiction/i ». Idem sur Franceinfo, où Agathe Lambret, intervieweuse du matin, interroge François-Xavier Bellamy sur l'opportunité « id'interdire LFI/i » (18/02). Sur un mode plus réservé, nombreux sont les éditorialistes à contempler leur œuvre en rêvant que cette séquence marque la « mort politique » de LFI. C'est le cas d'Isabelle Saporta sur LCI (18/02) : « iJe pense que c'est la fin de Mélenchon […]. Je pense qu'il n'y aura plus de deuxième tour de Mélenchon./i » Suivie un peu plus tard par Ruth Elkrief, qui ne livre pas les mêmes conclusions… mais témoigne du même espoir : « iEst-ce qu'il va survivre à cette crise ? Moi je crois hélas que oui… Ce n'est pas normal, ce ne serait pas normal…/i » Mettre LFI « hors d'état de nuire » : tel est bien l'objectif de la séquence politico-médiatique./p
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h3 class='article_intertitres'Haro sur l'antifascisme/h3
p/brL'autre renversement majeur, symptôme s'il en est de l'extrême droitisation généralisée du débat public, concerne bien sûr le traitement de l'antifascisme. À la faveur d'une symétrisation dépolitisée et totalement dénuée de sens, le récit journalistique fait état « au mieux » de « violences » entre « extrêmes »span class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Charlie Hebdo figure cette symétrie (16/02) : ." id="nh3"3/a]/span./p
pCertains commentateurs poussent l'orwellisation un cran plus loin : « l'antifascisme, c'est le fascisme ». Le slogan, qui demeurait jusqu'il y a peu l'apanage des habitués de CNews, se retrouve aujourd'hui sur le fronton de iMarianne/i :/p
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div class='spip_document_16378 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/marianne20260219.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L400xH537/marianne20260219-7dac7-d772a.jpg?1771869307' width='400' height='537' alt='' //a
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p/brDe toute façon « ile fascisme n'existe pas en France/i » : c'est Renaud Pila qui le hurle sur LCI (18/02). Thomas Legrand – qui trônait le mois dernier dans iLibération/i pour sonner l'alerte de la 25e heure au sujet de la « banalisation » de l'extrême droite –, titre aujourd'hui son billet : « S'acharner sur un homme à terre, ce n'est pas antifa, c'est fa ». Quand le bruit médiatique fait la boussole, l'inconséquence fait la ligne éditoriale…/p
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div class='spip_document_16381 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH536/legrand-814f3.png?1771869307' width='500' height='536' alt='' /
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p/brPoursuivons avec LCI qui, a href="https://www.acrimed.org/Desinformation-sur-la-ZAD-de-Notre-Dame-des"huit ans après s'être demandé si les zadistes étaient « ides "terroristes" comme les autres/i »/a suit la même dynamique en organisant un débat intitulé « Faut-il classer les antifas comme terroristes ? » (18/02) Le iJDD/i titre quant à lui sans point d'interrogation – « L'antifascisme, un terrorisme comme les autres » (17/02) – et iLe Figaro/i parle des « ifascistes de l'anti-fascisme/i » (15/02). iL'Opinion/i propose carrément d'« ien finir avec la rhétorique de l'antifascisme/i » (17/02). Sur CNews (17/02), Éric Naulleau résume : « iIl faut arrêter de dire militants antifascistes, ce sont des fascistes, ce sont des nazillons, ce sont les sections nazies qui tabassaient des opposants dans les rues de Berlin./i »/p
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centerstrong***/strong/center
p/brUne « iradicalisation de la diabolisation de l'antifascisme/i » : c'est dans les termes du sociologue Ugo Palhetaspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Sur le plateau de Mediapart, 17/02." id="nh4"4/a]/span que nous pourrions synthétiser la nature de cette séquence politico-médiatique. Loin d'être une rupture, et encore moins un accident, elle ne pouvait advenir que sur un terrain progressivement préparé par des années de a href="https://www.acrimed.org/Ce-que-nous-dit-l-acharnement-mediatique-contre"matraquage contre la gauche/a et de a href="https://www.acrimed.org/-Les-medias-et-le-Front-National-"normalisation de l'extrême droite/a. Ce qui pose, au fond, cette question : qui brutalise vraiment le débat public ?/p
p/brstrongJérémie Younes/strong, avec strongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLire par exemple le texte de Rokhaya Diallo « a href="https://www.mediapart.fr/journal/politique/200226/la-violence-politique-l-heure-du-deux-poids-deux-mesures" class="spip_out" rel="external"La violence politique à l'heure du deux poids, deux mesures/a » (Mediapart, 20/02)./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLire par exemple : « a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/02/19/isabelle-sommier-sociologue-les-violences-politiques-connaissent-une-augmentation-significative-avec-un-doublement-des-agressions-depuis-dix-ans_6667345_3232.html" class="spip_out" rel="external"Isabelle Sommier, sociologue : "Les violences politiques connaissent une augmentation significative avec un doublement des agressions depuis dix ans"/a », iLe Monde/i, 19/02./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spaniCharlie Hebdo/i figure cette symétrie (16/02) :/p
div class='spip_document_16385 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L300xH424/charlie-182a2.png?1771869630' width='300' height='424' alt='' /
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p./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanSur le a href="https://www.mediapart.fr/journal/politique/170226/l-antifascisme-risque-d-etre-diabolise" class="spip_out" rel="external"plateau de Mediapart/a, 17/02./p
/div/div
mar, 2026-02-17 09:21
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/albanese_lci-5093a.jpg?1771312886' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pUne députée propage une fake news, un ministre embraye… et les médias se font caisse de résonance./p/div
div class='rss_texte'pLe 7 février, la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires occupés palestiniens, Francesca Albanese, participe en vidéo à un forum de la chaîne qatarie Al Jazeera. Le lendemain, la députée Caroline Yadan reprend sur ses réseaux sociaux un visuel publié sur Instagram et X par une ancienne responsable de l'American Jewish Committee (AJC), qui met en exergue une (prétendue) citation de la rapporteuse lors de son intervention :/p
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div class='spip_document_16376 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH750/albanese_visuel-7d682.jpg?1771258858' width='500' height='750' alt='' /
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/div
p/brLa députée agrémente le visuel d'une « idemande [officielle] au Ministre des affaires étrangères de réagir en sollicitant la révocation immédiate d'Albanese de ses fonctions officielles à l'ONU/i » (X, 8/02). Le 10 février, la députée relaie un montage vidéo diffusé l'avant-veille par la chaîne Youtube de l'ONG UN Watch, décrite a href="https://www.lefigaro.fr/international/l-agence-de-l-onu-pour-les-refugies-palestiniens-a-nouveau-accusee-d-etre-infiltree-par-des-agents-du-hamas-20251107" class="spip_out" rel="external"par iDie Welt/i/a comme un « igroupe de pression pro-israélien/i ». Celui-ci contient une coupe de 46 secondes, qui tronque de la même façon que le visuel les propos de Francesca Albanese : a href="https://x.com/caissesdegreve/status/2021892249726906489" class="spip_out" rel="external"elle n'a pas prononcé « Israël est l'ennemi commun de l'humanité »/a./p
pAu départ, la manipulation (grossière) n'est reprise et endossée que par des titres marginaux. iCauseur/i, le 9 février : « iScandale : lors d'un forum organisé par la chaîne arabe Al Jazeera, la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens a déclaré […] que "l'humanité a un ennemi commun : Israël"/i ». Ou Atlantico, le 10 : « iObsédées résiduelles : Francesca Albanese désigne Israël comme "ennemi commun de l'humanité"/i »./p
pÀ compter du 10 février, la « polémique » prend une autre dimension, après que Caroline Yadan parvient à convaincre une cinquantaine de députés, la plupart de son groupe (Renaissance), d'adresser un courrier à Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, pour réclamer la démission de Francesca Albanese, sur la base de cette déclaration qu'elle n'a pas tenue. Atlantico, encore, publie une interview de Caroline Yadan (11/02), opportunité pour recycler une nouvelle fois, et dès la première question, la fake news sur « Israël ennemi de l'humanité » : « iQuelle est votre réaction à chaud quand vous voyez une chaîne financée par les Français presque glorifier Francesca Albanese, alors qu'au même moment elle s'affiche avec le Hamas pour désigner Israël comme "ennemi de l'humanité" ?/i » Il est frappant de constater que tout est faux dans cette question : Francesca Albanese n'a pas désigné Israël comme « ennemi de l'humanité » ; elle ne s'affichait pas avec le Hamas pour ce faire ; le a href="https://www.arte.tv/fr/videos/125537-000-A/disunited-nations-proche-orient-l-onu-dans-la-tourmente/" class="spip_out" rel="external"documentaire d'Arte/a sur lequel portait l'entretien, factuel lui, ne glorifiait en rien Albanese./p
pNonobstant, l'opération politico-médiatique de Caroline Yadan est un succès : le jour-même, lors des questions au gouvernement, diffusées sur LCP, la députée obtient que le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot condamne les propos imaginaires de Francesca Albanese et réclame sa démissionspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« La France condamne sans aucune réserve les propos outranciers et coupables (…)" id="nh1"1/a]/span. Les effets de l'officialité se font immédiatement sentir : une dépêche AFP tombe en fin d'après-midi et se retrouve partout. « Des "propos outranciers et coupables" : la France réclame la démission de la rapporteure spéciale de l'ONU pour les territoires palestiniens après des déclarations visant Israël » (11/02), reprennent par exemple France Info ou iLibération/i. Le fait que la dépêche contienne le verbatim exact de Francesca Albanese, qui montre clairement qu'elle n'a pas prononcé la phrase qu'on lui prête, n'empêche visiblement pas les rédactions de titrer sur « ides déclarations visant Israël/i »./p
pCNews en fait l'un de ses débats du soir et le présentateur Gauthier Le Bret cadre la discussion sur la fake news : « iLa rapporteure spéciale de l'ONU pour les territoires palestiniens accusée – c'est plus que des accusations parce qu'elle les a tenus ces propos, vous allez le voir dans le sujet – d'avoir tenu des propos plus qu'hostiles à Israël […]./i » Dans le sujet en question, la chaîne ne va pas jusqu'à diffuser le montage trompeur, et relaie même les dénégations de Francesca Albanese. Peu importe ! Erik Tegnér (iFrontières/i) en profite pour monter en généralité : « iCe n'est pas juste cette femme qui doit démissionner, c'est l'ONU qu'on doit démissionner !/i »/p
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div class='spip_document_16373 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/albanese_cnews.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH278/albanese_cnews-c7b02.png?1771250854' width='500' height='278' alt='' //a
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p/brJean Quatremer (iLibération/i) partage l'analyse, sur LCI le même jour : « iQuand on écoute ce qu'elle a dit juste avant, cet ennemi commun, c'est Israël/i », affirme-t-il après avoir diffusé un nouveau montage des propos de Francesca Albanese qui, justement… coupe ce qu'elle dit « juste avant ». Quatremer fait lui aussi part des dénégations immédiates d'Albanese sur les interprétations malveillantes de sa phrase, mais n'y croit pas beaucoup, lui non plus : « iÉvidemment qu'elle visait Israël. Et en fait ce qu'elle nous ressort madame Albanese c'est le vieux cliché du complot juif mondial qui a été popularisé par les nazis, mais qui a été revu à la sauce progressiste en complot sioniste mondial./i » Choqué, David Pujadas estime « iqu'on peut comprendre/i » certaines critiques portées par Francesca Albanese, « imais c'est autre chose de dire [qu'] Israël est l'ennemi commun de l'humanité/i ». À ce stade, rappelons que Francesca Albanese n'a jamais prononcé ces mots. Et notons qu'à la suite de sa chronique, Jean Quatremer va recevoir les félicitations publiques de Caroline Yadan sur X : « iMerci à Jean Quatremer pour cette démonstration implacable./i » (11/02)/p
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div class='spip_document_16374 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/albanese_lci.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/albanese_lci-3f09a.jpg?1771250854' width='500' height='281' alt='' //a
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p/brLe lendemain, certains titres commencent (enfin) à démonter la fausse information. C'est le cas par exemple du iParisien/i : « La rapporteuse de l'ONU pour les territoires palestiniens a-t-elle vraiment dit qu'Israël était "l'ennemi commun de l'humanité" ? » (12/02). De 20 minutes : « Non, Francesca Albanese n'a pas dit qu'Israël était "l'ennemi commun de l'humanité" » (12/02). Ou de France 24, qui y consacre sa chronique « Info ou Intox » : « "Israel est l'ennemi commun de l'humanité" : comment cette phrase a été attribuée à tort à Francesca Albanese » (12/02)/p
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div class='spip_document_16375 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/albanese_france24.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/albanese_france24-3b721.png?1771258858' width='500' height='281' alt='' //a
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centersmall(visuel produit par France 24 pour ses réseaux sociaux)/small/center
p/brDe façon beaucoup moins claire, iLe Monde/i glisse une information importante au détour d'un article consacré à la déclaration de Jean-Noël Barrot : « iLes autorités françaises n'ignorent pas que les accusations portées par Mme Yadan reposent sur un montage qui déforme à dessein l'intervention de Mme Albanese./i » Peu importe ! iLe Monde/i semble ne pas faire grand cas de cette « révélation », mais d'autres s'en saisissent, comme l'association des Juristes pour le respect du droit international (Jurdi), qui dépose un signalement pour « délit de diffusion de fausse nouvelle » auprès de la procureure de la République de Paris. iLe Figaro/i rapporte ce signalement et en profite pour réemployer la fausse citation dans son titre : « "Israël est l'ennemi commun de l'humanité" : la justice saisie après des accusations de propos antisémites contre une rapporteuse de l'ONU » (12/02)./p
pLe 12 février, alors que la fausse information est donc déjà « débunkée », Franceinfo invite sur son plateau l'ambassadeur d'Israël en France, Joshua Zarka, afin de commenter la fausse citation ! Nathalie Saint-Cricq tentera tout de même un semblant de contradictoire : « iElle se défend en disant que ses propos ont été tronqués…/i » Joshua Zarka l'interrompt et réitère qu'il est évident selon lui qu'elle « iveut dire […] Israël/i »./p
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centerstrong***/strong/center
p/brAu cours de ces quelques jours de propagation d'une fausse nouvelle forgée par le pouvoir politiquespan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Le 16 février, la CNCDH parle d'une « déformation manifeste de ses propos »." id="nh2"2/a]/span, Francesca Albanese a fait deux apparitions dans la presse française, une première sur France 24 (11/02) et une seconde a href="https://www.humanite.fr/monde/francesca-albanese/propos-tronques-sur-israel-francesca-albanese-retablit-les-faits" class="spip_out" rel="external"sur le site de iL'Humanité/i/a (12/02). Les deux fois, elle a fermement démenti les propos qu'on lui prêtait, vidéo et verbatim à l'appui. Peu importe ! Nous en sommes désormais au stade où un faux grossier peut prospérer dans les champs journalistique et politique, en toute connaissance de cause, pourvu qu'il permette de poursuivre une campagne de dénigrement. L'Allemagne, l'Autriche et l'Italie ont d'ailleurs embrayé dans la roue de la France, et demanderont officiellement la démission de Francesca Albanese fin février, lors du Conseil des droits de l'homme des Nations unies. La fake news a produit ses effets…/p
piAddendum (26/02) : Finalement, comme le précise a href="https://www.humanite.fr/monde/francesca-albanese/apres-avoir-calomnie-francesca-albanese-jean-noel-barrot-retropedale" class="spip_out" rel="external"/iL'Humanitéi/a, « la France n'a pas demandé la démission de la rapporteuse spéciale sur les Territoires palestiniens occupés, contrairement à ce qu'affirmait le ministre des Affaires étrangères »./i/p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« iLa France condamne sans aucune réserve les propos outranciers et coupables de Mme Francesca Albanese qui visent, non pas le gouvernement israélien dont il est permis de critiquer la politique, mais Israël en tant que peuple et en tant que nation, ce qui est absolument inacceptable./i »/p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLe 16 février, a href="https://www.cncdh.fr/actualite/lettre-du-bureau-de-la-cncdh-en-soutien-madame-francesca-albanese" class="spip_out" rel="external"la CNCDH parle/a d'une « idéformation manifeste de ses propos/i »./p
/div/div
lun, 2026-02-09 18:52
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L120xH150/vdn_mulliez-a859b.jpg?1770655958' class='spip_logo spip_logo_right' width='120' height='150' alt="" /
div class='rss_chapo'pLe patriarche de la famille Mulliez – Gérard, 94 ans, héritier d'une famille d'industriels roubaisiens du textile, fondateur du groupe Auchan, milliardaire –, n'a pas besoin de posséder un groupe de presse pour que la parution de sa biographie soit un « événement » médiatique. Complaisance partout, journalisme (presque) nulle part : la peopolisation des grands industriels bat son plein, et avec elle, a href="https://www.acrimed.org/Journalisme-economique-40-ans-de-catechisme"l'hagiographie médiatique du capital/a./p/div
div class='rss_texte'pC'est un « événement » : Gérard Mulliez, l'un des grands patrons les plus « isecrets/i » de France, se raconte pour la première fois dans une biographie signée par sa petite fille, Margaux Mulliez. Le « patriarche » et sa descendante ont pu compter sur Grasset (groupe Hachette, Bolloré) pour l'édition – par pur intérêt éditorial, cela va de soi –, et sur la presse dominante pour la promotion – au nom de l'information, cela va de soi aussi. Tous disposés à recevoir le récit que cette grande famille fait d'elle-même, les grands médias ont déroulé le tapis rouge : pleine page dans iLe Figaro/i, portrait dégoulinant dans iLibération/i, grands entretiens dans iOuest-France/i et iLa Voix du Nord/i, recensions dans iLe Monde/i et iLes Échos/i, passage dans la matinale de TF1…/p
p/brstrong iLe Figaro/i (2/02)/strong/p
pLe journal quotidien du groupe Dassault y consacre donc une pleine page. Le titre de l'article anticipe les critiques en népotisme et en copinage : « Margaux Mulliez, libre et fière de son nom ». iLe Figaro/i narre l'épiphanie de la petite Margaux qui, à 14 ans, voit son « iDaddy/i » Gérard sur la couverture du magazine iChallenges/i et comprend qu'elle appartient à une famille très riche : « iOui, mais tu sais, ce n'est pas sur le compte de Daddy, c'est sur ceux des entreprises/i », lui explique alors sa mère, nous rapporte iLe Figaro/i. Une distinction opérationnelle de la plus haute importance – du point de vue fiscalité – qui s'inculque manifestement très tôt chez les Mulliez./p
p« iFigure du capitalisme humanisé/i » (sic), « ientrepreneur audacieux/i » qui a « irévolutionné la grande distribution/i » : la journaliste Manon Malhère a sorti sa plus belle brosse à reluire pour Gérard Mulliez. Il ne reste pas une tache ! Aussi, Margaux Mulliez, auparavant honteuse de cet « ihéritage pesant/i », peut désormais assumer : « iLes riches sont très critiqués. La famille Mulliez moins que les autres. Ce livre m'a appris que je pouvais être fière de ce que portait mon grand-père. Aujourd'hui, j'assume entièrement mon nom./i » Son « iDaddy/i », raconte le journal, « ifondra en larmes lorsqu'elle lui offrira des épreuves du livre, à Noël dernier/i ». Touchant comme un film américain…/p
p/brstrong iLibération/i (4/02)/strong/p
pPour croquer l'héritière Mulliez, iLibération/i a choisi l'inénarrable Luc Le Vaillant. Le portrait de dernière page regorge d'« informations » cruciales, propres au format : « iSi l'œil est couleur châtaigne, le cheveu n'a rien de foncé. Surtout, elle est allante et enjouée, ne semble pas se compliquer la vie, ni trop se priver./i » Mais encore : « iA Margaux, on dit souvent : "Tu es extravertie, tu aimes parler." Et on ajoute : "Tu es sociable, tu n'as pas de problèmes pour rencontrer des gens."/i » Journalisme total./p
pDécidément mal à l'aise avec l'héritage et le piston, comme le montre la tournée promo qu'elle effectue dans la presse des milliardaires, Margaux Mulliez rompt un moment avec « ices falbalas dynastiques qui l'entravent/i », nous raconte Le Vaillant. C'est vrai qu'un héritage en milliards, ça entrave. « iSac au dos, elle met les bouts neuf mois durant, dormant en auberge de jeunesse/i », l'aventurière. Bien sûr, Margaux possède des actions Auchan – et ne veut pas dire combien. Mais l'héritière est comme nous, rassure iLibé/i : « iMargaux fait ses courses dans un magasin Auchan […]. Elle est habillée d'un pantalon Kiabi, enseigne du groupe, mais aussi d'un chemisier Sézane./i » Margaux est écolo et partage avec son papi, « ihéros des trente glorieuses/i » (sic), une passion pour la numérologie : « iS'il s'est confié à Margaux qui roule à vélo et considère l'écologie comme une évidence, c'est peut-être parce qu'ils ont en commun le chiffre 5. Lequel représenterait "le changement permanent, le goût du risque et l'indépendance"./i » Du très grand Le Vaillant !/p
p/brstrong iLes Échos/i (3/02)/strong/p
pLe journal économique du groupe LVMH n'est pas en reste : « iRemonter la vie de Gérard Mulliez grâce à la biographie écrite par sa petite-fille Margaux, c'est parcourir l'aventure Auchan et entrer dans les coulisses de l'une des familles les plus puissantes – et secrètes – de France./i » Argent, secrets et aventure : ce n'est pas la biographie d'un capitaliste français qui s'est enrichi grâce à l'exploitation des salariés du groupe, mais une saga d'action ! Dont il faut humaniser le héros : « iC'est "Daddy". Pour Margaux Mulliez, 36 ans, Gérard Mulliez est "un grand-père qui mangeait lentement en se faisant gronder par sa femme". Un nonagénaire qui espère vivre jusqu'à 120 ans, avec son petit verre de porto, sa passion pour l'astrologie et son antique Mercedes./i » Le titre de ce panégyrique ? « "Mulliez, avec tes yeux bleus, tu vas réussir" : la saga de l'empire Auchan racontée de l'intérieur »./p
p/brstrongTF1 (5/02)/strong/p
pLa chaîne amirale du groupe Bouygues ne pouvait perdre le peloton. Le 5 février, dans la matinale présentée par Bruce Toussaint, c'est le journaliste Karim Bennani qui y consacre sa chronique, « le point K » : « iM comme Mulliez. Margaux et Gérard Mulliez […], ce nom, vous le connaissez forcément, vous qui nous regardez ce matin, vous êtes à coup sûr au moins une fois dans votre vie allé faire vos courses dans un hypermarché Auchan ! […] Mais vous allez voir que le nom Mulliez a été difficile à assumer pour Margaux./i » Margaux Mulliez est effectivement en duplex, dans une vidéo enregistrée avec laquelle Bennani dialogue en faux direct. Dans celle-ci, l'anecdote au cours de laquelle elle découvre qu'elle est riche sur la couverture du magazine iChallenges/i ne se passe plus à 14 ans… mais « ià 16-17 ans/i ». Erreur du iFigaro/i, variation d'une légende qui n'est pas encore fixée ? Quoi qu'il en soit, Bruce Toussaint est touché par ce « malaise » : « iC'est intéressant, parce que ce nom en effet est associé au succès/i »…/p
p/brstrong iOuest-France/i (1/02)/strong/p
pDimanche 1er février, Margaux Mulliez est interviewée en majesté dans iOuest-France/i : « La saga Gérard Mulliez contée par sa petite-fille ». L'héritière est confrontée à des questions sans concession, telles que : « iÉtiez-vous consciente de l'importance de la saga Auchan ?/i » ; « iVous saviez qu'il avait inventé les centres commerciaux en France ?/i » ; ou encore « iPourquoi ce livre ?/i » Nous serions tentés de retourner la question à iOuest-France/i : pourquoi cette interview ?/p
p/brstrong iLa Voix du Nord/i (1/02)/strongbr class='autobr' /
Le plan com' de la dernière Mulliez quadrille la France : après l'ouest, voici iLa Voix du Nord/i. Le journal n'a pas lésiné sur les formats et c'est la cheffe du service économie, Valérie Sauvage, qui s'y colle : recension de l'ouvrage, grand entretien en binôme avec Margaux Mulliez et son « Daddy » Gérard, et même un podcast : « Les coulisses de notre rencontre exclusive avec Gérard Mulliez, fondateur d'Auchan » (5/02). On trouve dans la recension de iLa Voix du Nord/i d'autres informations de la plus haute importance, comme celle-ci : « iPour préparer son livre, Margaux Mulliez a lu des biographies, comme celle de Steve Jobs./i » C'est bon à savoir. « iNi révélations indiscrètes, ni voix dissonantes/i », remarque quand même Valérie Sauvage : « iL'histoire d'un homme qui a bâti un empire commercial. Un grand-père. Un homme d'affaires./i » Un héros ?/p
/br
div class='spip_document_16370 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH625/vdn_mulliez-62206.jpg?1770655486' width='500' height='625' alt='' /
/figure
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p/brstrong iLe Monde/i (4/02)/strong/p
pL'ouvrage ne passe pas non plus sous les radars du iMonde/i, où il bénéficie d'une recension plutôt positive signée de Cécile Prudhomme. « iLe livre parcourt […] un demi-siècle d'histoire économique et sociale/i » – un livre d'analyse, en somme –, et « iplonge le lecteur dans l'univers de cette famille, des industriels devenus des commerçants/i. » Le papier évoque tout de même les « idifficultés du groupe Auchan/i », et indique que « il'autrice ne s'[y] attarde pas/i ». iLe Monde/i non plus…/p
p/brstrong iChallenges/i (5/01)/strong/p
pEn revanche, le magazine iChallenges/i, lui, s'y attarde : « "Il porte la responsabilité de cet échec" : enquête sur l'impossible succession de Gérard Mulliez à la tête d'Auchan ». Noyé dans les produits médiatiques dérivés de cette biographie, le magazine est le seul à faire un tant soit peu de journalisme : « iA l'heure où sa petite-fille publie sa biographie, le fondateur d'Auchan, pionnier en France de la grande distribution, voit chanceler le vaisseau amiral. Son clan, mal préparé, est aussi écarté des affaires de la famille./i » Mais comme l'indique le chapô (et la raison d'être) de iChallenges/i, l'angle porte sur les intrigues financières ou capitalistiques, et concentre donc la critique… sur les « mauvais gestionnaires ». Il s'agit là de la seule et unique approche critique qu'on puisse trouver dans la presse française, laquelle laisse évidemment dans l'ombre l'essentiel : la grande distribution, le récit de l'exploitation, les grèves, a href="https://actu.fr/ile-de-france/paris_75056/paris-un-appel-a-la-greve-lance-apres-la-mort-d-un-interimaire-au-decathlon-de-la-madeleine_60198869.html" class="spip_out" rel="external"les morts au travail à Decathlon/a – et autres sujets déplaisants qui concernent le groupe Auchan. Ainsi, si le papier a le mérite de ne pas plonger à pieds joints dans le plan com' de la famille Mulliez, il n'en demeure pas moins dans les clous du périmètre médiatique autorisé./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brChaque semaine, des centaines de nouveaux livres sont publiés en France et la très grande majorité n'ont même pas le droit à un entrefilet dans la presse locale. Il en va autrement pour l'hagiographie signée de l'héritière Mulliez. La publication de cette biographie est une nouvelle occasion de constater a href="https://www.acrimed.org/Journalisme-economique-40-ans-de-catechisme"la bienveillance médiatique pour les grands capitalistes/a. Ainsi que ses effets : dépolitisation de l'économie, glorification de la figure de l'entrepreneur, mythification de leurs récits… et ce faisant, dissimulation de l'exploitation./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
ven, 2026-02-06 17:53
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/lci1-1184e.png?1770393196' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pLes meurtres successifs de deux citoyens américains par la police fédérale de l'immigration (ICE) ont déclenché en France, à côté des traditionnels réflexes du journalisme de préfecture et des embardées télévisuelles racistes, une séquence éditoriale surprenante, au cours de laquelle on a vu iLe Figaro/i dénoncer les violences policières et LCI parler de fascisme./p/div
div class='rss_texte'/br
h3 class='article_intertitres'Journalisme de préfecture (américaine)/h3
p/brSamedi 24 janvier, 19h05, alerte info. L'Agence France Presse rapporte sur ses réseaux sociaux le meurtre d'un homme à Minneapolis dans des termes pour le moins vagues : « iUn homme est mort samedi à la suite de tirs par des agents fédéraux à Minneapolis./i » Cet homme, Alex Pretti, a en réalité été abattu au sol de 10 balles dans le dos, et au moment où l'AFP formule son alerte info, plusieurs vidéos qui cumulent des centaines de milliers de vues sur les réseaux sociaux le montrent sans équivoque possible. Les seules précisions que l'agence de presse consent à apporter sont les suivantes : « iLe ministère américain de la Sécurité intérieure a affirmé que l'homme était armé d'un pistolet semi-automatique et avait "violemment résisté" avant qu'un agent "craignant pour sa vie" ne tire sur lui./i » Le cadrage de l'AFP produit son effet : la « version officielle » devient l'intertitre de la dépêche, reprise partout. Les réflexes du journalisme de préfecture sont bien incrustés, même face à une administration Trump rodée aux intox : avant toute enquête, l'AFP se sent donc l'obligation de mettre en avant la version policière – même si elle dément le réel que le monde entier a sous les yeux./p
pLes effets de l'officialité se font aussi sentir au iParisien/i, le lendemain matin (25/01) : « iLa mort par balle de cet Américain a déclenché de vives protestations hier dans diverses villes/i ». Le meurtre est devenu une « mort par balle », et l'information principale n'est pas la mort d'Alex Pretti, mais les « vives protestations » que celle-ci a entraînées. iLe Figaro/i (25/01) prend le même angle, avec un choix de mot encore plus curieux en titraille : « Après une nouvelle fusillade mortelle impliquant la police de l'immigration, Minneapolis au bord de l'insurrection ». Si la « mort par balle » relevait de l'euphémisme, la « fusillade », qui laisse entendre des échanges de tirs, confine à la désinformation. iLe Parisien/i décrit cette exécution comme une « altercation » : « iCet infirmier est décédé après une altercation avec des agents fédéraux./i » « iL'administration Trump a affirmé que l'homme s'apprêtait à mettre [les agents] en danger/i », ajoute le journal. Tant pis pour le réel./p
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h3 class='article_intertitres'« Faut-il une police de l'immigration en France ? »/h3
p/brCes éléments de cadrage mensongers ne vont toutefois pas résister longtemps à la brutalité des images, décortiquées dans l'heure par les médias américains, qui prouvent qu'Alex Pretti ne s'est jamais montré menaçant et a été abattu alors qu'il était au sol et désarmé. Les titres s'adaptent, iLe Parisien/i, l'AFP, iLe Figaro/i, et en réalité la quasi-totalité de la presse parlent finalement d'un homme « tué par la police », d'un « assassinat », « d'un meurtre », ou d'une « exécution », deux semaines après celle de Renee Good, déjà à Minneapolis. Pas de quoi troubler BFM-TV qui, le lendemain (25/01), reçoit Éric Zemmour et ouvre son entretien par une question sur ICE et le meurtre d'Alex Pretti : « iQu'est-ce que vous avez ressenti quand vous avez vu ces images ?/i », lui demande, la voix tremblante, le présentateur Guillaume Daret. Zemmour répond que « iles opposants de Donald Trump/i » essayent de « iprofiter de cette affaire […] pour arrêter la politique d'immigration qui est un immense succès/i », ce qui amène Guillaume Daret à sa question principale : « iC'est un modèle pour vous, cette police de l'immigration ?/i » Au lendemain d'un crime policier diffusé en mondovision, voici la question qui taraude le présentateur, qui la réitère quatre fois ! Il finit par obtenir une réponse : « iIl faudra adapter à la France et aux structures françaises, mais il faudra être impitoyables, oui !/i »/p
pL'extrait manifestement recherché et obtenu par le présentateur est multi-diffusé sur l'antenne au cours de la journée. Le soir, dans une autre émission, BFM-TV y revient. L'invité est cette fois le député RN Laurent Jacobelli, et la présentatrice Émilie Broussouloux lui présente l'extrait de Zemmour. En plateau, l'un des principaux « contradicteurs » est le directeur de la rédaction de iValeurs Actuelles/i, Tugdual Denis. Toutes les nuances de l'extrême droite sont représentées pour discuter de la question que BFM-TV met à l'ordre du jour : faut-il une police de l'immigration en France ?/p
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div class='spip_document_16365 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/bfm1-2-c8c45.png?1770392231' width='500' height='281' alt='' /
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p/brSud Radio se pose la même question (27/01) : « Et si la méthode Trump marchait en France ? ». Pour en parler, Périco Légasse reçoit a href="https://www.liberation.fr/checknews/qui-est-nicolas-conquer-ex-zemmouriste-et-inlassable-promoteur-de-trump-sur-les-chaines-dinfo-20260128_TVKWTAFCNZBWBC6VCJWTAVJL2I/" class="spip_out" rel="external"Nicolas Conquer/a, un obscur lobbyiste pro-Trump, ancien candidat soutenu par le RN aux législatives, que la presse réactionnaire adore. Pour commenter cette actualité, France Inter s'entoure elle de Marion Maréchal, qui qualifie les meurtres « id'accidents malheureux/i » (26/01). iLe Figaro/i (26/01) parle lui de « iméthodes contestées/i » et évoque les « iexcès qui sont reprochés/i » à ICE. « iNous on a la culture inverse/i, commente Tugdual Denis (BFM-TV, 26/01), itrop restrictive sur le plan juridique et qui empêche à peu près de faire quoi que ce soit contre l'immigration/i ». Atlantico se demande alors : « Lutte contre l'immigration illégale : jusqu'où les Français seraient-ils prêts à aller après la tempête ICE ? » (27/01) Arno Klarsfeld en a une idée, qu'il avait exprimée sur CNews le soir même du meurtre de Pretti (24/01) : organiser, « icomme Trump/i », « ides rafles un peu partout/i » en France pour « ise débarrasser des OQTF/i » et des « iasociaux/i » :/p
blockquote class="spip"
pC'est compliqué de se débarrasser de tous les asociaux qui sont OQTF. Regardez ce que fait Trump aux États-Unis, il le fait, c'est-à-dire qu'il a décidé une politique et une politique dure, d'envoyer des forces qui sont dures aussi, et qui commettent parfois des erreurs. Si on veut se débarrasser des OQTF, il faut organiser, comme fait Trump avec ICE, des sortes de grandes rafles un peu partout. Mais en organisant des grandes rafles, c'est-à-dire en essayant d'attraper le plus d'étrangers en situation irrégulière on commet aussi des injustices. On ne peut pas faire ça sans commettre parfois des injustices, on a bien vu la dame qui s'est fait tirer dessus […] dans le Minnesota. Donc c'est compliqué, ça nécessite une stratégie politique, avec l'intention même de commettre parfois des injustices, donc c'est pour le bien de l'État…/p
/blockquote
pPour une fois, les horreurs proférées sur CNews ne passent pas inaperçues et provoquent un tollé, a href="https://www.franceinfo.fr/societe/justice/le-conseil-d-etat-engage-une-procedure-disciplinaire-contre-arno-klarsfeld-apres-ses-propos-sur-cnews_7768466.html" class="spip_out" rel="external"jusqu'au Conseil d'État/a. L'AFP fait une dépêche, les articles fusent et Klarsfeld est de retour le lendemain sur l'antenne pour expliquer qu'il n'a pas dit ce qu'il a dit. « iJe ne vous ai pas repris/i [sur le mot rafle], lui explique le présentateur, ien vertu de l'histoire de votre famille/i »./p
/br
h3 class='article_intertitres'La presse contre les violences policières ?/h3
p/brSi ces dérapages et ces usages médiatiques opportunistes ont bel et bien existé, il faut reconnaître qu'ils n'étaient pas majoritaires dans le traitement de la séquence. Depuis des mois d'ailleurs, la presse française faisait la chronique des violences de l'ICE : « Les moyens colossaux et les méthodes brutales de l'ICE, la police de l'immigration déployée par Donald Trump » (iLe Monde/i, 9/07/25) ; « La police de l'immigration continue de semer la terreur à Los Angeles » (iOuest-France/i, 14/07/25) ; « "Ils veulent intimider les gens" : les inquiétantes dérives de l'ICE » (iL'Express/i, 16/07/25) ; « Los Angeles : une juge ordonne à l'Administration Trump de stopper les contrôles au faciès » (iLe Figaro/i, 12/07/25) ; « Nombre record de décès dans les cellules de la police de l'immigration américaine » (iCourrier international/i, 2/07/25). À côté de ces approches critiques existaient bien sûr des biais habituels de l'information policière, spectacularisation et dépolitisation : comme lorsque la presse dans sa quasi-totalité a titré sur le recrutement du « superman des années 1990 » par l'ICE : « Dean Cain, le Superman des années 1990, rejoint la police de l'immigration américaine » (iLe Figaro/i, 3/07/25) : « il'ancien Clark Kent veut "apporter sa pierre à l'édifice"/i »…/p
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div class='spip_document_16368 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/superman.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH369/superman-61a59.png?1770392232' width='500' height='369' alt='' //a
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p/brL'intérêt de la presse française pour les agissements de l'ICE ne fut pas constant, mais l'on remarque deux pics d'intérêts (avant les assassinats de Good et de Pretti), en juillet puis en octobre 2025span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Dans la foulée de moments de « tensions » ou d'annonces de surenchères (…)" id="nh1"1/a]/span. On pouvait lire à cette occasion des choses inédites, comme un reportage du iFigaro/i… du côté des immigrés mexicains qui se cachent de la police (6/10/25). De même, dans iL'Opinion/i, ce titre sans concession : « Aux Etats-Unis, la répression migratoire en roue libre » (16/10/25). Ou encore dans iLe Parisien/i (28/10/25) : « "On devrait chasser ICE hors de nos villes" : ces Américains qui se mobilisent contre la police de l'immigration ». Autant d'angles qui dénotent franchement avec la ligne éditoriale habituelle de ces journaux. Il est manifestement plus facile de dénoncer les violences et les meurtres policiers quand un océan sépare les éditorialistes des meurtriers. Ou quand les syndicats policiers n'ont pas envahi les plateaux dans la demi-heure…/p
pDe façon tout aussi surprenante, on a pu voir du véritable journalisme… au 20h de France 2. S'appuyant sur des a href="https://multinationales.org/fr/a-chaud/actualites/comment-un-champion-du-cac40-aide-l-ice-de-trump-a-traquer-les-migrants" class="spip_out" rel="external"informations de l'Observatoire des multinationales/a, « l'Œil du 20h » va en effet révéler lundi 26 janvier qu'un fleuron du CAC 40, l'entreprise Capgemini, bénéficie de juteux contrats avec l'ICE, qu'elle aide grâce à ses logiciels pour identifier et localiser des personnes étrangères à pourchasser – comble du cynisme : les contrats prévoient une prime à la performance. Ces informations vont être reprises par toute la presse, faire l'objet de questions politiques dans les matinales, et les journaux vont tenir la chronique jour après jour des réactions, jusqu'à l'annonce par Capgemini de la vente de sa filiale./p
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h3 class='article_intertitres'« Oui, c'est du fascisme »/h3
p/brUne partie de la presse ne va pas s'en tenir à la dénonciation des crimes policiers ou aux révélations sur les bonnes affaires des fleurons français de la surveillance. Dans la foulée du meurtre d'Alex Pretti, de nombreux titres qualifient cette police fédérale de l'immigration américaine de « milice » : « imilice assassine/i », « imilice trumpienne/i », « imilice Maga/i ». Or, une milice d'État, c'est le propre du fascisme, croit savoir l'éditocratie. Le mot « tabou » est lâché une première fois par le très modéré journal américain iThe Atlantic/i, qui répond à la question dès le titre : « Oui, c'est du fascisme » (25/01). Par des effets de recopiages journalistiques bien connus, David Pujadas s'autorise donc à poser explicitement la question dans son émission du 26 janvier sur LCI : « iSommes-nous dans le pré-fascisme […] ?/i » Le présentateur va plus loin dans son cadrage de la question : « iC'est clair et net qu'il y a eu une sorte de meurtre d'État./i »/p
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div class='spip_document_16367 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/lci1.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/lci1-957ea.png?1770392232' width='500' height='281' alt='' //a
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p/brSi la question du fascisme est posée franchement, la réponse du plateau est « plutôt non », nous sommes tout de même sur LCI : « iNon, je trouve le mot trop fort, enfin en tout cas je ne le reprendrais pas à mon compte/i », modère Jean-Dominique Merchet. Quelques jours plus tôt, France 24 se posait la même question après le meurtre de Renee Good : « Le trumpisme est-il un fascisme ? » (20/01). Le Figaro Vox résiste à moitié à la tentation, en interrogeant le journaliste américain Fareed Zakaria (28/01) : « iJe ne veux pas faire de comparaisons faciles avec les années 1930, ce serait injuste et simplificateur. Mais il existe une similitude […]./i » iLe Point/i quant à lui fait le tour du « itrumpisme honteux/i » qui traverse toute la droite française après ces deux meurtres de l'ICE, en singularisant Édouard Philippe, seul à parler de « iproto-fascisme/i » selon le magazine. Mais le journal qui, à la suite de ces deux meurtres filmés, s'est montré le plus affirmatif sur la nature du régime trumpien est sans conteste iLibération/i. Le journal a fait assaut éditorial sur la question du fascisme : d'abord avec un « billet » du journaliste Adrien Collin, dont le titre donne la substance : « Cessons de tergiverser, le trumpisme est un fascisme » (26/01) : « iTrop longtemps, de peur de jouer les Cassandre, on a rivalisé de prudence en voyant sauter les digues une à une. […] Mais il faut se rendre à l'évidence : le pouvoir en place à Washington […] est de nature fasciste. Le mot doit désormais être utilisé./i » Puis par un papier du correspondant européen Jean Quatremer (28/01) : « Une brochure américaine de 1945 prédictive du fascisme trumpien ». Le lendemain par un éditorial de Thomas Legrand (29/01) : « iDepuis quelques années, le débat politique relativise le fascisme qui vient/i », écrit Legrand, comme s'il n'était pas lui-même, depuis sa position d'éditorialiste politique, un éminent acteur dudit débat politique. Enfin par un reportage à Londres au sein de « l'ICE list », un collectif qui identifie et dénonce en ligne les agents masqués de cette police fédérale de l'immigration (1/02) : « Combattre le fascisme a toujours été un effort collectif ». Reste maintenant à savoir si la rédaction de iLibération/i en tirera toutes les conséquences quant à sa couverture des États-Unis.../p
pComment expliquer ce qui ressemble, selon de nombreux commentaires d'internautes sous ces publications, à un réveil tardif ? Sont-ce des effets cumulatifs, un an après le retour de Trump au pouvoir ? Est-ce le choc des images qui, coup sur coup, a produit ses effets ? Une dépendance moins directe au pouvoir politique et aux sources policières américaines ? Sans doute un peu de tout cela, mais aussi les identités inhabituelles de ces deux victimes de crimes policiers, une « mère de famille », « militante pacifiste », et un « infirmier », soignant de vétérans de l'armée. Tous deux américains, blancs, et âgés de 37 ans. On ne peut que remarquer que les précédents crimes de cette police de l'immigration, qui concernaient tous des immigrés latinos, noirs ou asiatiques, n'avaient pas provoqué le même enflammement éditorial, ni ici ni ailleurs. En juin 2025 par exemple, iLe Figaro/i informe de la mort d'un homme détenu dans les geôles de l'ICE : les circonstances sont « iindéterminées/i », et l'homme n'a pas de nom ni de visage : « États-Unis : décès d'un Mexicain dans un centre de détention pour immigrants » (13/06/2025). Idem en juillet, quand une dépêche de l'AFP nous apprend la « mort d'un ouvrier à la suite d'un raid anti-immigration dans des fermes de cannabis » (13/07/25). Nous pourrions égréner ainsi les exemplesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Pas moins de 37, recensés sur une page Wikipedia dédiée (uniquement (…)" id="nh2"2/a]/span, jusqu'au meurtre de Keith Porter, citoyen américain, noir, abattu par un policier de l'ICE le soir du nouvel an. « États-Unis : Keith Porter, la victime non médiatisée de l'ICE », écrit iPolitis/i a href="https://www.politis.fr/articles/2026/01/etats-unis-keith-porter-la-victime-non-mediatisee-de-lice/" class="spip_out" rel="external"dans un édito/a (14/01) : « iCe deux poids deux mesures révèle une vérité dérangeante : face à la violence de l'ICE, toutes les vies ne comptent pas de la même manière./i »/p
pDe la même façon, et plus proche de nous, comment ne pas voir que a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/200126/une-information-judiciaire-ouverte-apres-la-mort-en-garde-vue-d-el-hacen-diarra" class="spip_out" rel="external"la mort d'El Hacen Diarra/a dans un commissariat du 20e arrondissement de Paris, dans la nuit du 14 au 15 janvier, n'a pas provoqué la même série de questionnements éditoriaux – c'est le moins que l'on puisse dire – ni sur le rôle de la police, ni sur ses violences racistes et systémiques, ni sur la nature du régime qui les tolère. Arrêt sur images a consacré a href="https://www.arretsurimages.net/emissions/arret-sur-images/les-etats-unis-la-france-et-la-police-lautoritarisme-en-commun" class="spip_out" rel="external"une émission entière/a à cette question de la réception différenciée des violences policières, en fonction de la victime et du lieu. Ce ne sont pourtant pas les similitudes avec les deux cas américains qui manquent dans différentes affaires retentissantes en France. On pense par exemple à la mort de Souheil El Khalfaoui à Marseille en 2019 : comme Renee Good, il a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/090222/deces-de-souheil-lors-d-un-controle-de-police-la-famille-porte-plainte-contre-l-igpn" class="spip_out" rel="external"a été tué par un policier/a, à bord de son véhicule ; comme pour Renee Good, les autorités ont organisé l'impunité en plaidant la légitime défense, puis a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/260625/mort-de-souheil-el-khalfaoui-les-scelles-egares-au-tribunal-de-marseille-ont-ete-retrouves" class="spip_out" rel="external"en dissimulant des preuves/a ; comme pour Renee Good, la presse s'est largement fait le relais de cette version policière. Mais imagine-t-on David Pujadas parler à ce moment-là de « meurtre d'État » ?/p
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centerstrong***/strong/center
p/brIl est donc peu probable, nonobstant le choc que semblent avoir produit ces deux meurtres filmés, que la presse française en tire des conséquences dans son traitement général des violences policières. Il suffit de voir qu'à la faveur d'une proposition de loi LR, la sempiternelle question d'une « présomption de légitime défense » pour les policiers a pu tranquillement se réinstaller dans le débat public quelques jours après ces meurtres. « iD'un côté, la conviction d'un enjeu réel pour les forces de l'ordre/i, écrit le site de BFM-TV (31/01), faisant la retape de son interview complaisante du ministre de l'Intérieur. iDe l'autre, la crainte d'un "sentiment d'impunité policière"/i ». Un sentiment…/p
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figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/bfm2-2-cc2b5.png?1770392232' width='500' height='281' alt='' /
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p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
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div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanDans la foulée de moments de « tensions » ou d'annonces de surenchères sécuritaires, comme lorsque Donald Trump a déployé la garde nationale et décrété l'état d'urgence dans plusieurs grandes villes « démocrates », à Los Angeles, Washington, puis Chicago./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanPas moins de 37, recensés sur a href="https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_deaths_in_ICE_detention" class="spip_out" rel="external"une page Wikipedia/a dédiée (uniquement disponible en anglais)./p
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mar, 2026-02-03 13:04
div class='rss_chapo'pEntretien./p/div
div class='rss_texte'pPablo Aiquel est secrétaire général du Syndicat national des journalistes CGT (SNJ-CGT) et vice-président de la Fédération Européenne des journalistes (EFJ). Il est aussi franco-vénézuélien et ancien correspondant à Caracas de nombreux médias francophones au moment de la révolution chaviste, en 1998. Pourtant, il n'a pas été sollicité par les grands médias au moment de l'agression impérialiste des États-Unis au Venezuela, le 3 janvier 2026, qui lui ont préféré les toutologues de la géopolitique. Pablo Aiquel répond à quelques questions sur le traitement journalistique de cet événement, et sur les angles morts habituels inhérents à la fonction de correspondant à Caracas./p
p/brstrongAcrimed : Pouvez-vous nous parler de votre expérience en tant que correspondant au Venezuela ?/strong/p
pstrongPablo Aiquel :/strong Je suis Vénézuélien, et j'ai fait mes études en France. J'ai été diplômé de l'école de journalisme de Lille en 1997. Et j'avais vocation à rentrer au Venezuela pour y travailler. C'est ce que j'ai fait. Je suis arrivé au Venezuela fin 1997, en gros, un an avant la première élection de Chávez. Mais j'étais un correspondant particulier, parce que contrairement à d'autres correspondants français ou francophones à l'étranger, la correspondance était pour moi un complément de salaire et pas mon travail à temps plein. J'étais journaliste dans des médias importants au Venezuela, j'ai passé un an à iEl Universal/i – qui est l'équivalent en gros du iFigaro/i ici. Et j'ai passé deux ans au iNacional/i – qui est en gros l'équivalent du iMonde/i ici. J'ai eu aussi une émission de radio en français, parrainée par l'ambassade de France. Ils m'ont embauché pour animer une émission de radio pendant des années pour la communauté francophone du Venezuela. Donc j'avais aussi plusieurs points d'observation de la société vénézuélienne, et je gardais toujours un lien avec la France ou avec la langue française./p
pEn tant que correspondant, principalement, j'ai travaillé pour Radio France Internationale en espagnol, mais aussi de temps en temps en français. Parfois pour la Radio Suisse Romande ou pour Radio-Canada. Et en presse écrite, j'ai surtout travaillé pour iLibération/i. Mais aussi ponctuellement pour iLe Point/i, pour 24h.ch en Suisse, et je ne me souviens même plus combien d'autres journaux. J'ai aussi beaucoup travaillé comme « fixeur » francophone, quand des journalistes télés venaient au Venezuela. France 2, France 5… Je suis rentré en France en 2003, pour plein de raisons, et en 2006, j'y suis retourné avec France 2 pour « Un œil sur la planète », au moment des élections, avec Arnauld Miguet et Édouard Perrin, parce que mes réseaux, notamment dans les milieux chavistes, étaient encore très bons. Nous avons d'ailleurs interviewé les parents de Chávez pour faire un portrait de Chávez sans Chávez./p
p/brstrongSur quels sujets étiez-vous sollicité par la presse française, pour parler du Venezuela ?/strong/p
pJe dirais que mon boulot comme correspondant a commencé par le sommet ibéro-américain de Margarita. C'était en 1997, donc avant que Chávez ne soit élu, avec Aznar, Fidel Castro et plein d'autres présidents de l'époque. Globalement, avant que Chávez ne soit élu, le Venezuela intéressait relativement peu en France. Et donc je n'avais pas énormément de boulot comme correspondant. Ensuite, une fois que Chávez a été élu, forcément, ça a mis le Venezuela sous le feu des projecteurs. Mon travail en tant que correspondant était très rythmé par l'actualité et les montées de tensions, que ce soit entre États ou quand il y avait des manifestations anti-chavistes. Je me souviens, par exemple, des tensions et des rencontres entre Chávez et Álvaro Uribe Vélez, qui était le président de droite colombien à l'époque. J'ai couvert ce type de rencontres bilatérales. On était une flopée de correspondants étrangers à suivre ce type de rencontres avec Chávez et Álvaro Uribe. Ils s'invitaient, ils se faisaient des étreintes – un peu à la Macron-Trump – et à d'autres moments, ils s'engueulaient à distance, ils s'insultaient presque. Donc ce type de rapport avec la droite colombienne était relativement suivi. C'est ça qui intéressait les journaux et non pas les enquêtes de terrain qui faisaient comprendre pourquoi les quartiers populaires avaient un attachement profond au chavisme naissant./p
pEt puis, il y a eu le moment où les manifestations de Chávez face à l'opposition ont vraiment pris de l'ampleur, en 2001-2002. Et notamment le coup d'État manqué, ou plutôt réussi mais éphémère, d'avril 2002, qui a été un peu le climax de mon travail au Venezuela. Je faisais beaucoup de radio à l'époque, et ces journées du 11, 12 et 13 avril, j'ai eu l'impression d'avoir travaillé presque 24 heures sur 24 et d'avoir témoigné pour de très nombreux médias de la francophonie./p
p/brstrongPouvez-vous développer sur le manque d'intérêt des rédactions pour les reportages de terrain que vous proposiez, au profit des rencontres diplomatiques ?/strong/p
pC'est pour cela que je disais que j'étais un peu un correspondant particulier. Dans la dernière partie de mon travail au Venezuela, j'ai travaillé pour iEl Nacional/i, entre 2001 et 2003, d'abord au service enquête puis au service politique. Et le iNacional/i avait été un journal qui, jusqu'à début 2000 disons, jusqu'à la première élection présidentielle sur la base de la nouvelle constitution, avait été plutôt favorable au mouvement bolivarien. Le directeur du journal, a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Alfredo_Pe%C3%B1a" class="spip_out" rel="external"Alfredo Peña/a, a été un élu du Mouvement pour la Cinquième République de Chávez (Movimiento Quinta República). Mais assez rapidement, après la première élection de 2000 et avec les premières décisions de Chávez, comme la réforme agraire, des choses peut-être un peu basiques mais qui n'allaient pas nécessairement en faveur des intérêts du capital, ils avaient retourné assez vite le journal contre Chávez. On se retrouvait dans une situation dans laquelle il y avait une guerre entre les médias privés qui essayaient de dézinguer le gouvernement, et les médias publics qui essayaient de le défendre. Cette polarisation est arrivée assez vite et d'une manière assez impressionnante pour certains alliés de 1999-2000 qui assez vite, en 2001-2002, étaient devenus des opposants. Le travail qu'on m'a fait faire, quand on m'a embauché au iNacional/i, c'était justement d'aller couvrir les secteurs populaires du chavisme naissant et d'essayer de comprendre pourquoi, dans les quartiers populaires, on pouvait à un moment donné en avoir ras-le-bol du maire chaviste, du député chaviste. Et éventuellement, quand est-ce que l'état de grâce avec Chávez allait se terminer ? C'est la commande qui m'était faite./p
pMais ces reportages de terrain m'ont permis de cerner assez vite que l'identification des quartiers populaires avec Chávez était viscérale et que même s'ils étaient plutôt déçus de tel maire ou de tel député, le lien avec Chávez était extrêmement fort et qu'il n'allait pas s'éteindre si rapidement. Je proposais donc des reportages pour expliquer cela, mais ce n'était pas ce qui intéressait les rédactions étrangères./p
p/brstrongEst-ce que cette polarisation qui est arrivée très vite a eu des effets sur votre travail de correspondant, sur le type de sujets que l'on vous commandait ?/strong/p
pOui. Avec, comme je le disais plus tôt, une focalisation sur les moments de « montée de tension ». Parfois je proposais des sujets plus froids, sur des situations qui me paraissaient intéressantes. On me disait « non, on ne va pas prendre, personne n'en parle ». En revanche, si quelques jours plus tard, il y avait des montées de tensions en manifestation, et que l'AFP faisait une dépêche, à ce moment-là, on m'appelait pour que je fasse le papier. J'avais envie de dire « mais je te l'ai dit il y a 5 jours, on aurait pu devancer l'AFP ». Donc un fort intérêt pour cette mise en scène entre, d'un côté, les manifestations chavistes, de l'autre côté, les manifestations anti-chavistes. Mais relativement peu sur du reportage, du terrain, qui permettent de faire un pas de côté, d'essayer de comprendre vraiment le pays./p
p/brstrongPour préparer cette interview, vous nous avez parlé de « l'isolement sociologique » des correspondants au Venezuela – qui n'aide pas pour comprendre la société. Pouvez-vous développer ce point ?/strong/p
pOui, c'est l'autre témoignage que je peux apporter comme ancien correspondant. Je ne voyais aucun inconvénient à ce que, quand il y avait des temps forts, les médias pour lesquels je travaille envoient quelqu'un, un envoyé spécial. Mon expérience comme fixeur télé m'avait fait voir que c'était aussi intéressant qu'un journaliste canadien, un journaliste suisse, un journaliste français vienne voir de lui-même et fasse lui-même le travail, même si je peux l'aider en lui donnant quelques contacts, des sources. J'avais notamment – ça peut surprendre – des sources francophones dans les quartiers populaires chavistes. Mais j'ai été souvent surpris que certains journalistes veuillent à tout prix rester dans les quartiers huppés de Caracas, dans l'hôtel qui est tenu par un Français, à rendre compte de la vision de cette famille, disons des Français de Caracas et de leur entourage. Ils n'allaient pas dans les quartiers populaires, ils n'allaient pas interroger des intellectuels favorables au mouvement bolivarien, etc., ce qui revenait de fait à privilégier un narratif « anti-chaviste ». Et à la limite, quand ils tendaient le micro à des partisans du chavisme c'était sous la forme du micro-trottoir – ce qui ne permet que d'évoquer des positions simples. Il y a une richesse et une complexité politique dans ce pays dont la presse ne rend pas du tout compte./p
p/brstrongDe même, en lisant la presse française et même internationale, on a l'impression qu'il n'existe qu'une seule opposition au Venezuela et que c'est celle de María Corina Machado. Il n'existe pas de gauche anti-Maduro, de droite modérée, de centristes, etc. ?/strong/p
pC'est vrai que c'est important. Il existe cette autre opposition et ce sont des gens à qui il faudrait donner la parole. Je pense par exemple à Claudio Fermín d'Action démocratique qui, en décembre, disait qu'on ne pouvait pas, tout en étant dans l'opposition, accepter les menaces d'un pays étranger sur son propre pays. Ou à Henrique Capriles, qui a quand même pris ses distances avec l'extrême droite. María Corina Machado au contraire est l'une des principales personnalités vénézuéliennes qui demandait une invasion américaine, depuis des années. Et c'est une faute assez importante, je pense, du journalisme français et européen que de ne pas avoir produit de grandes enquêtes sur ce que faisait María Corina Machado dans les années 2000. Pour rappel, en avril 2002, des militaires ont réalisé un coup d'État, ont enlevé Chávez et ont désigné le patron de l'équivalent du MEDEF, Pedro Carmona, comme nouveau président. La première décision de Carmona a été de dissoudre tous les pouvoirs constitués. D'autres militaires ont utilisé cela comme preuve que le fil constitutionnel était rompu et ont fait sortir ces gens-là du palais de Miraflores, ramenant Chávez au pouvoir le lendemain. Donc ce coup d'État a duré 48 heures. María Corina Machado est l'une des signataires du décret qui a dissous tous les pouvoirs constitués le 12 avril 2002. Donc pour les Vénézuéliens, elle fait partie des putschistes depuis plus de 20 ans./p
p/brstrongPour revenir à la façon dont est traitée l'agression militaire du 3 janvier et ses suites dans les médias français, nous avons remarqué une focalisation sur les témoignages de Vénézueliens expatriés – qui sont bien sûr à entendre mais qui constituent notre seul « accès » à la parole du peuple vénézuelien dans la presse française. Est-ce que vous, avec votre casquette de secrétaire général du SNJ-CGT, de vice-président de la Fédération européenne des journalistes, d'ancien correspondant à Caracas, et de Vénézuélien, vous avez été sollicité par les médias français ces dernières semaines ?/strong/p
pNon, je n'ai pas été beaucoup sollicité. Mais je viens de donner une interview à un média tchèque. Les médias français préfèrent sans doute des gens qui travaillent encore actuellement sur le sujet. Les citoyens vénézuéliens qui sont sollicités sont ceux qui, comme vous le disiez, sont en exil et qui ont un témoignage de vécu à apporter./p
pCela rejoint le thème de la polarisation que j'évoquais tout à l'heure, et qui n'a fait que s'approfondir au cours des années. Cela amène à avoir chacun ses médias, chacun ses canaux. En France, nous entendons très souvent la parole des exilés et très rarement celle du « peuple chaviste », mais l'inverse est également vrai. Aujourd'hui, le Venezuela a aussi les médias de ses alliés. Sur les chaînes hertziennes au Venezuela, on a des canaux iraniens en espagnol, des chaînes chinoises, russes…/p
pJ'ai envie de reprendre les mots de la politologue espagnole, Arantxa Tirado Sánchez, qui est une chercheuse ouvriériste qui a vécu à Caracas, et qui a dit : « Le journalisme est mort au Venezuela ». Je suis assez d'accord avec elle. Les médias ont beaucoup joué le rôle d'être vecteur d'une certaine propagande, et pas du tout celui qu'on attend vraiment d'eux : informer de façon impartiale et équilibrée./p
p/brPropos recueillis par strongJérémie Younes/strong/p/div
lun, 2026-02-02 08:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH85/generaux-90b4c.jpg?1770015665' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt="" /
div class='rss_chapo'p« Économie de guerre », appels au « réarmement », omniprésence des képis médiatiques et de leur lexique militaire, fascination pour l'ordre et la violence : la presse au garde-à-vous semble s'être donné pour mission de nous accoutumer à l'idée de guerre./p/div
div class='rss_texte'p« iJe sais que je vais choquer certains lecteurs, mais je suis convaincu que quand tout projet un tant soit peu grandiose a déserté la vie politique, la quête de sens ayant comme la nature horreur du vide, une bonne guerre qui vient remplir ce dernier peut faire l'affaire./i » Ces mots sont ceux de Luc Ferry dans les pages du iFigaro/i, jeudi 2 octobre 2025. Le philosophe médiatique et ex-ministre pensait choquer ses lecteurs, mais il n'en fut rien. C'est que la déclaration arrivait sur un terrain médiatique déjà bien préparé, réhabitué à l'idée de guerre, à son iconographie, à son lexique, à son décompte quotidien de morts. Proposer aux jeunes de devenir de la chair à canon pour donner un sens à leur existence ? Au fond, Luc Ferry ne faisait que synthétiser une idée qui, si elle n'était pas encore consensuelle, était au moins redevenue entendable dans la presse française : « une bonne guerre » pouvait remplir le vide./p
pDans ce « vide », on retrouve les séquelles de l'idée de « fin de l'histoire » de Francis Fukuyama, à laquelle les chefferies journalistiques avaient largement succombé dans les années 1990. « iC'était il y a un quart de siècle. Le mur de Berlin tombait, l'URSS implosait. Marx et le communisme étaient morts, enfin !/i », résumait à sa façon Arnaud Leparmentier dans iLe Monde/i (14/10/2014). La planète entière allait transiter pacifiquement vers la démocratie libérale, grâce à ce formidable vecteur qu'est l'économie de marché. Hélas, « itout ne s'est pas passé comme prévu/i », notait déjà Leparmentier, qui prononçait alors « La fin de la fin de l'histoire ». Bien sûr, tout au long de cette période, la guerre n'avait jamais disparu, et la propagande de guerre encore moins. Mais les guerres étaient le plus souvent « lointaines », « asymétriques », « justes », et menées par des États que l'éditocratie place dans le camp de ses « alliés ». C'est ce qui change pour Leparmentier et ses congénères avec les agressions russes en Ukraine, en 2014 puis 2022. Revenu de ses illusions, le monde journalistique a donc peu à peu reconfiguré son discours autour de « la guerre », se sentant manifestement la mission d'entretenir une « atmosphère ». Banalisés, le « fait militaire » et les appels au « réarmement » s'affichent désormais partout, structurent la pensée éditoriale, distillent leurs angles à travers la presse et bousculent la hiérarchie de l'information. Les médias se sentent une responsabilité : et s'il fallait mobiliser ?/p
pÀ l'antenne de « C dans l'air » (France 5), début mars 2025, la grand reporter à iL'Express/i, Marion Van Renterghem, voit ainsi d'un très bon œil l'appel d'Emmanuel Macron à renforcer les contingents de réservistes : à ses yeux, le discours du président peut « iréintroduire la culture de la guerre, la culture de cette évidence de monde en guerre […] chez des Français qui, comme les Européens, ont vécu dans la naïveté des dividendes de la paix et d'un monde bienheureux de la mondialisation heureuse/i » (6/03/2025). « L'Europe, qui a pratiqué un désarmement unilatéral […] en cultivant le rêve d'une paix éternelle et d'une guerre impossible, se découvre vulnérable, impuissante et marginalisée dans un monde où la paix est impossible et la guerre omniprésente », écrit trois mois plus tard Nicolas Baverez dans iLe Figaro/i (23/06/2025). France Culture, elle, se demande « Comment préparer les hommes à la guerre ? » (30/10/2025) Et dans une lettre consternante à « imadame la guerre/i » dans laquelle il tient à nous faire part de son « iadhésion obligée au réarmement, arrachée sans sommations à [s]on pacifisme moribond/i », l'inénarrable Luc Le Vaillant entend donner l'exemple : « iNous étions tourneurs de pouces assoupis, nous voilà tenus de nous salir les mains dans les remous des régressions ambiantes et des cruautés flambantes. Ainsi finit cette belle époque que je croyais éternelle./i » (iLibération/i, 11/03/2025)/p
pTrêve de bons sentiments et de « pacification » par le marché : l'heure est aux empires et à la prédation, au réarmement et à la puissance… ainsi qu'à la réaffirmation brutale de l'esprit colonial, qu'une large frange du personnel médiatico-politique n'a jamais renié, et qui se trouve incontestablement revigoré dans la configuration géopolitique mondiale. « iLa planète est en train d'être partagée par trois grandes puissances qui se divisent leurs zones d'influence sur notre dos, parce que nous n'existons pas dans ce schéma/i, prévient Marion Van Renterghem. iEt pour ne pas totalement être dépecé, disparaître ou être vassalisé, il vaut mieux essayer d'être fort et donc de se remettre au boulot !/i » Le cap est clair, la nouvelle configuration du capitalisme ressemble à une marche vers la guerre, et certains rêvent à haute voix d'un empire européen. Dans l'orchestre, souvent très loin de leur simple mission d'information, les grands médias jouent la partition la plus simple : sonner le clairon./p
/br
h3 class='article_intertitres'Le retour médiatique de la guerre/h3
p/brL'accroissement de la surface médiatique de la guerre n'est pas qu'une vague impression et a été objectivée par plusieurs analyses quantitatives. Elle correspond bien entendu à une réalité : « iDans la nuit du 23 au 24 février 2022, Vladimir Poutine déclenche son "opération militaire spéciale" en Ukraine/i », a href="https://larevuedesmedias.ina.fr/deux-ans-apres-linvasion-russe-en-ukraine-que-retenir-de-la-mediatisation-de-la-guerre" class="spip_out" rel="external"retrace la Revue des médias de l'INA/a : « iLes caméras se braquent sur l'Ukraine/i », car l'événement est « itrès facile à catégoriser et à raconter d'emblée : il s'agit d'une agression interétatique. Le type de guerres dont on pensait qu'elles n'auraient plus cours dans le monde occidental/i », explique à la revue la chercheuse Anna Colin Lebedev. Aussi, les chaînes d'information en continu se mettent-elles en ordre de bataille. Entre janvier 2022 et fin décembre 2023, elles « imentionnent le conflit à raison de 22 130 fois en moyenne par semaine/i », avec des périodes de pics d'attention, et une nette « ihyperspécialisation/i » de LCI, qui représente 52% des mentions totales. Si la revue de l'INA note une baisse importante de la couverture au cours des années suivantes, le sujet continue de dominer l'agenda de toutes les chaînes d'info en mars 2025 (à l'exception de CNews, où elle arrive en troisième placespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Après les sujets « identitaires » et liés à « l'insécurité »." id="nh1"1/a]/span), a href="https://rsf.org/fr/pluralisme-en-france-sur-cnews-le-grand-contournement" class="spip_out" rel="external"selon une enquête de Reporters sans frontières/a fondée sur l'analyse des bandeaux d'informations. La thématique « réarmement et enjeux militaires » est ensuite la deuxième traitée sur LCI (16,8%), la troisième sur BFM-TV (10,3%) et Franceinfo (12,2%), la cinquième sur CNews (7,1%). De quoi installer une certaine « ambiance »./p
/br
div class='spip_document_16352 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/rsf_guerre.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH319/rsf_guerre-0e5c9.png?1769612390' width='500' height='319' alt='' //a
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h3 class='article_intertitres'Défilé de généraux sur les plateaux/h3
p/brPour parler de la guerre, les médias se sont « naturellement » entourés… de militaires. Sur les chaînes d'info, dans les journaux ou à la radio, il est devenu quasi impossible de tomber sur une discussion portant sur l'actualité internationale sans qu'un général en retraite ne soit interrogé. « iNous sommes l'équivalent des médecins au moment du Covid/i », sourit le général Jérôme Pellistrandi dans iL'Express/i, qui consacre un papier à « Ces généraux français qui crèvent l'écran » (18/02/2023). Le magazine explique que les chaînes, plutôt que de recourir à des journalistes spécialisés, ont préféré recruter ces retraités de l'armée, qui touchent entre 200 et 500 euros par émission. Chacun son espace, et il est bien quadrillé : Jérôme Pellistrandi est le plus souvent sur BFM-TV, Dominique Trinquand passe sur LCI, Jean-Paul Paloméros apparait sur Franceinfo et CNews. Les présentateurs leur donnent du « mon général », et la contradiction en plateau est bien souvent… absente. Dans iL'Express/i toujours, le général Michel Yakovleff « i[s'amuse] d'avoir été d'abord sollicité comme "général de l'après-midi", dans un contexte où les antennes demandaient "du général H24"/i ». Certains de ces intervenants, comme l'immanquable Michel Goya, se sont constitué au fur et à mesure un capital médiatique conséquent, qu'ils n'hésitent pas à faire fructifier en librairie. Ces invités réguliers sont souvent accompagnés en plateau de « consultants en stratégie », « consultant en géopolitique et défense », renforçant encore davantage cette inclinaison pour les hauts gradés et le savoir stratégique./p
pLe tropisme doit beaucoup au mode de traitement des conflits et des actualités « militaires » dans les chaînes d'info (et au-delà) : le suivi « en temps réel » et les besoins de remplissage d'antenne favorisent, on le sait bien, le commentaire. Ici spécifiquement, le commentaire « stratégique » à tendance sensationnaliste : état du front, lignes d'avancée/recul, nature de l'armement, rendez-vous diplomatiques… Crédo : « Vivre la guerre de l'intérieur » plutôt que l'analyser. Qui de mieux placé que des militaires pour répondre à ce type de cadrage ?/p
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div class='spip_document_16346 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/generaux.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH283/generaux-62096.jpg?1769612390' width='500' height='283' alt='' //a
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p/brCette confusion totale de la figure journaliste/militaire et de « la montée en grade » du second dans l'espace journalistique témoigne d'une confusion de leurs pratiques et contribue à l'homogénéisation des discours, en marginalisant totalement les autres approches de la question – qu'elles viennent du monde universitaire, associatif ou politique. Dans iL'Express/i, la confusion entre journalistes et généraux en retraite est admise littéralement :/p
blockquote class="spip"
pEn décembre, une entrevue a eu lieu entre des représentants du centre de doctrine et d'enseignement du commandement de l'armée de terre et cinq de ces militaires du PAF, réunis pour l'occasion à l'Ecole militaire, à Paris. Autour de la table, Dominique Trinquand, Michel Goya, Jérôme Pellistrandi, le général Christophe Gomart, le général Nicolas Richoux et « des ceintures noires d'Ukraine » – la formule est de Michel Goya. L'occasion de faire valider leurs analyses... mais aussi d'interroger la communication du ministère des Armées. strongComme des journalistes, les étoiles en plus/strong./p
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pRien de neuf cependant : le général et ancien chef d'état-major des Armées Pierre de Villiers avait eu droit, en 2020, à a href="https://www.acrimed.org/General-nous-voila-les-editocrates-avec-Pierre-de"une promotion médiatique démesurée/a, de CNews à France Inter, de iValeurs Actuelles/i à iL'Obs/i. On avait pu observer, à l'occasion, le général être interrogé sur toutes sortes de sujets, les budgets, les jeunes de banlieue, le chômage, les réseaux sociaux. Bref, sa construction médiatique l'a peu à peu transformé en « toutologue » comme les autres, invité régulier des matinales ou des magazines du soir, jusqu'à l'envisager (voire l'espérer) comme un candidat pour l'élection présidentielle de 2022./p
pPosition d'autorité, popularité médiatique, confortable complément de retraite voire ambitions politiques, les raisons pour lesquelles ces généraux défilent sur les plateaux ne sont pas bien mystérieuses. Un phénomène de « peopolisation » que l'on a vu à l'œuvre pour d'autres figures médiatiques, en dehors du champ militaire, mais qui, pour le général de Villiers, s'incarne dans une exaltation de l'ordre, de la force et du virilisme. Le pouvoir politique bénéficie lui aussi de cette aura : tout comme les généraux de plateaux, Emmanuel Macron profite selon les médias de « l'effet drapeau » lorsqu'il pose en « chef de guerre ». « L'effet drapeau » est cette expression que les rédactions se repassent pour désigner à mots couverts le « nationalisme ». Lequel ne déplaît guère : « iIl me viendrait presque des spasmes de fierté franchouillarde quand je comprends que mon pays râleur et inconséquent pourrait retrouver une centralité perdue. Et que son avantage atomique l'autorise presque à se prétendre le garant du continent/i », ose Luc Le Vaillant. (iLibération/i, 11/03/2025)/p
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div class='spip_document_16347 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/illu2.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L400xH514/illu2-369c5-4dab6.jpg?1769612390' width='400' height='514' alt='' //a
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p/brLe corollaire de leur omniprésence est lui aussi évident : on n'entendra pas de critiques de la guerre si l'on invite des professionnels de la guerre. Se dégage ainsi de tous ces plateaux une véritable fascination pour la chose militaire et pour son vocabulaire. Et, sur un autre air que Luc Ferry, ces généraux de plateaux chantent eux aussi la mélodie de la « bonne guerre qui pourrait remplir le vide » (BFM-TV, 24/10/2020) :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Pierre de Villiers :/strong […] Dans cette jeunesse que je côtoie, dans les cités, aux Mureaux ou ailleurs, ils ont ce besoin d'appartenance. […]/p
pstrong- Ruth Elkrief :/strong À l'armée ils le trouvent./p
pstrong- Pierre de Villiers :/strong […] On reçoit 25 000 jeunes par an […] et on en fait une unité capable d'aller au combat et de mourir si nécessaire pour la France. C'est quand même magnifique, c'est un signe d'espérance. Ça prouve que c'est possible. […]/p
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h3 class='article_intertitres'Spectacularisation de la guerre/h3
p/brLa fascination pour la guerre ne s'incarne pas que dans le recours systématique aux généraux de plateaux. Elle s'affiche aussi en grand sur les Unes de journaux et de magazines. Les hebdomadaires réactionnaires de milieu de semaine, iLe Point/i en tête, se distinguent particulièrement dans cet exercice. Et l'on remarque assez facilement un biais caractéristique de ce magazine « fana-mili » : la guerre est un beau spectacle qui fait de jolies Unes sur lesquelles on peut afficher des gros porte-avions, des drones, des chars et des avions de combat./p
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div class='spip_document_16348 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage_le_point.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH496/montage_le_point-cd280.jpg?1769612390' width='500' height='496' alt='' //a
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p/brSi ces magazines sont assez peu lus, leurs éditorialistes sont omniprésents à la télé et à la radio, et leurs couvertures s'affichent en très grand format dans les villes, sur les panneaux publicitaires, les kiosques et les arrêts de bus : de quoi, là encore, créer une certaine « ambiance », un décor urbain et une musique de fond qui installe des questions dans les esprits : sommes-nous prêts pour faire la guerre ?/p
pL'engouement pour l'armement qui se remarque sur les Unes du iPoint/i est un phénomène généralisé. iLa Croix/i (10/12/2025) détaille par exemple à ses lecteurs : « iQue sait-on des commandes qui devraient être passées en 2026 ? Selon nos informations, elles porteraient sur deux Rafale, quatre systèmes sol-air moyenne portée SPMT-NG, une frégate FDI-Marine, 350 blindés Serval, deux avions patrouilleurs et deux satellites./i » Peu importe que ces sigles et ce jargon militaire n'aient aucun sens pour la plupart des lecteurs. De la même façon, iLe Figaro/i tient la chronique régulière des commandes d'armement de l'État, et nous informe en mars 2025 : « iEmmanuel Macron annonce que l'armée de l'air et de l'espace "bénéficiera de davantage de commandes de Rafale"./i » Peut-être est-il utile ici de rappeler que le Rafale est un avion de combat français construit par Dassault Aviation, du groupe Dassault, lequel est propriétaire du iFigaro/i. Il est aussi bon de se souvenir que la France est le a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/03/10/la-france-conforte-sa-place-de-deuxieme-exportateur-mondial-d-armement_6577650_3234.html" class="spip_out" rel="external"deuxième vendeur d'armes mondial/a : c'est depuis ce pays que cette presse s'exprime. Aussi, certaines productions journalistiques ressemblent-elles à de véritables catalogues de représentants en commerce d'armes./p
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div class='spip_document_16349 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montages_armements.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH434/montages_armements-8280c.jpg?1769612390' width='500' height='434' alt='' //a
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p/brUne ambiance qui se décline de manière encore plus spectaculaire dans l'audiovisuel avec la floraison de « reportages embedded » dans l'armée, témoignant d'une fascination pour la chose militaire autant que d'une confusion manifeste du métier de journaliste avec celui de propagandiste :/p
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div class='spip_document_16350 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/embedded.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH265/embedded-0dd11.png?1769612390' width='500' height='265' alt='' //a
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p/brCertaines séquences médiatiques virent carrément à la caricature de ce point de vue, et transforment l'information autour de « la guerre » en divertissement. Exemple avec cette séquence où BFM-TV dans son « forum de Français » invite « iWilliam, survivaliste et instructeur de survie/i » à venir présenter le contenu de « ison sac de survie et [à] donne[r] ses conseils en cas de guerre/i » : le voici qui déballe l'intégralité de son sac, lampe frontale, panneau solaire, gamelle en métal, gourde qui filtre les produits chimiques. « iOn m'avait parlé d'une arbalète ?/i » demande avec gourmandise Maxime Switek./p
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centeriframe title="BFM-TV, 15 janvier 2026" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/44n9BwRWNoUKLLmEKobyBM" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
p/brLe thème de l'armement n'existe donc dans les médias que sous l'angle tactique, technologique ou commercial, toujours avec un aspect spectaculaire. Les quelques enquêtes journalistiques qui révèlent les dessous opaques des ventes d'armes ou de composants militaires de la France, comme celles du média d'investigation Disclose, sont, elles, très largement snobées par la grande presse. Quand elles ne font pas l'objet d'un acharnement judiciaire de l'État…span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire par exemple : « Ariane Lavrilleux : le parquet général fait appel du (…)" id="nh2"2/a]/span/p
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h3 class='article_intertitres'Le « réarmement » : « Pensions ou munitions ? »/h3
p/brInstallée comme un refrain lancinant, l'atmosphère de guerre induit de nouvelles questions à mettre à l'agenda médiatique : « Sommes-nous prêts matériellement ? » « Sommes-nous prêts "moralement" ? » Les médias formulent telles quelles ces interrogations, soufflées par le pouvoir, qui sont le plus souvent rhétoriques et servent à justifier la hausse continue des dépenses militaires dans des budgets pourtant austéritaires. De nombreux médias se sont ainsi faits les chantres du nécessaire « réarmement » de la France, après les « 30 ans de désarmement » que constitue la période de « fin de l'histoire », des années 1990 à 2020. Le 5 mars 2025, par exemple, Emmanuel Macron pose en « chef de guerre » et annonce lors d'une allocution « ides investissements supplémentaires/i » en matière de défense, « icompte tenu de l'évolution des menaces/i », et le tout « isans augmenter les impôts/i » (iLe Monde/i, 5/03/2025). Ni une ni deux, les thuriféraires médiatiques du pouvoir reformulent en un faux dilemme qui va se retrouver à travers toute la presse : a href="https://www.acrimed.org/Pensions-ou-munitions-la-fabrique-du-consentement"« iPensions ou munitions ?/i »/a chez Dominique Seux (iLes Échos/i, 10/03/2025), « iLes canons ou les allocations ?/i » chez Étienne Gernelle (RTL, 10/03/2025). L'alternative est posée : ce sera des chars ou la sécu ; l'éditocratie préfère les chars. Rebelote en novembre 2025, après les fameuses déclarations du chef d'état-major des Armées, Fabien Mandon, devant les maires de France, à propos de la nécessité « id'accepter de perdre ses enfants/i » à la guerre. La presse a fait ses choux gras de ce bout de phrase, mais la suite est tout aussi intéressante : il faudrait également « i[accepter] de souffrir économiquement parce que les priorités iront à de la production de défense/i ». Après nous avoir présenté le catalogue, passons aux achats ! « Le chef d'état-major sonne la charge ! », titre iLe Parisien/i (22/10/2025), « Comment le chef d'état-major de l'armée française veut la préparer au choc russe », décrypte iLes Échos/i (6/11/2025). Les déclarations de Fabien Mandon sont mal reçues par « les-Français », les sondages commandés à l'occasion et commentés dans la presse sont chagrins. Au contraire des « investisseurs », pour qui le retour de la guerre sonne comme une bonne nouvelle : « iLes rivalités entre grandes puissances [...] ont replacé la question de la sécurité au cœur des priorités des États. [...] Pour les investisseurs, cette nouvelle donne crée des perspectives intéressantes/i », se réjouit un site pour spéculateur (Boursorama, 20/01). Pour les industriels de la guerre, il y a en effet de quoi se frotter les mains : le 16 janvier, Emmanuel Macron promet « 36 milliards d'euros supplémentaires pour les armées » (iLa Tribune/i, 16/01). Et le journal économique de saluer le fait que le président se soit montré « iconstant/i » sur le sujet, en doublant le budget défense en 10 ans, « ipassant de 32,3 milliards d'euros en 2017 à 64 milliards en 2027/i ». Convaincu par l'adage « Qui veut la paix prépare la guerre », et faisant mine de croire qu'une course à l'armement peut finir par autre chose que par l'emploi de ces armes, la quasi-totalité de la presse applaudit sans nuance ce virage vers « l'économie de guerre »./p
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div class='spip_document_16353 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH481/latribunedimanche-065e9-5f3f9.png?1769612415' width='500' height='481' alt='' /
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centersmalliLa Tribune dimanche/i, 9/03/2025./small/center
p/brLa « guerre » sort des pages internationales et devient un sujet transversal pour les rédactions. Les services politique, économie ou social peuvent eux aussi s'y pencher. Ainsi les pages « entreprises » du iMonde/i nous gratifient, en mars 2025, d'un dossier en 5 volets : « Les dépenses militaires, levier de croissance »./p
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div class='spip_document_16354 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/lemonde-3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH108/lemonde-3-1a1c6-adae9.png?1769612756' width='500' height='108' alt='' //a
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centersmalliLe Monde/i, 11/03/2025./small/center/br
h3 class='article_intertitres'Le « réarmement » médiatique des cœurs/h3
p/brMais le « réarmement » n'est pas que « matériel ». Comme l'indique la première partie de la phrase du général Mandon, il est également « moral ». Ce recours au registre « moral » n'est évidemment que le cache-nez d'une option politique : le nationalisme. Les valeurs morales ici exaltées sont celles du sacrifice pour la nation (« accepter de perdre ses enfants »). Aussi, certains médias se sont-ils donné pour mission de réhabituer « les-Français » à l'idée de guerre. « Les autorités françaises tentent de préparer les esprits à la guerre » résume une dépêche de l'AFP (20/11/2025), « imais le message peine à infuser/i », regrette iLe Télégramme/i (21/11/2025). « iIl faudrait plutôt inquiéter les Français pour préparer une forme d'acceptation des sacrifices nécessaires/i », avance l'historien Stéphane Audoin-Rouzeau dans « C ce soir » (France 5, 21/11/2025), lui qui avait participé à remettre le syntagme « iculture de guerre/i » en circulation au début des années 2000. À ce sujet, David Pujadas s'inquiète (LCI, 20/11/2025) : « iPour refamiliariser [les jeunes] avec l'idée de guerre, est-ce qu'il faut d'abord mettre l'accent sur la mort ?/i » Voici la fonction du journalisme va-t-en-guerre admise au détour d'une question : nous « refamiliariser » avec l'idée de guerre. Mais sans nous effrayer !/p
pSigne de cette offensive discursive, le terme « réarmement », déjà « matériel » et « moral », va être employé à tort et à travers dans les médias, à nouveau sous l'impulsion du pouvoir politique, pour des sujets qui n'ont qu'un rapport lointain avec la guerre. a href="https://www.humanite.fr/en-debat/emmanuel-macron/les-voeux-2026-demmanuel-macron-un-president-en-guerre-contre-la-raison-democratique" class="spip_out" rel="external"iL'Humanité/i (5/01)/a note un « iusage obsessionnel du vocabulaire martial : "réarmement démographique", "réarmement économique", "réarmement de l'État", "réarmement civique", "réarmement industriel", "réarmement de la nation"/i », etc. Plus généralement, l'invasion d'un lexique guerrier dans le vocabulaire politico-médiatique se note aussi dans la variété de sujets contre lesquels « inous sommes en guerre/i » : guerre contre le Covid-19 (France Culture, 19/02/2021) ; guerre contre le narcotrafic (« C ce soir », France 5, 16/12/2025) ; guerre contre le terrorisme (France Culture, 1/10/2021) ; ou encore… guerre contre les moustiques (Arte, 2/09/2025). Plus récemment, face aux menaces de barrières douanières avec les États-Unis, l'UE a promis de sortir son « bazooka commercial » : l'occasion de faire de jolis titres…/p
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div class='spip_document_16351 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage_bazzoka.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH115/montage_bazzoka-75d48.jpg?1769612390' width='500' height='115' alt='' //a
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h3 class='article_intertitres'Mutilation du pluralisme/h3
p/brAccroissement de la surface médiatique de la guerre, accaparement de cet espace par des généraux en retraite, spectacularisation, fascination pour les armes, invasion d'un lexique guerrier, campisme et intérêts matériels des propriétaires de presse : le pendant presque logique de cette configuration médiatique est le quasi-effacement de la pluralité des opinions et des approches, en particulier des idées pacifistes. Disqualifiées dans le débat public, qu'elles soient formulées par des universitaires ou des politiques, les idées qui divergent du prêt-à-penser belliciste sont renvoyées au mieux à de la faiblesse – des « ibéatitudes d'enfant gâté/i » dans les mots de Luc Le Vaillant –, au pire à un esprit « imunichois/i » et capitulard. iChallenges/i prévient dans un édito (23/10/2025) : « Après Hitler, l'esprit de Munich continue de hanter l'Europe… à ses risques et périls face à Poutine ». iLa Vie/i (7/05/2024) synthétise le crédo médiatique : « Le réarmement moral pour lutter contre l'esprit de Munich ». Autant de façons de signifier que les idées pacifistes ne sont pas tolérées dans le champ médiatique. Peut-être plus que sur tout autre sujet, les médias verrouillent et ne laissent exister qu'une seule pensée sur la guerre : celle qui prétend préparer la paix en armant les nations jusqu'aux dents./p
pAussi, lorsqu'Emmanuel Macron a annoncé le retour d'un service « ivraiment militaire/i », la presse était-elle en joie et a href="https://www.acrimed.org/Guerre-et-service-militaire-les-medias-sonnent-le"à l'unisson/a : « iLorsque le chef de l'État quel qu'il soit dit "Il y a une menace" – on la voit tous les jours, sur LCI on informe tous les jours/i, disait alors Renaud Pila, ieh bien, on s'engage ! Et les débats philosophico-philosophiques, on pourra les faire le dimanche à 17h !/i » « iMerci le SNU !/i », s'exclame lui Gauthier Vaillant (iL'Opinion/i, 12/01), qui aura finalement servi selon l'éditorialiste « ià légitimer le retour d'un service militaire digne de ce nom. […] Trente ans après sa suspension, le retour du service militaire referme la parenthèse des "dividendes de la paix"/i ». Et iL'Opinion/i s'en réjouit./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brVoici dans quelles dispositions du paysage médiatique sont intervenus les guerres en Ukraine, le génocide à Gaza, ou les bombardements de Donald Trump au Venezuela, au Nigeria, au Yémen, en Syrie, en Irak, en Iran, dans les Caraïbes ou dans le Pacifique (AFP, 14/01). a href="https://www.acrimed.org/Propagande-de-guerre-les-medias-au-garde-a-vous"« L'opinion ça se travaille »/a et il est peu de dire que le champ journalistique travaille à nous faire accepter la fatalité de la guerre, en nous faisant baigner dans son atmosphère. Cette presse profondément campiste et focalisée sur les « menaces » russe ou islamiste n'avait toutefois pas anticipé les agissements de l'allié américain contre un territoire affilé à l'espace européen, le Groenland, et s'est vite retrouvée comme un lapin pris dans les phares d'une voiture. Ces derniers développements semblent n'avoir fait que renforcer la conviction des chefferies journalistiques de mettre la guerre et ses manières à l'ordre du jour. BFM-TV, par exemple, a lancé en réaction une nouvelle émission spéciale avec Maxime Switek (21/01). Le titre ? « Quartier Général ». Encore une métaphore militaire, qui sonne comme un aveu involontaire de la façon dont la chaîne envisage son rôle en temps de préparatifs de guerre : un QG de l'armée. Loin, très loin, du métier d'informer./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanAprès les sujets « identitaires » et liés à « l'insécurité »./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLire par exemple : « a href="https://www.liberation.fr/societe/police-justice/ariane-lavrilleux-le-parquet-general-fait-appel-du-non-lieu-en-faveur-de-la-journaliste-20251024_HG2VXYU65VGXFEHA63YWTWUN7E/" class="spip_out" rel="external"Ariane Lavrilleux : le parquet général fait appel du non-lieu en faveur de la journaliste/a », iLibération/i, 24/10/2025./p
/div/div
ven, 2026-01-30 09:27
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L118xH150/logo57-e62f5.jpg?1769758082' class='spip_logo spip_logo_right' width='118' height='150' alt="" /
div class='rss_chapo'pLe iMédiacritiques/i n°57 sortira de l'imprimerie le 10 février. À commander dès maintenant a href="https://boutique.acrimed.org/mediacritiques" class="spip_out" rel="external"sur notre site/a ou à retrouver en librairie. Et surtout, a href="https://boutique.acrimed.org/adhesion-abonnement" class="spip_out" rel="external"abonnez-vous/a !/p/div
div class='rss_texte'/br
div class='spip_document_16362 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/une57.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L400xH510/une57-85baa-284ea.jpg?1769758082' width='400' height='510' alt='' //a
/figure
/divdiv class='spip_document_16357 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/sommaire57.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L400xH510/sommaire57-b34e5-bbcf2.jpg?1769758082' width='400' height='510' alt='' //a
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p/brCe numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans les librairies a href="https://www.acrimed.org/-Mediacritiques-"listées ici/a, ainsi que sur a href="https://boutique.acrimed.org/mediacritiques" class="spip_out" rel="external"notre boutique en ligne/a./p
pEt surtout, abonnez-vous ! Pour cela, rendez-vous a href="https://boutique.acrimed.org/adhesion-abonnement" class="spip_out" rel="external"sur notre boutique en ligne/a. Vous pouvez également nous soutenir en a href="https://boutique.acrimed.org/adhesion-abonnement" class="spip_out" rel="external"adhérant/a à l'association ou en a href="https://boutique.acrimed.org/don" class="spip_out" rel="external"faisant un don/a./p
pTous les anciens numéros sont (ou seront) a href="https://www.acrimed.org/-Mediacritiques-"en accès libre ici/a./p/div
mer, 2026-01-28 12:47
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/knafo-7aec5.png?1769597232' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pUn « moment » médiatique, entre fascination et fascisation./p/div
div class='rss_texte'pMercredi 7 janvier 2026, 20h de TF1, Sarah Knafo est interviewée par Gilles Bouleau. Le « moment » télévisuel, a href="https://www.youtube.com/watch?v=x9Tawj5iGZs" class="spip_out" rel="external"étrangement flottant/a, « ine semble avoir aucun autre but que de dérouler le tapis rouge à l'eurodéputée d'extrême droite et avoir l'exclusivité de l'annonce de sa candidature/i » à l'élection municipale de Paris, comme a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/sur-le-gril/fallait-pas-linviter-sarah-knafo-au-20-heures-de-tf1" class="spip_out" rel="external"le remarque Arrêt sur images/a (10/01). La séquence médiatique ne fait alors que commencer./p
pSi iGala/i dégaine très vite (« Sarah Knafo fait une grande annonce, son compagnon Éric Zemmour aux anges : "En avant !" », 8/01), tous les registres du journalisme politique sont mobilisés : portrait (a href="https://www.lepoint.fr/politique/lenigme-sarah-knafo-G3MW5V652NCOJHG5SHMLU2GAJU/" class="spip_out" rel="external"iLe Point/i, 14/01/a), couverture de son premier meeting (a href="https://www.marianne.net/politique/edith-piaf-paris-d-antan-et-insecurite-on-a-assiste-au-premier-meeting-de-sarah-knafo-a-paris" class="spip_out" rel="external"iMarianne/i/a, a href="https://www.mediapart.fr/journal/politique/130126/municipales-sarah-knafo-promet-un-paris-de-carte-postale-un-peu-rance" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a, 13/01), entretien (a href="https://www.lefigaro.fr/politique/sarah-knafo-au-figaro-j-ai-le-programme-qu-il-faut-pour-faire-de-paris-une-ville-heureuse-20260118" class="spip_out" rel="external"iLe Figaro/i/a, 18/01), sondages (iLe Parisien/i, 25/01)... Sans oublier, évidemment, les entretiens : Sarah Knafo fait donc le tour des plateaux et des micros : France Inter le 12 janvier, RTL le 16, les « Grandes gueules » de RMC le 23, Franceinfo le 28… On retrouve aussi Sarah Knafo en Une de iValeurs actuelles/i (26/01)… et comme tête de gondole des « 200 qui feront la France de demain » d'après iLe Figaro magazine/i (16/01)./p
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figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH337/knafo_1-7e473.png?1769597232' width='500' height='337' alt='' /
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p/brSarah Knafo est encore « itata flingueuse/i » aux côtés des candidates Rachida Dati (LR) et Sophia Chikirou (LFI), en couverture de iMarianne/i (22/01) :/p
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figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH671/knafo_2-396da.jpg?1769597232' width='500' height='671' alt='' /
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p/brLa complaisance n'est pas toujours de mise, il faut bien le dire, mais de toute évidence la candidature de Knafo « fait l'actu ». « iVotre réaction à ce qu'a proposé Sarah Knafo ?/i » demande par exemple Sonia Mabrouk au candidat PS Emmanuel Grégoire. Ou encore : « iComment vous qualifiez le positionnement politique de Mme Sarah Knafo ?/i » (CNews, 26/01) « iÊtes-vous d'extrême droite, Sarah Knafo ?/i » demandait déjà un Thomas Sotto faussement ingénu quelques jours plus tôt (RTL, 16/01). La réponse sera placardée en vignette, dans un exercice incontestable de banalisation/promotion de l'extrême droite./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/knafo_3.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/knafo_3-63726.jpg?1769597233' width='500' height='281' alt='' //a
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p/brEt pendant ce temps, au iPoint/i (22/01), on disserte tranquillement sur « ile jaune Knafo/i » (22/01) :/p
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pLa numéro 2 du parti Reconquête ! arbore de manière quasi-systématique du jaune depuis qu'elle s'est déclaré candidate à la mairie de Paris. Ce jaune se décline en plusieurs pièces : un long manteau droit pour ses rencontres avec les Parisiens, une robe chemise ajustée sur son affiche de campagne, ou encore une ample tunique portée lors d'une récente visite au Grand Palais. Sur son site de campagne, la souverainiste et libérale Knafo vend même des écharpes… jaunes ! […] Du jaune, couleur maîtresse de sa garde-robe ? Ce choix est curieux en termes de stratégie politique. […] Ce pari du jaune s'avère toutefois risqué. Toujours en France, et plus largement en Occident, cette couleur est associée à des symboliques négatives./p
/blockquote
pQuelques jours plus tard, c'est iLe Parisien/i qui embraye : « Le "jaune Knafo" est-il un atout dans sa campagne pour les municipales à Paris ? » (28/01) Et de développer : « iLa candidate de Reconquête à la mairie de Paris a fait de son manteau couleur soleil sa signature visuelle. Cette stratégie marketing séduit les militants de Sarah Knafo et attire les passants, dans une palette chromatique politique française déjà saturée d'autres couleurs./i »/p
pEt la campagne officielle n'a pas encore commencé…/p
p/brstrongMaxime Friot/strong/p/div
mer, 2026-01-21 10:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH112/poster_medias_francais_6347-v21-1-2026-92c47.png?1766069894' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt="" /
div class='rss_chapo'pNous publions une carte du paysage médiatique français, qui permet de démêler l'écheveau des concentrations dans la propriété des grands médias. Cette carte est le fruit d'un partenariat entre Acrimed et iLe Monde diplomatique/i. Il est possible de la commander, au format A3, a href="https://boutique.acrimed.org/carte-medias-fran%C3%A7ais-qui-possede-quoi" class="spip_out" rel="external"sur notre site/a./p/div
div class='rss_texte'div class='spip_document_16315 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/carte_decembre2025.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH373/carte_decembre2025-8a4ca.png?1766069894' width='500' height='373' alt='' //a
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center(cliquer pour agrandir et zoomer)/center/div
lun, 2026-01-19 19:58
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/venezuela_imperialisme-22b92.png?1768845531' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pDéfendre le droit international ou appuyer l'impérialisme étatsunien ? Les éditorialistes ont tranché./p/div
div class='rss_texte'p« iC'est un peu facile de dire que c'est toujours l'impérialisme […] mais si on peut faire tomber une dictature, alors pourquoi pas ! Et je crois que c'est ce qu'est en train de faire Trump./i » Il est 10h20 sur LCI, samedi 3 janvier, et la chaîne d'info a invité François-Xavier Freland, ancien correspondant au Venezuela, en duplex depuis chez lui, pour analyser les images de bombardements qui arrivent tout juste de Caracas : « iOn voyait bien de toute façon que ça devenait de plus en plus tendu autour de Noël/i, explique le journaliste, iet beaucoup de Vénézuéliens sur place s'attendaient à une attaque imminente, comme une espèce de cadeau/i ». L'agression des États-Unis vient tout juste d'avoir lieu et Donald Trump n'a pas encore parlé. Mais l'ancien correspondant le devance : l'intervention militaire est un « icadeau/i » qui vise à destituer un dictateur narcotrafiquant. C'est un peu facile de dire que c'est toujours l'impérialisme./p
pQuelques secondes plus tard, l'annonce tombe : Maduro a été enlevé par les États-Unis. Freland exulte :/p
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pstrongFrançois-Xavier Freland :/strong C'est un moment historique pour les Vénézuéliens parce que je pense qu'honnêtement ça faisait longtemps qu'ils avaient envie de voir tomber ce régime complètement à la ramasse […]. Maduro espérait peut-être passer pour une victime, pour un martyr de la révolution, mais plus personne n'y croit à sa révolution bolivarienne. D'ailleurs je peux vous dire une chose, en Amérique latine, tout le monde se détourne de ce socialisme du XXIe siècle, qui a ruiné tous les pays qui y avaient adhéré./p
/blockquote
pPendant la première heure de l'édition spéciale de LCI, les termes « droit international » ne sont pas prononcés une seule fois à l'antenne. Après avoir été totalement piétiné dans le cadre du traitement médiatique de la question palestinienne, peut-on encore s'en étonner ? Reste qu'en guise d'« information », les professionnels de la parole publique éditorialisent, jugent, bavardent et s'autorisent à commenter « à chaud » sans en savoir encore très long des événements – et encore moins de ses répercussions : la norme de l'apparition médiatique./p
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h3 class='article_intertitres'« iScènes de liesse/i » à Caracas : « info en continu » ou scénario préfabriqué ?/h3
p/brSur France 24 aussi, dans la foulée de l'annonce par Donald Trump de l'enlèvement de Nicolas Maduro, on se met à spéculer : « iC'est vrai qu'on s'attend maintenant, peut-être, à voir des scènes de liesse dans les rues/i », hasarde la présentatrice de l'édition spéciale, Aude Lechrist, qui poursuit « l'info » par anticipation : « iC'est ce qu'on l'on diffusera si c'est le cas, bien évidemment./i » Mieux équipée en correspondants internationaux que la plupart des autres chaînes d'information, France 24 contacte immédiatement Alice Campaignolle, journaliste française à Caracas. Une anecdote lancée au cours de sa première intervention va rapidement prendre une proportion inattendue… et illustrer de manière spectaculaire la fabrique de « l'information » et des cadrages dominants./p
pAlice Campaignolle est questionnée par Aude Lechrist sur le « isoutien réel de la population à Maduro/i ». La correspondante répond que « il'on estime les partisans de Nicolas Maduro entre 20 et 30% maximum de la population/i », et pousse l'analyse un cran plus loin : « iEn réalité, autour de moi, ces derniers mois, les gens étaient plutôt favorables à une intervention américaine. Ils voyaient cette intervention américaine possible […] comme une libération…/i » Soudain, Alice Campaignolle s'interrompt, se retourne à moitié et reprend : « … iEt je ne sais pas si vous l'entendez autour de moi, mais il y a des gens qui s'exclament à l'heure qu'il est… […] Je tiens à ce que vous le sachiez, les gens s'exclament./i » Sur le direct, il fait encore nuit à Caracas et nous n'entendons pas les cris que rapporte la correspondante. Mais « l'info » plaît tellement à la présentatrice qu'elle devient structurante dans la minute qui suit, au point de donner le ton et le cadrage de ses questions à venir./p
pFace au premier invité en effet – Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à la fondation Jean-Jaurès –, qui évoque une violation flagrante du droit international, la relance d'Aude Lechrist ne se fait pas attendre : « i[…] Et pourtant, notre correspondante à Caracas nous disait qu'à l'annonce par Donald Trump de la capture du président Maduro, elle assistait, elle entendait des scènes de liesse…/i » Par un petit glissement sémantique (et un gros raccourci), non seulement les « exclamations » rapportées par Alice Campaignolle sont devenues des « iscènes de liesse/i », mais une impression rapportée à l'instant T est mobilisée pour cadrer l'interview d'un chercheur… et contester un argumentaire fondé sur le droit international. La même scène est rejouée quelques minutes plus tard, face à un autre universitaire, Eduardo Rios (Sciences Po Paris). Aude Lechrist lui pose une première question avant de solliciter de nouveau Alice Campaignolle, en duplex de Caracas :/p
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pstrongAude Lechrist :/strong Cette opération pose des questions de légalité, nous allons y revenir, restez avec nous Eduardo Rios. Mais avant cela, on va retrouver notre correspondante à Caracas, Alice Campaignolle […]. Vous nous parliez au moment de l'annonce de cette capture de scènes de liesse de la part des Vénézuéliens. Est-ce que c'est toujours le cas ? […]/p
/blockquote
p Cette fois, la correspondante est obligée de modérer l'enthousiasme de la présentatrice : « iNon, pour le moment, à part quelques cris de joie que j'ai entendus au moment de l'annonce sur les réseaux sociaux, pour le moment tout est extrêmement calme, il est encore tôt ici, les rues sont vides./i » Bref, les « iscènes de liesse/i » n'ont pas fait long feu à l'antenne de France 24./p
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h3 class='article_intertitres'« iVenezuela : pourquoi Emmanuel Macron a raison/i »/h3
p/brDurant les premières heures, les discussions de plateaux vont ainsi fluctuer au gré des informations qui se décantent. Il est tout de même possible d'identifier quelques-uns des axes qui, pour ne pas être systématiques, ont néanmoins contribué au bruit médiatique dominant. À commencer par celui qui affleure des exemples de LCI ou de France 24 : anticiper les justifications « démocratiques » de cette intervention impérialiste avant même la première prise de parole de Donald Trump. Mais ces justifications n'arriveront… jamais. Lors de sa conférence de presse à 17h, le 3 janvier, le président américain ne s'embarrasse que très peu d'enrobage démocratique, affichant sans ambages ses motivations : le contrôle stratégique du Venezuela et de ses ressources naturelles. Pas de quoi enrayer le moulin à parole des radios et des télés françaises, qui vont continuer sur ce thème et trouver en fin de journée un nouvel appui. Et de choix : Emmanuel Macron qui, dans sa réaction officielle, ne dit pas un mot du droit international et affirme d'emblée : « iLe peuple vénézuélien est aujourd'hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s'en réjouir./i »/p
pC'est un nouveau départ pour l'éditorialisme. Et si la réaction du président de la République surprend la plupart des journaux, les commentateurs ménagent leurs critiques via un tour de passe-passe désormais habituel : le mépris du droit international par Emmanuel Macron n'est pas un ifait/i mais une « iaccusation de la gauche/i », résume courageusement Renaud Dély (Franceinfo, 5/01), parmi les plus virulents contempteurs du pouvoir… Et ce, quand les éditorialistes ne volent pas plus directement au secours d'Emmanuel Macron. Anne Saurat-Dubois par exemple, qui déploie une inventivité langagière étonnante sur BFM-TV (5/01) pour justifier l'absence de condamnation d'une violation manifeste du droit international : si le président s'est contenté d'applaudir l'ingérence américaine, c'est parce qu'il a réalisé une « iellipse stratégique/i ». Qu'en termes galants ces choses-là sont mises !/p
pPeu à peu, et conformément au cadrage d'Emmanuel Macron, les références au droit international vont ainsi s'estomper pour laisser place aux commentaires sur la « ichute/i » d'un dictateur et la libération du peuple vénézuélien. Et comme d'habitude, c'est sur Franceinfo que l'on trouve les meilleurs exégètes du gouvernement français. Dès le 3 janvier, à 19h39, soit 9 minutes après le tweet d'Emmanuel Macron, Laurence Haïm, « journaliste spécialiste des États-Unis », mais aussi ancienne porte-parole d'Emmanuel Macron – ce qui n'est pas précisé dans le bandeau de présentation –, est déjà en plateau pour assurer le service après-vente. La présentatrice la lance : « iIl n'y a aucune condamnation dans ce message…/i » Laurence Haïm n'est pas d'accord et le trouve équilibré :/p
blockquote class="spip"
pstrongLaurence Haïm :/strong Non mais c'est un message… Petit 1, c'est très bien vous vous êtes débarrassé d'une crapule. Petit 2, attention ne vous installez pas quand même trop […], la transition doit être démocratique ! Et c'est fait avec beaucoup de diplomatie, mais c'est vraiment le message qui est passé !/p
/blockquote
pLe 5 janvier, dans la matinale de la chaîne, l'inénarrable Alix Bouilhaguet ne fait elle non plus aucun détour : « iLa réaction d'Emmanuel Macron suscite beaucoup de critiques, mais je vais vous expliquer surtout pourquoi il a raison !/i »/p
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figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/bouilhaguet-2fa02.png?1768844712' width='500' height='281' alt='' /
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p/brSur LCI, Éric Brunet ne dit rien de différent le lendemain dans son émission (6/01) :/p
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pstrongÉric Brunet :/strong Les Européens se roulent par terre depuis ce week-end, expliquant qu'aucune base légale ne permettait aux États-Unis et à Donald Trump, d'enlever, de retenir et de juger le président du Venezuela, Nicolas Maduro. Sauf Emmanuel Macron ! Lui ne se roule pas par terre […]. Au passage, bravo Emmanuel Macron !/strong/p
/blockquote/br
h3 class='article_intertitres'« iJe m'accommode du fait que le droit international n'ait pas été respecté/i »/h3
p/brComme le résume un bandeau de l'émission « Tout est politique », diffusée sur Franceinfo : « Venezuela : la force du droit contre la realpolitik ? » Voici la problématique fondue dans une équation simple, que les journaux vont décliner de façon plus au moins subtile – droit international contre « irealpolitik/i » (iLe Parisien/i, 4/01) ; idéalistes contre réalistes, « iherbivores/i » contre « icarnivores/i » (iParis Match/i, 6/01) – et à laquelle de nombreux éditorialistes répondent tout de go. Gilles Bornstein par exemple, qui, au cours d'une séquence d'anthologie sur Franceinfo (5/01) avec le docteur en droit public (et invité régulier) Béligh Nabli, a visiblement tranché la question :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Gilles Bornstein :/strong Je comprends que le droit international doit être une boussole, mais à un moment, il faut parler des peuples. Si ne pas respecter le droit international permet justement de minorer l'importance de la loi du plus fort, alors la question est posée. Vous avez dit « ce qui se joue, c'est un rapport au droit ». Ce qui se joue aussi, c'est l'intérêt du peuple vénézuélien. Et si effectivement, cet acte qui n'a pas respecté le droit international – évidemment on n'y est pas – permet des élections libres et permet que finalement ça aille mieux pour le peuple vénézuélien, alors la question est posée. J'ai un autre exemple./p
pstrong- Béligh Nabli :/strong Non, non, mais là vous portez atteinte à la souveraineté des Vénézuéliens. C'est pas aux États-Unis d'intervenir pour régler un conflit interne./p
pstrong- Gilles Bornstein :/strong Ce n'est pas aux États-Unis d'intervenir, théoriquement./p
pstrong- Béligh Nabli :/strong C'est pas « théoriquement »./p
pstrong- Gilles Bornstein :/strong Bien sûr, après, il faut voir le résultat. Et ce qu'il en adviendra pour le peuple vénézuélien ne peut pas être complètement évacué, laissez-moi terminer, ne peut pas être complètement évacué du débat. On a eu le même débat au moment de l'intervention américaine à Téhéran. Alors effectivement, les bombardements […] américains contre les installations nucléaires […] venaient à l'encontre du droit international. Mais le monde est-il plus sûr avec un Iran qui a un arsenal nucléaire dégradé, quitte à ce que le droit international... ? […]/p
pstrong- Béligh Nabli :/strong Mais vous changez de registre. Dans un premier temps, vous parlez du « respect du peuple », et après vous parlez d'« un monde plus sûr » : on n'est plus dans le même registre ! Vous n'êtes pas cohérent…/p
pstrong- Gilles Bornstein :/strong Mais je n'ai pas la prétention de... Je ne suis pas un universitaire, je vous dis ce que je ressens en tant que citoyen./p
pstrong- Béligh Nabli :/strong C'est quand même problématique…/p
pstrong- Gilles Bornstein :/strong Mais, après ces interventions en Iran, par exemple, si le monde est moins dangereux, je m'accommode du fait que le droit international n'ait pas été respecté. Si à la fin des fins, le peuple vénézuélien y trouve son compte, je crois que je m'accommoderais du fait que Donald Trump n'ait pas respecté le droit international./p
/blockquote
pAu moins, c'est dit./p
pGilles Bornstein n'est d'ailleurs pas le seul (ni le premier) à assumer de s'accommoder de la violation du droit international. L'éditorialiste du service public peut notamment s'enorgueillir de tenir une position identique à celle de la tête d'affiche du groupe Bolloré :/p
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pstrongPascal Praud :/strong Eh bien si l'arrestation de Maduro met un terme à la dictature vénézuélienne, si elle apporte la démocratie, si elle freine le narcotrafic dans le monde, je me dirais que la fin justifie les moyens et qu'entre légalité et légitimité – éternel débat qui traverse l'histoire –, je choisirais toujours la légitimité.span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Cité dans « Face à Trump : les médias entre admiration, sidération et (…)" id="nh1"1/a]/span/p
/blockquote/br
h3 class='article_intertitres'Exaltation de la force : déclinaisons médiatiques/h3
p/brSur BFM Business (5/01), comme a href="https://www.arretsurimages.net/articles/venezuela-les-chaines-dinfo-enterrent-le-droit-international" class="spip_out" rel="external"l'a relevé Arrêt sur Images/a, le rédacteur en chef Mathieu Jolivet ne se gêne pas non plus : « iLa question de s'affranchir du droit international, elle peut se poser légitimement, tout simplement parce qu'aujourd'hui, on ne vit pas dans un monde de bisounours./i » « iEst-ce une ingérence politique ou le sauvetage d'un peuple ?/i », se demande plus candidement Europe 1 (5/01). La réponse ne se fait pas attendre : « iC'est le retour de la realpolitik, c'est le retour des sphères d'influence/i », explique le rédacteur en chef du journal d'extrême droite Frontières, Erik Tegnér, chose que l'on a du mal à comprendre en France, regrette-t-il, « icar nous n'avons plus de sphère d'influence : l'Afrique, on l'a totalement quittée/i »./p
pÀ travers la presse écrite aussi, les exaltations de la force contre le droit sont légion. Dans un édito du 4 janvier titré justement « Realpolitik », qui semble être le mot choisi par certains pour parler d'impérialisme, le rédacteur en chef du iParisien/i Frédéric Michel s'exclame :/p
blockquote class="spip"
pstrongFrédéric Michel :/strong On peut toujours applaudir des deux mains la chute d'un monstre. Après des années de répression et de violences, Nicolas Maduro laisse le Venezuela exsangue, miné par la pauvreté et l'insécurité alimentaire. […] Comment dès lors ne pas se réjouir de son arrestation ?/p
/blockquote
pDans la suite de son papier, le journaliste qualifie Nicolas Maduro de « ivermine/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="« Vermine » qui se transformera en « personnage méprisable » dans l'édition (…)" id="nh2"2/a]/span dont « il'opération clandestine/i » américaine a « idébarrassé la planète/i ». Même ambiance à il'Opinion/i (4/01), avec le bien nommé Éric Le Boucher : « iVoir le tyran Nicolas Maduro menotté dans un jogging immonde et emporté vers New-York : quoiqu'on en pense, l'image fait plaisir./i » Au lendemain des bombardements américains, le titre de son édito est le suivant : « Et si 2026 nous rapportait de l'optimisme ? » Guillaume Roquette du iFigaro/i est sur la même ligne :/p
blockquote class="spip"
pstrongGuillaume Roquette :/strong […] Le procédé employé par Donald Trump prend indéniablement de sérieuses libertés avec les règles de souveraineté territoriale. Et alors ? Les forces spéciales américaines n'ont-elles pas fait œuvre de salubrité publique en débarrassant le Venezuela d'un dictateur qui a ruiné son pays, emprisonné ses opposants et contraint à l'exil 8 millions de personnes ?/p
/blockquote
pDans le FigaroVox (6/01), le chroniqueur Julien de Saint-Lalanne légitime lui aussi la loi du plus fort (et la ligne de son groupe de presse) en orientant copieusement la réponse d'une question qui, en première instance, ne devrait même pas en être une : « L'arrestation de Nicolas Maduro est-elle vraiment contraire au droit international ? » Le choix du terme « arrestation » n'est en outre pas innocent puisqu'il consiste à présenter les bombardements américains et l'enlèvement du président vénézuélien comme une « opération de police » contre un narco-criminel – un argument a href="https://www.acrimed.org/Venezuela-des-medias-intoxiques-par-la-propagande"au cœur de la propagande étasunienne/a. Les défenseurs de cette vision des choses ont en tout cas micro ouvert dans « C ce soir » (5/01) : « iLes États-Unis ici ont agi […] en position de légitime défense/i, ose le journaliste Gérard Olivier, iparce que le trafic de drogue orchestré, dans lequel le Venezuela participe, tue des dizaines de millions de personnes tous les ans/i »./p
/br
h3 class='article_intertitres'Haro sur LFI/h3
p/brCe déferlement éditorial dans une large partie de la presse a un corollaire évident : celui de renvoyer à leur naïveté toutes les expressions, qu'elles soient politiques ou universitaires, qui se sont attachées à dénoncer l'agression impérialiste. La séquence a donc donné lieu à un nouvel intense épisode de matraquage des positions de la gauche en général, et des insoumis en particulier, à grands coups de chroniques assassines et d'interviews « interrogatoires ». Ainsi, les interviews matinales de Manuel Bompard chez Thomas Sotto (RTL, 5/01) et de Mathilde Panot chez Apolline de Malherbe (BFM-TV, 7/01) sont remarquablement similaires, tous deux sommés de répondre à la question : « Nicolas Maduro était-il un dictateur ? » Le sous-texte n'est pas exprimé par les présentateurs, mais c'est tout comme : si Maduro est un dictateur, alors on peut se réjouir de sa chute, et, conséquemment, de l'intervention américaine. Anticipant certainement ce cheminement de pensée, et manifestement coordonnés, Bompard et Panot tentent tous deux d'éviter l'obstacle : « iCe n'est pas la question qui se pose/i » dit Panot, « ice n'est pas la question qui est posée/i », répond Bompard. Mais force est de constater que dans ce cas précis, les effets de cadrage sont si puissants que les tentatives de le déjouer sont vaines : la question, qui apparaît simple, est réitérée plusieurs fois par les présentateurs. Et les insoumis, refusant de répondre, semblent s'embourber…/p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brDans la foulée de toute cette production médiatique, dont on peut trouver d'autres extraits chez Arrêt sur images, a href="https://www.arretsurimages.net/articles/comment-les-chaines-dinfo-ont-couvert-lenlevement-de-maduro" class="spip_out" rel="external"ici/a et a href="https://www.arretsurimages.net/articles/venezuela-les-chaines-dinfo-enterrent-le-droit-international" class="spip_out" rel="external"là/a, ou encore a href="https://www.telerama.fr/television/venezuela-les-chaines-info-se-mettent-au-pas-de-donald-trump-7029108.php" class="spip_out" rel="external"sous la plume de Samuel Gontier/a, plusieurs journaux ou antennes se sont demandé si le droit international avait été définitivement enterré par Donald Trump au Venezuela. Dans les médias en tout cas, les funérailles a href="https://www.acrimed.org/Palestine-Des-victimes-sans-visages-des-crimes"avaient déjà eu lieu à Gaza/a./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanCité dans a href="https://www.youtube.com/watch?v=URIiySZ83Hwt" class="spip_out" rel="external"« Face à Trump : les médias entre admiration, sidération et embarras »/a, Blast, 18/01./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /span« iVermine/i » qui se transformera en « ipersonnage méprisable/i » dans l'édition papier du lendemain./p
/div/div
jeu, 2026-01-15 11:16
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/laicite-2b834.png?1768468575' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pLes 120 ans de la loi de 1905 sur la laïcité ont donné lieu, dans les grands médias, à une série de productions en tout genre. « Émissions spéciales », « débats », éditoriaux, etc. ont entretenu les biais traditionnels qui contribuent, depuis plus de vingt ans, à brouiller – si ce n'est à totalement falsifier – le débat public sur cette question. Nous en avons discuté avec Nicolas Cadène et Hicham Benaissa. Nicolas Cadène est ancien rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité auprès du Premier ministre (2013-2021) et le cofondateur de la Vigie de la laïcité. Il a récemment quitté la haute fonction publique pour se consacrer, en tant que consultant-formateur, à la laïcité et à la gestion des faits religieux, notamment. Hicham Benaissa est sociologue rattaché au GSRL (EPHE-CNRS). Il travaille sur les effets sociaux et politiques de la présence musulmane durable en France, en particulier à partir des trajectoires issues de l'immigration maghrébine. Parallèlement à son travail de recherche, il intervient depuis plus de dix ans sur la gestion du « fait religieux ». Il a conçu et animé plusieurs centaines de formations, réalisé de nombreux diagnostics, et accompagné deux grands groupes ainsi qu'une commune dans la définition de leur politique « laïcité »./p/div
div class='rss_texte'pPour construire cet entretien, nous nous sommes principalement appuyés sur deux émissions diffusées dans le cadre des 120 ans de la loi de 1905 sur la laïcité. La première est celle à laquelle a participé Hicham Benaissa – a href="https://www.youtube.com/watch?v=msincUKRLmE" class="spip_out" rel="external"« C ce soir » (France 5, 8/12/2025)/a –, présentée par Karim Rissouli, qui réunissait deux sociologues – Alain Policar et Hicham Benaissa –, la journaliste Héloïse de Neuville, sous-cheffe du service « Religion » du quotidien iLa Croix/i, l'écrivaine et réalisatrice Émilie Frèche, le journaliste Éric Fottorino (iLe 1/i ; iZadig/i) et une professeure de lettres classiques, Delphine Girard, autrice du livre iMadame, vous n'avez pas le droit ! Défendre la laïcité après le choc Samuel Paty/i, qui lui valut portraits et entretiens dans toute la presse conservatrice et réactionnaire, de iL'Express/i à Europe 1 en passant par iLe Figaro/i, iLe Point/i, iMarianne/i, RMC, etc./p
pLa deuxième est une émission spéciale produite et diffusée par France 2 – a href="https://www.france.tv/societe/magazine-d-actualites/7808709-laicite-l-exception-francaise-120-ans-et-maintenant.html" class="spip_out" rel="external"« Laïcité, l'exception française - 120 ans, et maintenant ? » (9/12/2025)/a – présentée en direct du Panthéon par Caroline Roux a href="https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/75210296" class="spip_out" rel="external"en l'absence de tout universitaire spécialiste de la laïcité/a, mais en compagnie d'une ribambelle de commentateurs et/ou polémistes médiatiques, sans oublier le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez./p
p/brstrongAcrimed : Nous avons ici deux dispositifs qui condensent selon nous beaucoup des biais journalistiques qui contribuent à défigurer le débat public sur la laïcité. Avant d'en venir à ces biais de fond, pouvez-vous nous parler des sollicitations de ces médias, en commençant peut-être par Hicham : comment vous a-t-on proposé cette émission de « C ce soir » ? Comment vous en a-t-on présenté les angles, et peut-être les invités qui seraient à vos côtés ?/strong/p
pstrongHicham Benaissa :/strong Ce n'est pas la première fois que je suis invité à « C se soir ». Quand elle nous sollicite, l'équipe s'entretient au préalable par téléphone avec l'ensemble des intervenants possibles, qui pourraient faire partie du panel. C'est une façon de faire chez eux qui est assez courante. Par le passé, il m'est arrivé de nombreuses fois d'être contacté, avant d'être annulé à la dernière minute. Là, avec les 120 ans de la loi sur la laïcité, j'ai été contacté la veille, le dimanche, et on m'a demandé de répondre assez rapidement. J'ai longtemps réfléchi avant d'y aller, pour toutes les raisons que l'on va sûrement aborder par la suite. À commencer par la problématique telle qu'elle était posée, par l'intitulé de l'émission : « Laïcité, c'est quoi le problème ? ». On est là dans un cadrage déjà bien particulier de la thématique de la laïcité puisque ça pose comme évidence qu'il y a un problème. Est-ce que c'est si évident que ça qu'il y a un problème avec la laïcité ? Et cette manière de poser la question est aussi une manière d'y répondre… Donc pour tout vous dire, je pressentais un peu un traquenard. J'en ai discuté un peu autour de moi et j'ai décidé d'y aller, aussi par ras-le-bol : ça suffit ! Ça suffit d'entendre la question de la laïcité être problématisée de cette manière. L'idée, c'était de jouer le jeu télévisé en étant un peu plus offensif. Je ne suis pas naïf. Je savais très bien à quoi j'allais me confronter, et je m'y suis plié en répondant au jeu du clash./p
p/brstrongQuant au plateau de France 2 organisé à l'occasion des 120 ans de la loi de 1905, Nicolas Cadène, vous avez critiqué le panel des invités en amont de la diffusion de l'émission, à laquelle vous n'étiez d'ailleurs pas convié – ni vous, ni aucun autre connaisseur du droit de la laïcité./strong/p
pstrongNicolas Cadène :/strong Caroline Roux ne m'a jamais invité dans l'émission qu'elle anime quotidiennement sur France 5, alors même que j'avais eu quelques contacts avec des membres de son équipe, qui souhaitaient, eux, me voir intervenir sur le plateau. Ça ne s'est jamais fait. iA priori/i parce que, si j'ai bien compris, elle a elle-même une position assez arrêtée sur le sujet. Ce qui m'interroge d'emblée dans le sens où je ne fais que rappeler le droit. Ma position n'est pas une opinion, c'est celle du droit. En revanche, j'assume m'opposer à une évolution excessive du droit en la matière et qui aurait pour conséquence de briser l'équilibre posé par la loi de 1905. Force est de constater que les intervenants sollicités pour cette émission de France 2 ont une position qui n'est pas conforme au droit. C'est pour cela que j'insiste : il ne s'agit pas de se plaindre de ne pas être invité, il s'agit de se plaindre du fait que le service public, pour parler d'un sujet important comme celui de la laïcité, n'invite pas de connaisseur du droit de la laïcité, mais des polémistes ou des philosophes, qui tiennent pour la plupart des positions qui s'opposent ide facto/i à la loi de 1905 dont les 120 ans étaient pourtant célébrés. Il faut ajouter à cela que ces mêmes intervenants n'assument pas s'opposer au droit, ce qui conduit à laisser penser aux téléspectateurs que ce qu'ils disent est conforme à ce qu'est la laïcité dans les textes, alors que ce n'est pas le cas. Ça, ça me paraît très problématique, ia fortiori/i sur une chaîne de service public, qui est quand même censée informer sur le cadre juridique dont il est question./p
pPour rebondir sur ce que disait Hicham à l'instant, je le rejoins sur le fait qu'il est important d'aller dans les grands médias malgré la lourdeur des dispositifs. D'une part, parce que la diffusion d'idées fausses sur le sujet mine la cohésion nationale. Et d'autre part, parce que les mauvaises interprétations de la laïcité qui ont cours dans le débat public ont des répercussions concrètes sur le terrain. Ça conduit à des mauvaises applications du principe, parfois même à des discriminations. Donc évidemment, les rares fois où on nous sollicite encore, on dit, sauf impossibilité matérielle, « oui ». Mais je remarque que « C ce soir » ne m'a plus sollicité depuis un an et demi alors qu'auparavant, j'étais régulièrement invité quand ils traitaient de laïcité./p
p/brstrongDans les dispositifs dont nous parlons, il y a deux choses distinctes : soit l'absence de véritables experts du sujet, soit la mise en équivalence d'interlocuteurs aux statuts très différents, et donc aux registres d'intervention très différents : sociologues « contre » polémistes, chercheurs « contre » journalistes, juristes « contre » responsables politiques, etc. Pouvez-vous nous parler des effets de ces conditions de « débat » ?/strong/p
pstrongHicham Benaissa :/strong Il y a quelques jours, j'ai revu une interview que Pierre Bourdieu avait donnée à une télévision catalane après la parution de iSur la télévision/i, à la fin des années 1990span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Televisió de Cataluña (TV3), 2 novembre 1998. On peut visionner cette (…)" id="nh1"1/a]/span. Il dit que la télévision est une menace pour la vie intellectuelle et, indirectement, une menace pour la démocratie. Inutile de revenir sur ce qu'il a admirablement démontré dans ses ouvrages et ses articles. Mais j'en parle parce que je me suis demandé ce qu'il dirait aujourd'hui. Entre la fin des années 1990 et aujourd'hui, l'intensification des mécanismes qu'il a décrits est flagrante, notamment cette pratique homogénéisante des dispositifs médiatiques. Un exemple : sur le plateau de « C ce soir », en début d'émission, Karim Rissouli dit à Éric Fottorino : « iLaïcité, c'est quoi le problème ? On a repris le titre de votre journal hebdo,/i Le 1i./i » C'est assez drôle. C'est une manière tout à fait concrète de voir comment dans le champ journalistique, ce que disait très bien Bourdieu, on se copie les uns les autres. Au bout du compte, c'est ce qui crée du consensus : une culture commune, une manière identique de poser les questions, etc. Ensuite, je l'ai bien vu : faire des équivalences de discours entre des registres totalement différents, entre un discours émotionnel et un discours argumenté, scientifique, objectif ou à tendance objectivante, c'est le piège absolu ! Et c'est exactement ce qui s'est passé sur le plateau de « C ce soir ». En face de moi, Émilie Frèche a écrit un livre adapté en pièce de théâtre sur l'assassinat de Samuel Paty. Inutile de repréciser à quel point cet événement est une tragédie. Mais vous voyez bien que si on entre sur le terrain de la laïcité par le prisme émotionnel, c'est fini, on ne peut plus en sortir. Et c'est très difficile de faire face. D'ailleurs, dans l'émission, ça se finit par cette dame qui dit à Alain Policar, un sociologue, que son discours aurait pu être tenu par celui qui a appelé au djihad, en gros, à tuer Samuel Paty./p
p/brstrongElle lui dit a href="https://www.youtube.com/watch?v=cFsCBLjI2Jw" class="spip_out" rel="external"précisément/a : « iJe vais vous faire hurler, mais quand je vous entends, bah j'entends Abdelhakim Sefrioui dans la vidéo qu'il a faite contre Samuel Paty./i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir par exemple « Assassinat de Samuel Paty : comment les juges ont motivé (…)" id="nh2"2/a]/span Ceci alors qu'Alain Policar critiquait simplement la loi dite « contre le séparatisme » – « iQui est séparatiste ? A priori, ce sont les musulmans. C'est-à-dire qu'il y a un soupçon constant sur une partie de la population./i » – et citait un récent ouvrage co-écrit par les chercheurs Olivier Esteves, Alice Picard et Julien Talpinspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="La France, tu l'aimes mais tu la quittes. Enquête sur la diaspora française (…)" id="nh3"3/a]/span pour dire qu'il aimerait que la France « isoit un peu plus accueillante/i » et « iqu'elle ait moins de difficulté par rapport à l'altérité/i »./strong/p
pstrongHicham Benaissa :/strong Voilà. Qu'est-ce que vous voulez faire quand on est face à cela ? Honnêtement, c'est très difficile de se confronter à ce type de réaction à chaud sur un plateau. Je voulais ajouter aussi, parce qu'on ne se le représente jamais suffisamment bien, ce que ça veut dire d'être sur un plateau télé. Quand on parle de la force du consensus, il faudrait en parler quasiment au sens physique du terme. La force du consensus, on la sent dans le corps. Quand on s'assoit sur un plateau télé, le protocole crée une ambiance qui n'a rien de naturel et dont on ressent les effets physiquement. Et quand en plus de cela, un rapport de forces s'installe très vite en votre défaveur, qu'une forme de complicité se crée sur le plateau entre les uns et les autres, qui se connaissent plus ou moins, et qui se parlent dans une espèce de langage commun, on voit très bien s'exercer sur nous une force physique. C'est aussi ce qui peut créer l'autocensure. L'autocensure, on la sent d'abord dans et par le corps. Je ne sais pas quelle est l'expérience de Nicolas Cadène à ce niveau-là, mais en tout cas, moi, je le ressens comme ça. Quand on parle de la « force du consensus », ça n'a rien d'abstrait, c'est très concret et ça passe d'abord par le corps. C'est donc une énergie incroyable qu'il nous faut développer non pas uniquement contre nos interlocuteurs, mais contre cette force qu'on intériorise dans le cours de la discussion même. Il y a quelque chose qui se passe dans le cadre du débat : peu à peu, on se voit absorber par la force du consensus. Et il faut être très fort pour résister à cela./p
pPar définition, le cadrage cadre la pensée. Et je pense que les dispositifs médiatiques, en l'état actuel, rendent impossible la pensée. En réalité, dans un dispositif comme celui auquel j'ai participé moi-même, on ne pense pas. Je vois bien qu'il faut répondre par formules rapides. Le sujet de la laïcité s'y prête parfaitement : vous dites « laïcité », il y a quelque chose qui s'enclenche très vite dans les têtes. Il y a tellement de présupposés, de « déjà entendu » entre les émetteurs et le récepteur, que tout le monde a compris avant même que quelque chose d'intéressant ne soit dit…/p
pstrongNicolas Cadène :/strong C'est très vrai, je souscris à tout ce qui vient d'être dit. Il y a des plateaux sur lesquels vous n'êtes que la caution et où vous ne pouvez même pas développer des arguments. Dans ce cas de figure, si votre voix modérée ne peut même pas être entendue, ça ne sert à rien. Mais si elle peut l'être ia minima/i, je pense qu'il faut quand même y aller pour ne pas laisser l'espace aux faussaires. Le problème, c'est que c'est dur. Psychologiquement et physiquement, comme le disait Hicham. Il faut tenir et je comprends que beaucoup n'aient pas – ou plus – envie de le faire./p
pEt pour en revenir à la question du nivellement, c'est ce qui nous paraissait ahurissant à Jean-Louis Bianco ou à moi-même il y a dix ans déjà : le fait que les médias mettent un signe d'égalité entre la parole institutionnelle de l'Observatoire de la laïcité, qui n'a jamais été mise en défaut en droit, et la parole d'un polémiste du Printemps républicain, par exemple. Or, il n'y a pas d'équivalence entre le rappel du droit en vigueur et l'affirmation de contre-vérités. Pour les médias qui nous invitaient en revanche, il apparaissait normal, évident même, d'avoir en face une personne du Printemps républicain ou de tout mouvement opposé à l'Observatoire, même si son propos était ouvertement contraire au droit ou s'il consistait à réécrire l'histoire de notre pays. Comme s'il était toujours nécessaire de mettre un contre-argumentaire en face de la laïcité telle que reprise par notre Constitution. Eh bien non : on n'est pas obligé d'avoir quelqu'un qui raconte n'importe quoi. Mais on a désormais l'affirmation que « tout se vaut », que toutes les paroles se valent. Si on veut célébrer les 120 ans de la loi de 1905 et expliquer au grand public ce que dit la loi de 1905, il n'y a aucune utilité, et même aucune pertinence à inviter un polémiste qui raconte n'importe quoi tant sur le droit que sur l'histoire de la laïcité. C'est pourtant devenu la norme, puisque désormais, on a des plateaux où ne sont invités que des polémistes ou des « intellectuels » qui, s'ils ont le droit d'avoir leur idée sur le sujet, n'ont pas à affirmer, sur le service public, de manière très péremptoire des idées totalement erronées, sans même être contredit par l'animateur du débat, et donc sans que l'auditeur ne sache que c'est faux. On laisse dire. On laisse développer des absurdités, on laisse diffuser l'idée que la laïcité serait un outil de contrôle social, un outil d'exclusion. On ne peut ensuite s'étonner de son rejet par certains : ce n'est pas la laïcité qui est rejetée, c'est celle falsifiée./p
p/brstrongOn peut peut-être s'arrêter sur ce point : la profusion d'erreurs, d'approximations et de mensonges qui circulent dans le débat public. Un phénomène que favorisent les dispositifs dont nous parlons depuis le début. À vos yeux Nicolas Cadène, quelles sont les principales faussetés qui, de manière récurrente, polluent le débat public sur le sujet de la laïcité ?/strong/p
pstrongNicolas Cadène :/strong Il y en a tellement… Ce qui est ahurissant, c'est que dans l'émission de France 2, même le titre est faux. Il faut le faire quand même ! « Laïcité, l'exception française ». Non, la laïcité n'est pas une exception française. Il y a même eu des États qui ont adopté définitivement la laïcité avant la France. Donc on commence déjà par un titre complètement erroné, qui alimente cette idée selon laquelle nous serions vraiment exceptionnels, nous, Français, les seuls à avoir inventé cette chose géniale. Ce n'est pas vrai, mais vous voyez déjà comment se crée un sous-entendu : « les autres ne peuvent pas parler de laïcité » ; « si on ne nous comprend pas, c'est normal, on est les seuls à l'avoir inventée ». Une autre idée fausse, la plus courante, et qui était d'ailleurs centrale dans l'émission de France 2, c'est la réduction du débat de la ilaïcité/i à la question de la ineutralité/i. On parle sans cesse de neutralité pour parler de laïcité, et d'une neutralité qui excède largement le service public. Or, la laïcité ne prévoit la neutralité que pour ceux qui exercent une mission de service public. En aucune manière celle des individus n'est en question : dès lors qu'il n'y a pas de trouble à l'ordre public, dès lors qu'on n'impose pas sa conviction à autrui, ça n'a aucun sens de « neutraliser » les individus puisque la laïcité garantit les libertés individuelles. C'est même totalement contraire à la laïcité. Pourtant, dans ces émissions, on n'a de cesse de parler de neutralisation des individus. Comme si c'était une évidence, comme si cela relevait de la laïcité. Non, ça ne relève pas de la laïcité. Je le répète, la laïcité n'est pas un outil d'ordre moral ou de contrôle./p
pIl y a donc des confusions basiques de cet ordre-là qui ne sont jamais contestées. Et parce qu'elles sont dorénavant monnaie courante, elles alimentent parfois, en particulier parmi les jeunes, une mauvaise compréhension de la laïcité, en tout cas un rejet de cette laïcité qui n'est pas la vraie laïcité. Les commentateurs qui opèrent ces confusions sont ceux-là mêmes qui s'offusquent, sans contradiction, du fait que « iles jeunes n'aiment pas la laïcité/i ». Mais là encore, c'est faux : quand on regarde les enquêtes de terrain sociologiques, comme celles qu'ont réalisées Philippe Portier et Charles Mercierspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Charles Mercier, Philippe Portier, Les jeunes et leur laïcité, Presses de (…)" id="nh4"4/a]/span, qui font partie de la Vigie de la Laïcité, ce n'est pas ce qu'on voit. Ce qu'on voit, c'est simplement qu'en réalité, les jeunes sont dans une acception libérale de la laïcité… comme l'était Aristide Briand. Et qu'ils ne comprennent pas une laïcité qui serait une simple multiplicité d'interdits./p
p/brstrongJustement, il y a un éléphant dans la pièce depuis le début de la discussion : très souvent, les émissions, interviews et articles sur la laïcité portent en réalité … sur l'islam et les musulmansspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="À titre d'exemple, nous avons réalisé un décompte des termes « islam », « (…)" id="nh5"5/a]/span. Depuis quand ce cadrage domine-t-il la question de la laïcité ?/strong/p
pstrongHicham Benaissa :/strong Généralement en effet, quand on parle d'« un problème avec la laïcité », en sous-texte, on dit qu'il y a une présence religieuse, « visible », « nouvelle », qui est celle de l'islam, et qui poserait des « problèmes nouveaux » à la laïcité. C'est ça, l'implicite des questions. Parfois même explicite. Tout cela remonte au rapport Baroin de 2003. On est au lendemain du 21 avril 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen accède au second tour de l'élection présidentielle. Suite à cela, la droite se réunit et se pose la question de comment récupérer l'électorat de l'extrême droite. Un an après ces élections, le rapport Baroin est publié. Et quelques mois après, c'est la loi sur le voile de 2004. Que dit le rapport Baroin ? Il faut le lire : c'est déjà très clair, ça s'appelle « la nouvelle laïcité ». En gros, il est dit que la laïcité est une valeur traditionnellement de gauche, devenue aujourd'hui consensuelle, et qu'il faut que la droite l'accapare pour en faire un outil idéologique nouveau, tourné contre une nouvelle visibilité qui serait la visibilité religieuse musulmane. Ou comment faire de la laïcité une valeur conservatrice : c'est ça qui s'est passé au début des années 2000. Et je pense que nous sommes encore dans cette dynamique. Nous subissons encore les effets de ce tournant idéologique de la droite conservatrice, commencé au lendemain de l'arrivée de l'extrême droite au second tour, qui a donc fait bouger l'échiquier politique vers des thématiques d'extrême droite. Et la laïcité en a fait partie. C'est aujourd'hui devenu une thématique globalement investie par la droite et l'extrême droite, une espèce de refuge de l'identité nationale contre la visibilité religieuse posée comme un problème. On ne comprend pas les débats sur la laïcité si on ne voit pas l'usage politique et idéologique qui a été fait de cette question au tournant des années 2000, impulsé par la droite conservatrice, et qui imprègne aujourd'hui le cadrage médiatique dominant. Je parlais de la force du consensus tout à l'heure et il faut immédiatement ajouter qu'un consensus se crée toujours par de la sociologie pratique. La production de rapports officiels, la répétition régulière de certaines idées dans les médias, la mobilisation active d'entrepreneurs de morale… : tout ce travail concret fait qu'on se réveille un matin et puis, en effet, on a intériorisé l'idée qu'il y a un « problème » avec la laïcité. Il faut bien se rendre compte que les « idées » ne tombent jamais du ciel./p
p/brstrongD'ailleurs, au cours de l'émission « C ce soir », la journaliste Héloïse de Neuville (iLa Croix/i) « ivend la mèche/i » comme vous le relevez en direct : elle admet, au détour d'une réponse, que le débat ne porte pas tellement sur la « laïcité » mais bien plutôt sur « il'insécurité culturelle/i ». Donc sous le titre « Laïcité, c'est quoi le problème ? », il faut en réalité entendre que le « problème », c'est la visibilité musulmane./strong/p
pstrongHicham Benaissa :/strong Oui, elle a vendu la mèche parce que comme l'a dit tout à l'heure Nicolas, en réalité, il n'y a pas de problème juridique posé par la visibilité religieuse musulmane en tant que telle. La laïcité, dans ses principes juridiques, admet tout à fait la présence visible de signes, d'expressions, de pratiques religieuses. Elle les régule, elle fait cohabiter, coexister des croyants et des non-croyants. C'est ça l'ambition politique de la laïcité. Ambition toujours mise à l'épreuve, je ne le conteste pas. Mais c'est un mode d'organisation politique, ce n'est pas du tout un principe de jugement normatif. Or, c'est pourtant ce qu'elle est devenue, c'est-à-dire une valeur en soi, qui juge, qui juge les pratiques et les croyances. Mais ce qu'on est en train de dire là est inaudible. Inaudible dans l'espace des débats public et politique./p
pAjoutons qu'aujourd'hui construite comme un « problème », cette visibilité religieuse n'est pourtant pas nouvelle. Sans remonter jusqu'à l'empire colonial, on peut rappeler qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les travailleurs immigrés maghrébins arrivent en France et se retrouvent très nombreux dans les usines, à Renault, Bouygues, etc. À l'époque, c'est à dire dans les années 1960-70, ces grandes entreprises créent des salles de culte pour leurs salariés musulmans. Ce que je veux dire par là, c'est que l'évidence selon laquelle la visibilité de la pratique religieuse musulmane est nouvelle, c'est un préjugé. C'est un préjugé, et il est faux historiquement. La vraie question, selon moi, ce n'est donc pas de se demander « pourquoi l'islam est devenu visible ? », mais pourquoi cette visibilité est devenue un problème ; et dans quel cadre socio-politique elle est interprétée comme tel./p
p/brstrongLes grèves ouvrières de l'automobile, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, ont d'ailleurs signé l'émergence d'un « problème musulman » dans le débat public : Thomas Deltombe retrace cela dans a href="https://www.editionsladecouverte.fr/l_islam_imaginaire-9782707153319" class="spip_out" rel="external"iL'islam imaginaire/i/a (2007), les sociologues Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed a href="https://www.editionsladecouverte.fr/islamophobie-9782707189462" class="spip_out" rel="external"l'ont analysé également (2016)/a, de même que a href="https://books.openedition.org/pul/34712" class="spip_out" rel="external"Vincent Gay (2021)/a. Tout récemment encore, a href="https://www.acrimed.org/Le-Repli-une-critique-de-la-normalisation"le film « Le Repli » de Joseph Paris (2024)/a donnait à voir des archives d'Antenne 2 ou de TF1 particulièrement édifiantes pour qui s'interroge sur la normalisation des discours racistes par les élites politiques et médiatiques. Mais il semble qu'à l'époque, dans le traitement médiatique, le prisme de la « laïcité » n'était pas présent : elle n'était pas (encore) mobilisée, ni reliée comme aujourd'hui au « problème musulman », qui, lui, était posé comme tel par les chefferies journalistiques./strong/p
pstrongHicham Benaissa :/strong On pourrait aussi parler de 1989, avec l'« affaire du voile de Creil », qui fait émerger très fortement la question du voile dans l'espace public. Il y a eu un papier à l'époque, de Finkielkraut, Badinter et compagnie, qui parlaient d'un « Munich de l'éducation nationale » dans iLe Nouvel Observateur/i – un papier qui avait fait scandale, évidemment. C'est là où il faudrait que je revienne rapidement sur ce que j'ai appelé tout à l'heure des « entrepreneurs de morale ». C'est un concept qui nous vient de la sociologie interactionniste de l'école de Chicago. Un entrepreneur de morale, c'est une personne (ou un groupe de personnes) qui intervient dans les débats publics en faisant exister un « problème », en le nommant, en l'exagérant, en imposant des frontières entre le normal et l'anormal, la norme et la déviance, puis en réclamant des réponses politiques adéquates (lois, sanctions, débats, etc.). Ce n'est donc pas seulement un moraliste, c'est surtout un producteur de catégories, quelqu'un qui met en récit le réel, organise notre manière collective de le percevoir, et donc de le définir. Tout cela me permet seulement de bien faire comprendre que le thème de la laïcité ne se serait jamais imposé de lui-même, en quelque sorte, s'il n'y avait pas eu tout ce travail social de catégorisation du réel. Il y a déjà dans ce papier de 1989 une bonne partie de ce qu'on retrouvera dans le rapport Baroin en 2003 dont j'ai déjà parlé. La dramatisation par le petit écran de l'affaire de trois jeunes filles qui portaient le foulard dans un collège à Creil, suivie de tous ces entrepreneurs de morale tenant à s'en offusquer publiquement et pathétiquement, a posé les jalons de la manière dont la laïcité sera mise en récit. C'est-à-dire sous la forme d'un combat, d'un conflit de valeurs presque civilisationnelles : d'un côté, la laïcité, la France, ses valeurs, son identité profonde, et à la fin des fins, l'Occident ; et de l'autre, la présence musulmane en France, avec ses coutumes et ses principes « idiosyncrasiques », c'est-à-dire ce que certains ont construit comme l'Orient, ou l'Islam avec un grand « i ». Bourdieu explique dans un texte lumineux, « Le Nord et le Midi »span class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="« Le Nord et le Midi : Contribution à une analyse de l'effet Montesquieu », (…)" id="nh6"6/a]/span, qu'on peut tout à fait user et abuser de toute une rhétorique rationaliste et pseudo-scientifique tout en fondant les postulats premiers de son argumentation sur des systèmes d'oppositions binaires et mythiques (Nord/Sud, Chaud/Froid, et ici en l'occurrence Islam/Occident). Le problème, c'est que ça crée des effets de vérité très puissants parce que ça reprend sous des aspects apparemment nouveaux et indiscutables des préjugés orientalistes installés depuis des siècles dans les structures de nos représentations collectives. Par conséquent, il faut voir la problématisation de la laïcité comme un processus démarré au tournant des années 1990 et parachevé, selon moi, au début des années 2000./p
pstrongNicolas Cadène :/strong Le glissement d'un prétendu « problème musulman » vers un supposé « problème de laïcité » est l'un des malentendus les plus lourds de conséquences dans le débat public français contemporain. Depuis la fin des années 1980, les marqueurs médiatiques et politiques de la laïcité se sont progressivement confondus avec des débats identitaires, sécuritaires et migratoires. On a peu à peu fait de l'islam, ou plus exactement des Français de confession musulmane, un objet central du débat laïque, comme si la laïcité avait été conçue pour « gérer » une religion en particulier. C'est historiquement, juridiquement et politiquement faux. Une confusion grave et dangereuse s'est installée, entre la pratique ordinaire de l'islam et l'idéologie islamiste radicale, pourtant (heureusement) très minoritaire. Cette confusion est alimentée par un traitement médiatique anxiogène, qui entretient l'idée d'un icontinuum/i imaginaire entre pratique religieuse visible et radicalisation violente. On peut citer ici un rapport sénatorial ahurissant, qui a même prétendu dessiner un icontinuum/i entre voile et terrorisme. Comme si l'on pouvait, sans honte, placer Malala, Amina J. Mohammed ou Latifa Ibn Ziaten – figures de courage –, dans la même ombre que des assassins. Une mère endeuillée, engagée contre le sectarisme et l'extrémisme dans les écoles, a ainsi été insultée au sein de l'Assemblée nationale parce qu'elle portait un foulard… La laïcité est donc de plus en plus présentée comme une arme de défense d'une identité culturelle française imaginaire qu'il faudrait « défendre » face à des populations perçues comme extérieures ou menaçantes. C'est une inversion complète de son sens. Historiquement, la laïcité a été pensée pour mettre fin aux discriminations entre majorité et minorités, pour organiser une société fondée sur l'égalité des droits et la liberté de conscience, et pour assurer la paix civile dans une société, de fait, plurielle. Elle n'a jamais été conçue pour protéger une supposée culture dominante contre des minorités, mais pour permettre à chacun de participer à la construction du commun sans nier son appartenance propre. On pourrait aussi parler de lois sécuritaires ou antiterroristes qui ont parfois été présentées à tort comme des lois « sur la laïcité », contribuant à assimiler ce principe à un outil de contrôle ciblant prioritairement les musulmans. Cette confusion nourrit une méfiance, voire une défiance à l'égard de la République elle-même. Si au départ, c'était l'extrême droite qui instrumentalisait la laïcité pour justifier l'injustifiable vis-à-vis de populations qu'elle rejetait du fait de son racisme, cette instrumentalisation s'est malheureusement peu à peu répandue bien au-delà sur le spectre politique./p
p/brstrongLes dynamiques historiques que vous décrivez font écho à un texte précurseur que signait Pierre Tevanian en 2004, c'est-à-dire il y a plus de vingt ans, republié le 9 décembre 2025 par Les mots sont importants : intitulé a href="https://lmsi.net/Une-revolution-conservatrice-dans-la-laicite" class="spip_out" rel="external"« Une révolution conservatrice dans la laïcité »/a, ce texte revenait sur la loi anti-foulard du 15 mars 2004 en tant que « imoment clé [des] invraisemblables inversions et subversions du principe de laïcité/i ». Les tournants du cadrage décrit par Pierre Tevanian à l'époque se sont confirmés et même fossilisés, pourrait-on dire, dans le discours médiatico-politique dominant. Que dire des évolutions du traitement médiatique de cette question au cours des 25 dernières années ? Et comment expliquez-vous que cette « laïcité falsifiée »span class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Jean Baubérot, La laïcité falsifiée, La Découverte, 2014." id="nh7"7/a]/span se soit imposée si largement, au point que l'émission spéciale de France 2 soit presque entièrement accaparée par ses promoteurs ?/strong/p
pstrongNicolas Cadène :/strong Je dirais que cette dérive et cette focale sur l'islam s'est accentuée après les attentats de 2015. L'Observatoire a été instauré en 2013 et j'ai pu le constater : il y a eu à ce moment-là un dérapage de plus en plus assumé, des confusions et un glissement sémantique progressif entre « djihadisme », « islamisme radical », « islamisme » et « islam », normalisé par de nombreux médias. C'est une confusion insupportable, qui ne connaît pas beaucoup de dénonciations au sein du monde politique et médiatique et qui est aujourd'hui tout à fait « acceptée » dans le débat imainstream/i. Je l'ai encore constaté il y a peu sur Franceinfo. Sans contradiction, une responsable LR a parlé d'« iun problème avec l'islam/i » — non avec « l'islamisme" mais avec « l'islam » tout court — sans que le journaliste ne soit aucunement choqué./p
pstrongHicham Benaissa :/strong Je rejoins Nicolas sur l'intensification de cette évolution, à une échelle de masse, au lendemain des attentats de 2015. Et pour en revenir au tournant des années 2000, il faudrait aussi connecter les enjeux nationaux aux enjeux internationaux. On est au lendemain des attentats de 2001, lorsque s'impose à l'échelle nationale une vision néoconservatrice du monde de type « Huntington » : « Occident » contre « Islam » dont j'ai parlé à l'instant, le communisme est fini, le capitalisme a gagné, les nouvelles batailles vont se jouer sur le champ culturel. Cette thèse a beaucoup infusé au sein de la droite conservatrice française. Si on refait le fil, il y a donc 2002 avec Le Pen au second tour, mais il y a aussi la séquence sarkozyste. On a presque oublié mais il faut se remettre dans l'ambiance de son arrivée à la présidence et des thématiques qu'il a imposées : ministère de l'Immigration, débat sur la question de l'islam, « iislam compatible ou pas avec la République ?/i », etc. C'est sous l'ère Sarkozy que ces cadrages s'imposent en France de manière tout à fait explicite et qui, par effets cumulatifs, ont gagné le champ politique jusqu'au PS. Il ne faut quand même pas oublier que c'est sous les gouvernements Valls qu'ont ressurgi toute une série de « polémiques » autour des questions de laïcité. Notamment lorsqu'en tant que Premier ministre, Manuel Valls a contesté un arrêt de la Cour de cassation sur « l'affaire Baby-Loup »span class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Pour un rappel de cette affaire, voir « L'affaire Baby Loup en quatre (…)" id="nh8"8/a]/span en disant que les juges avaient mal jugéspan class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir l'intervention de Manuel Valls à l'Assemblée nationale le 19 mars 2013 (…)" id="nh9"9/a]/span. Chaque rebondissement judiciaire de cette affaire a donné lieu à une importante couverture médiatique. Tout cela a infusé progressivement. Et cela infuse aussi sur le terrain./p
p/brstrongAlors justement, vous avez le point commun de dispenser tous les deux des formations sur la laïcité à travers la France au sein d'entreprises, de syndicats, de collectivités ou autres. Si la question des « effets » des médias est toujours délicate, avez-vous des retours, des constats à souligner quant aux conséquences du débat médiatique (et de sa teneur) sur le terrain ?/strong/p
pstrongHicham Benaissa :/strong On ne mesure jamais vraiment les effets massifs que produit la télé sur les gens. C'est difficilement objectivable, mais sur ce sujet précis de la laïcité, je le mesure de manière qualitative. Je m'intéresse à ces questions depuis 2009 et j'interviens sur ce sujet dans les entreprises, auprès des agents publics sur le terrain, dans des associations, etc. D'une part, la place que la laïcité occupe dans le débat public est évidemment disproportionnée par rapport aux problèmes rencontrés sur le terrain et à la manière dont ils se règlent. D'autre part, je mesure les effets délétères des débats médiatiques et des fausses évidences qu'a rappelées Nicolas. Combien de fois m'a-t-on dit : « Ce que vous nous dites-là n'a rien à voir avec ce qu'on entend à la télé » ? Combien de personnes rencontrées au cours des formations pensaient que « laïcité = neutralité » ? Tout ce qui est dit sur les ondes, tous les jours, a des répercussions concrètes et catastrophiques sur le terrain./p
pstrongNicolas Cadène :/strong Cela fait très longtemps que la laïcité est maltraitée dans les médias. Mais quand il existait, l'Observatoire de la laïcité en tant qu'institution pouvait rappeler le droit, y compris en amont d'un contentieux, et il était d'ailleurs très souvent sollicité. Le climat s'est encore détérioré au moment où il a été supprimé, en 2021 : il n'y avait plus d'instance officielle vers laquelle pouvaient se tourner les journalistes, mais aussi les acteurs de terrain. Et ce que dit Hicham est vrai. Il y a énormément de situations de terrain très négatives, où la laïcité est mal appliquée. Y compris, aujourd'hui, par des administrations, qui elles-mêmes ne comprennent pas parfaitement la jurisprudence, ou qui vont être orientées par des textes dont la rédaction est assez idéologique, sans qu'ils soient pour autant non-conformes au droit. Le « Vademecum Laïcité à l'école » par exemplespan class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="On peut le consulter ici." id="nh10"10/a]/span, réalisé par le « Conseil des sages » du ministère de l'Éducation nationalespan class="spip_note_ref" [a href="#nb11" class="spip_note" rel="appendix" title="Lancé par Jean-Michel Blanquer en 2018, le Conseil des sages de la laïcité (…)" id="nh11"11/a]/span, et qui est donc censé cadrer la question et apporter des éléments de réponse au corps enseignant et au personnel de l'Éducation nationale sur des situations propres à la laïcité, en est une illustration. On peut y relever une surinterprétation d'un arrêt rendu par une Cour administrative d'appel de Lyon, en 2019, laissant penser que tout parent qui viendrait à l'école doit être neutre et ne peut pas porter de signe religieux, en particulier le voile, ce qui peut conduire à l'exclusion de parents qui viendraient apporter une aide ponctuelle, quand bien même elle ne relèverait aucunement du service public. Ça, c'est un exemple concret : du fait de ce qui est entendu dans le débat public, mais aussi du fait de la traduction de ce débat public par des fonctionnaires et hauts-fonctionnaires, on a de mauvaises applications de la laïcité sur le terrain, que ce soit dans le monde socio-éducatif, celui de la santé, de la pénitentiaire, etc. Typiquement, Latifa Ibn Ziaten peut, et heureusement, intervenir dans les collèges avec son voile. Eh bien beaucoup voudraient l'interdire désormais. Lorsque l'Observatoire existait, on pouvait éviter ce type de surinterprétations dans les documents officiels. Ainsi, j'avais corrigé, pour l'administration centrale, les innombrables erreurs de droit que contenait le « Vademecum Laïcité à l'école » tel que rédigé initialement par le « Conseil des sages ». Aujourd'hui que l'Observatoire est supprimé, cela n'est plus possible./p
pstrongHicham Benaissa :/strong On pourrait appeler ça des « effets de l'officialité » : dès lors que c'est dit publiquement, ia fortiori/i par des autorités ministérielles, administratives, etc., il n'y a plus lieu de contester. C'est la conception que beaucoup de gens se font de ces sujets. On se confronte à cela régulièrement : « J'ai entendu ça à la radio », « j'ai entendu ceci du ministre ». C'est comparable aux effets des dignitaires religieux dans les sociétés traditionnelles, plus le dignitaire qui parle est haut dans la hiérarchie plus ça crée un effet d'autorité redoutable. Sauf que quand on passe derrière en essayant d'expliquer le droit, il y a tout un effort pédagogique à faire pour déconstruire les fausses idées, largement répandues. C'est très difficile, d'autant que tout cela peut être détruit par… une émission./p
pstrongNicolas Cadène :/strong Et pire que tout : quand on le dénonce, on est attaqué. C'est ce qui s'est passé lorsque j'ai osé, en 2016, sans même la citer, critiquer une interview d'Élisabeth Badinter sur France Inter car elle avait dit à tort que la laïcité conduisait à la neutralité de tous dans l'espace public. J'avais écrit sur mon compte personnel Twitter (à l'époque bien peu suivi) : « iQuand un travail de pédagogie de 3 ans sur la laïcité est détruit par une interview à France Inter d'une personne. À quand un vrai débat clair ?/i » Cette simple réaction m'a valu des attaques innombrables jusqu'à des menaces de mort !/p
pstrongHicham Benaissa :/strong Tout peut être détruit par une interview qui parle à un million de personnes. Nos petits moyens de formation ne peuvent pas grand-chose face à cela. Je vais dire les choses franchement : nous sommes dans un tel état de sidération par rapport au champ médiatique qu'on ne mesure pas encore suffisamment ce qui nous arrive. Nous sommes tellement dominés, par un discours qui est tellement puissant, qu'on n'a pas encore suffisamment de recul sur la situation actuelle, notamment s'agissant des médias. Sur le sujet de la laïcité en particulier, mais, en fait, sur tout un tas de sujets, qui ont été complètement accaparés, détournés, manipulés, au point qu'aujourd'hui, beaucoup parlent même du rapport au réel qui devient difficile. Quand on vous dit que la laïcité, juridiquement, « c'est ça », et que vous entendez du matin au soir que « c'est pas ça », c'est votre rapport au réel qui est mis à mal. Pour tout un tas de gens, les médias mainstream sont les seuls moyens par lesquels ils accèdent à l'information et au savoir. C'est un puissant moyen dont une société dispose pour se connaître elle-même. À partir du moment où vous mettez la main sur cet incroyable instrument, sur ce temps rare disponible, et que vous en faites autre chose que de l'information, factuelle, ça pose un problème démocratique fondamental. Le prisme des médias, c'est un miroir grossissant de la manière dont fonctionne notre démocratie, qui est pour moi très inquiétante./p
p/brstrongOn a parlé jusqu'à présent du poids du cadrage dominant et de l'omniprésence de l'association laïcité / islam. Le pendant de ces questions qui se posent systématiquement, ce sont celles qui ne se posent jamais. Quels sont, à vos yeux, les principaux angles morts du traitement médiatique de la question de la laïcité ?/strong/p
pstrongNicolas Cadène :/strong J'essaye de le dire les rares fois où je suis invité dans les médias mainstream : l'angle mort systématique, c'est la question sociale. Les commentateurs parlent de la laïcité sans jamais la relier à la question sociale, alors que les deux sont indissociables. Jaurès l'affirmait déjà en 1904. C'est une évidence : la laïcité est un outil formidable pour assurer la liberté de chacun et garantir l'égalité de traitement. Mais cette égalité, il faut qu'elle soit réelle, et cette liberté, il faut qu'elle soit effective. C'est en ce sens que la laïcité rejoint la question sociale. Je vous donne un exemple. Il y a quelques semaines, j'étais sur Franceinfo et le plateau discutait d'interdire le voile pour les jeunes filles et d'interdire le ramadan pour les mineurs. Comment ? Je ne sais pas, ça devient complètement ridicule, mais les intervenants invoquaient pour cela la protection des enfants. Je leur ai rappelé qu'on pouvait déjà limiter l'autorité parentale : quand vous avez des parents qui usent de violences ou de contraintes contre leurs enfants pour une pratique cultuelle refusée par ces derniers, on peut intervenir et empêcher cette contrainte. Mais pour aller plus loin et illustrer l'angle mort autour de la question sociale, j'ai posé cette question : pour vraiment défendre la protection de l'enfance, est-ce que vous donnez des moyens à l'ASE ? Est-ce que vous renforcez les moyens à ces services sociaux qui peuvent aller voir les parents et les sanctionner si nécessaire ? Il y a eu un grand blanc sur le plateau. Pourquoi ? Parce qu'en réalité, ils n'en ont rien à faire. L'ASE est plus que jamais en souffrance. Les moyens alloués aux services sociaux sont catastrophiques. S'ils voulaient véritablement protéger les enfants, comme ils le disent, de contraintes fondamentalistes, le droit permet déjà de le faire, des services sociaux sont là pour ça. Encore faut-il qu'ils aient des moyens de contrôle, des moyens financiers, des moyens humains. Mais quand on dit cela, il n'y a plus de son, plus d'image. Ces développements, qui sont pourtant des iréponses/i aux questions que se pose ce monde médiatique, ne sont jamais traités. On ne parle que de l'interdit, de la nécessité de faire taire des minorités et d'empêcher leur existence-même. La question sociale est vraiment l'angle mort du traitement médiatique sur le sujet./p
pstrongHicham Benaissa :/strong J'aimerais rebondir là-dessus car je souscris à tout ce qui vient d'être dit. En fait, quand on regarde la manière dont les médias posent la question de la laïcité, on s'aperçoit très vite qu'ils posent la question simplement, ce qui nous oblige à y répondre simplement, c'est-à-dire de manière tautologique : « Quel est le problème avec la laïcité ? C'est qu'on n'applique plus le principe de laïcité ». Et c'est là, à mon sens, le premier angle mort : tout ce qui fait contexte. La « laïcité à l'école », par exemple, est presque toujours traitée de manière hors sol, iin abstracto/i, alors qu'elle se joue dans des établissements très inégaux, pris dans des réalités de ségrégation territoriale, de précarité, de tensions scolaires, et de rapports ordinaires à la discrimination. Deuxième angle mort : la question de la légitimité. On dit « laïcité », « signes religieux », « règles juridiques », mais très souvent, la question sous-jacente, jamais formulée comme telle, c'est : jusqu'où la présence musulmane est-elle considérée comme légitime et ordinaire en France ? Autrement dit : à partir de quel moment le simple fait d'être visible (dans l'école, au travail, dans la rue) est-il lu comme une provocation, un refus, une atteinte à la laïcité ? Et dès qu'on essaie de réinscrire ça dans ces différents niveaux de réalité complexes (social, économique, politique, symbolique), on voit bien ce qui se passe : ça devient inaudible./p
p/brPropos recueillis par strongJérémie Younes/strong et strongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanTelevisió de Cataluña (TV3), 2 novembre 1998. On peut visionner cette émission a href="https://www.youtube.com/watch?v=xbYAqFI5hZM" class="spip_out" rel="external"sur Youtube/a./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanVoir par exemple « Assassinat de Samuel Paty : comment les juges ont motivé la condamnation de Chnina et Sefrioui pour association de malfaiteurs terroriste », a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/12/26/verdict-du-proces-de-l-assassinat-de-samuel-paty-autopsie-d-une-association-de-malfaiteurs-terroriste_6467635_3224.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i/a, 26/12/2024./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spaniLa France, tu l'aimes mais tu la quittes. Enquête sur la diaspora française musulmane/i, Seuil, 2024./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanCharles Mercier, Philippe Portier, iLes jeunes et leur laïcité/i, Presses de Sciences Po, 2025. Lire par exemple leur entretien dans a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/01/laicite-la-tolerance-des-jeunes-francais-est-bien-superieure-a-celle-de-leurs-aines_6203414_3232.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i/a, « Laïcité : "La tolérance des jeunes Français est bien supérieure à celle de leurs aînés" », 01/12/2023. L'étude quantitative conduite par l'institut Kantar Public sur la base d'un questionnaire co-construit par Philippe Portier et Charles Mercier est par ailleurs a href="https://www.vrloccitanie.fr/wp-content/uploads/sites/6/2024/03/2023-12-le-rapport-des-jeunes-a-la-laicite.pdf" class="spip_out" rel="external"consultable ici/a./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanÀ titre d'exemple, nous avons réalisé un décompte des termes « islam », « islamisme » ou « musulmans » dans l'émission de « C ce soir » à laquelle Hicham Benaissa était invité : 83 occurrences, c'est-à-dire une fois toutes les 43 secondes en moyenne ! C'est plus que le terme de « laïcité » lui-même, pour lequel nous avons enregistré 77 occurrences…/p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /span« Le Nord et le Midi : Contribution à une analyse de l'effet Montesquieu », iActes de la recherche en sciences sociales/i, n°35, 1980, p. 21-25. L'article est a href="https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1980_num_35_1_2096" class="spip_out" rel="external"consultable ici/a./p
/divdiv id="nb7"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanJean Baubérot, iLa laïcité falsifiée/i, La Découverte, 2014./p
/divdiv id="nb8"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanPour un rappel de cette affaire, voir « L'affaire Baby Loup en quatre questions », iLe Monde/i, 27/11/2013 ; « Baby-Loup : l'Observatoire de la laïcité ne veut pas d'une loi », Mediapart, 15/10/2013./p
/divdiv id="nb9"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /spanVoir l'intervention de Manuel Valls à l'Assemblée nationale le 19 mars 2013 : a href="https://www.franceinfo.fr/societe/justice/video-valls-regrette-la-decision-de-la-cour-de-cassation-sur-la-creche-baby-loup_284691.html" class="spip_out" rel="external"« Valls regrette la décision de la Cour de cassation sur la crèche Baby Loup »/a, France Info, 19/03/2013./p
/divdiv id="nb10"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spanOn peut le consulter a href="https://www.ac-paris.fr/edition-2024-du-vademecum-la-laicite-a-l-ecole-131304" class="spip_out" rel="external"ici/a./p
/divdiv id="nb11"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh11" class="spip_note" title="Notes 11" rev="appendix"11/a] /spanLancé par Jean-Michel Blanquer en 2018, le Conseil des sages de la laïcité et des valeurs de la République est officiellement institué en 2021 et placé auprès du ministre de l'Éducation nationale, qui en désigne d'ailleurs les membres. Dominique Schnapper en est la présidente. Nommé par Pap Ndiaye, le sociologue Alain Policar a été démis de ses fonctions par la ministre Nicole Belloubet deux ans plus tard, en avril 2024./p
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mer, 2026-01-14 18:50
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/probleme-368f4.png?1768409425' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pLe 3 décembre 2025 sur Franceinfo, face au député Alexis Corbière (L'Après), la journaliste Nathalie Saint-Cricq relayait le procès en antisémitisme contre La France insoumise et postulait l'existence d'un « ivote musulman/i », que le parti politique chercherait donc à séduire par ce biais. Nous sommes revenus, a href="https://www.acrimed.org/La-quete-du-vote-musulman-anatomie-d-un-recit"dans un précédent article/a, sur les fantasmes et la popularisation de longue date de cette obsession médiatique. Réactivé dans le débat public après le 7 octobre 2023 avec une puissance jusque-là inégalée, ce récit a contribué activement à la normalisation médiatique de l'islamophobie, autant qu'il est devenu une arme de disqualification massive de la gauche. Dans ce deuxième volet, nous analysons plus spécifiquement la contribution de la presse écrite à cette double entreprise de dénigrement, engageant la responsabilité des titres « de référence » jusqu'aux télégraphistes de l'extrême droite : un icontinuum/i raciste./p/div
div class='rss_texte'p« iÉvidemment, si les journalistes ne peuvent même plus poser ce type de questions, ça va devenir difficile…/i », se lamentait Pascal Praud devant les critiques adressées à Nathalie Saint-Cricq (CNews, 9/12/2025). Comme on a pu le constater à travers a href="https://www.youtube.com/watch?v=HYvcdnJUUsU" class="spip_out" rel="external"notre zapping qui condensait deux ans d'outrances audiovisuelles sur ce registre/a, il reste encore beaucoup de marge… Car le moins qu'on puisse dire, c'est qu'à force d'avoir été répété, le leitmotiv de « la quête du vote musulman » et du « communautarisme clientéliste » de LFI s'est installé comme une « évidence » dans le débat public, avec des déclinaisons plus ou moins outrancières et racistes. Tout particulièrement depuis deux ans, à mesure que le parti politique s'est engagé résolument contre le génocide en Palestine, et après avoir assumé des positions a href="https://www.acrimed.org/Conflit-israelo-palestinien-calomnies-mediatiques"à rebours du cadrage médiatico-politique dominant/a./p
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h3 class='article_intertitres'« iIl flatte les banlieues musulmanes, qui sont facilement anti-israéliennes/i »/h3
p/brLa cristallisation de cette « évidence » s'est aussi jouée dans la presse – nationale, régionale, hebdomadaire –, du iJDD/i à iLibération/i. Le quotidien « de gauche » peut s'enorgueillir d'avoir par exemple publié – parmi de très nombreux articles ayant recyclé ce stigmatespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Le service politique de Libération s'est fait une spécialité d'entretenir la (…)" id="nh1"1/a]/span – l'un des pamphlets les plus infâmants sur le sujet (30/10/23) :/p
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pstrongSerge July :/strong [Jean-Luc Mélenchon] n'est plus dans le schéma de la revendication de deux États pour la même terre, mais dans un tout autre discours, qui est finalement celui du Hamas : les juifs dehors ! À ses yeux, ce pas de côté a ses vertus. La première est que ce diable de Mélenchon […] la joue comme Jean-Marie Le Pen à l'époque […]. Dernier étage de cette fusée diabolique : il flatte les banlieues musulmanes, qui sont facilement anti-israéliennes, et qui glissent parfois dans l'antisémitisme. […] En refusant de traiter le Hamas de terroriste, Jean-Luc Mélenchon flatte sa base électorale./p
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pPar la voix de l'un des maîtres à penser du concept de « nouvel antisémitisme », l'historien Georges Bensoussan, iValeurs actuelles/i ne dit pas autre chose : « iLFI a compris qu'il fallait […] flatter dans les "quartiers" cet antisémitisme culturel qui est "comme dans l'air qu'on respire" […]. LFI traduit en termes électoraux la communautarisation de la société française./i » (8/10/2024) iLe Point/i non plus, où à la suite de Serge July, Kamel Daoud prétend analyser comment « iMélenchon mise sur l'antisémitisme/i » (20/11/2023) :/p
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pstrongKamel Daoud :/strong Ce n'est plus un tabou d'en parler : le vote musulman existe. Mais qu'en faire ? Mélenchon y mise sa carrière à présent en s'engageant dans la voie dangereuse du dopage de la judéophobie ou de sa clientélisation […]. On l'a noté depuis une décennie : Mélenchon « s'islamise ». Il ne se convertit pas, ne se déchausse pas dans les mosquées, ne prie pas la tête vers La Mecque, mais la tête prosternée vers l'électeur français musulman./p
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div class='spip_document_16335 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cheikh_1.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH105/cheikh_1-9b61e.png?1768409235' width='500' height='105' alt='' //a
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/div/br
h3 class='article_intertitres'« iUne stratégie électorale communautaire et islamisée/i »/h3
p/br« iLFI joue avec l'indignité pour conquérir les banlieues/i » résumera iLe JDD/i (5/06/2024), où l'une des têtes d'affiche de CNews, Gauthier Le Bret, ne prête à LFI qu'une « isincérité électoraliste/i » : « i[Aymeric Caron] emploie les mots de génocide, d'extermination et de ghetto. L'objectif ? Nazifier Israël. Nazifier les juifs. […] Ils ne pensent qu'aux élections et aux votes des quartiers./i » Tonalité identique dans iL'Express/i (28/10/24), où l'expert tout-terrainspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Que nous avons déjà épinglé pour avoir propagé une fake news." id="nh2"2/a]/span David Khalfa n'hésite pas à comparer Mélenchon aux « irévolutionnaires blanquistes qui avaient soutenu le général Boulanger et son antisémitisme virulent/i » :/p
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pstrongDavid Khalfa :/strong Mélenchon semble reconnaître dans l'antisémitisme politique moderne qu'est l'antisionisme, un élément fédérateur, une « formule populaire » (Drumont) permettant de séduire les nouveaux « damnés de la terre » […]. Cette stratégie politique s'est montrée efficace dans les quartiers populaires où La France insoumise a enregistré des scores très élevés et en nette progression aux élections européennes, grâce notamment à une campagne axée sur la dénonciation du « génocide à Gaza »./p
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pMême hebdomadaire, autre agitateur : convaincu d'avoir décelé une « istratégie électorale insoumise communautaire et islamisée/i », Raphaël Enthoven mouline ses calomnies ordinaires contre un « imouvement politique simultanément stalinien et islamisé/i » (iL'Express/i, 3/02/2025). Un lexique délirant qu'il partage avec Éric Naulleau, chantre de l'extrême droite bolloréenne, obnubilé lui aussi par « iles quartiers islamisés/i » que chercherait à amadouer LFI, qu'il qualifie d'ailleurs de « iparti de l'étranger/i » en reprenant une formule à l'histoire a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/a-la-source/a-la-source-chronique-du-samedi-06-decembre-2025-1499450" class="spip_out" rel="external"résolument antisémite/a. Ceci dans les pages du iFigaro/i – à l'occasion d'un entretien conjoint avec son ami Éric Zemmour paru sur FigaroVox (16/05/2024) puis reproduit dans iLe Figaro Magazine/i :/p
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pstrongÉric Naulleau :/strong Jean-Luc Mélenchon ne se contente pas d'expliquer aux Français musulmans que les banlieues sont en réalité un mélange de Gaza et de territoires occupés, et la France Israël en plus grand […]. L'extrême gauche en général et La France insoumise en particulier n'ont de cesse de légitimer la violence sous toutes ses formes – le message est reçu 5 sur 5 à la fois par les nostalgiques de la révolution et strongles pillards de banlieue élevés à la dignité de militants politiques et même de Gazaouis par procuration/strong./p
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pLe icontinuum/i de la déshumanisation bat son plein…/p
pEn roue libre, le racisme est d'ailleurs devenu une grammaire ordinaire au sein des différentes déclinaisons du iFigaro/i, où le spectre « LFI – Gaza – vote des quartiers populaires » fait les gros titres à répétition./p
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div class='spip_document_16333 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/figaro_2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH336/figaro_2-61b6e.png?1768409235' width='500' height='336' alt='' //a
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p/brEt les choux gras des « intellectuels » médiatiques (FigaroVox, 20/06/2024) :/p
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pstrongAlain Finkielkraut :/strong J'espérais que la monomanie de la France insoumise serait sanctionnée dans les urnes. Il n'en a rien été. Le pari de l'antisémitisme s'est révélé gagnant. Et quand les abstentionnistes des « quartiers populaires » iront voter, son score montera encore. […] [C]e sont les jeunes et fougueux démons du nouvel antisémitisme qui menacent aujourd'hui les Juifs et la République./p
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pEntre deux intertitres outranciers – « Le keffieh et la haine en bandoulière » ; « Des amis très barbus » ; « La Palestine, l'alibi des islamistes » –, Omar Youssef Souleimane soutient lui aussi que « iLFI profite de la communauté musulmane pour obtenir des votes/i » (iLe Figaro Magazine/i, 9/12/2024). Et c'est peu dire si le journaliste-star des (extrêmes) droites – qui va jusqu'à décrire Attac comme « iune association liée aux Frères musulmans/i » ! – met les bouchées doubles pour affoler son lectorat, en relatant par exemple ses interventions dans les établissements scolaires :/p
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pstrongOmar Youssef Souleimane :/strong Ils sont majoritairement issus de quartiers populaires, d'origine maghrébine et de confession musulmane. […] Depuis le 7 octobre, de nombreux élèves me confirment ce choix [de voter pour Jean-Luc Mélenchon, NDLR] non seulement pour défendre les musulmans de France, mais aussi ceux de Palestine face à l'occupation israélienne et à la colonisation juive. Ils semblent adopter un discours décolonialiste, celui des mouvements antifas et islamistes./p
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h3 class='article_intertitres'Du iFigaro/i au iMonde/i : l'activisme raciste en étendard/h3
p/brExprimée en des termes plus policés – quoique… –, la même obsession ponctue les pages du iMonde/i depuis le 7 octobre 2023. Quand il ne déroule pas le tapis rouge à « iceux qui […] soupçonnent [Jean-Luc Mélenchon] de faire de l'électoralisme dans les quartiers populaires auprès de la population de confession musulmane/i » (20/04/2024), le quotidien de référence ressasse lui-même le stigmate à haute voix. Le 24 avril 2024, il accuse LFI d'« iinstrumentaliser le vote des quartiers populaires/i » et même d'« iinciter les électeurs français à s'identifier aux protagonistes de la guerre que mène Israël dans le territoire palestinien/i ». Quatre jours plus tard, on lit que « iM. Mélenchon, qui rêve de conquérir le vote des quartiers populaires, a radicalisé ses positions à mesure que le conflit se durcissait/i » (28/04/2024). On monte encore d'un cran la semaine suivante, lorsque l'éditorialiste du iMonde/i, Philippe Bernard, fantasme une « istratégie d'exacerbation des ressentiments et de tension, qui semble miser sur la mobilisation conjointe des étudiants politisés et des Français issus de l'immigration/i » (5/05/2024) :/p
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pstrongPhilippe Bernard :/strong La gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon croit conquérir les voix musulmanes en faisant de la tragédie de Gaza le centre de sa campagne [...], quitte à s'aliéner de nombreux juifs en confondant « juifs », « Israéliens », « sionistes » et « colonialistes », l'hostilité à l'égard du gouvernement d'Israël et la négation de l'existence de ce pays./p
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pUn an plus tard, iLe Monde/i n'en a visiblement pas terminé. Le « quotidien de référence » aggrave même son cas à travers l'éditorial (anonyme) du 21 mars 2025 :/p
blockquote class="spip"
pstrong iLe Monde/i :/strong [Jean-Luc Mélenchon] ne cesse, à des fins électorales, d'adresser des clins d'œil à la partie de la population qui, y compris dans les quartiers populaires, est sensible aux préjugés antijuifs. Cela s'appelle jouer avec le feu, au moment où les massacres commis au cours de l'opération terroriste du 7-Octobre et la guerre à Gaza exacerbent les colères. Cela signifie aussi rompre avec la longue tradition de lutte contre le racisme et l'antisémitisme de la gauche, et renouer avec les dérives antijuives qui n'ont pas toujours épargné cette dernière./p
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pLe journalisme dominant poursuit inlassablement son matraquage. Jusqu'à aujourd'hui. Initiée par le député LR Laurent Wauquiez dans l'objectif – ce sont ses mots – de « idémonter la LFI/i » (CNews/Europe 1, 17/12/2025), la commission d'enquête sur les liens entre les mouvements politiques et « iles organisations et réseaux soutenant l'action terroriste ou propageant l'idéologie islamiste/i » a fait flop. Si iLe Monde/i le reconnaît en indiquant que « il'hypothèse d'une collusion systémique/i » a été totalement écartée, le journal écarte à son tour ce fait majeur pour lui préférer une autre conclusion :/p
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div class='spip_document_16334 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH236/monde_3-334d2.png?1768409235' width='500' height='236' alt='' /
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p/brDébordant de malhonnêteté, l'article à charge ne cesse de pointer du doigt une « istratégie de clientélisme électoral racoleur/i », « ivisant à séduire les électeurs musulmans/i », sans marquer la moindre distance à l'égard des promoteurs de cette thèse, interrogés durant la commission, et dont les propos sont pris pour argent comptant. « i[L]e militantisme propalestinien cré[e] un terrain de convergences avec les islamistes/i », ajoute même iLe Monde/i, avant de lister d'autres thématiques estampillées « suspect » : « iOutre la question palestinienne, une vision décoloniale partagée, la défense des minorités ou le rejet de l'islamophobie offrent des sujets de rapprochement./i » Peu importent les jugements à l'emporte-pièce ou les angles morts d'un tel parti pris : fort du prêt-à-penser, le journaliste se croit ia priori/i dispensé de toute argumentation – et de rigueur déontologique. Ainsi de cette conclusion, remarquablement étayée :/p
blockquote class="spip"
pComme d'autres auparavant, du PCF à la droite conservatrice, LFI se livre assurément à un clientélisme électoral envers la communauté musulmane. strongProbablement de manière plus visible, plus virulente et plus systématique que ses prédécesseurs/strong./p
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pCroyons iLe Monde/i sur parole…/p
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h3 class='article_intertitres'« iRatisser les quartiers islamisés/i »/h3
p/brLa nomination de Rima Hassan sur la liste LFI aux élections européennes a cristallisé ce type de commentaire. Le 8 octobre 2024 – dans l'article « En France, un mouvement propalestinien phagocyté par LFI » –, iLe Monde/i en parle d'ailleurs comme d'un « itournant/i ». Dans un raisonnement fleurant bon le complotisme, Christophe Ayad impute à la juriste une toute-puissance quasi maléfique : ainsi aurait-elle « idonné le "la" des positions de LFI sur les événements postérieurs au 7-Octobre à travers ses messages virulents sur les réseaux sociaux/i » et imposé jusqu'à « il'usage du mot "génocide"/i » – « idevenu systématique/i » non du fait du consensus scientifique grandissant… mais de Rima Hassan, quel talent ! Le tout concordant d'ailleurs, selon le journaliste, avec la « ivolonté de [Jean-Luc Mélenchon de] recruter électoralement parmi la communauté arabo-musulmane/i ». Tout s'emboîte, tout s'explique. « iAvec l'arrivée d'Hassan ont ressurgi les accusations contre LFI de mener une stratégie électoraliste en direction des quartiers populaires/i », expliquait déjà iLe Parisien/i (23/04/2024). Il ne semble plus se trouver personne, au sein des rédactions mainstream, pour contrer de tels rapprochements aux ressorts fondamentalement racistes, omniprésents dans la presse d'extrême droite : « iRima Hassan à la sauce Insoumise n'est qu'un habile cocktail de cynisme visant à ratisser les quartiers islamisés et à enjamber une élection européenne piégeuse./i » (iValeurs actuelles/i, 16/05/2024)/p
p« Avec son flou sur le Hamas, LFI cherche-t-elle le vote des banlieues ? » s'interrogeait encore iL'Opinion/i (19/10/2023), qui fustigera quelques mois plus tard « iune stratégie du chaos/i » à sa Une, analysée par l'un des chroniqueurs stars de CNews, Julien Dray, comme une manière de « irecrute[r] des moines soldats en donnant une dimension ethnique à la ghettoïsation sociale/i »… (22/04/2024) « iDifficile de nier […] la dimension communautaire/i » de la campagne LFI aux européennes, renchérissait iLe Nouvel Obs/i (27/06/2024), qui entreprit d'expliquer à ses lecteurs « icomment La France insoumise a séduit les quartiers/i ». « iSelon une enquête Ifop pour "la Croix", 62 % des musulmans se sont prononcés en faveur de LFI/i », soulignait alors la journaliste, avant de s'autoriser ce commentaire aussi incongru qu'éloquent : « iQuel revirement, pour un mouvement né il y a quinze ans sur le principe d'une laïcité intransigeante !/i » Misère./p
pEt interminable naufrage de la presse française, déterminée à ronger son os jusqu'à la moelle. Ainsi, enfin, d'une « enquête » de iMarianne/i parue dans le numéro du 30 janvier 2025, signée Louis Nadau et Hadrien Mathoux, le directeur adjoint qui parle sur les réseaux sociaux comme un militant de la fachosphèrespan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Le 2 décembre, LCP poste sur X l'extrait d'une conférence de presse de LFI, (…)" id="nh3"3/a]/span. « iTout laisse penser que le mouvement […] franchit le pas qui sépare l'antiracisme du communautarisme en cherchant à mobiliser les électeurs d'origine immigrée par l'instrument de la flatterie identitaire/i », concluent les deux fins limiers, au terme de (longues) colonnes qui n'auront fait que recycler le prêt-à-penser réactionnaire : « istratégie électorale assumée/i » ; « ià LFI, on pratique le clientélisme/i » ; « imachine de guerre électorale ayant […] abandonné l'universalisme républicain au profit des positions communautaristes/i » ; « ibascule du 7 octobre 2023/i » ; « idéclarations toujours plus ambiguës/i » ; « iobsession pour Gaza/i »… Bref, comme aurait pu l'écrire n'importe quel estafier de Bolloré : « iLa stratégie des Insoumis implique […] [de] ne rien faire qui puisse heurter les sentiments des électeurs ayant des racines étrangères, et surtout pas émettre la moindre critique concernant les régimes, même dictatoriaux, qui gouvernent leurs pays d'origine./i » Tout de même… et jusqu'à la nausée./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLe service politique de iLibération/i s'est fait une spécialité d'entretenir la diabolisation de LFI, notamment sur cette base. L'assimilation du soutien de LFI au peuple palestinien à une volonté de « idraguer les quartiers populaires/i » (23/04/2024) fut omniprésente au cours des deux dernières années : « iCet activisme sur la question gazaouie vaut […] un grand nombre de critiques aux dirigeants mélenchonistes. Depuis des mois, ils sont accusés d'"importer" le conflit israélo-palestinien en France par calcul électoraliste afin de draguer les Français de confession musulmane./i » (10/06/2025)/p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanQue nous avons déjà épinglé pour avoir a href="https://www.youtube.com/watch?v=e5WwkBARVPA" class="spip_out" rel="external"propagé une fake news/a./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanLe 2 décembre, LCP poste sur X l'extrait d'une conférence de presse de LFI, au cours de laquelle Danièle Obono défend la proposition du parti en faveur du « idroit de vote et d'éligibilité aux élections locales pour toutes les personnes étrangères résidant en France/i ». Ce qui inspire spontanément au directeur adjoint de iMarianne/i le commentaire suivant : « iAprès le "parti de l'étranger", le parti des étrangers./i » (Hadrien Mathoux, X, 3/12)/p
/div/div
lun, 2026-01-12 12:54
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/venezuela_rs-a28b8.png?1768215255' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pL'agression impérialiste des États-Unis contre le Venezuela est venue avec son torrent de mensonges officiels et de propagande militaire, relayés imprudemment – ou activement – par certains médias. Tour d'horizon./p/div
div class='rss_texte'/br
h3 class='article_intertitres'Deux médias états-uniens complices/h3
p/brUn journal, mis au courant de la préparation d'une agression militaire par le gouvernement de son pays, a-t-il le devoir d'en informer ses lecteurs ? C'est la question à 1 million de dollars qu'ont dû se poser les rédactions en chef du iNew York Times/i et du iWashington Post/i, samedi 3 janvier, quelques heures avant que les États-Unis ne bombardent Caracas, la capitale du Venezuela. Loin de l'idéal d'un journalisme « quatrième pouvoir », les deux journaux ont fait un choix qui n'est pas inédit dans l'histoire de la propagande de guerre : celui de retenir ce qu'ils savaient « iafin de protéger les troupes américaines/i »./p
pL'affaire, a href="https://www.semafor.com/article/01/03/2026/new-york-times-washington-post-held-off-on-reporting-venezuela-raid" class="spip_out" rel="external"révélée par le site américain Semafor/a, n'a pas fait grand bruit, signe que la prise en compte d'autres enjeux que celui de l'information – en l'occurrence, « protéger les troupes américaines » – semble assez acceptée au sein de la profession journalistique. Certains évoquent « la responsabilité » de ces journaux, si leurs révélations avaient coûté la vie à des militaires américains ; d'autres se cachent derrière la pratique usuelle des « iinformations sous embargo/i »… mais qui pour noter que ces journaux, en ne révélant pas les intentions guerrières de leur pays, ont joué un rôle (passif) dans le « succès » de l'opération militaire ? Mardi 6 janvier, dans l'émission « This week » (ABC), le secrétaire d'État Marco Rubio n'a pas manqué de « iféliciter les médias qui avaient connaissance de l'intervention militaire au Venezuela et qui n'ont pas évoqué ce sujet avant que cette mission soit réalisée/i », rapporte iLe Parisien/i (6/01). Accablant./p
pLe iNew-York Times/i et le iWashington Post/i n'ont pas fait que retenir leurs informations. Ils ont également, lorsque l'agression militaire s'est effectivement déclenchée, feint de découvrir en direct ce qu'il se passait. Ainsi, le 3 janvier à 3h39 du matinspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Eastern standard time, c'est-à-dire 9h39 en France." id="nh1"1/a]/span, le iNew-York Times/i envoie une inewsletter/i à ses lecteurs, titrée : « Breaking news : le Venezuela accuse les États-Unis de mener des attaques sur sa capitale ». Les premiers papiers évoquent des « iexplosions/i » entendues à Caracas, et rapportent les « iaccusations/i » vénézuéliennes, pour l'instant « inon confirmées/i » par les États-Unis. Ni une ni deux, les effets de cadrage (et de recopiage) se font sentir sur la presse internationale : dès 9h du matin, iLe Monde/i ouvre son live avec ce titre : « EN DIRECT, explosions à Caracas : le Venezuela accuse les Etats-Unis d'une "itrès grave agression militaire/i" ». C'est ce même cadrage, formulé dans les mêmes termes, qui donne d'emblée sa Une au quotidien (4-5/01) :/p
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div class='spip_document_16325 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH505/venezuela_1-9283c.png?1768211890' width='500' height='505' alt='' /
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p/brPendant deux heures, toute la presse française, télé, radio et web, parle « id'explosions entendues à Caracas/i ». Les titres changent partout sur les coups de 10h45, quand Donald Trump revendique enfin son agression : « EN DIRECT : Donald Trump annonce que Nicolas Maduro a été capturé et confirme les frappes américaines » (iLe Monde/i)./p
piLe Monde/i pouvait-il s'avancer avant les revendications officielles des USA ? iLe Monde/i était-il obligé de passer en direct sur une telle actualité, alors qu'il n'avait aucune information originale à apporter ? Ces questions sont ouvertes. Mais nous ne pouvons que constater qu'en reproduisant le format d'une chaîne d'information en continu, iLe Monde/i n'a fait qu'en reproduire des biais habituels : précipitations, informations approximatives (« explosions » au lieu de « bombardements »), sur-importance accordée à la parole officielle./p
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h3 class='article_intertitres'Confusions volontaires/h3
p/brPour habiller et justifier son intervention militaire, Donald Trump affirme que Nicolas Maduro est un « inarco-terroriste/i », à la tête d'un important « icartel/i ». Nicolas Maduro est en effet poursuivi aux États-Unis depuis janvier 2020 – à l'époque déjà sous administration Trump – pour « narcotrafic », soupçonné d'être à la tête du « Cartel de Los Soles ». Au cours des mois de menaces des États-Unis contre le Venezuela, qui ont précédé l'agression militaire du 3 janvier, ces allégations ont été maintes fois répétées par l'administration Trump. En juillet 2025, un article des iÉchos/i nous informe que « ile Trésor américain a décidé un nouveau train de sanctions contre le cartel vénézuélien Los Soles (Les Soleils), […] [qui] a formé un réseau au cœur des forces armées, de la sécurité intérieure et des institutions civiles vénézuéliennes./i » De même, le 17 novembre, iOuest-France/i explique que le « cartel de Los Soles » va être classé comme un « groupe terroriste étranger » par les États-Unis. Le 5 janvier 2026, deux jours après l'attaque, l'ambassadeur américain auprès des Nations Unies, Michael Waltz, réitère devant le conseil d'urgence de sécurité de l'ONU cette accusation : « i[Nicolas Maduro] est à la tête d'une vicieuse organisation terroriste étrangère, le Cartel de Los Soles/i ». Problème... ce cartel n'existe tout simplement pas. Il s'agit d'une expression argotique, d'un idiome forgé par des journalistes vénézuéliens pour désigner la corruption dans l'armée, et aucunement d'une organisation criminelle organisée et hiérarchiquespan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire par exemple : « Nicolas Maduro et le cartel des Soleils : le président (…)" id="nh2"2/a]/span. Le tribunal de New-York devant inculper Nicolas Maduro a donc abandonné de le placer à la tête de ce cartel qui n'existe pas, explique le iNew-York Times/i (6/01). iLe Monde/i rapporte ce revirement, dans la foulée du NYT : « iVenezuela : les Etats-Unis n'accusent plus Nicolas Maduro d'être à la tête du cartel de los Soles/i » (6/01). Dans son papier, le journal de référence s'en tient à la comparaison entre l'acte d'inculpation de janvier 2020 et celui de janvier 2026, duquel a effectivement disparu l'intenable accusation de diriger un cartel qui n'existe pas… mais le lecteur n'apprend pas que ces mensonges sont encore proférés très officiellement le 5 janvier à l'ONU – soit deux jours après l'abandon de ces poursuites par la justice new-yorkaise./p
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centeriframe title="ONU, 5 janvier 2026" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/jh66mYdp9Ce84LxSNeUnE1" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
centersmallExtrait de l'intervention de Michael Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations Unies, a href="https://media.un.org/avlibrary/en/asset/d352/d3523110" class="spip_out" rel="external"devant le conseil de sécurité d'urgence de l'ONU/a, le 5 janvier 2026 : « iC'est pourquoi Maduro était un fugitif de la justice [américaine]. Il est à la tête d'une vicieuse organisation terroriste étrangère, le Cartel de los Soles/i »./small/center
p/brIl convient toutefois de remarquer que, si cette affiliation fantaisiste au « cartel de los Soles » a prospéré ces derniers mois dans la presse française, à la faveur du relais des déclarations américaines, la plupart des titres qui s'en sont fait l'écho n'étaient pas dupes : « La croisade antidrogue de Trump au Venezuela : une mise en scène absurde » (iLibération/i, 12/12/25) ; « Venezuela : Nicolás Maduro est-il vraiment le "dirigeant" d'un cartel de la drogue comme l'affirme Donald Trump ? » (TV5 Monde, 2/12/25) ; « Pourquoi les États-Unis ciblent un cartel vénézuélien qui n'existe pas » (iLe Point/i, 18/11/25). De même, iLe Monde/i parle dès le 4 janvier, dans son éditorial, de « il'accusation fumeuse de narcoterrorisme/i ». Ce qui n'empêcha pas, là encore par des effets de cadrage, que le thème du « narcotrafic », du « narcoterrorisme », ou du « narco-État » redevienne central dans les discussions médiatiques qui ont suivi l'agression du 3 janvier. Les occurrences de ces termes à travers la presse sont, en effet, innombrables. Et des journaux qui ne se montraient pas dupes en novembre… plongent en janvier : comme iLe Point/i, sous la plume de Bernard-Henri Lévy (6/01) : « iNicolas Maduro n'était même pas, à dire vrai, chef d'État mais narcotrafiquant à grande échelle, inondant le monde de cocaïne et recyclant l'argent de ce poison pour financer les forces terroristes les plus obscures./i » Tout en finesse./p
pCette présentation de Nicolas Maduro en criminel international plutôt qu'en chef d'État en fonction a plusieurs avantages pour la propagande de guerre étasunienne : à commencer par le fait de présenter cette action comme une « opération de police » plutôt que comme une opération militaire (illégale à tous les points de vue, national comme international). Là encore, de nombreux journaux français vont se plier au cadrage imposé par la puissance militaire, et chacun va y aller de son petit article : s'agit-il d'une opération de police contre un chef de cartel, ou une d'ingérence militaire ? Sur France Inter, dans la matinale du samedi 3 janvier, le journaliste Éric Biegala, du service international de Radio France, a visiblement tranché : « iC'est presque plus une opération de police plutôt qu'une opération de guerre […]. Le président américain précise même que l'opération a été faite en conjonction avec les forces de l'ordre, donc il s'agit bien d'une arrestation./i » Le magazine « C ce soir » (France 5) du 5 janvier en fait même son titre : « Maduro : une arrestation légitime ou illégitime ? » Faut-il le rappeler, les commentaires et les questionnements de ce type, qui vont se multiplier les jours suivants, piétinent le droit international. « iLe droit international est sans aucune ambiguïté/i », rappelle iLe Monde/i (5/01) : « iLa lutte contre le narcotrafic […] ne constitue pas [un] fondement juridique du recours à la force./i »/p
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h3 class='article_intertitres'Une opération « magnifique » qui n'a fait « aucun mort »/h3
p/brUn autre biais du traitement journalistique de cet événement, issu lui aussi directement de la propagande militaire américaine, réside dans la focalisation des commentaires non pas sur la violation flagrante du droit international, mais sur la superbe « iréussite opérationnelle/i » de ce « coup ». Durant les premières heures, cet angle va être ultradominant, notamment à la faveur du défilé des généraux en retraite sur les plateaux télé a href="https://www.arretsurimages.net/articles/comment-les-chaines-dinfo-ont-couvert-lenlevement-de-maduro" class="spip_out" rel="external"qu'Arrêt sur images a relevé/a, tous admiratifs de cette démonstration de force. Au lendemain de l'agression militaire, le rédacteur en chef du iParisien/i, Frédéric Michel, n'y va pas par quatre chemins (4/01) : « iLe tour de force du président américain relève du génie/i », tout simplement. À travers la presse, les « experts-défense » applaudissent : « iL'opération spéciale menée contre le dictateur vénézuélien est l'une des plus spectaculaires de l'histoire/i » pour Jean-Dominique Merchet dans iL'Express/i, « iune réussite totale/i » pour le général Pellistrandi, dans Atlantico (7/01). Sur LCI (5/01), l'éditorialiste du iFigaro/i Renaud Girard se laisse aller : « iOn aimerait bien, nous Français, être capable de faire une opération aussi belle et aussi magnifique !/i » Même tonalité à la Une de iLa Dépêche/i (4/01) :/p
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div class='spip_document_16326 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L408xH581/venezuela_2-41aca.png?1768211890' width='408' height='581' alt='' /
/figure
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p/brDès le 3 janvier au matin, à bord de son Air Force One, Donald Trump avait lui-même impulsé ce registre lors d'une interview sur Fox News : « iJ'ai regardé l'opération, littéralement (sic), comme si c'était un show télévisé… Si vous aviez vu la vitesse, la violence ! […] Je n'avais jamais rien vu de pareil./i » Aussi, de nombreux médias français vont se lancer dans le « film » des « opérations ». Ce format du récit minute par minute, mis en scène à grand renfort d'animations graphiques dans les JT, va se retrouver absolument partout, alimentant une spectacularisation de l'information aussi commode pour le pouvoir américain que pour les remplisseurs d'antenne./p
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div class='spip_document_16329 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/venezuela4.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH140/venezuela4-aa2b3.jpg?1768215255' width='500' height='140' alt='' //a
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p/brDans une conférence de presse tenue quelques heures plus tard, le président des États-Unis ajoute que l'opération n'a fait « iaucun mort/i » (côté américain). Il ne faudra pas attendre longtemps pour que cette affirmation soit télégraphiée par une vedette de France Info (5/01) : « iCette opération rappelle aussi celle au Panama en 1989, autre scénario rocambolesque, mais des centaines de morts à l'époque alors que cette fois, zéro mort !/i », se réjouit la présentatrice de la matinale, Agathe Lambret, face à son invité Bruno Tertrais (encore un « expert-défense »). « iUne opération sans perte américaine/i », dit aussi le JT de France 2 du même jour. Ou comment, « iencore une fois[,] complètement invisibilis[er] les victimes anonymes d'un peuple non-occidental/i », a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/les-enerve-es/attaque-americaine-au-venezuela-ce-que-revele-le-zero-mort-de-franceinfo" class="spip_out" rel="external"comme le signale Arrêt sur images/a. En réalité, l'agression militaire étasunienne a coûté la vie à 80 personnes, Vénézuéliens et Cubains, civils et militaires, estime le iNew-York Times/i (6/01), qui n'était pas le premier à avancer des chiffresspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Le 8 janvier, Caracas annonce « une centaine » de morts, civils et militaires." id="nh3"3/a]/span. Mais il ne fallait pas compter sur ces deux carrefours de l'information de service public pour nous l'apprendre./p
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h3 class='article_intertitres'Lexique en temps de guerre/h3
p/brEnfin, et selon une règle qui n'est pas spécifique à la propagande militaire, de nombreux médias vont privilégier dans leurs titres et leurs articles les mots du pouvoir. En l'occurrence, donc, de Donald Trump. L'on va ainsi parler, comme le président américain, de « capture » plutôt que « d'enlèvement », « d'arrestation » plutôt que de « kidnapping », et parfois, comme nous l'avons vu plus haut, « d'opération de police » ou de « coup de force », plutôt que « d'agression militaire ». iLe Monde/i, qui avait commencé par parler de « capture », se rectifiera et adoptera au cours de la journée du 3 janvier le terme qui convient, « enlèvement ». Mais de nombreux autres titres ne feront pas ce choix :/p
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div class='spip_document_16327 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/venezuela_3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/venezuela_3-60331.png?1768211890' width='500' height='281' alt='' //a
/figure
/div
centersmall(De gauche à droite et de haut en bas : iLe Parisien/i, TF1, France 2, iLibération/i, iLe Figaro/i, iL'Express/i, iL'Humanité/i, iOuest-France/i, France 24, iSud Ouest/i, France Info.)/small/center/br
centerstrong***/strong/center
p/brDes médias qui reprennent et amplifient des éléments de propagande, voire qui s'esbaudissent devant la puissance de feu trumpienne et l'a href="https://www.arretsurimages.net/articles/venezuela-les-chaines-dinfo-enterrent-le-droit-international" class="spip_out" rel="external"enterrement du droit international/a : le bilan n'est pas glorieux pour le journalisme, loin, très loin même, de jouer son rôle de contre-pouvoir./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanEastern standard time, c'est-à-dire 9h39 en France./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLire par exemple : « a href="https://www.franceinfo.fr/monde/venezuela/nicolas-maduro-et-le-cartel-des-soleils-le-president-venezuelien-dechu-a-t-il-fait-partie-d-une-organisation-criminelle_7732987.html" class="spip_out" rel="external"Nicolas Maduro et le cartel des Soleils : le président vénézuélien déchu a-t-il fait partie d'une organisation criminelle ?/a », Franceinfo, 10/01./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanLe 8 janvier, Caracas annonce « une centaine » de morts, civils et militaires./p
/div/div
dim, 2025-12-28 19:07
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/blast7-47633.jpg?1766941653' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pSeptième épisode de a href="https://www.acrimed.org/+-Acrimed-sur-Blast-+"« 4e pouvoir »/a, l'émission vidéo d'Acrimed sur Blast./p/div
div class='rss_texte'/br
centeriframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/MAbBbVhXFGM?si=rbYCrjmr6p08Mb8L" title="YouTube video player" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen/iframe/center/div
mar, 2025-12-23 10:01
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH78/seduirelesquartiers_rs-fea17.png?1766476870' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='78' alt="" /
div class='rss_chapo'p« iJean-Luc Mélenchon et l'obsession des quartiers populaires/i » (France Inter) ; « iquête du vote musulman/i » (Franceinfo) ; « iséduire les nouveaux "damnés de la terre"/i » (iL'Express/i) ; « iflatte[r] les banlieues musulmanes/i » (iLibération/i) ; « icourtiser l'électorat des quartiers populaires/i » (iLa Provence/i) ; « icapitaliser sur l'antisémitisme pour capter le vote musulman/i » (iLe Point/i)… : au cours des deux dernières années, la question palestinienne et le militantisme de LFI sur le sujet ont réactivé un leitmotiv popularisé de longue date dans le débat public par les acteurs politiques et médiatiques. Retour sur un procès ordinaire en clientélisme, fondé sur des préjugés racistes, qui aura activement contribué à la normalisation de l'islamophobie ainsi qu'à la diabolisation de la gauche par la presse française./p/div
div class='rss_texte'pLe 3 décembre dans l'émission « Tout est politique » (Franceinfo), l'inénarrable Nathalie Saint-Cricq s'entretient avec le député Alexis Corbière (L'Après). Conformément au gloubi-boulga habituel des plateaux télé, la journaliste fait un lien entre La France insoumise et l'« iambiance d'antisémitisme/i » qui règnerait en France. Installée sur ces excellentes bases, l'interview continue de dériver avec l'échange qui suit :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Nathalie Saint-Cricq :/strong Il y a eu le procès avec Raphaël Enthoven et Richard Malka, il y a quand même un certain nombre d'accusations d'antisémitisme autour de votre ancienne famille, je parle pas de vous. Est-ce que vous vous dites pas : « Bah, écoutez, on a eu raison finalement de [inaudible, NDLR]… » ?/p
pstrong- Alexis Corbière :/strong L'antisémitisme est une chose sérieuse. Il existe dans le pays, d'accord, ça existe… [Coupé]./p
pstrong- Nathalie Saint-Cricq :/strong Et la quête du vote musulman aussi./p
pstrong- Alexis Corbière :/strong Alors déjà… là, je vous reproche… Pourquoi vous faites ce lien ? […] Pourquoi quand je parle d'antisémitisme, vous faites un lien avec « la quête du vote musulman » ? Quel est le rapport ? Pensez-vous qu'il y a des gens qui sont antisémites pour aller chercher « le vote musulman » ?/p
pstrong- Nathalie Saint-Cricq :/strong Ah oui./p
pstrong- Alexis Corbière :/strong Moi, je trouve ça intolérable de votre part./p
pstrong- Nathalie Saint-Cricq :/strong « Intolérable »… C'est pas intolérable, il y a eu des études ! […] C'est pas eux qui sont ciblés ! Je n'ai pas ciblé ce qu'ils pensaient, mais certains qui croient, et ça a été… qui croient que le nouveau prolétariat… Donc… […] C'est pas les musulmans qui sont condamnables, c'est ceux qui croient qu'en leur disant des propos antisémites, on va pouvoir les rallier. C'est pas du tout pareil !/p
/blockquote
pLa séquence circule massivement sur les réseaux sociaux et Nathalie Saint-Cricq s'attire alors les soutiens qu'elle mérite, du a href="https://www.lefigaro.fr/actualite-france/le-recteur-de-la-grande-mosquee-de-paris-saisit-l-arcom-apres-les-propos-de-nathalie-saint-cricq-sur-le-vote-musulman-20251208" class="spip_out" rel="external"iFigaro/i/a (9/12) à la très sérieuse a href="https://x.com/FBBlackler/status/1998162743732654128" class="spip_out" rel="external"Florence Bergeaud-Blackler/a, en passant par Pascal Praud, qui vole au secours d'une « ijournaliste remarquable/i » : « iElle est du service public, mais il faut la défendre parce qu'elle n'a fait que son métier !/i » (CNews, 9/12) Mais cette fois-ci, la journaliste fait aussi l'objet d'a href="https://www.change.org/p/pour-le-licenciement-de-nathalie-saint-cricq" class="spip_out" rel="external"une pétition réclamant son « ilicenciement immédiat […] de son poste de direction/i »/a, d'un a href="https://bsky.app/profile/ajaracisees.bsky.social/post/3m7kcugldnk2c" class="spip_out" rel="external"communiqué de l'Association des journalistes antiracistes et racisés/a, en plus de deux saisines déposées successivement auprès de l'Arcom par a href="https://x.com/chemshafiz/status/1997733951746838996" class="spip_out" rel="external"le recteur de la Grande Mosquée de Paris/a et a href="https://linsoumission.fr/2025/12/08/saint-cricq-lfi-arcom/" class="spip_out" rel="external"La France insoumise/a./p
pLoin de nous l'idée de défendre a href="https://www.acrimed.org/+-Nathalie-Saint-Cricq-+"une éditocrate au CV long comme le bras/a, mais l'honnêteté commande de signaler qu'elle n'a fait là que dire tout haut ce que les professionnels du commentaire rabâchent bruyamment – et de longue date. Comme le souligne le journaliste Sébastien Fontenelle dans Blast, nous y reviendrons, « idepuis vingt ans, en même temps qu'ils déchargent l'extrême droite pétainiste de son embasement antisémite et raciste, des politiciens dévoyés et – surtout – leurs éditocrates de compagnie vont brandissant l'épouvantail d'un "nouvel antisémitisme" porté, soutiennent-ils, par la gauche et les musulmans. Et depuis le début du massacre en cours à Gaza, plus un jour ne s'écoule sans que de telles calomnies ne soient proférées./i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Sébastien Fontenelle, « Le Monde, Gaza, les insoumis et les "quartiers (…)" id="nh1"1/a]/span/p
/br
h3 class='article_intertitres'Un matraquage médiatique/h3
p/brDurant cette période en effet, chaque action de LFI en lien (de près ou de loin) avec la question palestinienne fut un prétexte aux analyses « stratégico-stratégiques » des fins limiers du journalisme. Communiqués, déclarations dans la presse, conférences publiques, campagne et constitution de la liste LFI pour les élections européennes, manifestations, happenings et actions de soutien au peuple palestinien, etc. : tout le répertoire politique et militant de LFI a été passé à la moulinette du bavardage en général… et de ce prisme en particulier./p
pLa « séquence Saint-Cricq » n'est d'ailleurs pas sans rappeler un épisode sensiblement identique survenu le 28 juin 2024 sur BFM-TV. En plateau, la députée LFI Clémence Guetté affronte alors la morgue de Serge Raffy, passé, a href="https://www.acrimed.org/+-Franz-Olivier-Giesbert-+"selon une trajectoire connue/a, du iNouvel Observateur/i au iPoint/i. Après moult calomnies vociférées en plateau – « iLa France insoumise n'a parlé que de Gaza. […] Vous n'avez parlé que de ça !/i » ; « iVous avez laissé courir une rumeur antisémite !/i » – Serge Raffy embraye « comme il se doit » :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Serge Raffy :/strong Vous avez utilisé le marteau-pilon pour travailler votre électorat clientéliste. Vous avez fait-ce jeu-là./p
pstrong- Clémence Guetté :/strong C'est quoi notre électorat clientéliste, monsieur ?/p
pstrong- Serge Raffy :/strong Et je pense que vous avez été des apprentis sorciers./p
pstrong- Clémence Guetté :/strong C'est quoi notre électorat clientéliste, monsieur ?/p
pstrong- Serge Raffy :/strong L'électorat musulman, dans les banlieues./p
pstrong- Clémence Guetté :/strong Ça, c'est une clientèle, « l'électorat musulman » ?/p
pstrong- Serge Raffy :/strong Mais bien sûr, ça a été fait par vous !/p
pstrong- Clémence Guetté :/strong C'est raciste ce que vous dites, monsieur./p
pstrong- Serge Raffy :/strong Ah bah voilà ! C'est toujours l'injonction paradoxale ! i[Clémence Guetté : Non mais vous croyez qu'il y a que les musulmans de ce pays qui ont du cœur pour ce qui se passe à Gaza ?]/i Si vous me dites que je suis raciste, bah vous, vous êtes homophobe, etcétéra ! i[Clémence Guetté : Monsieur, vous croyez que y a que les musulmans de ce pays qui sont heurtés par ce qui se passe à Gaza ?!]/i Et c'est ce genre de discours chez vous, madame, qui fait que le Front national continue de monter !/p
pstrong- Clémence Guetté :/strong C'est odieux ce que vous dites./p
pstrong- Serge Raffy :/strong Non, c'est vous qui êtes odieuse, madame. C'est vous ! Et vous êtes dangereuse pour la République !/p
pstrong- Clémence Guetté :/strong Les électeurs musulmans, ce n'est pas un électorat captif i[Serge Raffy : Vous êtes dangereuse pour la République, madame !]/i Ce sont des humains qui réfléchissent et qui votent pour un projet./p
pstrong- Serge Raffy :/strong Vous êtes dangereuse pour la République !/p
pstrong- Clémence Guetté :/strong C'est vous qui êtes dangereux, monsieur./p
pstrong- Serge Raffy :/strong La cinquième République, madame, sera plus forte que vous !/p
/blockquote
pRideau./p
pMais là encore il en allait d'une goutte d'eau dans un océan de calomnies. La preuve en image :/p
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centeriframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/HYvcdnJUUsU?si=saVbPaHeHp7qAGEt" title="YouTube video player" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen/iframe/center
p/brLoin d'être circonscrit à l'audiovisuel, comme nous aurons l'occasion de le voir dans un second article, le stigmate doit aussi sa massification dans le débat public au fait d'avoir été très tôt labellisé par les plus hautes sphères de l'État. Le 15 octobre 2023, lors de la grande émission politique de France Inter, France Info et iLe Monde/i, le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti multiplie les attaques contre LFI, accusant notamment le parti d'entretenir « ila confusion de tout/i » à des « ifins électoralistes/i ». Puis, avec la bénédiction des trois intervieweuses, parmi lesquelles Nathalie Saint-Cricq, il déclare : « iIls veulent le vote des barbus, on va se dire les choses très clairement./i »/p
/br
div class='spip_document_16318 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH152/seduirelesquartiers_1-0e3b8.png?1766423010' width='500' height='152' alt='' /
/figure
/div
centersmallFranceinfo, 15/10/2023/small/center
p/brAvant cela, et dès le 9 octobre 2023 à l'antenne de France Bleu Nord, Gérald Darmanin déroulait lui aussi l'argumentaire sans aucune contradiction, fustigeant le « icommunautarisme/i » de Jean-Luc Mélenchon et sa volonté de « iparl[er] notamment aux quartiers/i » : « iOn voit bien que dans la haine anti-flic ou dans la haine d'Israël, c'est toujours la même stratégie. C'est une stratégie électorale./i » Sans doute déçu par l'absence de répercussion de sa formule, le ministre de l'Intérieur la remisera (en pire) huit jours plus tardspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="À l'occasion d'un discours tenu au dîner annuel républicain du Conseil des (…)" id="nh2"2/a]/span : « iLa haine du juif et la haine du flic se rejoignent. Pas par conviction, mais par calcul électoral./i » Et cette fois-ci, banco : diffusée en direct sur une antenne autrement plus prescriptrice que France Bleu – BFM-TV, qui a href="https://x.com/BFMTV/status/1714359100996202592" class="spip_out" rel="external"isole d'ailleurs l'extrait en question sur X (17/10/2023)/a pour un cumul de plus de neuf millions de vues –, la « punchline » fait les gros titres… et le tour de la presse./p
/br
h3 class='article_intertitres'Un stigmate médiatico-politique à double portée/h3
p/brParticulièrement rentable, le leitmotiv du « clientélisme » permet donc de faire d'une pierre deux coups contre les punching-balls ordinaires des chefferies médiatiques : LFI et les musulmans. Dans ce climat de double diabolisation, il fonctionne en outre à la manière d'un mille-feuille recouvrant des couches et des couches de présupposés, de biais et de sous-entendus. Alors déplions la chose./p
pIl existe des stratégies électoralistes au sein des partis politiques, ia fortiori/i chez ceux dont les pratiques et le fonctionnement s'inscrivent dans un processus de conquête du pouvoir par les urnes, qui plus est au sein de la Ve République : en voilà un scoop journalistique ! Différents cadres ou députés insoumis, jusqu'à Jean-Luc Mélenchon lui-même, n'ont d'ailleurs jamais fait mystère de leur volonté de mobiliser des habitants des quartiers populaires, où l'abstention est traditionnellement forte. Jusque-là… De même, comme le relevait Mediapart, « ioui, les rares enquêtes [post-électorales] disponibles montrent bien que Jean-Luc Mélenchon a été très nettement surreprésenté dans l'électorat musulman/i ». Un phénomène qui ne saurait pour autant prouver l'existence « id'un "vote musulman" en tant que tel/i », à moins d'assimiler les musulmans à un « i"tout" homogène/i », d'invisibiliser « il'abstention qui y prévaut, comme dans d'autres groupes/i », et de postuler la prédominance de la variable confessionnelle dans leur vote... et sa monosémie : comme si les musulmans en question ne pouvaient voter qu'en fonction de la campagne concernant Gazaspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="« La guerre à Gaza ravive le mythe du "vote musulman" », Mediapart, 26/11/2023." id="nh3"3/a]/span./p
pOn le voit : les raccourcis sont nombreux, mais ils n'en sont pas moins empruntés par la quasi-totalité des commentateurs dès l'instant où le sujet des « stratégies électorales » de La France insoumise est sur la table, tout particulièrement dans le contexte du génocide des Palestiniens. Dès lors, le problème ne réside pas tant dans l'évocation en tant que telle d'une « stratégie insoumise » qui viserait à « mobiliser les quartiers populaires », que dans les usages et la mise en récit médiatiques de cette thématique. En d'autres termes, comme souvent, les choses se gâtent dès l'instant où le journalisme politique et les professionnels du commentaire s'en mêlent…/p
pTrois biais majeurs, alors, se font jour : 1/ la récurrence, pour ne pas dire l'omniprésence de ce cadrage (au détriment d'autres approches) dans les productions journalistiques prétendant analyser le rapport de LFI à la question palestinienne ; 2/ le caractère doublement discriminant de ce type de parti pris, qui ne vise qu'une seule et unique fraction de l'électorat… et un seul et unique mouvement politique ; 3/ le registre (du soupçon) et les connotations (négatives) que charrient systématiquement les discours médiatiques associés : mobilisé à la manière d'un stigmate et commenté comme tel, le fait que LFI veuille « séduire les quartiers » est construit comme un iproblème/i et fonctionne dans le débat public comme une arme de disqualification des acteurs qui se rallieraient à cette « stratégie », telle que l'interprètent, en tout cas, les commentateurs./p
pEt du « simple » parti pris, on passe au rouleau compresseur lorsque les médias dominants reproduisent ces mêmes biais à l'unisson. L'uniformisation procède alors au moins autant de la circulation circulaire du prêt-à-penser « low cost » dans des médias « low cost », qu'elle repose sur des croyances et des présupposés idéologiques communs à la quasi-totalité des commentateurs./p
/br
h3 class='article_intertitres'De la focalisation sur le jeu politicien aux préjugés racistes/h3
p/brDès que le diptyque « LFI – Gaza » est à l'étude, les journalistes se focalisent donc sur les prétendus « objectifs » que cacherait le militantisme insoumis, au point que ce cadrage prenne le pas sur ce qui devrait constituer le b.a.-ba de l'information : que disent les Insoumis du génocide des Palestiniens ? Il en va là d'un biais somme toute ordinaire du journalisme politique, obsédé par le jeu politicien, les tactiques, et qui manipule la sociologie électorale comme un financier joue avec ses parts de marché. Outre le fait de nourrir des réflexes confusionnistesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire « Un climat maccarthyste », Médiacritiques, n°51, juillet-septembre (…)" id="nh4"4/a]/span, ce traitement dépolitisé alimente le récit de « l'insincérité » du mouvement politique : la volonté de politiser – et de populariser – la question palestinienne est perçue (et commentée) comme un calcul cynique et une manœuvre forcément suspecte./p
pEn cette matière aussi, LFI fait l'objet d'un traitement médiatique d'« exception ». Tous les partis politiques, en effet, choisissent d'ériger tel ou tel sujet en combat de prédilection et de le décliner ensuite dans un répertoire d'actions militantes. Parmi ces « étendards », difficile d'en trouver un seul qui serait systématiquement commenté par les journalistes au prisme des arrière-pensées électorales (supposées) qu'il cacherait… et du type de public que ses promoteurs chercheraient (supposément) à « séduire ». Face aux élus RN et LR par exemple, le mantra de « l'insécurité » n'est jamais discuté dans ces termes, pas plus que ne l'est leur obsession de « l'immigration ». De même, lorsqu'en pleine campagne électorale pour l'élection présidentielle de 2022, Emmanuel Macron fait le choix d'axer ses interventions sur l'Ukraine, les commentateurs ne raisonnent pas en termes d' « électorat à flatter », mais sur le fond, en valorisant unanimement, qui plus est, a href="https://www.acrimed.org/Macron-candidat-journalisme-de-reverence-a-la-Une"le retour du « chef de guerre »/a. On pourrait ainsi multiplier les comparaisons. S'agissant de la question palestinienne, contentons-nous enfin de souligner, en reprenant les mots de Sébastien Fontenelle, qu'il ne viendrait jamais à l'idée des journalistes de soutenir que « ila campagne électorale des partis de droite et d'extrême droite qui affichent un soutien sans faille au gouvernement israélien instrumentaliserait le vote de fantasmatiques électorats juifs/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. l'article précédemment cité, Blast, 27/04/2024." id="nh5"5/a]/span./p
pUnilatéraux, les commentaires sur « la quête des quartiers » participent donc d'autant plus à stigmatiser les « quartiers » en question (et LFI) qu'ils activent, en creux, des préjugés très ancrés dans le discours dominant, légitimés de longue date par les grands médias, le tout dans un climat de criminalisation générale du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien. Les « quartiers populaires » sont non seulement essentialisés mais aussi altérisés, placés en extériorité par rapport à ce qui constituerait une « communauté majoritaire ». Les populations arabes – et celles de culture musulmane, singulièrement – sont évidemment visées, construites comme autant de réceptacles passifs à la communication politique et, d'ailleurs, forcément « en phase » avec la question palestinienne. L'idée n'est pas de dire que ce dernier phénomène n'existe pas, mais de souligner combien les grands médias reproduisent la mécanique de l'assignation identitaire qu'ils imputent (et reprochent) pourtant… à LFI. Enfin, soulignons qu'à vouloir ainsi fabriquer des « groupes » spécifiques – ici ethnoreligieux –, les journalistes pourraient en singulariser d'autres que le positionnement de LFI serait en capacité de « séduire ». Mais force est de constater qu'en dehors des « étudiants » et des « jeunes diplômés » – quoique dans une bien moindre mesurespan class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="D'une manière tout aussi disqualifiante, on a pu en effet entrevoir ce type (…)" id="nh6"6/a]/span –, le réflexe journalistique vaut uniquement pour « les quartiers »… et leurs habitants./p
pCette essentialisation fonctionne d'autant plus facilement qu'elle repose sur deux « évidences » incontestables, au sens où plus aucun commentateur ne songe à les contester : « LFI est un parti antisémite » et « les quartiers populaires sont une réserve d'antisémites ». Deux « évidences » énoncées de manière plus ou moins explicite en fonction des commentateurs. Dans son entretien avec iLe Figaro/i (9/12) après le « bad buzz », Nathalie Saint-Cricq se défend d'ailleurs d'avoir soutenu la seconde… pour mieux réaffirmer la première : « iJe n'ai pas dit qu'il fallait être antisémite pour avoir le vote musulman, mais que LFI croyait dans sa quête du vote musulman qu'il fallait l'être./i » Ceci ne rend pas le parti pris plus acceptable, mais aux yeux des grands médias… si. Du moins si l'on en croit a href="https://x.com/NathalieStCricq/status/1998435640292069796" class="spip_out" rel="external"le prétendu « mea culpa »/a qu'elle revendiquait, l'air infatué, à l'antenne de Franceinfo deux jours plus tard :/p
blockquote class="spip"
pstrongNathalie Saint-Cricq :/strong Si je n'ai pas été d'une clarté extrême, je tenais à dire que […] je ne mets pas en question les Français de confession musulmane, nos compatriotes, je mets en question les politiques, et ça je maintiens, qui utilisent et qui manient l'antisémitisme en imaginant pouvoir rafler du vote. Point. Y a rien d'autre. C'est clair, net./p
/blockquote
pC'est en effet très clair : non seulement Nathalie Saint-Cricq ment effrontémentspan class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Dans l'article du Figaro précédemment cité, Nathalie Saint-Cricq déclare ne (…)" id="nh7"7/a]/span, mais elle se classe décidément parmi les acteurs les plus en pointe dans la diabolisation (outrancière) de la gauche./p
pLa cause est donc entendue. Peu importe ce que disent les sciences humaines et socialesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir, par exemple, Contre l'antisémitisme et ses instrumentalisations, La (…)" id="nh8"8/a]/span. Et peu importe qu'au cours des deux dernières années, LFI ait à de multiples reprises affirmé publiquement la nécessité de combattre l'antisémitisme et formulé explicitement le péril que recouvre l'assimilation juifs/Israéliens dans le contexte du génocide : ces éléments ne sont jamais (ou très rarement) rapportés par les journalistes – et quand ils le sont, c'est pour douter de leur sincérité. Il n'est pas question de faire état de ce qui est, ni de rapporter ce qui est explicitement dit, mais de gloser sur ce qui n'est pas dit… et ce qui pourrait être./p
pDe quoi profondément et durablement mutiler le débat public – et bien au-delà –, ia fortiori/i lorsqu'une partie des acteurs pointés du doigt sont littéralement exclus de la scène médiatique, privés de toute représentation et d'expression publiques. Au premier rang desquels les collectifs et les habitants des dits « quartiers populaires », aussi omniprésents qu'inexistants dans les productions journalistiques : sans voix dans les reportages qui parlent d'eux, sans visage sur les plateaux audiovisuels qui les pilonnent en continu. CQFD./p
/br
h3 class='article_intertitres'Une obsession médiatique de longue date/h3
p/brLoin de se limiter aux positions de LFI sur Gaza et à une diffusion depuis le 7 octobre 2023, cette obsession médiatique doit être réinscrite dans un double contexte : celui d'une popularisation croissante, à partir des années 2000, des théories postulant un « nouvel antisémitisme » d'une part, et des accusations en « islamogauchisme » d'autre part, deux phénomènes témoignant de la normalisation des discours islamophobes dans l'espace public au cours de ces deux décennies. Pour resserrer un peu plus l'entonnoir, il faut enchâsser le leitmotiv du « clientélisme » dans le cadrage médiatico-politique qui s'est progressivement installé (et fossilisé) au sujet de La France insoumise en général, et de Jean-Luc Mélenchon en particulier./p
pOn pense notamment, pour reprendre un titre du iFigaro/i (21/05/2022), à la (longue) construction de son prétendu « itournant communautariste/i », et à l'uniformisation croissante des discours qui lui furent – et lui sont encore plus aujourd'hui – associés, de procès en « islamogauchisme » en procès pour « complicité avec l'islamisme et le terrorisme ». L'islamophobie étant l'une des principales dynamiques présidant à l'extrême droitisation (par le haut) des grands médias, elle est aussi l'un des ressorts les plus puissants de la diabolisation de la gauche. Le climat post attentats de 2015 a constitué un indéniable accélérateur, et les années qui ont suivi, cristallisé le phénomène dans les sphères médiatiques (et bien sûr politiques), d'abord via les titres historiques de la droite dite « républicaine » – au premier rang desquels iLe Figaro/i –, avant que la petite musique du « clientélisme » infuse dans l'ensemble des grands médias. Illustration avec cette chronique traitant de « ila dérive communautariste de Mélenchon et de son mouvement/i », parue le 9 octobre 2017 dans iLe Figaro/i, sous la plume d'un agitateur qui demeure jusqu'à aujourd'hui l'un des principaux piliers de cette croisade idéologique :/p
blockquote class="spip"
pstrongAlexandre Devecchio :/strong Ces députés Insoumis participent de fait à la nébuleuse que Pascal Bruckner qualifie d'« iislamosphère/i ». […]. Jean-Luc Mélenchon […] est lui-même peu soupçonnable de complaisance avec l'islam radical. Mais l'admirateur de Robespierre refuse mordicus de faire le lien entre le terrorisme et l'islamisme conquérant […]. [On] peut s'interroger sur le cynisme électoral d'un parti qui a fait ses meilleurs scores en banlieue. […] Pire : lorsqu'il invoque l'argument commode de « il'extrême droite israélienne/i » pour justifier son refus de siéger avec Valls i[dans le cadre d'une mission parlementaire sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédoniespan class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Comme le résume l'AFP (6/10/2017), à l'époque, le contexte est celui d'une (…)" id="nh9"9/a]/span, NDLR]/i, Mélenchon ne surfe-t-il pas en réalité sans scrupule sur l'antisionisme des territoires perdus de la République ? Une haine d'Israël qui se confond de plus en plus souvent avec un antisémitisme assumé./p
/blockquote
pTout est (déjà) articulé. Marquées par les mêmes dynamiques, sur fond de « low-costisation » avancée du débat public, les huit années suivantes auront raison des marques de retenue (résiduelles !) dont faisaient encore preuve les militants réactionnaires à cette époque. Et le trope du « clientélisme » sera une composante (plus ou moins appuyée) du traitement de la marche contre l'islamophobie (2019)span class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. Les médias contre la gauche, Acrimed/Agone, 2023, p. 82." id="nh10"10/a]/span, des cabales contre « l'islamogauchisme » (a href="https://www.acrimed.org/Islamo-gauchistes-une-chasse-aux-sorcieres"2020/a/a href="https://www.acrimed.org/L-universite-menacee-par-l-islamo-gauchisme-Une"2021/a), de la couverture de a href="https://www.acrimed.org/Anatomie-d-une-campagne-mediatique-contre-la-6483"la campagne de la Nupes (2022)/a, a href="https://www.acrimed.org/Mort-de-Nahel-de-l-appel-au-calme-au-rappel-a-l"des révoltes après la mort de Nahel (2023)/a ou, depuis, des « polémiques » insensées qui se propagent à la vitesse de la lumière à propos de a href="https://www.acrimed.org/Entrisme-freriste-saturation-mediatique"« l'entrisme islamiste »/a et de ses prétendus liens avec LFIspan class="spip_note_ref" [a href="#nb11" class="spip_note" rel="appendix" title="La bulle spéculative ayant tragiquement éclaté lors du passage de Jean-Luc (…)" id="nh11"11/a]/span./p
pIl n'est donc pas étonnant que le leitmotiv du « clientélisme communautariste » de La France insoumise ait connu, en particulier depuis les années 2015, une trajectoire médiatique ascendante et sensiblement identique à celle du terme « islamogauchisme », son équivalent fonctionnel tant sur la forme… que sur le fond. Comme le démontre le sociologue Benjamin Tainturierspan class="spip_note_ref" [a href="#nb12" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir le passionnant article de Benjamin Tainturier, « Islamo-gauchisme : (…)" id="nh12"12/a]/span, la popularisation du terme « islamogauchisme » doit beaucoup, après les attentats de 2015, à la persévérance d'une poignée d'« ientrepreneurs de cause/i » (Ivan Rioufol, Gilles-William Goldnadel, Éric Zemmour, Alexandre Devecchio, Étienne Gernelle et Michel Onfray) principalement rassemblés autour de trois titres (iLe Figaro/i, iLe Point/i et iMarianne/i), qui ont œuvré à « ien ritualiser l'usage/i » selon son sens premier : le « nouvel antisémitisme ». Parallèlement, un deuxième courant politique (la « gauche » dite « républicaine »), forte de ses propres missionnaires (gravitant autour du Printemps républicain), a contribué à propulser la carrière médiatique de l'« islamogauchisme », mais aussi à en diversifier le sens : à partir de 2016, dans les grands médias, les usages portent davantage « isur des sujets de laïcité et d'idéal républicain/i », au point que Benjamin Tainturier fasse état d'un véritable « ieffet [Élisabeth] Badinter/i » au lendemain d'une interview de cette dernière, parue dans les colonnes du iMonde/i le 1er avril 2016./p
p« Clientélisme communautariste » et « islamogauchisme » marchent ainsi d'autant plus facilement main dans la main qu'ils ont tous deux « ila force des concepts faibles/i », pour reprendre l'expression du politiste Samuel Hayatspan class="spip_note_ref" [a href="#nb13" class="spip_note" rel="appendix" title="Samuel Hayat, « L'islamo-gauchisme : comment (ne) naît (pas) une idéologie (…)" id="nh13"13/a]/span. À propos du second, il soulignait combien il fut « icréé pour unir ceux et celles qui veulent stigmatiser les musulmans, s'opposer à la gauche et délégitimer les sciences sociales/i ». Il en va strictement de même s'agissant du premier : un épouvantail rhétorique, confusionniste et suffisamment plastique pour avoir son heure de gloire dans les médias – des plateaux télé aux colonnes des journaux les plus « prestigieux » –, dès l'instant où le « débat » touche de près ou de (très) loin le diptyque « LFI / musulmans ». Au point de s'imposer, si ce n'est comme LE cadrage médiatique systématiquement majoritaire de ce type d'« actualités », du moins comme une « évidence » et une toile de fond omniprésente dans l'esprit des commentateurs. On le voit à ses usages médiatiques : cet automatisme journalistique n'est en définitive rien d'autre qu'un outil de disqualification visant à neutraliser toute pensée jugée hors des clous du discours dominant. Et ce, quelle que soit la conjoncture… ou la « polémique » qui lui sera associée. Le 30 octobre 2023, dans sa chronique (infâmante) hébergée par iLibération/i, l'inénarrable Serge July avait le mérite de synthétiser admirablement la chose :/p
blockquote class="spip"
pstrongSerge July :/strong Aujourd'hui, ce diable de Mélenchon gère son capital électoral, comme d'habitude : il était contre l'interdiction de l'abaya, il accuse la police de tuer délibérément les jeunes arabes, il prend la défense immédiate de Karim Benzema et du Hamas, et il accable Israël, un pays soutenu, selon lui, par le pire pays au monde, les États-Unis. Tout cela mis bout à bout fait une réputation, pas de celle qui fascine les beaux quartiers ou le monde intellectuel, tous les antiracistes, tous les laïcards comme moi qui ne supportent pas ces multiples clins d'œil à l'islamisme./p
/blockquote
pUne déclaration en écho à un autre exercice de clarification que dispensera quelques mois plus tard Christophe Barbier sur le plateau de « C à vous » (France 5, 15/04/2024) :/p
blockquote class="spip"
pstrongChristophe Barbier/strong, à propos de Jean-Luc Mélenchon strong :/strong Le voici depuis quelques années, au moins depuis 2019 i[et la marche contre l'islamophobie, NDLR]/i, sans doute un peu avant, converti à des revendications issues de l'islam politique, qu'on a pu croire dans un premier temps être seulement un calcul électoral pour complaire à un certain électorat – on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre –, et dont on voit depuis le 7 octobre que peut-être il y a une racine idéologique plus profonde./p
/blockquote
pFermez le ban./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brIl est des emballements sur les réseaux sociaux qui contribuent à particulariser et à déshistoriciser des récits jugés, à juste titre, particulièrement infâmants. La « polémique » autour de Nathalie Saint-Cricq est l'un de ceux-là : loin de détenir la maternité du leitmotiv de la prétendue « quête du vote musulman par LFI », Nathalie Saint-Cricq n'a fait que participer comme tant d'autres de ses confrères à sa banalisation dans les médias de masse – et singulièrement, pour ce qui la concerne, dans les médias de service public. D'autant plus facilement que les médias en question se sont alignés sur le moins-disant journalistique et sur sa forme dominante, le plateau de bavardage, où la bouillie intellectuelle fait loi contre toutes formes de savoirs produits par les sciences sociales. Comment comprendre cette séquence ? Comme l'énième symptôme de la radicalisation des chefferies médiatique et de leur alignement progressif sur l'extrême droite. Laquelle sera parvenue, en dix ans, à uniformiser durablement toute une partie des productions de la grande presse (audiovisuelle et écrite) concernant LFI autour d'un mot d'ordre fondamentalement raciste, reposant sur une grille de lecture identitaire que cette même presse prétend pourtant combattre./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong, avec strongFlorent Michaux/strong pour le montage vidéo./p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanSébastien Fontenelle, a href="https://www.blast-info.fr/articles/2024/le-monde-gaza-les-insoumis-et-les-quartiers-populaires-J0FHTvc0QhCMNRc_K98fsg" class="spip_out" rel="external"« Le Monde, Gaza, les insoumis et les "quartiers populaires"/a, Blast, 27/04/2024./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanÀ l'occasion d'un discours tenu au dîner annuel républicain du Conseil des communautés juives du Val-de-Marne, le 17 octobre 2023./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /span« a href="https://www.mediapart.fr/journal/politique/261123/la-guerre-gaza-ravive-le-mythe-du-vote-musulman" class="spip_out" rel="external"La guerre à Gaza ravive le mythe du "vote musulman"/a », Mediapart, 26/11/2023./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanLire « Un climat maccarthyste », a href="https://www.acrimed.org/IMG/pdf/mediacritiques51.pdf"iMédiacritiques/i, n°51/a, juillet-septembre 2024, p. 8./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanCf. a href="https://www.blast-info.fr/articles/2024/le-monde-gaza-les-insoumis-et-les-quartiers-populaires-J0FHTvc0QhCMNRc_K98fsg" class="spip_out" rel="external"l'article précédemment cité/a, Blast, 27/04/2024./p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanD'une manière tout aussi disqualifiante, on a pu en effet entrevoir ce type de commentaires à l'occasion des mobilisations en soutien du peuple palestinien à Sciences-Po, notamment lorsque entre les mois de mars et mai 2024, des élus membres ou proches de LFI (Rima Hassan, Thomas Portes, Louis Boyard, Aymeric Caron, etc.) se sont rendus sur le campus parisien en solidarité avec les étudiants./p
/divdiv id="nb7"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanDans l'article du iFigaro/i précédemment cité, Nathalie Saint-Cricq déclare ne pas avoir « itenu de propos islamophobes/i » en affirmant qu'elle « i[se] basai[t] sur des études, notamment celle publiée en octobre 2024 par a href="https://www.fondapol.org/etude/radiographie-de-lantisemitisme-en-france-2/" class="spip_out" rel="external"la Fondapol/IFOP/AJC analysant la radiographie de l'antisémitisme en France/a./i » Or, que nous dit cette « étude » ô combien biaisée ? « iC'est par sa jeunesse, et d'autant plus nettement qu'elle est de confession ou de culture musulmane, que la société française sera rapidement gagnée par l'antisémitisme/i », écrit par exemple son auteur, Dominique Reynié. CQFD./p
/divdiv id="nb8"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanVoir, par exemple, iContre l'antisémitisme et ses instrumentalisations/i, La Fabrique, octobre 2024 et Mark Mazower, iAntisémitisme. Métamorphoses et controverses/i, La Découverte, septembre 2025./p
/divdiv id="nb9"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /spanComme le résume a href="https://www.lemonde.fr/la-france-insoumise/article/2017/10/06/melenchon-demissionne-de-la-mission-nouvelle-caledonie-et-met-en-cause-valls_5197418_5126047.html" class="spip_out" rel="external"l'AFP (6/10/2017)/a, à l'époque, le contexte est celui d'une vive controverse entre Jean-Luc Mélenchon et Manuel Valls – ayant « itaxé les députés de La France insoumise de tenir "un discours islamo-gauchiste", soulignant "la complaisance vis-à-vis du communautarisme" et de "l'islam politique"/i »./p
/divdiv id="nb10"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spanCf. iLes médias contre la gauche/i, Acrimed/Agone, 2023, p. 82./p
/divdiv id="nb11"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh11" class="spip_note" title="Notes 11" rev="appendix"11/a] /spanLa bulle spéculative ayant tragiquement éclaté lors du passage de Jean-Luc Mélenchon devant la commission d'enquête sur l'entrisme islamiste (6/12), à laquelle s'étaient pressés tels des vautours (déçus) tous les journalistes de France et de Navarre…/p
/divdiv id="nb12"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh12" class="spip_note" title="Notes 12" rev="appendix"12/a] /spanVoir le passionnant article de Benjamin Tainturier, « a href="https://larevuedesmedias.ina.fr/islamo-gauchisme-carriere-mediatique" class="spip_out" rel="external"Islamo-gauchisme : carrière médiatique d'une notion polémique/a », La revue des médias, 27 novembre 2020./p
/divdiv id="nb13"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh13" class="spip_note" title="Notes 13" rev="appendix"13/a] /spanSamuel Hayat, « a href="https://www.nouvelobs.com/idees/20201027.OBS35262/l-islamo-gauchisme-comment-ne-nait-pas-une-ideologie.html" class="spip_out" rel="external"L'islamo-gauchisme : comment (ne) naît (pas) une idéologie/a », iL'Obs/i, 27 octobre 2020./p
/div/div
lun, 2025-12-15 13:09
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L107xH150/silo-c2eda.png?1765796997' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt="" /
div class='rss_chapo'pUn article paru initialement dans a href="https://silogora.org/la-convergence-mediatique/" class="spip_out" rel="external"iSilomag/i (n°20, novembre 2025)/a./p/div
div class='rss_texte'pDepuis dix ans, un pôle réactionnaire se consolide et gagne en influence au sein du champ journalistique. L'empire de Vincent Bolloré en est la clé de voûte, qui met à profit une concentration à la fois horizontale – ivia/i une mainmise sur l'édition (groupe Hachette) et l'acquisition de pans entiers de la presse écrite et audiovisuelle (Canal+, CNews, groupe Prisma, iLe Journal du dimanche/i, Europe 1) – mais aussi verticale, en intégrant à son empire points de vente, salles de spectacle, institut de sondage, agence de communication, etc. Une véritable prédation sur le monde de l'information et de la culture, qui propulse sur le devant de la scène des médias dont la ligne éditoriale est à l'image du « combat civilisationnel » revendiqué par l'industriel milliardaire : obsessions identitaires ; cabales islamophobes et xénophobes ; haine de la gauche et de l'égalité ; engagement pro-business et valorisation de l'entreprenariat contre « l'assistanat » ; culte de l'ordre et de l'autorité ; célébration de l'« internationale fasciste », de Donald Trump à Georgia Meloni en passant par Javier Mileispan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Ugo Palheta, La nouvelle internationale fasciste, Textuel, 2025." id="nh1"1/a]/span./p
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h3 class='article_intertitres'Le sacrifice de l'information sur l'autel de l'éditorialisme/h3
p/brÀ l'avant-poste de cette contre-révolution réactionnaire, CNews prospère sur une politique de réduction des coûts. Tout en s'affranchissant des fondamentaux journalistiques comme des règles censées encadrer sa diffusion sur la TNT, la chaîne est l'incarnation la plus aboutie d'une tendance structurelle au sein d'un audiovisuel sous domination commerciale qui, partout, favorise l'extrême droite : le sacrifice de l'information sur l'autel de l'éditorialisme. Les formats produits à peu de frais – talk-shows, interviews, éditos, etc. –, se taillent la part du lion, où prévalent l'entre-soi et les discussions « à la bonne franquette ». Butiner dans les sondages du jour, politiser les faits divers – « iindustrie médiatique et arme idéologique pour l'extrême droite/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Samuel Bouron, « Les faits divers, industrie médiatique et arme idéologique (…)" id="nh2"2/a]/span –, exciter les affects et idéologiser la peur : les mamelles de « l'information » façon Bolloré./p
pGourmands en chroniqueurs, ces dispositifs sont devenus en quelques années le point de rencontre et la vitrine de premier plan des réactionnaires et de l'extrême droite identitaire. Si les plateaux de Bolloré servent de tremplin pour de « jeunes pousses » qui y fourbissent leurs armes, ils recyclent surtout des journalistes ayant occupé (ou occupant) des positions de pouvoir dans les médias « légitimes », au premier rang desquels les maisons historiques de la droite traditionnelle. Selon une étude du collectif Sleeping Giants, iLe Figaro/i était par exemple le média le plus représenté à l'antenne de CNews entre le 1er janvier 2023 et le 4 avril 2024, devant Europe 1, iLe JDD/i, iValeurs actuelles/i, Causeur ou Sud Radio, mais aussi les plus éminents représentants de la fachosphère (Boulevard Voltaire, iL'Incorrect/i, Omerta, Livre Noir devenu iFrontières/i, iFront Populaire/i, etc.)./p
pSur Europe 1, la chefferie du iFigaro/i détient même le monopole de l'« édito politique », assuré en intermittence par Alexis Brézet, le directeur des rédactions du quotidien, Vincent Trémolet de Villers, son directeur délégué, et Alexandre Devecchio, rédacteur en chef du FigaroVox, la déclinaison web des pages « Débats », elle-même motrice de l'extrême droitisation du iFigaro/ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Olivier Tesquet, « Au "Figaro", dix ans d'entrisme d'extrême droite », (…)" id="nh3"3/a]/span et réserve de talents – omniprésents à l'antenne de CNews ou d'Europe 1 –, comme Eugénie Bastié, Mathieu Bock-Côté, Gilles-William Goldnadel ou encore, parmi la « jeune garde », le très prometteur Paul Sugy. On n'en finirait pas de retracer les carrières passées des actuelles vedettes de la galaxie Bolloré au sein du groupe TF1/LCI (Laurence Ferrari, Vincent Hervouët, Pascal Praud, Jean-Claude Dassier, etc.) ou d'Europe 1 sous l'ère du groupe Lagardère (Pierre de Vilno, Catherine Nay, Jean-Pierre Elkabbach, Sonia Mabrouk, etc.), parfois les deux successivement./p
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h3 class='article_intertitres'Un phénomène qui remonte au moins aux années 2000/h3
p/brSymptôme de la radicalisation croissante de la droite traditionnelle – et des directions de médias, sociologiquement solidaires des intérêts des classes dirigeantes –, cette hybridation n'est pas un phénomène nouveau. Au cours des décennies 2000 et 2010, fort d'un riche carnet d'adresses et d'étroites relations avec la bourgeoisie politique et patronale, l'hebdomadaire iValeurs actuelles/i était en quelque sorte l'équivalent fonctionnel des médias Bolloré aujourd'hui : une plaque tournante de la droite extrême à l'extrême droite. Et là encore, son personnel ne venait pas de nulle part. Comme l'a mis en lumière le sociologue Abdellali Hajjat, non seulement la plupart des journalistes et chroniqueurs du titre avaient auparavant officié aux iÉchos/i, à iL'Express/i, au iPoint/i et surtout… au iFigaro/i, mais à partir des années 2000, les vedettes du journal ont bénéficié d'une surreprésentation en tant qu'invités, animateurs ou chroniqueurs, notamment sur RMC, Europe 1 et LCIspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Abdellali Hajjat, « L'emprise de Valeurs actuelles », Carnet de recherche (…)" id="nh4"4/a]/span. Légitimé par la classe politique jusqu'aux plus hautes sphères de l'État – « iun très bon journal/i » plaidait Emmanuel Macron après avoir fait la Une fin 2019span class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Pauline Perrenot, « Valeurs actuelles : une légitimation médiatique de (…)" id="nh5"5/a]/span – iValeurs actuelles/i a su se tailler une place de choix dans les médias dominants en misant sur le « buzz » et la « polémique », carburants de leur économie ilow cost/i. Incubateurs de « bons clients » réactionnaires, les chaînes d'information en continu, notamment, ont contribué à installer durablement les têtes de gondole de l'hebdomadaire dans le débat public : Geoffroy Lejeune, ami personnel de Marion Maréchal aujourd'hui à la tête du iJDD/i, Charlotte d'Ornellas, Tugdual Denis, etc./p
pEntre autres « empoisonneurs »span class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Sébastien Fontenelle, Les empoisonneurs. Antisémitisme, islamophobie, (…)" id="nh6"6/a]/span : le cas d'Éric Zemmour, pilier du iFigaro/i et du iFigaro Magazine/i entre 1996 et 2021, est sans doute le plus exemplaire. Lorsque CNews lui a offert en 2019 une vitrine de premier plan dans l'émission « Face à l'info », Bolloré n'a fait que capitaliser sur une notoriété entretenue pendant trente ans dans et par les grands médias, de iMarianne/i à RTL en passant par I-Télé, France 2, etc. De quoi favoriser son transfert dans le champ politique, lequel fit l'objet d'une hystérie journalistique dès l'été 2021 et jusqu'à l'élection présidentielle, en 2022span class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="« Médias et extrême droite, la grande banalisation », Médiacritiques, n° 41, (…)" id="nh7"7/a]/span. Sa médiatisation a été tellement disproportionnée que l'Arcom a été contraint d'épingler onze chaînes et stations – dont trois du service public (France Inter, France Info et France 5) – pour leur manquement à l'équité du temps d'antenne et/ou de parole en sa faveur./p
pLoin du mythe journalistique postulant une étanchéité entre les médias « acceptables » et la galaxie Bolloré, la circulation sans entrave des commentateurs réactionnaires est donc un phénomène structurel : VRP du Rassemblement national, « intellectuels » médiatiques racistes adeptes du « on-ne-peut-plus-rien-dire » saturent le débat public, sans oublier la galaxie des journalistes de iFranc-Tireur/i – propriété du milliardaire Daniel Křetínský –, qui alimentent nombre de cabales de l'extrême droite sur la base d'obsessions islamophobes et d'une détestation viscérale de La France insoumise. Il ne s'agit pas d'affirmer que toutes les lignes éditoriales se valent, mais bien de souligner une tendance à la droitisation par le haut des grands médias, à laquelle les directions éditoriales apportent leur concours de longue date./p
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h3 class='article_intertitres'Des médias « traditionnels » qui ne sont pas en reste/h3
p/brSi les grands médias ne sont pas les principaux responsables de la droitisation continue du champ politique et de la progression électorale constante de l'extrême droite, ils ont activement contribué à la « dédiabolisation » du Rassemblement national, à la popularisation de ses thématiques de prédilection (immigration, islam, insécurité) et à la normalisation de ses thèses, au point que la plupart d'entre elles font aujourd'hui office de prêt-à-penser dans le débat publicspan class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Pauline Perrenot, Les médias contre la gauche, Agone/Acrimed, 2023." id="nh8"8/a]/span. Le phénomène s'est accéléré à partir de l'élection d'Emmanuel Macron en 2017. Depuis lors, les médias dominants ne cessent d'accentuer la principale dynamique par laquelle se reconfigure le champ politique : la diabolisation outrancière d'organisations et des personnalités de gauche exclues de l'« arc républicain » ; la légitimation des responsables d'extrême droite, distingués si ce n'est célébrés pour leurs positions jugées « raisonnables » et « modérées » par les professionnels du commentaire./p
pLoin d'être une paria, l'extrême droite évolue dans cette atmosphère comme un poisson dans l'eau. Et se déploie toujours davantage, en particulier dans les médias les plus soumis aux pressions commerciales. Des militants identitaires ont pignon sur rue, à l'instar de Juliette Briens ou Antoine Diers, ancien porte-parole d'Éric Zemmour, reconvertis en toutologues dans les talk-show RMC. Le service public n'est pas en reste : Franceinfo notamment, où depuis septembre 2025, trois anciens de CNews sont aux manettes d'une émissionspan class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Pauline Bock, « La chaîne franceinfo est-elle en train de "devenir CNews" ? (…)" id="nh9"9/a]/span. « iDepuis le début des années 2000, devenir identitaire n'a jamais été aussi rentable/i », résume le sociologue Samuel Bouron : « iLes médias les font vivre […]. Cette possibilité d'une ascension professionnelle pour des militants qui, par le passé, restaient bloqués aux marges de l'espace politico-médiatique est un aspect souvent négligé du développement de cette nébuleuse identitaire/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="Samuel Bouron, Politiser la haine. La bataille culturelle de l'extrême (…)" id="nh10"10/a]/span./p
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h3 class='article_intertitres'Un projet politique porté par de grands capitalistes/h3
p/brLeur force de frappe est d'autant plus puissante qu'elle reçoit le concours de grands capitalistes. Vincent Bolloré, on l'a vu, mais aussi le milliardaire libertarien Pierre-Édouard Stérin. En 2024, iL'Humanité/i révélait son « projet Périclès »span class="spip_note_ref" [a href="#nb11" class="spip_note" rel="appendix" title="Thomas Lemahieu, « Périclès, le projet secret de Pierre-Édouard Stérin pour (…)" id="nh11"11/a]/span, un vaste plan de financement destiné à porter l'extrême droite au pouvoir. En attendant, le militant œuvre d'arrache-pied à sa structuration, en finançant par exemple ses organismes de formation : l'école libre de journalisme (ILDJ) notamment, dont les liens avec les médias de droite et d'extrême droite sont patents. Selon une enquête du iMonde/i parue en 2024, les rédactions de CNews, iLe Figaro/i, iValeurs actuelles/i, Boulevard Voltaire et iCauseur/i représentaient par exemple « ila principale voie de recrutement/i » des étudiants, parmi lesquels d'anciens candidats RN, militants des « Jeunes Républicains » ou des « Jeunes avec Zemmour », mais aussi des activistes anti-avortement ou membres de groupuscules identitaires et néofascistesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb12" class="spip_note" rel="appendix" title="« Enquête sur l'Institut libre de journalisme, l'école créée par la droite (…)" id="nh12"12/a]/span. « iNous participons à créer une nouvelle sociologie du journalisme, c'est-à-dire des journalistes qui ne sont pas forcément irrigués par le marxisme, la social-démocratie ou le wokisme/i », revendiquait le fondateur de l'école (et directeur opérationnel de Périclès) Alexandre Peseyspan class="spip_note_ref" [a href="#nb13" class="spip_note" rel="appendix" title="Gaspard de Malherbe, « Institut de formation politique : "Nous cassons un (…)" id="nh13"13/a]/span./p
p« iInvestissez les médias/i » : tel était le conseil que donnait à ses disciples Patrick Buisson, ancien directeur de iValeurs actuelles/i, ex-chef de iMinute/i… et fervent promoteur de « l'union des droites ». Un rêve doublement exaucé : non seulement l'empire Bolloré est aujourd'hui la réalisation en actes de ce grand rassemblement, mais ses canaux isont/i les médias qui, aujourd'hui, donnent bien souvent le la. De véritables lieux de pouvoir : entre le 1er septembre 2024 et le 2 mars 2025, le gouvernement trônait par exemple sur plus de la moitié des couvertures du iJDD/ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb14" class="spip_note" rel="appendix" title="Pauline Perrenot, « Du JDD au JDNews : et au milieu de l'extrême droite (…)" id="nh14"14/a]/span. Des portraits louangeurs dont bénéficient également les personnalités médiatiques parmi les plus influentes, occupant pour certaines les grands médias depuis au moins un quart de siècle, de Franz-Olivier Giesbert à BHL, en passant par Alain Bauer, Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Luc Ferry, Géraldine Woessner, Jérôme Fourquet ou Raphaël Enthoven. Du « cercle de la raison » aux bataillons contre-révolutionnaires, une alliance objective existe bel et bien : c'est chez Vincent Bolloré qu'on en trouve la meilleure synthèse./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanUgo Palheta, a href="https://www.editionstextuel.com/livre/la_nouvelle_internationale_fasciste-1" class="spip_out" rel="external"iLa nouvelle internationale fasciste/i/a, Textuel, 2025./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanSamuel Bouron, « Les faits divers, industrie médiatique et arme idéologique pour l'extrême droite », in. a href="https://www.editionsamsterdam.fr/extreme-droite-la-resistible-ascension/" class="spip_out" rel="external"iExtrême droite : la résistible ascension/i/a, coordonné par Ugo Palheta, Éditions Amsterdam, 2024, p. 129./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanOlivier Tesquet, « a href="https://www.telerama.fr/debats-reportages/au-figaro-dix-ans-d-entrisme-d-extreme-droite-1824-7021019.php" class="spip_out" rel="external"Au "Figaro", dix ans d'entrisme d'extrême droite/a », iTélérama/i, 1er juillet 2024 et Véronique Goussard, « a href="https://www.nouvelobs.com/medias/20250625.OBS105305/ces-dix-ans-qui-ont-radicalise-le-figaro.html" class="spip_out" rel="external"Ces dix ans qui ont radicalisé "Le Figaro"/a », iLe Nouvel Obs/i, 3 juillet 2025./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanAbdellali Hajjat, « a href="https://racismes.hypotheses.org/222" class="spip_out" rel="external"L'emprise de iValeurs actuelles/i/a », iCarnet de recherche Racismes/i, 13 novembre 2020./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanPauline Perrenot, « a href="https://www.acrimed.org/Valeurs-actuelles-une-legitimation-mediatique-de"iValeurs actuelles/i : une légitimation médiatique de (très) longue date/a », Acrimed, 24 novembre 2020./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanSébastien Fontenelle, a href="https://luxediteur.com/catalogue/les-empoisonneurs/" class="spip_out" rel="external"iLes empoisonneurs. Antisémitisme, islamophobie, xénophobie/i/a, Lux, 2020./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /span« a href="https://www.acrimed.org/Medias-et-extreme-droite-la-grande-banalisation"Médias et extrême droite, la grande banalisation/a », iMédiacritiques/i, n° 41, Acrimed, janvier-avril 2022./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanPauline Perrenot, iLes médias contre la gauche/i, Agone/Acrimed, 2023./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /spanPauline Bock, « a href="https://www.arretsurimages.net/articles/la-chaine-franceinfo-est-elle-en-train-de-devenir-cnews" class="spip_out" rel="external"La chaîne franceinfo est-elle en train de "devenir CNews" ?/a », Arrêt sur images, 4 novembre 2025./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spanSamuel Bouron, iPolitiser la haine. La bataille culturelle de l'extrême droite identitaire/i, La Dispute, 2025, pp. 43-44./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh11" class="spip_note" title="Notes 11" rev="appendix"11/a] /spanThomas Lemahieu, « a href="https://www.humanite.fr/politique/bien-commun/exclusif-pericles-le-projet-secret-de-pierre-edouard-sterin-pour-installer-le-rn-au-pouvoir" class="spip_out" rel="external"Périclès, le projet secret de Pierre-Édouard Stérin pour installer le RN au pouvoir/a », iL'Humanité/i, 18 juillet 2024./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh12" class="spip_note" title="Notes 12" rev="appendix"12/a] /span« Enquête sur l'Institut libre de journalisme, l'école créée par la droite identitaire pour conquérir les médias », iLe Monde/i, 26 septembre 2024./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh13" class="spip_note" title="Notes 13" rev="appendix"13/a] /spanGaspard de Malherbe, « Institut de formation politique : "Nous cassons un monopole idéologique de la gauche", affirme le directeur Alexandre Pesey », iValeurs actuelles/i, 4 juillet 2025./p
/divdiv id="nb14"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh14" class="spip_note" title="Notes 14" rev="appendix"14/a] /spanPauline Perrenot, « a href="https://www.acrimed.org/Du-JDD-au-JDNews-et-au-milieu-de-l-extreme-droite"Du iJDD/i au iJDNews/i : et au milieu de l'extrême droite trône le gouvernement/a », Acrimed, 10 mars 2025./p
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