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Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des médias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed relève également les dérives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il véhicule le prêt-à-penser de la société de marché.
Mis à jour : il y a 34 minutes 26 secondes

Sortie du Médiacritiques n°59 : Dégageons les milliardaires des médias !

jeu, 2026-07-16 07:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L118xH150/une59-d0902.jpg?1782795602' class='spip_logo spip_logo_right' width='118' height='150' alt="" / div class='rss_chapo'pLe iMédiacritiques/i n°59 est sorti de l'imprimerie le 10 juillet. À commander a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"sur notre site/a ou à retrouver en librairie. Et surtout, a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"abonnez-vous/a !/p/div div class='rss_texte'/br div class='spip_document_16582 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/une59.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH638/une59-2d7b6.jpg?1782795602' width='500' height='638' alt='' //a /figure /divdiv class='spip_document_16585 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/sommaire59.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH638/sommaire59-9b0ff.jpg?1782813718' width='500' height='638' alt='' //a /figure /div p/brCe numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans les librairies a href="https://www.acrimed.org/-Mediacritiques-"listées ici/a, ainsi que sur a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"notre boutique en ligne/a./p pTous les anciens numéros sont (ou seront) a href="https://www.acrimed.org/-Mediacritiques-"en accès libre ici/a./p/div
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Les « grands reporters » et Le Figaro au secours de Guillaume Erner

mer, 2026-07-15 09:59
div class='rss_chapo'p« Affaire Erner », suite./p/div div class='rss_texte'pNous avions a href="https://www.acrimed.org/Le-Pen-LFI-et-l-antisemitisme-l-intox-de"déjà exposé/a les premiers épisodes de cette triste affaire : le 24 juin, au cours de la matinale qu'il anime sur France Culture, Guillaume Erner a diffusé un montage sonore censé démontrer les similarités antisémites des discours de Jean-Marie Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. Problème : un des extraits de ce montage était en réalité tiré d'une émission de 2017 dans laquelle Jean-Luc Mélenchon ne faisait en aucune façon référence aux juifs. Cette falsification n'étant pas passée inaperçue, Guillaume Erner a été contraint de produire des excuses, consistant en l'occurrence à déporter la faute sur la source de ce montage trompeur, que le journaliste avait omis de mentionner à l'antenne. Si, devant l'évidence, la station, l'animateur, les syndicats, les SDJ, le médiateur ont tous reconnu des « ierreurs/i », voire une « ifaute grave/i », une poignée d'irréductibles éditorialistes ne l'ont pas entendu de cette oreille, et ont refusé mordicus de reconnaître le caractère « ifallacieux/i » dudit montage. Démontrant, une nouvelle fois, que la vérité leur importe bien peu ?/p /br h3 class='article_intertitres'Les irréductibles/h3 p/brC'est Raphaël Enthoven, dès le lendemain de l'entretien, qui ouvre le bal. Sous la communication de France Culture sur X, qui explique que le « imontage fallacieux/i » et « i[non] sourcé/i » n'aurait « ipas dû être diffusé/i », Enthoven s'entête : « iFallacieux ? En quoi ? A quel titre ?/i » Le même jour, les sociétés des journalistes de Radio France et de France Culture produisent un communiqué commun, condamnant « iles propos antisémites faussement attribués à Jean-Luc Mélenchon/i ». Jean Quatremer sort alors de ses gonds : « iLe petit doigt sur la couture du pantalon, aux ordres de LFI. […] Et dites, la @SDJradiofrance, vous avez entendu parler des dog whistle ? Parce qu'il faudrait arrêter de nous prendre pour des demeurés./i » Très remonté, et un rien obsessionnel, Quatremer publiera entre le 25 juin et le 8 juillet pas moins de 49 tweets (ou repost) sur « l'affaire Erner »./p pCaroline Fourest n'est bien sûr pas en reste, et ajoute une couche de complotisme sur le déni de réalité : « iLa meute de Jean-Luc Mélenchon est en ordre de bataille. A un an de la présidentielle, ses militants, très actifs dans les rédactions et les Sociétés de Journalistes (SDJ), font feu de tout bois pour écarter les journalistes qui les dérangent. Il faut l'expliquer au grand public. Et résister à cette intimidation politique./i » Résumons : plutôt que de constater, comme Guillaume Erner lui-même, que le montage était « ifallacieux/i », la championne de l'anti-complotisme préfère s'imaginer qu'un groupe agit dans l'ombre et « ifait feu de tout bois/i » contre ce pauvre Guillaume Erner, victime d'une cabale politique. Nos deux journalistes stars ne seront bien sûr pas les seuls sur cette ligne de défense fondée sur des « faits alternatifs » : tous les habitués du comptoir sont là. Brice Couturier (en réaction au communiqué des SDJ de Radio France) : « iLes syndicats de gauche de Radio France ont choisi : ils soutiendront la candidature de Mélenchon aux présidentielles. Attendez-vous à ce que cela s'entende dans les journaux d'information de ses stations.../i » ; Céline Pina : « iLFI ou comment aider à comprendre la montée du fascisme hier en regardant ses promoteurs aujourd'hui. Acte 1 l'intimidation et la menace des opposants et détracteurs/i » ; Éric Naulleau : « iLa chasse à l'homme menée par la meute insoumise s'attaque maintenant à Guillaume Erner, le brillant animateur de la matinale de France Culture, un des honneurs de la profession/i » ; Peggy Sastre (dans a href="https://www.lepoint.fr/debats/guillaume-erner-la-faute-la-meute-et-le-permis-de-chasse-TJMQXKEBPNBTTM7DMQ65ZPEQLY/" class="spip_out" rel="external"son éditorial du iPoint/i/a) : « iFrance Culture, aussi, a reconnu la faute, quitte à jeter sous le bus son producteur et donner du fioul à une chaudière tyrannique qui n'en avait vraiment pas besoin/i » ; Marika Bret : « iL'intimidation, la traque, la purge, c'est une vieille méthode, une passion totalitaire, tenace et mortifère/i ». Etc. Bref, le problème n'est pas le montage trompeur, mais la critique des médias./p pDifficile de ne pas remarquer que les irréductibles défenseurs d'Erner gravitent autour de la galaxie printaniste. Une poignée de chroniqueurs, au pouvoir éditorial démesuré comparé à leur nombre, qui utilisent leurs journaux ou leurs structures comme tremplins pour truster des invitations à la télé ou à la radio. Dernier exemple en date ? L'Association française des grands reporters et correspondants (AFGRC), dont deux membres (Noémie Halioua et Emmanuel Razavispan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Noémie Halioua, ex-rédactrice en chef d'i24 news, est une habituée du genre. (…)" id="nh1"1/a]/span) publient une tribune dans iLe Figaro/i pour défendre Erner./p pÀ la suite de son « erreur », le présentateur des Matins a en effet écopé d'un « avertissement », et son « billet d'humeur » lui a été retiré. Une punition d'une effroyable sévérité, inacceptable pour les « grands reporters » Noémie Halioua et Emmanuel Razavi qui, a href="https://www.lefigaro.fr/vox/societe/affaire-erner-la-france-ne-doit-pas-devenir-le-pays-des-ayatollahs-20260706" class="spip_out" rel="external"dans leur tribune/a, tiennent à alerter : « Affaire Erner : la France ne doit pas devenir le pays des ayatollahs ! »/p pEn cause, les demandes exprimées par des militants insoumis de voir le journaliste présenter des excuses aux personnes calomniées. Le tableau est inquiétant : « iMenaces, harcèlement, intimidation/i » ; « ichasse à l'homme méthodiquement orchestrée par "la meute" LFI/i » ; « ientreprise de mise à mort professionnelle/i » ; « isoif de nuire au journaliste que rien ne semble apaiser/i », etc. Malheureusement aucun exemple ou citation n'est donné à l'appui de cette description. Et encore : LFI « imenace gravement la santé démocratique de notre pays/i », en particulier par ses desseins à l'égard de la corporation des journalistes (disent nos « grands reporters », oubliant leurs diatribes contre le corporatisme des autres… pour voler au secours de ladite corporation) : « iTenter de bâillonner toute voix discordante ou critique de LFI quitte à répandre la terreur au sein de cette corporation/i », au sein de laquelle « iparmi les voix à faire taire, [les insoumis jugeraient qu'il y a] d'abord celles des journalistes de confession juive, qui alertent sur la nouvelle judéophobie qui découle de l'antisionisme/i ». Ou comment surenchérir dans la calomnie./p pa href="https://www.acrimed.org/Post-verite-et-fake-news-fausses-clartes-et"La « post-vérité » jadis décriée/a est aujourd'hui un registre banal du discours éditocratique. La preuve ? Le site d'un quotidien national publie une tribune dans laquelle pas un fait tangible n'apparaît, et dans laquelle les faits avérés tels que la falsification de Guillaume Erner n'apparaissent que comme des éléments de décor, qui n'entrent pas en compte dans le « raisonnement » exposé. Ainsi devisent certains « grands reporters » …/p p/brstrongPatrick Michel/strong avec strongJérémie Younes/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanNoémie Halioua, ex-rédactrice en chef d'i24 news, est a href="https://www.lefigaro.fr/auteur/noemie-halioua" class="spip_out" rel="external"une habituée du genre/a. Quant à Emmanuel Razavi, on le croise de plus en plus fréquemment a href="https://www.acrimed.org/Entrisme-iranien-l-actualite-ca-se-faconne"dans nos articles/a. L'association des « grands reporters », proche d'Atlantico, a été fondée, entre autres, par Benjamin Sire et Nora Bussigny./p /div/div
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Sur CNews, loyauté entière exigée

lun, 2026-07-13 13:26
div class='rss_chapo'pPascal Praud veille./p/div div class='rss_texte'pMaintien à l'antenne de Jean-Marc Morandini, limogeage d'Olivier Nora, tribune des professionnels du cinéma… Depuis plusieurs mois, les protestations contre la prédation et les pratiques du groupe Bolloré se multiplient. Y compris, parfois, depuis l'intérieurspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire « "On va se faire attraper par l'Arcom" : CNews laisse carte blanche au (…)" id="nh1"1/a]/span. Des positionnements inadmissibles sur CNews, qui enchaîne purges et mises au pas – exit Sonia Mabrouk, Élisabeth Lévy, Philippe Bilger ou encore Céline Pina (a href="https://www.liberation.fr/economie/medias/elisabeth-levy-philippe-bilger-celine-pina-sur-cnews-des-chroniqueurs-debranches-et-un-debut-de-malaise-20260517_QE4JYFEHT5ET5CZWHFNFNCSC6Y/" class="spip_out" rel="external"iLibération/i/a, 17/05). Sur son plateau, Pascal Praud n'hésite pas à mener l'inquisition. Illustration, en deux épisodes./p /br h3 class='article_intertitres'Scène 1 : « L'heure des pros 2 », CNews, 3 juin/h3/br div class='spip_document_16611 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cnews_03062026.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH278/cnews_03062026-9b465.png?1783941986' width='500' height='278' alt='' //a /figure /div p/brSarah Saldmann refuse de « imettre l'immigration à toutes les sauces/i » pour expliquer les a href="https://www.acrimed.org/Celebrations-post-victoire-du-PSG-CNews-l-usine-a"événements survenus après la victoire du PSG en Ligue des Champions/a et prend ses distances avec iFrontières/i : « iC'est sûr que je n'évolue pas au milieu de Frontières […]. Il n'y a pas que Frontières comme journal non plus !/i » Première remontrance de Pascal Praud : « iÉcoutez ça ne sert à rien parce que vous défendez une posture [...] vous venez ici pour faire un numéro !/i » Mais Sarah Saldmann persiste : « iCe n'est pas parce que je ne ressors pas la propagande de Frontières que je ne peux pas avoir un point de vue qui est le mien !/i » C'en est trop pour Pascal Praud : « iÇa fait 5 fois que vous citez Frontières, qui travaillent sur notre chaîne. Ça fait 5 fois. Vous pouvez le faire une 6e fois. Ça fait 5 fois... […] Je ne suis pas dupe de ce que vous faites, ça s'appelle une posture, et c'est pas bien, c'est pas bien pour la chaîne sur laquelle vous êtes ! […] Parce que ça suffit d'attaquer Frontières. Frontières, ils font le job./i »/p pEt ainsi de suite :/p blockquote class="spip" pstrong- Sarah Saldmann :/strong Mais pas du tout, c'est de la propagande d'extrême droite. Vous connaissez ce que je pense de iFrontières/i./p pstrong- Pascal Praud :/strong Non, non, non. Je récuse ce que vous dites. Parce que d'abord, c'est très grave ce que vous dites. Puisque vous nous accusez, nous, de faire de la propagande d'extrême droite.../p pstrong- Sarah Saldmann :/strong On n'est pas en plateau avec iFrontières/i, là./p pstrong- Yoann Usaï :/strong Moi, je travaille avec eux, je peux vous le dire !/p pstrong- Gilles-William Golnadel/strong [en fond] strong :/strong Et moi je suis leur avocat […] et j'en suis fier !/p pstrong- Pascal Praud :/strong Attendez, iFrontières/i, il faut vraiment défendre ce média…/p pstrong- Sarah Saldmann :/strong Non, je ne vais pas défendre ce média, non, non, non, je ne peux pas, je n'en suis pas capable…/p pstrong- Pascal Praud :/strong […] Moi, je travaille avec eux…/p pstrong- Sarah Saldmann :/strong On ne les reçoit jamais en plateau…/p pstrong- Pascal Praud :/strong Je travaille avec eux. Ils sont sur le terrain. […] Le travail qu'ils font est un travail journalistique, de témoignage./p pstrong- Sarah Saldmann :/strong C'est pas vrai. Vous ne pouvez pas dire des choses comme ça./p pstrong- Pascal Praud :/strong Je le dis parce que c'est vrai./p pstrong- Sarah Saldmann :/strong Mais c'est pas vrai./p pstrong- Pascal Praud :/strong Et on les écoute régulièrement…/p pstrong- Yoann Usaï/strong [en fond] strong :/strong Ils font un travail formidable…/p pstrong- Sarah Saldmann :/strong Mais vous ne pouvez pas dire qu'ils font un travail formidable !/p pstrong- Pascal Praud :/strong Et heureusement qu'ils sont là. Et heureusement qu'ils sont là pour montrer une réalité que personne ne veut montrer en France…/p pstrong- Sarah Saldmann :/strong Mais parce que ce n'est pas la réalité !/p pstrong- Pascal Praud :/strong Ah bon ? C'est pas la réalité ? […]. Mais on va marquer une pause […]. Et je défends Erik Tegnér et ses équipes./p /blockquote/br h3 class='article_intertitres'Scène 2 : « L'heure des pros », CNews, 29 juin/h3/br div class='spip_document_16610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cnews_29062026.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/cnews_29062026-89d78.png?1783941986' width='500' height='281' alt='' //a /figure /div p/brLe directeur de la rédaction de iValeurs actuelles/i, Tugdual Denis, est convié pour parler de son dernier ouvrage…/p blockquote class="spip" pstrong- Tugdual Denis :/strong Mais j'ai envie […] que la droite obtienne des prix littéraires, […] que la droite ait des réalisateurs, que la droite…/p pstrong- Pascal Praud :/strong … et des télévisions peut-être aussi ?/p pstrong- Tugdual Denis :/strong Ben, les télés je crois que c'est un peu fait là maintenant [désignant l'animateur]./p /blockquote pEt là… patatras !/p blockquote class="spip" pstrong- Pascal Praud :/strong Oui mais là, vous ne nous avez pas beaucoup défendus, je trouve […]./p pstrong- Tugdual Denis :/strong Oh, c'est pas vrai…/p pstrong- Pascal Praud :/strong Si ! […] non là, je me suis dit « Tugdual Denis, il n'est pas très courageux pour nous ». Vous ne montez pas beaucoup au créneau pour nous…/p pstrong- Tugdual Denis :/strong Ah oui ? Écoutez, je peux vous dire, regardez toute la promo que j'ai faite, j'ai fait un certain nombre de plateaux, on a parlé de Vincent Bolloré sur France Culture la semaine dernière, j'étais face à un prof de science politique de l'École polytechnique qui caricaturait à outrance la pensée de Vincent Bolloré, et je l'ai tout à fait défendu./p /blockquote pÉric Naulleau s'empresse de seconder Pascal Praud : « iTugdual, je suis allé tourner un clip pour soutenir Valeurs Actuelles. Il n'y a pas eu de geste aussi spectaculaire dans votre sens./i » Et l'incriminé tente de se dépatouiller : « iÉcoutez, les Unes que l'on a faites sur CNews ces dernières années, je pense que l'on en a fait 12. Je vous demande souvent des interviews [désignant Pascal Praud], là il y a une interview en cours avec Christine Kelly.../i » Ou encore : « iVous n'avez peut-être pas le temps mais regardez mes interventions sur BFM-TV, sur Franceinfo, sur France Culture, le dernier chapitre de mon livre... Je défends extrêmement ce que vous faites, enfin ce que vous faites tous globalement dans la famille du groupe Bolloré où j'ai de nombreux amis./i »/p pTant de zèle et si peu de reconnaissance !/p /br centerstrong***/strong/center p/brLes deux cas étudiés ici rappellent – si besoin était – la position centrale qu'occupe la « a href="https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/06/15/cnews-chaine-championne-des-sanctions-de-l-arcom_6703227_4355770.html" class="spip_out" rel="external"ichaîne championne des sanctions de l'Arcom/i/a » dans l'écosystème de l'extrême droite médiatique./p p/brstrongNils Solari/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLire « "On va se faire attraper par l'Arcom" : CNews laisse carte blanche au média d'extrême droite "Frontières" et crispe ses équipes », a href="https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/100626/va-se-faire-attraper-par-l-arcom-cnews-laisse-carte-blanche-au-media-d-extreme-droite-frontieres" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a, 10/06./p /div/div
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« Guillaume Erner ne doit plus être la voix de France Culture »

jeu, 2026-07-09 15:32
div class='rss_chapo'pNous reproduisons a href="https://www.snjcgt.fr/2026/07/08/marine-le-pen-montage-et-manipulation-le-jour-ou-radio-france-a-renie-ses-principes/" class="spip_out" rel="external"ce communiqué/a de la CGT Radio France./p/div div class='rss_texte'h3 class='article_intertitres'Marine Le Pen, montage et manipulation : le jour où Radio France a renié ses principes/h3 p/brDepuis l'interview de Marine Le Pen le mercredi 24 juin dans Les Matins de France Culture, et la diffusion d'une vidéo trompeuse de « LEON le média », un pure-player actif sur les réseaux sociaux, la colère des auditeur·ices, celle des équipes de France Culture et celle de la CGT Radio France ne faiblit pas. La réponse de la direction de Radio France semble bien éloignée de ses principes jusqu'ici exposés en matière de déontologie./p pCe jour-là, soit le producteur de la matinale Guillaume Erner savait qu'il s'agissait d'un montage fallacieux, et il a choisi délibérément de le diffuser contre l'avis explicite de son équipe et des journalistes, soit il n'a pas fait le travail minimum et élémentaire de vérification qui incombe à tout professionnel de l'information. Dans les deux cas, il s'agit d'une faute majeure qui entache la réputation de toutes les antennes de la radio de service public. Rappelons qu'en novembre 2023, la direction a mis en avant 8 grands « principes de l'information de Radio France », avec notamment le travail de vérification, la crédibilité des sources, la distinction entre opinions et faits, et l'indépendance pour « ne pas entamer la confiance du public », autant de principes incontournables bafoués par Guillaume Erner./p pComme l'a rappelé le SNJ-CGT Radio France, à la faute professionnelle, le producteur a ajouté la complaisance à l'égard du RN, parti d'extrême droite toujours pas purgé de ses racines antisémites, et participé à la diabolisation politico-médiatique de La France Insoumise. La CGT Radio France avait déjà dénoncé un précédent dangereux quand le même producteur avait osé un parallèle insoutenable entre les victimes de l'attentat de Charlie Hebdo et la mort de Charlie Kirk, l'influenceur américain d'extrême droite. La CGT Radio France s'inquiète d'une dérive éditoriale plus profonde. La veille de l'invitation de Marine Le Pen, lors d'un entretien avec l'historien et producteur sur France Culture Patrick Boucheron, ce dernier, malgré l'insistance de Guillaume Erner, a refusé d'instrumentaliser la mémoire et les écrits de Marc Bloch pour trancher un débat biaisé sur l'antisionisme. Depuis, Patrick Boucheron fait l'objet d'une campagne hostile et haineuse, alimentée par les réseaux sociaux./p pAprès tant de dérapages, l'avertissement adressé par la direction de Radio France à Guillaume Erner, ainsi que le retrait de son billet d'humeur, ne peuvent suffire. D'autres salariés de Radio France, bien connus des auditeur·ices, ont été directement licenciés ou privés de la reconduction de leur contrat suite à des cabales d'extrême droite. En vertu de ce dangereux précédent, suffira-t-il de s'excuser lors d'entretiens disciplinaires pour mériter et obtenir la clémence de la direction, ou celle-ci s'exerce-t-elle à géométrie variable ? La CGT Radio France soutient les personnels de France Culture dont l'éthique professionnelle est injustement remise en cause par la faute d'un seul homme. Elle interpelle la direction de Radio France sur son traitement partial de ces manquements graves, qui entame la confiance de tous·tes les salarié·ies de la radio publique et renie les principes déontologiques qui régissent nos antennes./p pNous ne voyons pas comment Guillaume Erner pourra encore présenter à la rentrée cette matinale dans des conditions satisfaisantes et sereines, à l'aube de campagnes pour les élections présidentielle et législatives qui seront traversées par des questions politiques cruciales, et qu'il sera impossible de ne pas évoquer. Le présentateur d'une matinale radio incarne la voix de son antenne. Guillaume Erner ne doit, ne peut plus être la voix de France Culture./p p/brstrongParis, le 8 juillet 2026./strong/p/div
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Entre deux canicules, les médias promeuvent les super-pollueurs

jeu, 2026-07-09 09:10
div class='rss_chapo'p« iGéant français des mers/i », « isymbole de la puissance maritime française/i », « ifleuron d'une nouvelle génération de porte-conteneurs géants/i », « iplus moderne que jamais/i », « ipionnier du transport maritime écologique/i »… Entre deux canicules, les grands médias n'ont pas manqué de s'esbaudir devant le nouveau porte-conteneurs de la multinationale CMA CGM, détenue par le super-pollueur Rodolphe Saadé, industriel milliardaire également propriétaire de médias. L'écologie ? Exit./p/div div class='rss_texte'p« iC'est l'attraction depuis le début de la semaine dans le port du Havre/i, s'emballe la présentatrice Élise Denjean à l'antenne de RMC (02/07). iDes curieux viennent apercevoir un des plus gros porte-conteneurs du monde !/i » « iIl appartient à la compagnie CMA CGM, également propriétaire de la radio RMC/i », rebondit succinctement son confrère Quentin Vinet, avant d'introduire un sujet apologique illustré par des images directement fournies… par la CMA CGM. Au même moment sur BFM-TV (02/07), on entend aussi parler de « ice nouveau navire de la compagnie CMA CGM, propriétaire de BFM-TV/i » : la présentatrice Pascale de la Tour du Pin annonce un reportage « embedded » sur le porte-conteneurs, qui, précise-t-elle, « ifonctionne au gaz naturel/i » – un « itransport moins polluant/i », soutient le « reporter ». « iLe premier d'une série de dix navires géants/i », lit-on encore sur le post de Brut (Instagram, 02/07), à l'origine d'une vidéo que ne renierait pas le service comm' de la multinationale : « iGrâce à ces nouvelles capacités, CMA CGM, propriétaire de Brut, espère se hisser au deuxième rang des armateurs mondiaux d'ici 2027./i »/p pLe lendemain (03/07), c'est sur le site de iLa Tribune/i que le gros bateau de Rodolphe Saadé, « il'armateur marseillais (propriétaire de la Tribune)/i », est mis à l'honneur. Supposément en reportage au port du Havre, le journaliste assure le SAV commercial du groupe, activité dont témoigne le panel des interlocuteurs cités : Rodolphe Saadé lui-même ; Emmanuel Delran, directeur des opérations du groupe CMA CGM ; « iles dirigeants de CMA CGM/i » ; « iune porte-parole du groupe/i » ; sans oublier Philippe Tabarot, le ministre des Transports. « Avec le CMA-CGM Notre-Dame, la souveraineté française prend le large », proclame le titre de iLa Tribune/i, où le journalisme, quant à lui, fait naufrage. Quelques jours plus tôt, l'hebdomadaire iLa Tribune dimanche/i (28/06) saluait déjà « ile Notre-Dame de CMA CGM (propriétaire de La Tribune Dimanche)/i » dans sa rubrique « Good News » – un « iporte-conteneurs d'exception/i » –, seulement quelques pages après un éditorial grandiloquent de Bruno Jeudy, appelant à ce que la « iprise de conscience/i » quant au changement climatique « idébouche sur des actes/i » : « iLa maison brûle davantage encore/i, désespère l'éditorialiste. iEt nous continuons trop souvent de regarder ailleurs./i » En direction des gros bateaux, par exemple ?/p pAu terme d'une semaine caniculaire en effet, le déni dont s'offusque Bruno Jeudy inclut-il la promotion du deuxième milliardaire français présentant la plus grande empreinte carbone financièrespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Oxfam et Greenpeace, « Les milliardaires français font flamber la planète et (…)" id="nh1"1/a]/span, patron de la troisième entreprise mondiale de transport maritime, un secteur aujourd'hui responsable d'environ 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre selon l'Ademe, c'est-à-dire, « ià l'échelle planétaire, […] l'équivalent d'un grand pays industrialisé comme l'Allemagne ou le Japon/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Ademe, « Décarboner le maritime : une opportunité industrielle », mars 2026." id="nh2"2/a]/span ?/p /br div class='spip_document_16607 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cma1.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH348/cma1-3a959.png?1783581162' width='500' height='348' alt='' //a /figure /div p/brEt ce d'autant que les médias précédemment cités (RMC, BFM-TV, Brut, iLa Tribune/i et iLa Tribune dimanche/i) présentent la particularité, on l'aura compris, d'appartenir à Rodolphe Saadé lui-même. Est-ce à dire que ce rapport de propriété garantit, au sein des médias en question, l'absence de toute critique substantielle du gigantisme industriel et l'invisibilisation des ravages écologiques provoqués par l'un des plus grands armateurs mondiaux ? Assurément oui. Ce rapport de propriété constitue-t-il un élément suffisant – voire en lui-même probant – pour expliquer une telle promotion médiatique du dernier porte-conteneurs maison CMA CGM ? Deux fois non. La preuve ? Bien d'autres médias ont fait pareil… si ce n'est pire./p /br h3 class='article_intertitres'Économie partout, écologie nulle part/h3 p/brLa couverture du « Notre-Dame » et de son inauguration, le 2 juillet, est en effet sensiblement identique d'un grand média à un autre, que ces derniers soient ou non possédés par Rodolphe Saadé, sous la coupe d'un autre capitaliste… ou de service public. Des dépêches AFP aux contenus produits par les journaux télévisés, les radios ou la presse écrite, les mêmes biais sont à l'œuvre : prime aux indicateurs économiques, détails logistiques, descriptions fascinées ou platement techniques du navire, aux dépens de toute réflexion et mise en perspective écologiques. Aucun des contenus observés ne mentionne par exemple la part du fret maritime – et encore moins celle de CMA CGM ou de Rodolphe Saadé, en particulier – dans le réchauffement climatique. Les journalistes s'interrogent encore moins sur l'impact écologique de la fabrication même de ce type d'engins aux proportions gargantuesques, le « Notre-Dame » étant capable de soutenir une charge de près de 300 000 tonnes en chargeant à son bord jusqu'à 24 000 conteneurs, c'est-à-dire l'équivalent de 600 trains de fret…/p pLe cas du iFigaro/i est frappant. a href="https://www.lefigaro.fr/societes/plus-grands-plus-propres-plus-performants-en-chine-notre-visite-du-chantier-demesure-ou-naissent-les-nouveaux-geants-des-mers-francais-20260627" class="spip_out" rel="external"Le 27 juin/a, si le quotidien produit un long reportage (à bien des égards informatif) sur le chantier naval chinois où sont construits les porte-conteneurs de CMA CGM, il passe à côté de la problématique écologique. Pire : ces navires sont qualifiés dès le titre de « iplus propres/i ». On lit en effet que le carburant principal utilisé pour les propulser, le gaz naturel liquéfié (GNL), « ia permis de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre/i » : « iPour le groupe, [cette énergie] est surtout considéré[e] comme une étape de transition vers une plus grande décarbonation du transport maritime, en attendant que les carburants zéro émission […] soient disponibles en volumes suffisants et à "coûts compétitifs"./i » C'est tout ? C'est tout. Le GNL est également présenté comme un « ilevier de décarbonation et d'innovation/i » dans iLes Échos/i (02/07), en pâmoison devant les prouesses technologiques de « ila nouvelle cathédrale des mers de CMA CGM/i »./p pPourtant, comme l'indiquait déjà a href="https://reporterre.net/L-Europe-se-rue-vers-le-gaz-naturel-liquefie-au-mepris-du-climat" class="spip_out" rel="external"Reporterre/a en mai 2022, le GNL, qui demeure un carburant fossile, est certes moins polluant que le fioul lourd et « iémet autant de gaz à effet de serre que du gaz "classique"/i », « imais si l'on prend en compte l'ensemble de sa chaîne de valeur, il s'avère encore plus néfaste pour le climat/i ». Des analyses étayées par de nombreuses ONGspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="De la coalition d'ONG « Transport Environnement » à la campagne (…)" id="nh3"3/a]/span, ainsi que par plusieurs experts auditionnés lors de la commission d'enquête sénatoriale de 2024 sur les obligations de TotalEnergiesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir par exemple les auditions de Valérie Masson-Delmotte, climatologue et (…)" id="nh4"4/a]/span, tandis qu'en 2023 a href="https://lesjours.fr/obsessions/cma-cgm-marine-marchande/ep4-gnl/" class="spip_out" rel="external"Les Jours/a enquêtaient sur la promotion de longue date du GNL par la CMA CGM : « ison étendard vert/i »./p pCela dit, iLe Figaro/i et iLes Échos/i sont loin d'être les seuls médias à faire l'impasse sur ces informations. Dépendance à la communication commerciale, renforcée par des visites de presse « exclusives » à bord du porte-conteneurs sous l'égide de CMA CGM ; travail journalistique ilow cost/i ; inconséquence politique des chefferies éditoriales ; absence de transversalité de la thématique écologique au sein des rédactions ; « cocorico économique » ordinaire des productions médiatiques, où « l'évidence » ia priori/i du capitalisme mondialisé n'est jamais remise en cause… Mis bout à bout, ces différents éléments expliquent en grande partie la pauvreté générale de l'information. Et que ce soit l'intention ou non des médias ne change rien à l'affaire : les productions journalistiques se font ide facto/i les relais du plan comm' de CMA CGM, igreenwashing/i inclus./p /br h3 class='article_intertitres'De la « iprise de conscience/i »… à la célébration des super-pollueurs/h3 p/brIl y a d'abord celles où l'approche écologique est tout simplement introuvable. Passée la canicule, iLa Croix/i eut beau parler de « ichoc de conscience/i » à sa Une (29/06), ça ne l'a pas empêché de traiter de l'inauguration du « Notre-Dame » sous un prisme religieux trois jours plus tard – « CMA CGM confie son plus gros porte-conteneurs à la Providence » (02/07) –, le quotidien allant jusqu'à dévoiler en avant-première un extrait de la prière catholique du père Guy Pasquier, présent « ipour placer le navire sous protection divine/i ». Même aveuglement au iParisien/i, qui fantasma « iune prise de conscience/i » écologiste collective à sa Une le 29 juin… avant de s'enthousiasmer le 2 juillet devant « ice porte-conteneurs géant [qui] bat tous les records/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Le titre de l'article paru dans l'édition Aujourd'hui en France (02/07). Le (…)" id="nh5"5/a]/span./p pOn ne trouve dans ces deux articles aucune occurrence des termes « écologie » / « écologique » / « carbone » / « décarbonation », également absents de la couverture du iMonde/i, où le bilan n'est pas plus glorieux. La rédaction a beau être dotée d'un solide pôle « Écologie », celui-ci ne se charge pas de la couverture du « Notre-Dame » : c'est dans la rubrique « Économie » (chapitre « Transports ») que paraît l'article sur le site du quotidien (02/07), dont une version raccourcie sera ensuite publiée dans le journal papier (04/07), section « Économie Entreprise », quelques pages après les sujets « Environnement » consacrés ce jour-là au désarroi des élus locaux face aux canicules et aux incendies prématurés… Bilan des courses ? Les préoccupations écologiques sont reléguées aux oubliettes, au profit de considérants économiques mis en avant par des interlocuteurs triés sur le volet, célébrant tantôt « ile choix du personnel français/i » – « iSyndicalement, le Notre-Dame, c'est ce qu'on veut voir/i », soutient le syndicat de cadres CFE-CGC –, tantôt « ile choix de la France [et] le choix de ses marins/i », selon les termes de Rodolphe Saadé lui-même. En guise de pluralisme, iLe Monde/i laisse le mot de la fin au directeur de l'École nationale supérieure maritime, lequel tient à souligner que « iCMA CGM aurait pu faire un pari très différent, mais a choisi de soutenir cette filière française. C'est une très grande fierté/i ». Circulez./p /br h3 class='article_intertitres'L'information au rabais/h3 p/brDans d'autres rédactions, si les problématiques écologiques ne sont pas totalement invisibilisées, l'espace qui leur est alloué est réduit à peau de chagrin. Après avoir repris les éléments de langage de CMA CGM présentant le GNL comme « iune solution moins polluante/i », l'AFP (27/06) indique entre deux virgules que ce carburant « iest le plus souvent issu de ressources fossiles/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Le 2 juillet, l'AFP consacre une deuxième dépêche à ce « fleuron d'une (…)" id="nh6"6/a]/span. Peut-on parler d'« information » ?/p pSur France Inter (02/07), partie prenante du dispositif « embedded » mis en place le jour de l'inauguration, la rédaction diffuse un sujet « Sur le terrain » pour le moins compressé – deux minutes, ce que la radio publique appelle « iun reportage long/i » –, dans lequel la narration est majoritairement prise en charge par la multinationale (commandant et second-mécanicien du navire, vice-président du groupe CMA CGM). Plus qu'une dépendance aux sources, l'effacement du journalisme produit inévitablement un dépliant publicitaire : il est ainsi question de « icombustion beaucoup plus propre/i », de « ibénéfices pour l'environnement/i » et même d'un « icoup d'accélérateur sur la décarbonation/i ». La contradiction arrive en queue de comète : « iCe n'est pas une solution de décarbonation, répond l'ONG Transport Environnement, qui rappelle que le GNL reste un gaz fossile./i » Huit secondes : le temps de l'information sur France Inter. Et dire que a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/france-inter-sur-le-terrain/rep-fi-sur-le-terrain-du-jeudi-02-juillet-2026-4047116" class="spip_out" rel="external"sur le site de la radio/a, le chapô du reportage annonçait que si « ile mastodonte se veut moins nocif pour l'environnement, [il] peine à convaincre les associations écologistes/i ». Associations que l'on n'entendra même pas : un cadrage pour le moins survendu au vu du résultat final./p pMêmes écueils dans les journaux télévisés de France 2 et TF1. Au « 13h » de la télé publique (02/07), le reportage parle à juste titre d'une « icourse au gigantisme/i », mais l'expression n'ouvre nullement la voie à la critique écologique. Au contraire : cette course « ipermet aux armateurs de répondre au développement rapide du commerce entre l'Asie et l'Europe/i », explique le journaliste… Tout juste apprend-on que le GNL « iest composé de méthane, 80 fois plus polluant que le CO2 quand il s'échappe dans l'atmosphère/i ». Basta. L'inconséquence éditoriale frôle également des sommets au « 20h » de TF1 (28/06), où dès l'annonce des titres, Anne-Claire Coudray introduit des sujets liés à « ila semaine la plus chaude enregistrée/i »… avant de promettre un reportage « embedded » « ià bord [du] monstre des mers/i ». « iEt preuve que la technologie permet de voir grand/i, s'exclame plus tard la présentatrice, ice porte-conteneurs, l'un des plus imposants du monde, […] fonctionne au gaz naturel !/i » Vient alors un reportage de six minutes s'ouvrant sur une vue aérienne de l'« iogre d'acier/i » – « iDe là-haut, le géant, allongé sur son étendue bleue, semble presque endormi/i » –, où l'écologie devra encore se contenter de la portion congrue : « iQui dit gros moteur dit forcément grosse empreinte carbone/i », concède le reporter, avant de qualifier le fonctionnement au GNL d'« iencourageant/i » , tout en rappelant que « ide par la distance et le volume transportés, la marine marchande reste un secteur très polluant/i ». Fin de l'histoire./p /br div class='spip_document_16606 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cma2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH222/cma2-cd731.png?1783581163' width='500' height='222' alt='' //a /figure /div/br h3 class='article_intertitres'Des logiques exacerbées dans la PQR/h3 p/brOn retrouve les mêmes mécanismes (en pire) dans la presse locale. Du côté de iParis Normandie/i notamment, où la direction a mis les bouchées doubles. En une semaine, le journal a publié pas moins de dix contenus sur le porte-conteneurs CMA CGM. Mais comme le laissaient présager leurs titres, aucun ne parlera d'écologie./p /br div class='spip_document_16604 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cma_pn.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH241/cma_pn-38745.png?1783522396' width='500' height='241' alt='' //a /figure /div p/brD'interviews tapis-rouge en publicités déguiséesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="C'est le cas du contenu « Le géant des mers à travers votre objectif » par (…)" id="nh7"7/a]/span, le journalisme se dissout entièrement dans la communication d'entreprise. Mention spéciale à cet article intitulé « "Notre Dame" ouvre une nouvelle voie pour le transport maritime vert », dont le web propose un titre encore plus cavalier : « "Nous basculons du fossile à un carburant vertueux" : Notre Dame, pionnier du transport maritime écologique" » (30/06). Le « ivice-président du Bunkering Energy Transition chez CMA CGM/i » (sic) étant la seule et unique source du journaliste, il n'est pas abusif de parler de « co-écriture » : l'impact environnemental des porte-conteneurs est dit « iamoindri et vertueux/i », là où le GNL est célébré en tant que… « icarburant de l'avenir/i »./p /br div class='spip_document_16605 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cma3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH258/cma3-d7fef.png?1783581163' width='500' height='258' alt='' //a /figure /div p/brJournalisme et écologie sont aux abonnés absents à iOuest-France/i, également, qui publie certes deux fois moins de contenus que iParis Normandie/i à la même période (cinq entre le 27 juin et le 3 juillet), mais peut en tout état de cause s'enorgueillir d'une interview qui restera dans les annales du « contre-pouvoir », chapitre a href="https://www.acrimed.org/L-entretien-audiovisuel-information-ou-spectacle"« Badinages médiatiques avec les puissants »/a :/p /br div class='spip_document_16603 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH148/cma_of-6d761.png?1783581163' width='500' height='148' alt='' / /figure /div p/br« iBourreau de travail, ascète et secret, le milliardaire fuit la notoriété/i, prévient d'emblée le quotidien régional. iMais pour ce baptême exceptionnel, Rodolphe Saadé a accepté de se livrer comme rarement dans une interview, accordée […] à Ouest-France et à sa filiale spécialisée dans l'économie maritime, Le marin./i » Et qu'on se le dise : là où le « isi discret patron a accepté d'aborder toutes les facettes de son groupe tentaculaire/i », les intervieweurs ont laissé toutes les facettes du journalisme au vestiaire. Dans cette interview de 2 582 mots, le terme « écologie » n'apparaît pas une seule fois. La thématique passe totalement sous les radars des journalistes, qui eurent en revanche toute latitude pour faire valoir des questionnements autrement plus incisifs. Florilège non exhaustif :/p blockquote class="spip" p- Pourquoi avez-vous choisi comme marraine Delphine Arnault ?/p p- Pourquoi baptisez-vous le iCMA CGM Notre-Dame/i au Havre et pas dans votre ville de Marseille ?/p p- Comment choisissez-vous le nom de vos navires ?/p p- Votre groupe a affiché au premier trimestre de meilleurs résultats que ses concurrents. Quand allez-vous devenir n°2 mondial ?/p p- Comment voyez-vous l'avenir du Liban ?/p p- L'Iran représente-t-il un marché d'avenir ?/p p- Qu'attendez-vous de vos médias ?/p p- Vous en demandez davantage [de stabilité, NDLR]. Édouard Philippe, ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron et maire du premier port français, Le Havre, l'incarne-t-elle ?/p p- Il existe un débat au sein du patronat : faut-il parler avec les extrêmes ? Qu'en pensez-vous ?/p p- Pourquoi avoir donné le nom de CMA CGM au stade Océane du Havre ?/p /blockquote pRideau./p pAu terme d'une semaine ponctuée par la publication de contenus à caractère quasi-publicitaire, on pouvait lire dans iOuest-France/i que « ila mer est aujourd'hui confrontée à un défi majeur : celui du changement climatique/i » (02/07). Sursaut de dernière minute ? Voyons plutôt : « iAlors que la CMA-CGM baptise aujourd'hui le plus gros porte-conteneurs français, la présidente du Cluster maritime, Nathalie Mercier-Perrin, rappelle les enjeux majeurs de l'innovation et de la formation pour ce secteur clé de l'économie du pays dans le contexte du changement climatique./i » Résumons : la seule et unique fois où le quotidien iOuest-France/i fait mine de traiter le gigantisme industriel au prisme de la question écologique, il confie l'exercice à la directrice d'une plateforme de lobbying qui défend les intérêts économiques de la filière maritime auprès des décideurs publics. Résultat ? Le « Notre-Dame » de la CMA CGM démontre qu'« iil est possible de concilier échanges mondiaux, compétitivité économique et réduction de l'impact environnemental/i ». En d'autres termes : « iinnover pour naviguer, décarboner pour durer/i ». Et le journalisme se fracassa sur un slogan./p /br centerstrong***/strong/center p/brDans son éditorial de iLa Tribune dimanche/i (28/06), Bruno Jeudy se réjouissait du fait que « iles climatosceptiques ont quasiment disparu du débat public/i » : « iMédias et journalistes ouvertement climatosceptiques sont contraints de la mettre en sourdine. C'est un progrès./i » Sauf que rien n'est moins sûr… iA fortiori/i si l'on prend la peine de ne pas réduire le phénomène au a href="https://www.telerama.fr/television/sur-cnews-la-vague-de-chaleur-ne-peut-rivaliser-avec-la-submersion-migratoire-7031358.php" class="spip_out" rel="external"climato-négationnisme de CNews/a et d'autres a href="https://www.acrimed.org/Dans-les-medias-d-extreme-droite-une-croisade"médias d'extrême droite/a. Sans doute la désinformation scientifique s'incarne-t-elle tout autant – si ce n'est plus – dans les opérations massives de igreenwashing/i comme celle-ci. Opérations auxquelles se livrent (consciemment ou non) les grands médias, incapables de se départir du ronron capitaliste qui conditionne toutes les productions consacrées à « l'économie », « thématique » que les chefferies éditoriales persistent à soustraire à la question écologique./p p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanOxfam et Greenpeace, « Les milliardaires français font flamber la planète et l'État regarde ailleurs », a href="https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2022/02/rapport_milliardaires_carbone220222.pdf" class="spip_out" rel="external"février 2022/a./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanAdeme, « Décarboner le maritime : une opportunité industrielle », a href="https://infos.ademe.fr/mobilite-transports/2026/decarboner-le-maritime-une-opportunite-industrielle/" class="spip_out" rel="external"mars 2026/a./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanDe la coalition d'ONG a href="https://www.transportenvironment.org/te-france/articles/limpact-climatique-des-importations-de-gnl-en-europe-est-largement-sous-estime" class="spip_out" rel="external"« Transport Environnement »/a à la campagne mondiale de lutte pour la décarbonation du transport maritime a href="https://saynotolng.org/fr/" class="spip_out" rel="external"« Say no to LNG »/a./p /divdiv id="nb4" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanVoir par exemple les auditions de Valérie Masson-Delmotte, climatologue et co-présidente du Giec (a href="https://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20240129/ce_total.html#toc2" class="spip_out" rel="external"29/01/2024/a) et de Lou Welgryn (analyste au sein du cabinet Carbon4Finance et co-présidente de l'association Data For Good (a href="https://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20240205/ce_total.html#toc4" class="spip_out" rel="external"08/02/2024/a)./p /divdiv id="nb5" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanLe titre de l'article paru dans l'édition iAujourd'hui en France/i (02/07). Le même article paraît sur le site du iParisien/i (02/07) sous un titre différent : « "C'est le plus grand porte-conteneurs à battre pavillon français" : construit en Chine, ce géant des mers va être inauguré au Havre »./p /divdiv id="nb6" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanLe 2 juillet, l'AFP consacre une deuxième dépêche à ce « ifleuron d'une nouvelle génération de porte-conteneurs géants/i » : pas un mot sur l'écologie./p /divdiv id="nb7" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanC'est le cas du contenu « Le géant des mers à travers votre objectif » par exemple, dans lequel iParis Normandie/i relaie une opération comm' de CMA CGM : un « iconcours photo/i », où, moyennant récompense (assister à l'inauguration), les participants sont priés de poster des clichés du porte-conteneurs sur Instagram, d'« iidentifier le compte Instagram de CMA CGM/i » et d'« iajouter le hashtag #CMACGMNotreDameAuHavre/i ». Bref : un travail (gratuit) de communicant qui ne dit pas son nom, assuré à la fois par les photographe amateurs… et par iParis Normandie/i./p /div/div
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« Successions 2027 » (France 2) : un safari politique dépolitisé

mar, 2026-07-07 07:46
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/successions-cc49b.png?1783413049' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" / div class='rss_chapo'pIl y a des émissions qui prétendent réconcilier les citoyens avec la politique. Et qui, pour y parvenir, commencent par retirer à la politique tout ce qui la rend compréhensible : les conflits, les rapports de force, les idéologies, les intérêts sociaux, les contradictions. « Successions 2027 », diffusée en deux épisodes sur France 2 le 14 juin dans « 13h15, le dimanche » – donc en pleine tranche info –, appartient à cette catégorie. Sous couvert de (re)mettre les responsables politiques « au contact des Français », l'émission ressemble surtout à une vaste opération de désarmement intellectuel et symbolique : la présidentielle 2027 n'y apparaît plus comme un affrontement entre visions du monde, projets et programmes, mais comme un diaporama de rencontres humaines, de poignées de main, de regards et de sourires, d'où toute dimension proprement « politique » est soigneusement tenue à distance./p/div div class='rss_texte'h3 class='article_intertitres'Un « casting » présidentiel avant la présidentielle/h3 p/brFrance 2 nous propose de suivre une dizaine de personnalités politiques liées, de près ou de loin, à l'élection présidentielle de 2027, qui seront plongées pour l'occasion dans un ersatz de vie sociale ordinaire. Le titre évoque un soap-opéra, et le a href="https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/77384146" class="spip_out" rel="external"communiqué de presse/a de l'émission donne un avant-goût du spectacle : « i10 politiques au contact des Français/i », un « icasting inédit/i », des rencontres dans des « ilieux inattendus/i », des discussions « isans intermédiaire/i », « iles yeux dans les yeux/i ». Marine Le Pen (RN), Édouard Philippe (Horizons), Gabriel Attal (Renaissance), Marine Tondelier (Les Écologistes), Raphaël Glucksmann (Place publique), François Hollande (PS), Bruno Retailleau (LR), François Ruffin (Debout), Manuel Bompard (LFI), Sarah Knafo (Reconquête) : voici les personnages principaux d'une saison électorale dont France Télévisions tente de rédiger la dramaturgie./p pDe fait, c'est un « show », comme le montre le lexique promotionnel de l'émission. Cette idée de « casting », d'abord, pour évaluer les personnalités de responsables politiques au cours de séquences scénarisées ; les « lieux inattendus », évoquant une simple PME comme un décor insolite ; les « nuances et sourires », indiquant que les conflits et les clivages ne sauraient troubler l'épiphanie de la rencontre./p pL'émission a d'ailleurs choisi de placer Édouard Philippe en exergue, dans la partie générique, lui octroyant une forme de préemption éditoriale : assis à une table, l'ancien Premier ministre sermonne : « iUne campagne, c'est bien saisir l'intimité du pays./i » Voilà la clé du programme. « Successions » cherche bien une intimité : celle des intérieurs, des trajets, des petits objets, des prénoms, des maladresses, des rires et des confidences. Mais cette intimité vaguement voyeuriste se substitue à la politique. Elle ne révèle pas les structures ; elle les évapore./p /br h3 class='article_intertitres'Un safari politique/h3 p/brPour susciter l'intérêt du téléspectateur, France 2 entreprend d'emmener ses protagonistes dans des lieux qui laissent entrevoir, sur le papier, une tension entre l'appartenance partisane de la personnalité politique et le public rencontré : Manuel Bompard dans l'usine d'un patron de PME, François Hollande dans une entreprise de lingerie en redressement judiciaire, Bruno Retailleau dans une fonderie autogérée, François Ruffin au Puy du Fou, Sarah Knafo dans l'école de formation de Thierry Marx (où se trouvent des étrangers), Raphaël Glucksmann dans les quartiers nord de Marseille, Édouard Philippe dans un village de l'Armée du salut au Havre, Marine Tondelier dans l'exploitation productiviste d'un céréalier adhérent à la FNSEA, et Gabriel Attal dans un foyer protestant pour seniors./p pL'occasion d'explorer les contradictions entre des situations sociales réelles et des programmes politiques, en laissant apparaître à l'écran divers points de friction ? Pas vraiment. Si chaque lieu est choisi pour produire un antagonisme attendu – écologie contre agriculture industrielle, gauche institutionnelle face aux quartiers populaires, droite gestionnaire confrontée à la précarité –, l'émission ramène presque toujours ces scènes vers la proximité : le tutoiement, la blague, les formules de politesse. La contradiction sociale ou politique attendue est aussitôt oubliée, chassée par les priorités éditoriales de l'émission : « l'intimité » de la rencontre – avec une science indéniable de la mise en situation : François Ruffin dans un manège, chambrière en main ; Marine Tondelier à genoux, occupée à arracher quelques mauvaises herbes ; Bruno Retailleau maniant une grosse louche de coulée, souffle court ; Glucksmann jouant à la passe à dix avec des jeunes ; Bompard pédalant sur une nationale, un casque vissé sur la tête./p pCet effacement est d'autant plus facile que les responsables politiques sont souvent présentés comme des visiteurs presque ordinaires, en général mal identifiés par celles et ceux qu'ils rencontrent :/p blockquote class="spip" p- Je m'appelle Sarah Knafo et je suis députée européenne./p p- Oh, une députée !/p p- Je ne fais pas ça depuis longtemps, je viens de commencer./p /blockquote pSi la scène semble anodine, elle en dit long sur le dispositif : la fonction, le bilan, l'appartenance partisane ou le programme passent au second plan derrière la scène de contact. On ne voit plus un ancien Premier ministre, un président de groupe parlementaire ou une dirigeante de parti, mais quelqu'un qui arrive, serre la pince, plaisante, écoute, s'étonne, compatit, admire : « iC'est hyper dur ce geste/i » ; « iJ'apprends/i » ; « iEst-ce que vous vous êtes déjà brûlé ? Oui hein, il faut protéger les yeux surtout/i » ; « iÇa me fascine, moi je suis plutôt littéraire/i », etc./p pLa séquence consacrée à Édouard Philippe à l'Armée du salut condense cette logique. Un lieu socialement lourd – où pourrait surgir la question du logement, de la précarité, des politiques publiques, du bilan gouvernemental ou municipal – est converti en décorum d'humanité : accolades, visite attendrie, petit père Noël, doudou, tomates, trémolo sur « c'est beau ce qui se passe ici ». Quand la responsable du site commence pourtant à formuler une demande matérielle – « iNous avons dix chalets, et il nous en faudrait dix supplémentaires…/i » –, l'ancien Premier ministre la coupe net, sur le registre de la plaisanterie : « iVous nous en mettrez dix supplémentaires pour octobre !/i » Fin de la « discussion ». La doléance existe, mais le montage n'en fait qu'une réplique./p pQuant à Bruno Retailleau, il commence son expédition par une longue extase patrimoniale sur les briques d'Albi : « iC'est fantastique, qu'est-ce que c'est beau, toute cette brique/i » ; « iC'est extraordinaire, et c'est doux/i » ; « iAvec le soleil du matin, c'est rosé/i ». Le lieu de travail – la fonderie Gillet – disparaît derrière la carte postale./p /br h3 class='article_intertitres'Des Français « de tous les jours »/h3 p/brQuant aux personnes rencontrées, présentées comme des incarnations « concrètes » du réel – ouvriers et ouvrières, jeunes de Marseille, intermittents du spectacle, retraités, précaires, étrangers –, l'émission leur donne peu la parole. La plupart du temps, celle-ci est d'ailleurs prise en charge par un directeur, un responsable de site, un chef d'entreprise ou un intermédiaire afin d'assurer une transmission conciliante entre les classes populaires et la classe politique en balade. Les tensions potentielles sont ainsi largement édulcorées, filtrées par l'habitus mondain de celles et ceux qui dirigent, administrent ou encadrent./p pL'émission ne fait donc pas disparaître les « Français » – au contraire, elle les surexpose : visages en gros plan, sourires prolongés, intérieurs visités, objets personnels, anecdotes biographiques. Mais cette présence, intimiste, évacue les rapports de classe, de travail, de propriété, de dépendance ou de domination dans lesquels ils sont pris. « Les Français » ne valent ici que comme supports d'ambiance, chargés d'attester que le responsable politique est bien allé « au contact »./p pDe fait, on en apprend très peu sur leurs trajectoires individuelles, leurs conditions matérielles d'existence, leurs préférences partisanes ou les enjeux existentiels qui traversent leurs préoccupations du moment. Quand une brèche s'ouvre, elle se referme presque aussitôt. Un retraité explique qu'il ne gagne que 900 euros par mois ? La séquence ne lui donne ni le temps ni les moyens de contrecarrer la langue de bois professionnelle que lui oppose Gabriel Attal. Un jeune de Marseille confie à Raphaël Glucksmann qu'il préfère Mélenchon ? Il disparaît aussitôt dans le flux, comme un incident mineur de la déambulation. Ils ne sont jamais constitués en sujets politiques./p pDans les lieux de travail, cette logique est particulièrement frappante. L'émission ne montre que le fonctionnement générique de la production : un geste technique, une machine, un savoir-faire, une démonstration. On fabrique, on coule, on désherbe, on apprend. Le travail n'apparaît presque jamais comme rapport social conflictuel, que ce soit sur les salaires ou les conditions de travail. L'empirisme naïf déployé par France 2 débranche les protagonistes du monde social, pour les prendre comme figurants dans sa série au « casting inédit »./p /br h3 class='article_intertitres'Le réel en miettes/h3 p/brCette réduction du réel ne tient pas seulement au choix des lieux ou des interlocuteurs. Elle est également produite par la forme même de l'émission, qui fragmente chaque scène à l'excès, au point d'empêcher toute continuité argumentative (alors même que chaque candidat dispose d'un temps extrêmement comprimé : moins de neuf minutes en moyenne). « Successions » ne raconte pas vraiment des rencontres ; elle juxtapose des éclats d'interactions et mime « l'intimité recherchée » par des plans (très) rapprochés sur le visage des candidats, notamment au moment de l'inévitable séquence (faussement) backstage en train ou en voiture. Dès lors, la vie « politique » apparaît comme une succession de bribes sans conséquences, jamais comme une chaîne de causalité, de choix ou de responsabilités./p pLe montage fabrique ainsi une fausse nervosité. Il donne l'impression d'un pays sillonné, d'une campagne en mouvement, d'une société saisie sur le vif. Mais cette mobilité permanente interdit au débat de s'installer. À peine une objection apparaît-elle qu'elle est recouverte par une plaisanterie, un plan de coupe, un changement de lieu ou le retour à un autre personnage du « casting ». Un plan ne dure jamais plus d'une poignée de secondes, les images sont filmées caméra à l'épaule. La séquence ne développe pas : elle papillonne./p pDans une séquence exemplaire, l'émission passe ainsi sans cesse de Hollande à Retailleau, chacun en visite dans une PME, dans une sorte de ping-pong effréné : Hollande descend de voiture avec la directrice, on entre dans l'atelier, elle commence à expliquer que l'entreprise fait « itout sur place/i », « ide la conception à la commercialisation/i ». Mais déjà, on zappe sur Retailleau qui observe des « crochets » et un moule en impression 3D. Retour illico chez Hollande : « iBonjouuuur. Alors, quelle partie c'est, ça ?/i » On mentionne les bonnets de soutien-gorge. Retour chez Retailleau : « iAh, c'est manuel quand même/i », s'étonne-t-il, avant de siffler. Nouvelle coupe : Hollande devant une machine à coudre, puis Retailleau demandant à un fondeur s'il s'est déjà brûlé, puis Hollande interrogeant une couturière, puis Retailleau maniant un outil, puis Hollande – et ainsi de suite./p pDe cette lessiveuse ne peuvent ressortir que des généralités confondantes, interchangeables, en guise de parole politique. Bruno Retailleau parle de « iprivilégier le travail/i », François Hollande explique que le thème de 2027 sera « il'unité/i », Marine Le Pen disserte sur les « iqualités humaines/i » qui auraient manqué aux autres dirigeants, Gabriel Attal promet de « irassembler les générations/i ». Mis bout à bout, ces fragments semblent parfois composer une conversation. Mais en réalité, personne ne se croise jamais et personne ne se répond. L'émission promettait des discussions « à bâtons rompus » ; elle livre une litanie de banalités découpée en morceaux./p pÀ cet émiettement s'ajoute l'intégration des équipes de tournage à la dramaturgie de la sympathie. On s'est bien gardé de couper les apartés et autres enfantillages avec la caméra : les moments de connivence avec les journalistes comme autant de preuves de naturel et d'épreuves de décontraction. Édouard Philippe plaisante avec la caméraman en voiture (« iVous n'êtes pas morte ?/i ») ; Marine Tondelier interpelle « César » sur son stationnement (« iOn va plier le rétroviseur/i ») ; Raphaël Glucksmann redirige des cris extérieurs vers le cadreur (« iYou are the problem/i »). Déférente, la médiation journalistique ne réintroduit pas de la contradiction ; elle ajoute une couche de familiarité dans laquelle la dilution du contenu politique s'accentue./p /br h3 class='article_intertitres'Le fétichisme de la concorde/h3 p/brDerrière la chorégraphie du terrain et la mécanique du montage se dessine cependant le projet éditorial de France Télévisions avec cette émission : nourrir le fétichisme de la concorde pour tempérer une ambiance présidentielle marquée par la a href="https://www.france.tv/france-5/c-politique/saison-17/8436243-presidentielle-la-tentation-radicale.html" class="spip_out" rel="external"« radicalité »/a, en montrant que toute conflictualité politique peut être absorbée par l'écoute, l'empathie et le compromis./p pSi elle traverse l'ensemble des expériences de terrain proposées aux candidats, cette concorde apparaît dès l'ouverture de la séquence avec François Hollande qui, par un heureux hasard, croise dans le train le ministre des PME. Pierre Papin en profite pour lier « spontanément » conversation et s'assoit à côté de l'ancien président sous l'œil gourmand des caméras, avides de complicité transpartisane : « iNon mais je ne vais pas vous embêter longtemps : cinq minutes. C'est dur parce qu'on gère une fin de mandat, on essaye de ne pas rester dans les affaires courantes, d'amener une dynamique, un legs qui soit intéressant./i » Hollande opine, prévenant : « iIl faut faire comme si ça ne s'arrêtait pas./i » Le ministre poursuit : « iOui, et puis la crise iranienne… on essaye de ne pas trouver de bouc émissaire, mais on n'a pas de pognon dans les caisses./i » Les fausses confidences n'iront pas plus loin : une poignée de main chaleureuse apparaît subitement à l'écran./p pCette tendance à la « concorde » apparaît clairement dans les séquences de François Ruffin au Puy du Fou. Si le député était venu pour porter des « critiques sur la vision de l'histoire » proposée par le parc, il capitule rapidement face au dispositif, et finit par rire de bon cœur avec son directeur, De Villiers junior. Elle apparaît aussi, et de façon spectaculaire, dans la séquence Tondelier en visite d'une exploitation gorgée d'intrants chimiques. Tout commence pourtant par un désaccord très concret : « iFini les néonicotinoïdes, le problème c'est qu'on ne m'a pas donné d'alternative/i », explique l'agriculteur. Mais la séquence bifurque rapidement vers la recherche d'un point d'accord. Après avoir déposé son fils à l'école – « iDonc on peut être en campagne présidentielle et déposer son enfant le matin à l'école ?/i » –, Marine Tondelier rappelle au journaliste que son « igrand-père était agriculteur/i », qu'il faisait « ides pommes de terre, des betteraves, des petits pois, enfin bref : le Nord quoi/i », avant d'assurer qu' « ion a intérêt à trouver un terrain d'entente là-dessus/i » et que « itout le monde s'accorde à dire que oui, on a besoin de bosser ensemble/i ». L'agriculteur formule lui-même la concorde possible : avec Tondelier et les Écologistes, « ion a la même destination/i », seul le « ichemin/i » diffère – elle voudrait aller vite, lui plus lentement./p pPuis la rencontre se poursuit sur le mode de la proximité : les bouteilles, la bise, jardinage en commun, rigolades. Et sur les néonicotinoïdes ou le glyphosate, les formules d'accord prennent le dessus : « iNon mais on est d'accord là-dessus que ça devrait être interdit partout/i » ; « iIl faut harmoniser/i » ; « iJe suis d'accord, il faudrait que les Écologistes gèrent la France et l'Europe, et là ce serait hyper harmonisé/i ». Pour finir, tous deux trinquent pour la caméra pendant que Tondelier porte un toast « ià l'avenir de l'écologie et de l'agriculture : ensemble/i »./p pOu comment vaporiser la politique dans une aimable conversation. Et quand on applique ce genre de recettes avec l'extrême droite, le résultat devient vite immangeable./p /br h3 class='article_intertitres'Intronisation de l'extrême droite/h3 p/brOr, il faut souligner que Marine Le Pen bénéficie d'un traitement de faveur qui laisse pantois. Comme on lui accorde de pouvoir choisir elle-même son terrain – sans que l'on sache pourquoi –, elle profite d'un accueil triomphal : un bain de foule acquis à sa personne. C'est la seule que l'on voit entourée d'un réel soutien populaire, déambulant librement en terrain conquis : une foire à Sens, dans l'Yonne, un département tombé dans l'escarcelle du RN./p pMarine Le Pen a également le privilège d'ouvrir l'émission, sur une musique rock conquérante (« Kashmir », de Led Zeppelin). On la voit descendre de voiture sous les hourras de la foule, qui scande « Marine présidente ! », visiblement prévenue. Rapide contrepoint : quelques militants insoumis haranguent au loin sur les détournements de fonds européens. Mais ils ne sont pas interrogés : le montage enchaîne immédiatement sur une voix non identifiée qui lui demande un selfie en hurlant. Les photos s'enchaînent. On peut entendre des « On vous aime ! », dans une intense effervescence sonore et visuelle. France 2 sélectionne ensuite l'interpellation d'une sympathisante, une commerçante qui va finir avec 600 euros bruts de retraite, qui répète qu'elle en a « imarre/i » de l'AME (aide médicale de l'État), comme tous les gens « qui bossent/i ». « iMais pour ceux qui l'ont déjà ?/i » questionne-t-elle. « iAh bah ceux qui l'ont déjà ils ne l'auront plus/i ». Fin de la pastille. « iUne femme au pouvoir, ça fera du bien/i », entend-on alors. « iMais si c'est monsieur Bardella, allons-y banco/i », retient tout de même France 2. De toute façon, « iils pourront dire tout ce qu'ils voudront sur Jordan ou Marine, ça ne changera pas notre vote/i ». Le Pen se fraie difficilement un chemin vers un stand, où la caméra l'attend déjà poliment, pour un nouvel exercice d'admiration, tâte un nourrisson (une voix commente : « iVous pouvez être sûre qu'elle votera pour vous quand elle sera majeure/i »). Le reste à l'avenant, ponctué de relances journalistiques d'une pugnacité rare : « iOn est en temps de crise, Madame Le Pen ?/i » ; « iVous pensez que c'est une campagne qui va se jouer sur le pouvoir d'achat ?/i » ; « iVous restez "ni droite ni gauche", finalement/i », etc. Les derniers mots de la séquence qui lui est dédiée sont pour elle : « iNous, nous défendons les intérêts du peuple français./i »/p /br centerstrong***/strong/center p/brC'est ainsi que « Successions » dépolitise la politique elle-même, ce qui reste une façon de faire de la politique. À force de tout ramener artificiellement au « contact » le plus éphémère, France 2 encourage une démocratie fantôme, où les oppositions disparaissent derrière les images de cordialité. Avec une préférence pour celles de l'extrême droite./p p/brstrongClément Sénéchal/strong/p/div
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Canicule sur BFM-TV : la mise en spectacle d'une tragédie sans cause

lun, 2026-07-06 10:45
div class='rss_chapo'pUne journée de canicule sur la chaîne du deuxième plus gros émetteur français de CO2./p/div div class='rss_texte'pPeut-on compter sur les plus grands pollueurs pour nous informer sur le réchauffement climatique ? La question paraît incongrue, mais elle correspond pourtant à la situation de fait dans laquelle nous nous trouvons : la première chaîne d'information en continu, BFM-TV, est dans les mains du deuxième plus gros émetteur de CO2 français, le milliardaire Rodolphe Saadé, propriétaire notamment de l'armateur CMA CGMspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Selon une étude d'Oxfam et Greenpeace : « Les milliardaires français font (…)" id="nh1"1/a]/span./p pNous avons regardé la chaîne pendant une journée entière, vendredi 26 juin, en plein épisode caniculaire. Si le constat d'ensemble est loin de concerner exclusivement BFM-TV – ou les médias des milliardaires, plus généralement –, il est néanmoins implacable : sur la chaîne info de la CMA CGM, il est itoujours/i question des conséquences des fortes chaleurs, ijamais/i des raisons pour lesquelles ces épisodes caniculaires sont plus fréquents, plus précoces et plus violents. Défilé de médecins et de policiers, décompte des morts, conseils rafraîchissement, débat sur la clim, reportages dans les hôpitaux, micros-trottoirs en jungle urbaine ou expéditions joyeuses de reporters les pieds dans l'eau… C'est une constante sur l'antenne : un « présentisme » exacerbé, qui laisse dans l'ombre les causes et les responsabilités du réchauffement, doublé d'un journalisme « de solutions », dépolitisé et axé sur la « irésilience/i » plutôt que sur les transformations structurelles, en particulier des modes de production./p p/brstrong4h30-6h · La « pré-matinale » : « iVous vous sentez irritables ?/i »/strong/p pSur BFM-TV, l'antenne s'ouvre à 4h30 du matin et le ton du journalisme « de proximité » auto-proclamé est donné d'emblée : « iVous vous sentez plus fatigués ou plus irritables ? C'est normal, la chaleur et les nuits trop courtes peuvent jouer sur nos humeurs !/i », lance la présentatrice avec un sourire dans la voix. La tranche info démarre avec les reportages de la rédaction, et l'enchaînement des sujets dit déjà tout de la journée qui va suivre : des touristes américains déçus que les monuments parisiens soient fermés ; des lycéens s'apprêtant « ià passer le brevet sous 40 degrés/i » ; des hôpitaux « isous tension/i » et des infirmières débordées. Les grands thèmes qui vont structurer l'antenne toute la journée sont en place. Priorité au récit platement descriptif : le sujet sur l'hôpital diffusé à 4h30 du matin, par exemple, sera le seul de la journée au cours duquel on entendra une infirmière cégétiste dénoncer ses conditions de travail. Puis, BFM-TV nous montre « ideux images importantes/i » : l'arrivée de 20 tonnes de glaçons à l'Accor Arena, « istockés sur la patinoire de Bercy/i » – l'occasion de voir le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, souriant et à pied d'œuvre ; et les premières images d'orages à Rennes./p pRediffusés en moyenne deux ou trois fois sur la même tranche, les sujets s'enchaînent et avec eux, la télégénie du chaos : ici, la mairie distribuant des packs d'eau minérale ; là, des habitants en proie à une coupure d'électricité. L'écueil ne réside pas tant dans ces choix de sujets que dans leur mode de traitement : quelle que soit la thématique, c'est la forme « micro-trottoir » qui s'impose, au point que l'on a parfois l'impression de regarder un long bout-à-bout de témoignages incohérents. D'autant plus que le montage, qui représente la principale intervention journalistique dans la production de ces « pastilles vidéo » (à défaut d'être des reportages), n'hésite pas à mettre en avant les interventions les plus creuses et anesthésiantes, comme celle de cet habitant, privé d'eau du robinet, qui déclare en bafouillant face caméra : « iDeux litres d'eau par jour c'est un peu juste, mais ce n'est pas de leur faute, ils font ce qu'ils peuvent/i » (« iils/i » étant « les politiques »)./p p/brstrong6h-8h · BFM Première : la chronique du pittoresque/strong/p pLes sujets installés dans la « pré-matinale » se répètent dans la tranche suivante, avec un seul mot d'ordre : conséquences, conséquences, conséquences. Certains de ces sujets versent dans un voyeurisme malsain, sous couvert d'« humanisation » du réel. On se demande, par exemple, quelle peut bien être la valeur journalistique d'un « reportage » filmant en gros plan une personne âgée, alitée, sous assistance respiratoire, le tout habillé d'une musique angoissante… Les bandeaux défilent : « Ventilateur, clim… combien ça va vous coûter ? » ; « Canicule : pourquoi les esprits s'échauffent » ; « Les urgences vont-elles tenir ? », etc. Micros-trottoirs, duplex, retour en plateau : la mécanique bien huilée du remplissage d'antenne à peu de frais. Comme toujours, prime au spectacle et au pittoresque : nous irons ainsi trois fois dans ce petit village de Bretagne où une maison a été frappée par la foudre. BFM-TV a dépêché un « envoyé spécial » pour l'occasion. Parfois, la réalité politique entre par effraction dans l'un de ces « reportages », avant d'en être évacuée imanu militari/i. Il en va ainsi de ce sujet consacré aux récoltes agricoles : en plateau, le présentateur entend parler des « idates de récoltes décalées/i » ; le reporter, en duplex depuis un champ dans l'Essonne, renforce ce cadrage : « iOui, il va falloir s'adapter !/i » Mais dès ses premiers mots, Florent, le maraîcher bio interrogé, politise la question (avec un petit sourire en coin) : « iL'État pourrait nous aider, mais il va préférer se focaliser sur permettre l'agro-industrie [sic] qui réchauffe un peu plus la planète…/i » C'est la première fois, en trois heures d'antenne, que l'une des causes majeures du réchauffement climatique, l'agro-industrie, est mentionnée. Très loin de saisir la perche, le reporter l'interrompt immédiatement pour mieux étouffer le sujet dans l'œuf : « iEt en termes de dates de récoltes, ça va évoluer ? Là, c'est des courgettes et des courges qui sont en train d'être arrosées ?/i »/p p/brstrong8h30 · Le face à face : « iVous avez chacun un rôle à jouer !/i »/strong/p pL'inconséquence éditoriale se poursuit avec le « face à face » d'Apolline de Malherbe. L'invité ce jour-là est Philippe Juvin, député LR et chef des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou à Paris. Mais la présentatrice croit apparemment pouvoir séparer l'homme de l'artiste : ce n'est pas l'élu de droite qu'elle reçoit, « ic'est d'abord le médecin/i ». iA priori/i, rien de répréhensible à parler de la situation hospitalière sur l'une des tranches les plus exposées de la journée. Sauf que Philippe Juvin est aussi rapporteur du budget… lequel continue d'asphyxier l'hôpital publicspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire « PLFSS 2026 : une austérité insupportable pour les soignants », (…)" id="nh2"2/a]/span. Dans un tel cadre, nul ne s'étonnera que l'interview tourne beaucoup autour des responsabilités individuelles face à la canicule. « iAllez-y ! Vous avez chacun un rôle à jouer/i », enjoint le député LR, qui osera même cette petite facétie en fin d'entretien : « iArrêtons de chercher les responsabilités des années précédentes./i » Aucune réaction d'Apolline de Malherbe./p /br div class='spip_document_16597 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/bfm_juvin.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH282/bfm_juvin-3dfcd.jpg?1783327524' width='500' height='282' alt='' //a /figure /div p/brstrong9h-10h · Apolline de 9 à 10 : les « idiscours abstraits/i » des climatologues/strong/p pLe « climax » de la journée intervient dans la tranche suivante. Heureuse nouvelle : Apolline de Malherbe reçoit le climatologue et co-auteur du rapport du GIEC, Christophe Cassou. Mais sur BFM-TV le climat est une question trop sérieuse pour être laissée aux seuls climatologues : en face de lui se tient notamment l'éditorialiste « économie » maison, Emmanuel Lechypre. Arrive donc ce qui devait arriver…/p pAlors que Christophe Cassou tente d'en venir aux causes des canicules en évoquant les émissions de gaz à effet de serre, il est interrompu par Emmanuel Lechypre, dans une séquence « Don't look up » appelée à rester dans les annales :/p blockquote class="spip" pstrong- Apolline de Malherbe :/strong Pourquoi on n'a pas réussi à faire quelque chose où on pouvait à la fois lutter contre le réchauffement climatique et s'adapter à l'urgence ?/p pstrong- Christophe Cassou :/strong Parce qu'on ne nous a pas écoutés, nous, scientifiques…/p pstrong- Emmanuel Lechypre :/strong Vous n'avez pas été très convaincants non plus, vous n'avez pas été très convaincants non plus…/p pstrong- Christophe Cassou :/strong Attendez…/p pstrong- Emmanuel Lechypre :/strong Attendez, nan, juste… Au sens où : effectivement, le diagnostic, il est là, mais ce qui compte aussi, c'est le relai de transmission, c'est-à-dire la pédagogie du diagnostic. Or, tous les discours qu'on a entendus, c'était des discours qui étaient très abstraits ! C'était « 2 degrés de réchauffement climatique à horizon 2100 »…/p pstrong- Apolline de Malherbe :/strong Ben c'est pas très abstrait ça ! Franchement, c'est pas très abstrait… […]/p pstrong- Christophe Cassou :/strong Je pense que c'est assez honteux ce que vous venez de dire là. […] Rejeter la responsabilité sur une mauvaise communication de la part des scientifiques, c'est inadmissible./p /blockquote pRésumons la situation : un chroniqueur économique, haut-parleur du prêt-à-penser néolibéral depuis près de quinze ans, employé de l'industriel milliardaire qui se trouve être le deuxième émetteur de CO2 en France, reproche à un auteur du GIEC d'avoir « imanqué de pédagogie/i », ce qui explique selon lui l'inadaptation du pays aux épisodes plus fréquents de canicule. Le problème, c'est le « irelai de transmission/i », soutient Lechypre, sans avoir l'air de bien réaliser qu'il en va là précisément du rôle… des journalistes. « iQui est responsable de l'information des citoyens sur un sujet à forte composante scientifique et technique ?/i, interroge ainsi Sylvestre Huet a href="https://www.lemonde.fr/sciences-au-carre/article/2026/06/30/mesinformation-climatique-qui-est-responsable_6717254_6565027.html" class="spip_out" rel="external"dans iLe Monde/i/a (30/06). iPour répondre correctement à la question, il suffit de s'interroger sur… les métiers de chacun. […] Cette transmission, c'est le métier et la responsabilité sociale de la presse./i »/p pMoins relevée, la seconde partie de l'interpellation d'Emmanuel Lechypre mérite elle aussi son verbatim : pour l'éditorialiste, jusqu'à présent, ces épisodes climatiques, « ic'était ailleurs que chez nous, etc. […] Ce qui choque beaucoup, c'est de voir que l'Europe, c'est le continent qui est le plus frappé, alors qu'on pensait que…/i » Le réchauffement climatique était-il moins « choquant » aux yeux d'Emmanuel Lechypre lorsque ce dernier pensait qu'il ne frapperait que les Océaniens, les Africains, les Asiatiques et les Sud-Américains ?/p /br /br div class='spip_document_16600 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/bfm_canicule.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH280/bfm_canicule-537bb.png?1783327525' width='500' height='280' alt='' //a /figure /div pDans la suite de l'entretien, Christophe Cassou aura tout de même l'occasion d'expliquer, solennellement : « iOn marche sur deux jambes, l'atténuation et l'adaptation. L'atténuation, c'est la décarbonation. Si on coupe l'une des deux jambes, on tombe./i » Ce sera là la première et la dernière occurrence du terme « décarbonation » à l'antenne de BFM-TV, en ce 26 juin. Et là encore, plutôt que d'embrayer, Apolline de Malherbe fait marche arrière : « iEt on a l'impression que les deux jambes ne vont pas ensemble…/i » Notre observation de l'antenne de BFM-TV un jour de canicule montre, en tout cas, combien l'« iimpression/i » de la présentatrice est érigée en politique éditoriale : prioriser les sujets sur « l'adaptation » et les petits gestes de « résilience », bien souvent de la « débrouille » (pause fraîcheur lors du brevet, couvertures de survie aux fenêtres, touristes réfugiés dans la montagne, etc.) ; reléguer aux oubliettes l'information sur les perspectives structurelles de décarbonation. Un constat permet d'enfoncer le clou : Christophe Cassou sera le seul et unique climatologue invité à s'exprimer ce jour-làspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Nous ne comptons pas ici les deux météorologues et l'hydrologue qui (…)" id="nh3"3/a]/span – à titre de comparaison, 20 médecins ou soignants interviendront tout au long de la journée./p p/brstrong10h-12h · « Arnaud Direct » : la préfecture vous informe/strong/p pEn fin de matinée, les interdictions des grands événements publics tombent : « Solidays et Marche des fiertés annulés ». Le bandeau déroulant des « Alerte Info » relaie les messages du ministère de la Transition écologique et Jérémy Trottin fait quant à lui la lecture des communiqués du préfet de Paris, qu'il découvre en direct sur son téléphone portable. Puis, c'est la commissaire divisionnaire Hélène Denéchère, porte-parole de la préfecture, qui vient directement en plateau annoncer les interdictions préfectorales. « Journalisme de préfecture » est ici un euphémisme./p /br div class='spip_document_16598 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/bfm_denechere.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH282/bfm_denechere-d8637.jpg?1783327525' width='500' height='282' alt='' //a /figure /div p/brstrong12h-14h · « Midi BFM » : « iComment ça va ?/i »/strong/p p« iÀ chaque heure, les conséquences de la canicule/i » : c'est peu dire que la nouvelle tranche d'information annonce la couleur. Tandis que les débats de fond et l'information sur les causes ne trouvent toujours aucune place à l'antenne, les mêmes sujets sont rediffusés en boucle : épreuves du brevet, témoignages de baigneurs et, même, un micro-trottoir au principe audacieux, que Christophe Delay explicite : « iNous sommes allés à votre rencontre pour vous poser une question simple : comment ça va ?/i » Quelques minutes plus tard, cette foudre du journalisme d'investigation reçoit un météorologue, ancien fonctionnaire de Météo France devenu entrepreneur, Ruben Hallali. L'occasion d'étoffer un peu l'information ? Non : « iEn fait, si vous l'acceptez, on va parler un peu de vous/i, amorce Christophe Delay. iQu'est-ce qui vous est arrivé ?/i » « iJ'ai perdu mon grand-père lundi/i, répond Ruben Hallali manifestement ému. iJe pense que la canicule a été un accélérateur/i ». Au cours des 10 minutes (cumulées) qui lui sont accordées, le météorologue a tout de même l'occasion de placer que « iles scénarios du Giec sont clairs/i » et qu'on ne peut pas dire, comme Emmanuel Macron, que la France s'est « iadaptée/i ». Mais pour reprendre la métaphore de Christophe Cassou, BFM-TV « ne marche que sur une jambe » : il n'est toujours question que d'adaptation – surtout pas d'atténuation. Et pour légitime que soit l'approche émotionnelle dans le journalisme, on ne peut que déplorer que dix minutes d'antenne avec un météorologue soient polarisées à ce point par le registre du témoignage personnel./p p/brstrong14h-17h · BFM Non-Stop week-end/strong/p pNous voici dans le creux de l'après-midi. Ces trois longues heures s'avèrent extrêmement répétitives. Décompte des morts, surcharge des hôpitaux, interdictions préfectorales, déclarations ministérielles : répétez la formule jusqu'à que le temps s'écoule. Cette nouvelle tranche est l'occasion d'accentuer une tendance déjà bien entamée par les précédentes : l'omniprésence des médecins ou soignants, qui défilent à intervalles de plus en plus serrés. Pas moins de 7 médecins en 2h30 d'antenne (moins la demi-heure de publicité), soit un nouveau toutes les 21 minutes. S'il est plutôt normal qu'un jour de crise hospitalière des soignants s'expriment à l'antenne, tous sont convoqués pour faire l'état des lieux de la catastrophe, non pas pour examiner… les causes du débordement. Il ne sera à aucun moment rappelé, par exemple, que les « trous » dans les finances de l'hôpital public « is'explique(nt) par un sous-financement de l'État/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire « Hôpitaux : des déficits dus en grande partie à un sous-financement de (…)" id="nh4"4/a]/span./p p/brstrong17h-19h · « Le club BFM » : le journalisme sans concession/strong/p pÀ 17h30, le ministre de l'Éducation Nationale Édouard Geffray arrive sur le plateau du « club BFM ». L'entretien porte en premier lieu sur les conditions dans lesquelles se tiennent les épreuves du brevet et du bac, que le ministre a choisi de maintenir nonobstant les températures. S'il est confronté à des images accablantes – des oraux du bac installés dans un parking à Rueil-Malmaison (92), par exemple –, le ministre n'est pas plus embêté que ça par les journalistes. Mieux : au bout de dix minutes, ces derniers délèguent leur rôle de contradicteurs… à des enfants. « iLes enfants des salariés de BFM, on voulait vous les présenter, M. le Ministre/i » : âgés de 4 à 9 ans, ces derniers arrivent en plateau pour questionner Édouard Geffray. « iEst-ce que vous avez la clim dans votre bureau ?/i » ; « iPourquoi quand on va à l'école, on ne travaille pas en ce moment ?/i » ; « iPourquoi y a pas la clim dans les écoles ?/i » ; « iPourquoi à la place de la clim, on ne mettrait pas des arbres dans la cour de récréation pour se mettre à l'ombre ?/i » La naïveté enfantine des questions – qui ressemblent à s'y méprendre à celles des journalistes – permet au ministre de se donner pendant quelques instants le beau rôle du professeur. Et de s'adresser indirectement aux téléspectateurs comme s'ils avaient 8 ans et demi./p /br div class='spip_document_16599 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/bfm_geffray.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/bfm_geffray-d497c.jpg?1783327525' width='500' height='281' alt='' //a /figure /div p/brCes deux heures se terminent d'ailleurs en apothéose par un débat guère plus mature entre le député PS et candidat à l'élection présidentielle, Jérôme Guedj, et l'économiste médiatique ultralibéral Marc Touati. Un simulacre de pluralisme. Mais le dispositif est pensé pour que ça ne se voie pas trop : ces deux-là « s'affrontent » ; ils s'écharpent sur « le plan clim », les déclarations de Monique Barbut ou la dette française. Et derrière ce faux duel, l'invisible demeure : les causes parfaitement identifiées du réchauffement climatique ne sont toujours pas évoquées, pas plus que ne sont imaginées les mutations socio-économiques à même de l'« atténuer », ia minima/i…/p p/brstrong19h-20h · « Made in Montebourg » : entre-soi entrepreneurial/strong/p pPar charité, nous passerons vite sur l'heure qui suit, véritable tunnel de propagande entrepreneuriale, au cours de laquelle Arnaud Montebourg invite ses amis – sans les présenter comme tels –, pour vanter les mérites de l'entreprise libre, celle qui n'est pas entravée par les « icongés climatiques/i ». Hélas, l'un de ses invités, Amir Reza-Tofighi, président de la CPME (syndicat patronal rebaptisé « Entrepreneurs ») vend la mèche au bout de quelques minutes… « iQui avez-vous réussi à convaincre de faire le front du "Made in France" […] ?/i », lui demande l'ancien ministre du Redressement productif, comme si les deux ne se connaissaient pas. « iIl y a deux syndicats de salariés, CFTC et CFE-CGC ; on a différents experts… On a vous…/i », étouffe Reza-Tofighi dans un sourire. Tant pis pour les apparences… Un nouvel angle avec lequel la chaîne info entend apparemment parler « sérieusement » d'écologie : le changement climatique, « iune opportunité économique/i » si les investissements sont fléchés vers les entreprises françaises ?/p p/brstrong20h-22h · « 20h BFM » : « iEst-ce que les magasins Leclerc sont devenus des îlots de fraicheur ?/i »/strong/p pStop ou encore ? Réponse avec l'invité qui déboule en plateau à 20h30 : voici Michel-Édouard Leclerc. La présentatrice Alice Darfeuille tient face à elle le président du comité stratégique d'une entreprise, Leclerc, qui, en 2023, a émis 73 millions de tonnes de CO2span class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Selon les propres chiffres du groupe Leclerc." id="nh5"5/a]/span, et se classe dernière au a href="https://reseauactionclimat.org/les-supermarches-francais-mauvais-eleves-europeens-pour-le-climat/" class="spip_out" rel="external"classement « Superlist Environnement »/a co-réalisé par le Réseau Action Climat (RAC) évaluant vingt-sept supermarchés européens en fonction de « ila conformité de leurs plans climatiques avec l'Accord de Paris/i » et « ila manière dont ils orientent leurs ventes de protéines vers davantage d'aliments d'origine végétale/i »./p pMais bien entendu, l'entretien ne portera pas sur le poids de la grande distribution (en général) et celui de Leclerc (en particulier) dans l'empreinte climatique et les émissions de gaz à effet de serrespan class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir par exemple Réseau Action Climat, « Alimentation et climat : l'heure (…)" id="nh6"6/a]/span. Florilège des questions adressées au grand patron : « iÇa va ? Vous avez la clim vous dans votre bureau ?/i » ; « iLa clim au bureau, ça ramène les salariés sur site ?/i » ; « iQu'est-ce qui vous frappe depuis le début de cet épisode caniculaire ?/i » ; « iEst-ce que comme les cinémas, les magasins Leclerc sont devenus des îlots de fraicheur ?/i » ; « iEst-ce que par exemple vous vous avez encore des ventilateurs ?/i » ; « iEst-ce que les ventes d'autres produits [ont explosé] ? Les glaces ?/i » Etc./p pAprès 20 minutes conso-conso, Michel-Édouard Leclerc a même l'occasion de se repeindre en écolo sans que la journaliste n'y trouve à redire : « iOn a fait le pas complètement de la transition écologique, nous ne sommes pas du tout climatosceptiques, on ne reviendra pas en arrière !/i » L'occasion d'un teasing commercial pour des offres prochaines de bornes électriques… Au détour d'un développement à propos du transport de marchandises, l'héritier Leclerc évoque Rodolphe Saadé et la CMA-CGM. « iPatron de BFM-TV/i », précise aussitôt Alice Darfeuille. Et deuxième émetteur français de CO2, oublie-t-elle d'ajouter./p /br centerstrong***/strong/center p/brAu chercheur du GIEC Christophe Cassou qui pointait un « idéni de responsabilité/i » collectif à propos du réchauffement climatique, Apolline de Malherbe répondait du tac au tac : « iJ'ai quand même l'impression qu'on en parle beaucoup./i » L'antenne « ien/i » parle en effet « ibeaucoup/i » : ce jour-là, entre 4h30 et 22h, toutes les émissions sont en « édition spéciale canicule ». Mais le bilan est sans appel : BFM-TV n'a traité ique/i des conséquences immédiates de ce nouvel épisode caniculaire, jamais de ses causes ni des transformations structurelles nécessaires pour l'enrayer. Si bien qu'un téléspectateur assidu serait bien en peine, au terme de cette journée, d'exposer ce qu'il a appris à propos de la récurrence et de l'intensification de ces épisodes. Un constat édifiant suffit à mesurer ce trou noir informationnel : au cours de ces 17h30 d'antenne, le mot « idécarbonation/i » n'a été prononcé qu'une seule fois, à l'initiative de Christophe Cassou. Laisser dans l'ombre l'information de fond sur le réchauffement climatique ? Voilà qui ne doit pas déranger le propriétaire de la chaîne./p p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanSelon une étude d'Oxfam et Greenpeace : « a href="https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2022/02/rapport_milliardaires_carbone220222.pdf" class="spip_out" rel="external"Les milliardaires français font flamber la planète et l'Etat regarde ailleurs/a », février 2022./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLire « a href="https://www.humanite.fr/social-et-economie/plfss/plfss-2026-une-austerite-intolerable-pour-les-soignants" class="spip_out" rel="external"PLFSS 2026 : une austérité insupportable pour les soignants/a », iL'Humanité/i, 16/12/2025./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanNous ne comptons pas ici les deux météorologues et l'hydrologue qui défileront au cours de la journée, tous trois venus (et présentés) en tant qu'entrepreneurs « conseils » dans leurs domaines respectifs. Ils n'aborderont pas plus que les médecins le thème des émissions de gaz à effet de serre./p /divdiv id="nb4" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanLire « a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/21/hopitaux-des-deficits-dus-en-grande-partie-a-un-sous-financement-de-l-etat_6667686_3224.html" class="spip_out" rel="external"Hôpitaux : des déficits dus en grande partie à un sous-financement de l'Etat/a », iLe Monde/i, 21/02/2026./p /divdiv id="nb5" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanSelon a href="https://www.lefigaro.fr/flash-eco/le-distributeur-e-leclerc-veut-diviser-par-deux-ses-emissions-de-co2-d-ici-2035-20250415" class="spip_out" rel="external"les propres chiffres/a du groupe Leclerc./p /divdiv id="nb6" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanVoir par exemple Réseau Action Climat, a href="https://reseauactionclimat.org/publications/alimentation-et-climat-lheure-des-comptes-pour-les-supermarches/" class="spip_out" rel="external"« Alimentation et climat : l'heure des comptes pour les supermarchés »/a, 2023./p /div/div
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Les médias contre Mélenchon et LFI : 15 ans de diabolisation (vidéo)

sam, 2026-07-04 11:19
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/blast8-376a3.jpg?1783156750' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" / div class='rss_chapo'pHuitième épisode de a href="https://www.acrimed.org/+-Acrimed-sur-Blast-+"« 4e pouvoir »/a, l'émission vidéo d'Acrimed sur Blast./p/div div class='rss_texte'iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/NrWl84bQRPY?si=iDoSRhQ_IEB7de2S" title="YouTube video player" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen/iframe/div
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Les « gens du voyage » au cœur des fantasmes journalistiques

jeu, 2026-07-02 08:46
div class='rss_chapo'piLa Provence/i, entre journalisme de préfecture et antitsiganisme./p/div div class='rss_texte'pLe 14 juin 2026, une tentative d'installation de 170 caravanes de « gens du voyage » sur un hippodrome défraie la chronique dans les Alpes-de-Haute-Provence. Le seul média apparemment présent sur place le soir de l'événement est le quotidien régional iLa Provence/i. Dans la foulée, ses journalistes publient en ligne a href="https://www.laprovence.com/article/faits-divers-justice/1103858921399215/un-convoi-de-gens-du-voyage-tente-d-entrer-sur-l-hippodrome-d-oraison-circulation-bloquee-et-secteur-a-eviter" class="spip_out" rel="external"un premier article/a, basé presque exclusivement sur des sources officielles : gendarmerie, préfecture, mairie. « iCirculation bloquée/i », « isecteur à éviter/i », iLa Provence/i ne lésine pas sur le sérieux du drame qui frappe la petite ville d'Oraison (2 800 habitants), un dimanche soir. « iReste à voir quelle sera la situation ce lundi matin, à l'heure des départs au travail…/i » s'inquiète le quotidien. Et de conclure avec un petit teasing sur une potentielle escalade de la situation, puisque « ile recours à la force publique est évoqué par le maire/i »./p pFinalement, le convoi quittera la commune dans la nuit, sans avoir pu pénétrer sur l'hippodrome. Mais le soufflé médiatique ne retombe pas pour autant – au contraire. Dès le lendemain, la préfecture convoque une conférence de presse à l'hippodrome. Les « gens du voyage » étant repartis, les seuls interlocuteurs face aux micros tendus sont les officiels : la préfète, le maire de la commune, et le président de l'agglomération./p pLeurs déclarations alimentent alors une nouvelle salve de sujets dans la quasi-totalité des médias locaux. Qui s'alignent sur un même narratif : la « ifermeté des autorités/i » aurait empêché une installation illégale, titre l'hebdomadaire a href="https://www.hauteprovenceinfo.com/actualite-50297-gens-du-voyage-la-fermete-des-autorites-empeche-une-installation-illegale-a-oraison" class="spip_out" rel="external"iHaute-Provence Info/i/a. « iGens du voyage à l'hippodrome : Oraison dit non/i », a href="https://www.facebook.com/BFMDICI/videos/2778234885877603/" class="spip_out" rel="external"annonce de son côté/a la filiale locale de BFM-TV (BFM DICI). iLa Provence/i publiera dans la foulée a href="https://www.laprovence.com/article/societe/91329956673765/gens-du-voyage-tentent-denvahir-lhippodrome-doraison-un-comportement-irresponsable-pour-la-prefete" class="spip_out" rel="external"un deuxième article/a, intitulé : « Des gens du voyage tentent d'envahir l'hippodrome d'Oraison : "Un comportement irresponsable", pour la préfète ». À l'unisson, les différents médias locaux reprennent les propos des officiels qui dénoncent le « imanque de respect/i », « il'irresponsabilité/i » et « il'intransigeance/i » des Voyageurs. Quant aux occupants des caravanes, ils n'auront jamais la parole – pas plus que les riverains supposément impactés./p /br div class='spip_document_16589 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/laprovence1506.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L450xH561/laprovence1506-f4554-0a739.jpg?1782974796' width='450' height='561' alt='' //a /figure /div p/brQu'un tel événement, impliquant plusieurs centaines de protagonistes, débouche finalement sur une version médiatique unique, prémâchée par une poignée d'autorités locales, n'est pas anecdotique. Ce type de couverture, qui ne donne jamais la parole aux personnes mises en cause, tout en reprenant massivement des discours officiels qui les stigmatisent, est symptomatique de l'antitsiganisme qui imprègne une bonne partie des médias – notamment régionaux – et façonne les récits médiatiques entourant les « gens du voyage »./p /br h3 class='article_intertitres'Journalisme de préfecture et antitsiganisme/h3 p/brLe terme « antitsiganisme » (ou « antitziganisme ») ne figure pas dans la plupart des dictionnaires françaisspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Ni dans le Larousse, ni dans le Petit Robert." id="nh1"1/a]/span. La Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) a href="https://www.dilcrah.gouv.fr/sinformer-et-etre-accompagne/sinformer-sur-la-loi/lantitsiganisme" class="spip_out" rel="external"l'emploie/a pour désigner les « imanifestations d'expression et d'actes individuels, de politiques et de pratiques institutionnelles de marginalisation, d'exclusion, de violence physique, de dévalorisation des cultures et des modes de vie des gens du voyage, et des personnes considérées ou se considérant comme Roms/i ». Il convient ici de noter que le terme « gens du voyage » est en réalité une catégorie administrative qui englobe de nombreux groupes distincts : Roms, Gitans, Tsiganes, Sintis, Yéniches... Dans les médias, le terme est d'ailleurs utilisé aussi bien pour désigner des personnes nomades que sédentaires, pour peu qu'elles soient associées à une origine « nomade » supposée./p pLes différents groupes de « gens du voyage » partagent surtout un vécu de stigmatisation, auquel les récits médiatiques dominants contribuent activement. Le juriste William Acker, délégué de l'Association nationale des gens du voyage citoyens (ANGVC) et auteur d'iOù sont les « gens du voyage » ?/i (éditions du Commun, 2021), remarque après avoir analysé l'équivalent d'un mois de production journalistique que l'écrasante majorité des articles de presse couvrant les « gens du voyage » les dépeignent sous un angle négatif. Les médias ont tendance à parler de ces derniers via un prisme sensationnaliste, en s'emparant quasi-systématiquement du sujet des installations illégales ou en mentionnant systématiquement l'origine d'un suspect issu d'une communauté de « gens du voyage » lors d'un fait divers. Tout en oubliant généralement de s'intéresser aux autres problématiques que rencontrent ces personnes : exclusion sociale, insuffisance des infrastructures d'accueil, relégation dans des zones de vie polluées.../p pEt d'ailleurs, le premier article consacré par iLa Provence/i à l'installation avortée du 14 juin est catégorisé comme un « fait divers » sur le site du journal, et traité de cette façon par les journalistes. Ainsi, bien qu'un journaliste se soit rendu sur place pour prendre des photos (de loin) des caravanes, le média ne s'embarrasse pas à recueillir leurs témoignages – la version des gendarmes, du maire et de la préfecture étant considérée comme suffisante pour vérifier les faits. La position de la « communauté » de Voyageurs, dont les journalistes expliquent qu'elle refuse de s'installer sur une aire de grand passage située à proximité, tient en deux phrases, reléguées en pied d'article : « iDu côté de la communauté évangéliste, on indique qu'il n'est pas possible d'aller sur cette aire, trop petite pour leur convoi. La proposition de s'étendre sur un terrain à côté de l'aire a également été refusée./i »/p pDans les articles publiés par la suite par les autres médias locaux, les Voyageurs mis en cause n'auront pas davantage la parole – un classique dans la couverture des installations illégales. Comment l'expliquer ? Citée dans a href="https://larevuedesmedias.ina.fr/gens-du-voyage-voyageurs-journalistes-presse-locale-aire-accueil-faits-divers-william-acker-lubrizol" class="spip_out" rel="external"un article de La Revue des médias/a, la journaliste Léa Gasquet, de StreetPress, émet l'hypothèse que les rédactions de presse régionale ne considèrent pas les « gens du voyage » comme des lecteurs potentiels. La journaliste évoque aussi une forme d'autocensure de la part des journalistes, qui ne veulent pas « ise couper/i » des sources politiques locales en remettant en question leur version des faits. D'autres journalistes évoquent le manque de temps pour se rendre sur place, et la difficulté d'identifier des « porte-parole » pour s'exprimer au nom des Voyageurs. Biberonné aux sources institutionnelles, le journalisme de préfecture se heurte ici à l'écueil du réel : à qui s'adresser quand les protagonistes d'un événement n'ont pas de porte-parole « officiel » pour faire entendre leur voix ?/p /br h3 class='article_intertitres'Une couverture complaisante envers les élus locaux/h3 p/brDans le récit médiatique qui émerge le 15 juin 2026, un argument revient en boucle : une aire de grand passage vient d'être inaugurée sur la commune. Or, les gens du voyage ont refusé de s'y installer, ce que les officiels présentent immédiatement comme un « imanque de respect/i »./p pPourtant, il aurait été intéressant d'examiner plus en détail cet argument, qui révèle aussi les défaillances historiques des pouvoirs locaux en termes d'accueil, dans un département où de nombreux « grands passages » de Voyageurs sont enregistrés chaque été. L'article de iLa Provence/i du 14 juin reprend brièvement l'argument avancé par « la communauté » selon laquelle l'aire de grand passage existante serait trop petite pour le convoi. Mais cette affirmation n'est jamais confirmée ou infirmée, comme si l'argument n'avait aucune valeur./p pPar la suite, dans son deuxième article, paru le 16 juin, iLa Provence/i fait la part belle à la version « officielle » livrée la veille par la préfète et les élus locaux en conférence de presse. Ces derniers y sont cités iin extenso/i à plusieurs reprises, leurs versions respectives s'étalant sur une page entière. Tous y mettent en scène leur « fermeté » face aux gens du voyage, un narratif qui sera repris par l'ensemble des médias locaux. Dans un reportage intitulé « "Nous avons résisté à l'envahissement" : des caravanes ont tenté d'occuper l'hippodrome d'Oraison », la chaîne TV BFM DICI a href="https://www.facebook.com/watch/?v=1527703095567288" class="spip_out" rel="external"reprend/a notamment un communiqué où le président de l'agglomération se félicite d'avoir « itenu une ligne d'autorité et de responsabilité/i » face à un « ienvahissement sauvage/i »./p pCette petite phrase, prononcée par un élu connu pour a href="https://www.laprovence.com/article/societe/4039165655658514/campements-illegaux-a-manosque-la-majorite-sortante-defend-la-procedure-d-expulsion-visant-des-habitants" class="spip_out" rel="external"ses prises de positions hostiles/a aux gens du voyage, pourrait pourtant être nuancée par un retour aux faits… Par exemple en rappelant que l'agglomération en question, ainsi que le reste du département, accusent 25 ans de retard dans la mise en œuvre du schéma d'accueil des gens du voyage ?/p pÀ l'inverse, le fait qu'une aire de grand passage – la première du département – ait enfin été mise en service en 2025, sert immédiatement d'argument pour souligner la mauvaise volonté de la communauté concernée. Dans un entrefilet en bas de page de iLa Provence/i, le 16 juin, on apprendra tout de même que l'aire en question ne fait que 2,7 hectares, en dessous des 4 ha prévus par la loi. Ce chiffre aurait pu être le point de départ d'un questionnement plus approfondi : l'aire d'accueil a-t-elle été sous-dimensionnée ? Est-elle adaptée aux besoins ? Combien de caravanes empruntent d'ordinaire cet axe chaque été ? À la place, les journalistes expédient le sujet en indiquant qu'une seconde aire d'accueil verra le jour, à une date inconnue./p pCe n'est que le 25 juin 2026 que les lecteurs de iLa Provence/i en sauront plus sur les conditions d'accueil réelles de cette aire de grand passage, dans a href="https://www.laprovence.com/article/region/43130314923031/la-premiere-installation-imprevue-d-un-convoi-de-gens-du-voyage-dans-l-aire-de-grand-passage-a-oraison" class="spip_out" rel="external"un troisième article/a intitulé « La première installation imprévue d'un convoi de gens du voyage dans l'aire de grand passage à Oraison ». Après avoir rappelé que l'aire de grand passage « ia été boudée par la communauté des gens du voyage/i » pendant un an, l'article se réjouit qu'une vingtaine de caravanes et 40 voitures s'y soient enfin installées, y ayant été redirigées par les autorités locales. « iC'était préférable que de les laisser continuer à tourner, et finalement s'installer en force sur un équipement public ou sur le terrain d'un agriculteur/i », explique une élue de l'agglomération, qui ne se prive pas d'insinuer que l'intention initiale des Voyageurs était de s'installer illégalement ailleurs. Cette fois-ci, pourtant, le journaliste donne aussi la parole à une famille de Voyageurs accueillie sur l'aire, et peu satisfaite des conditions sur place : « iJe comprends pourquoi nous sommes les premiers à nous installer, et on sera sûrement les derniers vu l'état de cette aire [...]. Il n'y a pas de toilettes, et ce n'est pas de l'herbe ça./i » Quelques photos prises sur place montrent effectivement un sol très caillouteux, et révèlent que l'aire est exposée aux crues (un point qui ne sera pas évoqué dans l'article). L'absence de sanitaires évoquée par les Voyageurs ne sera pas vérifiée par le journaliste./p /br div class='spip_document_16592 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L450xH560/laprovence2506-ab105-f43fd.jpg?1782974796' width='450' height='560' alt='' / /figure /div/br h3 class='article_intertitres'Invisibiliser pour déshumaniser/h3 p/brL'effet produit par la reprise iad nauseam/i des éléments de langage « officiels » par les journalistes lors de la séquence médiatique du 14 au 16 juin est de déshumaniser les Voyageurs. Trois jours durant, au fil de multiples articles, ces derniers ont été présentés comme des « envahisseurs » sans nom et sans visage. Sur BFM DICI, le président de l'agglomération évoque un « ienvahissement sauvage/i » ; dans iLa Provence/i, la préfète parle elle aussi d'« ienvahissement/i ». Ces choix sémantiques éclipsent le fait que ces Voyageurs sont, dans ce cas précis, originaires d'un département limitrophe. En parallèle, le désintérêt pour les faits objectifs est tel qu'aucun journaliste ne se soucie de savoir combien de personnes étaient réellement présentes : « i120 familles/i » selon la préfète, 150 selon le maire, 170 caravanes selon la gendarmerie.../p pLe registre lexical mobilisé par les élus cités dans les médias est celui de la peur et de l'émotion : « iÇa a été très tendu, je crois qu'ils n'ont pas accepté qu'on leur dise non. Ils sont arrivés à 150 sans s'annoncer, en essayant d'envahir un terrain public alors qu'il y a une aire de grand passage […]/i », explique ainsi le maire d'Oraison dans iLa Provence/i. Et au-delà des sources officielles, les journalistes eux-mêmes s'emparent de ce lexique. Ainsi, l'hippodrome aurait été « ivisé/i », ou encore « iciblé/i » par des gens du voyage (iLa Provence/i, 16/06) au cours d'une « inuit agitée/i », « isous tension/i ». Le quotidien reprend même en intertitre une déclaration du maire, qui parle de « iville en état de siège/i ». Pourtant, les reportages publiés dans la presse locale ne font état d'aucune dégradation matérielle, ni de débordements commis cette nuit-là./p pIn fine, le récit médiatique qui a émergé du 14 au 16 juin dans les Alpes-de-Haute-Provence, dans le sillage de cette tentative d'installation, est tristement banal. Voilà des décennies que a href="https://shs.cairn.info/revue-lignes-2011-2-page-167?lang=fr" class="spip_out" rel="external"des chercheurs examinent/a la façon dont la plupart des médias s'emparent sans recul d'éléments de langage stigmatisants employés par des élus locaux envers les « gens du voyage », nourrissant ainsi les préjugés à leur égard. En 2021, William Acker identifiait la presse quotidienne régionale comme « ile principal vecteur du traitement stigmatisant/i » des Voyageursspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Cité dans « Les journalistes changent de regard sur les "gens du voyage" », (…)" id="nh2"2/a]/span. Mais les médias nationaux, s'ils couvrent moins souvent ce type de sujets, ne sont pas en restespan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Citons ainsi l'émission « Capital » du 9 octobre 2022, intitulée : « (…)" id="nh3"3/a]/span./p pPourtant, une autre façon de médiatiser les Voyageurs est possible. En 2021 toujours, la journaliste Maya Elboudrari se penchait a href="https://larevuedesmedias.ina.fr/gens-du-voyage-voyageurs-journalistes-presse-locale-aire-accueil-faits-divers-william-acker-lubrizol" class="spip_out" rel="external"dans La Revue des médias/a sur les « inouveaux regards/i » journalistiques qui émergent autour de cet enjeu. Certaines rédactions se forment, adoptent des chartes, tentent d'évoquer la question des « gens du voyage » sous un autre prisme – comme a href="https://www.lanouvellerepublique.fr/chauvigny/sur-l-aire-d-accueil-des-gens-du-voyage-de-chauvigny-une-chaleur-ecrasante" class="spip_out" rel="external"dans ce récent article/a sur l'impact de la canicule sur les habitants d'une aire d'accueil. Ces démarches consistent aussi à rendre la parole aux premiers concernés, à vérifier les faits sans biais, à respecter le contradictoire quand une « communauté » entière est mise en cause, bref, à en revenir aux bases du travail journalistique./p p/brstrongMarion Moinet/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanNi dans le Larousse, ni dans le Petit Robert./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanCité dans « Les journalistes changent de regard sur les "gens du voyage" », a href="https://larevuedesmedias.ina.fr/gens-du-voyage-voyageurs-journalistes-presse-locale-aire-accueil-faits-divers-william-acker-lubrizol" class="spip_out" rel="external"La Revue des médias/a, 08/07/2011./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanCitons ainsi l'émission « Capital » du 9 octobre 2022, intitulée : « Forains, gens du voyage : révélations sur une économie secrète », qui relaie de nombreux stéréotypes, et qu'a href="https://www.arretsurimages.net/articles/capital-sur-les-gens-du-voyage-cest-un-coup-a-pousser-au-suicide" class="spip_out" rel="external"Arrêt sur images/a qualifie tout simplement « d'escroquerie médiatique »./p /div/div
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Célébrations post-victoire du PSG : CNews, l'usine à haine

mer, 2026-07-01 09:50
div class='rss_chapo'pAu soir du 30 mai, une large partie des médias dominants s'est focalisée sur les violences qui ont émaillé les célébrations après la victoire du PSG en Ligue des champions. Le journalisme de préfecture tient le haut du pavé, au gré d'une rhétorique et d'un cadrage ayant fait la part belle au prêt-à-penser sécuritaire, autoritaire et raciste, produit de manière industrielle par CNews./p/div div class='rss_texte'pAu soir de la victoire du PSG, des « iartisans du chaos/i » et des « ivoyous/i » « iensauvagés/i » ont déboulé dans Paris « ipar hordes entières/i ». À en croire le reportage du iFigaro/i (01/06), en tout cas, plongé le 30 mai au cœur d'une « inuit ensauvagée/i ». « iTous ont répondu à l'appel du tam-tam des boucles WhatsApp lancé depuis les cités voisines/i », ajoute le journaliste, bien en peine de réprimer ses élans racistes. Et de décrire le travail des policiers : « iDans la France de 2026, la violence est devenue leur routine et la haine ordinaire, une composante de leur quotidien./i » Même tonalité dans iLe Point/i (02/06), où l'expert sécuritaire Éric Delbecque fustige « iune partie de la jeunesse socialisée dans une culture de la destruction/i » et désespère de la « iculture de l'excuse et de l'impunité/i » qui règnerait en France./p pAlors que le préfet de police de Paris fait état d'« iune baisse grosso modo de 30% des faits [de violence] par rapport à l'année dernière/i » (RTL, 01/06), de nombreuses rédactions n'ont d'yeux que pour les vidéos postées sur les réseaux sociaux. Et l'effet de loupe joue à plein : ce sera le grand théâtre de « l'ensauvagement ». « iDes images de chaos/i », un « idéchaînement de violence/i » : le JT de France 2 (01/06) synthétise a href="https://www.blast-info.fr/emissions/2026/le-psg-vainqueur-les-racistes-en-sueur-Js9bIitfTNmMqTha7Ij9yA" class="spip_out" rel="external"le ton des grands médias/a où défilent en masse les professionnels de la répression, des élus aux institutions coercitives. Un espace politico-médiatique qui s'est de fait « itransformé en un grand concours de bilan sécuritaire d'un côté, d'interpellations et d'outrances racistes sur les "hordes" de banlieusards venus envahir Paris, de l'autre/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« Après la victoire du PSG, l'heure des pros de la surenchère », Mediapart, (…)" id="nh1"1/a]/span. Ainsi, tandis que la présentatrice Karine Le Marchand s'en prend aux « ipetits cons/i » sur les réseaux sociaux (Facebook, 03/06) et en appelle à de « ila taule/i », Charles Consigny a la solution toute trouvée sur BFM-TV (01/06) : « iSpontanément, je me suis dit que cela méritait des déchéances de nationalité./i » Sur le plateau de « C ce soir » (France 5, 02/06), la directrice de la rédaction de iMarianne/i Ève Szeftel campe la posture réactionnaire visiblement indispensable à la « bonne tenue » de l'émission :/p blockquote class="spip" pstrongÈve Szeftel :/strong Cette haine, elle vient d'où ? Cette haine de la France, qui peut s'exprimer à des moments via la haine des institutions, la haine du flic, la haine des femmes, etc. ? Elle vient d'où cette haine-là ? Elle vient aussi des millions déversés par le Qatar, par toutes ses officines, via les chaînes satellitaires, via aujourd'hui les réseaux sociaux, etc. […] Ce dont je parle, enfin, on ne peut pas faire semblant, c'est toute cette propagande islamiste, islamo-wokiste, via les réseaux sociaux, etc./p /blockquote pPolarisé par les saillies outrancières, le traitement médiatique dominant cède une fois de plus le pas au commentaire. Les fins limiers du journalisme rivalisent d'analyses au doigt mouillé quant à « un fait nouveau » (qui ne l'est pas) et « sans équivalent ailleurs » (bien qu'on en identifie en d'autres endroits). À de rares exceptions près, et comme l'an passéspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="« PSG 2025 vs France 98 : et si les vrais ultras étaient chez Bolloré ? », (…)" id="nh2"2/a]/span, la séquence révèle alors tout autant l'incapacité des médias à rendre compte des phénomènes sociaux – au profit d'une médiatisation sensationnaliste ponctuée de jugements moraux expéditifs – que leur refus de questionner les politiques de maintien de l'ordre – au profit d'un a href="https://www.acrimed.org/Aucune-violence-policiere-Jean-Michel-Aphatie"déni des violences policières/a, lesquelles ont été une nouvelle fois superbement minorées et invisibilisées, en dépit, notamment, de nouveaux éborgnementsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Mediapart (11/06) rapporte qu'« au moins deux adolescents de 13 et 14 ans (…)" id="nh3"3/a]/span./p pSi les événements sont largement couverts par les grands médias, la chaîne amiral de Bolloré saute instantanément sur l'occasion pour a href="https://www.acrimed.org/Politiser-la-haine-la-strategie-du-buzz"mettre en branle son industrie de la haine/a. « iVous savez à quoi ça me fait penser ? En moins grave, Dieu merci, ça me fait penser au 7 octobre/i », ose par exemple Paul Amar (04/06), après que son confrère Gauthier Le Bret s'est essayé la veille à un plagiat de Jordan Bardellaspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Sur RMC (01/06), le responsable du RN a notamment déclaré : « Je dis aux (…)" id="nh4"4/a]/span :/p blockquote class="spip" pstrongGauthier Le Bret :/strong Ils sont montés dans les étages. Vous êtes une maman, vous êtes avec vos enfants et vous entendez tambouriner devant votre porte. Il y a plusieurs émeutiers de l'autre côté de la porte. Vous avez le droit d'avoir peur. La dernière protection, c'est la porte. Un jour, ils vont défoncer la porte. Un jour, ils seront dans votre salon. Un jour, ils seront dans votre chambre à coucher./p /blockquote p« iLa guérilla arrive !/i, prévenait déjà Pascal Praud. iParce que l'échelon supérieur, […] c'est dans les villes, au pied de vos immeubles, et après, le pillage, pillage partout !/i » (01/06) Dans cette ambiance, inutile de tenter un quelconque parallèle historique : « iL'argument "rien de nouveau sous le soleil" […] est insupportable/i », s'emporte Pascal Praud. Pourquoi ? Parce qu'« iil vise simplement à occulter le lien avec l'immigration/i » (03/06), le sujet phare aux yeux du présentateur, qui fustige par conséquent des « ijeunes gens qui cassent, qui pillent, qui attaquent et [qui] sont le plus souvent des enfants de l'immigration/i », (01/06) ou, dit autrement, « ides Français francophobes/i », « ides gens qui n'aiment pas la France/i » (02/06)./p /br h3 class='article_intertitres'CNews, l'industrie de la haine/h3 p/brLa peur fut entretenue de la sorte pendant plusieurs jours. Le visionnage de l'antenne au lendemain de la victoire du PSG, dimanche 31 mai, donne en ce sens un bon aperçu de la fonction « rouleau compresseur » qu'est capable d'endosser CNews lorsque ces dirigeants identifient un événement particulièrement propice au matraquage réactionnaire. Les mécanismes de cette machine de guerre sont désormais connus : monopole des plateaux de bavardage ; commentaire de tweets et de fragments choisis d'interviews de responsables politiques ; profusion de micros-trottoirs avec des riverains excédés ; surexposition d'images de « violences » commentées les unes à la suite des autres pour créer un « effet de masse », qu'elles soient piochées sur les réseaux sociaux ou rapportées par des journalistes dépêchés dans les rues pour filmer le grand saccage des villes de France – en duplex de la place Wagram à Paris, Nicolas Rogé décrit des individus venus « itout détruire, détruire tout ce qu'ils trouvent sur leur passage/i » ; posture théâtralisée des présentateurs/commentateurs, qui n'hésitent pas à surjouer un ton au choix catastrophé, indigné, courroucé ou acrimonieux. Le tout orchestré façon usine à gaz./p /br div class='spip_document_16586 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/bandeaux_cnews.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/bandeaux_cnews-50123.png?1782892236' width='500' height='281' alt='' //a /figure /div p/brUn premier constat tient au pouvoir d'agenda de la chaîne : en dehors du programme d'actualité internationale « L'heure inter » et de l'interview « Le grand rendez-vous » – où le sujet a respectivement occupé un cinquième et un tiers du temps d'antenne –, les « iscènes de chaos/i » sont érigées en événement n°1 dans toutes les émissions de plateau diffusées entre 6h du matin et minuit. Elles occupent la moitié de « La matinale Week-End » (6h-9h) et constituent même le seul et unique sujet à l'agenda des sept autres programmes de commentaire de la journéespan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="En dehors des « flashs infos » qui ponctuent ces plateaux de commentaire, (…)" id="nh5"5/a]/span ! Même l'arrivée des joueurs du PSG sur le Champ-de-Mars et la levée du trophée n'ont pas raison des logorrhées sécuritaires, interrompues quelques minutes à peine : « iCe que je vous propose/i, annonce le présentateur Thomas Bonnet, ic'est qu'on mette ces images à l'antenne, qu'on continue de suivre évidemment ce qui se passe et qu'on revienne aussi sur ce qui a animé les dernières heures, c'est-à-dire les violences./i »/p pUn deuxième constat tient à la structuration des programmes. Comme le veut la politique de la chaîne, la propagande s'y drape dans des « effets de réel » et des marques de distinction systématiquement amplifiés par les présentateurs/commentateurs. « iNous allons séquencer [et] vous montrer des images qui ne seront peut-être pas diffusées ailleurs/i, plastronne Eliot Deval. iL'idée, c'est de parler du réel, de ce qui s'est passé. C'est notre boussole […], ne pas détourner le regard./i » La même rhétorique prévaut tout au long de la journée. Là où Thomas Bonnet annonce aux téléspectateurs des images « ique vous ne verrez sûrement pas ailleurs/i » en prenant le contrepied des médias qui « itenteraient de minimiser un peu l'étendue des dégâts/i », Gilles-William Goldnadel célèbre sa chaîne et ses confrères : « iNous sommes […] pratiquement les seuls à montrer le vrai, à montrer le cru./i » Un fonctionnement en circuit fermé, renforcé par la mise à l'honneur d'autres marques du groupe Bolloré – « i[Le JDD] est le seul journal disponible dimanche [à offrir] en Une et l'aspect historique légendaire de cette finale […] [et à parler] des casseurs pathétiques/i » (Eliot Deval) –, mais également par les allers-retours permanents des journalistes d'une émission à une autre. Lorsqu'Eliot Deval n'est pas aux commandes de « L'heure des pros » (à 9h puis à 20h) ou de l'émission « Face à face » (19h) par exemple, il endosse le rôle de commentateur sur le plateau de « Midi News Week-End » et de « Punchline Week-End » – soit environ 5h30 de présence à l'antenne sur une seule journée !/p /br div class='spip_document_16588 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cnews_violences.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH278/cnews_violences-ce9b9.png?1782892236' width='500' height='278' alt='' //a /figure /div p/brUn troisième constat tient à l'écrasement pur et simple du pluralisme. Outre le fait qu'aucun intervenant n'exprime de point de vue à l'encontre du prêt-à-penser ultrasécuritaire et racistespan class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="En dehors de quelques bégaiements de… Sarah Saldmann, qui tentera de mettre (…)" id="nh6"6/a]/span, le panel des invités se caractérise par une omniprésence des syndicalistes policiers. Avec un total de huit passages entre 6h et minuit – dont cinq pour Alliance –, ces derniers sont représentés sur tous les plateaux (en dehors de l'interview de 10h et du format « Face à face »), parfois secondés par des experts sécuritaires de haut-vol : l'ancien général de division de gendarmerie Bertrand Cavallier, par exemple, ou encore Claude Moniquet, présenté comme « ispécialiste terrorisme et renseignements/i ». De quoi largement infléchir la teneur (réactionnaire) et le ton (martial voire militarisé) du commentaire ambiant. Mais aussi sécuriser l'impasse sur le sujet des violences policières – le terme ne sera pas prononcé une seule fois – au profit d'une exaltation de la force… et des mutilations. « iOn nous a retiré les cartouches de LBD/i, se lamente Axel Ronde, porte-parole du syndicat CFTC Police IDF. iMaintenant, on a diminué l'impact, le joule : ça ne leur fait absolument rien ! C'est comme si on leur tirait [sic] avec un pistolet en mousse !/i » Aucun journaliste/présentateur en plateau n'émettra la moindre remarque./p /br h3 class='article_intertitres'« iGuerre civile/i » dans une « iFrance à feu et à sang/i »/h3 p/brEt pour cause… Dans un tel dispositif, l'atmosphère de la chaîne ne peut être que celle d'une surenchère permanente, reposant en l'occurrence sur une amplification systématique des faits de violence, d'une part, et, d'autre part, sur une altérisation/essentialisation/racialisation des auteurs. « iIl faut analyser ces images et ces faits pour ce qu'ils sont/i, prévient Thomas Bonnet. iCe ne sont pas des débordements en marge de célébrations du PSG, ce sont des scènes d'émeutes./i » « iDans les émeutes/i, déclarait son confrère Eliot Deval dans une précédente émission, ivous avez des crans […]. C'est Thibault de Montbrial qui alertait il y a quelques mois en disant qu'aujourd'hui, ils s'attaquent à des bâtiments publics, demain ils s'attaqueront aux bâtiments privés et aux honnêtes gens qui se barricadent./i » Confortés dans leur entre-soi, les commentateurs renchérissent les uns sur les autres. Anthony Favalli parle de « ila plus belle ville du monde saccagée/i », Kévin Bossuet évoque des « iimages de guerre civile/i », Karima Brick un « iprocessus de décivilisation/i » et Caroline Pilastre une « iFrance à feu et à sang/i », quand il ne s'agit pas plutôt d'une « iguérilla urbaine [qui] va véritablement se finir en guerre civile/i ». Présent sur la quasi-totalité des plateaux pour commenter une carte de France où sont répertoriées onze villes où auraient eu lieu des « iscènes de violence/i », le journaliste police-justice Tanguy Hamon gonfle les chiffres en affirmant que la victoire du PSG « ia fait s'embraser absolument toute la France/i » : « iVraiment, c'est vraiment toute la France. Il faut le dire ! C'est toute la France qui s'est embrasée […] pour commettre des violences urbaines./i »/p /br div class='spip_document_16587 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cnews_carte.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/cnews_carte-b6d17.png?1782892236' width='500' height='281' alt='' //a /figure /div p/brVenu assister à certaines comparutions immédiates, a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/06/13/violences-apres-le-sacre-du-psg-loin-de-bandes-organisees-la-justice-dresse-le-constat-d-actes-spontanes-d-auteurs-aux-profils-diversifies_6701670_3224.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i/a (13/06) coupera court à la théorie des « ibandes organisées/i », en relatant notamment que « ila justice dresse le constat d'actes spontanés d'auteurs aux "profils diversifiés"/i ». Et d'ajouter : « iQuasiment pas d'armes, à l'exception notable de mortiers d'artifice. Et beaucoup moins de pillages et de dégradations de biens qu'en 2025/i. » Mais passés au tamis de CNews, ces faits se transforment. Et les mots d'ordre tels que les énonce le journaliste Joachim Le Floch-Imad forment le cadrage de toutes les émissions du dimanche : « iImmigration massive extra-européenne qui n'a pas été intégrée et qui a encore été moins assimilée/i » ; « idésarmement de l'exécutif par une justice toujours plus laxiste/i ». Ou, dans le langage fascisant d'Éric Naulleau :/p blockquote class="spip" pstrongÉric Naulleau :/strong Il y a une partie de la population qui agresse l'autre à la moindre occasion. Il faut défendre la population française. […] Une partie de la population française, ou disons, des gens qui vivent sur le territoire français, a fait sécession. Voilà. Ils se comportent avec leur propres règles, ils vivent selon leurs propres lois, ils pillent quand bon leur semble, ils volent quand bon leur semble, ils tirent sur les policiers quand bon leur semble et ils ne sont pas punis./p /blockquote/br h3 class='article_intertitres'« Eux » vs « nous » : « iL'honnête se barricade ; le voyou exulte/i »/h3 p/brOutre la falsification du réel, on assiste à la criminalisation – voire à la pathologisation – à outrance des « fauteurs de trouble », constamment exclus du « corps social » dominant. La ligne directrice des propagandistes de CNews repose ici sur la fabrication d'antagonismes ethno-sociaux, utilisés comme autant de leviers pour mieux politiser et attiser la haine de « l'autre ». « iInjuste est cet instant où l'honnête se barricade [et] où le voyou exulte/i », synthétise Eliot Deval. Le présentateur Thomas Bonnet paraphrase en opposant « iles honnêtes gens d'un côté, ceux qui se lèvent, qui font tourner l'économie, qui ouvrent leurs magasins, et puis ceux qui en quelques secondes […] vont tout casser/i ». Même procédé chez sa consœur Élodie Huchard : « iOn se dit parfois, ces racailles, ces casseurs, ils ont presque gagné parce que nous, on change nos habitudes ; eux, en revanche, ils continuent./i »/p pOmniprésent, le diptyque « eux » / « nous » se décline à l'envi, assorti d'un champ lexical idoine (recension non exhaustive) :/p /br div class='spip_document_16593 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/eux_nous.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH425/eux_nous-35097.png?1782896534' width='500' height='425' alt='' //a /figure /div p/brL'exacerbation du ressentiment et de la haine raciale est continue, qu'ils s'expriment sans détour ou « à demi-mot », sur des plateaux où tous les intervenants parlent quoi qu'il en soit le même langage. « iLes racailles, pour ne pas employer le mot "barbares" […], étaient de sortie/i », alerte Eliot Deval, là où Anthony Favalli décrit un Paris « iensauvag[é] par une partie de sa population qui n'aime pas la France, qui n'aime pas son propre pays/i ». Reconverti en commentateur tout-terrain, le général Bertrand Cavallier dépeint quant à lui « iune France […] malade d'une maladie contractée il y a plus de 40 ans, qui est aujourd'hui la maladie des zones de non-droit, la maladie de professeurs qui vivent dans une terreur, qui ne peuvent plus enseigner librement, de médecins qui quittent certains quartiers, […] un antisémitisme qui a gagné des zones entières/i ». « iIls ont la haine chevillée au corps/i », ajoute l'éditorialiste Caroline Pilastre sur un autre plateau, tandis que le journaliste Radouan Kourak les qualifiera plus tard encore de « iterroristes/i » : « iIls terrorisent la population, ils brûlent, ils cassent et vraisemblablement, ils peuvent tuer. […] Provoquer des incendies, provoquer de la casse met en danger la population./i »/p pJoachim Le Floch-Imad ne prend lui non plus aucune pincette à l'heure d'en appeler à la « irecivilisation de la société tout entière/i ». « iL'essentiel d'entre eux est irrécupérable/i », soutient-il à propos de jeunes « iqui sont pour une grande partie d'entre eux issus de l'immigration extra-européenne non assimilée/i » et qui « ine se sentent pas culturellement Français pour la plupart/i » : « iOn a aujourd'hui une partie du pays, minoritaire certes, qui en déteste la majorité./i » Son confère Amaury Bucco confirme dans l'émission suivante : « iParfois, il y a des drapeaux algériens, moi j'ai vu des drapeaux africains, etc. Parfois, ils sont Français, mais je veux dire, on sent que leur identité revendiquée n'est pas française./i » Et de travailler le racisme sans relâche :/p blockquote class="spip" pstrongAmaury Bucco :/strong Si les Japonais n'agressent pas d'autres Japonais dans la rue, ce n'est pas parce qu'ils ont peur de la garde à vue, c'est une question de mœurs avant tout. Et pour moi le problème en France, c'est une question de mœurs, c'est pas tellement une question de réponse sécuritaire./p /blockquote pGilles-William Goldnadel est évidemment sur la même longueur d'ondes dans l'émission « Face à face », qui en profite pour célébrer les manifestations du « ivieux peuple anglais/i » contre « il'immigration invasive/i ». Pourquoi ? « iParce que le seul sujet, c'est celui-là ! Faut pas se tromper, c'est le seul sujet./i » Et l'agitateur d'ajouter ses obsessions personnelles à la bouillie raciste :/p blockquote class="spip" pstrongGilles-William Goldnadel :/strong La France […] est le pays où sans doute, un parti taxé d'antisémite et d'anti-Français a chauffé à blanc – si j'ose dire ! – […] cette population jeune pour leur instiller, leur inculquer la haine de la France et des Français./p /blockquote pEt de stigmatiser sans relâche ces « ifils d'immigrés […] qui ont été dressés à mordre/i », notamment par La France insoumise, décrit comme parti politique « iraciste/i » et « ihaineux qui devrait être interdit à ce stade de la détestation de la France et des Français/i ». Le tweet de Clémence Guetté appelant à ne pas sombrer dans la « irépression violente/i » ? « iElle est là pour émasculer le pouvoir français/i, fulmine Goldnadel. iElle a réussi à émasculer le pouvoir français et elle demande à ce que le pouvoir français continue d'être émasculé./i » Il conclut en toute quiétude : « iJ'en veux beaucoup moins à cette population-là qui a été dressée contre les Français que contre les mauvais Français eux-mêmes qui leur ont inculqué la haine de la France et des Français./i »/p pLe diagnostic étant unanimement partagé, ne reste plus aux commentateurs qu'à préconiser leurs « solutions ». Prison, peines planchers, loi anticasseurs et « casseur-payeur », massification des drones, assignations à résidence et interdictions de déplacements… De plaidoyers autoritaristes en surenchère pénale, en passant par une exaltation systématique de la force, le projet de société préconisé par CNews est parfaitement balisé. Il a d'ailleurs ses porte-parole tout trouvés : si Bruno Retailleau et le RN sont souvent cités en exemple par les journalistes, ces derniers ne manquent pas de s'en remettre aux syndicalistes policiers s'agissant du volet « revendicatif ». « iIl faut maintenant que cette haine dans notre pays, qui circule dans les veines de ces personnes, cette haine, elle doit vraiment être contenue/i », résume le syndicaliste Benoît Barret (Alliance) sous les regards bienveillants du plateau. Quant à savoir comment les pouvoirs publics comptent contenir la haine bien réelle déversée à flux continu par une chaîne d'extrême droite bénéficiant d'une fréquence publique…/p p/brstrongPauline Perrenot/strong et strongNils Solari/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« Après la victoire du PSG, l'heure des pros de la surenchère », a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/010626/apres-la-victoire-du-psg-l-heure-des-pros-de-la-surenchere" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a, 01/06./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /span« PSG 2025 vs France 98 : et si les vrais ultras étaient chez Bolloré ? », a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/les-enerve-es/psg-2025-vs-france-98-et-si-les-vrais-ultras-etaient-chez-bollore" class="spip_out" rel="external"Arrêt sur images/a, 02/06/2025./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanMediapart (11/06) a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/100626/jordan-eborgne-par-un-tir-de-lbd-je-suis-alle-voir-le-match-du-psg-et-la-fin-de-la-soiree-j-ai-un-oeil-en" class="spip_out" rel="external"rapporte/a qu'« iau moins deux adolescents de 13 et 14 ans ont perdu un œil lors d'interventions de police/i » et fait état de « i1 832 cartouches de LBD […] tirées [en une nuit] en France hexagonale et outre-mer/i », c'est-à-dire « ipresque la moitié des 4 047 munitions de LBD tirées par la police française pendant toute l'année 2024/i ». Deux témoignages d'éborgnement supplémentaires ont été recueillis par Blast (a href="https://www.youtube.com/watch?v=TLgag9pSS0c" class="spip_out" rel="external"23/06/a et a href="https://www.youtube.com/watch?v=D3A2fp63vzo" class="spip_out" rel="external"25/06/a)./p /divdiv id="nb4" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanSur RMC (01/06), le responsable du RN a notamment déclaré : « iJe dis aux Français : réveillez-vous parce que dans quelque temps, ils casseront la porte des immeubles et ils rentreront dans vos appartements./i »/p /divdiv id="nb5" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanEn dehors des « flashs infos » qui ponctuent ces plateaux de commentaire, totalement marginaux. Sont donc concernées les émissions suivantes : « L'heure des pros Week-End », « 100% Actu », « Midi News Week-End », « Punchline Week-End », « Face à face » et « L'heure des pros 2 Week-End », « 100% Politique Week-End »./p /divdiv id="nb6" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanEn dehors de quelques bégaiements de… Sarah Saldmann, qui tentera de mettre un (semblant de) cadrage social sur la table !/p /div/div
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Marc Bloch au Panthéon : l'éditocratie gâche la fête

lun, 2026-06-29 10:23
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH85/montage_bloch-4d178.jpg?1782721441' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='85' alt="" / div class='rss_chapo'pMarc Bloch et son épouse Simonne Vidal sont entrés au Panthéon mardi 23 juin, sous un cortège de commentaires dépolitisants et de falsifications de la mémoire de l'historien résistant./p/div div class='rss_texte'pFrance Culture, jour de panthéonisation. Guillaume Erner reçoit l'historien au Collège de France Patrick Boucheron, qui signe la postface de iMarc Bloch, l'histoire en résistance/i (Seuil, 2026). Les premières questions du présentateur des « Matins » sont convenues et attendues, en ce jour de célébration républicaine. Boucheron déroule sur la « irévolution/i » apportée par Bloch dans la méthode historique, son ouverture aux autres sciences sociales et sur l'héritage épistémologique de ce dernier. Après le journal de 8h, Boucheron est rejoint en studio par l'historienne Alya Aglan, qui signe iLa double mort de Marc Bloch/i (Champs, 2026). L'entretien se poursuit sur de bons rails et la spécialiste de l'histoire de la Résistance se montre particulièrement éloquente. Jusqu'ici, tout va bien./p /br h3 class='article_intertitres'Guillaume Erner, ou l'art de saboter une interview/h3 p/brC'est après 30 minutes que l'entretien dérape : comme souvent, Guillaume Erner ne peut s'empêcher de ramener la discussion a href="https://www.acrimed.org/Guillaume-Erner-et-la-critique-des-medias"à ses obsessions personnelles/a. Le présentateur tente ainsi très maladroitement de s'appuyer sur une célèbre citation extraite de iL‘étrange défaite/i – ouvrage dans lequel Bloch évoque son rapport au judaïsme – pour essayer de faire réagir ses invités à sa petite analyse sur l'antisionisme contemporain. Le rapport ? Il n'y en a aucun. Ce qui va avoir le don d'agacer les deux historiens./p blockquote class="spip" pstrongGuillaume Erner :/strong [Marc Bloch] conclut : « Je ne revendique jamais mon origine que dans un cas : en face d'un antisémite. » Or, Patrick Boucheron en ce moment, il y a une résurgence – en tout cas, c'est mon analyse – de l'antisémitisme, et d'un antisémitisme qui parfois utilise d'autres visages, avec un certain nombre de termes. Comme l'antisémitisme est devenu un crime, l'antisémitisme politique n'est plus envisageable, alors on utilise d'autres termes, on traite des gens, par exemple, qui n'ont jamais pris de position particulière par rapport à Israël, de « sioniste » voire de « génocidaire »… Qu'est-ce que ça vous inspire cette période particulière, Patrick Boucheron ?/p /blockquote pLe professeur au Collège de France se montre une première fois décontenancé par cette question très alambiquée, sans rapport avec Marc Bloch. Sa réponse est nette :/p blockquote class="spip" pstrongPatrick Boucheron :/strong Et donc, il faudrait dire que Marc Bloch est sioniste parce que… ? […] C'est une faute, c'est une faute historique que de le dire, puisque objectivement, il ne l'est pas »/p /blockquote pErner, n'accepte pas cette tentative de recadrage et insiste lourdement :/p blockquote class="spip" pstrongGuillaume Erner :/strong La question que je posais est différente, Patrick Boucheron […]. C'est celle de savoir tout simplement si un certain nombre d'effacements que l'on voit aujourd'hui et qui sont bien réels dans l'université française, effacements de personnes qui sont traités de « sionistes » […], est-ce que ceci ne s'assimile pas tout simplement à de l'antisémitisme ? Et la glorification de Marc Bloch n'est-elle pas l'une des stratégies de récupération […] ? Mais aussi une forme de célébration d'un juif mort qui est, dans ce contexte, moins gênant que d'autres juifs vivants ?/p /blockquote p« iNe recommençons pas l'assignation/i », cingle alors l'historienne Alya Aglan, qui rappelle que « isous Vichy, c'est la loi qui […] désigne [Marc Bloch] comme juif/i ». Ce nouveau recadrage ne suffit pas à Guillaume Erner, qui revient à la charge. Cette fois, le très mesuré Patrick Boucheron refuse de coopérer :/p blockquote class="spip" pstrong- Guillaume Erner :/strong Mais Patrick Boucheron, les résonances actuelles ?/p pstrong- Patrick Boucheron :/strong Non, non, mais ça, on vous laisse parler tout seul./p pstrong- Guillaume Erner :/strong Mais pourquoi ?/p pstrong- Patrick Boucheron :/strong Mais parce qu'aujourd'hui on est dans un autre sujet…/p /blockquote pL'échange installe un malaise dans le studio. Mais Erner n'entend rien et tente une relance évasive. Boucheron refuse à nouveau de mordre à l'hameçon : « iQuelle est la question ? Je vous ai répondu…/i » Rien n'y fait : le présentateur s'obstine à (re)demander si l'antisionisme n'est pas « itout simplement de l'antisémitisme/i » en prenant une nouvelle fois l'historien panthéonisé en caution, lequel faisait dialoguer l'histoire avec le présent. « iOui, mais avec une responsabilité vis-à-vis du passé, et vis-à-vis du présent/i », rebondit sèchement Patrick Boucheron… Bref : Guillaume Erner, ou a href="https://www.acrimed.org/Guillaume-Erner-face-a-Francesca-Albanese"l'art de saboter une interview/a./p /br h3 class='article_intertitres'« iNi droite, ni gauche/i » : opération dépolitisation/h3 p/brLe matinalier de France Culture n'est pas le seul éditocrate à avoir brillé au cours de cette séquence. Beaucoup vont notamment reprendre à leur compte le cadrage qui s'était imposé partout les jours précédents au cours d'un énième épisode de dépolitisation journalistique, sur fond d'appel à « l'unité nationale » : fallait-il exclure l'extrême droite de la cérémonie de panthéonisation, comme l'a expressément demandé la famille de Marc Bloch ?/p pPoser une question aussi absurde revient normalement à y répondre. Sur France Inter (23/06), Duhamel la formule quand même face à Suzette Blochspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Benjamin Duhamel : « Pourquoi est-ce que vous avez considéré que le RN (…)" id="nh1"1/a]/span, petite-fille de Marc Bloch et dépositaire de son œuvre. « iC'est naturel/i, répond cette dernière. iLe RN sont les héritiers des Waffen-SS qui ont tué mon grand-père. […] Il faut être clair : Marc Bloch était antifasciste. […] c'était clairement un homme de gauche./i » Voici donc ce qu'ont tenté de faire oublier les journaux et les plateaux des jours durant./p pIl y a d'abord ceux qui, comme iLibération/i (20/06), ont judicieusement tendu le micro à un homme politique… de droite, Édouard Philippe en l'occurrence, lui permettant de ne retenir de Bloch que ce qui l'arrange – ici le soldat et le patriote. Il y a ceux, ensuite, qui ont profité de l'événement pour écrire l'hagiographie non pas de l'historien résistant et antifasciste… mais d'Emmanuel Macron ! Ce fut le cas de Daïc Audouit sur France Info, par exemple, pour lequel « isituer politiquement l'héritage politique de Marc Bloch n'est pas aisé/i », et qui est donc allé demander de l'aide à un ancien ministre macroniste (aujourd'hui député, membre de Place publique) pour ce faire : « iBloch, c'est ni droite, ni gauche/i »… dixit Aurélien Rousseau. Corinne Lhaïk creusait déjà le même sillon dans iL'Opinion/i (22/06), dans un article supposément consacré à la panthéonisation de Marc Bloch, mais en réalité totalement à la gloire du président de la République, au terme duquel la journaliste cite anonymement « iun ancien conseiller de l'Élysée/i » : « iMacron, c'est Marc Bloch, capable de théoriser nos angles morts, nos points aveugles. Et il en est victime./i »/p pEt puis il y a surtout ceux qui ont parasité la couverture de la panthéonisation de Marc Bloch, en accordant une place démesurée à la « polémique » (attisée par les droites) sur la présence – ou non – de l'extrême droite à la cérémonie. La question a semblé cruciale à de nombreux journalistes, qui l'ont déclinée sur tous les tons. Froid et informatif : « Marc Bloch : sa famille ne veut pas voir l'extrême droite au Panthéon » (France Info) ; neutre et dépolitisant : « France : la panthéonisation de Marc Bloch soulève des débats » (RFI) ; ou encore, outré et sensationnaliste : « Croisade contre l'"extrême droite", héraut du souverainisme… Pourquoi l'héritage intellectuel de Marc Bloch fait polémique ? » (iLe Figaro/i) Quant à savoir pourquoi ce titre du iFigaro/i n'en a déclenché aucune…/p pComme souvent, iLe Figaro/i s'est particulièrement distingué dans cet exercice. D'abord avec cet article du 24 mai, dans lequel Paul-François Paoli s'étonne que l'historien antifasciste, donné par des collabos français et abattu par la Gestapo, se fasse « iembarquer/i » par « ides historiens militants […] dans leur croisade contre "l'extrême droite"/i » – les guillemets à extrême droite sont authentiques. Puis, le jour de la panthéonisation, le même iFigaro/i publie un hommage somme toute classique, immédiatement modéré par un éditorial « contre-point » du rédacteur en chef, Guillaume Tabard (23/06). Son titre est sans appel : « Un hommage national ne peut exclure personne ». Son combat personnel ? Faire campagne pour que l'extrême droite puisse assister à l'hommage d'un homme qu'elle a assassiné il y a 90 ans : « iSi l'avis d'une famille compte, le propre d'une entrée au Panthéon n'est-il pas de faire accéder une figure particulière à une sorte de propriété nationale, donc collective ?/i » Pour la première fois de sa vie, Guillaume Tabard est favorable à la propriété collective. Gourmand, le journaliste ajoute une autre insanité : « iFaut-il interdire à un adversaire passé ou supposé de lui rendre hommage ?/i » Nous ne saurons pas qui, des fascistes français ou allemands, désigne Guillaume Tabard en parlant d'adversaire « ipassé ou supposé/i »…/p /br h3 class='article_intertitres'De réécritures de l'histoire en diabolisation de la gauche/h3 p/brLa « polémique » sur la présence ou non de l'extrême droite a pris tellement de place dans la presse qu'une partie des commentateurs se sont retrouvés comme une poule devant un couteau face aux images de la cérémonie. En effet, la famille de Marc Bloch s'y est affichée en photo tout sourire aux cotés de l'état-major de La France insoumise./p /br div class='spip_document_16576 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/capture_d_e_cran_2026-06-29_a_09.51_58.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH513/capture_d_e_cran_2026-06-29_a_09.51_58-cfaf0.png?1782721441' width='500' height='513' alt='' //a /figure /div p/brPas de quoi étonner celles et ceux qui avaient entendu Suzette Bloch rappeler sur France Inter que son grand-père était « iclairement un homme de gauche/i », « iantifasciste/i », et que ses valeurs s'étaient « itransmises jusqu'à eux/i » ; mais de quoi provoquer un désarroi monumental chez tous les contempteurs de ce mouvement politique qui, comme Guillaume Erner, se sont auto-convaincus que l'antisémitisme était l'apanage des Insoumis – et le font savoir à grands cris./p pSur le plateau de « 28 Minutes » (Arte, 26/06), Renaud Dély peine ainsi à contenir son agacement – « iC'est un acte politique, très clairement… C'est une forme de récupération…/i » – et s'empresse ensuite de couper court à la critique (sans doute un peu trop poussée à son goût) qu'exprime l'historien Léo Rosell à propos de la réécriture de l'histoire par l'extrême droite. La parole est à l'essayiste réactionnaire Noémie Haliouaspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Membre du comité éditorial de La nouvelle revue politique, dont la (…)" id="nh2"2/a]/span, qui profite du tapis rouge et ne sera, elle, nullement interrompue :/p blockquote class="spip" pstrongNoémie Halioua :/strong La France insoumise ne représente pas du tout l'idéal républicain que portait Marc Bloch. […] La République, c'est l'intégration, c'est l'idée que les gens qui viennent d'ailleurs rejoignent l'idéal français. Or, la « nouvelle France » [de LFI], c'est exactement l'inverse ! C'est de dire : « Nous arrivons en France et nous voulons imposer nos codes aux autres. » Ce sont des logiciels extrêmement différents./p /blockquote pCroyez-en l'expertise de Noémie Halioua !/p pSur le réseau social X également, les réactions déconfites pleuvent. Florilège du commentariat bourgeois en pleine panique, devant l'échec de son opération dépolitisation/récupération :/p blockquote class="spip" pstrong- Rudy Reichstadt :/strong Cette photo, j'avoue que je n'étais pas prêt. Je veux croire que c'est l'une de ces ironies de l'histoire sur lesquelles Marc Bloch aurait probablement écrit des choses lumineuses./p pstrong- Géraldine Woessner :/strong Je n'ai jamais compris cette révérence grotesque, largement entretenue par les médias, envers les enfants ou petits-enfants d'untel ou unetelle… La vertu ne s'hérite pas. Elle n'est pas inscrite dans les gènes./p pstrong- Eugénie Bastié :/strong Illustration de la capacité infinie à s'indigner des turpitudes d'hier en se donnant le beau rôle tout en s'aveuglant complaisamment sur celles d'aujourd'hui./p pstrong- Denis Olivennes :/strong On dit Marc Bloch ou Marc Bloche ?span class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Denis Olivennes fait ici très probablement référence à la « polémique » sur (…)" id="nh3"3/a]/span/p pstrong- Frédéric Haziza :/strong Ainsi Manuel Bompard, le sous-chef de la meute « passionnément antisémite » ose se livrer à une opération de récupération politique en s'appropriant la mémoire de Marc Bloch assassiné par les nazis parce que né Juif. […]/p pstrong- Jean Quatremer :/strong On est souvent trahi par sa descendance... L'intelligence, la vertu, le courage ne sont pas héréditaires./p /blockquote pEtc./p pDans iCauseur/i (24/06), Élisabeth Lévy, jamais avare d'une outrance, s'indigne elle aussi : « iEmmanuel Macron, pourtant garant de l'unité de la nation […] en a donc profité pour faire la chasse à "l'extrême droite"/i » – les guillemets à extrême droite sont encore une fois authentiques. Dans iL'Opinion/i également, la panthéonisation de Bloch est l'occasion de parler de la « ipoussée des extrêmes/i » : « iÀ gauche avec Jean-Luc Mélenchon et le discours antisémite développé par La France insoumise. À droite avec Marine Le Pen ou Jordan Bardella pour le Rassemblement national et ses penchants autoritaires et antieuropéens./i » Le « quotidien libéral » de Bernard Arnault ne met donc pas Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen sur le même plan, il fait pire : le premier porterait un « idiscours antisémite/i », quand la seconde n'a que des petits « ipenchants/i » problématiques./p pDans cette ambiance, la bride est lâchée sur CNews (24/06) : « iQu'est-ce qui restera de Marc Bloch hier ? La France Insoumise !/i », s'emballe Pascal Praud. Sa chroniqueuse Eugénie Bastié, recrutée par le service public pour les futures interviews des candidats à l'élection présidentielle, donne un avant-goût de sa finesse d'analyse : « iVoir Marc Bloch célébré par les centristes bureaucrates et le parti des nouveaux antisémites, il y a quelque chose de savoureux là-dedans./i » Fustigeant ensuite le « itropisme d'extrême gauche/i » de Suzette Bloch, elle ajoute : « iJ'ai trouvé très choquant qu'elle appelle à ce que le RN soit exclu de la cérémonie./i » « iC'est une honte totale/i », renchérit Éric Naulleau avec des accents maurassiens : « iQue cette cérémonie soit récupérée par ce qui est devenu un parti de l'étranger, c'est une honte pour la France./i » Bref, pendant 25 minutes, le plateau d'extrême droite n'a que faire de Marc Bloch et ne discute que de La France insoumise. Praud verbalise d'ailleurs son désintérêt pour Bloch : « iC'est-à-dire que c'est… Pfff… Y a vraiment, y a d'autres priorités, on va le dire comme ça…/i ». Et de livrer son bilan de l'événement : « iOn célèbre La France insoumise au Panthéon ! Emmanuel Macron célèbre La France insoumise au Panthéon ! On en est là…/i »/p /br h3 class='article_intertitres'Quand le pôle réactionnaire pousse son agenda/h3 p/brAu même moment sur France Inter, les deux matinaliers reçoivent le député RN Jean-Philippe Tanguy (24/06) et lui proposent… de répondre aux déclarations de Suzette Bloch, à sa place la veille. Mieux : la chaîne YouTube de France Inter met en scène cette réponse dans un « short » destiné à « buzzer » sur la plateforme américaine. Celui-ci est titré : « Jean-Philippe Tanguy répond à Suzette Bloch ». Ce qui nous amène à cette question : qu'aurait fait de différent la chaîne YouTube du Rassemblement National ?/p pLes flots de commentaires réactionnaires entourant la panthéonisation de l'historien résistant ne vont malheureusement pas s'arrêter là. Après La France insoumise, c'est au tour de Patrick Boucheron d'être repeint… en odieux antisémite. La contradiction qu'il opposa à Guillaume Erner dans la matinale de France Culture et son refus de parler d'autre chose que de Marc Bloch – c'est-à-dire d'entériner l'analyse droitière du « inouvel antisémitisme/i », apanage de la gauche (et des musulmans) –, n'est pas passée dans les rédactions de droite./p pLe jour même de l'entretien, une offensive est lancée depuis les pages du iPoint/i, rapidement relayée par iL'Express/i et Atlantico. Sous la plume de son « grand reporter » Saïd Mahrane, iLe Point/i est à deux doigts de qualifier Patrick Boucheron d'antisémite : « iSur France Culture, le professeur au Collège de France a refusé de répondre à une question sur la montée contemporaine de la haine contre les juifs./i » L'article, manifestement pondu à la hâte, parle de « itrahison des clercs/i ». Les sphères réactionnaires s'enflamment sur les réseaux et redoublent de commentaires outranciers. Tous les habitués du comptoir sont au rendez-vous : Sophia Aram, Gilles-William Goldnadel, Ferghane Azihari, Anne Rosencher, etc. Et dans la journée, un illustre toutologue franchit allègrement le pas (X, 24/06) :/p blockquote class="spip" pstrongJacques Attali :/strong Le silence de Patrick Boucheron est une marque d'antisémitisme aussi terrible que les insultes les plus explicites. Le professeur d'histoire au Collège de France perd toute dignité et toute légitimité./p /blockquote pComme d'habitude, ce commentariat radicalisé manie l'accusation d'antisémitisme avec une légèreté confondante et irresponsable, dont l'effet est de trivialiser un mot désignant un racisme pourtant bien réel – et dont Patrick Boucheron ne s'est évidemment pas rendu coupable en refusant, un jour de panthéonisation, d'avaliser les obsessions de Guillaume Erner et de toutes les sphères réactionnaires./p /br centerstrong***/strong/center p/brQue pouvait-on attendre du récit médiatique de la panthéonisation de Marc Bloch, dans des médias qui, il y a trois mois à peine, a href="https://www.acrimed.org/Antifascisme-et-LFI-les-medias-brutalisent-le"répétaient en chœur/a que « il'antifascisme est le nouveau fascisme/i » ? La réponse à cette question est, hélas, sous nos yeux : les mêmes biais et partis pris que n'importe quel autre jour de l'année. Mépris du savoir académique, falsifications historiques, diabolisation de la gauche et réhabilitation de l'extrême droite : un comble le jour où il s'agissait de rendre hommage à un universitaire de gauche assassiné par des fascistes./p p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanBenjamin Duhamel : « iPourquoi est-ce que vous avez considéré que le RN n'avait pas sa place à cette cérémonie ?/i »/p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanMembre du comité éditorial de La nouvelle revue politique, dont a href="https://nouvellerevuepolitique.fr/qui-sommes-nous/" class="spip_out" rel="external"la composition/a signe une orientation allant de la droite radicalisée à l'extrême droite./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanDenis Olivennes fait ici très probablement référence à la « polémique » sur la prononciation du nom du pédocriminel Epstein, qui a valu à LFI un énième procès en antisémitisme : l'un des pires épisodes de diabolisation de ces trois dernières années./p /div/div
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Le Pen, LFI et l'antisémitisme : l'intox de Guillaume Erner

jeu, 2026-06-25 17:33
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/erner_intox-47069.png?1782401637' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" / div class='rss_chapo'pFrance Culture, 24 juin./p/div div class='rss_texte'pMercredi 24 juin, Guillaume Erner reçoit Marine Le Pen dans « Les Matins » de France Culture. Après 10 minutes de complaisance, Guillaume Erner en vient « iaux répercussions de ce conflit israélo-palestinien en France, avec la question de l'antisémitisme/i ». Pour ce faire, le présentateur lance alors un « sonore », qu'il indique avoir lui-même « itrouvé sur les réseaux sociaux/i ». Le principe de ce « ipetit montage/i » ? Dans les mots d'Erner : « i[comparer] Jean-Luc Mélenchon et Jean-Marie Le Pen sur la question de l'antisémitisme »./i/p pRésumons : Guillaume Erner tient face à lui une représentante du principal parti d'extrême droite ; ce parti a été fondé par des collabos et des Waffen-SS ; il s'est illustré tout au long de son histoire par son négationnisme et son antisémitisme ; on ne compte plus les déclarations pétainistes, antisémites ou racistes de nombre de ses élus. Dans cette situation, que fait le présentateur de la matinale de France Culture « isur la question de l'antisémitisme/i » ? Il diffuse un montage « itrouvé sur les réseaux sociaux/i » pour suggérer que le principal parti de gauche est aujourd'hui antisémite… et même tout autant que le parti d'extrême droite. Peut-être même plus ? Car Erner ne s'en tient pas là et tend une nouvelle perche à son invitée : « iQuand, Marine Le Pen, avez-vous décidé de rompre avec l'antisémitisme de votre père ?/i » La prémisse de sa question est très claire : le RN a rompu avec l'antisémitisme. Contrairement à la gauche, si l'on en croit le présentateur et son « ipetit montage/i »./p pLe scandale ne s'arrête hélas pas là : le montage diffusé par Erner est en réalité… fallacieux. Il détourne des propos de Jean-Luc Mélenchon sur « iles élites/i », extraits d'un entretien avec Natacha Polony en 2017, dans lequel il n'était absolument pas question des juifs… Le montage trompeur a en fait été produit par le média numérique Léon, sorte de Franc-Tireur pour les réseaux sociauxspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Arrêt sur images le décrit comme un « média conservateur, défendant une (…)" id="nh1"1/a]/span./p pLa séquence ne passe pas inaperçue : LFI a href="https://www.liberation.fr/politique/caste-et-juifs-lfi-saisit-larcom-contre-france-culture-apres-une-manipulation-des-propos-de-melenchon-20260625_LOF2IOXVV5GSPJQO2PVMER4JPY/" class="spip_out" rel="external"saisit l'Arcom/a et face aux réactions qui se multiplient, France Culture publie un correctif a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins/marine-le-pen-est-l-invitee-des-matins-4247013" class="spip_out" rel="external"sur son site/a et a href="https://x.com/franceculture/status/2070066654080282653" class="spip_out" rel="external"sur X/a : « iDans "Les Matins" de ce mercredi 24 juin, l'extrait audio diffusé à 10:35, qui n'avait pas été sourcé à l'antenne, provient de "Léon le média". C'était un montage fallacieux, ce que nous avons réalisé a posteriori. Cet extrait n'aurait donc pas dû être diffusé. La direction de la chaîne et Guillaume Erner tiennent à présenter leurs excuses aux auditrices et auditeurs./i »/p pMais comme le note a href="https://www.arretsurimages.net/articles/antisemitisme-face-a-le-pen-erner-diffuse-un-extrait-mensonger-sur-melenchon" class="spip_out" rel="external"Arrêt sur images (25/06)/a, « ini le 24 juin, une fois l'entretien terminé, ni le 25 juin, malgré la polémique suscitée, Guillaume Erner n'a jugé utile de corriger, nuancer, ou s'excuser à l'antenne dans son émission Les Matins/i ». a href="https://www.acrimed.org/Rima-Hassan-et-la-drogue-fiasco-mediatique"Comme de coutume/a, les « mea culpa » superficiels ne sont pas diffusés dans les mêmes conditions que l'intox : les réseaux sociaux pour les premiers, le direct d'une matinale pour la seconde./p pDans la foulée du communiqué de la station, les sociétés de journalistes de France Culture et de Radio France « ise désolidarisent/i » a href="https://bsky.app/profile/sdjradiofrance.bsky.social/post/3mp4irwpuzs23" class="spip_out" rel="external"à leur tour/a de Guillaume Erner, et réclament contre le producteur « les mesures qui s'imposent »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Signalons aussi le communiqué du SNJ-CGT Radio France (25/06). Mise à jour (…)" id="nh2"2/a]/span./p /br centerstrong***/strong/center p/brNous documentons cette dynamique médiatique depuis de longues années : le blanchiment de l'extrême droite se fait notamment au prix d'une diabolisation de la gauche. Nous en sommes au stade où le présentateur de la matinale de France Culture peut diffuser un faux grossier, qu'il a repris les yeux fermés d'un obscur média pour tenter de faire croire que l'antisémitisme est aujourd'hui l'apanage de la gauche. Devra-t-on, cette fois encore, se contenter de piteuses excuses ?/p p/brstrongJérémie Younes/strong/p p/brstrongAddendum (26/06) :/strong Vendredi 26 juin, France Culture diffuse sur son antenne le message suivant :/p blockquote class="spip" pstrongGuillaume Erner :/strong Bien que n'étant pas à l'antenne aujourd'hui – c'était prévu de longue date –, je tenais à revenir sur la matinale de mercredi, au sujet de laquelle je tiens à vous présenter mes excuses. À l'occasion de mon interview de Marine Le Pen, j'ai fait le choix de diffuser un montage audio, dans lequel on pouvait entendre des extraits de Jean-Marie Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. Ce que j'ai omis de dire, et c'est une première erreur, c'est que ce montage audio je l'avais trouvé sur les réseaux sociaux, il provenait de Léon le média, j'aurais dû préciser cette source. Qui plus est, je n'avais pas vérifié scrupuleusement le contenu de ce montage audio, il s'avère qu'il était fallacieux. Je l'ai constaté a posteriori et je le regrette. On a supprimé cet extrait audio du replay de l'émission, sur le site et l'application Radio France. Je tiens à nouveau à vous présenter mes excuses. Ça n'est pas conforme à mon éthique professionnelle. Je ferai tout ce qu'il faut, je serai vigilant à l'avenir, pour que ça ne se reproduise plus. C'est essentiel puisque que ça touche à ce que nous avons de plus précieux : le lien de confiance qui nous unit. Chers auditrices et auditeurs, j'ai fait deux erreurs et je m'en excuse./p /blockquote/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanArrêt sur images a href="https://www.arretsurimages.net/articles/antisemitisme-face-a-le-pen-erner-diffuse-un-extrait-mensonger-sur-melenchon" class="spip_out" rel="external"le décrit/a comme un « imédia conservateur, défendant une ligne pro-israélienne et anti-LFI/i »./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanSignalons aussi a href="https://bsky.app/profile/cgt-radiofrance.bsky.social/post/3mp4mtldwfc2h" class="spip_out" rel="external"le communiqué/a du SNJ-CGT Radio France (25/06). iMise à jour (26/06) : voir aussi a href="https://fr.linkedin.com/posts/sylvain-bourmeau-ab8196183_marine-le-pen-%C3%A9tait-ce-mercredi-linvit%C3%A9e-activity-7475939675036160000-eAoL" class="spip_out" rel="external"le communiqué/a de la Société des Producteur·ices de France Culture (25/06)./i/p /div/div
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Pétition : Dégageons les capitalistes des médias !

jeu, 2026-06-18 08:26
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH83/milliardaires-ec0e3.png?1781763965' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt="" / div class='rss_chapo'pPour signer la pétition, a href="https://framapetitions.org/petition/org/acrimed/petition-degageons-les-capitalistes-des-medias" class="spip_out" rel="external"cliquez ici/a./p/div div class='rss_texte'pEn 1944, le programme du Conseil national de la résistance (CNR) défendait la liberté de la presse et son indépendance « à l'égard de l'État, des puissances d'argent et des influences étrangères »./p p80 ans plus tard, le constat est alarmant : tout en captant la majorité des aides publiques à la presse et en bénéficiant de fréquences publiques, une poignée de capitalistes, pour la plupart milliardaires, contrôle les principaux médias du pays : Bouygues (TF1, LCI, TMC), Arnault (iLe Parisien/i, iLes Échos/i, iParis Match/i, iChallenges/i), Saadé (BFM-TV, RMC, iLa Provence/i, Brut), Bolloré (Canal+, CNews, Europe 1, iLe JDD/i, iCapital/i, iVoici/i), Kretinsky (iMarianne/i, T18, iFranc-Tireur/i, iElle/i), Dassault (iLe Figaro/i), Pinault (iLe Point/i), Niel (iLe Monde/i, iLe Nouvel Obs/i, iTélérama/i, iNice Matin/i), Pigasse (Radio Nova, iLes Inrockuptibles/i, Le HuffPost), etc./p pCes capitalistes n'hésitent pas à peser de tout leur poids sur les orientations éditoriales de leurs médias, soit par des interventions directes, soit en nommant des directions aux ordres qui influent en cascade sur les productions ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span ils instrumentalisent leurs médias pour mener des campagnes politiques et, par temps d'élections, peser sur le débat démocratique en promouvant leurs candidats ou en dénigrant ceux qui leur déplaisent – avec un pôle réactionnaire de plus en plus puissant, œuvrant dorénavant activement à la victoire de l'extrême droite ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span ils mettent les médias qu'ils possèdent au service de leurs intérêts et de leurs activités économiques parallèles ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span ils utilisent leurs médias comme un levier d'influence pour construire, promouvoir ou restaurer leur image publique ;/p pÇa suffit !/p pFace à la complaisance des pouvoirs publics et à la faillite des principales institutions chargées de « réguler » le paysage de l'information, libérer les médias du pouvoir de l'argent est une urgence démocratique./p pC'est pourquoi, dans le but de contrecarrer la financiarisation des médias, la concentration du secteur et l'uniformisation des contenus qui en découle, nous revendiquons la mise en œuvre d'une loi visant à :/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span interdire le contrôle des entreprises médiatiques par des firmes qui sont présentes dans d'autres secteurs d'activité économique et, en particulier, par des firmes qui dépendent de l'obtention de marchés publics ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span interdire le contrôle de plus d'un média par un même propriétaire ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span interdire les concentrations verticales, en amont ou en aval de la chaîne de production et de diffusion de l'information et de l'édition (sociétés de production, infrastructures et opérateurs de télécommunications, agence de publicité, points de vente et de diffusion, etc.)/p pCes revendications ne constituent ni des atteintes à la liberté de la presse, ni au pluralisme : elles sont au contraire des leviers indispensables pour les défendre. En particulier aujourd'hui, où loin de protéger l'exercice du journalisme, des capitalistes licencient en masse et dégradent davantage encore les conditions de travail./p pL'objectif est simple : soustraire l'information à l'emprise des capitalistes milliardaires, sans la soumettre en retour au pouvoir politique. Mais la réappropriation démocratique des médias devra aller plus loin. Combattre les « puissances d'argent » implique aussi de leur opposer des alternatives et adopter ainsi un ensemble de mesures visant (entre autres) à renforcer les médias sans but lucratif – incluant le secteur public et le « tiers secteur » (médias associatifs, coopératives, etc.) – et à garantir les droits des journalistes et des salariés des médias. Un combat qui vaut aussi dans le champ culturel et de l'édition, avec les mêmes enjeux d'indépendance et de pluralisme./p pL'information est un droit et la question des médias est une question politique de premier plan qui nous concerne toutes et tous. Ce ne sont pas de perspectives ou de moyens d'action dont nous manquons, c'est d'une mobilisation collective et d'une volonté d'action de la part des pouvoirs publics : il est temps d'agir !/p pstrongPour signer la pétition, a href="https://framapetitions.org/petition/org/acrimed/petition-degageons-les-capitalistes-des-medias" class="spip_out" rel="external"cliquez ici/a./strong/p/div
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Plans de licenciements dans la presse : « Il est temps qu'on se mobilise tous ensemble »

mer, 2026-06-17 08:49
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH82/illu_entretien_1806-a09cd.png?1781678962' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='82' alt="" / div class='rss_chapo'pFace aux plans de licenciements en série dans la presse du capitalspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Pour un panorama non exhaustif, lire « Dans la presse écrite, les plans (…)" id="nh1"1/a]/span, l'intersyndicale organise a href="https://www.acrimed.org/Appel-a-mobilisation-le-18-juin-a-Paris-pour"une journée de mobilisation/a ce jeudi 18 juin et des préavis de grève sont déposés. Entretien croisé avec trois journalistes : Geneviève Thivat, journaliste à iLa Montagne/i ; Agnès Briançon, journaliste au iDauphiné Libéré/i et porte-parole du SNJ ; et Emmanuel Vire, journaliste à iGeo/i et porte-parole du SNJ-CGT./p/div div class='rss_texte'pstrongAcrimed : Vous exercez dans trois groupes de presse différents qui mènent tous en ce moment des plans de licenciements. Quelle est la situation dans vos groupes de presse respectifs ?/strong/p pstrongGeneviève Thivat :/strong Le groupe Centre France a annoncé un projet de suppression de 152 postes. Centre France, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est huit titres quotidiens, ainsi que des hebdos. Nous sommes autour de 1 500 salariés pour le groupe. Le siège, c'est le journal iLa Montagne/i, le navire amiral comme on dit, le titre historique du groupe. Nous sommes un peu moins de 500 en CDI aujourd'hui à iLa Montagne/i. Dans le cadre de ce PSE, ce sont 65 postes qui sont menacés, parmi lesquels 25 de journalistes, car évidemment, pour faire marcher un journal, il ne faut pas que des journalistes./p p/brstrongLa situation est moins claire dans le groupe Ebra. Là, vous savez que des postes seront supprimés, mais le plan de licenciements n'a pas encore été lancé officiellement, c'est bien cela ?/strong/p pstrongAgnès Briançon :/strong En effet, c'est ça. Nous le savons depuis le mois de septembre dernier et l'arrivée de la nouvelle présidente du groupe Ebra qui est Sophie Gourmelen. L'actionnaire principal du groupe Ebra est le Crédit Mutuel. Quand Sophie Gourmelen est arrivée, elle nous a bien expliqué que le Crédit Mutuel demandait un retour à l'équilibre sous 2 ans. Elle a donc parlé d'un « plan de transformation ». Et on sait bien ce que ça veut dire un « plan de transformation » : c'est un plan de licenciements, évidemment. Donc depuis septembre, les salariés sont dans l'angoisse d'attendre ce plan de licenciements. Quand est-ce qu'elle va l'annoncer ?span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Le PSE du groupe Ebra sera annoncé dans chaque titre le lundi 22 juin." id="nh2"2/a]/span Quelle sera l'ampleur de ce plan ? Qui est-ce que ça va toucher ? Des journalistes, des administratifs, des ouvriers du livre ? Est-ce qu'on ferme des rotatives ? Le groupe Ebra, c'est neuf titres qui couvrent toute la façade est et sud-est de la France : iLes Dernières Nouvelles d'Alsace/i, iL'Alsace/i, iVosges Matin/i, iL'Est républicain/i, iLe Républicain lorrain/i, iLe Progrès/i, iLe Journal de Saône-et-Loire/i, iLe Bien public/i, iLe Dauphiné libéré/i, et on descend jusqu'à iVaucluse Matin/i. Ce sont 800 000 exemplaires qui sont diffusés chaque jour. On compte 1 500 journalistes et environ 3 200 salariés au total. Depuis septembre, c'est l'inquiétude, et nous avons une multiplication des arrêts de travail liés à ce stress./p p/brstrongNous arrivons maintenant à un cas un peu différent, celui du groupe Prisma. C'est donc un groupe qui a été racheté par Vincent Bolloré et c'est une véritable a href="https://www.acrimed.org/Censure-course-aux-clics-et-burn-out-dans-les"casse sociale/a depuis le rachat. Peux-tu nous faire un état des lieux ?/strong/p pstrongEmmanuel Vire :/strong Oui, Prisma Media, c'est le leader de la presse magazine. 40 marques, plus de 40 millions de Français qui lisent, regardent ou écoutent une production du groupe chaque mois. C'est en gros 25% du marché de la presse magazine française, racheté en juin 2021 par Bolloré. À l'époque, ils ont laissé ouverte une « clause de conscience » pendant 18 mois pour les journalistes, ce qui était inédit et a abouti au départ de 47% des journalistes permanents. C'est-à-dire 197 journalistes, qui n'ont même pas été remplacés à 50%. Donc dès 2021, nous avions un PSE à bas bruit…/p pBolloré ne fait pas grand-chose à part de la casse sociale avec Prisma Media. Il a mis à sa tête Claire Léost, passée par le groupe Lagardère et qui est restée PDG jusqu'à l'été 2025 – date à laquelle elle est devenue directrice de CMA Média (CMA-CGM). Elle a donc été remplacée il y a un an par Arnaud Lagardère. Et les Dalton sont arrivés, comme on les appelle, c'est-à-dire tout le staff Bolloré en plus d'Arnaud Lagardère : Gérald-Brice Viret, directeur général de Canal+, Serge Nedjar et Michel Sibony, membre des comités exécutifs des groupes Vivendi et Canal+, notamment. À partir de là, c'est la méthode Bolloré classique qui se met en place. D'abord, ils s'en prennent au magazine économique iCapital/i, dont ils changent la ligne éditoriale au profit d'une ligne d'extrême droite, avec des couvertures sur les migrants, la gabegie de l'audiovisuel public, etc. Et surtout, ils les déménagent en même temps rue des Cévennes, là où il y a le pôle facho avec CNews, iLe JDD/i, iLe JDNews/i, Europe 1. Il y avait 27 journalistes à iCapital/i, il n'y en a plus que 12 aujourd'hui. Idem au iJDD/i : avant la grève, il y avait 120 équivalents temps plein, aujourd'hui, il en reste 27. Quant à Prisma, nous étions 900 au moment du rachat de Bolloré, en juin 2021. Nous sommes tombés à 650 aujourd'hui, en sachant que sur ces 650, il reste moins de 300 journalistes. Le nouveau plan social qui a été annoncé, c'est carrément 40% des effectifs : 265 postes supprimés, ce qui nous ferait tomber à moins de 400./p p/brstrongLes plans de licenciements que vous vivez s'inscrivent dans un contexte plus large. Il y a en ce moment une véritable vague de destruction d'emplois dans la presse. Quelles sont les raisons invoquées par vos actionnaires pour sabrer ainsi dans leurs activités médias ?/strong/p pstrongAgnès Briançon :/strong Pour le groupe Ebra, l'objectif invoqué est vraiment le retour à l'équilibre financier, voire la rentabilité. Clairement, aujourd'hui, le Crédit Mutuel ne veut plus perdre d'argent avec sa branche média, même si elle représente peut-être 1% de tout son chiffre d'affaires. Dans son résultat d'exploitation, on ne représente rien, nos pertes ne représentent rien pour le Crédit Mutuel, mais il n'empêche : il faut revenir à l'équilibre et la directrice qui a été nommée n'a que deux ans pour le faire. On sait que pour revenir à l'équilibre en deux ans, il n'y a qu'une solution : couper, licencier. Il y a aussi eu, depuis, des tentatives d'avoir recours à l'IA, notamment à iL'Est républicain/i, et on sait qu'elle va nécessairement s'appuyer sur cela pour supprimer des postes. Toujours avec ce même objectif : avoir une branche média qui serait rentable…/p pstrongGeneviève Thivat :/strong C'est un peu la même chose au groupe Centre France, et nous enchaînons les plans sociaux dans cet objectif depuis des années. On était sur un plan de départs volontaires autonome qui se terminait fin juin… et on en lance un nouveau avant même que celui-ci soit arrivé à son terme. Dans les causes structurelles qui plombent nos comptes, il y a bien sûr la baisse de la diffusion payée. À titre d'exemple, on est en dessous des 100 000 exemplaires vendus pour iLa Montagne/i. Quand j'ai été embauchée dans les années 1990, le journal était tiré à 250 000 exemplaires. Aujourd'hui, ce doit être environ à 120 000, et on doit en vendre peut-être 95 000. L'objectif d'avoir une part de chiffre d'affaires conséquent venant du numérique pour amortir cette baisse de diffusion payée n'a pas été atteint. C'est la conjugaison de tout ça qui fait qu'au final, ils tapent sur l'emploi./p pLe problème, c'est que c'est un cercle vicieux. Supprimer des emplois, ça dégrade la qualité de l'information. Au iPopulaire du Centre/i par exemple, vont être fermées 2 agences locales, Bellac et Saint-Junien. L'an dernier : l'agence de Riom de iLa Montagne/i a été fermée. Trois personnes continuent de couvrir Riom, mais depuis Clermont-Ferrand, éloignant le titre de son lectorat. Dans les agences, vu la baisse des effectifs de journalistes et la surcharge de travail qui en résulte, il y a beaucoup de souffrance au travail. Les horaires de travail sont complètement délirants… En plus, désormais, la direction nous demande de tout miser sur l'« hyper proximité », mantra du directeur général qui est arrivé récemment à la tête du journal. Et dans les faits, où est-ce qu'on supprime des postes ? Encore dans les agences locales… C'est complètement absurde. Pour faire un journal de proximité et de qualité, il faut des moyens humains : ce n'est pas l'IA qui va aller interroger Mme Michu qui a repris une épicerie abandonnée depuis 30 ans, ou qui va aller couvrir une grève à La Souterraine./p p/brstrongEn effet, cela ressemble à un cercle vicieux : on vous coupe les vivres parce que la diffusion payée baisse, mais en vous coupant les vivres, on dégrade la qualité de l'information, ce qui va continuer de faire baisser la diffusion payée. On peut penser qu'il faudrait faire exactement le contraire…/strong/p pstrongAgnès Briançon :/strong On a des directions qui ne se rendent pas compte de l'importance de la presse quotidienne régionale et qui disent : « Il faut faire des papiers qui font du clic ». Or, les papiers qui font du clic, c'est du fait divers, c'est parfois le truc people, parfois les histoires d'animaux. Vous pouvez faire une jolie histoire avec un animal, un chien qui a été retrouvé 20 ans après, vous faites du clic à 100% avec ça. L'information pour le lecteur, elle est proche de zéro, mais ça fait du clic. On a par ailleurs moins de temps pour faire les reportages, donc forcément, on propose moins d'informations nouvelles, inédites, on révèle beaucoup moins de choses à nos lecteurs. Aujourd'hui, je reste une demi-heure voire trois quarts d'heure sur un reportage, alors qu'avant, je savais que je pouvais rester une heure et demie, deux heures, discuter avec les gens, trouver d'autres sujets, d'autres angles, d'autres contradictoires./p pOn nous demande aussi d'être extrêmement polyvalents, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, quand un rédacteur part en reportage, il fait son reportage, ses photos, éventuellement un petit bout de son parce qu'il faudra en faire un podcast, mais aussi un petit bout de vidéo parce qu'il faudra faire de la vidéo ; puis attendez, la vidéo, il l'envoie tout de suite, parce qu'il faut que ça aille sur le web tout de suite. Quand il rentre, il faut faire le diapo, et puis seulement après, on se met à faire le papier. Vous imaginez bien qu'après tout ça, l'article, il n'est plus à la hauteur de ce qu'on peut imaginer./p pDonc je pense qu'on propose à nos lecteurs une offre qui est tout simplement de moins bonne qualité, non par la faute des journalistes, mais parce qu'on n'a plus les conditions de travail qui nous permettent de faire notre métier correctement. Plutôt que de se dire « on met l'argent nécessaire pour aller chercher de l'information que les autres n'ont pas, qui apporte une vraie valeur ajoutée », eh bien non : on décide de faire au plus vite, au plus simple, parce qu'il faut remplir des pages, et parce que plus de pages, ça veut dire plus de potentiels encarts de pub./p p/brstrongDu côté de Prisma, il n'y a même pas l'excuse de la rentabilité : le groupe est déjà bénéficiaire, mais licencie quand même…/strong/p pstrongEmmanuel Vire :/strong Bolloré n'a en effet aucune raison de lancer un plan de cette ampleur-là. Il faut savoir qu'en 2025, comme chaque année depuis sa création en 1979, Prisma Media a été bénéficiaire avec 6 millions d'euros de bénéfices net. Mais évidemment, ça ne lui suffit plus. Il nous dit qu'il faut retrouver de la rentabilité, mais derrière, c'est un plan de décroissance et de fermeture de Prisma Media dont il est question. Un directeur m'a dit que la presse magazine, c'était fini, qu'elle n'avait aucun avenir et qu'il fallait arrêter avec ces conneries. Évidemment, nous, nous pensons tout à fait le contraire./p pEt puis il y a un autre plan social dont on ne parle jamais, c'est celui qui touche les journalistes rémunérés à la pige, alors que la presse magazine ne pourrait pas fonctionner sans eux. C'est une armée de précaires qui fait les magazines du groupe Prisma. On avait 980 pigistes qui collaboraient avec Prisma Media en décembre 2020, c'est-à-dire avec un minimum d'une pige par an, pour une masse salariale de 6,5 millions d'euros par an. En décembre 2025, il n'en restait que 480 pour une masse salariale de 2,4 millions d'euros. Vous le voyez le PSE à bas bruit qui a couru sur les cinq dernières années ? On a liquidé tous les pigistes qui avaient peu de collaboration avec Prisma. Donc la seule question qui se pose ici et maintenant, c'est : pourquoi Bolloré a-t-il racheté Prisma Media ? Alors c'est une bonne opération financière : il l'avait racheté au groupe allemand Bertelsmann pour 170 millions… qu'il a récupérés rien qu'en vendant iGala/i et iParis Match/i. À ce moment-là, il était donc à zéro. Il a eu le coût des clauses de cession, 25 millions, mais avec le bénéfice total qu'il a pris entre 2021 et 2025, il a récupéré 60 millions d'euros grosso modo. On voit donc qu'il fait quand même une opération à plus 35 millions d'euros./p p/brstrongVous n'êtes qu'un actif financier, en fin de compte…/strong/p pstrongEmmanuel Vire :/strong Oui, et un instrument politique également puisque nous pensons que ces manœuvres ont un lien avec la présidentielle. La dernière lame qui nous est tombée dessus, il y a une semaine, c'est qu'ils veulent nous faire déménager nous aussi rue des Cévennes, avec le pôle facho dont je parlais tout à l'heure. Les journalistes de Prisma n'ont vraiment pas envie d'y aller. On imagine que ce sera plus facile de jouer avec certains de ses titres, en particulier les titres de presse « people » : on voit très bien les « couv' » de Bardella avec sa princesse qui pourraient arriver…/p pstrongAgnès Briançon :/strong Je pense qu'il y a là quand même une différence : le cas que vit Emmanuel à Prisma est quand même très particulier. Le motif économique n'existe pas de son côté. On parle d'une entreprise bénéficiaire. C'est le cas également avec Infopro Digital, où il n'y a pas de motif économique non plus. Dans leurs cas, on est sur de la spéculation, des manœuvres politiques et d'influence, une vraie concentration à visée politique./p p/brstrongFace à cette situation, vous avez lancé a href="https://www.acrimed.org/Appel-a-mobilisation-le-18-juin-a-Paris-pour"un appel intersyndical/a à la grève le 18 juin./strong/p pstrongEmmanuel Vire :/strong Ce qui est intéressant, c'est qu'on essaie d'agréger une réaction collective à des plans sociaux et à des destructions de l'information un peu partout. On essaie de se regrouper pour mener un front commun : aussi bien presse écrite que presse audiovisuelle, sans oublier les non-journalistes, parce que sans eux, on n'existe plus. C'est la raison pour laquelle le 18 juin est une journée très importante pour nous. C'est le début d'un mouvement qu'on espère plus large. Il s'agit de réagir, de réfléchir et aussi dire aux citoyens que pour nous non plus, ce n'est plus possible – on sait le niveau de défiance envers les journalistes./p pstrongAgnès Briançon :/strong La mobilisation commune, c'est une idée lancée par le SNJ en effet, mais à laquelle l'ensemble des syndicats de journalistes et des professions du monde de l'information ont adhéré immédiatement. C'est un peu une prise de conscience. Au SNJ, les militants sont habitués à nous envoyer leurs accords, les annonces de plans sociaux, etc. puis à ce qu'on les accompagne et les conseille. Là, c'est la première fois que je voyais autant de plans arriver en même temps. Nous nous sommes dit : « C'est pas possible, on ne peut pas continuer à se battre chacun dans son entreprise, il faut que ça se sache. ». Le journaliste qui ne dit rien, qui se tait, qui accepte tout, c'est fini ! Il est temps qu'on dise ce qui se passe dans nos entreprises de presse, il est temps surtout qu'on se mobilise tous ensemble. Nous les journalistes avons parfois l'image de bourgeois qui ne nous mêlons pas au reste de l'entreprise de presse. Je l'ai entendu, et c'est faux. Aujourd'hui, on est tous dans la même merde, donc on s'est dit : « On se bouge, on alerte et on revendique, parce qu'on a plein d'idées à proposer. ». On aimerait, pour une fois, se faire entendre. Les éditeurs pensent qu'ils ont les réponses à toutes les questions, mais leurs réponses ne sont pas les bonnes, sinon on n'en serait pas là. On sait aussi que la solution, elle vient du public, parce qu'eux nous lisent, eux écoutent nos reportages, eux savent ce qu'ils ont envie de lire, ce qu'ils ont envie de voir, savent ce qui les intéresse, ce qu'ils nous demandent./p pPour se faire entendre, il faut aller à Paris, il faut se montrer ; donc on vient tous à Paris le 18 juin. C'est le moment : si on laisse faire cette fois-ci, si on ne dit rien, c'est mort. La rupture est là : on est vraiment à la limite d'une mort de l'information et de la démocratie derrière, parce que s'il n'y a plus d'information, eh bien votre démocratie, elle va s'appuyer sur quoi ?/p pstrongGeneviève Thivat :/strong De notre côté, ce n'est pas si facile de mobiliser pour une cause générale en plein PSE. À iLa Montagne/i, tout le monde est un petit peu sous le choc de la situation, donc j'espère réussir à mobiliser pour le 18. C'est ce que disait Agnès tout à l'heure : quand on vit un PSE, c'est bien normal qu'on ait la tête dedans…/p p/brstrongEst-ce que cette crise de la presse qu'on décrit depuis tout à l'heure n'oblige pas à (se) poser des questions fondamentales, notamment sur la forme de propriété des entreprises de presse ? Est-ce que ça ne devrait pas être des entreprises à but non lucratif ? Ce sont des questions qui émergent périodiquement, mais est-ce que la période de crise aiguë que nous traversons n'est pas propice à un débat public beaucoup plus large sur ce sujet ?/strong/p pstrongAgnès Briançon :/strong On peut se poser ces questions-là, tout comme on peut peut-être imaginer la presse de proximité comme un bien commun, celle qui a vocation à être un pilier de la démocratie et à permettre à tout le monde d'avoir une information fiable et de qualité. On doit arrêter de dire à nos éditeurs : « Vous gagnerez de l'argent en faisant de la presse. ». Une entreprise de presse n'est pas une entreprise comme une autre, ce n'est surtout pas un bien marchand. Je me marre encore en repensant à notre ancien PDG, Philippe Carli, qui avait vendu des machines à laver dans le passé et qui voulait appliquer les mêmes recettes au groupe Ebra... Non, non : un journal, ce n'est pas des machines à laver, on ne vend pas les deux de la même façon. Donc il faudrait peut-être imaginer un statut à part pour les entreprises de presse en effet, qu'on accepte de ne pas gagner d'argent parce que ces entreprises remplissent une mission publique. C'est un peu ce que ressentent les lecteurs : nous ne sommes pas un service public, mais nous remplissons une mission publique indispensable. Ils ont besoin de cette information./p pstrongEmmanuel Vire :/strong Vous connaissez les positions du SNJ-CGT à ce sujet ! Nous voulons avancer sur nos deux jambes, je dirais. D'abord, évidemment, comme tu le dis, casser la concentration qui devient très inquiétante. Est-ce qu'il faut en arriver à un homme = un média ? Parce qu'il faut là aussi être clair : on ne cassera pas comme ça la libre propriété dans ce pays… Évidemment, il faut des systèmes à but non lucratif pour les entreprises de presse. Il y a beaucoup de choses à réfléchir là-dessus. Mais surtout, n'oublions pas notre deuxième jambe, à savoir la proposition que tous les syndicats poussent depuis maintenant 15 ans : la reconnaissance juridique de l'équipe rédactionnelle. Il faut que dans nos rédactions, les journalistes reprennent du poids par rapport à l'actionnaire ; qu'on ait notamment à dire sur la désignation des directeurs, mais ça va en réalité beaucoup plus loin que ça./p pJe trouve qu'il y a quand même une hypocrisie sans nom de nos éditeurs, dont beaucoup sont des milliardaires, des banquiers ou des industriels. Nous, on n'est pas du tout étonné de la situation. Ça fait très longtemps qu'on dit que les milliardaires ne nous sauveront pas, bien au contraire. En 10 ans, on a déjà perdu 5 000 cartes de presse : on avait failli atteindre les 40 000, on en est à moins de 35 000 cartes. Les milliardaires disent avoir toutes les solutions, mais ils ont été incapables de négocier le virage du numérique, de développer des modèles payants solides comme iLe Monde/i a su le faire par exemple. Je suis dans le magazine iGeo/i et quand tu regardes le site, tu tombes de ta chaise. C'est d'un niveau lamentable. Et pourtant, ils cherchent quand même à récupérer de l'argent et des subventions. Donc je suis quand même assez scandalisé par l'attitude de tous ces éditeurs, qui ne font que pleurnicher et qui en plus d'être de très mauvais stratèges, détruisent désormais massivement l'emploi./p p/brPropos recueillis par strongJérémie Younes/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanPour un panorama non exhaustif, lire « Dans la presse écrite, les plans sociaux se multiplient, l'audience et la publicité étant vampirisées par les géants du Web », a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/20/dans-la-presse-ecrite-les-plans-sociaux-se-multiplient-l-audience-et-la-publicite-etant-vampirisees-par-les-geants-du-web_6681607_3234.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i, 20/04/a./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLe PSE du groupe Ebra a href="https://www.lalettre.fr/fr/medias_presse-ecrite/2026/06/16/ebra--sophie-gourmelen-lance-un-important-plan-de-departs-volontaires,110802665-art" class="spip_out" rel="external"sera annoncé/a dans chaque titre le lundi 22 juin./p /div/div
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Le 13h d'Inter : anesthésier le réel, mode d'emploi

mar, 2026-06-16 07:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH83/13hinter-6a577.png?1781586002' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt="" / div class='rss_chapo'pNous avons écouté le journal de 13h de France Inter pendant une semaine. Bilan./p/div div class='rss_texte'p« iVous avez le programme, merci de passer cette heure avec nous./i » C'est avec cette formule bienveillante, digne d'a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gentil_organisateur" class="spip_out" rel="external"un G.O./a de l'information, que Jérôme Cadet ouvre la tranche d'actualité de la mi-journée sur France Inter. Elle condense à elle seule les ingrédients et les ressorts du 13h modernisé de la station publique : marketing de l'attention, expérience relationnelle, divertissement passager./p pDe fait, le 13h d'Inter ressemblerait presque davantage à un flux d'ambiance qu'à un journal d'information. Un dispositif d'accompagnement émotionnel du quotidien, où les conflits sociaux, politiques et économiques sont reconfigurés en expériences locales, anecdotes atypiques et récits d'adaptation. La réalité sociale n'est pas entièrement niée, mais la romantisation prend souvent le dessus./p /br h3 class='article_intertitres'L'information comme divertissement « familial »/h3 p/brConcrètement, le 13h d'Inter alterne sujets d'information générale d'envergure nationale et sujets de type magazine (sport, conseils conso, chronique des accidents de la route, pittoresque national ou régional, insolite de la vie quotidienne), le tout baigné dans un traitement généralement fait-diversier exhibant une prédilection toute particulière pour la coloration locale, volontiers chauvine. Les locales de Radio France (Ici) sont ainsi régulièrement sollicitées et occupent une bonne partie du 13h national – le journal se trouve lui-même délocalisé en région de façon récurrente./p pEn général, les sujets magazine (étrangers aux enjeux internationaux, à la politique nationale ou aux questions économique, sociale ou environnementale), sont placés sur un même plan narratif dans le conducteur du journal. Quantitativement, ils occupent environ un tiers du journal. Un mélange des genres accentué par la « vraie » partie magazine, qui débute à 13h30, tout en restant fondue dans la même tranche (celle du « 13-14 ») et un climat éditorial similaire : une atmosphère ifeel good/i artificielle, dont la voix sans cesse enjouée de Jérôme Cadet, ancien journaliste sportif aux manettes depuis 2023, donne le ton./p pSouvent, le traitement de l'actualité semble glisser du politique vers le pratique, du structurel vers l'expérience individuelle, du conflit vers l'adaptation. Chez l'auditeur, on convoque moins le citoyen que le consommateur, l'usager, le riverain, le passionné (de foot, beaucoup), le témoin… bref, le « Français moyen »./p pAvec l'objectif, selon a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/01/17/sibyle-veil-pdg-de-radio-france-il-faut-arreter-avec-le-service-public-bashing_6502629_3234.html" class="spip_out" rel="external"les propres termes/a de la patronne de Radio France en poste depuis 2018, Sibyle Veil (une proche d'Emmanuel Macron), de susciter une « iécoute familiale/i » en flattant les « ibesoins fondamentaux des gens qui sont : comprendre, apprendre, se divertir, s'évader, être aussi bien connectés que déconnectés/i ». Quitte à produire une offre informationnelle elle-même déconnectée des grands enjeux sociaux et politiques de l'époque (qui n'en manque pourtant pas)./p pC'est cette mécanique que nous avons pu observer en écoutant le journal de 13h de France Inter pendant une semaine (du lundi au vendredi, une autre équipe prenant le relai le week-end), en l'occurrence : du 27 avril au 1er mai 2026. Malgré un contexte géopolitique très dégradé et des difficultés économiques et sociales domestiques liées à l'inflation du prix des carburants, c'est la récurrence des faits divers (en particulier routiers), l'omniprésence du registre pratique et émotionnel, la multiplication des formats narratifs de proximité, la célébration du savoir-faire français et des passions joyeuses qui frappe. Autrement dit, le devenir Jean-Pierre Pernaut de France Inter./p /br h3 class='article_intertitres'Un agenda déconcertant/h3 p/brCette semaine-là, le 13h d'Inter nous emmène au plus près des péripéties du territoire. Le lundi, on visite par exemple une oliveraie en cours de plantation dans le Morbihan. Le mardi, on nous prévient que le rallye automobile de la Fourme (Puy-de-Dôme) n'aura pas lieu cette année, ou qu'un incendie s'est déclaré dans un immeuble à Sète. Le mercredi, un mot pour Brest, où 200 litres de carburant ont été siphonnés sur des camions de pompiers. Le jeudi, nous partons au gouffre de Padirac, où Inter nous raconte la plongée passionnante d'un piano : « iProtégé par une housse, harnaché à un palan et encadré par des cordistes en rappel, le piano à queue descend dans le vide, centimètre par centimètre : il est l'objet de toutes les attentions./i » Le vendredi, nous allons à Rennes, où un homme de 62 ans déclaré mort par les médecins était à nouveau vivant 3h plus tard : « iC'est ce qu'on appelle le syndrome de Lazare./i » Heureusement, « ile patient ne souffre d'aucune séquelle et va pouvoir rejoindre ses proches/i ». Nous voilà rassurés./p pDe façon générale, le transport occupe une place de choix dans la sélection des sujets. À plusieurs reprises sont par exemple évoqués les retards de train sur telle ou telle ligne, sorte de SAV de la SNCF. Les accidents de la route sont eux aussi régulièrement couverts (5 cette semaine-là), parfois même avec un reportage sur place. On apprend, le mercredi, que la Charente-Maritime met en place la suspension automatique du permis en cas de téléphone au volant. Le jeudi, une « iimage très spectaculaire/i » en troisième sujet : un bus est tombé dans la Seine à Juvisy-sur-Orge. Aucune victime à signaler, mais une journaliste est dépêchée sur place pour le traditionnel micro-trottoir, avec Élisabeth, « iun peu sonnée/i », qui a vu la scène depuis un bus qui venait en face. Enfin, le vendredi, un reportage du correspondant en Allemagne à propos de la Trabant, où l'on a le plaisir d'entendre les états d'âme de Michel, un collectionneur, qui possède trois modèles, à Berlin : « iAu volant de sa 601 beige, le modèle le plus répandu, Michel, 63 ans, se remémore ses vacances avec ses parents, dans les années 1970./i »/p pLe sport est aussi très largement présent au programme de Jérôme Cadet. Ligue des champions, coupe d'Europe de basketball, nouveau record du marathon, participation de l'Iran à la Coupe du monde, retour des JO à Paris, état de santé du fils de Zinédine Zidane : une dizaine de sujets cette semaine-là./p pEnfin, le journal fait la part belle au registre conseils conso et vie pratique. Par exemple, le mercredi, sujet sur la « chasse aux chèques » lancée par le Territoire de Belfort : une interview de la directrice départementale égrène alors les bonnes raisons qu'auraient les usagers de se passer de chèques, bissée ensuite par la journaliste d'Inter, qui nous rappelle qu'« iarrêter de payer par chèque, c'est déjà un gain de temps ; car il faut compter le temps de l'envoi par courrier du chèque, ou bien le déplacement pour déposer. [...] Plus sécurisé aussi, parce que pendant tout ce processus, le bout de papier peut être perdu ou éventuellement volé./i » Le jeudi, long focus sur une opération commerciale de la compagnie aérienne espagnole Volotéa, qui se réserve le droit d'augmenter le prix du billet si le baril dépasse un certain barème. Avec remboursement possible si le baril baisse, nous précise-t-on. Une avocate en droit du tourisme vient confirmer à Jérôme Cadet, qui se fait porte-parole du consommateur, que c'est bien légal. « iEst-ce que c'est une première dans le secteur aérien ?/i relance-t-il. iEst-ce que d'autres acteurs du tourisme pourraient faire la même chose ? J'ai réservé un gîte, j'ai réservé un camping cet été, j'ai réservé un trajet en bus, entre temps les prix ont grimpé et je dois repayer : c'est possible de l'étendre ? Au départ, le consommateur, il a pas payé à ce tarif-là.../i »/p /br h3 class='article_intertitres'Le traitement fait-diversier du monde/h3 p/brLa plupart de ces sujets, qui pourtant reçoivent un temps d'antenne conséquent, sont iillustrés/i plutôt qu'iapprofondis/i. La mise en contexte politique et sociale fait souvent défaut, au point d'évacuer toute approche critique au profit d'un effet catalogue dérisoire./p pLe traitement de l'oliveraie en cours de plantation dans le Morbihan est emblématique de cette tendance : « iIl y avait les sardines bretonnes, il y aura dans quelques années l'huile qui va avec, l'huile d'olive produite en Bretagne c'est pour bientôt !/i », badine Jérôme Cadet, avant de lancer le reportage d'un correspondant dépêché sur place, qui nous parle terre et cailloux, avant de nous apprendre que « iThierry adore cette idée/i » – lequel Thierry, dont le statut n'est pas précisé, nous informe qu'il « icommence à imaginer des plats particulièrement sympathiques/i ». Si Jérôme Cadet mentionne la migration septentrionale des oliviers comme « iune manifestation du réchauffement climatique/i », rien n'est dit ni sur sa gravité ni sur les ravages qu'il provoque, y compris dans le secteur agricole – ni ia fortiori/i sur ses causes et le manque de politiques publiques adéquates pour l'enrayer. Mais faut-il d'ailleurs l'enrayer ? Le réchauffement climatique, ravalé à un élément de décor somme toute normal, est en effet présenté ici comme une opportunité économique proche du terroir, un élément de valorisation plus que de dégradation. « iDéluge en fin d'hiver, puis régime sec/i » : même topo quand Jérôme Cadet nous emmène à Pont-Saint-Vincent, dans une ferme de maraîchage bio, pour entendre comment deux jeunes agriculteurs composent avec une météo devenue capricieuse. À aucun moment, le réchauffement climatique ou ses ressorts ne sont mentionnés dans le sujet. Les maraîchers vont simplement repousser la mise sur le marché de leurs produits : France Inter nous montre ainsi comment s'arranger avec les vicissitudes du climat, par de petits ajustements momentanés. Ou comment mettre en avant la résilience locale et l'adaptation économique plutôt que la causalité physique et l'analyse politique./p pMais ce traitement est également réservé à l'actualité « sérieuse », géopolitique par exemple. Ainsi de l'angle choisi pour parler de la guerre en Iran, mercredi 29 avril. Après avoir abordé la dévaluation de la monnaie iranienne et le nombre de victimes du régime iranien, Jérôme Cadet nous emmène aux États-Unis, où le ministre américain de la Défense doit s'exprimer devant les parlementaires pour la première fois depuis le début du conflit. Conflit « idont les Américains ne savent plus comment sortir, et [qui] leur va[u]t les critiques de certains de leurs alliés. C'est le cas du Royaume-Uni : le roi Charles III en visite en ce moment aux États-Unis a d'ailleurs profité d'un discours lors d'un dîner d'État à la Maison blanche, pour piquer Donald Trump qui était juste en face de lui/i ». La voix du monarque prend alors le relai : « iVous avez récemment fait remarquer, monsieur le président, que sans l'intervention des États-Unis, les Européens parleraient allemand. Oserais-je dire que sans nous, vous parleriez français ?/i » Rires dans la salle. « iAllusion aux colonies britanniques qui ont chassé les colonies françaises en Amérique du Nord. Charles III, tout en humour British/i », sous-titre Jérôme Cadet. De l'état du débat parlementaire sur l'invasion en Iran, on ne saura rien. Ni sur le positionnement des alliés, ramené au registre de la blagounette diplomatique./p pL'actualité économique est logée à la même enseigne, recevant un traitement relativement superficiel qui frôle parfois l'approche marketing. Comme ce sujet sur la hausse des ventes de voitures électriques, vendredi 1er mai, au cours duquel la journaliste fait elle-même un comparatif entre les constructeurs et modèles français, américains et chinois, sauce iAuto-Moto/i. On n'apprendra rien sur l'impact des voitures électriques sur l'environnement ni sur les chaînes de valeur mondiales des métaux rares. Mais, « iau passage, on découvre de nouvelles marques de voiture, avec vous/i », apprécie Jérôme Cadet. Ou ce sujet sur le géant chinois du textile, Shein, dont l'impact économique est réduit à un fait divers local, en l'occurrence un reportage à propos d'une créatrice de mode de Caen victime de contrefaçon : « iTous les jours, Margot écume les sites internet et les réseaux sociaux pour optimiser ses ventes en ligne, et grosse surprise la semaine dernière quand elle aperçoit ses bandeaux en dentelle sur le site de Shein !/i » Nous apprenons aussi régulièrement la mise en liquidation judiciaire d'enseignes françaises, sans davantage de précisions (3 cette semaine-là, annoncées à la volée). Bref, un traitement de surface, qui ne permet pas de nourrir une appréciation critique des réalités économiques actuelles./p /br h3 class='article_intertitres'La hiérarchie de l'info : un grand patchwork/h3 p/brLe 13h de Cadet met aussi à mal l'exigence de hiérarchie dans l'information, offrant un patchwork de sujets mis sur un pied d'égalité et s'enchaînant parfois sans transition intelligible, au gré d'un conducteur complètement décousu. Les composantes de « l'actualité » sont alors nivelées dans un flux d'ambiance où disparaît toute mise en perspective politique./p pLe sujet sur l'oliveraie bretonne, par exemple, fait carrément l'ouverture du 13h. Ce jour-là, c'est un accident de la route qui suit… puis des retards de train ! Il faut attendre le 5e sujet pour que la grève du personnel pénitentiaire, qui domine l'actualité sociale, soit enfin traitée./p pMais c'est surtout la proportion de temps d'antenne rapportée à chaque type de sujet qui interroge. Le lundi, nous passons autant de temps sur « l'huile d'olive 100% bretonne » ou sur les accidents routiers que sur la réponse diplomatique de l'Iran face à la guerre israélo-américaine. Les jours suivants, davantage de temps sur le foot que sur les derniers chiffres du chômage (mardi) ou les superprofits de Total liés à la flambée du cours du pétrole (mercredi). Le jeudi, on entend plus parler de la billetterie de Volotéa – le sujet le plus long du journal – et du bus dans la Seine que des indicateurs économiques français et européens, de la réponse du gouvernement à l'inflation des prix du carburant, des 9 morts au Liban, de l'arraisonnement de la flottille pour Gaza par Israël ou encore du blocage du détroit d'Ormuz. Le vendredi, une rave party ou le Lazare rennais bénéficient d'une couverture équivalente aux défilés syndicaux du 1er mai./p pEnfin, et c'est le propre des journaux d'information, la nature des transitions, ou plutôt leur absence, ne laisse de surprendre. Le lundi par exemple, on passe d'un sujet sur le procès libyen de Sarkozy au record du marathon et à la nouvelle basket révolutionnaire d'Adidas. Ou le jeudi, du reportage dans l'exploitation maraîchère de Saint-Vincent au non-remplacement des profs, au placement en redressement judiciaire des Canelés Baillardran, au lancement réussi d'Ariane 6 pour le compte d'Amazon, aux concerts de Padirac. Etc./p /br h3 class='article_intertitres'Le format magazine au service du statu quo/h3 p/brPour comprendre ces tâtonnements, il faut bien sûr se pencher sur les modalités de production : l'édition du jour étant discutée le matin même, il reste bien peu de temps pour produire les sujets. Pour les besoins du remplissage, la rédaction peut recycler des sujets déjà diffusés sur d'autres antennes de la radio publique : les sujets « insolites » et/ou d'information locale notamment, produits relativement au rabaisspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="La production de ces reportages repose en partie sur un précariat organisé à (…)" id="nh1"1/a]/span et centralisés sur un seul et même logiciel de Radio France, où le 13h vient donc faire son marché. D'où cette impression d'incohérence globale, mais aussi de musique artificielle au contact des infos locales du 13h./p pC'est ainsi que la composition du 13h d'Inter, les sujets choisis et la façon dont ils sont traités, y compris les plus sérieux, vident l'information de sa substance. Car cette manière de produire et de mettre en récit le réel – alternance des intensités, « respirations » patrimoniales, traitement émotionnel des catastrophes, sujets insolites, personnalisation systématique, douceur de la banalité, dilution des causalités structurelles – conduit à une dépolitisation, où la distraction supplante la conflictualité. Sous couvert de proximité, d'écoute et de bienveillance, le journalisme de service public tend dès lors à se transformer en gestion atmosphérique du réel. Le monde qui parvient à nos oreilles n'est pas seulement filtré ; il est amorti, dispersé, allégé, anesthésié./p pLe 13h d'Inter contribue ainsi à lisser les antagonismes, à convertir les crises en micro-récits humains, à transformer les rapports de force en anecdotes, à remplacer les structures par des affects. Bref, à entretenir le statu quo, comme un miroir sans dialectique. Rien que de très cohérent pour une station qui se pose a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2020/08/GARCIA/62081" class="spip_out" rel="external"en média de pacification culturelle/a à destination des classes moyennes diplômées, c'est-à-dire en stabilisateur de l'ordre établi./p p/brstrongClément Sénéchal/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLa production de ces reportages repose en partie sur un précariat organisé à Radio France, confiés à des journalistes en intérim qui, dans l'espoir d'être un jour titularisés, multiplient les reportages locaux avec un temps de travail relativement court sur leurs terrains./p /div/div
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Ebra et Le Dauphiné Libéré : l'événementiel au détriment de l'information ?

lun, 2026-06-15 10:32
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH83/techfest-dd38d.png?1781542031' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt="" / div class='rss_chapo'pMettre les moyens pour informer ou lancer un salon professionnel pour les start-up de la Tech ? iLe Dauphiné Libéré/i et le groupe Ebra ont choisi./p/div div class='rss_texte'pQuotidien régional dominant à Grenoble, iLe Dauphiné Libéré/i ne lésine pas sur les moyens pour se mettre au service du secteur de la Tech et de l'IA dans la « Silicon Valley française ». En 2024, il a notamment lancé sur ses fonds un grand festival destiné aux professionnels : Tech Fest. Le grand raout a lieu tous les ans à Grenoble, réunissant écoles d'ingénieurs, responsables politiques, entreprises et start-up. En pleine adéquation avec la politique du groupe Ebra et de son actionnaire, le Crédit Mutuel – par ailleurs financeur de certaines des entreprises promues lors de ce festival. La boucle est bouclée./p /br div class='spip_document_16566 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/ebra-2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH578/ebra-2-4efc0-33fa6.png?1781512358' width='500' height='578' alt='' //a /figure /div centersmallExtrait de la carte « a href="https://www.acrimed.org/Medias-francais-qui-possede-quoi"Médias français : qui possède quoi ?/a », Acrimed et iLe Monde diplomatique/i, déc. 2025./small/center p/brDès la première édition, l'objectif est affiché : « iSi le Dauphiné Libéré doit couvrir uniquement les faits divers et l'ultra-local, c'est bien. Cela fait partie de notre ADN, mais je pense que ce n'est pas suffisant. Il faut aussi que l'on se tourne vers des secteurs porteurs d'avenir. L'événementiel et la technologie le sont assurément/i » a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/grenoble/c-est-une-forme-de-provocation-l-organisation-du-salon-tech-fest-fait-des-remous-au-dauphine-libere-en-pleine-tourmente-economique-2917551.html" class="spip_out" rel="external"déclarait ainsi/a Christophe Victor, co-fondateur du festival. Il faut dire que celui qui est alors directeur général du iDauphiné Libéré/i a le CV pour l'emploi : ex-directeur général délégué du groupe Les Échos, ex-directeur général adjoint du groupe Le Figaro, dirigeant d'un « cabinet de conseil en nouvelles technologies », Christophe Victor était auparavant co-directeur de la grand-messe Viva Tech à Paris, lors de sa première édition en 2016. Un événement qu'il importe donc huit ans après à Grenoble : « iJe suis fasciné par le nombre d'entreprises technologiques, d'établissements d'enseignement supérieur et de recherche et de pôles universitaires présents dans notre région/i » se réjouissait-il dans iLe Progrès/i (19/10/2023), un autre titre du groupe Ebra./p pLe terrain était préparé : dans l'agglomération grenobloise, cela fait des années que des entreprises et des centres de recherche comme le CEA, Schneider Electric ou STMicroelectronics (tous partenaires du festival) sont implantés et bénéficient du soutien de la presse locale et des pouvoirs publics, comme le démontre régulièrement a href="https://www.lepostillon.org/" class="spip_out" rel="external"iLe Postillon/i/a, journal indépendant grenoblois./p /br h3 class='article_intertitres'Le Tech Fest : les relations publiques plutôt que le journalisme/h3 p/brEn 2024, la première édition du festival Tech Fest, dont le budget s'élève à 1,6 million d'euros d'après France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, est entièrement financée par iLe Dauphiné Libéré/i. Alors même qu'en parallèle un plan d'économie de 4,2 millions d'euros a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/grenoble/departs-volontaires-et-suppression-de-magazines-un-plan-de-redressement-presente-au-dauphine-libere-2880137.html" class="spip_out" rel="external"a été annoncé/a quelques mois plus tôt, comprenant notamment un plan de « idépart volontaire de 20 salariés/i »./p pUne concomitance qui va, pour le moins, agacer l'intersyndicale du quotidien : « iÉquipe recrutée spécifiquement à des salaires jamais vus au /iDauphiné libéréi, plusieurs salariés détachés de leur service pour cet événement, utilisation des pages du /iDauphiné libéréi à des fins de communication… On sait déjà que ce salon sera présenté comme une réussite./i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« Derrière un techfest clinquant, le démantèlement du Dauphiné libéré (…)" id="nh1"1/a]/span/p pAprès deux éditions (2024 et 2025) portées par le titre de presse à bout de souffle, c'est l'agence événementielle du groupe Ebra, Ebra Event, qui reprend la main sur le financement du festival. En 2026, « ic'est le groupe qui verse des salaires aux journalistes qui font des interventions sur le festival, alors qu'avant ils le faisaient sur le temps de travail du /iDauphiné Libéréi [...], ils considéraient que c'était la même chose/i », nous détaille la représentante syndicale SNJ du journal. Mais, si le quotidien ne finance plus le festival, il participe toujours largement à cette opération d'image, en affichant le Tech Fest comme sa marque, et en en faisant une priorité dans ses pages./p /br div class='spip_document_16565 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/techfest.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH278/techfest-9a0e8.png?1781512359' width='500' height='278' alt='' //a /figure /div centersmallLors de l'édition 2026, un journaliste du iDauphiné Libéré/i interroge un cadre du Crédit Mutuel sur a href="https://www.youtube.com/watch?v=6bL3VUSBHE4" class="spip_out" rel="external"la télé du festival/a./small/center p/brAlors qu'un nouveau plan social au iDauphiné Libéré/i devrait être annoncé dans les semaines qui viennent, la représentante syndicale SNJ prévient : « iSi en 2027 il y a encore le festival alors qu'on [...] réduit les effectifs, peut-être qu'on râlera de nouveau. Parce que ça voudra dire qu'on mobilise les équipes de journalistes pour le Tech Fest alors qu'on diminue les journalistes sur le terrain et qu'on a du mal à remplir nos pages./i »/p pChoix imposé par la direction et guidé par les relations publiques plutôt que par la mission d'information, la logique traverse en réalité la gestion globale du journal. Et pose de façon induite une question plus fondamentale : comment prétendre informer sur un secteur économique quand on se positionne soi-même comme un acteur à part entière dudit secteur ? Journal d'information ou événementiel et communication ? Entre les deux conceptions, les implications déontologiques sont fort différentes…/p pL'événement du Tech Fest indique avant tout la volonté du Crédit Mutuel d'avoir de l'influence dans le milieu de la Tech et de donner l'image d'une banque « idans la mouvance/i » comme l'explique un syndicat du média. Mais en parallèle de l'utilisation de ses journaux pour promouvoir (et faire fructifier) ses investissements dans la Tech, le Crédit Mutuel œuvre aussi pour réduire les coûts de son pôle média, comme l'a mis en lumière Franck Dépretz dans son enquête sur l'empire médiatique du Crédit Mutuel (a href="https://www.blast-info.fr/dossiers/ebra-rCOk_DqYSj2egTkn_L4N2g" class="spip_out" rel="external"Blast/a), et sur le plan Carli en particulier : mise en place du Digital First (où on pense et élabore l'édition d'abord pour le web), rachat de contenu éditorial et utilisation de l'IA pour faire du « clic », externalisation des services, suppression de postes de journalistes... Tout un programme !/p /br h3 class='article_intertitres'Le groupe Ebra et le Crédit Mutuel à la manœuvre/h3 p/br« Retour à la rentabilité » et « Diversification des activités du groupe » : tels étaient les mots d'ordre confiés a href="https://www.creditmutuel.fr/fr/alliancefederale/presse/communiques-de-presse/nomination-sophie-gourmelen.html" class="spip_out" rel="external"par le Crédit Mutuel/a à Sophie Gourmelen, au moment de sa nomination à la présidence du groupe Ebra en 2025. Une nouvelle présidente qui avait déjà fait ses preuves au iParisien/i, en tant que directrice générale. À son actif : un plan social, une grève provoquée et une motion de défiance votée (a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/03/06/la-redaction-du-parisien-vote-une-greve-et-une-motion-de-defiance-pour-denoncer-le-plan-d-economies_6576834_3234.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i/a, 06/03/2025). Le pedigree parfait, en somme./p pEn 2026, Pierre Fanneau, jusqu'alors directeur général du iProgrès/i, succède à Christophe Victor en tant que directeur général du iDauphiné Libéré/i. Lui aussi a fait ses preuves et est un habitué des restructurations – et conséquemment, des a href="https://www.rue89lyon.fr/2023/12/19/motion-defiance-envers-direction-progres/" class="spip_out" rel="external"motions de défiance/a. La hiérarchie est en place pour continuer à « diversifier » les activités économiques du journal, à rogner dans les moyens pour informer et à sabrer dans les effectifs./p /br centerstrong***/strong/center p/brIl n'est pas un cas inédit, mais l'exemple du Tech Fest illustre une nouvelle fois le mélange des genres entre journalisme et relations publiques. Quand les priorités sont moins éditoriales qu'économiques, c'est l'information qui en paie le prix, et la crédibilité de la presse qui en prend un coup./p p/brstrongJuliette Alonzo/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« a href="https://www.snj.fr/derriere-un-techfest-clinquant-le-demantelement-du-dauphine-libere/2183" class="spip_out" rel="external"Derrière un techfest clinquant, le démantèlement du Dauphiné libéré/a », intersyndicale du iDauphiné Libéré/i, 31/01/2024./p /div/div
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Israël expulse une journaliste française : une atteinte inadmissible à la liberté de la presse

ven, 2026-06-12 16:23
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/expulsion_2-10e8a.png?1781274200' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" / div class='rss_chapo'pNous reproduisons a href="https://www.snjcgt.fr/2026/06/11/israel-expulse-une-journaliste-francaise-une-atteinte-inadmissible-a-la-liberte-de-la-presse/" class="spip_out" rel="external"ce communiqué/a du SNJ-CGT./p/div div class='rss_texte'pCe 10 juin, Alice Froussard, journaliste française, correspondante pour Radio France Internationale (RFI) et Radio France en Palestine et en Israël, a été interpellée dès son arrivée à l'aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv, détenue toute la nuit, puis expulsée de force et renvoyée en France./p pElle disposait pourtant de tous les documents requis : visa en règle, accréditation presse et contrat officiel avec RFI. Elle couvre le conflit israélo-palestinien depuis six ans, depuis Jérusalem et Ramallah./p pIsraël l'accuse d'être un « soutien du Hamas », criminalisant ainsi le travail de notre consœur journaliste par des accusations infondées et par une rhétorique éculée, dont l'objectif est de poursuivre son contrôle du récit, en entravant la couverture de l'actualité au Proche-Orient./p pCette décision s'inscrit dans un contexte où Israël a délibérément ciblé et tué au moins 234 journalistes et professionnels des médias à Gaza (décompte de la Fédération internationale des journalistes, arrêté au 9 mars dernier), tout en verrouillant son accès aux médias étrangers. L'État hébreu poursuit par ailleurs ses attaques contre les professionnelles et professionnels des médias en Cisjordanie et au Liban. Les autorités israéliennes violent le droit à l'information et le droit de la presse à exercer son travail librement./p pLe SNJ-CGT, qui apporte tout son soutien à Alice Froussard, exige la levée immédiate de l'interdiction d'entrée la visant et la fin du blocus médiatique à Gaza./p pNous appelons le gouvernement français à dénoncer publiquement et fermement les atteintes graves à la liberté de la presse commises par l'État d'Israël./p pNous demandons aux directions des deux rédactions de défendre et protéger Alice Froussard, injustement empêchée de faire son métier./p pstrongMontreuil, le 11 juin 2026./strong/p/div
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Finkielkraut en promo : la réaction « chic » et l'entre-soi médiatique

mer, 2026-06-10 12:27
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/finkie2026-98fb8.jpg?1781087372' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" / div class='rss_chapo'pLe capital médiatique fait le capital médiatique. Depuis janvier 2026 et la parution d'un livre-entretien avec un ponte du iFigaro/i, Alain Finkielkraut est en tournée. Célébré depuis quatre décennies comme « il'un de nos plus grands intellectuels/i » (Léa Salamé), il est en outre sollicité en tant qu'expert de tout pour commenter « l'actualité ». Des séquences au cours desquelles la complaisance des journalistes nous rappelle le rôle des grands médias dans la sacralisation d'un acteur majeur de la fascisation du débat public./p/div div class='rss_texte'p« iJ'ai besoin d'être rassuré/i, s'épanche Alain Finkielkraut auprès de la présentatrice Élisabeth Quin. iC'est d'ailleurs aussi pour ça que j'accepte de passer à la télévision./i » Sur le plateau d'Arte ce jour-là (23/03), la séance de câlinothérapie dispensée par l'équipe de « 28 Minutes » lui aura donné entière satisfaction. La présentatrice s'est inquiétée de ses « ivulnérabilités/i » ; bien sûr, elle « iaurait adoré/i » qu'il évoque sa « ipassion pour Pierre Dac, insurpassable humoriste/i », mais elle a préféré solliciter l'avis de « il'ex-gauchiste devenu socialiste conservateur libéral/i » (sic) – auquel elle ne manque pas de donner du « icher Alain Finkielkraut/i » – sur les résultats des élections municipales. C'est dans cette ambiance tout en courtoisie, propre aux a href="https://www.acrimed.org/Sur-Arte-le-conformisme-et-le-manicheisme-de-28"plateaux du « cercle de la raison »/a, que les trois journalistes ont accueilli sans broncher les considérations du philosophe médiatique sur le « iParis des bobos et des logements sociaux/i ». C'est encore sans une once de contradiction qu'ils l'ont écouté analyser la défaite du candidat LFI François Piquemal à Toulousespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Battu par le maire sortant divers droite (ex LR) Jean-Luc Moudenc, soutenu (…)" id="nh1"1/a]/span comme l'expression d'un « isursaut républicain de la gauche dreyfusarde et républicaine/i », et confier le « ivéritable réconfort/i » que ces résultats lui ont procuré. Cela non sans l'avoir au préalable félicité pour son dernier ouvrage, dans lequel Élisabeth Quin a su évidemment reconnaître quelques « ipassages très beaux, très émouvants, très surprenants/i »./p pLe plateau d'Arte est loin d'être isolé : à l'occasion de la parution de ce livre-entretien conduit par le directeur délégué de la rédaction du iFigaro/i, Vincent Trémolet de Villers, nombre de rédactions de presse écrite et audiovisuelle se sont postées au chevet de l'académicien-toutologue pour ausculter son « icœur lourd/i », le titre de l'essai. « iChacun de ses livres est un événement/i », reconnaît volontiers David Pujadas (LCI, 29/01), qui ne poussera pas l'audace jusqu'à caractériser la nature de « l'événement » en question, d'abord – si ce n'est exclusivement – médiatique. Depuis le 1er janvier 2026, ce sont au moins vingt recensions dans la presse, auxquelles s'ajoutent une quinzaine d'interventions télé et radiospan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir la liste en annexe." id="nh2"2/a]/span. Produit du capital social et médiatique de Finkielkraut lui-même, cette tournée est également sponsorisée par la prestigieuse maison Gallimard, où Finkielkraut fut directeur de collection et qui accompagne depuis quarante ans son prêt-à-penser réactionnaire./p pCar la marque médiatique « Finkie » aura bel et bien résisté à toutes les outrances. En 2021, ses propos sur l'affaire Olivier Duhamel lui avaient bien coûté son poste de chroniqueur sur LCIspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Accusé d'inceste sur son beau-fils de 14 ans par Camille Kouchner – dans son (…)" id="nh3"3/a]/span, mais de logorrhées xénophobes en a href="https://www.blast-info.fr/articles/2026/lantisemitisme-a-droite-une-histoire-qui-ne-finit-jamais-oxOgIKf_R1ybPnwhKpoPWA" class="spip_out" rel="external"éloges de Renaud Camus/a, il aura, contre vents et marées, conservé les grâces de France Culture. « iToujours plus sollicité, plus omniprésent, plus bavard/i, a href="https://lmsi.net/Onfray-Finkielkraut-Cie-de-la-fascisation-dans-la-Republique-des-lettres" class="spip_out" rel="external"écrivaient Sylvie Tissot et Pierre Tevanian/a à propos des décennies 1990 et 2000, i[Finkielkraut] n'a cessé de se caricaturer lui-même, de se droitiser, de se radicaliser en somme dans ce que Jacques Rancière a résumé sous le nom de "haine de la démocratie" : haine de la jeunesse, haine de la massification de l'enseignement, haine des cultures populaires, du féminisme, de la Gay Pride et plus généralement de tout ce qui est festif et de tout ce qui est revendicatif – et enfin, de plus en plus explicitement et obsessionnellement, haine du rap, de "l'immigration", des "banlieues" et de "l'islam"./i » Ainsi le philosophe est-il de a href="https://www.acrimed.org/+-Alain-Finkielkraut-¬+"longue date/a l'une des figures médiatiques les plus en pointe dans la banalisation des obsessions de l'extrême droite et a href="https://www.editionslibertalia.com/catalogue/hors-collection/article/la-position-du-penseur-couche" class="spip_out" rel="external"la disqualification de « itoute pensée progressiste/i »/a. iFast-thinker/i par excellencespan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Pierre Bourdieu le cite en exemple dans Sur la télévision, Raisons d'agir, (…)" id="nh4"4/a]/span, il est indéboulonnable : livre après livre, il n'en finit pas d'être promu dans et par les grands médias./p /br h3 class='article_intertitres'« iÉternel empêcheur de penser en rond/i »/h3 p/brSur France 5, Thomas Snégaroff s'émeut ainsi de « ipassages sur l'amour qui sont très beaux/i » après avoir mis cartes sur table : « iC'est un livre que j'ai beaucoup aimé/i, confie-t-il à son auteur. iD'abord parce qu'il est très bien écrit, d'abord parce qu'il est très drôle aussi./i » (« En société », 10/05) Même tonalité sur Franceinfo, où le poulain de BHL Nathan Devers ménage son (médiocre) effet de surprise : « iIl y a un paradoxe Alain Finkielkraut dans votre livre/i, s'amuse-t-il. iIl s'appelle "Le cœur lourd", mais quand on le lit, on a une impression de légèreté ou plutôt d'élévation./i » (07/02) Ce sont également trois journalistes conquis qui se succèdent dans l'émission « 24h Pujadas » sur LCI (29/01). « i[Ce livre] est une promenade en vérité, assez délicieuse il faut bien le dire, dans votre vie, dans vos sentiments/i », démarre David Pujadas, talonné par Ruth Elkrief pour la question qui fâche – « iEst-ce que vous espérez retrouver un cœur léger ?/i » – et d'Hervé Gattegno pour la contradiction : « iOn vous admire en vous lisant. Et on admire votre façon de jouer avec les idées, avec la langue./i ». De « La grande librairie » aux plateaux de CNews, la pugnacité des journalistes est à l'image de l'uppercut décroché par Benjamin Duhamel dans la matinale de France Inter : « iVous êtes encore un angoissé, un éternel angoissé à 76 ans, Alain Finkielkraut ?/i » Un registre dans lequel excelle plus que tout autre sa prédécesseuse, Léa Salamé : « iMoi, j'ai grandi avec vos livres, j'ai à peu près tout lu/i », fayote l'éditocrate dans « Quelle époque » (France 2, 24/01), après avoir peut-être réalisé l'un des lancements les plus éloquents de sa carrière :/p blockquote class="spip" pstrongLéa Salamé :/strong Je suis très contente de vous recevoir ! Ça fait presque dix ans qu'on ne vous a pas vu sur une émission du samedi soir. À l'époque, vous veniez tout le temps chez Ardisson, chez Ruquier. Là, ça fait longtemps que vous ne venez pas et vous n'étiez jamais venu dans « Quelle époque ». Je suis très contente de vous recevoir. Je vous ai beaucoup interviewé, Alain Finkielkraut, dans d'autres formats. Vous êtes l'une des personnes que j'aime le plus interviewer avec Fabrice Lucchini parce qu'on sait jamais ce qui va se passer et que vous mettez tellement d'intensité dans vos réponses qu'au moins, on se dit : « On ne va pas s'ennuyer ! »./p /blockquote pTout en parlant d'elle-même, la journaliste donne la clé des invitations du philosophe : son aura médiatique, mais aussi le potentiel télégénique du « bon client » que savent exploiter les faiseurs de grands « moments »… médiatiquesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="D'après cet aveu-culte de Léa Salamé sur Konbini (19/04/2023) : « Le plus (…)" id="nh5"5/a]/span. On tourne en rond !/p /br div class='spip_document_16558 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/finkie1-2.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/finkie1-2-41427.jpg?1781087255' width='500' height='279' alt='' //a /figure /div/br h3 class='article_intertitres'« iFinkie est encore là/i »/h3 p/brDans la presse écrite également. Avec ce nouveau livre, a href="https://www.acrimed.org/Renaud-Camus-Finkielkraut-les-dissonances"son hagiographe attitré/a au iMonde/i, Jean Birnbaum, ne pouvait pas ne pas découvrir « iun homme différent de celui que l'on croyait connaître/i » et qui « ise rafraîchit les idées/i » (05/02). « iUn nouveau livre d'Alain Finkielkraut est toujours une bonne nouvelle/i », confirme iTransfuge/i (18/02), plein de compassion face au « idésarroi/i » de cet « ienfant du siècle/i ». Dans le numéro de iMarianne/i consacré à « ila folie racialiste/i » de LFI (29/01), une journaliste prend le temps de flatter « iun personnage attachant, à la personnalité réjouissante/i » et au « icharme d'antan/i » (29/01). iChallenges/i acclame des « ientretiens libérateurs/i » (22/01), iL'Express/i un « ibeau succès/i » témoignant de la « iprofonde intranquillité du philosophe/i » (05/03) et iLa Tribune dimanche/i, un livre « ipoignant et profond/i », « ibellement littéraire/i » (15/02) – l'occasion pour l'auteur de cette recension de faire d'une pierre deux coups (de brosse à reluire) : « iLa subtilité du journaliste Vincent Trémolet de Villers fait merveille pour escorter et aiguiser l'intensité d'Alain Finkielkraut./i »/p pOn a là « ideux esprits fins et sensibles/i » corroborent iLes Échos/i (11/02), où Finkielkraut est décrit comme une « ivoix libératrice/i », « iune lame essentielle au cœur sensible/i » ; « itoujours soucieux de la nuance dans une époque où le sensationnalisme triomphe/i », poursuit le quotidien économique, qui pousse la facétie jusqu'à le qualifier de « ipenseur à contre-courant/i ». Un « iéternel empêcheur de penser en rond/i », renchérit iParis Match/i (15/01), qui fait preuve d'un « icourage/i » inébranlé « ipour affronter l'idéologie dominante/i », insiste iL'Express/i (05/03), et signe « iune ode à la liberté de penser, y compris contre soi/i » selon iLe Point/i (21/01), où le rédacteur en chef Saïd Mahrane ne tarit pas d'éloges à propos de cette « ivoix érudite, humble et anxieuse, mais d'abord vraie/i » : bref, un « ihomme généreux, car éducateur, qui, inlassablement, indique à tous où trouver la clé d'or/i ». Les entretiens-fleuve participent de la légende dorée. Ce sont par exemple six pages dans iLire magazine/i (01/02) et pas moins du double dans iValeurs actuelles/i (01/04) : couverture, interview et recension d'un ouvrage placé sous le signe de la « isagesse/i » d'un « ihomme qui ne parle de lui que pour mieux donner à voir la France/i »./p /br div class='spip_document_16557 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/finkie2.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH299/finkie2-4f8cf.jpg?1781087255' width='500' height='299' alt='' //a /figure /div p/brLa presse d'extrême droite fait assurément dans la dentellespan class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Il est intéressant de noter que sur la page internet du livre, si Gallimard (…)" id="nh6"6/a]/span. On entend parler de « isubtile pudeur/i », de « itendresse/i » et « imélancolie/i » dans iLe JDD/i (08/02) ; de « ijoie de vivre/i » et de « igénie de la conversation féconde/i » dans le iJDNews/i (25/02) : « iNous pourrions tous, je crois, disciples de "Finkie", nous rassembler dans un bouquin décrivant notre première rencontre avec lui, et pour les plus chanceux, raconter la naissance d'une amitié./i » L'auteur de ces lignes, l'inénarrable Mathieu Bock-Côté, cultive au passage son entregent : il recevait le toutologue dix jours plus tôt sur CNews dans l'émission (naturellement) nommée « Face à Bock-Côté » (14/02), et le réinterrogera quelques semaines plus tard sur Europe 1 dans « Le grand rendez-vous » (24/05). Vous avez dit « circuit fermé » ? Quant à iCauseur/i, ce sont pas moins de trois articles dithyrambiques qui paraissent en février, transportés « ipar la pensée rendue bohème d'Alain Finkielkraut/i » : « iFinkie est encore là […], gentilhomme en partance vers un ailleurs pas encore tout à fait défini./i » (09/02)/p pNéanmoins, la moisson ne fut nulle part meilleure qu'au iFigaro/i. Promouvoir à la fois l'un de ses chefs, Vincent Trémolet de Villers, et l'un de ses intellectuels favoris – « invité d'honneur » du bicentenaire du quotidien, en janvier dernier ? Une aubaine ! Dans sa chronique du nouvel an rédigée sous forme de liste de vœux (1/01), Jean-Christophe Buisson espérait « iun succès de librairie pour/i Le Cœur lourd ». iLe Figaro/i s'en est donné les moyens. Cinq interviews/recensions en à peine trois semainesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Un grand entretien croisé avec Sylvain Tesson (15/01) ; un portrait signé (…)" id="nh7"7/a]/span... pour un même tapis rouge : l'un des livres « iles plus poignants du philosophe/i », « isensible et profond/i » pour Alexandre Devecchio (23/01), « imélancolique et nuancé/i » aux yeux d'Eugénie Bastié (28/01), qui ne lésine sur rien à l'heure du copinage. « iÊtre trop intelligent dans un monde livré à l'idiocratie vous expose à la tristesse/i », pontifie l'éditocrate, avant le bouquet final :/p blockquote class="spip" pstrongEugénie Bastié :/strong Ce livre est une consolation au milieu du sectarisme et de l'étroitesse d'esprit de nos contemporains. L'esprit de finesse au royaume des bourrins. […] Finkielkraut se fait avec élégance l'orfèvre d'un art oublié : celui du scrupule et de la nuance./p /blockquote/br div class='spip_document_16556 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/finkie3.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH337/finkie3-30af4.jpg?1781087255' width='500' height='337' alt='' //a /figure /div/br h3 class='article_intertitres'« iUne manière de gauche d'être réactionnaire/i »/h3 p/br« Élégance », « finesse », « scrupule », « nuance » : autant de caractéristiques qui viennent immédiatement à l'esprit quand on pense « Finkielkraut ». Sur Public Sénat (27/03), Claire Chazal ajoute au cocktail un peu de « douceur » : « i[Ce livre est] peut-être plus doux que les livres précédents que vous avez écrits/i ». Suivie par Isabelle Schmitz, dans iLe Figaro/i (02/02), qui complète avec un soupçon de « isagesse/i » : Finkielkraut « ise garde de l'hubris et des jugements hâtifs/i ». Bref, comme nous allons le constater par la suite, « iil s'est juste un peu assagi/i » (iTransfuge/i, 18/02). À cette mystification s'ajoute un autre exercice de zèle : Finkielkraut serait « de gauche »./p p« iAlain Finkielkraut et ses compagnons de traversée […] ont inventé une manière de gauche d'être réactionnaire/i », ose par exemple Claude Askolovitch dans iVanity Fair/i (29/04), au détour d'une « itentative de portrait/i » courant sur huit (interminables) pages, relevant plutôt d'une (a href="https://www.peripheries.net/article8.html" class="spip_out" rel="external"nouvelle/a) tentative de réhabilitation contrite. Symptomatique de la posture de cette petite bourgeoisie journalistique ayant « le Finkielkraut un peu honteux », le portrait carbure à la dépolitisation. Comme souvent, il n'est question que de morale… et de copinage : « iVincent Trémolet de Villers est un homme gentil. J'apprécie l'affection qu'il porte à Alain Finkielkraut./i » Mais aussi de complaisance et de narcissisme : Askolovitch reconnaît que l'académicien « iest l'incarnation même de la réaction/i »… mais s'attendrit pour ses « ibouffées de morale/i » et ses « iélans d'amour/i ». Ou encore : « iJ'ai appris de lui que l'on peut aimer un homme que l'on désapprouve. Je le sépare de ses opinions/i », déclare le journaliste à qui de droit. « iJe n'ai jamais voulu perdre Alain Finkielkraut. Le voudrais-je que je ne saurais pas/i », insiste-t-il, avant de garantir que lui-même, pour sa part, se trouve du « bon côté de la barricade » – gare au malaise : « iNous nous sommes parfois disputés. En 2013, il me reprochait à l'antenne de France Inter d'avoir offert une belle édition du Coran à la nounou de mon fils./i » Bref, Asko écrit pour son copain Finkie, et nage dans le pathos pour se tranquilliser d'avoir Finkie comme copain./p pL'ambiance est plus franche sur LCI (« 24h Pujadas », 29/01), mais le confusionnisme bat également son plein :/p blockquote class="spip" pstrongHervé Gattegno :/strong Dans cette identité malheureuse, il y a cette identité d'homme de gauche, vous la revendiquez encore aujourd'hui. Donc on sent que vous êtes un homme de gauche malheureux, mais vous avez une caractéristique par rapport à tous les hommes de gauche que nous connaissons, c'est que vous dites très peu de mal de la droite. Et donc je suis surpris de cela parce que pour exprimer votre malaise d'homme de gauche qu'on peut comprendre, et que vous argumentez fort bien, est-ce que vous ne passez pas complétement à côté de la critique de la droite ?/p /blockquote pIl y a de l'idée !/p pDans un mimétisme confondant, les journalistes jonglent les uns après les autres avec une poignée de citations, parmi lesquelles « iune phrase dans votre livre qui nous a marqués/i, certifie Florence Paracuellos. iVous dites : "C'est parce que je suis de gauche que je ne suis plus de gauche"./i » (France Inter, 19/01) La scène se répète à l'identique dans un nombre incalculable de studios, et sans débat ni contradiction, Finkielkraut se contente alors généralement d'étriller LFI, de citer « la gauche danoise » en guise de modèlespan class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Celle qui n'aura cessé d'extrême droitiser sa politique migratoire (…)" id="nh8"8/a]/span, de répéter l'idée qu'il se fait d'un deuxième tour idéal pour la prochaine élection présidentielle – Bruno Retailleau contre Raphaël Glucksmann ou Jérôme Guedj ! – mais aussi de prendre ses idoles à témoin, comme ici dans « C à vous » (France 5, 20/01) : « iMon maître à penser en cette matière [la gauche, NDLR], c'est Jacques Julliard, un homme de gauche. Pendant ses dernières années, il écrivait un éditorial dans/i Le Figaro iet la gauche aurait dû s'interroger sur cette trajectoire./i » Défense de rire. On le pourrait si parmi tous ces entretiens audiovisuels, il existait quelque journaliste disposé à siffler la fin de la récré. Las, la plupart d'entre eux – comme bon nombre de responsables politiques – préfèrent l'introniser « politologue », et même le légitimer en tant qu'arbitre de la gauche partisane en France./p /br div class='spip_document_16555 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/finkie4.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH329/finkie4-c2d8e.jpg?1781087255' width='500' height='329' alt='' //a /figure /div p/brEnfin, alors que Finkielkraut fut un fervent soutien de l'État d'Israël après le 7 octobre 2023span class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire par exemple son entretien au Figaro du 15 novembre 2023." id="nh9"9/a]/span, mais également l'un des artisans de l'amalgame mortifère entre Juifs et Israëlspan class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="Comme on peut le constater avec cette déclaration tirée du Cœur lourd, que (…)" id="nh10"10/a]/span, il tient désormais le beau rôle en plateau. Comme face à tous a href="https://www.acrimed.org/Les-resistants-de-la-25e-heure-au-chevet-de-l-ame"les résistants de la 25e heure/a, les journalistes ne manquent pas d'applaudir le courage avec lequel il dénonce les « irépugnants fanatiques/i » du gouvernement Netanyahou (Europe 1, 24/05) ou les destructions d'oliveraies de Cisjordanie par les colonsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb11" class="spip_note" rel="appendix" title="C'est le phénomène que Finkielkraut mentionne quasi systématiquement : (…)" id="nh11"11/a]/span. Pour Claude Askolovitch, cela suffit à panthéoniser son homme : « iSon public inattentif, qui depuis des années le prenait pour l'avocat inconditionnel des juifs et d'Israël, s'est étonné de le retrouver de gauche./i » (iVanity Fair/i, 29/04) Il fallait oser./p /br h3 class='article_intertitres'« iÉlégance/i », « ifinesse/i », « iscrupule/i » et « inuance/i »/h3 p/brSi nous nous sommes longuement attardés sur la complaisance journalistique et la poétique des recensions médiatiques, c'est pour montrer à quel point elles contrastent avec la brutalité parallèlement déployée par l'académicien dans son livre et chacune de ses interviews. Si prompts à dénoncer la « brutalisation » du débat et à stigmatiser des personnalités publiques, face à Finkielkraut, les journalistes préalablement cités ne mettent jamais le holà et renoncent à contrecarrer ses thèses. Comme en 2021 a href="https://www.acrimed.org/Blanchir-Zemmour-mode-d-emploi-mediatique"face à Zemmour/a, la grande presse fait œuvre de blanchisseuse : elle légitime le racisme et promeut la réaction. Finkielkraut l'« iassagi/i » a donc toute latitude pour nous balader dans son musée des horreurs. Florilège garanti sans « ijugements hâtifs/i », 100% « inuancé/i » et « idoux/i »./p pstrong- Sur Trump./strong Finkielkraut le trouve passablement vulgaire, mais il s'incline devant sa politique internationale et n'hésite pas à saluer ses actions au a href="https://www.acrimed.org/Venezuela-des-medias-intoxiques-par-la-propagande"Venezuela/a, en a href="https://www.acrimed.org/Iran-l-editocratie-en-renfort-d-une-guerre-juste"Iran/a, mais aussi à Gaza, où Finkielkraut nie catégoriquement le génocide, « iune accusation épouvantable et totalement mensongère/i » : « iIl n'y a évidemment pas eu de génocide à Gaza. […] Dans un génocide, il n'y a pas deux belligérants. Si le Hamas avait désarmé, la guerre aurait cessé tout de suite./i » (iLe Figaro/i, 05/02) Puis, entre quelques déplorations à propos de l'effondrement de la langue française, Finkielkraut assure que la « idécadence woke/i » (« C à vous ») ébranle les États-Unis au même titre que la « idécadence Maga/i » et que l'« iidéologie trans/i » (« En société ») a écorné la campagne de Kamala Harris – sans réaction des journalistes sur aucun des deux plateaux./p pstrong- Sur Renaud Camus./strong Invité par CNews (14/02) à compatir avec le pamphlétaire néofasciste, Finkielkraut se dit « ifatigué de ses surenchères conceptuelles/i » mais déclare qu'il le considère comme « ile plus grand prosateur contemporain/i » et que « ison/i Journali, démentiel, est aussi génial/i », avant de regretter sa mise au ban :/p blockquote class="spip" pstrongAlain Finkielkraut :/strong Renaud Camus […] qui n'a plus d'éditeur, dont les libraires ne vendent jamais les livres […], jamais un compte rendu dans aucun journal, jamais aucune invitation médiatique ! […] L'ironie ultime, c'est que les ennuis lui sont venus du jour où il a parlé de « grand remplacement ». Or aujourd'hui, tout le monde parle de « grand remplacement », même Jean-Luc Mélenchon qui l'appelle de ses vœux ! Il veut […] un nouveau peuple pour en finir avec les Français de souche et pour lui-même accéder au pouvoir./p /blockquote pstrong- Sur l'immigration./strong Naturellement, il alerte à l'envi sur le « ichangement démographique massif en France/i » et ne rate jamais l'occasion de disserter sur son nouveau concept – la « igrande cause nationale/i » qu'il préconise : « ila défense du droit à la continuité historique/i », consistant à « imaîtriser l'immigration pour que la France ait une chance de persévérer dans son être/i » (iLa Tribune dimanche/i). Une rhétorique essentialisante, fondée sur des critères ethno-religieux, en partie, qu'il précise à l'antenne de « La grande librairie » en parlant d'une « iépoque de l'homogénéité culturelle, ethnique/i » sans qu'Augustin Trapenard ne tique ni ne lui réclame aucun compte. Mais aussi dans iL'Express/i, lorsque l'intervieweur lui demande si « il'Europe [doit] revendiquer ses racines judéo-chrétiennes/i » :/p blockquote class="spip" pstrongAlain Finkielkraut :/strong L'Europe devrait simplement consentir à son propre passé. Elle devrait comprendre que sa vocation n'est pas de déserter son être, mais […] de persévérer dans son être à une époque où elle est contestée par une autre civilisation extrêmement vigoureuse et de plus en plus présente en son sein, à savoir l'islam./p /blockquote pAucun journaliste ne lui opposant de contradiction sérieuse, Finkielkraut se sent pousser des ailes, tout particulièrement dans les médias d'extrême droite. Sur Europe 1, il s'insurge contre « il'hospitalité inconditionnelle/i » prônée par les « iadeptes du sans-frontiérisme/i » : « iAu nom de l'égale dignité des personnes, certains considèrent aujourd'hui comme discriminatoire la distinction entre autochtones et étrangers./i » Et chez iValeurs actuelles/i, il fustige le Conseil constitutionnel, coupable d'avoir « iretourné le principe de fraternité contre la souveraineté populaire en interdisant aux législateurs d'ériger en délit […] l'aide à la circulation des étrangers en situation irrégulière. Voilà où nous en sommes : l'État de droit semble destiné à empêcher le droit de l'État./i »/p pstrong- Sur le fascisme et l'antifascisme./strong Sur CNews (14/02), alors que Finkielkraut s'« iinquiète de notre avenir/i » en se demandant ce qu'il va « ise passer en France si un candidat ou une candidate du Rassemblement national est élu en 2027/i », sa réponse a le mérite de la clarté : « iUn déchaînement des antifas. Nous courons ce risque-là. Non pas une résurgence du fascisme, mais une violence antifa sans limite, voilà ce qui peut nous attendre !/i » Dans son entretien au « FigaroVox » (24/02), il déclare notamment que « idepuis la chute du IIIe Reich, l'antifascisme n'est plus la résistance héroïque à un régime totalitaire, mais la lutte confortable contre une menace imaginaire/i », une « iidéologie féroce et potentiellement criminelle qui transforme l'adversaire politique en ennemi du genre humain/i ». Et de réagir tout en « nuance » à la mort du a href="https://www.acrimed.org/Antifascisme-et-LFI-les-medias-brutalisent-le"militant néonazi Quentin Deranque/a : « iNos antifascistes sont des pogromistes qui se prennent pour des résistants./i » iA contrario/i, il reprendra le présentateur de RTL concernant cette même affaire :/p blockquote class="spip" pstrongAlain Finkielkraut :/strong Je ne qualifierais pas comme vous Quentin Deranque de militant d'ultra-droite. C'était un homme, d'après ce qu'on peut savoir, qui était devenu catholique traditionnaliste. Il assistait aux messes en latin et on dit qu'il adhérait aussi à l'Action française. L'Action française est devenue un groupe totalement inoffensif qui a rompu complétement avec l'antisémitisme de Maurras./p /blockquote pComme on peut le mesurer en lisant l'enquête en deux volets (a href="https://www.ripostes.org/aujourdhui-lanarchie-bientot-la-monarchie-une-jeunesse-daction-francaise/" class="spip_out" rel="external"ici/a et a href="https://www.ripostes.org/aujourdhui-lanarchie-bientot-la-monarchie-une-jeunesse-daction-francaise-2/" class="spip_out" rel="external"là/a) publiée par Ripostes (04/05/2025), celle de Streetpress (29/06/2023) à propos d'une organisation jouant le rôle d'a href="https://www.streetpress.com/1687965898-action-francaise-ecole-cadres-reactionnaires-darmanin-ministres/" class="spip_out" rel="external"« école des cadres réactionnaires »/a, mais aussi divers articles portant sur les actions de l'organisation dans la période récentespan class="spip_note_ref" [a href="#nb12" class="spip_note" rel="appendix" title="Par exemple à Stains, en 2022, ou à La Roche-sur-Yon, en 2024, à l'occasion (…)" id="nh12"12/a]/span./p pstrong- Sur l'antisémitisme./strong Le philosophe médiatique a beau être fort peu lucide sur la question, sa parole est d'or sur les plateaux. Dans la continuité du concept de « nouvel antisémitisme » qu'il popularise depuis plus de vingt ans dans le débat public, il répète partout où il passe non seulement qu'« iau Front national, l'antisémitisme est aujourd'hui marginal, résiduel/i », mais aussi qu'« iil y a un parti antisémite en France, un seul, et passionnément antisémite comme l'a dit très justement Raphaël Enthoven, c'est La France insoumise./i » (« C à vous ») Ou encore, dans iLe Figaro/i (24/02) :/p blockquote class="spip" pstrongAlain Finkielkraut :/strong L'antisémitisme en effet, n'est plus raciste, mais impeccablement antiraciste et revêt maintenant, dans les universités, les oripeaux de la vertu. Sous l'effet de la politique israélienne, on n'a pas seulement le droit, mais le devoir de haïr les Juifs jusque dans les hautes sphères de la pensée./p /blockquote pLe laisser-faire des journalistes s'explique du fait de la banalisation continue de tels propos au cours des trois dernières années, qui tiennent désormais lieu de prêt-à-penser. Ainsi les journalistes avalisent-ils et reprennent-ils à leur compte la moindre de ses outrances :/p blockquote class="spip" pstrongIsabelle Schmitz :/strong Le vieil antisémitisme français associé à la droite est désormais passé à gauche […]. Celui qui frappe aujourd'hui en France est, affirme Finkielkraut, « iun antisémitisme d'importation/i », qui rejoue en version miniature le drame du 7 Octobre. [iLe Figaro/i, 02/02)]/p /blockquote pBien sûr, le philosophe n'oublie pas d'injurier et de diffamer à tour de bras. Quand il ne qualifie pas Jean-Luc Mélenchon de « iLe Pen de la politique contemporaine […], c'est du "Durafour crématoire" d'extrême gauche/i », il répète à l'envi que Thomas Portes, Aymeric Caron, David Guiraud ou encore Raphaël Arnault sont des « iantisémites passionnés et patentés/i » (RTL). Là encore, aucun commentaire des journalistes, pas plus qu'ils n'en expriment lorsqu'il déclare sur Franceinfo :/p blockquote class="spip" pstrongAlain Finkielkraut :/strong Que feront les juifs, imaginez, si par malheur Jean-Luc Mélenchon et avec lui David Guiraud, Rima Hassan, Thomas Portes et d'autres arrivent au pouvoir ? C'est ce que disait Robert Badinter avant de mourir : il faut se tenir prêt à partir à temps./p /blockquote pstrong- Sur La France insoumise./strong Sa détestation viscérale de la gauche se décline sur d'autres terrains, mais repose toujours sur un suprémacisme bourgeois (à travers sa haine de l'égalité) et racial (à travers ses obsessions identitaires). Parmi tous les entretiens parcourus, la seule fois où Finkielkraut parle de classe sociale par exemple, c'est sous un angle identitaire (et imbitable) : « iLes quartiers populaires/i, assure-t-il sur France 2, ic'est tout le contraire des classes populaires : c'est des quartiers d'où les classes populaires sont parties parce qu'elles ont perdu la guerre des yeux./i » Sur France Inter, il affirme encore que « ila gauche […] a trahi tous ses principes fondamentaux l'un après l'autre : la laïcité d'abord […] ; elle a trahi l'école, c'est l'égalitarisme qui tue l'égalité des chances ; elle a trahi la République, elle oublie la nation au profit de l'hospitalité inconditionnelle/i ». Les journalistes laissent couler. Un seul d'entre eux osera une remontrance. Ironie du sort : ça se passe chez Bolloré. Alors que Finkielkraut s'emballe contre la « ifrancophobie/i » de Mélenchon – une « ifrancophobie déchaînée ! On ne doit plus parler français ; le français, c'est fini ; la langue française, c'est fini ; on doit parler créole !/i » –, Stéphane Dupont des iÉchos/i ose d'une petite voix : « iVous exagérez un petit peu là, non ?/i » Si peu…/p /br centerstrong***/strong/center p/brÀ l'heure où la lutte contre l'empire Bolloré mobilise de plus en plus largement, il n'est sans doute pas inutile de rappeler que la banalisation/promotion de l'extrême droite opère via d'autres mécanismes. La saturation de l'espace médiatique par l'un des « intellectuels » jouant depuis des décennies un rôle moteur dans la fascisation du débat public en est un – et le tapis rouge que lui déroulent les journalistes les plus en vue, son accélérateur. Et ce n'est pas là la moindre des « complicités » journalistiques… car celle-ci concerne la quasi-totalité des grands médias./p p/brstrongPauline Perrenot/strong/p p/brstrongAnnexe : Finkielkraut tour 2026/strong/p pstrongLe Figaro/strong, 15/01, 23/01, 28/01, 02/02, 05/02 ; strongParis Match/strong, 15/01 ; strongFrance Inter/strong, « Le grand entretien », 19/01 ; strongFrance 5/strong, « C à vous », 20/01 et « La grande librairie », 18/03 et « En société », 10/05 ; strongLe Point/strong, 21/01 ; strongChallenges/strong, 22/01 ; strongFrance 2/strong, « Quelle époque », 24/01 ; strongLCI/strong, « 24H Pujadas », 29/01 ; strongMarianne/strong, 29/01 ; strongLire magazine/strong, 01/02 ; strongLe Monde/strong, 05/02 ; strongLe JDD/strong, 08/02 ; strongFranceinfo/strong, « Le pour et le contre », 07/02 ; strongLes Échos/strong, 11/02 ; strongCNews/strong, « Face à Bock-Côté », 14/02 et « L'heure des pros », 25/03 ; strongLa Tribune dimanche/strong, 15/02 ; strongTransfuge/strong, 18/02 ; strongRTL/strong, « Journal inattendu », 21/02 ; strongJDNews/strong, 25/02 ; strongL'Express/strong, 05/03 ; strongBFM-TV/strong, 19/03, 05/05 ; strongArte/strong, « 28 Minutes », 23/03 ; strongPublic Sénat/strong, « Au bonheur des livres », 27/03 ; strongValeurs actuelles/strong, 01/04 ; strongVanity Fair/strong, 29/04 ; strongEurope 1/strong, « Le grand rendez-vous », 24/05./p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanBattu par le maire sortant divers droite (ex LR) Jean-Luc Moudenc, soutenu (entre autres) par a href="https://www.mediacites.fr/breve/toulouse/2026/03/20/discours-de-la-peur-et-contre-discours-la-bataille-des-soutiens-fait-rage-a-toulouse/" class="spip_out" rel="external"le Medef et le patronat local/a, dans une campagne marquée par de fortes a href="https://www.arretsurimages.net/emissions/arret-sur-images/fake-news-ingerences-et-campagne-anti-lfi-notre-emission-en-direct-de-toulouse" class="spip_out" rel="external"opérations de désinformation mais aussi d'ingérence israélienne/a./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanVoir la liste en annexe./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanAccusé d'inceste sur son beau-fils de 14 ans par Camille Kouchner – dans son ouvrage iLa familia grande/i (Seuil, 2021) –, Olivier Duhamel reconnaîtra les faits trois mois plus tard. Quelques jours après la parution de ce livre, Alain Finkielkraut déclarait sur LCI qu'« ion n'a pas les éléments. Y a-t-il eu consentement ? À quel âge cela a-t-il commencé ? Y a-t-il eu ou non une forme de réciprocité ? On parle d'un adolescent. Ce n'est pas la même chose [qu'un enfant]./i » (11/01/2021)/p /divdiv id="nb4" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanPierre Bourdieu le cite en exemple dans iSur la télévision/i, Raisons d'agir, p. 32./p /divdiv id="nb5" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanD'après cet aveu-culte de Léa Salamé a href="https://www.youtube.com/watch?v=NTO_pp9NwZY" class="spip_out" rel="external"sur Konbini/a (19/04/2023) : « iLe plus important, évidemment que c'est pas la question, mais c'est le moment. C'est même pas la réponse, c'est le moment. C'est-à-dire que peu importe la question, peu importe la réponse, il faut qu'il y ait un moment. […] Moi, mon obsession le matin sur Inter, par exemple, c'est qu'il y ait un moment. C'est pas d'aller chercher et déceler la vérité, c'est qu'il y ait un moment et que l'auditeur soit surpris. […] Pour moi, un bon journaliste, c'est quelqu'un qui va faire un moment, où il va se passer un truc./i »/p /divdiv id="nb6" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanIl est intéressant de noter que a href="https://www.gallimard.fr/catalogue/le-coeur-lourd/9782073145413" class="spip_out" rel="external"sur la page internet du livre/a, si Gallimard ne manque pas d'épingler des citations tirées de médias à ses yeux fréquentables, la maison d'édition se garde bien d'y joindre les applaudissements de iCauseur/i, iValeurs actuelles/i, CNews… ou encore ceux de l'Action française./p /divdiv id="nb7" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanUn grand entretien croisé avec Sylvain Tesson (15/01) ; un portrait signé Alexandre Devecchio dans iLe Figaro Magazine/i où Finkielkraut trône à la Une (23/01) ; une chronique d'Eugénie Bastié (28/01) ; une recension d'Isabelle Schmitz pour iLe Figaro Histoire/i (02/02) et un entretien dans l'émission du « Club le Figaro » sur Le Figaro TV trois jours plus tard, animée par… Eugénie Bastié (05/02)./p /divdiv id="nb8" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanCelle qui n'aura cessé d'a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2021/05/11/le-danemark-veut-sous-traiter-les-demandes-d-asile-au-rwanda_6079868_3210.html" class="spip_out" rel="external"extrême droitiser sa politique migratoire/a notamment, et qui assume a href="https://fr.euronews.com/my-europe/2026/03/06/cinq-pays-de-lue-veulent-creer-des-plateformes-de-retour-pour-migrants-hors-deurope" class="spip_out" rel="external"un rôle moteur/a dans la politique déshumanisante et meurtrière menée par et au sein de l'Union européenne, c'est-à-dire une politique « id'enfermement massif/i », « id'externalisation/i », « ide dissuasion, coercition et criminalisation/i » (a href="https://migreurop.org/article3560.html?lang_article=fr#nh14" class="spip_out" rel="external"Migreurop, 26/03/a). Une politique qui satisfait d'autres gauchistes notoires, parmi lesquels Dominique Reynié (a href="https://www.fondapol.org/etude/la-politique-danoise-dimmigration-une-fermeture-consensuelle/" class="spip_out" rel="external"Fondapol, janvier 2023/a)./p /divdiv id="nb9" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /spanLire par exemple a href="https://www.lefigaro.fr/vox/monde/alain-finkielkraut-le-nouvel-antisemitisme-se-fait-passer-pour-un-antiracisme-20231114" class="spip_out" rel="external"son entretien au iFigaro/i du 15 novembre 2023/a./p /divdiv id="nb10" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spanComme on peut le constater avec cette déclaration tirée du iCœur lourd/i, que citent d'ailleurs tous les journalistes en plateau (sans voir le problème) au moment d'acclamer sa critique du gouvernement Netanyahou : « iFace à cet antisionisme virulent qui tourne à l'antisémitisme, je suis solidaire d'Israël. Mais de quel Israël ? Entre les héritiers d'Yitzhak Rabin et les disciples de son meurtrier, je ne peux pas ne pas choisir. C'est encore cela, "le cœur lourd". strongPour la première fois de notre histoire, nous devons faire face à la haine sans avoir la consolation de l'innocence/strong./i » (Nous soulignons)./p /divdiv id="nb11" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh11" class="spip_note" title="Notes 11" rev="appendix"11/a] /spanC'est le phénomène que Finkielkraut mentionne quasi systématiquement : jamais on ne l'entend parler, par exemple, de l'assassinat des Palestiniens par les colons ou l'armée israélienne./p /divdiv id="nb12" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh12" class="spip_note" title="Notes 12" rev="appendix"12/a] /spanPar exemple à a href="https://www.liberation.fr/politique/a-stains-la-campagne-de-haine-de-laction-francaise-20221012_M57EITKRFNBOJHMGYYDKOB44XA/" class="spip_out" rel="external"Stains/a, en 2022, ou à a href="https://www.streetpress.com/1734693347-action-francaise-anti-avortement-neuf-militants-extreme-droite-juges-ivg-vendee-simone-veil/" class="spip_out" rel="external"La Roche-sur-Yon/a, en 2024, à l'occasion d'une manifestation contre le droit à l'avortement./p /div/div
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Finkielkraut en promo : la réaction « chic » et l'entre-soi médiatique

mer, 2026-06-10 12:27
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/finkie2026-98fb8.jpg?1781087372' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" / div class='rss_chapo'pLe capital médiatique fait le capital médiatique. Depuis janvier 2026 et la parution d'un livre-entretien avec un ponte du iFigaro/i, Alain Finkielkraut est en tournée. Célébré depuis quatre décennies comme « il'un de nos plus grands intellectuels/i » (Léa Salamé), il est en outre sollicité en tant qu'expert de tout pour commenter « l'actualité ». Des séquences au cours desquelles la complaisance des journalistes nous rappelle le rôle des grands médias dans la sacralisation d'un acteur majeur de la fascisation du débat public./p/div div class='rss_texte'p« iJ'ai besoin d'être rassuré/i, s'épanche Alain Finkielkraut auprès de la présentatrice Élisabeth Quin. iC'est d'ailleurs aussi pour ça que j'accepte de passer à la télévision./i » Sur le plateau d'Arte ce jour-là (23/03), la séance de câlinothérapie dispensée par l'équipe de « 28 Minutes » lui aura donné entière satisfaction. La présentatrice s'est inquiétée de ses « ivulnérabilités/i » ; bien sûr, elle « iaurait adoré/i » qu'il évoque sa « ipassion pour Pierre Dac, insurpassable humoriste/i », mais elle a préféré solliciter l'avis de « il'ex-gauchiste devenu socialiste conservateur libéral/i » (sic) – auquel elle ne manque pas de donner du « icher Alain Finkielkraut/i » – sur les résultats des élections municipales. C'est dans cette ambiance tout en courtoisie, propre aux a href="https://www.acrimed.org/Sur-Arte-le-conformisme-et-le-manicheisme-de-28"plateaux du « cercle de la raison »/a, que les trois journalistes ont accueilli sans broncher les considérations du philosophe médiatique sur le « iParis des bobos et des logements sociaux/i ». C'est encore sans une once de contradiction qu'ils l'ont écouté analyser la défaite du candidat LFI François Piquemal à Toulousespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Battu par le maire sortant divers droite (ex LR) Jean-Luc Moudenc, soutenu (…)" id="nh1"1/a]/span comme l'expression d'un « isursaut républicain de la gauche dreyfusarde et républicaine/i », et confier le « ivéritable réconfort/i » que ces résultats lui ont procuré. Cela non sans l'avoir au préalable félicité pour son dernier ouvrage, dans lequel Élisabeth Quin a su évidemment reconnaître quelques « ipassages très beaux, très émouvants, très surprenants/i »./p pLe plateau d'Arte est loin d'être isolé : à l'occasion de la parution de ce livre-entretien conduit par le directeur délégué de la rédaction du iFigaro/i, Vincent Trémolet de Villers, nombre de rédactions de presse écrite et audiovisuelle se sont postées au chevet de l'académicien-toutologue pour ausculter son « icœur lourd/i », le titre de l'essai. « iChacun de ses livres est un événement/i », reconnaît volontiers David Pujadas (LCI, 29/01), qui ne poussera pas l'audace jusqu'à caractériser la nature de « l'événement » en question, d'abord – si ce n'est exclusivement – médiatique. Depuis le 1er janvier 2026, ce sont au moins vingt recensions dans la presse, auxquelles s'ajoutent une quinzaine d'interventions télé et radiospan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir la liste en annexe." id="nh2"2/a]/span. Produit du capital social et médiatique de Finkielkraut lui-même, cette tournée est également sponsorisée par la prestigieuse maison Gallimard, où Finkielkraut fut directeur de collection et qui accompagne depuis quarante ans son prêt-à-penser réactionnaire./p pCar la marque médiatique « Finkie » aura bel et bien résisté à toutes les outrances. En 2021, ses propos sur l'affaire Olivier Duhamel lui avaient bien coûté son poste de chroniqueur sur LCIspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Accusé d'inceste sur son beau-fils de 14 ans par Camille Kouchner – dans son (…)" id="nh3"3/a]/span, mais de logorrhées xénophobes en a href="https://www.blast-info.fr/articles/2026/lantisemitisme-a-droite-une-histoire-qui-ne-finit-jamais-oxOgIKf_R1ybPnwhKpoPWA" class="spip_out" rel="external"éloges de Renaud Camus/a, il aura, contre vents et marées, conservé les grâces de France Culture. « iToujours plus sollicité, plus omniprésent, plus bavard/i, a href="https://lmsi.net/Onfray-Finkielkraut-Cie-de-la-fascisation-dans-la-Republique-des-lettres" class="spip_out" rel="external"écrivaient Sylvie Tissot et Pierre Tevanian/a à propos des décennies 1990 et 2000, i[Finkielkraut] n'a cessé de se caricaturer lui-même, de se droitiser, de se radicaliser en somme dans ce que Jacques Rancière a résumé sous le nom de "haine de la démocratie" : haine de la jeunesse, haine de la massification de l'enseignement, haine des cultures populaires, du féminisme, de la Gay Pride et plus généralement de tout ce qui est festif et de tout ce qui est revendicatif – et enfin, de plus en plus explicitement et obsessionnellement, haine du rap, de "l'immigration", des "banlieues" et de "l'islam"./i » Ainsi le philosophe est-il de a href="https://www.acrimed.org/+-Alain-Finkielkraut-+"longue date/a l'une des figures médiatiques les plus en pointe dans la banalisation des obsessions de l'extrême droite et a href="https://www.editionslibertalia.com/catalogue/hors-collection/article/la-position-du-penseur-couche" class="spip_out" rel="external"la disqualification de « itoute pensée progressiste/i »/a. iFast-thinker/i par excellencespan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Pierre Bourdieu le cite en exemple dans Sur la télévision, Raisons d'agir, (…)" id="nh4"4/a]/span, il est indéboulonnable : livre après livre, il n'en finit pas d'être promu dans et par les grands médias./p /br h3 class='article_intertitres'« iÉternel empêcheur de penser en rond/i »/h3 p/brSur France 5, Thomas Snégaroff s'émeut ainsi de « ipassages sur l'amour qui sont très beaux/i » après avoir mis cartes sur table : « iC'est un livre que j'ai beaucoup aimé/i, confie-t-il à son auteur. iD'abord parce qu'il est très bien écrit, d'abord parce qu'il est très drôle aussi./i » (« En société », 10/05) Même tonalité sur Franceinfo, où le poulain de BHL Nathan Devers ménage son (médiocre) effet de surprise : « iIl y a un paradoxe Alain Finkielkraut dans votre livre/i, s'amuse-t-il. iIl s'appelle "Le cœur lourd", mais quand on le lit, on a une impression de légèreté ou plutôt d'élévation./i » (07/02) Ce sont également trois journalistes conquis qui se succèdent dans l'émission « 24h Pujadas » sur LCI (29/01). « i[Ce livre] est une promenade en vérité, assez délicieuse il faut bien le dire, dans votre vie, dans vos sentiments/i », démarre David Pujadas, talonné par Ruth Elkrief pour la question qui fâche – « iEst-ce que vous espérez retrouver un cœur léger ?/i » – et d'Hervé Gattegno pour la contradiction : « iOn vous admire en vous lisant. Et on admire votre façon de jouer avec les idées, avec la langue./i ». De « La grande librairie » aux plateaux de CNews, la pugnacité des journalistes est à l'image de l'uppercut décroché par Benjamin Duhamel dans la matinale de France Inter : « iVous êtes encore un angoissé, un éternel angoissé à 76 ans, Alain Finkielkraut ?/i » Un registre dans lequel excelle plus que tout autre sa prédécesseuse, Léa Salamé : « iMoi, j'ai grandi avec vos livres, j'ai à peu près tout lu/i », fayote l'éditocrate dans « Quelle époque » (France 2, 24/01), après avoir peut-être réalisé l'un des lancements les plus éloquents de sa carrière :/p blockquote class="spip" pstrongLéa Salamé :/strong Je suis très contente de vous recevoir ! Ça fait presque dix ans qu'on ne vous a pas vu sur une émission du samedi soir. À l'époque, vous veniez tout le temps chez Ardisson, chez Ruquier. Là, ça fait longtemps que vous ne venez pas et vous n'étiez jamais venu dans « Quelle époque ». Je suis très contente de vous recevoir. Je vous ai beaucoup interviewé, Alain Finkielkraut, dans d'autres formats. Vous êtes l'une des personnes que j'aime le plus interviewer avec Fabrice Lucchini parce qu'on sait jamais ce qui va se passer et que vous mettez tellement d'intensité dans vos réponses qu'au moins, on se dit : « On ne va pas s'ennuyer ! »./p /blockquote pTout en parlant d'elle-même, la journaliste donne la clé des invitations du philosophe : son aura médiatique, mais aussi le potentiel télégénique du « bon client » que savent exploiter les faiseurs de grands « moments »… médiatiquesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="D'après cet aveu-culte de Léa Salamé sur Konbini (19/04/2023) : « Le plus (…)" id="nh5"5/a]/span. On tourne en rond !/p /br div class='spip_document_16558 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/finkie1-2.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/finkie1-2-41427.jpg?1781087255' width='500' height='279' alt='' //a /figure /div/br h3 class='article_intertitres'« iFinkie est encore là/i »/h3 p/brDans la presse écrite également. Avec ce nouveau livre, a href="https://www.acrimed.org/Renaud-Camus-Finkielkraut-les-dissonances"son hagiographe attitré/a au iMonde/i, Jean Birnbaum, ne pouvait pas ne pas découvrir « iun homme différent de celui que l'on croyait connaître/i » et qui « ise rafraîchit les idées/i » (05/02). « iUn nouveau livre d'Alain Finkielkraut est toujours une bonne nouvelle/i », confirme iTransfuge/i (18/02), plein de compassion face au « idésarroi/i » de cet « ienfant du siècle/i ». Dans le numéro de iMarianne/i consacré à « ila folie racialiste/i » de LFI (29/01), une journaliste prend le temps de flatter « iun personnage attachant, à la personnalité réjouissante/i » et au « icharme d'antan/i » (29/01). iChallenges/i acclame des « ientretiens libérateurs/i » (22/01), iL'Express/i un « ibeau succès/i » témoignant de la « iprofonde intranquillité du philosophe/i » (05/03) et iLa Tribune dimanche/i, un livre « ipoignant et profond/i », « ibellement littéraire/i » (15/02) – l'occasion pour l'auteur de cette recension de faire d'une pierre deux coups (de brosse à reluire) : « iLa subtilité du journaliste Vincent Trémolet de Villers fait merveille pour escorter et aiguiser l'intensité d'Alain Finkielkraut./i »/p pOn a là « ideux esprits fins et sensibles/i » corroborent iLes Échos/i (11/02), où Finkielkraut est décrit comme une « ivoix libératrice/i », « iune lame essentielle au cœur sensible/i » ; « itoujours soucieux de la nuance dans une époque où le sensationnalisme triomphe/i », poursuit le quotidien économique, qui pousse la facétie jusqu'à le qualifier de « ipenseur à contre-courant/i ». Un « iéternel empêcheur de penser en rond/i », renchérit iParis Match/i (15/01), qui fait preuve d'un « icourage/i » inébranlé « ipour affronter l'idéologie dominante/i », insiste iL'Express/i (05/03), et signe « iune ode à la liberté de penser, y compris contre soi/i » selon iLe Point/i (21/01), où le rédacteur en chef Saïd Mahrane ne tarit pas d'éloges à propos de cette « ivoix érudite, humble et anxieuse, mais d'abord vraie/i » : bref, un « ihomme généreux, car éducateur, qui, inlassablement, indique à tous où trouver la clé d'or/i ». Les entretiens-fleuve participent de la légende dorée. Ce sont par exemple six pages dans iLire magazine/i (01/02) et pas moins du double dans iValeurs actuelles/i (01/04) : couverture, interview et recension d'un ouvrage placé sous le signe de la « isagesse/i » d'un « ihomme qui ne parle de lui que pour mieux donner à voir la France/i »./p /br div class='spip_document_16557 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/finkie2.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH299/finkie2-4f8cf.jpg?1781087255' width='500' height='299' alt='' //a /figure /div p/brLa presse d'extrême droite fait assurément dans la dentellespan class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Il est intéressant de noter que sur la page internet du livre, si Gallimard (…)" id="nh6"6/a]/span. On entend parler de « isubtile pudeur/i », de « itendresse/i » et « imélancolie/i » dans iLe JDD/i (08/02) ; de « ijoie de vivre/i » et de « igénie de la conversation féconde/i » dans le iJDNews/i (25/02) : « iNous pourrions tous, je crois, disciples de "Finkie", nous rassembler dans un bouquin décrivant notre première rencontre avec lui, et pour les plus chanceux, raconter la naissance d'une amitié./i » L'auteur de ces lignes, l'inénarrable Mathieu Bock-Côté, cultive au passage son entregent : il recevait le toutologue dix jours plus tôt sur CNews dans l'émission (naturellement) nommée « Face à Bock-Côté » (14/02), et le réinterrogera quelques semaines plus tard sur Europe 1 dans « Le grand rendez-vous » (24/05). Vous avez dit « circuit fermé » ? Quant à iCauseur/i, ce sont pas moins de trois articles dithyrambiques qui paraissent en février, transportés « ipar la pensée rendue bohème d'Alain Finkielkraut/i » : « iFinkie est encore là […], gentilhomme en partance vers un ailleurs pas encore tout à fait défini./i » (09/02)/p pNéanmoins, la moisson ne fut nulle part meilleure qu'au iFigaro/i. Promouvoir à la fois l'un de ses chefs, Vincent Trémolet de Villers, et l'un de ses intellectuels favoris – « invité d'honneur » du bicentenaire du quotidien, en janvier dernier ? Une aubaine ! Dans sa chronique du nouvel an rédigée sous forme de liste de vœux (1/01), Jean-Christophe Buisson espérait « iun succès de librairie pour/i Le Cœur lourd ». iLe Figaro/i s'en est donné les moyens. Cinq interviews/recensions en à peine trois semainesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Un grand entretien croisé avec Sylvain Tesson (15/01) ; un portrait signé (…)" id="nh7"7/a]/span... pour un même tapis rouge : l'un des livres « iles plus poignants du philosophe/i », « isensible et profond/i » pour Alexandre Devecchio (23/01), « imélancolique et nuancé/i » aux yeux d'Eugénie Bastié (28/01), qui ne lésine sur rien à l'heure du copinage. « iÊtre trop intelligent dans un monde livré à l'idiocratie vous expose à la tristesse/i », pontifie l'éditocrate, avant le bouquet final :/p blockquote class="spip" pstrongEugénie Bastié :/strong Ce livre est une consolation au milieu du sectarisme et de l'étroitesse d'esprit de nos contemporains. L'esprit de finesse au royaume des bourrins. […] Finkielkraut se fait avec élégance l'orfèvre d'un art oublié : celui du scrupule et de la nuance./p /blockquote/br div class='spip_document_16556 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/finkie3.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH337/finkie3-30af4.jpg?1781087255' width='500' height='337' alt='' //a /figure /div/br h3 class='article_intertitres'« iUne manière de gauche d'être réactionnaire/i »/h3 p/br« Élégance », « finesse », « scrupule », « nuance » : autant de caractéristiques qui viennent immédiatement à l'esprit quand on pense « Finkielkraut ». Sur Public Sénat (27/03), Claire Chazal ajoute au cocktail un peu de « douceur » : « i[Ce livre est] peut-être plus doux que les livres précédents que vous avez écrits/i ». Suivie par Isabelle Schmitz, dans iLe Figaro/i (02/02), qui complète avec un soupçon de « isagesse/i » : Finkielkraut « ise garde de l'hubris et des jugements hâtifs/i ». Bref, comme nous allons le constater par la suite, « iil s'est juste un peu assagi/i » (iTransfuge/i, 18/02). À cette mystification s'ajoute un autre exercice de zèle : Finkielkraut serait « de gauche »./p p« iAlain Finkielkraut et ses compagnons de traversée […] ont inventé une manière de gauche d'être réactionnaire/i », ose par exemple Claude Askolovitch dans iVanity Fair/i (29/04), au détour d'une « itentative de portrait/i » courant sur huit (interminables) pages, relevant plutôt d'une (a href="https://www.peripheries.net/article8.html" class="spip_out" rel="external"nouvelle/a) tentative de réhabilitation contrite. Symptomatique de la posture de cette petite bourgeoisie journalistique ayant « le Finkielkraut un peu honteux », le portrait carbure à la dépolitisation. Comme souvent, il n'est question que de morale… et de copinage : « iVincent Trémolet de Villers est un homme gentil. J'apprécie l'affection qu'il porte à Alain Finkielkraut./i » Mais aussi de complaisance et de narcissisme : Askolovitch reconnaît que l'académicien « iest l'incarnation même de la réaction/i »… mais s'attendrit pour ses « ibouffées de morale/i » et ses « iélans d'amour/i ». Ou encore : « iJ'ai appris de lui que l'on peut aimer un homme que l'on désapprouve. Je le sépare de ses opinions/i », déclare le journaliste à qui de droit. « iJe n'ai jamais voulu perdre Alain Finkielkraut. Le voudrais-je que je ne saurais pas/i », insiste-t-il, avant de garantir que lui-même, pour sa part, se trouve du « bon côté de la barricade » – gare au malaise : « iNous nous sommes parfois disputés. En 2013, il me reprochait à l'antenne de France Inter d'avoir offert une belle édition du Coran à la nounou de mon fils./i » Bref, Asko écrit pour son copain Finkie, et nage dans le pathos pour se tranquilliser d'avoir Finkie comme copain./p pL'ambiance est plus franche sur LCI (« 24h Pujadas », 29/01), mais le confusionnisme bat également son plein :/p blockquote class="spip" pstrongHervé Gattegno :/strong Dans cette identité malheureuse, il y a cette identité d'homme de gauche, vous la revendiquez encore aujourd'hui. Donc on sent que vous êtes un homme de gauche malheureux, mais vous avez une caractéristique par rapport à tous les hommes de gauche que nous connaissons, c'est que vous dites très peu de mal de la droite. Et donc je suis surpris de cela parce que pour exprimer votre malaise d'homme de gauche qu'on peut comprendre, et que vous argumentez fort bien, est-ce que vous ne passez pas complétement à côté de la critique de la droite ?/p /blockquote pIl y a de l'idée !/p pDans un mimétisme confondant, les journalistes jonglent les uns après les autres avec une poignée de citations, parmi lesquelles « iune phrase dans votre livre qui nous a marqués/i, certifie Florence Paracuellos. iVous dites : "C'est parce que je suis de gauche que je ne suis plus de gauche"./i » (France Inter, 19/01) La scène se répète à l'identique dans un nombre incalculable de studios, et sans débat ni contradiction, Finkielkraut se contente alors généralement d'étriller LFI, de citer « la gauche danoise » en guise de modèlespan class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Celle qui n'aura cessé d'extrême droitiser sa politique migratoire (…)" id="nh8"8/a]/span, de répéter l'idée qu'il se fait d'un deuxième tour idéal pour la prochaine élection présidentielle – Bruno Retailleau contre Raphaël Glucksmann ou Jérôme Guedj ! – mais aussi de prendre ses idoles à témoin, comme ici dans « C à vous » (France 5, 20/01) : « iMon maître à penser en cette matière [la gauche, NDLR], c'est Jacques Julliard, un homme de gauche. Pendant ses dernières années, il écrivait un éditorial dans/i Le Figaro iet la gauche aurait dû s'interroger sur cette trajectoire./i » Défense de rire. On le pourrait si parmi tous ces entretiens audiovisuels, il existait quelque journaliste disposé à siffler la fin de la récré. Las, la plupart d'entre eux – comme bon nombre de responsables politiques – préfèrent l'introniser « politologue », et même le légitimer en tant qu'arbitre de la gauche partisane en France./p /br div class='spip_document_16555 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/finkie4.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH329/finkie4-c2d8e.jpg?1781087255' width='500' height='329' alt='' //a /figure /div p/brEnfin, alors que Finkielkraut fut un fervent soutien de l'État d'Israël après le 7 octobre 2023span class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire par exemple son entretien au Figaro du 15 novembre 2023." id="nh9"9/a]/span, mais également l'un des artisans de l'amalgame mortifère entre Juifs et Israëlspan class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="Comme on peut le constater avec cette déclaration tirée du Cœur lourd, que (…)" id="nh10"10/a]/span, il tient désormais le beau rôle en plateau. Comme face à tous a href="https://www.acrimed.org/Les-resistants-de-la-25e-heure-au-chevet-de-l-ame"les résistants de la 25e heure/a, les journalistes ne manquent pas d'applaudir le courage avec lequel il dénonce les « irépugnants fanatiques/i » du gouvernement Netanyahou (Europe 1, 24/05) ou les destructions d'oliveraies de Cisjordanie par les colonsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb11" class="spip_note" rel="appendix" title="C'est le phénomène que Finkielkraut mentionne quasi systématiquement : (…)" id="nh11"11/a]/span. Pour Claude Askolovitch, cela suffit à panthéoniser son homme : « iSon public inattentif, qui depuis des années le prenait pour l'avocat inconditionnel des juifs et d'Israël, s'est étonné de le retrouver de gauche./i » (iVanity Fair/i, 29/04) Il fallait oser./p /br h3 class='article_intertitres'« iÉlégance/i », « ifinesse/i », « iscrupule/i » et « inuance/i »/h3 p/brSi nous nous sommes longuement attardés sur la complaisance journalistique et la poétique des recensions médiatiques, c'est pour montrer à quel point elles contrastent avec la brutalité parallèlement déployée par l'académicien dans son livre et chacune de ses interviews. Si prompts à dénoncer la « brutalisation » du débat et à stigmatiser des personnalités publiques, face à Finkielkraut, les journalistes préalablement cités ne mettent jamais le holà et renoncent à contrecarrer ses thèses. Comme en 2021 a href="https://www.acrimed.org/Blanchir-Zemmour-mode-d-emploi-mediatique"face à Zemmour/a, la grande presse fait œuvre de blanchisseuse : elle légitime le racisme et promeut la réaction. Finkielkraut l'« iassagi/i » a donc toute latitude pour nous balader dans son musée des horreurs. Florilège garanti sans « ijugements hâtifs/i », 100% « inuancé/i » et « idoux/i »./p pstrong- Sur Trump./strong Finkielkraut le trouve passablement vulgaire, mais il s'incline devant sa politique internationale et n'hésite pas à saluer ses actions au a href="https://www.acrimed.org/Venezuela-des-medias-intoxiques-par-la-propagande"Venezuela/a, en a href="https://www.acrimed.org/Iran-l-editocratie-en-renfort-d-une-guerre-juste"Iran/a, mais aussi à Gaza, où Finkielkraut nie catégoriquement le génocide, « iune accusation épouvantable et totalement mensongère/i » : « iIl n'y a évidemment pas eu de génocide à Gaza. […] Dans un génocide, il n'y a pas deux belligérants. Si le Hamas avait désarmé, la guerre aurait cessé tout de suite./i » (iLe Figaro/i, 05/02) Puis, entre quelques déplorations à propos de l'effondrement de la langue française, Finkielkraut assure que la « idécadence woke/i » (« C à vous ») ébranle les États-Unis au même titre que la « idécadence Maga/i » et que l'« iidéologie trans/i » (« En société ») a écorné la campagne de Kamala Harris – sans réaction des journalistes sur aucun des deux plateaux./p pstrong- Sur Renaud Camus./strong Invité par CNews (14/02) à compatir avec le pamphlétaire néofasciste, Finkielkraut se dit « ifatigué de ses surenchères conceptuelles/i » mais déclare qu'il le considère comme « ile plus grand prosateur contemporain/i » et que « ison/i Journali, démentiel, est aussi génial/i », avant de regretter sa mise au ban :/p blockquote class="spip" pstrongAlain Finkielkraut :/strong Renaud Camus […] qui n'a plus d'éditeur, dont les libraires ne vendent jamais les livres […], jamais un compte rendu dans aucun journal, jamais aucune invitation médiatique ! […] L'ironie ultime, c'est que les ennuis lui sont venus du jour où il a parlé de « grand remplacement ». Or aujourd'hui, tout le monde parle de « grand remplacement », même Jean-Luc Mélenchon qui l'appelle de ses vœux ! Il veut […] un nouveau peuple pour en finir avec les Français de souche et pour lui-même accéder au pouvoir./p /blockquote pstrong- Sur l'immigration./strong Naturellement, il alerte à l'envi sur le « ichangement démographique massif en France/i » et ne rate jamais l'occasion de disserter sur son nouveau concept – la « igrande cause nationale/i » qu'il préconise : « ila défense du droit à la continuité historique/i », consistant à « imaîtriser l'immigration pour que la France ait une chance de persévérer dans son être/i » (iLa Tribune dimanche/i). Une rhétorique essentialisante, fondée sur des critères ethno-religieux, en partie, qu'il précise à l'antenne de « La grande librairie » en parlant d'une « iépoque de l'homogénéité culturelle, ethnique/i » sans qu'Augustin Trapenard ne tique ni ne lui réclame aucun compte. Mais aussi dans iL'Express/i, lorsque l'intervieweur lui demande si « il'Europe [doit] revendiquer ses racines judéo-chrétiennes/i » :/p blockquote class="spip" pstrongAlain Finkielkraut :/strong L'Europe devrait simplement consentir à son propre passé. Elle devrait comprendre que sa vocation n'est pas de déserter son être, mais […] de persévérer dans son être à une époque où elle est contestée par une autre civilisation extrêmement vigoureuse et de plus en plus présente en son sein, à savoir l'islam./p /blockquote pAucun journaliste ne lui opposant de contradiction sérieuse, Finkielkraut se sent pousser des ailes, tout particulièrement dans les médias d'extrême droite. Sur Europe 1, il s'insurge contre « il'hospitalité inconditionnelle/i » prônée par les « iadeptes du sans-frontiérisme/i » : « iAu nom de l'égale dignité des personnes, certains considèrent aujourd'hui comme discriminatoire la distinction entre autochtones et étrangers./i » Et chez iValeurs actuelles/i, il fustige le Conseil constitutionnel, coupable d'avoir « iretourné le principe de fraternité contre la souveraineté populaire en interdisant aux législateurs d'ériger en délit […] l'aide à la circulation des étrangers en situation irrégulière. Voilà où nous en sommes : l'État de droit semble destiné à empêcher le droit de l'État./i »/p pstrong- Sur le fascisme et l'antifascisme./strong Sur CNews (14/02), alors que Finkielkraut s'« iinquiète de notre avenir/i » en se demandant ce qu'il va « ise passer en France si un candidat ou une candidate du Rassemblement national est élu en 2027/i », sa réponse a le mérite de la clarté : « iUn déchaînement des antifas. Nous courons ce risque-là. Non pas une résurgence du fascisme, mais une violence antifa sans limite, voilà ce qui peut nous attendre !/i » Dans son entretien au « FigaroVox » (24/02), il déclare notamment que « idepuis la chute du IIIe Reich, l'antifascisme n'est plus la résistance héroïque à un régime totalitaire, mais la lutte confortable contre une menace imaginaire/i », une « iidéologie féroce et potentiellement criminelle qui transforme l'adversaire politique en ennemi du genre humain/i ». Et de réagir tout en « nuance » à la mort du a href="https://www.acrimed.org/Antifascisme-et-LFI-les-medias-brutalisent-le"militant néonazi Quentin Deranque/a : « iNos antifascistes sont des pogromistes qui se prennent pour des résistants./i » iA contrario/i, il reprendra le présentateur de RTL concernant cette même affaire :/p blockquote class="spip" pstrongAlain Finkielkraut :/strong Je ne qualifierais pas comme vous Quentin Deranque de militant d'ultra-droite. C'était un homme, d'après ce qu'on peut savoir, qui était devenu catholique traditionnaliste. Il assistait aux messes en latin et on dit qu'il adhérait aussi à l'Action française. L'Action française est devenue un groupe totalement inoffensif qui a rompu complétement avec l'antisémitisme de Maurras./p /blockquote pComme on peut le mesurer en lisant l'enquête en deux volets (a href="https://www.ripostes.org/aujourdhui-lanarchie-bientot-la-monarchie-une-jeunesse-daction-francaise/" class="spip_out" rel="external"ici/a et a href="https://www.ripostes.org/aujourdhui-lanarchie-bientot-la-monarchie-une-jeunesse-daction-francaise-2/" class="spip_out" rel="external"là/a) publiée par Ripostes (04/05/2025), celle de Streetpress (29/06/2023) à propos d'une organisation jouant le rôle d'a href="https://www.streetpress.com/1687965898-action-francaise-ecole-cadres-reactionnaires-darmanin-ministres/" class="spip_out" rel="external"« école des cadres réactionnaires »/a, mais aussi divers articles portant sur les actions de l'organisation dans la période récentespan class="spip_note_ref" [a href="#nb12" class="spip_note" rel="appendix" title="Par exemple à Stains, en 2022, ou à La Roche-sur-Yon, en 2024, à l'occasion (…)" id="nh12"12/a]/span./p pstrong- Sur l'antisémitisme./strong Le philosophe médiatique a beau être fort peu lucide sur la question, sa parole est d'or sur les plateaux. Dans la continuité du concept de « nouvel antisémitisme » qu'il popularise depuis plus de vingt ans dans le débat public, il répète partout où il passe non seulement qu'« iau Front national, l'antisémitisme est aujourd'hui marginal, résiduel/i », mais aussi qu'« iil y a un parti antisémite en France, un seul, et passionnément antisémite comme l'a dit très justement Raphaël Enthoven, c'est La France insoumise./i » (« C à vous ») Ou encore, dans iLe Figaro/i (24/02) :/p blockquote class="spip" pstrongAlain Finkielkraut :/strong L'antisémitisme en effet, n'est plus raciste, mais impeccablement antiraciste et revêt maintenant, dans les universités, les oripeaux de la vertu. Sous l'effet de la politique israélienne, on n'a pas seulement le droit, mais le devoir de haïr les Juifs jusque dans les hautes sphères de la pensée./p /blockquote pLe laisser-faire des journalistes s'explique du fait de la banalisation continue de tels propos au cours des trois dernières années, qui tiennent désormais lieu de prêt-à-penser. Ainsi les journalistes avalisent-ils et reprennent-ils à leur compte la moindre de ses outrances :/p blockquote class="spip" pstrongIsabelle Schmitz :/strong Le vieil antisémitisme français associé à la droite est désormais passé à gauche […]. Celui qui frappe aujourd'hui en France est, affirme Finkielkraut, « iun antisémitisme d'importation/i », qui rejoue en version miniature le drame du 7 Octobre. [iLe Figaro/i, 02/02]/p /blockquote pBien sûr, le philosophe n'oublie pas d'injurier et de diffamer à tour de bras. Quand il ne qualifie pas Jean-Luc Mélenchon de « iLe Pen de la politique contemporaine […], c'est du "Durafour crématoire" d'extrême gauche/i », il répète à l'envi que Thomas Portes, Aymeric Caron, David Guiraud ou encore Raphaël Arnault sont des « iantisémites passionnés et patentés/i » (RTL). Là encore, aucun commentaire des journalistes, pas plus qu'ils n'en expriment lorsqu'il déclare sur Franceinfo :/p blockquote class="spip" pstrongAlain Finkielkraut :/strong Que feront les juifs, imaginez, si par malheur Jean-Luc Mélenchon et avec lui David Guiraud, Rima Hassan, Thomas Portes et d'autres arrivent au pouvoir ? C'est ce que disait Robert Badinter avant de mourir : il faut se tenir prêt à partir à temps./p /blockquote pstrong- Sur La France insoumise./strong Sa détestation viscérale de la gauche se décline sur d'autres terrains, mais repose toujours sur un suprémacisme bourgeois (à travers sa haine de l'égalité) et racial (à travers ses obsessions identitaires). Parmi tous les entretiens parcourus, la seule fois où Finkielkraut parle de classe sociale par exemple, c'est sous un angle identitaire (et imbitable) : « iLes quartiers populaires/i, assure-t-il sur France 2, ic'est tout le contraire des classes populaires : c'est des quartiers d'où les classes populaires sont parties parce qu'elles ont perdu la guerre des yeux./i » Sur France Inter, il affirme encore que « ila gauche […] a trahi tous ses principes fondamentaux l'un après l'autre : la laïcité d'abord […] ; elle a trahi l'école, c'est l'égalitarisme qui tue l'égalité des chances ; elle a trahi la République, elle oublie la nation au profit de l'hospitalité inconditionnelle/i ». Les journalistes laissent couler. Un seul d'entre eux osera une remontrance. Ironie du sort : ça se passe chez Bolloré. Alors que Finkielkraut s'emballe contre la « ifrancophobie/i » de Mélenchon – une « ifrancophobie déchaînée ! On ne doit plus parler français ; le français, c'est fini ; la langue française, c'est fini ; on doit parler créole !/i » –, Stéphane Dupont des iÉchos/i ose d'une petite voix : « iVous exagérez un petit peu là, non ?/i » Si peu…/p /br centerstrong***/strong/center p/brÀ l'heure où la lutte contre l'empire Bolloré mobilise de plus en plus largement, il n'est sans doute pas inutile de rappeler que la banalisation/promotion de l'extrême droite opère via d'autres mécanismes. La saturation de l'espace médiatique par l'un des « intellectuels » jouant depuis des décennies un rôle moteur dans la fascisation du débat public en est un – et le tapis rouge que lui déroulent les journalistes les plus en vue, son accélérateur. Et ce n'est pas là la moindre des « complicités » journalistiques… car celle-ci concerne la quasi-totalité des grands médias./p p/brstrongPauline Perrenot/strong/p p/brstrongAnnexe : Finkielkraut tour 2026/strong/p pstrongLe Figaro/strong, 15/01, 23/01, 28/01, 02/02, 05/02 ; strongParis Match/strong, 15/01 ; strongFrance Inter/strong, « Le grand entretien », 19/01 ; strongFrance 5/strong, « C à vous », 20/01 et « La grande librairie », 18/03 et « En société », 10/05 ; strongLe Point/strong, 21/01 ; strongChallenges/strong, 22/01 ; strongFrance 2/strong, « Quelle époque », 24/01 ; strongLCI/strong, « 24H Pujadas », 29/01 ; strongMarianne/strong, 29/01 ; strongLire magazine/strong, 01/02 ; strongLe Monde/strong, 05/02 ; strongLe JDD/strong, 08/02 ; strongFranceinfo/strong, « Le pour et le contre », 07/02 ; strongLes Échos/strong, 11/02 ; strongCNews/strong, « Face à Bock-Côté », 14/02 et « L'heure des pros », 25/03 ; strongLa Tribune dimanche/strong, 15/02 ; strongTransfuge/strong, 18/02 ; strongRTL/strong, « Journal inattendu », 21/02 ; strongJDNews/strong, 25/02 ; strongL'Express/strong, 05/03 ; strongBFM-TV/strong, 19/03, 05/05 ; strongArte/strong, « 28 Minutes », 23/03 ; strongPublic Sénat/strong, « Au bonheur des livres », 27/03 ; strongValeurs actuelles/strong, 01/04 ; strongVanity Fair/strong, 29/04 ; strongEurope 1/strong, « Le grand rendez-vous », 24/05./p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanBattu par le maire sortant divers droite (ex LR) Jean-Luc Moudenc, soutenu (entre autres) par a href="https://www.mediacites.fr/breve/toulouse/2026/03/20/discours-de-la-peur-et-contre-discours-la-bataille-des-soutiens-fait-rage-a-toulouse/" class="spip_out" rel="external"le Medef et le patronat local/a, dans une campagne marquée par de fortes a href="https://www.arretsurimages.net/emissions/arret-sur-images/fake-news-ingerences-et-campagne-anti-lfi-notre-emission-en-direct-de-toulouse" class="spip_out" rel="external"opérations de désinformation mais aussi d'ingérence israélienne/a./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanVoir la liste en annexe./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanAccusé d'inceste sur son beau-fils de 14 ans par Camille Kouchner – dans son ouvrage iLa familia grande/i (Seuil, 2021) –, Olivier Duhamel reconnaîtra les faits trois mois plus tard. Quelques jours après la parution de ce livre, Alain Finkielkraut déclarait sur LCI qu'« ion n'a pas les éléments. Y a-t-il eu consentement ? À quel âge cela a-t-il commencé ? Y a-t-il eu ou non une forme de réciprocité ? On parle d'un adolescent. Ce n'est pas la même chose [qu'un enfant]./i » (11/01/2021)/p /divdiv id="nb4" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanPierre Bourdieu le cite en exemple dans iSur la télévision/i, Raisons d'agir, p. 32./p /divdiv id="nb5" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanD'après cet aveu-culte de Léa Salamé a href="https://www.youtube.com/watch?v=NTO_pp9NwZY" class="spip_out" rel="external"sur Konbini/a (19/04/2023) : « iLe plus important, évidemment que c'est pas la question, mais c'est le moment. C'est même pas la réponse, c'est le moment. C'est-à-dire que peu importe la question, peu importe la réponse, il faut qu'il y ait un moment. […] Moi, mon obsession le matin sur Inter, par exemple, c'est qu'il y ait un moment. C'est pas d'aller chercher et déceler la vérité, c'est qu'il y ait un moment et que l'auditeur soit surpris. […] Pour moi, un bon journaliste, c'est quelqu'un qui va faire un moment, où il va se passer un truc./i »/p /divdiv id="nb6" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanIl est intéressant de noter que a href="https://www.gallimard.fr/catalogue/le-coeur-lourd/9782073145413" class="spip_out" rel="external"sur la page internet du livre/a, si Gallimard ne manque pas d'épingler des citations tirées de médias à ses yeux fréquentables, la maison d'édition se garde bien d'y joindre les applaudissements de iCauseur/i, iValeurs actuelles/i, CNews… ou encore ceux de l'Action française./p /divdiv id="nb7" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanUn grand entretien croisé avec Sylvain Tesson (15/01) ; un portrait signé Alexandre Devecchio dans iLe Figaro Magazine/i où Finkielkraut trône à la Une (23/01) ; une chronique d'Eugénie Bastié (28/01) ; une recension d'Isabelle Schmitz pour iLe Figaro Histoire/i (02/02) et un entretien dans l'émission du « Club le Figaro » sur Le Figaro TV trois jours plus tard, animée par… Eugénie Bastié (05/02)./p /divdiv id="nb8" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanCelle qui n'aura cessé d'a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2021/05/11/le-danemark-veut-sous-traiter-les-demandes-d-asile-au-rwanda_6079868_3210.html" class="spip_out" rel="external"extrême droitiser sa politique migratoire/a notamment, et qui assume a href="https://fr.euronews.com/my-europe/2026/03/06/cinq-pays-de-lue-veulent-creer-des-plateformes-de-retour-pour-migrants-hors-deurope" class="spip_out" rel="external"un rôle moteur/a dans la politique déshumanisante et meurtrière menée par et au sein de l'Union européenne, c'est-à-dire une politique « id'enfermement massif/i », « id'externalisation/i », « ide dissuasion, coercition et criminalisation/i » (a href="https://migreurop.org/article3560.html?lang_article=fr#nh14" class="spip_out" rel="external"Migreurop, 26/03/a). Une politique qui satisfait d'autres gauchistes notoires, parmi lesquels Dominique Reynié (a href="https://www.fondapol.org/etude/la-politique-danoise-dimmigration-une-fermeture-consensuelle/" class="spip_out" rel="external"Fondapol, janvier 2023/a)./p /divdiv id="nb9" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /spanLire par exemple a href="https://www.lefigaro.fr/vox/monde/alain-finkielkraut-le-nouvel-antisemitisme-se-fait-passer-pour-un-antiracisme-20231114" class="spip_out" rel="external"son entretien au iFigaro/i du 15 novembre 2023/a./p /divdiv id="nb10" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spanComme on peut le constater avec cette déclaration tirée du iCœur lourd/i, que citent d'ailleurs tous les journalistes en plateau (sans voir le problème) au moment d'acclamer sa critique du gouvernement Netanyahou : « iFace à cet antisionisme virulent qui tourne à l'antisémitisme, je suis solidaire d'Israël. Mais de quel Israël ? Entre les héritiers d'Yitzhak Rabin et les disciples de son meurtrier, je ne peux pas ne pas choisir. C'est encore cela, "le cœur lourd". strongPour la première fois de notre histoire, nous devons faire face à la haine sans avoir la consolation de l'innocence/strong./i » (Nous soulignons)./p /divdiv id="nb11" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh11" class="spip_note" title="Notes 11" rev="appendix"11/a] /spanC'est le phénomène que Finkielkraut mentionne quasi systématiquement : jamais on ne l'entend parler, par exemple, de l'assassinat des Palestiniens par les colons ou l'armée israélienne./p /divdiv id="nb12" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh12" class="spip_note" title="Notes 12" rev="appendix"12/a] /spanPar exemple à a href="https://www.liberation.fr/politique/a-stains-la-campagne-de-haine-de-laction-francaise-20221012_M57EITKRFNBOJHMGYYDKOB44XA/" class="spip_out" rel="external"Stains/a, en 2022, ou à a href="https://www.streetpress.com/1734693347-action-francaise-anti-avortement-neuf-militants-extreme-droite-juges-ivg-vendee-simone-veil/" class="spip_out" rel="external"La Roche-sur-Yon/a, en 2024, à l'occasion d'une manifestation contre le droit à l'avortement./p /div/div
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Élections consulaires : les médias ne sont pas au rendez-vous

lun, 2026-06-08 17:06
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/consulaires-6b771.png?1780931160' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" / div class='rss_chapo'pDes « iélections dont tout le monde se fout royalement/i »./p/div div class='rss_texte'pDes élections ont eu lieu fin mai dans l'indifférence médiatique. Visant à désigner 77 délégués consulaires et 443 conseillers des Français de l'étranger répartis dans 130 circonscriptions à travers le monde, les élections consulaires se sont tenues du 22 au 31 mai. Au total, ce sont près de 1,7 million de Français résidant à l'étranger qui étaient appelés aux urnes afin d'élire leurs représentants auprès des ambassades et consulats, pour un mandat de six ans. Les conseillers prendront part à l'élection des 12 sénateurs représentant les Français établis hors de France lors des élections sénatoriales de septembre./p pLe scrutin n'est donc pas sans enjeu politique… mais les médias n'en ont quasiment pas parlé. Hormis, notamment, a href="https://lcp.fr/actualites/elections-consulaires-dates-vote-en-ligne-pourquoi-ce-scrutin-est-plus-politique-qu-il-n" class="spip_out" rel="external"LCP/a (05/04), l'AFP (22/05)span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Dépêche reprise entre autres par Les Échos ou le HuffPost." id="nh1"1/a]/span ou a href="https://www.la-croix.com/politique/avec-les-discretes-elections-consulaires-le-rassemblement-national-prepare-le-terrain-pour-le-senat-20260522" class="spip_out" rel="external"iLa Croix/i/a (22/05), les rares articles sur le sujet paraissent surtout la veille ou le dernier jour du vote… voire après le scrutin : a href="https://www.la-croix.com/politique/elections-consulaires-2026-pourquoi-les-partis-redoublent-d-interet-pour-ce-scrutin-20260530" class="spip_out" rel="external"iLa Croix/i/a, a href="https://www.lejdd.fr/politique/elections-consulaires-un-enjeu-majeur-pour-le-camp-national-175134" class="spip_out" rel="external"le iJDD/i/a (30/05), a href="https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/05/31/les-elections-consulaires-un-scrutin-discret-mais-strategique-pour-les-partis-politiques_6695555_823448.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i/a, a href="https://www.mediapart.fr/journal/politique/310526/moscou-les-droites-radicales-se-dechirent-autour-des-elections-consulaires" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a (31/05), a href="https://www.republicain-lorrain.fr/elections/2026/06/04/les-francais-de-sarre-ont-vote-lors-des-elections-consulaires-pour-designer-leurs-representants" class="spip_out" rel="external"iLe Républicain Lorrain/i/a, a href="https://www.liberation.fr/checknews/comment-xavier-moreau-vise-par-des-sanctions-europeennes-a-t-il-pu-etre-elu-conseiller-consulaire-des-francais-de-russie-20260604_Q34CZLIZBVHOXMPSSBDHI7I7ZI/" class="spip_out" rel="external"iLibération/i/a, a href="https://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/elections-consulaires-les-resultats-dun-scrutin-discret-mais-strategique-2234913" class="spip_out" rel="external"iLes Échos/i/a (04/06), a href="https://www.marianne.net/monde/role-reel-politique-ou-mondain-les-conseillers-consulaires-ces-critiques-elus-de-l-etranger" class="spip_out" rel="external"iMarianne/i/a (05/06)…/p p« iPeu médiatisées en France/i » (iLe Monde/i), « iscrutin discret/i » (iLes Échos/i), « iquasi-indifférence médiatique/i » (iJDD/i), ou, même, des élections « idont tout le monde se fout royalement/i » (« Quotidien », 28/05) : au moins les grands médias font-ils preuve de lucidité les concernant./p pIront-ils jusqu'à se remettre en question ? Avec leur pouvoir de mise à l'agenda, les médias jouent un rôle déterminant dans la sélection des informations ; ils constituent, en tant qu'animateurs du débat public, une médiation clé pour que les électeurs et électrices connaissent les modalités de vote, les enjeux qui lui sont liés, les choix politiques qui s'offrent à eux. Mais dès qu'ils se trouvent privés de sondages, de « punchlines » et des principaux éléments constitutifs de la « course de petits chevaux », les médias regardent ailleurs./p p/brstrongNils Solari/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanDépêche reprise entre autres par iLes Échos/i ou le HuffPost./p /div/div
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