« Dans tout l'univers de la civilisation industrielle, la domination de l'homme sur l'homme croît en étendue et en efficacité»
— Herbert Marcuse
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Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des médias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed relève également les dérives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il véhicule le prêt-à-penser de la société de marché.
Mis à jour : il y a 59 minutes 8 secondes

Appel à mobilisation le 18 juin à Paris « pour défendre les métiers de l'information »

ven, 2026-06-05 10:49
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH81/18juin-6d6d9.png?1780649390' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt="" / div class='rss_chapo'pAcrimed soutient l'initiative de l'intersyndicale pour une journée de mobilisation « pour combattre les dangers qui menacent l'information, pour refuser les plans sociaux et défendre une information de qualité ». Nous reproduisons ci-dessous a href="https://snj.fr/toutes-et-tous-paris-le-18-juin-pour-defendre-les-metiers-de-linformation-piliers-de-la-democratie" class="spip_out" rel="external"leur communiqué/a./p/div div class='rss_texte'pstrongToutes et tous à Paris le 18 juin pour défendre les métiers de l'information, piliers de la démocratie/strong/p pLe jeudi 18 juin, les syndicats SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, le SGJ-FO, la Filpac-CGT, le SNPEP-FO, Info'Com-CGT appellent l'ensemble des salariés des médias à rejoindre ce cortège et à se mobiliser collectivement pour combattre les dangers qui menacent l'information, pour refuser les plans sociaux et défendre une information de qualité./p pDepuis le début de l'année, les tempêtes se succèdent dans le monde des médias : des suppressions de postes par centaines, une précarisation croissante des métiers de l'information, des salarié·es remplacé·es par l'intelligence artificielle, des émissions arrêtées en raison des restrictions budgétaires, des pressions de toutes parts mettant en cause l'indépendance des rédactions, notamment de la part d'éditeurs milliardaires, d'extrême droite entre autres…/p pCes difficultés doivent inquiéter l'ensemble des citoyens. Car elles mettent gravement en danger l'information de qualité que tout citoyen et citoyenne est en droit d'attendre dans une démocratie./p pLecteur et lectrice, internaute, auditeur et auditrice, téléspectateur et téléspectatrice, vous ne trouvez plus votre village dans les pages de votre quotidien régional, vous constatez que votre magazine est moins épais et avec des articles tous écrits de la même façon, que les flashs infos sont moins nombreux, les reportages vidéo moins développés par manque de temps… Ce n'est pas qu'une impression : les conditions de travail se sont fortement dégradées. Elles mettent désormais en péril la qualité de l'information./p pCes plans menacent désormais les emplois de journalistes, infographistes, documentalistes, correcteurs, monteurs vidéo, caméramans, rotativistes, techniciens ou personnels administratifs…/p pÀ travers les dangers qui menacent l'information, c'est une question de vie ou de mort pour la démocratie en France./p pLe 18 juin, mobilisons-nous pour revendiquer :/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span L'arrêt des plans de suppressions d'emplois, des effectifs nécessaires pour un journalisme de qualité, la titularisation des précaires ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Que l'intelligence artificielle ne serve pas de prétexte à la suppression de métiers et d'emplois ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Un encadrement de l'utilisation de l'intelligence artificielle pour préserver l'emploi et la qualité de l'information ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Des rémunérations à la hauteur de nos qualifications, l'arrêt de la baisse continue des budgets piges et le respect strict de la loi Cressard ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Le respect de notre statut professionnel permettant de résister aux pressions d'où qu'elles viennent, ce qui suppose de refuser que les médias d'information se transforment en officines de propagande ou de désinformation ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Des moyens nécessaires pour que l'audiovisuel public puisse mener sa mission correctement ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Une véritable bataille menée contre les géants du numérique qui pillent nos informations et conservent les retombées financières ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Un renforcement des moyens de régulation du monde des médias : limiter la concentration des médias, inclure les organisations syndicales dans la CPPAP ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Un maintien des imprimeries ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Un véritable plan national pour lutter contre les déserts informationnels ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Un réel renforcement et une plus grande collecte des droits voisins, et l'extension de leur répartition ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Un droit à l'information libre et indépendante, socialement garanti ;/p pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Une révision en profondeur de la loi contre les concentrations de 1986 et une mise à niveau avec le droit européen, sur la protection des sources, l'indépendance de l'audiovisuel public, etc./p pLes employeurs des médias et le ministère de la Culture, chargé de l'information, doivent nous répondre./p pUn appel à la grève sera déposé par les syndicats SNJ, SNJ-CGT, SGJ-FO et le SNPEP-FO. Les sections d'entreprises sont libres de définir les modalités de leur mouvement de grève./p pLe jeudi 18 juin, rendez-vous à 11 heures à Paris (lieu à définir) pour défiler jusqu'au ministère de la Culture. À partir de 14 heures : tables rondes revendicatives à la Bourse du travail, rue du Château d'eau./p pOrganisée par : le Syndicat national des journalistes (SNJ), le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes, le SGJ-FO, la Filpac-CGT, le SNPEP-FO, et Info'Com-CGT./p pPremiers soutiens : Union des clubs de la presse de France et francophones (UCP2F), Association des journalistes scientifiques de la presse d'information (AJSPI), Association des journalistes du tourisme (AJT), Prenons la Une, Club de la presse Occitanie, Profession:Pigiste, FEC-FO./p p/brParis, 4 juin 2026./p/div
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« Aucune violence policière » : Jean-Michel Aphatie pris en flagrant déni

jeu, 2026-06-04 07:49
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/aphatie_aucuneviolence-8fc7f.png?1780552185' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" / div class='rss_chapo'p« Quotidien », TMC, 1er juin./p/div div class='rss_texte'pDeux jours après la victoire du PSG en Ligue des champions et les célébrations qui ont suivi à Paris (et ailleurs), l'émission de Yann Barthès disserte sur « iles émeutiers qui ont gâché la fête/i » (01/06). C'est depuis le plateau de « Quotidien » que le chroniqueur Jean-Michel Aphatie glisse qu'on « ine note aucune violence policière/i » et qu'il faut par conséquent « irendre hommage aux policiers/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Passage repéré par @Achabussuspendu sur X." id="nh1"1/a]/span :/p blockquote class="spip" pstrongJean-Michel Aphatie :/strong Il faut noter – je suis tout à fait du côté du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez – que la police a agi avec beaucoup de professionnalisme. 890 personnes arrêtées mais on ne note aucune violence policière. Tout ça se fait… c'est quand même un travail difficile, là il faut y aller ! En plus, un journaliste de chaîne info le notait, la journée a été quand même caniculaire, c'est lourd, ces CRS passent des heures à attendre, ils sont harnachés, ça transpire un peu, donc quand même il faut rendre hommage aux policiers./p /blockquote pAucune violence policière ? Un constat pour le moins inexact – pour preuves a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/020626/finale-de-la-ligue-des-champions-les-methodes-violentes-des-forces-de-l-ordre-en-question" class="spip_out" rel="external"cet article/a de Mediapart sur les « iméthodes violentes des forces de l'ordre/i » ; cette interview d'une avocate a href="https://www.humanite.fr/social-et-economie/football/victoire-du-psg-a-14-ans-il-denonce-pressions-et-violences-policieres" class="spip_out" rel="external"dans iL'Humanité/i/a ; ou encore a href="https://www.youtube.com/watch?v=oIOSB5P4SME" class="spip_out" rel="external"ce témoignage/a d'un étudiant face aux procureurs de BFM-TV (03/06)./p pL'assurance avec laquelle Aphatie livre son verdict erroné rappelle que pour un éditorialiste de plateau, il est possible et permis de rendre compte d'événements depuis un talk show sans connaître le dossier. C'est même le principe des émissions de bavardage. Par défaut, ce sont donc des préjugés et une vision du monde qui serviront de base argumentative. Et voici comment, malgré l'évidence, « aucune violence policière » devient tout à fait plausible. Il faut dire que les médias dominants ont un mal endémique à traiter a href="https://www.acrimed.org/+-Violences-policieres-+"cette question/a… y compris quand ça se passe a href="https://www.acrimed.org/BFM-TV-maquille-des-violences-policieres-et-s"devant leurs caméras/a./p p/brstrongMaxime Friot/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanPassage repéré a href="https://x.com/achabussuspendu/status/2061516855156646068" class="spip_out" rel="external"par @Achabussuspendu/a sur X./p /div/div
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Habiller le discours dominant en rigueur historique

lun, 2026-06-01 08:44
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/palestine_une_histoire-07aeb.png?1780296304' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" / div class='rss_chapo'pNous reproduisons, sous forme de tribune, ce texte a href="https://fracbi.org/ressources/tribunes/habiller-le-discours-dominant-en-rigueur-historique/" class="spip_out" rel="external"initialement publié/a par la Coordination française du boycott universitaire, culturel et sportif d'Israël (FRACBI) le 29 avril 2026. Il porte sur le documentaire iPalestine, une histoire/i diffusé a href="https://www.france.tv/france-5/palestine-une-histoire/" class="spip_out" rel="external"sur France 5/a./p/div div class='rss_texte'pIl existe une forme de malhonnêteté intellectuelle plus redoutable que le mensonge, celle qui emprunte le langage de la rigueur pour mieux maîtriser la conclusion. Le documentaire « Palestine : une histoire », diffusé sur France 5, en offre un exemple particulièrement travaillé. Sur trois épisodes, il convoque le paradigme du colonialisme de peuplement, donne à voir la dépossession historique du peuple palestinien, interroge des témoins, palestiniens notamment, cite des archives, partage des cartes, etc. Tout cela pour aboutir, dans son dernier épisode, à la conclusion la plus convenue qui soit : deux camps, deux extrémismes religieux responsables de manière symétrique. Les Palestiniens seraient finalement tout autant responsables de leur dépossession et du génocide qu'ils subissent actuellement. Le détour historique n'aura servi qu'à habiller d'un vernis de rigueur ce que le discours dominant occidental répète depuis des années./p /br h3 class='article_intertitres'Les deux premiers épisodes comme construction rhétorique/h3 p/brLes deux premiers épisodes retracent la dépossession coloniale du peuple palestinien, s'inscrivent dans le cadre du colonialisme de peuplement et présentent le projet sioniste comme colonial. Travail utile, en apparence. Mais cette histoire n'est pas là pour comprendre, elle est là pour servir de caution à ce qui vient ensuite. L'épisode 3, le dernier, révèle la fonction des deux premiers ; toute la rigueur historique sur le colonialisme de peuplement était un détour rhétorique. Une fois posée, elle est abandonnée. On bascule vers une autre grille, celle de deux camps, deux extrémismes religieux qui s'affrontent et qui usent de la violence dans le même but./p /br h3 class='article_intertitres'Un cadrage religieux assumé/h3 p/brDès les premières minutes de l'épisode 3, le décor est exclusivement religieux. Des hommes qui prient dans la rue. Le Hamas décrit comme mû par une « action idéologique » visant un « État islamique » en Palestine. Le doublement du nombre de mosquées entre 1967 et 1987 cité comme donnée signifiante. On est censé parler de colonialisme, on parle uniquement de religion pendant les trois premières minutes de cet épisode. Ce choix n'est pas anodin. Ancrer la résistance palestinienne dans le religieux plutôt que dans le politique et l'anticolonial, c'est la déshistoriciser. C'est faire du Hamas une aberration idéologique, anachronique, sans ancrage dans l'occupation militaire qui dure depuis plusieurs décennies. La musique d'ambiance suit ; l'appel à la prière revient fréquemment en fond sonore, et en général dès que le Hamas est évoqué. Un choix de montage qui n'est pas neutre./p /br h3 class='article_intertitres'La disparition progressive des Palestiniens/h3 p/brLes Palestiniens, très présents dans les deux premiers épisodes, s'effacent progressivement dans l'épisode 3. Comme si, au moment où l'histoire rejoint l'actualité, ils cessaient d'être des sujets pour devenir un problème, des victimes uniquement. Ce glissement n'est pas accidentel, il accompagne au contraire le basculement de cadre. On ne parle plus d'une population dépossédée, spoliée, chassée de ses terres, en lutte pour recouvrer ses droits les plus fondamentaux, on parle de deux camps qui s'affrontent./p /br h3 class='article_intertitres'Les biais lexicaux/h3 p/brLes indices sont aussi dans les mots. En 1948, ce n'est pas un nettoyage ethnique, c'est une « expulsion ». Autre exemple. Les élections de 2006, pourtant reconnues comme démocratiques par les observateurs internationaux, sont décrites comme remportées « à la loyale » et non « démocratiquement » (ce terme n'est jamais employé). Un terme qui introduit subtilement le doute là où les faits sont établis. De même, Oslo est présenté comme un « accord historique », horizon de paix, presque sans réserve initiale. Il faut attendre plusieurs minutes avant qu'une nuance soit émise, le temps que la grille s'installe ; la paix était possible, les extrémistes l'ont tuée, des deux côtés. Cela s'étend jusqu'à la prononciation. En effet, dans la narration, le Hamas devient « Khamas », Haïfa devient « Khaïfa ». Adopter la phonologie israélienne pour prononcer des noms arabes dans un documentaire français n'est pas un détail, c'est choisir, jusque dans la langue, le point de vue de l'un des deux camps./p /br h3 class='article_intertitres'L'inversion des responsabilités/h3 p/brSur le fond, le documentaire procède à plusieurs reprises à une inversion des responsabilités. Les autorités israéliennes auraient été « contraintes » de boucler Gaza et la Cisjordanie en réponse aux attentats dans les années 2000. Les guerres à Gaza sont présentées comme des réponses à des prises d'otages israéliens uniquement, sans cadre politique. Une intervenante affirme que le Hamas « a poussé Israël à commettre les pires crimes de guerre au détriment des Palestiniens eux-mêmes ». L'occupant ne ferait donc que réagir, c'est de la légitime défense, une réponse aux provocations palestiniennes. Sur la seconde Intifada, le commentaire atteint un sommet. Du côté palestinien « on est prêt à sacrifier sa vie », du côté israélien « on tient à la vie ». Vieux fantasme orientaliste qui voudrait que les Arabes aient un rapport particulier à la mort. Les autres tiennent à la vie, tandis qu'eux s'y abandonnent./p pCes glissements, surtout ceux dans le troisième épisode, auraient pu être corrigés si l'on avait davantage donné la parole à des spécialistes du sujet – ils sont nombreux à avoir été sollicités pour ne finalement pas être retenus ou très peu au montage, alors même qu'ils sont aujourd'hui reconnus comme les spécialistes de ces sujets. Leur absence est aussi un révélateur de l'objectif que semble s'être fixé le reportage ?/p /br h3 class='article_intertitres'La symétrie comme effacement/h3 p/brC'est là la conclusion du documentaire, annoncée dès la présentation de l'épisode 3 : « Dans les deux camps, c'est le temps des faucons, des extrémistes religieux qui préfèrent la guerre à la paix ». Voilà où mène le détour colonial. À une équivalence entre colonisateur et colonisé. Or le colonialisme de peuplement comme paradigme analytique implique précisément une dissymétrie structurelle. Vous avez d'un côté un État avec une armée, des colons, une administration d'occupation, des soutiens internationaux puissants et de l'autre une population dépossédée, en lutte, qui résiste pour sa survie en tant qu'individu et en tant que peuple. Mettre les deux « camps » au même niveau n'est pas de la nuance. C'est l'effacement de cette dissymétrie, et donc la négation du paradigme que le documentaire prétendait pourtant mobiliser./p pEnfin, reste les erreurs historiques, factuelles et juridiques. Il ne s'agit pas ici de faire une recension de l'ensemble de celles-ci, mais seulement de rappeler que la rigueur du documentaire est à interroger. Par exemple, sont confondues deux procédures distinctes devant la Cour internationale de Justice (CIJ) : l'avis consultatif du 19 juillet 2024 sur l'occupation d'un côté (qui ne se prononce jamais sur le génocide) et les ordonnances sur le génocide dans l'affaire Afrique du Sud c. Israël de l'autre, en citant une « Charte des Nations Unies sur le génocide » qui n'existe tout simplement pas. Il existe une Charte des Nations Unies et il existe une Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, ce ne sont pas les mêmes textes et ils ne sont pas mobilisés au même moment devant la CIJ./p pEn somme, ce documentaire ne déconstruit pas le discours dominant sur la Palestine, il lui offre une façade de rigueur historique pour mieux reconduire ses conclusions : la résistance palestinienne est d'abord religieuse, les responsabilités sont partagées, la paix a été sabordée par les deux extrêmes. Mobiliser des paradigmes critiques pour en vider la portée au moment précis où ils comptent le plus, c'est ce que fait ce documentaire. Et c'est plus dangereux qu'une propagande assumée, parce que ça ressemble à de l'analyse./p p/brstrongInsaf Rezagui/strong, strongSbeih Sbeih/strong, strongLeila Seurat/strong, strongStéphanie Latte Abdallah/strong et strongAbaher El-Sakka/strong, a href="https://fracbi.org/ressources/tribunes/habiller-le-discours-dominant-en-rigueur-historique/" class="spip_out" rel="external"FRACBI/a, 29 avril 2026./p/div
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Canicule : Daniel Riolo, « les chouineries » et « les glandus »

ven, 2026-05-29 16:19
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/riolo_canicule-898cf.png?1780064342' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" / div class='rss_chapo'pRMC et RMC Story, 26 mai./p/div div class='rss_texte'pAu programme du talk-show « Estelle Midi »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Que nous avions déjà épinglé pour ses faits d'armes anti-grévistes." id="nh1"1/a]/span, diffusé simultanément sur RMC et RMC Story, ce 26 mai : « Records de chaleur : faut-il fermer les écoles ? » La discussion, portant sur l'adaptation face aux vagues de chaleur de plus en plus fréquentes, est initiée par l'animatrice Estelle Denis :/p blockquote class="spip" pstrongEstelle Denis :/strong Il y a quelques jours, il y a Marine Tondelier, la cheffe de file des Écologistes, qui proposait […] un congé climatique. Alors, c'est vrai [que] ça n'a pas recueilli, on va dire, l'ensemble des voix sur ce plateau, beaucoup se sont moqués d'elle, mais est-ce que finalement Marine Tondelier elle avait pas raison ? Est-ce qu'en période de forte chaleur, on devrait pas retirer les enfants de l'école et puis les garder et essayer de faire en sorte qu'ils soient bien ? Aller se balader en forêt par exemple, ce genre de choses…/p /blockquote pC'en est déjà trop pour le journaliste sportif-éditorialiste-chroniqueur a href="https://www.acrimed.org/Grandes-Gueules-Daniel-Riolo-un-nouvel"Daniel Riolo/a... Et c'est un festival :/p blockquote class="spip" pstrongDaniel Riolo :/strong Ouais, et puis moi je pense qu'il faudrait un chèque chaleur aussi. Et puis une aide pour acheter des bouteilles d'eau. Une aide pour acheter la petite serviette fraîche que tu vas te mettre sur la nuque. Non, mais c'est bien, j'écoute votre débat avec beaucoup d'intérêt. Tout ce blabla pour deux semaines de chaleur dans l'année. […] J'entends des chiffres qui tombent, « il faut faire quelque chose », « et les bâtiments y sont pas construits correctement »… Bah oui ben dis donc en Espagne, en Italie, au Portugal, en Grèce, les pauvres dis donc, comment ils font ! C'est quand même incroyable, il fait deux fois deux semaines [sic], à peine, à peine !, quand ça arrive parce que c'est pas tous les ans, et on perd notre temps avec ces discussions-là ! Et « il faut fermer les écoles », et « on a trop chaud », et « faut faire attention à bien leur mouiller la nuque et à boire »… Mais on est sérieux là ou pas ? […] Moi, je vous laisse discuter de quelque chose que je trouve absolument délirant./p /blockquote pEncore n'était-ce là qu'une mise en bouche. L'étape suivante ? Relativiser voire nier les dangers des canicules :/p blockquote class="spip" pstrong- Daniel Riolo :/strong Parce que maintenant j'ai appris qu'au-dessus de 25°C on était déjà « en danger » ! J'entends parler de « sécurité » : sécurité de quoi en fait ? Mais sécurité de quoi ?/p pstrong- Estelle Denis :/strong Il y a déjà 7 morts, là./p pstrong- Daniel Riolo :/strong 7 morts de quoi ? De chaleur ?/p pstrong- Estelle Denis :/strong 7 morts de chaleur et d'imprudences liées à la chaleur./p pstrong- Daniel Riolo :/strong D'imprudences ? Mais moi je m'en fous de l'imprudence ! Ils ont qu'à être prudents !/p /blockquote p« iToute votre réflexion, c'est l'assistanat permanent. Le moindre geste du citoyen dans cette société, il doit être fait avec quelqu'un qui vous tient la main. Tout ! Il fait chaud, il fait trop froid… c'est pas possible !/i », poursuit-il… avant le bouquet final :/p blockquote class="spip" pstrong- Estelle Denis :/strong Donc on fait rien en fait ? On laisse les mômes crever de chaud ?/p pstrong- Daniel Riolo :/strong Il fait chaud, il fait chaud, basta. T'ouvres la fenêtre et tu mets un tee-shirt. Et puis t'arrêtes de chouiner !/p /blockquote pComplété, dix minutes plus tard :/p blockquote class="spip" pstrongDaniel Riolo :/strong Dans les cas de grosse chaleur comme ça, moi, les seules personnes que je comprends, et pour qui il faut arrêter et tout, c'est ceux qui sont sur les gros chantiers, sur les échafaudages, ou qui bossent dans la rue, vraiment où là ils se tapent le cagnard pleine tronche, là oui il faut décaler les horaires, il faut organiser […]. Pour le reste, c'est que des chouineries./p /blockquote p« iBeaucoup de messages pour applaudir la diatribe de Daniel tout à l'heure contre une éventuelle fermeture des écoles/i » appuie enfin un chroniqueur. Riolo plastronne :/p blockquote class="spip" pstrongDaniel Riolo :/strong Ben tout le monde est d'accord avec moi ! […] Mais qui va pas être d'accord avec moi à part les glandus ? […] C'est comme d'hab', 20% de la population de glandus./p /blockquote pMinimiser les risques des canicules, rechigner aux politiques d'adaptation au changement climatique, tout en ironisant voire en insultant : c'est indubitablement un joli palmarès. D'autant que la leçon de validisme est assurée depuis un plateau climatisé – « iNous, il fait 19°C, il fait trop froid/i » (Estelle Denis). Mais Daniel Riolo t-arrêtes-de-chouiner est un vrai bonhomme : « iMais, moi, vous pouvez l'enlever !/i »/p p/brstrongMaxime Friot/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanQue nous avions déjà épinglé pour a href="https://www.acrimed.org/Estelle-Midi-RMC-un-talk-show-contre-les"ses faits d'armes anti-grévistes/a./p /div/div
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CNews, La Baule et la fabrique de l'« insécurité »

jeu, 2026-05-28 11:01
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/baule_plateau-5fd83.png?1779969301' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" / div class='rss_chapo'pEntre-soi, mépris de classe et racisme habituel sur CNews…/p/div div class='rss_texte'pUne vague de chaleur inédite par sa précocité et son ampleur s'abat sur la France. Comme lors de chaque épisode caniculaire, les médias audiovisuels dépolitisent et remplissent les antennes à peu de frais : micros-trottoirs sur les terrasses des cafés, images et témoignages de baigneurs, recettes de « cuisine fraîcheur », etc. a href="https://www.dailymotion.com/video/xab8z1o" class="spip_out" rel="external"Sur CNews/a le 26 mai, lorsque le climato-négationnisme ne s'exprime pas en roue librespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Georges Fenech notamment ce matin-là, qui interrompt Pascal Praud lorsque ce (…)" id="nh1"1/a]/span, Pascal Praud et son équipe bavardent ainsi de divers sujets plus ou moins profonds, en relation plus ou moins directe avec les « fortes chaleurs » : « iComment faut-il s'habiller ?/i » ; « iLe short est-il autorisé en entreprise ?/i » Puis, comme par association d'idées, une autre thématique va s'imposer : en scrutant les réseaux sociaux, Pascal Praud a repéré une vidéo d'« incivilités » à La Baule, la station balnéaire où il a l'habitude de a href="https://www.youtube.com/watch?v=jC4wBbY0RUQ" class="spip_out" rel="external"passer ses vacances/a. Cela suffit à faire l'agenda : exit la canicule, place à l'insécurité./p /br h3 class='article_intertitres'« iIl n'y a plus d'espace préservé de l'insécurité en France/i »/h3 p/br« iSi vous regardez les infos sur les réseaux sociaux […], vous avez peut-être vu depuis trois jours des images qui vous ont surpris parce qu'à La Baule, cité tranquille, y a une image très très forte qui a fait le tour des réseaux sociaux, où on voit des jeunes gens entrer dans un train./i » Le lancement de Pascal Praud est sibyllin, mais le mystère s'éclaircit dès le lancement de la vidéo : sur les images en question, les jeunes qui se pressent et se bousculent sur le quai d'une gare pour prendre le train ont la particularité d'être en majorité… non blancs. « iOn voit des jeunes gens qui par dizaines sont sur le quai de la gare et ça créé […] beaucoup de chahut ! Et c'est généralement plus calme…/i », désespère Pascal Praud, qui tente alors une exégèse au doigt mouillé : « iAlors pourquoi ? Parce que visiblement, les trains sont gratuits désormais entre Nantes et La Baule, et donc beaucoup de Nantais vont à La Baule gratuitement […], je crois que c'est Madame Rolland qui avait décidé cette initiative, et ça change effectivement la station parce qu'il y a beaucoup de personnes qui arrivent le week-end alors qu'avant, ça pouvait être plus tranquille./i »/p pSalauds de pauvres ! Comme d'habitude, Pascal Praud n'est pas une foudre de précision : le train entre La Baule et Nantes n'est pas gratuit, et il ne s'agit pas d'une compétence de la maire mais de la régionspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire par exemple cet article du Télégramme (26/05), dans lequel le maire de (…)" id="nh2"2/a]/span. Mais peu importe sur CNews : Pascal Praud diffuse dans la foulée une seconde vidéo et décrit « ides échauffourées/i » devant la plage de La Baule, survenues la veille. Une « ibagarre/i » qu'il relie naturellement aux « ijeunes gens/i » dont il venait de parler. Et d'égrainer les « on dit » en guise d'information : « iOn dit qu'il y a du deal, il y a du shit, il y a de la drogue, et des choses qui ne se passaient jamais, la cité était plus calme./i »/p /br div class='spip_document_16541 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/baule_plateau.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH280/baule_plateau-5d6e4.png?1779958870' width='500' height='280' alt='' //a /figure /div p/brL'occasion de rediffuser un extrait de l'interview du maire LR de La Baule, Franck Louvrier – que Pascal Praud promouvait déjà quelques mois plus tôtspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir par exemple « La vie rêvée de Franck Louvrier », Pascal Praud, Le JDD, (…)" id="nh3"3/a]/span –, sollicité dans l'émission précédente pour réclamer davantage de « iforces de l'ordre/i » au ministre de l'Intérieur. Le cadre étant posé, le commentaire débridé peut s'élancer. Avec Joachim Le Floch-Imad en l'occurrence :/p blockquote class="spip" pstrongJoachim Le Floch-Imad :/strong Je connais bien La Baule, donc je n'aurais jamais pensé être amené à commenter ce genre d'images un jour… Maintenant, on a là une preuve de plus qu'il n'y a plus d'espace préservé de l'incivilité, de l'insécurité en France. Mais le problème, il n'est pas dans la politique municipale du maire de La Baule qui est extrêmement vigilant […], il est sur le ruissellement de tout un tas de maux qui travaillent l'ouest de la France, en particulier Saint-Nazaire et Nantes, où il y a eu une explosion de l'immigration […], une politique totalement absurde du logement social. On est face à des défis vertigineux qui appelleraient à une thérapie de choc… Qui aura le courage ?/p /blockquote/br div class='spip_document_16543 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/lefloch.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH280/lefloch-b230c.png?1779958870' width='500' height='280' alt='' //a /figure /div/br h3 class='article_intertitres'« iLe train, ça change tout/i »/h3 p/brUne fois le lien insécurité/immigration effectué sur la base d'une simple vidéo postée sur X, le journaliste Thomas Bonnet entretient la stigmatisation en expliquant que « ice n'est pas parce qu'on a grandi dans un logement social qu'on doit se comporter comme ça/i ». D'ailleurs, selon lui, le « iniveau social/i » n'explique rien, puisque les « isupporters de Lens/i », eux, se comportent bien – « ila notion d'enracinement commande aux instincts primaires/i » expliquait-il a href="https://www.dailymotion.com/video/xab3gks" class="spip_out" rel="external"la veille/a (25/05). Praud intercepte et relance en citant le tweet d'un élu RN anciennement syndicaliste policier. Puis, vient cet échange d'anthologie :/p blockquote class="spip" pstrong- Pascal Praud :/strong Ceux qui auront les moyens iront dans des endroits où ils se savent protégés. Donc ils iront à Monaco, ils iront en Corse…/p pstrong- Thomas Bonnet :/strong C'est la fin de la France comme nation./p pstrong- Pascal Praud :/strong Oui, bien sûr ! Mais bien sûr, c'est ça ! Donc ceux qui sont entre guillemets privilégiés…/p pstrong- Thomas Bonnet :/strong Mais La Baule était censée être un endroit préservé…/p pstrong- Pascal Praud :/strong Oui, mais il y a le train ! Et le train, ça change tout. Surtout quand il est gratuit. Parce qu'à Noirmoutier, il n'y a pas de train. Donc les gens iront à Noirmoutier./p /blockquote pSi vous croisez Pascal Praud à Noirmoutier, vous saurez pourquoi : pour éviter « iles allers-retours/i » de « ices gens-là/i ». Ces « igens-là/i » qui ne sont d'ailleurs « iabsolument pas élevés/i », « ipas éduqués/i », explique encore Charlotte d'Ornellas./p /br div class='spip_document_16542 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/baule_dornellas.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH280/baule_dornellas-bba15.png?1779958870' width='500' height='280' alt='' //a /figure /div p/brPascal Praud, magnanime, les pardonnerait presque : « iLa chance que vous avez eue, la chance que j'ai eue, c'est qu'on a eu des parents qui se sont occupés de nous et qui nous ont appris !/i » Contrairement à ces jeunes sauvageons, dont les parents sont forcément « idémissionnaires/i ». « iOn voit bien sur les images qu'ils sont massivement issus de l'immigration/i, continue d'Ornellas. iLe fait de le souligner, c'est suspect […], personne ne va oser !/i » Heureusement, CNews a osé, tout comme ses chroniqueurs osent tirer la conclusion qui s'impose : « iSi on ne remet pas des interdits éducatifs dès le plus jeune âge/i, prévient ainsi Joachim Le Floch-Imad, ion sera incapable demain de civiliser la jeunesse, de lui permettre de résister à la barbarie […], c'est ça qu'il y a derrière ces images./i »/p pMonter un fait divers en épingle pour fabriquer le grand récit de « l'ensauvagement » et attiser la haine raciste : telle est la spécialité de CNews. Dans l'émission précédente, où le sujet faisait déjà « débat », le présentateur Romain Desarbres avait beau reconnaître un effet de loupe – « iC'est une loupe parce que c'est quoi ? C'est une minute dans une journée/i » –, il n'en justifiait pas moins cette instrumentalisation éditoriale : « iC'était important d'en parler, parce que c'est vrai que quand Gérald Darmanin dit : "Il n'y a plus d'endroit safe", on le voit petit à petit. Voilà. […] [C]'est un événement qui s'est passé : il faut en parler./i »/p pEt à vrai dire, le groupe Bolloré n'a pas lésiné sur les moyens pour tenter de convertir ce fait divers insignifiant en fait politique majeur, également traité par la presse locale et commenté par Jordan Bardella sur X : commentaires dans les émissions « La matinale », « L'Heure des Pros », « L'Heure des pros 2 » ou encore « 100% Frontières » – qui consacrera l'ouverture puis vingt minutes au sujet, dont un micro-trottoir avec un ancien candidat du RN… a href="https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/la-baule-44500/rixe-a-la-baule-un-ancien-candidat-du-fn-parmi-les-passants-interroges-par-cnews-72d30864-59d8-11f1-8481-6f001a76e738" class="spip_out" rel="external"présenté comme un simple passant/a. Et comme de coutume, les synergies ont joué à plein puisque des contenus sont également parus dans iLe JDD/i, mais aussi sur Europe 1, où les vidéos de La Baule ont notamment fait les choux gras de… Pascal Praud, dans l'émission qu'il anime entre deux « Heures des Pros »./p /br centerstrong***/strong/center p/brPendant que la planète brûle et qu'on compte déjà « iau moins/i » sept morts liées à la canicule en Francespan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Selon les déclarations de la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon." id="nh4"4/a]/span, Pascal Praud semble bien davantage s'inquiéter pour son lieu de villégiature, pollué par une horde de pauvres décivilisés. Pour anecdotique que semble cette séquence sur la chaîne, elle n'en est pas moins représentative de la mécanique des médias Bolloré : co-construire un « événement » à partir d'un post X et recycler l'« actualité » jusqu'au matraquage – quitte à diffuser des informations fausses ou approximatives –, au bénéfice d'un agenda politique d'extrême droite tout à fait clair : mépris de classe, racisme, haine de la gauche, du service public et des politiques de justice sociale. Et ce, en pleine canicule comme en période de grand froid./p p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanGeorges Fenech notamment ce matin-là, qui interrompt Pascal Praud lorsque ce dernier parle de « ila part de l'activité humaine/i » dans le réchauffement climatique : « iVous avez dit : "Personne peut la nier." Bah moi je vous dis non./i » Ou encore : « iBeaucoup de scientifiques ont pas cette opinion, il ne faut pas jeter l'anathème sur ceux qui réfléchissent un peu autrement/i. »/p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLire par exemple a href="https://www.letelegramme.fr/france/bagarre-sur-le-remblai-et-bousculade-a-la-gare-que-sest-il-passe-a-la-baule-ce-lundi-de-pentecote-7051434.php" class="spip_out" rel="external"cet article/a du iTélégramme/i (26/05), dans lequel le maire de La Baule déclare lui-même qu' « iil n'existe pas de "train des plages" ou de gratuité sur les transports./i »/p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanVoir par exemple « La vie rêvée de Franck Louvrier », Pascal Praud, a href="https://www.lejdd.fr/politique/pascal-praud-la-vie-revee-de-franck-louvrier-160743" class="spip_out" rel="external"iLe JDD/i/a, 03/08/25./p /divdiv id="nb4" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanSelon a href="https://www.franceinfo.fr/environnement/deja-plusieurs-morts-liees-a-l-episode-de-fortes-chaleurs-selon-la-porte-parole-du-gouvernement-maud-bregeon_8029229.html" class="spip_out" rel="external"les déclarations/a de la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon./p /div/div
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Matthieu Pigasse : un « Bolloré de gauche » ?

ven, 2026-05-22 17:30
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/pigasse-363e5.png?1779463850' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" / div class='rss_chapo'pRetour sur la dernière tournée m'as-tu-vu de Matthieu Pigasse, le « ibanquier de gauche/i » qui se vit comme un rempart face à l'empire Bolloré et un héraut de la « ibataille culturelle/i », « ià disposition/i » pour 2027. Ou comment convertir un capital économique en capital médiatique et politique. Et le journalisme dans tout ça ?/p/div div class='rss_texte'pLe paysage médiatique français ne manque pas de milliardaires (ou de multimillionnaires) passionnés par la presse au point d'investir leur fortune dans cette activité certes peu rentable, mais bien pratique pour défendre les intérêts de leur groupe industriel, promouvoir leur image publique ou influencer la vie politique. De ce point de vue, le banquier d'affaires Matthieu Pigasse est loin d'être un nouveau venu : en 2005, il négocie la vente de iLibération/i à Édouard de Rothschild ; en 2007, il tente, sans succès, de s'emparer de la présidence du conseil de surveillance du iMonde/i ; groupe Le Monde qu'il rachète en 2010, avec Xavier Niel et Pierre Bergé, avant de céder ses parts a href="https://www.mediapart.fr/journal/economie/250122/le-monde-matthieu-pigasse-vend-la-moitie-de-ses-parts-xavier-niel" class="spip_out" rel="external"en 2019 puis 2022/a ; il est aujourd'hui propriétaire de Radio Nova et des iInrockuptibles/i, actionnaire du Huffington Post et de la société de production Mediawan (« C à vous », « C dans l'air », etc.)span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Mediawan détient plusieurs boîtes de production, comme Maximal, Réservoir (…)" id="nh1"1/a]/span ; et il envisagerait, selon les informations du site a href="https://www.satellifacts.com/news/revue-de-presse/matthieu-pigasse-groupe-combat-en-piste-pour-lancer-une-chaine-d-info-en-continu-de-gauche-sur-la-tnt" class="spip_out" rel="external"Satellifacts/a, de « ilancer une chaîne d'info en continu de gauche sur la TNT/i »…/p pMais depuis quelques mois et dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027, celui que toute la presse de droite présente dorénavant comme « ile Bolloré de gauche/i » ne se contente plus de mener son « combat » (c'est le nom de son groupe de presse) via l'influence supposée de sa radio ou de ses journaux : après avoir été en bonne place dans les cabinets de Dominique Strauss-Kahn et de Laurent Fabius au ministère des Finances entre la fin des années 1990 et le début des années 2000 sous les gouvernements Jospin – dont on retiendra d'ailleurs quelques faits d'armes assurément très « à gauche »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir par exemple un aperçu de son CV dont s'enorgueillissait Le Monde en (…)" id="nh2"2/a]/span… –, le banquier cherche de nouveau à se ménager une place de premier plan sur la scène politique. Il se « itient prêt/i », « in'écarte aucune hypothèse/i », « iest à la disposition de la gauche/i » et se démultiplie dans les médias pour le faire savoir./p /br h3 class='article_intertitres'« iUn banquier de gauche/i » qui « ise tient prêt/i »/h3 p/brUn capitaliste qui possède des titres de presse dispose de plusieurs façons d'exercer son pouvoir. Matthieu Pigasse, lui, semble se servir de son « aventure éditoriale » (et du succès des humoristes qu'il finance) pour se fabriquer une image publique de « banquier de gauche », mais aussi de « présidentiable » et s'octroyer au passage une place démesurée dans le débat politique. Une place que lui accordent sans rechigner journaux et télévisions, et que le banquier d'affaires ne peut accaparer ique/i du fait de sa position sociale… et parce qu'il investit dans la presse./p pLe voici donc en tournée médiatique pour, dans le même souffle, parler des audiences de Nova et des échéances de 2027. Si le marathon n'est pas aussi intense qu'a href="https://www.acrimed.org/La-tournee-mediatique-triomphale-de-Matthieu-Pigasse"en 2014/a – lors de la parution d'un ouvrage que iLes Échos/i décrivaient déjà avec quelque cocasserie comme « ile cri d'alarme d'un banquier de gauche/i » –, Matthieu Pigasse n'en est pas moins reçu avec les honneurs dans des cases « prestigieuses » et parmi les plus exposées de l'audiovisuel, comme « Quotidien » (TMC, 21/04) ou encore les « Matins » de France Culture (23/04). Au cours de ces entretiens, Pigasse est présenté alternativement comme un « ibanquier de gauche/i », « ile banquier qui veut taxer les riches/i », voire un banquier… « icontre le capitalisme/i » ! Il se pose tantôt en spécialiste de l'économie, tantôt en analyste de la géopolitique ; il se fait pourfendeur des inégalités et chevalier de la « ibataille culturelle/i » ; il parle de la « ibonne et de la mauvaise finance/i », mais aussi de « il'union de la gauche/i » ; et n'oublie jamais de signaler qu'il est « idisponible/i » pour 2027./p pLa presse écrite s'engouffre bien évidemment dans les portes laissées ouvertes, quand bien même elle ne tient là aucun « scoop ». Dans la période récente en effet, l'affairiste avait déjà affiché publiquement ses ambitions politiciennes : en janvier par exemple, il « in'exclu[ait] rien/i » au micro de la matinale de France Inter, déclarait vouloir « ipeser sur 2027/i », et tous les journaux s'en faisaient l'écho. Dépêche AFP, reprises dans iLibération/i ou iLe Monde/i, édito a href="https://www.lepoint.fr/editos-du-point/fog-lincroyable-m-pigasse-part-en-campagne-RMWUWCUAVVHHDP5TMJA4HVAIRM/" class="spip_out" rel="external"enflammé/a de Franz-Olivier Giesbert… En septembre 2025 encore, il était invité de l'émission « L'Événement » sur France 2, interrogé à propos de « il'instabilité politique/i » et de la « icrise budgétaire/i » par une brochette de quatre commentateurs, au même titre – et dans le strict même dispositif – que trois responsables politiques, en l'occurrence Jordan Bardella (RN), Jean-Luc Mélenchon (LFI) et la ministre des Comptes publics de l'époque, Amélie de Montchalin (Renaissance)./p pDepuis, la presse politique toutes tendances confondues n'a pas cessé de le positionner « dans la photo », souvent à propos d'une hypothétique « union de la gauche ». Dans la foulée de ses apparitions audiovisuelles, le voici à Liffré, « iau grand raout des sociaux-démocrates/i » (iLe Figaro/i, 29/04), en compagnie de la gauche qui se désigne elle-même comme « inon-mélenchoniste/i » (iLibération/i, 27/04). Le 26 avril, Matthieu Pigasse donne un grand entretien à iOuest-France/i, titré tout en finesse : « Je suis disponible pour la gauche ». Ce voyage en Bretagne va faire les choux gras de la presse politique, d'autant que cette dernière aura l'occasion de se mettre sous la dent une anecdotique « embrouille » entre Raphaël Glucksmann et Matthieu Pigasse – le premier aurait esquivé un débat avec le second. « iÀ quoi joue Matthieu Pigasse en ciblant Raphaël Glucksmann ?/i », se demande ainsi Antoine Oberdorff dans iL'Opinion/i (27/04). Le bruit médiatique nourrissant le bruit médiatique, la co-construction d'une éventuelle candidature de Matthieu Pigasse bat son plein, lequel figure d'ailleurs dans les énumérations des « candidats potentiels à gauche ». Les spéculations sont aussi bien entretenues dans iLa Tribune Dimanche/i (03/05) que dans a href="https://regards.fr/pigasse-sur-orbite-presidentielle/" class="spip_out" rel="external"iRegards/i/a (27/04) :/p blockquote class="spip" pstrongCatherine Tricot :/strong Les socialistes ne manquent pas de prétendants mais aucun ne s'impose. Le flop du groupement Glucksmann/Jadot/Vallaud complique encore l'équation… alors que le temps presse. Un homme coche de nombreuses cases : le millionnaire Matthieu Pigasse. La fusée est sur le pas de tir./p /blockquote pTristesse de la prose des journalistes politiques : la métaphore, à vocation performative, est identique à celle que mobilisait iL'Obs/i en mars 2016 pour propulser à la Une… « ila fusée Macron/i »./p /br h3 class='article_intertitres'« iDeux faces d'une même pièce/i » : Bolloré vs Pigasse ?/h3 p/brCela dit, difficile de parler ici d'unanimisme. À force de mettre en avant son activisme éditorial et de se positionner en dernier rempart contre l'extrême droite prédatrice, le banquier d'affaires s'est en effet attiré les foudres de la presse conservatrice et réactionnaire, fachosphère incluse. Le 10 mai notamment, une « polémique » est lancée sur les réseaux après une chronique humoristique de Pierre-Emmanuel Barré dans l'émission « La Dernière » (Radio Nova). Le groupe Bolloré (CNews, Europe 1, iLe JDD/i notamment), iLe Figaro/i, iLe Point/i, Géraldine Woessner, Sophia Aram, Eugénie Bastié… et bien plus largementspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir par exemple le billet de Daniel Schneidermann dans Libération (15/05)." id="nh3"3/a]/span : toutes et tous y vont de leur petite chronique ou de leur petite indignation. Radio Nova, qui n'est pas une radio d'information générale, serait ainsi le « iCNews inversé/i » (Caroline Fourest, X, 11/05) et Pigasse est campé en « iBolloré de gauche/i ». « iVous êtes comme les deux faces d'une pièce ?/i », demandait Yann Barthès à l'intéressé quelques semaines plus tôt (« Quotidien », 21/04)./p pUne question reprise dans iFranc-Tireur/i (13/05) par Thierry Keller, qui livre du même coup sa réponse : « iQuand Bolloré soutient l'union des droites, quitte à faire monter l'extrême droite raciste, le second soutient l'union des gauches, quitte à faire grimper l'extrême gauche antisémite./i » L'hebdomadaire porte même Matthieu Pigasse à la Une, reconverti cette fois en « Bolloré de Mélenchon », tandis qu'en guise de consécration, le banquier d'affaires fait l'objet de la quasi-totalité de la chronique de Caroline Fourest dans « 24h Pujadas » (LCI, 12/05), où entre autres outrances, on entendra celle-ci : « iRadio Nova, il en a fait Radio Gaza./i »/p /br div class='spip_document_16537 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/franctireur_pigasse.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L400xH545/franctireur_pigasse-15a3c-9b706.png?1779463850' width='400' height='545' alt='' //a /figure /div p/brPluralisme oblige, c'est dans iLes Échos/i (19/05) que la franc-tireuse Tristane Banon s'en va combattre « il'ultra-gauche décomplexée/i » sévissant au micro de Nova :/p blockquote class="spip" pstrongTristane Banon :/strong [S]i une démocratie peut survivre à des organes de presse engagés, comment s'assurer qu'elle tienne bon face à des médias transformés en artillerie partisane. D'autant que le « combat » de Matthieu Pigasse épouse les contours d'une gauche radicalisée, fascinée par le bruit, la conflictualité permanente et l'indignation sélective. Quand il ne cautionne pas l'antisémitisme pur et dur, sous couvert de gaudriole. C'est une croisade culturelle qui puise ses idées dans le « mélenchonisme », avec sa dramaturgie du peuple offensé, et son goût du tribunal moral. […] [L]e débat public devient un ring où des médias radicalisés ne cherchent plus à éclairer, mais à galvaniser. C'est ainsi que meurent les nuances : dans le vacarme incessant de guerres culturelles indignes./p /blockquote pAinsi Pigasse se retrouve-t-il au milieu de la photo, au cœur des éditos et des envolées de plateaux. La situation est pour le moins incongrue : les éditorialistes qui lui reprochent son engagement politique travaillent pour des médias appartenant à des magnats (Kretinsky, Dassault, Pinault, Arnault, etc.) qui en font tout autant – a href="https://www.acrimed.org/Monopole-mortifere-de-Bernard-Arnault-sur-la"si ce n'est bien plus/a –, et ne brillent pas spécialement par leur aptitude à la « nuance », ni par leur pondération. Ils sont donc ce qu'on appelle des « gatekeepers » : des acteurs opposés à ce que les participants du grand Monopoly de la presse prennent quelques libertés, mêmes infimes, avec les règles du jeu. Dans un paysage de l'information fonctionnant en circuit fermé – du « cercle de la raison » à l'extrême droite –, le « laisser-faire » de Matthieu Pigasse face à l'émission de « la bande à Meurice » lui attire par conséquent les rodomontades habituelles contre la gauche. Des cris d'orfraie qui nous rappellent d'ailleurs, s'il en était besoin, l'ADN autoritaire des commentateurs dominants, lesquels ne tolèrent pas la moindre existence d'expressions et de récits contestataires au sein des médias « légitimes »./p /br h3 class='article_intertitres'La triple ineptie d'un « iBolloré de gauche/i »/h3 p/brDire cela ne revient pas, en revanche, à accepter le (faux) débat entre « pro » et « anti » Pigasse, ou à valider le portrait (absurde) de Matthieu Pigasse en « Bolloré de gauche ». D'abord, parce que nous laissons aux commentateurs « neutres », « impartiaux » et forcément « raisonnables » la rhétorique fallacieuse des « extrêmes qui se valent », qui met sur le même plan, d'une part, un empire médiatique reposant sur le business de la haine raciste et jouant un rôle central dans la fascisation du débat public, et, d'autre part, une émission radiophonique hebdomadaire faisant la part belle à la satire sociale, à la pensée critique et aux contre-courants minorisés. Ensuite, parce que le signe égal placé entre Pigasse et Bolloré n'est ni plus ni moins qu'un jeu de dupes : en quoi deux ou trois émissions politiques hebdomadaires diffusées sur Radio Novaspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="En plus de « La Dernière », citons par exemple « La Riposte », animée par (…)" id="nh4"4/a]/span feraient-elles le poids face aux grilles quotidiennes de CNews et Europe 1 ? Les quelques pages généralistes des iInrocks/i – mensuel à dominante culturelle, par ailleurs assez peu connu pour ses inclinaisons communistes révolutionnaires – donnent-elles le « la » du débat public en France ? L'émission « La Dernière » influe-t-elle sur l'agenda médiatique au point de réussir à imposer certains de ses cadrages et invités dans le traitement mainstream de « l'actualité » ?/p pL'idée, ou même, plus modestement, l'expression « Bolloré de gauche » relève à nos yeux d'une triple erreur de perspective :/p p(1) Premièrement, parce que cela revient à entériner le istatu quo/i en enfermant la question de la propriété des médias dans le cadre capitalistique. Pour véritablement contrer les empires des milliardaires de droite et d'extrême droite, un groupe « de gauche » a forcément vocation à… grossir. C'est précisément dans cette logique que s'abîme l'interview menée par « Quotidien » (21/04). Ainsi, après que le plateau s'est demandé si Matthieu Pigasse était en capacité de rivaliser avec Bolloré, Yann Barthès prolonge « naturellement » le questionnement : « iEst-ce qu'il ne faudrait pas racheter d'autres marques ?/i » ; « iEst-ce qu'il va falloir grossir ?/i » À la concentration capitalistique des médias de droite et d'extrême droite, il faudrait donc opposer une concentration capitalistique des médias « de gauche » – qui ne pourra, par principe, jamais exister dans des proportions similaires. Mais imaginons que ça soit le cas. Nous aboutirions alors, et de manière caricaturée, à un paysage du type : Bolloré pour l'extrême droite, Dassault et Bouygues pour la droite radicalisée, Kretinsky, Saadé et Niel pour le « cercle de la raison » en voie de droitisation accélérée… et Pigasse pour « la gauche ». Est-ce ainsi qu'il faudrait concevoir le pluralisme en France ? Et plus encore : à quel moment le pluralisme (a href="https://www.acrimed.org/Pluralisme-de-quoi-parle-t-on"sous toutes ses formes/a) pourrait-il être déployé à forces égales par des industriels milliardaires ? Le rapport de forces témoigne d'un déséquilibre structurel qui penchera toujours en faveur des intérêts capitalistes, et pour cause…/p p(2) L'expression « Bolloré de gauche » relève fondamentalement de l'oxymore. Car au-delà de l'idéologie véhiculée par tel ou tel groupe de presse, c'est bien la question centrale du pouvoir – et ici du pouvoir de l'argent – qui se pose... mais que les faux débats autour de ce prétendu « Bolloré de gauche » conduisent justement à évacuer. Peut-on se prétendre « de gauche » et souscrire à l'idée que détenir du capital serait une raison suffisante et légitime pour posséder des médias ? Que vient faire un banquier d'affaires dans le monde des médias et pourquoi peut-il en contrôler à sa guise ? De quelle légitimité peut-il se prévaloir pour avoir son mot à dire sur l'information et les conditions de sa production ? Autant de questions occultées, laissées dans l'angle mort des débats dépolitisés et polarisés par la guerre des titans milliardaires./p p(3) Enfin, si une telle configuration du débat mène à l'impasse, c'est parce qu'elle revient à s'enfermer dans un paradigme strictement idéologique et à ne percevoir les médias que comme le marché de l'éditorialisme généralisé, en perdant de vue le combat pour la défense de il'information/i en tant que telle. Reprenant chez « Quotidien » le motif « tarte à la crème » de « la bataille culturelle », Matthieu Pigasse entendait définir cette dernière « ijuste en une phrase : c'est le fait de chercher à imposer ses thèmes, ses idées, ses expressions à travers les médias […] avec un objectif, qui est de gagner la bataille électorale/i ». Outre cette conception passablement réductrice et dévoyée du concept de Gramscispan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="À propos de « la bataille des idées » ou de « la bataille culturelle », (…)" id="nh5"5/a]/span, cette déclaration transparente a au moins une utilité : elle nous rappelle encore une fois quel poids le capital entend faire peser sur le débat public en s'appropriant des médias – et les pouvoirs exorbitants qu'il prête à ces derniers. Ne vaudrait-il pas mieux, pour les forces « de gauche », poser la question des conditions matérielles qui permettraient de garantir l'exercice du journalisme en favorisant par exemple le reportage en bonne et due forme, l'enquête au long cours, la critique sociale, un véritable pluralisme, etc., plutôt que de réfléchir aux moyens d'égaler d'autres capitalistes dans le seul but de massifier un « commentariat de gauche » ?/p /br centerstrong***/strong/center p/brDans la conjoncture actuelle, marquée par une extrême droitisation, par le haut, des médias dominants, Matthieu Pigasse a beau jeu de présenter son groupe de presse comme un « ivillage gaulois qui résiste à l'envahisseur/i » et « iaux forces du mal/i » (« Quotidien », 21/04). Il existe assurément un espace suffisant pour qu'un entrepreneur occupe un tel rôle, et puisse par conséquent en récolter les fruits : une marque de distinction dans le champ symbolique des idées, à faire potentiellement fructifier sur le marché politique. Jusqu'au jour où cet entrepreneur changera son fusil d'épaule… Dès lors, que les « idées » promues par le groupe de presse de Pigasse soient à l'instant T plus progressistes que celles portées par les groupes Dassault ou Bolloré ne change rien à l'affaire, ni au fond de l'analyse quant aux effets néfastes d'un tel accaparement capitalistique de l'information, de l'édition et de la culture. Plutôt que des catégories morales comme le « bien » et le « mal », considérons des catégories matérielles : les « iforces/i » dont il faut protéger la presse, ce sont « iles puissances d'argent/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Expression empruntée au programme du CNR de 1944, « Les jours heureux ». (…)" id="nh6"6/a]/span. Que Mathieu Pigasse incarne aussi bien que n'importe quel autre capitaliste de presse./p p/brstrongJérémie Younes/strong et strongPauline Perrenot/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanMediawan détient plusieurs boîtes de production, comme Maximal, Réservoir Prod, 3e Œil, etc./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanVoir par exemple un aperçu de son CV dont s'enorgueillissait a href="https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2010/11/06/matthieu-pigasse-nouvel-actionnaire-du-monde_1436409_3236.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i en 2010/a, juste après l'entrée de Matthieu Pigasse au capital du quotidien : « iTravailleur, il se donne à fond dans la réforme des Caisses d'épargne, la privatisation de France Télécom et d'Air France, la création d'EADS et d'Areva.../i » Voir également « Ce que l'affaire Pigasse révèle sur le capitalisme parisien », a href="https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/020912/ce-que-l-affaire-pigasse-revele-sur-le-capitalisme-parisien" class="spip_out" rel="external"Mediapart, 2/09/2012/a./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanVoir par exemple le billet de Daniel Schneidermann dans a href="https://www.liberation.fr/idees-et-debats/opinions/humoristes-ecrabouillages-pour-de-rire-par-daniel-schneidermann-20260515_ABJ7QKSKFZDKXHSKWZOSYSFFKI/" class="spip_out" rel="external"iLibération/i (15/05)/a./p /divdiv id="nb4" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanEn plus de « La Dernière », citons par exemple « La Riposte », animée par Akim Omiri, et « Les Grands remplaçants », animée par Djamil le Shlag./p /divdiv id="nb5" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanÀ propos de « la bataille des idées » ou de « la bataille culturelle », (re)lire a href="https://www.acrimed.org/Gramsci-critique-des-medias"notre entretien/a avec le philosophe Yohann Douet, spécialiste d'Antonio Gramsci, et sa recension de l'ouvrage a href="https://www.acrimed.org/Lu-Le-journalisme-integral-d-Antonio-Gramsci"iLe journalisme intégral/i/a (Éditions Critiques, 2022)./p /divdiv id="nb6" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanExpression empruntée au programme du CNR de 1944, « Les jours heureux ». Lire : « a href="https://www.acrimed.org/Petite-histoire-des-ordonnances-de-1944-sur-la"Petite histoire des ordonnances de 1944 sur la liberté de la presse et de leur destin/a »./p /div/div
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Monopole mortifère de Bernard Arnault sur la presse économique

mer, 2026-05-20 17:12
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/bernardarnault_2025_rs2-47516.png?1779289946' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" / div class='rss_chapo'pÀ propos de la mainmise de Bernard Arnault sur la presse économique./p/div div class='rss_texte'pLe phénomène de concentration capitalistique des médias vire au monopole dans certains secteurs de l'information. Concernant le journalisme économique, un constat suffit à mesurer l'ampleur du désastre : la quasi-totalité de la presse économique est aujourd'hui détenue par le milliardaire Bernard Arnault et son groupe LVMH./p pPropriétaire du seul quotidien économique de France, iLes Échos/i, depuis 2007, Bernard Arnault a avalé en 2025 plusieurs « gros » titres de l'information économique, accélérant cette concentration qui tend aujourd'hui au monopole. En juillet 2025 d'abord, LVMH annonce le rachat de Bey Médias, la structure de Nicolas Beytout qui éditait le quotidien iL'Opinion/i (lancé en 2013 avec, déjà, le soutien financier du groupe de luxe) et le journal d'information financière, iL'Agefi/i. Puis, en décembre 2025, Bernard Arnault concrétise une arlésienne et met la main sur les Éditions Croque Futur, qui éditent entre autres le magazine de « ison ami/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« Bernard Arnault : dans les médias, l'économie, c'est lui », Mediapart, 12/02." id="nh1"1/a]/span Claude Perdriel, iChallenges/i./p pSi le rachat de Bey Médias se déroule sans accroc – Nicolas Beytout a été PDG du groupe Les Échos –, celui de iChallenges/i, dont LVMH était déjà pourtant un actionnaire important, ne va pas sans polémiques et recours judiciaires. RSF et les syndicats de journalistes (SNJ et SNJ-CGT) a href="https://rsf.org/fr/concentration-des-m%C3%A9dias-la-france-prise-en-d%C3%A9faut-rsf-et-les-syndicats-saisissent-le-conseil-d" class="spip_out" rel="external"saisissent/a en référé le Conseil d'État, brandissant « il'article 22 du règlement européen/i » relatif au contrôle des concentrationsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="L'article 22 du règlement 139/2004 du Conseil." id="nh2"2/a]/span ; en parallèle, les syndicats de journalistes a href="https://snj.fr/rachat-de-challenges-par-lvmh-double-offensive-de-rsf-et-des-syndicats-pour-faire-respecter-le/2545" class="spip_out" rel="external"saisissent/a l'Autorité de la concurrence pour « iabus de position dominante/i ». Mais le 18 mars 2026, le Conseil d'État a href="https://www.la-croix.com/culture/apres-le-rachat-de-challenges-des-organisations-de-journalistes-alertent-contre-la-concentration-des-medias-20260312" class="spip_out" rel="external"rejette/a leur requête : « iAucun texte ne donne, en l'état actuel du droit français, compétence à une quelconque autorité, notamment pas à l'ARCOM, pour évaluer les effets d'une cession […] sur le pluralisme des médias et l'indépendance éditoriale/i », a href="https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CE/decision/2026-03-18/512800" class="spip_out" rel="external"explique/a la haute autorité administrative. La cession de iChallenges/i est donc actée, et le groupe LVMH devient totalement hégémonique sur la presse économique et financière./p pRésumons le « portefeuille » d'actifs du groupe de presse de M. Arnault :/p /br div class='spip_document_16530 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/bernardarnault_2025.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH409/bernardarnault_2025-99024.png?1779289946' width='500' height='409' alt='' //a /figure /div centersmallExtrait de la carte « a href="https://www.acrimed.org/Medias-francais-qui-possede-quoi"Médias français : qui possède quoi ?/a », Acrimed et iLe Monde diplomatique/i, déc. 2025./small/center p/brComme le note a href="https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/120226/bernard-arnault-dans-les-medias-l-economie-c-est-lui" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a (12/02), les seuls titres « iprestigieux/i » de la presse économique qui ne lui appartiennent pas sont iCapital/i (propriété de Vincent Bolloré) et iLa Tribune/i (propriété de Rodolphe Saadé, journal qui avait déjà connu une a href="https://www.acrimed.org/Suppression-de-la-macroeconomie-a-La-Tribune"mise au pas/a il y a une dizaine d'années). Dans ce paysage dévasté, ne subsistent que quelques médias spécialisés indépendants, comme iAlternatives économiques/i, édité par une société coopérative dijonnaise depuis 46 ans, ou encore L'Informé, fondé par un ex de iCapital/i./p /br h3 class='article_intertitres'Le pouvoir de l'actionnaire/h3 p/brSi Bernard Arnault étend son emprise sur la presse économique, sans que les autorités de régulation n'y trouvent à redire, ce n'est pas par passion pour l'information. Cette maîtrise capitalistique des journaux et magazines lui offre un pouvoir qu'il entend bien exercer. Ainsi, dès le rachat de iChallenges/i, le nouveau propriétaire impose un changement de ligne éditoriale : de magazine défendant selon sa charte « il'économie sociale de marché/i », iChallenges/i devient un magazine favorable à « il'économie libérale de marché/i ». Les journalistes sont priés de signer cette nouvelle charte ou d'aller voir ailleurs si Bernard y est. Une a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/02/10/motion-de-defiance-de-challenges-sciences-et-avenir-et-la-recherche-contre-lvmh_6666209_3234.html" class="spip_out" rel="external"motion de défiance/a est votée par 84% des salariés des Éditions Croque Futur le 10 février./p pLe 27 février, a href="https://www.lalettre.fr/fr/medias_presse-ecrite/2026/02/27/challenges--le-cadeau-a-double-tranchant-aux-journalistes,110669435-art" class="spip_out" rel="external"La Lettre/a fait part d'un « icadeau à double tranchant/i » pour les salariés de iChallenges/i : « iEn accordant de généreuses indemnités de départ aux journalistes de Croque Futur dans le cadre de la clause de cession, le groupe de luxe entend réduire les effectifs de Challenges/i », en le recentrant notamment sur son site web. Deux mois plus tard, c'est le directeur de la rédaction Pierre-Henri de Menthon qui annonce son départ sur fond de « idivergences/i » avec le nouvel actionnaire. Puis, fait inédit, la rédaction de Challenges se met a href="https://www.challenges.fr/entreprise/medias/challenges-en-greve-pour-la-premiere-fois-de-son-histoire_642882" class="spip_out" rel="external"en grève/a, à un niveau tel qu'elle empêche la parution du numéro du 22 avril – une première dans l'histoire de ce magazine fondé en 1982. Quatre mois après le rachat, les syndicalistes craignent toujours « iun accident industriel/i » (a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/16/a-challenges-la-redaction-se-met-en-greve-et-redoute-un-accident-industriel_6680481_3234.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i/a, 16/04), « ile dispositif qui permet de quitter un média après un changement de propriétaire faisant craindre des départs en masse/i » (a href="https://www.liberation.fr/economie/medias/les-journalistes-de-challenges-en-greve-contre-leur-nouveau-proprietaire-lvmh-20260421_V4O3AQCDNNABZKNIVSMNIAGU64/" class="spip_out" rel="external"iLibération/i/a, 16/04)./p pCette brutalité dans la reprise en main d'un magazine – qui n'est pourtant pas connu pour être une officine marxiste – marque un raidissement « idans la gestion de la presse par le capital/i », comme le notent Romaric Godin et Mathias Thépot dans a href="https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/120226/bernard-arnault-dans-les-medias-l-economie-c-est-lui" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a (12/02) :/p blockquote class="spip" pJusqu'ici, à quelques exceptions notables près, le mode de domination passait par l'autocensure, largement pratiquée par les directions éditoriales effrayées par la pression de l'actionnaire et qui, pour conserver leurs postes et – souvent – d'épais salaires, prenaient les devants. Ce qui rendait les interventions directes largement inutiles./p /blockquote pIl semble que le seuil de tolérance des capitalistes de presse ait reculé. Dans la presse économique, même une ligne « iéconomie sociale de marché/i » est désormais bannie – quand bien même celle-ci n'était que pur affichage et correspondait davantage à une orientation classiquement néolibérale et pro-patronale, option « ideuxième gauche/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="D'après la présidente de la SDJ de Challenges, citée dans Stratégies (…)" id="nh3"3/a]/span./p pDevant la commission d'enquête sur la concentration des médias, en 2022, Bernard Arnault s'était contenté a href="https://www.acrimed.org/Ballet-de-philanthropes-mediatiques-au-Senat"de déclarer/a qu'il serait « iextrêmement gêné/i » si ses rédactions se mettaient à défendre « il'économie marxiste/i »…/p pOutre la maîtrise (et l'imposition) d'une ligne éditoriale, le quasi-monopole d'Arnault sur la presse économique lui permet également d'éteindre la critique contre ses marques avant même qu'elle ne naisse. Qui pourra critiquer LVMH quand toute la presse économique appartiendra à LVMH ? « iOn risque de devenir un outil de propagande au service [...] des intérêts du groupe de luxe/i », déclare la présidente de la SDJ de iChallenges/i, Delphine Déchaux, citée dans a href="https://reporterre.net/Le-milliardaire-anti-ecolo-Bernard-Arnault-rachete-Challenges-et-deux-journaux-scientifiques" class="spip_out" rel="external"Reporterre/a./p pDe quoi approfondir encore les logiques repérées par le sociologue Julien Duvalspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Julien Duval, Critique de la raison journalistique, Seuil, 2004." id="nh4"4/a]/span : financiarisée, soumise aux logiques commerciales, ne s'adressant qu'à un lectorat de « décideurs » et de « CSP+ », la presse économique ne cherche plus (sauf dans ses marges) à expliquer le monde ou les rouages de l'économie : « iL'objet est moins d'informer des citoyens sur le système économique capitaliste dans lequel ils vivent que de donner à des individus les recettes pour évoluer au mieux à l'intérieur de ce système/i », disions-nous dans a href="https://www.acrimed.org/Journalisme-economique-40-ans-de-catechisme"notre chronique vidéo/a consacrée au journalisme économique./p /br h3 class='article_intertitres'L'économie « sérieuse »/h3 p/brC'est dans ce contexte d'écrasement du pluralisme de l'information économique que l'un des économistes français les plus en vue, Philippe Aghion, a cru bon de peser de tout son poids académique pour marginaliser le seul titre de presse qui incarne une ligne non-néolibérale, iAlternatives économiques/i. Auditionné devant le Sénat le 16 avril, le titulaire du prix de la Banque de Suède (frauduleusement présenté comme un « prix Nobel ») n'y est pas allé de main morte :/p blockquote class="spip" pJ'ai refait complètement les programmes de SES. Avant, ils lisaient iAlternatives économiques/i. Maintenant, on fait de l'économie sérieuse au lycée. Je suis assez content d'avoir fait ça […]. Maintenant on a de vrais programmes d'économie et de SES dignes de ce nom. […] En économie, il y avait des gens qui voulaient que ce soit des trucs mondains, où on discutait des inégalités, ou de ci ou de ça./p /blockquote pQue des enseignants aient jugé que les articles d'iAlternatives économiques/i soient suffisamment intéressants « ipour être le support de cours/i » est une chose insupportable pour M. Aghion. Dans sa a href="https://www.alternatives-economiques.fr/serieusement-monsieur-aghion/00118513" class="spip_out" rel="external"réponse/a (13/05), la rédaction d'iAlter éco/i écrit :/p blockquote class="spip" pÀ l'heure des plans sociaux massifs qui déciment les rédactions, au moment où les fake news envahissent l'espace public et où les milliardaires de droite et d'extrême droite enchaînent les rachats de médias, est-il vraiment sérieux, monsieur Aghion, de s'attaquer au dernier journal économique indépendant de France ?/p /blockquote/br centerstrong***/strong/center p/brLe pluralisme de l'information économique est, on le voit, combattu à tous les niveaux : de l'organisation de la production à ses effets concrets dans la diffusion, si modestes soient-ils. Si, comme le prétend le Conseil d'État, « iaucun texte/i » n'existe pour interdire une telle concentration et démanteler un tel monopole sur l'information, alors il est urgent de les écrire. Les a href="https://www.acrimed.org/-Transformer-les-medias-Nos-propositions-"propositions/a et les exemples historiques ne manquent pas./p p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« Bernard Arnault : dans les médias, l'économie, c'est lui », a href="https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/120226/bernard-arnault-dans-les-medias-l-economie-c-est-lui" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a, 12/02./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanL'article 22 du règlement 139/2004 du Conseil./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanD'après la présidente de la SDJ de iChallenges/i, citée dans a href="https://www.strategies.fr/actualites/medias/LQ5417486C/challenges-defend-son-independance.html" class="spip_out" rel="external"iStratégies/i/a (21/11/2025)./p /divdiv id="nb4" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanJulien Duval, a href="https://www.acrimed.org/Lire-sur-la-presse-economique-Critique-de-la-raison-journalistique-de-Julien"iCritique de la raison journalistique/i/a, Seuil, 2004./p /div/div
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« L'affaire Abdallah est aussi un désastre médiatique »

lun, 2026-05-11 18:56
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH79/abdallah-51eaf.jpg?1778519841' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt="" / div class='rss_chapo'pDans son film consacré à l'affaire Georges Ibrahim Abdallah (iL'Affaire Abdallah/i, 2026), Pierre Carles revient sur un épisode majeur de désinformation médiatique. Il analyse comment une fausse piste, relayée par les grands médias, a pesé sur le sort du militant libanais pendant plus de quarante ans. Il évoque également la réception du film, les limites de la critique des médias dans les médias dominants, et la place du documentaire dans un paysage médiatique verrouillé. Entretien./p/div div class='rss_texte'p/brstrongAcrimed : Ton film montre que les médias ont joué un rôle central dans l'affaire Abdallah. Comment ?/strong/p pstrongPierre Carles :/strong Les médias ont joué plusieurs rôles, tous néfastes. D'abord, ils ont contribué à fabriquer ou à reproduire la figure du « terroriste », à propos de Georges Abdallah, en faisant quasi-systématiquement l'amalgame entre la résistance radicale pouvant aller jusqu'à des assassinats ciblés, et le terrorisme à l'égard de la population civile pratiqué par des fondamentalistes religieux comme Daech. Ce glissement existait déjà dans les années 1980, mais il s'est accentué après le 11 septembre 2001 : toute lutte armée non étatique est désormais classée « terroriste », qu'il s'agisse de mouvements communistes, indépendantistes, nationalistes ou religieux. On met dans le même sac les FARC, l'ELN, Al-Qaïda et Daech, afin de disqualifier toute forme de résistance radicale. Ces dernières années, les grands médias ont banni de leur vocabulaire les termes « guérillero » et « fedayin » pour parler des résistants palestiniens et pro-palestiniens. C'est le qualificatif infamant « terroriste » qui l'a remplacé, afin de couper court à toute discussion sur la légitimité des actions de résistance./p pDans le cas Abdallah, cette logique a été amplifiée par le contexte : en 1986, une vague d'attentats meurtriers revendiqués par un mystérieux CSPPA (Comité de solidarité avec les prisonniers politiques arabes) frappe la France. Le CSPPA demande la libération de plusieurs prisonniers politiques, dont Georges Abdallah, incarcéré depuis 1984, après que son groupe armé, les FARL (Fractions armées révolutionnaires libanaises), a revendiqué l'assassinat en 1982 de l'attaché militaire étasunien en poste à Paris et d'un fonctionnaire israélien, agent du Mossad, après qu'Israël avec l'assentiment des États-Unis attaque le Liban, comme il continue de le faire de nos jours. Mais les attentats de 1986 dans les rues de Paris n'avaient rien à voir avec le mode opératoire des FARL. Il ne s'agissait pas d'assassinats ciblés, cette fois-ci, mais de bombes tuant et blessant des civils de manière indiscriminée, soit des attentats à caractère terroriste. Ces attaques étaient en réalité menées par des membres du Hezbollah missionnés par l'Iran, en réaction au soutien militaire français à l'Irak en guerre contre l'Iran et au refus de Paris de régler un contentieux financier datant du régime du Shah./p p/brstrongComment cette fausse piste a-t-elle été construite ?/strong/p pUn journaliste du iMonde/i, Edwy Plenel, s'est fait intoxiquer par une source qui lui a fourni de fausses informations. iLe Monde/i, alors perçu comme le « quotidien de référence », a entraîné toute la presse derrière lui : radios, télévisions, journaux ont repris sans vérification l'idée que les attentats seraient liés aux « frères Abdallah » et à la Syrie. Une thèse totalement infondée./p pPlenel avait déjà obtenu des informations exclusives dans l'affaire du Rainbow Warrior, probablement de cette source. Il lui faisait confiance, donc. Mais cette fois, il s'est trompé – ou a été trompé. Cette information erronée a ensuite été reprise sans vérification approfondie par ses confrères du iMonde/i, mais aussi par iLibération/i, iLe Figaro/i, iLe Nouvel Observateur/i et d'autres médias. On peut parler de « journalisme de préfecture » : les médias se contentent souvent de relayer des informations provenant de la police ou de la justice sans enquête indépendante. Hervé Brusini, ancien de France Télévisions, a d'ailleurs reconnu que les rédactions manquaient cruellement de services d'enquête à l'époque. Certains journalistes interrogés dans le film (Véronique Brocard de iLibération/i, Georges Marion du iMonde/i, Hervé Brusini) ont accepté de revenir sur ces erreurs. Edwy Plenel, en revanche, a refusé de s'expliquer devant notre caméra. C'est bien dommage. Son témoignage aurait permis d'avancer dans la compréhension de cette opération de désinformation./p p/brstrongDans tes films, tu utilises parfois des stratagèmes, des ruses, pour obtenir des réponses. Pourquoi ne pas l'avoir fait ici avec Edwy Plenel ?/strong/p pParce que ce long-métrage est un film-enquête essentiellement fondé sur la coopération des interlocuteurs : d'anciens directeurs du contre-espionnage ont accepté de témoigner sans pratiquer la langue de bois. Même un important magistrat antiterroriste étiqueté à droite, comme Alain Marsaud, s'est prêté au jeu de la vérité. Et au moins trois journalistes protagonistes de la monumentale ifake news/i de 1986, ont accepté de revenir sur leur travail, de se pencher sur leurs erreurs dans ce dossier. Notre objectif, avec mon équipe, n'était pas de piéger qui que ce soit mais de tenter d'examiner avec eux ce qui avait failli. C'eut été tout à l'honneur d'Edwy Plenel de faire de même, d'accepter de s'expliquer sur cette monumentale erreur dans son parcours de journaliste d'investigation. Son éclairage aurait été précieux pour avancer dans la compréhension de cette histoire. Mais il semblerait qu'il ne soit pas trop enclin à l'autocritique./p p/brstrongPourquoi le gouvernement n'a-t-il pas démenti ?/strong/p pParce qu'admettre que les attentats venaient d'Iran revenait à reconnaître que la France était indirectement responsable des morts dans les rues Paris. La France avait en quelque sorte provoqué cette opération de représailles iranienne en soutenant militairement l'Irak de Saddam Hussein et en refusant de régler ses dettes envers Téhéran, le fameux contentieux Eurodif. Le Premier ministre Jacques Chirac, le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua, le ministre délégué à la Sécurité Robert Pandraud, sans compter de hauts responsables de la DST (Direction de la surveillance du territoire) savaient que les attaques étaient commanditées par l'Iran, même si le régime des mollahs n'avait pas déclaré officiellement la guerre à la France comme l'explique le magistrat antiterroriste Alain Marsaud dans le film. Le gouvernement français a laissé prospérer la fausse piste, a laissé courir la ifake news/i. Ça l'arrangeait politiquement./p p/brstrongCette désinformation a-t-elle eu un impact judiciaire ?/strong/p pOui. Comme le raconte Alain Marsaud, les juges de la cour spéciale qui ont condamné Abdallah en 1987 avaient en tête les attentats-massacres de 1986 et la présumée responsabilité des frères Abdallah dans ceux-ci, même si ces attentats n'étaient pas à l'ordre du jour du procès de février 1987. Abdallah a « payé » pour ces attentats dans lesquels il n'était pour rien, lui ont confié ses collègues magistratsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Propos tenus par Alain Marsaud dans L'Affaire Abdallah : « Georges Ibrahilm (…)" id="nh1"1/a]/span. Cette étiquette « terroriste », qu'on lui a collée en 1986, ne l'a plus jamais quitté./p pMême trente ans plus tard, lors des audiences de libération conditionnelle, l'avocat de la partie civile américaine, Georges Kiejman, agitait encore les coupures de presse de l'époque comportant ces fausses informations. Et comme les archives du iMonde/i n'ont jamais été corrigées, il arrive que les jeunes journalistes qui travaillent sur le sujet reproduisent les mêmes erreurs de nos jours./p p/brstrongComment les médias ont-ils accueilli ton film ?/strong/p pGlobalement bien. a href="https://www.telerama.fr/cinema/l-affaire-abdallah-de-pierre-carles-une-enquete-siderante-sur-le-plus-ancien-prisonnier-politique-de-france_cri-7043717.php" class="spip_out" rel="external"iTélérama/i/a, a href="https://www.liberation.fr/culture/cinema/laffaire-abdallah-retour-sur-quarante-ans-dobstination-judiciaire-20260408_5RVJ2DAQ5BFEXH7XQ74VCDVD2U/" class="spip_out" rel="external"iLibération/i/a, même a href="https://www.lesinrocks.com/cinema/laffaire-abdallah-le-plus-celebre-prisonnier-politique-de-france-dans-loeil-de-pierre-carles-692136-05-04-2026/" class="spip_out" rel="external"iLes Inrockuptibles/i/a ont chroniqué positivement. Deux exceptions : a href="https://www.franc-tireur.fr/pierre-carles-abdallah-tout-un-poeme" class="spip_out" rel="external"iFranc-Tireur/i/a, un organe de presse de droite, mais ça c'était prévisible, et... a href="https://www.lemonde.fr/culture/article/2026/04/08/l-affaire-abdallah-pierre-carles-se-fait-l-avocat-de-l-ex-plus-vieux-prisonnier-politique-francais_6678223_3246.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i/a. Leur critique, signée Jacques Mandelbaum, est non seulement négative mais surtout très étrange : elle passe totalement sous silence le rôle du journal dans la désinformation de 1986. C'est un oubli tellement énorme qu'il en devient suspect./p pOn parle, en effet, d'un film qui démontre, documents et témoignages à l'appui, que iLe Monde/i a joué un rôle majeur dans la diffusion d'une fausse thèse liant Abdallah aux attentats de 1986. Et la critique du iMonde/i… n'en dit pas un mot./p pJacques Mandelbaum, qui a signé l'article, est critique cinéma. Il n'est ni journaliste d'investigation, ni spécialiste du Proche-Orient, ni familier des dossiers antiterroristes. Or il s'est mis en tête de « contre-enquêter » sur un film qui repose sur cinq ans de travail, des dizaines d'entretiens, des archives judiciaires, des documents diplomatiques, des témoignages de magistrats, de policiers, de journalistes…/p pSa « contre-enquête » a consisté à aller chercher trois ou quatre informations sur Internet, probablement dans les archives du iMonde/i, et à en tirer des conclusions hâtives. C'est exactement le travers que le film dénonce : l'absence de vérification, la dépendance à une source unique, la reproduction d'erreurs anciennes./p pLe plus ironique, c'est que iLe Monde/i dispose de journalistes parfaitement compétents pour examiner le sujet. Benjamin Barthe, par exemple, est un spécialiste du Proche-Orient. Ils auraient été beaucoup plus compétents pour réaliser une contre-enquête sur notre enquête, s'ils estimaient que celle-ci comportait des lacunes./p p/brstrongTu as écrit au courrier des lecteurs. As-tu eu une réponse ?/strong/p pAucune réponse. Silence total. En revanche, ils ont discrètement modifié un passage de l'article en ligne, en reconnaissant que iLe Monde/i avait bien participé à la désinformation en 1986. C'est la seule concession qu'ils ont faite. Ce geste minimal montre qu'ils savent très bien qu'ils ont un problème. Mais ils ne veulent pas l'assumer publiquement./p p/brstrongEt du côté de Mediapart cofondé par Edwy Plenel, comment a-t-on réagi à ton film ?/strong/p pC'est peut-être le silence le plus révélateur de tous. Mediapart se revendique comme un média d'investigation, indépendant, critique, et sur le papier, iL'Affaire Abdallah/i cochait toutes les cases pour les intéresser : raison d'État, ingérences étrangères, justice d'exception, pressions diplomatiques, désinformation médiatique… C'est un sujet Mediapart par excellence. Et pourtant : rien. Pas une ligne sur le film./p pCe silence ne peut pas s'expliquer par l'ignorance. Un journaliste de Mediapart est venu à une projection de presse du film tandis qu'une autre a reçu un lien du distributeur pour le visionner. Ils savaient donc ce que le film contenait, ce qu'il démontrait, et surtout ce qu'il révélait sur le rôle d'Edwy Plenel en 1986./p pMais le média, en tant qu'institution, n'a rien publié. Ce n'est pas un oubli. C'est un choix éditorial. Déjà, en 2013, lorsque Mediapart avait publié un semblant d'enquête sur l'affaire Abdallah, ils avaient omis d'évoquer le rôle d'Edwy Plenel dans cette histoire. Pourquoi font-ils de même lors de la sortie du film ? Probablement parce que iL'Affaire Abdallah/i touche directement l'un des fondateurs de Mediapart... Critiquer le film, c'était devoir argumenter. En parler positivement, c'était valider le travail du film. Et en parler tout court, c'était devoir évoquer la responsabilité de Plenel dans la désinformation de 1986. Résultat : le silence. Le silence comme aveu./p p/brstrongPourquoi l'affaire Abdallah est-elle restée si longtemps dans l'ombre médiatique ?/strong/p pEn grande partie, parce qu'Abdallah portait cette étiquette infamante de « terroriste ». Les grands médias ne se précipitent pas pour documenter des injustices commises à l'égard de « terroristes ». Ils se disent, consciemment ou inconsciemment, « ce n'est pas grave », « ça ne vaut pas une enquête », voire « bien fait pour eux ». C'est mon hypothèse. Seule la presse militante ou engagée (iLe Monde diplomatique/i, iAfrique-Asie/i, iL'Humanité/i) a suivi le dossier pendant des décennies. La presse imainstream/i, elle, a pratiqué l'omerta. Seule RFI fait exception. Une émission comme « Affaires sensibles » (France Inter) aurait dû consacrer une émission à l'affaire Abdallah depuis ses débuts (2014) étant donné que la durée de détention d'Abdallah était déjà hors norme à l'époque et que les ingérences des États-Unis dans le dossier judiciaire s'avéraient multiples. Or Fabrice Drouelle a attendu 2024, soit 10 ans, pour s'intéresser à cette histoire, et seulement après que son confrère Benoît Collombat, journaliste à la cellule investigation de Radio France, a réalisé une enquête sérieuse – tardive, certes, mais solide – pour « Secrets d'info » (France Inter). Que ce soit dans iLe Monde/i ou sur France Télévisions, il aura fallu attendre 2024 pour que le sujet commence enfin à être traité. Pendant dix ans (2014-2024), on a assisté à un véritable blackout./p p/brstrongLe site de critique des médias Arrêt sur Images en a-t-il parlé ?/strong/p pOui mais de manière anecdotique à deux reprisesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="L'ancien journaliste du Monde Georges Marion est revenu sur cette affaire en (…)" id="nh2"2/a]/span. On pourrait penser que l'affaire Abdallah, et en particulier l'opération de désinformation de 1986, serait pour eux un sujet naturelspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Soyons honnêtes : Acrimed n'en a jamais parlé... avant cet entretien." id="nh3"3/a]/span./p pÀ l'époque où il avait son émission sur France 5, Daniel Schneidermann, le fondateur d'Arrêt sur images, n'avait pas enquêté sur le rôle du iMonde/i dans l'affaire Abdallah alors qu'il connaissait très bien cette histoire pour avoir partagé la vie de l'écrivaine Chloé Delaume. Or celle-ci est... la nièce de Georges Abdallah. Est-ce parce qu'il était aussi journaliste au iMonde/i à l'époque de l'opération de désinformation de 1986 que Schneidermann s'est interdit d'enquêter ? Faut-il y voir une sorte de vieux réflexe corporatiste ? Dans la BDspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Dans les oubliettes de la République - Georges Ibrahim Abdallah, Pierre (…)" id="nh4"4/a]/span consacrée à cette affaire, nous lui avions posé la question : il estimait alors qu'il y avait des sujets plus intéressants./p p/brstrongPourquoi ton film a-t-il été refusé par les chaînes de télévision ?/strong/p pParce que les chaînes n'apprécient pas trop les films mettant en cause les institutions médiatiques et mettant à l'honneur des résistants arabes. Les responsables des programmes documentaires sont frileux. Une critique des médias, surtout lorsqu'elle touche à des institutions puissantes comme iLe Monde/i ou à des affaires d'État, a peu de chance d'être financée. Et pas question pour elle de présenter Abdallah comme un résistant, ce qu'il est pourtant, objectivement. Son profil de militant communiste, internationaliste, prenant les armes contre une puissance étrangère (Israël) et son principal soutien (les États-Unis), n'est-il pas proche d'un Missak Manouchian, récemment panthéonisé ? S'il s'était battu pour les Ukrainiens – contre la Russie donc – plutôt qu'en faveur des Palestiniens – soit contre Israël –, c'est certain que les grands médias se seraient intéressés à lui. En tant que « terroriste arabe », Abdallah cochait toutes les mauvaises cases./p pLa chaîne de télévision franco-allemande Arte a refusé le film pour de drôles de motifs : « iC'est une histoire spécifiquement française […] qui ne concerne guère nos voisins européens/i » a répondu, sans rire, la directrice adjointe de l'unité Société et Culture d'Arte France. On l'a aussi envoyé à France Télévisions et à Netflix qui n'ont même pas répondu./p p/brstrongLe cinéma est-il devenu le dernier espace de liberté ?/strong/p pProbablement. Avec l'édition livre où j'ai pu publier, avec le dessinateur Malo Kerfriden, une version BD de cette enquête, plus fouillée, plus étoffée, intitulée iDans les oubliettes de la République/i (éditions Delcourt). Mais c'est un espace fragile. Le cinéma permet encore de produire des films indépendants comme celui-ci. On trouve encore, dans l'économie du long-métrage documentaire, des ressources financières pour réussir à mener à bien un travail d'investigation long, rigoureux, sans pression, pour ne pas avoir à s'autocensurer. Il faut juste déjouer la censure économique, la principale. Ma productrice Annie Gonzalez est très forte pour cela. Elle trouve des financements. On sollicite aussi les spectateurs et spectatrices par le biais d'appels à dons. Bref, c'est encore possible de faire ce genre de film, nous ne sommes d'ailleurs pas les seuls à le faire, mais on touche un public plus restreint qu'à la télévision. On a même une audience inférieure à celle de youtubeurs ou d'influenceurs sur les réseaux sociaux, qui ne constituent pas une alternative car ils n'ont pas la capacité de produire ce genre de films./p p/brstrongTu t'inscris dans une tradition de critique radicale des médias. Quels sont tes repères ?/strong/p pDans les années 1990, la critique des médias était vive. Les sociologues Patrick Champagne et Pierre Bourdieu ont été déterminants. iSur la télévision/i est un texte fondateur : il montre que les journalistes sont pris dans un champ social avec ses contraintes, ses hiérarchies, ses intérêts. Bourdieu explique que les journalistes ne sont pas libres : ils sont soumis à des logiques d'audience, de concurrence, de rapidité, qui les poussent à produire une pensée conforme, rapide, peu critique. L'affaire Abdallah en est une illustration parfaite. Serge Halimi, avec iLes Nouveaux Chiens de garde/i, a prolongé ce travail en nommant les choses. Et les responsables du système. Il a montré comment une poignée d'éditorialistes occupent l'espace médiatique, comment ils se cooptent, comment ils verrouillent le débat public. L'avènement d'Acrimed a aussi apporté quelque chose d'essentiel : la rigueur. La critique des médias, ce n'est pas un coup de gueule, c'est un travail de veille, de documentation, de contextualisation. Alain Accardo et Gilles Balbastre, enfin, ont apporté une dimension essentielle : les journalistes ne sont pas seulement des individus qui manquent de courage ou de rigueur. Ils sont des agents pris dans un système social. Avec iJournalistes précaires/i, ils ont montré que la précarité induit structurellement un journalisme de mauvaise qualité, superficiel, docile... Je n'ai pas cité Julien Brygo, Olivier Cyran, Daniel Mermet, Nina Faure, le journal iPLPL/i (iPour Lire Pas Lu/i), Zaléa TV (devenu Les Mutins de Pangée), et j'en oublie, qui ont eux aussi contribué à forger une critique radicale des médias./p pMais dès son irruption, cette critique radicale des médias a été concurrencée par des formes plus soft comme l'émission de télévision « Arrêt sur images ». Le système a cette capacité de récupérer tout ce qui peut s'insérer dans la société du spectacle, faire marchandise, et de mettre rapidement en place des ersatz. Il a donc recyclé la critique des médias dans les médias imainstream/i, mais en faisant en sorte qu'elle soit anecdotique, qu'elle ne remette fondamentalement rien en cause./p pAujourd'hui, avec les réseaux sociaux, on est passé à une autre étape. Les formats courts privilégiés par Instagram, TikTok et compagnie, renforcent un conservatisme structurel, favorisent les idées préconçues. La journaliste a href="https://www.slate.fr/tech-internet/reseaux-sociaux-machine-radicaliser-extreme-droite-tiktok-twitter-musk" class="spip_out" rel="external"Léa Polverini/a a montré l'effet produit par les réseaux sociaux sur le glissement à droite des électeurs. Les plateformes numériques valorisent des vidéos courtes, des contenus brefs, faisant appel à l'émotion plus qu'à la raison. Cette dernière nécessite un temps d'installation et d'exposition bien plus long. Pour contrer les idées dominantes, essentiellement de droite voire d'extrême droite, les réseaux sociaux ne sont pas des alliés, même si certains youtubeurs continuent d'y croire. Sans compter qu'on peut revenir à des mécanismes de censure à l'ancienne, comme lorsque Youtube, propriété d'Alphabet (Google), censure les vidéos iraniennes hilarantes se moquant de Donald Trump et de l'impérialisme américain./p p/brstrongQuel est, pour toi, l'enjeu de la critique des médias aujourd'hui ?/strong/p pLa critique des médias doit être radicale – au sens d'aller à la racine. Comprendre les structures, les intérêts, les logiques sociales qui produisent l'information. Pas seulement pointer des erreurs individuelles. iL'Affaire Abdallah/i montre qu'un récit médiatique, même faux, peut devenir une vérité sociale, judiciaire et politique. C'est pour cela que la critique des médias n'est pas un luxe intellectuel : c'est une nécessité démocratique. Une dernière remarque : les grands médias sont a-historiques, ils racontent les choses collés à l'actualité. Or, il faut se battre pour des mises en perspective historique. C'est ce que j'ai tenté de faire dans mes derniers films où il est question de l'histoire des FARC (Colombie) et de celle d'Abdallah et des FARL (Liban/Palestine). Il ne faut pas cesser de se référer à l'Histoire, pour ne pas se faire avoir./p p/brPropos recueillis par strongMathias Reymond/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanPropos tenus par Alain Marsaud dans iL'Affaire Abdallah/i : « iGeorges Ibrahilm Abdallah, il va prendre réclusion criminelle à perpétuité, officiellement, pour avoir assassiné l'Israélien et les deux Américains, mais en réalité il morfle – je le sais parce que j'en ai discuté avec mes collègues qui étaient juges à la cour d'assises, qui ont jugé – il morfle pour les attentats/i [de 1986]. »/p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanL'ancien journaliste du iMonde/i Georges Marion est revenu sur cette affaire a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/ma-boite-a-souvenirs/georges-ibrahim-abdallah-et-les-aventures-de-super-souris" class="spip_out" rel="external"en 2013/a et en 2016 le site a aussi a href="https://www.arretsurimages.net/articles/liberation-de-georges-ibrahim-abdallah-comment-clinton-a-tente-de-faire-pression-sur-fabius" class="spip_out" rel="external"documenté/a la pression qu'avait exercé Hillary Clinton sur Laurent Fabius./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanSoyons honnêtes : Acrimed n'en a jamais parlé... avant cet entretien./p /divdiv id="nb4" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spaniDans les oubliettes de la République - Georges Ibrahim Abdallah/i, Pierre Carles et Malo Kerfriden, Delcourt, 2024./p /div/div
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Frédéric Martel, une tournée promo au secours de l'Occident

lun, 2026-05-04 11:57
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/martel-28b73.png?1777888646' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" / div class='rss_chapo'pSur la réception médiatique du dernier « ilivre événement/i » de Frédéric Martel./p/div div class='rss_texte'p« iVoici un livre événement, une enquête monumentale sur tous ceux qui nous détestent ! Et quand je dis "nous", c'est nous, les citoyens français, les Européens, l'Occident, nos valeurs…/i » Nous sommes le 10 avril dans l'émission « Quotidien » (TMC), et Yann Barthès reçoit le nouvel héraut de l'Occident : le journaliste Frédéric Martel. Celui-ci vient de sortir un livre, iOccidents/i (Plon, 2026), qui se présente comme une « ienquête monumentale/i » composée de « iplus de 1 900 entretiens/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« Le chiffre peut paraître farfelu » écrit pudiquement Libération (2/05)." id="nh1"1/a]/span, « isur 8 ans/i », « idans 52 pays/i ». Un travail qui n'a toutefois pas empêché Frédéric Martel de tenir une émission hebdomadaire (« Soft Power ») sur France Culture durant la même période. Ou encore d'éditer les « Dits et écrits » de Jack Langspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Jack Lang : Une révolution culturelle - Dits et écrits, Bouquins, 2021." id="nh2"2/a]/span. Un véritable bourreau de travail !/p pLa thèse de Martel est audacieuse : « iCet Occident c'est au fond un fantasme/i », explique-t-il sur le plateau de « Quotidien », « ic'est quelque chose qui a été inventé par nos ennemis pour nous critiquer…/i » Yann Barthès et son équipe semblent intéressés par cette théorie et se reconnaissent spontanément dans le « inous/i » de Martel :/p blockquote class="spip" pstrong- Yann Barthès :/strong Pourquoi le -s à « Occidents », et pourquoi la boîte d'allumettes [sur la couverture] ?/p pstrong- Frédéric Martel :/strong La boîte d'allumettes parce qu'ils veulent mettre le feu, ils allument des mèches, […] c'est « Nous » face à « Eux »./p /blockquote/br div class='spip_document_16527 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/martel_quotidien.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/martel_quotidien-76a46.jpg?1777888646' width='500' height='281' alt='' //a /figure /div/br h3 class='article_intertitres'« Nous face à eux »/h3 p/br« iCe n'est pas seulement un livre, c'est une mine d'or/i », surenchérit le chroniqueur Paul Gasnier, qui n'a pas de mots assez forts pour exprimer son admiration : « iUn travail colossal/i », composé de « iportraits passionnants/i », « iune fresque qui cartographie ceux qui nous détestent/i ». Encore ce « inous/i » qui paraît naturel à tout le plateau, et ce vague sentiment de citadelle assiégée par le monde barbare « iqui nous a encerclés/i ». Gasnier poursuit : « iAu fil du temps, "Occident" est devenu le synonyme d'un autre mot, de "démocratie", et donc la haine de l'Occident est devenue la haine de la démocratie./i »/p pDémocratie contre dictature, civilisation contre barbarie, Occident contre Orient, « inous contre eux/i » : on reconnaît évidemment la filiation idéologique, depuis le concept de « despotisme oriental » jusqu'à celui de « choc des civilisations ». Espérons que « inos ennemis/i » ne franchiront pas Poitiers…/p /br h3 class='article_intertitres'« Un grand livre de droite »/h3 p/brAvec un tel programme, Frédéric Martel ne pouvait que s'attirer les faveurs de la presse réactionnaire. Sans surprise, son ouvrage (« iun pavé de plus de 600 pages/i ») est acclamé par toutes les nuances de la presse de droite. Pour iLe Point/i, il s'agit « id'un guide de survie intellectuelle pour temps sauvage/i » (1/04) ; pour iLes Échos/i, c'est une « ipassionnante nouvelle enquête du si talentueux Frédéric Martel/i » (15/04) ; iLe Figaro/i a lu une enquête « ifoisonnante et précieuse/i » (15/04). Pourtant l'auteur de ce livre, comme tient à le préciser Sébastien Le Fol dans iLe Télégramme/i (11/04), « in'est pas éditorialiste à Cnews, mais journaliste à France Culture. Il se réclame d'une gauche libérale et européenne/i ». Il est vrai qu'on aurait pu s'y tromper. « iLa détestation de l'Occident est l'une des aversions les plus répandues sur la planète/i », poursuit Le Fol, et le « ilivre édifiant/i » de Martel « inous en dévoile toute l'étendue/i ». Cette haine de l'Occident est produite « ipar les Occidentaux eux-mêmes/i », nous dit l'éditorialiste, qui voit dans cette « ipathologie/i » le « ipoison lent/i » de la « ihaine de soi/i ». Le même Sébastien Le Fol reprend la plume quelques jours plus tard pour nous revendre le même livre, cette fois dans iL'Express/i (14/04). Un entretien tout en complicité avec l'auteur qui culmine dans ces questions : « iL'Occident est selon vous devenu "le grand vilain" dans le monde entier. Pourquoi cette détestation globale ?/i » ; « iIsraël est-il la pointe avancée de l'Occident, comme l'affirme Benjamin Netanyahou ?/i »/p pDu haut de ses 600 pages et de ses « i8 ans d'enquête/i », Martel manquerait presque d'adversaires à sa mesure : il inscrit son œuvre comme une « réponse » à Edward Saïd et à « l'orientalisme » ; balaye Fanon en fustigeant sa critique de l'universalisme occidental ; s'oppose à Marx et au iMonde diplomatique/i : « iEn effet, la haine de l'Occident a été inventée essentiellement... en Occident. Les grands auteurs antioccidentaux sont européens, à commencer par Marx ; Fanon était français et Saïd parlait mieux anglais qu'arabe./i » Sur la pensée postcoloniale, Martel va plus loin encore : « iCe courant intellectuel ne pourra jamais être légitime ni pris au sérieux tant qu'il ne prendra pas en compte les dérives, et parfois les échecs, de la décolonisation./i » Et en fin d'entretien, le pompon :/p blockquote class="spip" pstrong- Sébastien Le Fol :/strong Le meilleur démenti à la détestation de l'Occident, ce sont les migrations, selon vous. Où vont les gens ? Dans les pays occidentaux encore bien souvent !/p pstrong- Frédéric Martel :/strong Observons avec bienveillance le chemin des migrants. Les peuples votent avec leurs pieds. […] L'Occident reste le principal modèle, la boussole des migrants./p /blockquote piLe Figaro/i ne pouvait pas passer à côté d'un tel ouvrage. C'est Eugénie Bastié qui se charge de la recension (15/04). Elle aussi a remarqué en Frédéric Martel un homme « ide gauche libérale/i », « iparticulièrement courageux/i » puisqu'il n'hésite pas à être d'accord avec elle, et, notamment, à dire du mal de la pensée postcoloniale : « iLa fabrique de l'ennemi occidental a servi de carburant idéologique et d'assurance-vie à des régimes autoritaires qui, de l'Algérie au Rwanda, se servent de la victimisation perpétuelle pour asseoir leur régime et exploitent sans vergogne la mauvaise conscience des Occidentaux. Avec la complicité d'intellectuels gauchistes participant à la haine de soi./i » « Victimisation », « mauvaise conscience », « intellectuels gauchistes », « haine de soi » : les items de la pensée automatique de droite sont cochés. Sur X, le journaliste Jean-Dominique Merchet ne s'y trompe pas, et commente, enthousiaste : « iMême s'il se revendique de gauche, le journaliste Frédéric Martel vient de publier un formidable livre de… droite !/i » Bastié regrette néanmoins que Martel n'assume pas plus fermement l'aspect « choc des civilisations » de son ouvrage. Et de conclure : « iUne civilisation peut mourir assassinée. Elle peut aussi mourir de ne plus savoir ce qu'elle est et d'où elle vient./i »/p /br h3 class='article_intertitres'« iLes amis de Monsieur Mélenchon/i » et le Venezuela/h3 p/brLa tournée médiatique de Frédéric Martel se poursuit et le voici invité des « Grandes Gueules » sur RMC (16/04), dans une ambiance que l'on a connu plus incisive. Dans la journée, quatre minutes de cet entretien vont être extraites par la radio pour faire un gros titre (et un article séparé) : « La révélation du jour - Frédéric Martel : "5 anciens ministres de Chávez m'ont dit qu'il avait financé, avec Maduro, des amis de Jean-Luc Mélenchon. Le parquet a été saisi pour financement illégal" ». Avec les « i8 ans d'enquête/i », les « i2 000 entretiens/i » et les « i52 pays/i », c'est l'autre emballage marketing du livre : celui-ci contiendrait des révélations sur un financement illégal « ide Mélenchon et ses amis/i » (c'est la formule que Martel emploie partout). Arrêtons-nous un instant sur le gros titre de RMC : « 5 anciens ministres de Chávez », « m'ont dit que », « des amis de Jean-Luc Mélenchon » : à un tel niveau d'imprécision, difficile d'appeler cela une information. La fin de la phrase confinerait presque à la désinformation : quand Frédéric Martel affirme que « ile parquet a été saisi pour financement illégal/i », il faut en fait comprendre qu'après avoir lu son livre, le député RN Julien Odoul a fait un courrier à la procureure de la République de Paris : « iJulien Odoul ne veut pas laisser passer/i, écrivait le iJDD/i le 3 avril, idans un courrier adressé à la procureure de la République de Paris, il évoque des éléments issus de l'ouvrage /iOccidents. Enquête sur nos ennemisi du journaliste et chercheur Frédéric Martel./i »/p pUn aspect des choses qui n'avait pas échappé au iPoint/i, qui avait dégainé dès a href="https://www.lepoint.fr/debats/de-melenchon-a-douguine-frederic-martel-devoile-les-reseaux-secrets-des-ennemis-de-loccident-K7U3GCCT2RA2PPWRCDQAX6YNJY/" class="spip_out" rel="external"le 1er avril/a : « De Mélenchon à Douguine : Frédéric Martel dévoile les réseaux secrets des ennemis de l'Occident ». Dans les « bonnes feuilles » publiées par le magazine se trouve le chapitre « L'argent du Venezuela », où l'on comprend qu'une partie des « révélations » de Martel ne sont pas si nouvelles, puisqu'elles reposent notamment sur le témoignage de l'opposant vénézuélien Rosmit Mantilla, exilé en France, et qui avait déjà formulé ses mêmes accusations contre Mélenchon (de façon tout aussi vague) dans une lettre ouverte publiée (déjà) par… iLe Point/i, a href="https://www.lepoint.fr/monde/rosmit-mantilla-monsieur-melenchon-avez-vous-une-conscience-29-01-2019-2289643_24.php" class="spip_out" rel="external"en 2019/a. Peu importe, Frédéric Martel aura compris que la presse était friande de cet aspect, qui permet de rapprocher le Hezbollah, Mélenchon, Xi Jinping, le régime algérien et Steve Bannon. Atlantico se saisit des « révélations » de Martel le 4 avril et se réjouit : « iLes emmerdes volent décidément en escadrille pour la mélenchonie qui, dans le sillage de la mort de de Quentin Deranque et des tribulations policières de Rima Hassan, devra peut-être faire face à sa propre affaire de financements libyens.../i » En réalité, comme le note a href="https://www.liberation.fr/idees-et-debats/le-cas-frederic-martel-enquete-sur-lintriguant-globe-trotter-des-idees-20260502_XJYMHIQ5KBEANJMCU4VZIDSIFA/" class="spip_out" rel="external"iLibération/i/a un mois plus tard (2/05), les accusations de Martel n'ont pas de bases matérielles : « iCette grave mise en cause, basée uniquement sur des déclarations sans s'appuyer sur des documents, interroge./i » Et le journal d'ajouter : « iSes détracteurs lui ont toujours trouvé une tendance à relier des points à la hâte pour confirmer ses thèses, à parfois préférer la légende à la réalité. Mais là, Martel voit les choses en grand : "C'est l'un des plus gros scandales de ces vingt dernières années"./i »/p pL'« enquête » de Martel intéresse jusque dans le journal confidentiel de Laurent Joffrin, LibreJournal, où l'on retrouve une autre recension particulièrement enthousiaste sous la plume de Bernard Attali (frère jumeau de). Avec ce passage édifiant : « iEn cherchant à expliquer l'Occident par les haines qu'il suscite, Martel finit par nous éclairer sur ce que nous sommes. Et ce que nous sommes, à cet instant du récit, c'est une civilisation qui, à force de s'interroger sur ses propres crimes historiques — réels, indiscutables —, a perdu le réflexe élémentaire de se défendre. L'autocritique, vertu libérale par excellence, s'est retournée contre elle-même : elle est devenue, dans certains cercles, une forme de capitulation anticipée./i » Un véritable cri du cœur que nous serions tentés de résumer ainsi : « Occident, défends-toi ! »/p /br centerstrong***/strong/center p/brPour vendre son livre, Frédéric Martel a réalisé une tournée audiovisuelle royale en avril : le 8, il est l'invité des « Matins » de France Culture (la radio qui l'emploie) ; le 10, il est l'invité de 9h30 sur BFM-TV, puis le soir sur « Quotidien » ; le 11, France Inter lui accorde une heure entière, chez Thomas Snégaroff ; le 12, il est sur Loopsider, face caméra ; le 16, il est aux « Grandes Gueules » (RMC) ; le 18, le voici sur Franceinfo ; le 25, sur CNews./p pUne telle surface médiatique donne l'occasion de dire pas mal de choses, mais, comme le veut l'exercice de la promotion, Frédéric Martel se répète souvent. Sur Loopsider, dans un format destiné aux réseaux sociaux, il fait néanmoins une déclaration qui permet de comprendre pourquoi son ouvrage a reçu un accueil si favorable : « iSi vous aimez ce livre, vous êtes de gauche. Et si vous n'aimez pas ce livre, vous êtes d'extrême gauche. Et c'est la même chose à droite./i » Avec son enquête « imonumentale/i », et comme adore le faire l'espace médiatique, Martel croit avoir redéfini « l'arc de la raison », en confondant toutes les critiques de « l'Occident » (lui-même confondu avec « la démocratie libérale »), qu'elles viennent de Poutine ou d'Algérie, du Hamas ou de Caracas, de Mélenchon ou d'Orbán. Face à tant de confusion, l'analyse critique n'était pas à l'ordre du jour – tout juste une enquête à demi-critique de a href="https://www.liberation.fr/idees-et-debats/le-cas-frederic-martel-enquete-sur-lintriguant-globe-trotter-des-idees-20260502_XJYMHIQ5KBEANJMCU4VZIDSIFA/" class="spip_out" rel="external"iLibération/i/a (2/05), qualifiant Martel de « iglobe-trotter des idées/i ». Devant un « igrand livre de droite/i », le rôle que se donne la presse dominante n'est pas d'analyser ou de décrypter ; mais de promouvoir et de prescrire./p p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« iLe chiffre peut paraître farfelu/i » écrit pudiquement a href="https://www.liberation.fr/idees-et-debats/le-cas-frederic-martel-enquete-sur-lintriguant-globe-trotter-des-idees-20260502_XJYMHIQ5KBEANJMCU4VZIDSIFA/" class="spip_out" rel="external"iLibération/i/a (2/05)./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spaniJack Lang : Une révolution culturelle - Dits et écrits/i, Bouquins, 2021./p /div/div
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« Affiche antisémite de LFI » : matrice d'un délire

jeu, 2026-04-30 10:41
div class='rss_chapo'pNous reproduisons un extrait de l'ouvrage de Marc Joly et Christian Savestre, iEn finir avec le déni/i, paru a href="https://anamosa.fr/livre/en-finir-avec-le-deni/" class="spip_out" rel="external"chez Anamosa/a le 16 avril 2026./p/div div class='rss_texte'/br h3 class='article_intertitres'Matrice d'un délire/h3 p/brNous prions le lecteur, la lectrice, de s'armer ici de patience. Il va en falloir pour aller au fond de cette affaire de l'« affiche antisémite de LFI ». Mais cela ne sera pas inutile : il n'est pas si courant d'assister au surgissement d'un délire collectif, à partir d'une matrice identifiable et en réponse à une nécessité vitale d'expulsion du stigmate elle-même compréhensible, à condition de se doter des bons outils. L'enquête sur ce genre de mécanisme de défense peut être perturbante, car il semble avéré par la clinique que l'organisation du transfert des affects négatifs a besoin, pour réussir, d'être alimentée par le sentiment d'un triomphe narcissique absolu sur l'objet utilisé comme dépotoir et repoussoir. Tout élément susceptible de contrarier si peu que ce soit un tel triomphe doit être repoussé, ce qui accroît l'invention délirante, jusqu'à ce que l'opération s'arrête net, du fait de ses contradictions insurmontables, pour laisser place à la conviction inébranlable d'avoir eu raison, d'avoir pris l'autre en défaut et de tenir enfin la preuve certaine, sécrétable par simple allusion, du caractère maléfique de l'ennemi haï./p p/bri11 mars 2025, vers 18 h 30 puis à 20 h 00/i. Afin de mobiliser pour une marche qui doit avoir lieu le 22 mars contre « le racisme et le fascisme » (celle-là même au cours de laquelle Frank Tapiro se convaincra d'avoir entendu chanter « À bas les juifs », ce qui participe d'un seul et même délire), La France insoumise met en ligne sur sa page Instagram deux visuels, qui représentent successivement l'animateur Cyril Hanouna et le journaliste Pascal Praud, principaux visages des médias du milliardaire catholique d'extrême droite Vincent Bolloré./p /br div class='spip_document_16518 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/matrice_1.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH292/matrice_1-7e3c4.png?1777538502' width='500' height='292' alt='' //a /figure /div p/brLes jours précédents, toute une série de visuels avaient été diffusés de la même manière dans la perspective de cette marche du 22 mars : 21 février (photo de Steve Bannon faisant un salut nazi) ; 23 février (photo d'Elon Musk exécutant également un salut nazi) ; 28 février (six visuels dénonçant l'extrême droite dans le monde, en France et ses relais médiatiques) ; 10 mars (trois visuels représentant Trump, Poutine et une colombe de la paix)./p /br div class='spip_document_16523 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/matrice2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L400xH493/matrice2-d26a7-780a7.png?1777538502' width='400' height='493' alt='' //a /figure /div centersmallL'un des six visuels diffusés par LFI a href="https://www.instagram.com/p/DGnmaRvKx_6/?img_index=1" class="spip_out" rel="external"le 28 février 2025/a./small/center p/bri11 mars 2025, 21 h 45/i. Le journaliste Jules Torres, chef de service au iJournal du dimanche/i et au iJDNews/i, mais aussi chroniqueur sur CNews et Europe 1 (autant dire qu'il est une pièce maîtresse des médias Bolloré), « tweete » un montage (sans en indiquer l'origine) qui place en vis-à-vis l'un de l'autre le visuel de LFI représentant Cyril Hanouna et une affiche du film de propagande nazi iLe Juif éternel/i./p /br div class='spip_document_16519 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/matrice_3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH282/matrice_3-b2bd9.png?1777538502' width='500' height='282' alt='' //a /figure /div p/brLe commentaire, insidieux, faussement interrogatif, se veut sobre : « À gauche, une affiche de propagande nazie pour le "Le Juif éternel" (1940), un film antisémite. À droite, une affiche de La France Insoumise visant Cyril Hanouna. Les mêmes ficelles visuelles pour désigner un ennemi. Jusqu'où iront-ils ? »/p pMettons-nous un instant à la place de la personnalité dirigeante de LFI ayant validé, entre autres, iles deux/i visuels représentant Cyril Hanouna et Pascal Praud. Pouvait-elle anticiper leur dissociation et le soupçon, qui pèserait sur l'un d'eux, d'avoir été généré à partir de mots-clés suffisamment orientés pour correspondre aux traits d'une caricature antisémite ? Devait-elle nécessairement, spontanément penser à l'iconographie antisémite nazie ? Cette personne et celle(s) en charge de concevoir lesdits visuels (et dont le tort est d'avoir utilisé pour ce faire une IA générative, Grok), même dotées d'honnêtes connaissances sur le IIIe Reich et la Deuxième Guerre mondiale, ipeuvent ne pas y avoir songé/i (ce n'est pas leur culture politique), leur impératif axiologique et pratique étant de dénoncer le rôle de la bollosphère dans la diffusion-normalisation des fantasmes de l'extrême droite./p p/bri11 mars 2025, vers 23 h 00/i. Le dessinateur Joann Sfar relaye sur ses réseaux sociaux le montage en question, et officialise, sous le coup de l'émotion, ce que le message de Jules Torres n'avait fait que suggérer :/p blockquote class="spip" pLFI puise désormais dans la pire tradition de l'imagerie antijuive pour sa communication. Pas une semaine ne passe sans que ce parti ne se vautre dans le harcèlement antijuif ou les dogwhistle antisémites. La question devient simple : Un parti antijuif a-t-il le droit d'exister dans l'espace républicain ? À ce jour quiconque refuse de voir est complice. Il existe des lois contre le racisme, l'antisémitisme et le harcèlement. Le programme LFI semble se résumer désormais au harcèlement des Français juifs. Merci d'éviter de m'écrire en commentaire qu'il s'agit d'une affiche de lutte contre l'extrême droite ou contre Hanouna. La dernière fois que ce genre d'image était sur les murs de Paris c'était sous Pétain ! LFI n'a plus rien à faire dans l'espace républicain. Ce parti est officiellement antijuif./p /blockquote pCe commentaire définitif se diffuse comme une traînée de poudre, et contribue à imposer l'idée selon laquelle LFI aurait intentionnellement « recyclé », sans contestation possible, une iconographie « antijuive » ou « typiquement antisémite », conformément à une stratégie du idog whistle/i qui consisterait à envoyer des messages apparemment anodins à une clientèle spécifique disposée à en déceler le contenu radical (en clair, ici, l'électorat musulman…). Les condamnations pleuvent ; la polémique enfle ; LFI retire le visuel incriminé./p p/bri12 mars 2025, 17 h 12, « On marche sur la tête » (Europe 1)/i. « C'est une caricature qu'ils ont faite, et une caricature qui nous ramène aux heures les plus sombres, bien entendu, et, pour moi, il n'y a aucun doute, c'est fait sciemment. Ils ont tenté le coup, comme d'habitude, […] ils font des tests, comme ça, mais sachez-le, ils ne le font pas par hasard, La France insoumise : ils savent qu'il y a une grande partie de leurs électeurs qui vont apprécier cela, ben oui », réagit Cyril Hanouna. Il ajoute que Pascal Praud est « une victime collatérale » : « Comme ils avaient fait l'affiche sur moi, où ils ont eu le temps de la travailler, qu'ils avaient fait ça depuis des jours et des jours, ils ont eu le temps de me caricaturer, et ils l'ont mise ; après, ils se sont fait taper sur les doigts sur les réseaux, donc ils se sont dit : "bon il faut sortir un autre mec, sinon on va dire qu'on est antisémites" ; ils se sont dit : "ben sortez Praud". Alors ils n'ont pas eu le temps de le caricaturer complètement, ils ont juste fait une bouche un peu bizarre […] c'est vite fait, et le pauvre Pascal s'est retrouvé sur les affiches. Donc voilà. [...] Je vous le dis : c'est vrai ». L'utilisation répétée du pronom personnel « ils » et de locutions comme « sachez-le » ou « je vous le dis » (courantes chez Hanouna) renforcent la logique de centration obsessive sur un objet dont les intentions maléfiques de longue main et la déloyauté des procédés sont pointées sans appel./p p/bri12 mars 2025, vers 20 h 30, « TPMP » (C8)/i. Avec calme, en plein triomphe narcissique, sûr de sa toute-puissance et de la malfaisance de l'objet honni, Cyril Hanouna prolonge dans son émission de C8 la même projection persécutive : « Ils ont grossi tous les traits, ils ont fait une caricature. […] Pascal Praud, il était même pas prévu dedans. [...] Aujourd'hui, on peut le dire : la LFI est clairement un parti antisémite. […] L'extrême droite, aujourd'hui, c'est l'extrême gauche ». Le transfert projectif est achevé. Le chroniqueur Gilles Verdez campe l'électeur de LFI inconséquent, veule et qu'« on ne peut pas respecter » (« on ne peut pas vous respecter », lui lance Hanouna). Tout en reconnaissant que LFI a produit une « affiche de la honte », « clairement antisémite », Verdez affirme vouloir continuer à voter pour ce parti et essuie les leçons de morale et les moqueries affligées de ses partenaires de jeu, qui ont le beau rôle. Hanouna lui fait subir sa traditionnelle séance d'humiliation publique : « Gilles Verdez, vous êtes une honte, vous êtes une honte, Gilles Verdez, vous êtes une honte, vous êtes une honte, et je le dis, et je le pense, vous êtes une honte, vous êtes une honte, Gilles Verdez, vous êtes une honte, vous savez très bien pourquoi je dis cela, vous êtes une honte, Gilles Verdez, vous êtes une honte, vous êtes une honte pour la France, vous n'aimez pas la France, vous n'aimez pas les Français, vous n'avez plus rien à faire dans ce pays, pour moi ! Quand on n'aime pas la France, on la quitte ! Excusez-moi, mais c'est vrai : quand on n'aime pas la France, on la quitte ! » Toute une vision du monde. « La prochaine étape, c'est le passage à l'acte », surenchérit le député du Rassemblement national Julien Odoul, présent sur le plateau./p p/bri14 mars 2025, 16 h 12/i. Un autre député du RN, Philippe Schreck, demande à ses équipes de tester une commande comportant le mot « juif » pour démontrer que LFI aurait bien voulu obtenir du logiciel Grok « le même résultat que celle [l'affiche] de Goebbels en 1935 ». Il rend public le « résultat » de leur « travail » sur son compte X et sur YouTube. C'est parfaitement grotesque./p p/bri14 mars 2025, vers 19 h 40, « Face à Philippe de Villiers » (CNews)/i. Le journaliste Eliot Deval introduit un nouveau chapitre, « Les affiches de la honte de LFI », de l'émission de CNews qu'il anime chaque vendredi autour de l'ex-député de Vendée Philippe de Villiers :/p blockquote class="spip" pstrongEliot Deval :/strong Autre sujet à présent Philippe de Villiers : La France insoumise a ciblé deux de nos confrères, deux de nos amis, à savoir Cyril Hanouna et Pascal Praud, à travers des affiches pour un rassemblement organisé le 22 mars prochain intitulé « Manifestations contre l'extrême droite, ses idées et ses relais ». Et ils ont été accusés – et vous voyez donc ces images – d'avoir emprunté pour représenter Cyril Hanouna des codes antisémites des années 1930. LFI a retiré ce visuel, mais n'a jamais présenté ses excuses ni exprimé le moindre regret./p /blockquote/br div class='spip_document_16520 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/matrice_4.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH231/matrice_4-d90c0.png?1777538502' width='500' height='231' alt='' //a /figure /div p/brContrairement à ce qu'on aurait pu attendre, ce ne sont pas ideux visuels/i – ceux représentant Cyril Hanouna et Pascal Praud – qui sont alors montrés aux téléspectateurs et téléspectatrices de CNews, mais, en plein écran, trois images, de gauche à droite : un portrait en noir et blanc de Cyril Hanouna, à propos iduquel aucune information n'est livrée/i ; le visuel incriminé de LFI ; une affiche du film « documentaire » iDer ewige Jude/i, réalisé en 1940 sous la supervision de Joseph Goebbels./p pPhilippe de Villiers prend ensuite la parole. Tout le temps que dure son intervention, les trois mêmes photos restent à l'écran et personne – ni lui, ni Eliot Deval, ni le journaliste Geoffroy Lejeune dont le rôle se limite à mettre en valeur le patriarche – ne fournit la moindre explication quant au choix éditorial consistant à les associer et, en particulier, quant au statut du portrait de gauche. Sa tirade a été soigneusement préparée :/p blockquote class="spip" pstrongPhilippe de Villiers :/strong Nous sommes devant en fait un antisémitisme historiquement référencé, puisque c'est le morphotype du juif éternel du film de Goebbels iLe Juif éternel/i. C'est aussi référencé avec le stéréotype du juif ploutocrate de la vieille gauche, en fait. On oublie qu'elle était profondément antisémite : Proudhon, Jaurès. C'est un antisémitisme qui est politiquement assumé. Un antisémitisme électoraliste. Un antisémitisme communautariste, pour aller chercher les voix dans les banlieues, c'est aussi simple que ça. C'est un antisémitisme qui est protégé, ignifugé, immunisé, c'est-à-dire qu'en fait la justice ne s'en occupe pas et la société médiatique le protège, c'est-à-dire on n'en parle pas. Et enfin, j'insiste là-dessus quand même, il y a des gens qui devraient être gênés : tous ceux qui ont fait l'alliance. C'est un antisémitisme d'appoint, pour les forces électorales qui ont besoin au deuxième tour des élections législatives de faire une alliance. C'est-à-dire que le camp du bien, il accepte ça ! [...] Le camp du bien contre le camp du mal, et le camp du bien, on a le droit d'être antisémite : voilà !/p /blockquote/br div class='spip_document_16521 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/matrice_5.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/matrice_5-a98dd.png?1777538502' width='500' height='281' alt='' //a /figure /div p/brPhilippe de Villiers mobilise un vocabulaire issu du bouillon idéologique de l'extrême droite – de l'idée d'hérédité et de déterminisme bio-racial suggérée par le terme « morphotype » à la dénonciation drumontienne de la « ploutocratie juive » – pour mieux l'attribuer projectivement à la gauche et briser ainsi tous les liens qui, dans son histoire, la rattachent au « camp du bien » (du combat d'un Jaurès pour l'innocence du capitaine Dreyfus à la résistance antifasciste). L'ancien député parachève ce transfert projectif en évoquant, la larme à l'oeil, le souvenir de son père, Jacques, lieutenant fait prisonnier par les Allemands en juin 1940 (internement plus présentable que la brève incarcération ultérieure de l'officier, pour cause de participation aux activités de l'OAS)span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Notons que Jacques de Villiers, maire d'un village vendéen de 1947 à 1983, a (…)" id="nh1"1/a]/span./p pMagie de la projection. Les sentiments et les visées existentielles de la partie qui projette sont vierges du passé de la collaboration et de Vichy, de toute idée de racisme, de tout soupçon de compromission historique avec le fascisme et l'antisémitisme nazi, c'est-à-dire avec « le camp du mal », puisque : le racisme, c'est les autres ; l'antisémitisme, c'est les autres ; le fascisme et le nazisme, c'est les autres ; Vichy, c'est les autres. « Les polémiques récurrentes sur les statuts d'insulteur et d'insulté : "la violence, c'est les autresspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Cédric Passard, « Introduction. Le théâtre politique de l'insulte », in C. (…)" id="nh2"2/a]/span" », que relève Cédric Passard dans le champ politique, doivent beaucoup à la systématisation par l'extrême droite et ses relais médiatiques, aux dépens de LFI, d'un mécanisme d'évacuation par projection de toutes les traces insupportables laissées par la collaboration avec le mal ultime, le nazisme hitlérien. Ce processus n'a cessé de gagner en intensité ces derniers temps et s'embarrasse de moins en moins de subtilité. « LFI, c'est la France insoumise ou la France de Vichy ? », interroge ainsi Frédéric Haziza sur Radio J, le 14 décembre 2025./p p/bri15 mars 2025/i. Jules Torres écrit dans les colonnes du iJournal du dimanche/i que « le mouvement de Jean-Luc Mélenchon s'enferre au mieux dans le déni, au pire dans la victimisation »./p p/bri16 mars 2025, 10 h 07, « Le Grand rendez-vous » (CNews)/i. La machine CNews élève d'un cran son activité de projection persécutive centrée sur LFI en soumettant à la question le coordinateur de celle-ci, Manuel Bompard./p /br div class='spip_document_16522 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/matrice_6.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/matrice_6-b2bdd.png?1777538502' width='500' height='281' alt='' //a /figure /div p/brLe même dispositif de visuels est utilisé. Il faut que le coordinateur de LFI reconnaisse publiquement la perception que lui prête comme si cela n'était pas discutable l'éditorialiste Mathieu Bock-Côté :/p blockquote class="spip" pstrong- Pierre de Vilno :/strong Vous allez voir à l'écran trois visuels, celui d'une photo de Cyril Hanouna non modifiée, votre affiche qui représente donc le visage de Cyril Hanouna modifié sur un fond noir et une affiche nazie des années 1930. Ma première question Manuel Bompard, c'est : qui a eu l'idée de fabriquer un tel visuel ?/p pstrong- Mathieu Bock-Côté :/strong Vous voyez cette affiche quand elle sort, avant de la diffuser, vous, je ne doute pas un seul instant que vous avez une culture historique. Vous voyez cette image avant qu'elle soit diffusée, vous vous dites : « mais bon Dieu, c'est le juif Süss ! », c'est une représentation nazie, je dis, vous vous rendez compte que l'intelligence artificielle a généré une image qui marque une proximité nette avec l'imaginaire nazi, ça vous le constatez avant de la diffuser ?/p pstrong- Manuel Bompard :/strong Quand je le constate, c'est au moment où ces différents visuels sont mis en comparaison […]./p pstrong- P de V :/strong Je parle des deux premières, les deux premières. Vous voyez bien que, là, c'est un portrait de Cyril Hanouna que vous pouvez retrouver sur Internet, qui n'est pas retouché…/p pstrong- M B :/strong Mais elle n'a pas été retouchée. Cessez de dire des choses qui sont inexactes !/p pstrong- P de V :/strong Mais vous venez de me dire qu'elle a été retouchée par l'intelligence artificielle…/p pstrong- M B :/strong Mais non elle n'a pas été retouchée, elle a été produite par de l'intelligence artificielle. Ça n'a aucun rapport : il n'y a pas de volonté de modifier volontairement des traits du visage./p pstrong- P de V :/strong Philippe Schreck qui a fait la manip sur Grok a dit que pour faire cette affiche il fallait utiliser le mot « juif » !/p /blockquote pOn remarquera que Manuel Bompard se garde d'évoquer le « portrait » non « retouché » d'Hanouna, malgré l'insistance de Vilno : sans doute a-t-il senti le piège dans lequel il s'agissait de l'entraîner en le faisant jouer au jeu scabreux des comparaisons (ce portrait pouvant précisément faire penser à… l'affiche de iDer ewige Jude/i, « documentaire » prisé aujourd'hui encore par des militants néonazis qui ne manqueraient pas de sortir de l'ombre si jamais l'extrême droite, la vraie, devait arriver au pouvoir)./p pEn bref, il y a ce que la simple logique (une logique psychosociale élémentaire) permet d'avancer : la jonction entre un réflexe sociocentrique (perception judéocentrée déterminée par une échelle particulière de référence, en la circonstance la mémoire traumatique de la Shoah) et une stratégie d'expulsion projective du stigmate d'antisémitisme mise en œuvre par l'extrême droite sur le dos de la gauche a contribué à ce qu'un montage qui, en d'autres temps, serait passé inaperçu ou aurait unanimement semblé grotesque ou pervers (voire antisémite en lui-même) soit reçu de manière absolument indiscutable comme la preuve des intentions évidemment « antisémites » d'un parti de gauche appelant à combattre l'extrême droite. Et il y a ce que l'enquête (une enquête elle-même élémentaire) a pu dans un second temps confirmer. Par l'entremise d'un ami, l'un d'entre nous a eu la possibilité de s'entretenir le 12 février 2026, à l'Assemblée nationale, avec une personnalité dirigeante de LFI. Nous pouvons certifier que le même prompt a été utilisé pour générer les visuels d'Hanouna et de Praud (du genre « Hanouna/Praud, visage méchant, agressif »)span class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Nous ne citons pas ce prompt précisément pour des raisons judiciaires." id="nh3"3/a]/span. Il va de soi que ledit prompt ne fait aucune référence aux origines juives d'Hanouna. Il a été décidé, à LFI, de ne plus produire de visuels représentant des visages de personnalités./p p/brstrongMarc Joly et Christian Savestre, iEn finir avec le déni/i, Anamosa, 2026, p. 45-56./strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanNotons que Jacques de Villiers, maire d'un village vendéen de 1947 à 1983, a fait mettre en berne le drapeau de sa mairie à la mort de Pétain, en juillet 1951. Voir Yves Hello, iVichy, collaboration, épuration en Vendée/i, La Crèche, Geste, 2015./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanCédric Passard, « Introduction. Le théâtre politique de l'insulte », iin/i C. Passard (dir.), iLes Usages politiques de l'insulte/i, Paris, Classiques Garnier, 2024, p. 18./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanNous ne citons pas ce prompt précisément pour des raisons judiciaires./p /div/div
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Les fruits et les fleurs de la concentration éditoriale

jeu, 2026-04-23 12:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH81/trahison-21fb7.jpg?1776938452' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt="" / div class='rss_chapo'pNous reproduisons un extrait actualisé et complété de iLa Trahison des éditeurs/i (Thierry Discepolo, Agone, 2023), paru il y a quelques jours a href="https://agone.org/les-fruits-et-les-fleurs-de-la-concentration-editoriale/" class="spip_out" rel="external"sur le site d'Agone/a./p/div div class='rss_texte'pLe 15 avril, Olivier Nora, PDG des éditions Grasset, propriété de Vincent Bolloré, a été limogé. Cette décision a provoqué la prise de conscience d'une centaine d'auteurs : leurs idées et leurs œuvres sont, depuis trois ans, la propriété de Vincent Bolloré. Et donc au service de son idéologie. Un pas de plus doit être fait : cette situation est une conséquence prévisible de la concentration qui, en France, fait d'un quarteron de patrons les maîtres de l'édition française./p pEn 2007, iLe Figaro/i offrait une série estivale sur les « grands éditeurs ». Ouverte avec Claude Durand (1938-2025), la définition qu'il y donnait de lui-même donnait en même temps une définition de son engeance : « Je suis un mercenaire, quelqu'un qui se vend mais qui est libre. » La série comptait aussi Olivier Nora./p pChez Hachette, Olivier Nora est ce qu'on doit appeler un « éditeur maison », pas seulement parce que son père, Simon Nora, fut directeur du groupe à la fin des années 1970. Après avoir fait ses classes au Bureau du livre français à New York au début des années 1990, Olivier Nora est nommé, en 1996, directeur général de Calmann-Lévy (propriété d'Hachette à 84 %), avant de recevoir la direction de Grasset en 2000, qui ne lui est pas reprise lorsqu'il succède à Claude Durand, deux ans après, à la direction de Fayard – où il est resté jusqu'en novembre 2013, quand il cède la place à Sophie de Closets, qui y restera jusqu'à sa nomination à la tête de Flammarion en juillet 2022. (Ce genre de ballet est emblématique de la population de PDG qu'emploient indifféremment les quatre principaux groupes éditoriaux français.)/p pQuand on lui demande quel est, selon lui, l'« âge d'or de la maison Grasset », le bon élève Olivier Nora mentionne la période 1910-1930, « particulièrement fertile », puis la « grande aventure de la littérature féminine à partir de la fin des années 1950 ». Il est vrai que, entre les deux moments de grâce, Grasset porte, sur son seul nom, une part notoire de la collaboration des éditions françaises avec l'occupant nazi. N'empêche, comme dit Olivier Nora, son fondateur, « Bernard Grasset, était un pur génie de l'éditionspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« Olivier Nora, le diplomate », Le Figaro, 27 juillet 2007 – sauf indication (…)" id="nh1"1/a]/span ». On a de ces pudeurs dans le monde des lettres françaises…/p pAprès une évocation du « caractère », du « passé » et de la « culture » des éditions Grasset, Olivier Nora précise sa vision d'une maison « forgée par son comité de lecture, où les écrivains sont majoritaires, [… et que les] auteurs se sont appropriée au point de souhaiter voir la rejoindre les écrivains qu'ils estiment » ; une maison où l'on prend « la chose littéraire au sérieux, [et dont l']héritage suinte des murs ». Etc. Etc./p pUne fois placée la légende, Olivier Nora retrouve ses marques. Car Bernard Grasset ne fut pas seulement condamné à la dégradation nationale à vie et à la confiscation de ses biens pour faits de collaboration. Ce « génie de l'édition » a plus innové dans la manière de faire parler des livres que dans la manière de les faire : metteur en scène de la « littérature » comme fétiche et de l'« auteur » comme produit, grand acteur dans le cirque du « vient de paraître », Grasset donna aux campagnes de presse et publicitaires une ampleur jusque-là inconnue. Innovant dans les opérations de communication, voire de harcèlement, ce « génie de l'édition » associe scandales, fausses annonces, faux chiffres de vente, etc. Pour ce Grasset-là, « tout s'achète : auteur, critique, public »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Roger Chartier et Henri-Jean Martin (dir.), Histoire de l'édition française. (…)" id="nh2"2/a]/span. Quand un journaliste rappelle, discrètement, à Olivier Nora ces temps (révolus) où, pour le dire franchement, « tous les moyens étaient bons » pour promouvoir les auteurs et qu'il lui demande : « Y a-t-il des méthodes que vous vous interdisez ? », sans tergiverser, l'« éditeur maison » déclare : « Je m'inscris totalement dans la filiation Grasset. Je pense que notre devoir quotidien, c'est de faire en sorte que nos auteurs soient lus par le maximum de lecteurs. »/p pLes gardiens de la plus pure tradition de la littérature française peuvent retourner à leurs chères bibliothèques. Sont assurées pour mille ans la qualité et la fidélité rendues par la maison qui a charge des œuvres, entre autres penseurs et écrivaines éternelles au service de l'humanité souffrante, de Bernard-Henri Lévy, Jean-Paul Enthoven et Pascal Bruckner, de Caroline Fourest, Frédéric Beigbeder et Michel Onfray, d'Alain Minc, Yann Moix et Patrick Poivre d'Arvor, d'Anne Sinclair, Laurent Joffrin, Claire Chazal et Laure Adler entre autres Arnaud Montebourg et Manuel Valls./p pAutant, avec Claude Durand, la légende poudrée des lettres françaises était à son aise. On y sentait même ce parfum de cire, d'ascension façon IIIe République et de vieux papiers indissociable des amitiés et des traîtrises littéraires. Autant, avec Olivier Nora, on le voit bien, c'est autre chose. Certains aspects rappellent le style décomplexé d'Arnaud Lagardère. Un effet de génération, sans doute. Mais aussi le côté héritier. Un autre héritage, bien sûr. Une version moins tapageuse. Apprécions à sa juste mesure le portrait ingénu qu'on fait d'Olivier Nora dans iLe Monde/i : « Grand, courtois, "le bel Olivier" qui séduisait tant les Américaines dégage une élégance aristocratique. […] Quand Valéry Giscard d'Estaing se déplace chez Grasset, […] il se rend aussi chez son petit cousin. Par sa mère, née Georges-Picot, Olivier Nora descend, comme l'ex-président de la République, de Louis XV. […] La politique, les débats d'idées, mais aussi le cinéma : à "Noraland", la propriété de famille des Yvelines où il aime à se retirer le week-end pour y lire ses manuscrits, crayon en main, on peut croiser ses amis d'enfance, des éditeurs, des auteurs, mais aussi les acteurs Sophie Duez ou Jean Reno. » Et comme Arnaud, le sport : Olivier jouerait au golf, lors de ses vacances aux États-Unis, avec l'ancien vainqueur de Roland-Garros Ivan Lendlspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Alain Beuve-Méry, « Olivier Nora, héritier des lettres », Le Monde, 10 avril (…)" id="nh3"3/a]/span./p pPar d'autres aspects, le « jeune commandeur des lettres » peut se prévaloir de ce qui se fait de mieux en matière de pedigree « aristocratie républicaine française » : fils du résistant Simon Nora (conseiller de Pierre Mendès France puis de Jacques Chaban-Delmas), il fut éduqué au lycée Henri-IV et à Normale-Sup. Une formation couvée par deux oncles : d'abord Pierre Nora, l'historien, académicien, directeur de collection chez Gallimard et de la revue iLe Débat/i – avec celui-ci, l'éditeur « entretient une connivence intellectuelle plus qu'une complicité humaine » ; ensuite François Furet, l'auteur de iPenser la Révolution française/i et « âme de la défunte Fondation Saint-Simon, [qui] a politiquement marqué l'éditeur »span class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Entre think tank à l'américaine et club de réflexion à la française, créée (…)" id="nh4"4/a]/span./p pOlivier Nora n'est pas seulement bien né. Il a aussi su garder des relations de jeunesse, comme Denis Olivennes. Ce dernier a l'avantage, pour un éditeur, d'avoir été patron de la Fnac puis du iNouvel Observateur/i, et PDG d'Editis depuis 2023. En novembre 2010, les deux vieux amis se sont encore rapprochés. Denis Olivennes a été lui aussi recueilli par le groupe Lagardère : placé à la tête d'Europe 1, du iJournal du dimanche/i et de iParis Match/i. Ensemble, les deux compères se seraient bâti « un réseau relationnel au Siècle, où Olivier Nora est parmi les siens, comme un poisson dans l'eau ». Les « siens », c'est-à-dire quelques centaines de membres qui composent l'élite du pouvoir en France, dont les dîners mensuels du Siècle huilent la socialisationspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire François Denord et Paul Lagneau-Ymonet, Le Concert des puissants, (…)" id="nh5"5/a]/span. Aux côtés de quelques confrères comme Claude Cherki (ex-Seuil), Odile Jacob, Teresa Cremisi (ex-Flammarion) ou Denis Jeambar (journaliste itinérant et PDG par intérim du Seuil), Olivier Nora pouvait surtout croiser au Siècle d'anciens ministres et personnalités politiques plus ou moins en activité ; de plus ou moins grands patrons et PDG ; toutes sortes de gens utiles à tout, comme Jacques Attali ou Alain Minc ; et bien sûr le meilleur du journalisme, ceux dont il est vain de citer les nomsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire François Denord, Paul Lagneau-Ymonet et Sylvain Thine, « Aux dîners du (…)" id="nh6"6/a]/span./p pSi jamais il y en a eu, tout danger de dissidence dans les maisons d'édition cornaquées par Olivier Nora est écarté. Ce qui est rassurant. Car à l'aube des années 2020, la conjugaison d'une concentration éditoriale galopante et d'une malheureuse transmission d'héritage entre Jean-Luc et Arnaud Lagardère livrait la maison Hachette aux mains de Vincent Bolloré. En mars 2021, un désaccord entre le milliardaire breton et Arnaud Nourry, le PDG du groupe, débouche sur son licenciement. Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus./p pUn an plus tard, un tollé accompagne l'accueil par Vincent Bolloré de Rubempré, maison fondée par Éric Zemmour pour lancer sa campagne avec son dernier livre, iLa France n'a pas dit son dernier mot/i. Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus./p pLa même année, Sophie de Closets quitte la présidence de Fayard. Éditrice peu remarquée de Philippe de Villiers et de son frère, Pierre, ancien chef d'état-major des armées, elle semblait pourtant prête à tenir la ligne du nouveau propriétaire. Mais elle aurait subi, de la part de Nicolas Sarkozy, ami d'Arnaud Lagardère et membre du conseil d'administration du groupe, des tentatives d'intimidations. De même qu'Olivier Nora, mais qui ne bouge pas, ses auteurs non plus./p pEn 2025, l'insolent succès des livres de Jordan Bardella, de Philippe de Villiers et de Nicolas Sarkozy parus chez Fayard scandalise les âmes sensibles. Olivier Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus./p pLe recrutement par Hachette de Boualem Sansal, qui fait la une des médias, s'accompagne d'une ingénue découverte de l'ampleur de son engagement à l'extrême droite, pourtant au cœur de son œuvre maquillée en littérature chez Gallimard depuis vingt ansspan class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Sur la réalité des prises de position de Boualem Sansal, lire Faris Lounis, (…)" id="nh7"7/a]/span. Le patron de Grasset explique au iMonde/i : « Je ne connais aucun confrère qui n'aurait accueilli Boualem avec reconnaissancespan class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Cité par Nicole Vulser, « Le limogeage d'Olivier Nora à la tête de Grasset (…)" id="nh8"8/a]/span. » (Nous devrions pouvoir présenter sans difficultés à Olivier Nora plusieurs confrères qui n'auraient jamais accueilli « Boualem ».) Le nouvel académicien est mis en scène comme une rock star lors des 200 ans d'Hachette au Palais Brongniart, à Paris ; et le 12 avril 2026, il affole ses anciens alliés en s'abouchant avec le baron du Puy-du-Fou en une du iJournal du dimanche/i. Olivier Nora ne bouge pas, ses auteurs non plus./p pLe soir du 15 avril où leur charismatique éditeur était viré, une centaine d'auteurs signe une lettre ouverte où ils refusent – avec au moins trois ans de retard –, que « nos idées et notre travail soient la propriété de Vincent Bolloré ». Toutes ces années, « par son élégance morale, sa disponibilité et son engagement », le corps d'Olivier Nora avait été « le rempart et le ciment » de leur maison (d'édition)span class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="« Grasset : l'intégralité de la lettre de départ et la liste des auteurs (…)" id="nh9"9/a]/span. La puissance de certaines illusions collectives n'est plus à démontrer. Ainsi toutes et tous ont-ils dû attendre qu'il leur prenne la main pour qu'ils prennent la porte./p pLe différend qui a provoqué le limogeage du grand éditeur fait l'objet de spéculations. Selon certains, on aurait imposé à Olivier Nora la date de publication du récit tant attendu de la détention de Boualem Sansal. Le premier proposait octobre et le second voulait juin. Intrusion inacceptable pour l'éditeur : « La question de la parution d'un livre relève de l'éditeur et pas de l'auteurspan class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="Ibid." id="nh10"10/a]/span. » (Est-ce bien sérieux ?)/p pSelon d'autres, Olivier Nora aurait refusé d'éditer le récit de voyage d'un certain Nicolas Diat, éditeur maison chez Hachette de Philippe de Villiers, de Jordan Bardella et coauteur du très réactionnaire cardinal Robert Sarah, iRome, objet d'amour/i, refourgué par Fayard./p pLe a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins/olivier-nora-vire-par-bollore-le-monde-de-l-edition-est-il-en-train-de-basculer-3932678" class="spip_out" rel="external"16 avril sur France Culture/a, un chœur de pleureuses vertueuses donnait, en hommage à Olivier Nora, une homélie sur les malheurs, non seulement de l'édition française, mais aussi « de notre démocratie et [de] la liberté de l'esprit qui est un élément de notre civilisation » – rien de moins ! Entre autres qualités dont a été paré l'éditeur licencié, celle d'avoir su « réunir des gens qui ne sont absolument pas d'accord entre eux, qui font tout l'échiquier politique ». Olivier Nora a-t-il perdu ses talents diplomatiques ? ou la place accordée chez Grasset aux auteurs réactionnaires était-elle déjà saturée ?/p pEn attendant d'en savoir plus, une question persiste : malgré toutes les raisons dont une seule aurait suffi à n'importe qui pour partir la tête haute, pourquoi Olivier Nora a-t-il si longtemps attendu que son patron le pousse dehors ?/p /br h3 class='article_intertitres'Post-scriptum/h3 p/brDans le a href="https://www.lejdd.fr/culture/exclusif-affaire-grasset-la-reponse-de-vincent-bollore-171828" class="spip_out" rel="external"iJDD/i du 19 avril/a, la réaction de Vincent Bolloré à la campagne médiatique autour du licenciement d'Olivier Nora donne une réponse à notre question, avec quelques éléments qui laissent penser que les raisons ont moins à voir avec une divergence idéologique qu'une décision économique : alors qu'entre 2024 et 2025 la rémunération annuelle du PDG de Grasset serait passée de 0,83 à 1,017 millions d'euros, le résultat opérationnel de sa marque aurait chuté de 1,2 à 0,6 millions d'euros. Ce ne serait pas la première fois que le PDG d'une marque de groupe éditorial maquille en grande cause son licenciement pour incompétence : ainsi, Hugues Jallon, recruté en 2018 à la tête du Seuil comme caution de gauche par le nouveau patron de Média-Participations, qui l'aurait viré six ans plus tard parce qu'il était… de gauche — en fait pour le remplacer par une employée plus rentable./p pAutrement dit, le pluralisme politique est requis (sinon toléré) s'il est compatible avec la rentabilité. Que baisse le profit et la bataille culturelle se durcit. On ne pouvait trouver affaire plus révélatrice de l'alliance entre fascisme et grand capital. Une alliance dont tous les autres groupes ne sont qu'une version maquillée : une seule alternative, l'édition indépendante./p p/brstrongThierry Discepolo/strongbr class='autobr' / Version actualisée et complétée d'un extrait de a href="https://agone.org/livre/la-trahison-des-editeurs/" class="spip_out" rel="external"iLa Trahison des éditeurs/i/a (2011, 2017, 2023)./p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« Olivier Nora, le diplomate », iLe Figaro/i, 27 juillet 2007 – sauf indication contraire, les citations qui suivent en sont extraites./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanRoger Chartier et Henri-Jean Martin (dir.), iHistoire de l'édition française. Le livre concurrencé (1900-1950)/i, Fayard-Cercle de la librairie, (1986) 1991, p. 142, 207-208./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanAlain Beuve-Méry, « Olivier Nora, héritier des lettres », iLe Monde/i, 10 avril 2009 – les citations des deux paragraphes suivants en sont extraites./p /divdiv id="nb4" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanEntre think tank à l'américaine et club de réflexion à la française, créée dans le but de faire se rencontrer les mondes de l'entreprise et de l'université en dépassant les oppositions droite-gauche, la Fondation Saint-Simon est impulsée en décembre 1982 par les historiens François Furet, Emmanuel Le Roy Ladurie, Pierre Nora et Pierre Rosanvallon, le technocrate Simon Nora, l'affairiste Alain Minc et le patron de Saint-Gobain Roger Fauroux. (Lire Vincent Laurent, « a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1998/09/LAURENT/4054" class="spip_out" rel="external"Les architectes du social-libéralisme. Enquête sur la Fondation Saint-Simon/a », iLe Monde diplomatique/i, septembre 1998.)/p /divdiv id="nb5" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanLire François Denord et Paul Lagneau-Ymonet, iLe Concert des puissants/i, Raisons d'agir, 2016./p /divdiv id="nb6" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanLire François Denord, Paul Lagneau-Ymonet et Sylvain Thine, « a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2011/02/DENORD/20132" class="spip_out" rel="external"Aux dîners du Siècle, l'élite du pouvoir se restaure/a », iLe Monde diplomatique/i, février 2011./p /divdiv id="nb7" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanSur la réalité des prises de position de Boualem Sansal, lire Faris Lounis, « a href="https://agone.org/un-cadavre-de-la-colonisation-immortalise-par-lacademie-francaise/" class="spip_out" rel="external"Un cadavre de la colonisation immortalisé par l'Académie française/a », Antichambre, 17 avril 2026./p /divdiv id="nb8" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanCité par Nicole Vulser, « a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/15/le-limogeage-d-olivier-nora-a-la-tete-de-grasset-confirme-la-reprise-en-main-de-l-edition-par-vincent-bollore_6680200_3234.html" class="spip_out" rel="external"Le limogeage d'Olivier Nora à la tête de Grasset confirme la reprise en main de l'édition par Vincent Bolloré/a », iLe Monde/i, 15 avril 2026./p /divdiv id="nb9" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /span« a href="https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/04/16/grasset-l-integralite-de-la-lettre-de-depart-et-la-liste-des-115-auteurs-signataires-qui-quittent-la-maison-d-edition_6680470_3234.html" class="spip_out" rel="external"Grasset : l'intégralité de la lettre de départ et la liste des auteurs signataires qui quittent la maison d'édition/a », iLe Monde/i, 16 avril 2026./p /divdiv id="nb10" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spaniIbid./i/p /div/div
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Quand la guerre au Proche-Orient est racontée dans la langue de ceux qui la mènent

mer, 2026-04-22 09:36
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/langageguerre-0f127.png?1776843411' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" / div class='rss_chapo'pNous publions, sous forme de tribune, un texte du politiste franco-libanais Ziad Majed. Il est l'auteur, notamment, de l'ouvrage iLe Proche-Orient, miroir du monde/i (a href="https://www.editionsladecouverte.fr/le_proche_orient_miroir_du_monde-9782348089732" class="spip_out" rel="external"La Découverte, 2025/a)./p/div div class='rss_texte'pDepuis le 7 octobre 2023, une part importante de la couverture médiatique audiovisuelle française de la guerre israélienne à Gaza, puis de la guerre au Liban, a révélé une incapacité à informer avec justesse, et une crise plus profonde des catégories à travers lesquelles le Proche-Orient est rendu intelligible./p pCe qui s'est imposé dans une majorité de chaînes de télévision n'est donc pas seulement un biais politique rédactionnel, une asymétrie compassionnelle ou une hiérarchie des urgences. C'est une véritable reconfiguration du regard. Le récit israélien de la guerre et sa terminologie militaire ont été adoptés, puis se sont progressivement soustraits à l'histoire, aux sciences sociales et au droit international./p pDès lors, les sociétés visées par les « opérations israéliennes » ont cessé d'apparaître comme des mondes habités, traversés par des rapports sociaux, des mémoires, des institutions, des aspirations, ainsi que par des expériences individuelles et collectives. Elles sont devenues des espaces d'interventions « chirurgicales », des terrains de manœuvre, des cartes saturées d'objectifs et de risques. La conséquence d'un tel déplacement fut décisive : en substituant au politique un commentaire froid, cette couverture ne s'est pas contentée d'appauvrir l'analyse, elle a contribué à rendre acceptables des formes extrêmes de violence et de criminalité./p /br h3 class='article_intertitres'La terminologie biaisée/h3 p/brL'un des symptômes de cette dérive réside dans la place accordée à la technologie militaire. Les chaînes d'information en continu, mais aussi une partie des émissions de débat, ont abondamment commenté les capacités de renseignement israéliennes, les systèmes de surveillance, la « précision » des frappes, l'efficacité supposée des « éliminations ciblées », la qualité des interceptions ou encore l'ingéniosité des opérations clandestines./p pCette focalisation fascinée n'a rien d'anodin. Elle a produit un effet de décentrement : au lieu d'appréhender la guerre à partir de ses conséquences humaines, elle a saisi certains de ses épisodes à travers les moyens de leur mise en œuvre. Le regard s'est fixé sur les instruments, sur les écrans, sur les images aériennes, sur les performances techniques. La destruction elle-même a fini par être perçue comme le résultat d'une opération maîtrisée, et non comme un possible crime de guerre et comme une catastrophe sociale./p pLe détour par la technique a instauré une distance morale autant qu'intellectuelle. Il a permis de parler pendant de longues minutes d'une « frappe » sans jamais évoquer les corps qu'elle déchire, les familles qu'elle disperse, les logements qu'elle pulvérise, les écoles et les hôpitaux qu'elle met hors d'usage./p pÀ cette esthétisation technicienne répond une mutation du langage. L'une des caractéristiques les plus frappantes de la couverture audiovisuelle a été la reprise quasi immédiate du vocabulaire produit par les appareils militaires israéliens. Les termes d'« élimination », de « neutralisation », de « cible », de « nettoyage », de « zone tampon », de « bastion terroriste » ou encore de « dommage collatéral » ont circulé avec une remarquable aisance, comme s'ils relevaient d'un registre descriptif ordinaire. Or ce lexique n'a rien d'innocent. Il n'informe pas seulement sur la guerre ; il en réorganise la perception. Il substitue des résultats à des morts, des secteurs opérationnels à des quartiers en ruine. Il déplace l'attention des victimes palestiniennes et libanaises vers la rationalité supposée de l'action armée israélienne. Une telle langue euphémise l'atroce, l'inscrit dans un horizon de nécessité et en atténue la portée morale./p pPlus encore, elle en occulte la qualification politique et juridique. Dès lors que des immeubles résidentiels deviennent des « cibles », que des civils tués deviennent des « boucliers humains » et que des territoires ravagés deviennent des « zones sécurisées », la guerre cesse d'apparaître comme un problème de responsabilité pour se présenter comme un problème de gestion. Ce langage ne décrit pas simplement la réalité, il la reformule de manière à la rendre supportable. Et la présence régulière du porte-parole francophone de l'armée israélienne sur les plateaux ou dans les bulletins d'information, comme celle a href="https://www.acrimed.org/Dans-l-audiovisuel-un-tapis-rouge-pour-l"de l'ambassadeur israélien/a à Paris, souvent seul et sans contradiction, a offert un accès direct à la propagande israélienne, lui permettant de se déployer et de s'adresser librement aux téléspectateurs./p /br h3 class='article_intertitres'Entre déshumanisation et invisibilisation/h3 p/brC'est dans cet espace discursif que s'opère la déshumanisation. Encore faut-il s'entendre sur le sens du terme. Déshumaniser ne consiste pas seulement à minorer la souffrance ou à manquer d'empathie. Il s'agit d'un processus par lequel des individus et des groupes se voient dépouillés des attributs qui les inscrivent dans l'horizon commun de l'égalité humaine. Déshumaniser, c'est remplacer la personne par une catégorie, et la biographie par un chiffre. C'est faire en sorte que certaines victimes, israéliennes, soient racontées à travers leurs histoires, leurs liens, leurs noms et leurs visages, leurs projets interrompus, tandis que d'autres, palestiniennes ou libanaises, soient fondues dans des bilans, des controverses statistiques ou des soupçons automatiques. Certaines vies appellent spontanément le deuil et la solidarité, d'autres doivent d'abord prouver qu'elles méritent d'être reconnues comme pleinement humaines. La déshumanisation constitue un mécanisme raciste central dans les situations de violence extrême. Car elle rend possible ce qui, sans elle, apparaîtrait comme insoutenable. Elle prépare les esprits à accepter que des populations entières soient bombardées, déplacées, affamées ou traitées comme un problème logistique./p pCe phénomène se mesure aussi à travers les mots qui manquent. Le problème de la couverture audiovisuelle dominante ne tient pas seulement aux termes employés, mais à ceux qu'elle écarte, retarde ou entoure de précautions « disproportionnées ». Des notions telles qu'occupation, colonisation, blocus, impunité, apartheid, nettoyage ethnique, crime de guerre, crime contre l'humanité et crime de génocide ont trop souvent été traitées comme des formulations suspectes, immédiatement renvoyées au militantisme, alors qu'elles relèvent d'abord de cadres historiques, juridiques et analytiques indispensables. Une langue qui renonce à nommer l'occupation empêche de comprendre la structure du rapport de domination. Une langue qui tait la colonisation efface la continuité de la dépossession territoriale. Une langue qui récuse d'avance toute discussion sur l'apartheid s'interdit de penser la dimension institutionnelle de la discrimination et de la violence. Quant à la négation des crimes israéliens, notamment du crime de génocide, pourtant invoqué par la grande majorité des organisations internationales, des juristes et des experts du sujet, elle constitue le véritable militantisme pro-israélien adopté par certains médias dans leur volonté affichée de nier ou de relativiser les crimes d'Israël. Car ce qui n'est pas nommé demeure difficile à penser, et ce qui demeure difficile à penser devient plus facile à tolérer./p /br h3 class='article_intertitres'Le recul des sciences sociales/h3 p/brCette réduction du vocabulaire disponible s'inscrit aussi dans un contexte plus large : le recul des sciences sociales dans l'espace médiatique. Là où l'on attendrait des éclairages sur les configurations étatiques, les trajectoires historiques, les économies politiques et les mémoires collectives, les formes de mobilisations et les structures ou les effets sociaux des conflits, se déploie trop souvent une expertise de flux, rapide, interchangeable, portée vers les diagnostics simplificateurs et approximatifs. Elle laisse prospérer un culturalisme paresseux qui présente le Proche-Orient comme un espace naturellement voué à la violence, travaillé par des passions irrationnelles ou prisonnier de haines immémoriales. Une telle lecture n'est pas seulement pauvre, elle est idéologiquement fonctionnelle. Elle dispense d'examiner les politiques d'occupation, les effets différenciés de la guerre et les formes concrètes d'impunité. Elle remplace l'histoire par l'essence, la domination par la culture, et les structures politiques par des identités supposées closes sur elles-mêmes./p pDepuis le 7 octobre 2023, cette tendance culturaliste s'est articulée à une droitisation plus générale du débat public français. Le cadrage sécuritaire s'est imposé avec d'autant plus de force que les acteurs armés opposés à Israël étaient aisément rabattus sur l'étiquette du terrorisme. Que ces organisations soient islamistes ou armées a suffi, dans une grande partie du commentaire, à étendre à l'ensemble des territoires et des populations palestinienne et libanaise une lecture dans laquelle la guerre israélienne apparaissait d'abord comme une réponse légitime à une menace. Dans cette logique, la destruction israélienne des hôpitaux, des écoles, des ponts, des centrales électriques et des lieux de culte, le meurtre de médecins, d'enseignants et de journalistes, le déplacement forcé de populations, la politique de la famine, le blocus interdisant le passage de médicaments et de nourriture d'enfants, la torture des prisonniers, et les violations répétées du droit international, ont été relégués à l'arrière-plan. Le terme de terrorisme a ainsi été transformé en opérateur général de justification. Il a contaminé le regard porté sur Gaza et le sud du Liban, autorisant une lecture où la société disparaît derrière « l'ennemi barbare », et où la population civile se trouve insensiblement absorbée dans un environnement réputé hostile./p pLe cas du Liban est particulièrement révélateur des ravages de ce schéma. Car si les Palestiniens, notamment à Gaza, subissent depuis des décennies un culturalisme et une déshumanisation qui se sont manifestés lors des guerres précédentes, en 2008, 2012, 2014 et 2021, les Libanais pouvaient se croire à l'abri, au vu du souvenir d'un traitement considéré comme plutôt objectif par les médias français jusqu'en 2006. Réduire la guerre israélienne dévastatrice, qui a fait plus de 2 000 morts, 7 000 blessés et plus d'un million de déplacés, à « une riposte d'Israël au terrorisme du Hezbollah », revient à effacer presque tout ce qui fait la spécificité de la situation. Et considérer le Hezbollah exclusivement comme un mouvement terroriste justifiant « l'opération » israélienne interdit de saisir ce qui fait de lui un acteur enraciné dans une histoire particulière, liée à l'occupation israélienne du Sud-Liban, commencée en 1978, soit cinq ans avant la création du Hezbollah, à des formes d'encadrement social, à une base militante, à des rapports de force confessionnels internes, à une relation organique avec l'Iran, à un effondrement économique durable et une crise profonde de l'État libanais et à des mémoires de guerre encore vives. Comprendre cela permet de penser le Liban autrement que comme un théâtre vide offert aux narratifs israéliens./p /br h3 class='article_intertitres'La censure et l'autocensure/h3 p/brÀ tout cela s'ajoute la question de la censure, qu'il faut entendre dans un sens large. Il ne s'agit pas seulement d'interdictions explicites ou de décisions institutionnelles spectaculaires. La censure relative à Israël, au génocide à Gaza et à la destruction, officiellement annoncée, de dizaines de villes et de villages libanais, opère aussi par atmosphère, par intimidation diffuse, par délégitimation préventive et par instrumentalisation menaçante de la lutte contre l'antisémitisme. Certains mots deviennent coûteux, certaines solidarités interdites. Il se crée ainsi un espace public où la prudence ne consiste plus à être rigoureux, mais à éviter ce qui dérange un ordre dominant. Cette contraction du dicible affecte les médias, l'université, les institutions culturelles et les lieux de production du savoir./p pElle se redouble d'un autre phénomène : le contrôle de la visibilité elle-même. Lorsqu'un territoire bombardé est fermé à la presse internationale, lorsque les journalistes locaux paient un tribut humain exorbitant, plus de deux cents tués à Gaza, six au Liban, pour documenter la guerre, lorsque les images sont filtrées, contextualisées par les seules sources militaires ou soumises à des conditions drastiques de circulation, ce n'est pas seulement l'information qui est entravée. C'est la structure même de la preuve qui est modifiée. Le témoignage des victimes devient plus facile à relativiser et la narration de la guerre se trouve partiellement confisquée par ceux qui la mènent./p pUne telle configuration interdit de comprendre ce que l'histoire de la région montre pourtant avec constance : ni les invasions ni la force brute d'Israël ne produisent de stabilité. En Palestine comme au Liban, l'effacement du temps long permet de présenter chaque séquence de violence comme un commencement absolu, alors qu'elle s'inscrit dans des continuités anciennes d'agressions et d'impunité./p p/brstrongZiad Majed/strong/p/div
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Appel des 30 ans d'Acrimed : Transformer les médias, une urgence démocratique !

lun, 2026-04-20 07:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH87/30_ans-5b37b.jpg?1776672966' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt="" / div class='rss_chapo'pÀ l'occasion de ses 30 ans, l'association Acrimed publie un Appel, en écho à l'« a href="https://www.acrimed.org/Appel-pour-une-action-democratique-sur-le-terrain-des-medias-1996"Appel pour une action démocratique sur le terrain des médias/a » de 1996./p/div div class='rss_texte'pDepuis 30 ans, les médias dominants confirment et aggravent jour après jour leur rôle de gardiens de l'ordre néolibéral et autoritaire. L'emprise des industriels milliardaires et le poids des logiques commerciales ont appauvri l'information de manière considérable. Dans les médias privés comme de service public, l'enquête et le reportage sont de plus en plus sacrifiés sur l'autel de l'éditorialisme et du commentaire permanent. De la presse écrite à l'audiovisuel, un petit nombre de journalistes vedettes monopolisent la parole, concentrent le pouvoir éditorial et les gratifications symboliques, tandis que les inégalités se creusent avec les journalistes au bas de l'échelle dont les conditions de travail se précarisent./p pChoix d'agenda, hiérarchisation et cadrages de l'information, marques de (dé)légitimation : imposées par le haut et trop souvent à sens unique, ces pratiques journalistiques pèsent lourd dans la construction de « l'actualité ». Elles sapent les conditions d'expression et de représentation des classes populaires et de la gauche partisane, syndicale, associative et intellectuelle ; elles défigurent les luttes sociales, écologistes, féministes et antiracistes. Dirigés et verrouillés par des chefferies sociologiquement solidaires des intérêts des classes dirigeantes, les médias dominants sont à cet égard des acteurs de l'asphyxie du débat public, renforcée par la normalisation de l'extrême droite et la diabolisation des mouvements d'émancipation./p pParce que les fondamentaux journalistiques sont aujourd'hui régulièrement balayés au profit d'un prêt-à-penser fondé sur une accumulation d'idées reçues et de représentations frauduleuses du monde social et politique, les grands médias participent activement à l'effondrement démocratique. Le journalisme politique et sa focalisation, à grand renfort de sondages, sur les aspects les plus superficiels de la vie politique joue un rôle délétère. Le traitement des questions internationales en général et du génocide des Palestiniens à Gaza, en particulier, exacerbe ce grand dérèglement./p pCes phénomènes n'ont rien d'une fatalité. Trente ans après la fondation de l'association Action-Critique-Médias (Acrimed), le 29 mars 1996, nous, lecteurs et lectrices, sympathisants et sympathisantes, camarades, membres et ex-membres d'Acrimed, nous réjouissons de constater que la question médiatique est, aujourd'hui, devenue un enjeu politique incontournable au sein des mouvements d'émancipation. La bataille est plus que jamais d'actualité. Nous appelons en conséquence à soutenir les actions d'Acrimed et à partager son combat pour une réappropriation démocratique des médias, contre la marchandisation de l'information, de l'édition et de la culture. Lutter contre la concentration et la financiarisation des médias, permettre l'indépendance des rédactions, libérer l'audiovisuel public des emprises politiques et commerciales et soutenir les médias indépendants relèvent de l'urgence démocratique./p /br h3 class='article_intertitres'Signataires/h3 p/brstrongLe collectif d'animation et la rédaction d'Acrimed/strong · strongSarah Abdelnour/strong (sociologue) · strongGilbert Achcar/strong (sociologue) · strongBruno Amable/strong (économiste) · strongJoseph Andras/strong (écrivain) · strongOlivier Azam/strong (réalisateur) · strongGilles Balbastre/strong (réalisateur) · strongLudivine Bantigny/strong (historienne) · strongLucie Barette/strong (autrice et chercheuse en Langue et littérature françaises) · strongPierre-Emmanuel Barré/strong (humoriste) · strongAllan Barte/strong (dessinateur) · strongHicham Benaissa/strong (sociologue) · strongSoumaya Benaissa/strong (journaliste) · strongMarie Bénilde/strong (journaliste) · strongJudith 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1er mai : les éditorialistes veulent « libérer le travail »

ven, 2026-04-17 18:17
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/barbier_1er_mai-4b062.jpg?1776672966' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" / div class='rss_chapo'pAutoriser le travail le 1er mai pour certaines professions ? L'éditocratie soutient l'idée avec enthousiasme./p/div div class='rss_texte'pC'est ce que les journalistes appellent « un marronnier ». Comme (presque) chaque année, une proposition de loi visant à autoriser le travail le 1er mai a été mise sur la table ; et comme (presque) chaque année, une grande partie de la presse a soutenu l'idée. Cette fois, la tentative émane d'une proposition de loi LR reprise par Gabriel Attal, soutenue par le gouvernement, et examinée à l'Assemblée nationale le 10 avril. C'est le journal iL'Opinion/i qui avait ouvert le feu, dès le 27 mars, avec un article de première page : « Attal veut autoriser le travail le 1er mai et séduire les patrons ». Gabriel Attal « ia un coup en tête/i », explique le journal : « iFaire adopter une proposition de loi qui autorisera le travail le 1er mai pour certaines professions./i » iL'Opinion/i se réjouit de cette volonté de « ilibérer le travail/i » (sic), mais prévient : « iLe sujet est aussi controversé que porteur./i »/p pPour s'assurer des bonnes dispositions de « l'opinion » – ou en fabriquer une sur mesure –, la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) commande alors un sondage ; c'est iLa Tribune Dimanche/i qui se charge de le relayer (5/04) : « iLes Français souhaitent en majorité travailler le 1er-Mai./i » Le sondage est présenté comme « iexclusif/i » et figure en manchette à la Une du journal, qui se permet de simplifier encore la formule pour être plus accrocheur : « Les Français veulent travailler le 1er mai ». Dans le papier qui présente les résultats, le micro est tendu au commanditaire de l'étude, Amir Reza-Tofighi, président de la CPME : « iComme nous le pressentions, ils sont très majoritairement pour/i », se réjouit-il. Où la dialectique entre un institut de sondage et son client se dévoile : à travers une question orientée et simplifiant les enjeux à l'extrêmespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="La question adressée par le sondage était la suivante : « Seriez-vous (…)" id="nh1"1/a]/span, veuillez nous confirmer ce que « inous pressentions/i » ; aidez-nous à co-construire dans l'espace public cette opinion que nous avons déjà, en lui donnant un vernis scientifique./p /br div class='spip_document_16509 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage_manchette_et_titres.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH260/montage_manchette_et_titres-ea5ac.jpg?1776672966' width='500' height='260' alt='' //a /figure /div p/brCela suffit comme souvent à bluffer une bonne part du champ journalistique. Le sondage OpinionWay est instantanément repris un peu partout : iSud Ouest/i (5/04), BFM-TV (5/04), RMC (6/04), iL'Opinion/i (10/04), iL'Indépendant/i (13/04), Le HuffPost (13/04), Sud Radio (14/04), etc. Sur la base de cette « étude » qu'ils prennent au sérieux, les éditorialistes se sentent autorisés à se faire la voix du peuple qui, pour une fois croient-ils, converge avec celle du pouvoir : « iNombre de travailleurs veulent travailler le 1er mai/i, assure Christophe Barbier sur LCI (13/04), ilaissons les professions décider sur la base du volontariat ! La réforme proposée par le gouvernement, c'est pas obliger les gens !/i » L'occasion était trop belle pour ne pas tirer à vue sur « iles professionnels du syndicalism/ie », lesquels ont fait du 1er mai un « itotem/i » « isacré/i » et iraient à l'encontre de la volonté des travailleurs, que Barbier, armé de son sondage, connaît mieux que personne./p /br h3 class='article_intertitres'« iL'État français vous interdit […] de gagner votre vie une journée par an/i »/h3 p/brIl n'est pas le seul éditocrate à gloser sur le travail du 1er mai… et encore moins sur les désirs supposés « des-Français ». Dès le 6 avril, au lendemain de la publication du fameux sondage, c'est la « voix de droite » de RMC, Louis Sarkozy, qui s'y met, avec la finesse qu'on commence à lui connaître. La théâtralisation se joue dans un tango parfaitement maîtrisé avec le présentateur, Matthieu Belliard, qui pose dès le lancement les résultats du sondage d'opinion comme un fait incontestable :/p blockquote class="spip" pstrong- Matthieu Belliard :/strong Près de 3 Français sur 4 qui veulent pouvoir bosser le 1er mai, c'est le résultat d'un sondage commandé par la CPME pour iLa Tribune Dimanche/i. Fleuristes et boulangers n'ont pas le droit de faire travailler leurs salariés […]. Vous, Louis, ça vous révolte ?/p pstrong- Louis Sarkozy :/strong Matthieu, j'aime mon pays. Je l'aime profondément. Mais parfois il est l'hôte d'une bêtise, d'un non-sens stratosphérique. Nous sommes en 2026 et l'État français vous interdit physiquement et juridiquement de gagner votre vie une journée par an, même si vous le voulez, même si vos employés sont d'accord, même si vos clients le demandent, même si le pays en a besoin… mais c'est désespérant !/p pstrong- Matthieu Belliard :/strong Mais ce jour férié c'est une conquête sociale, et puis par ailleurs c'est un jour férié historique !/p pstrong- Louis Sarkozy :/strong Mais quelle importance, Matthieu ? Regardez ce qui arrive à nos artisans ! L'année dernière en Vendée, cinq boulangeries ont été « raidées » par l'inspection du travail comme s'il s'agissait de repères de trafiquants… Les points de deal, on n'y touche pas, mais le vendeur de pain le 1er mai mobilise des dizaines de fonctionnaires ?/p /blockquote pInterdiction de se moquer…/p pPendant dix jours, journalistes et éditorialistes vont ainsi se relayer pour mettre à l'agenda médiatique cette idée originale. Le 6, Estelle Denis en fait l'un des sujets de son émission sur RMC (« Estelle Midi ») : « iLes Français ont tranché !/i affirme-t-elle sur la base du sondage de la CPME. iTravailler le 1er mai, c'est un grand oui !/i » Ce n'est plus seulement une mesure (bancale) de l'opinion, mais le résultat d'un vote formel, presque d'un référendum, « iles Français ont tranché/i ». Le 7, c'est Alba Ventura qui s'y colle sur TF1, dans la matinale de Bruce Toussaint : « Travailler le 1er mai… si je veux ! » Tous les mots-clés sont lancés : « isouplesse/i », « iliberté/i », « ibâton dans les roues/i » des petits commerçants, « ilutte complètement dépassée/i » des syndicats… Pour appuyer sa démonstration, Alba Ventura cite elle aussi le sondage de la CPME : « iVous savez Bruce, c'est rare qu'un sondage soit aussi unanime […] : tout le monde dit oui !/i » Le même jour (7/04), le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou se rend sur CNews, face à une Laurence Ferrari conquise par l'idée./p pQuand elle n'est pas le sujet d'un édito ou d'une interview politique, la question « faut-il autoriser le travail le 1er mai ? » se retrouve au cœur d'un débat de plateau. C'est ce qu'organise l'émission « C à Vous » le 7 avril (France 5). C'est aussi le sujet du débat d'Anne-Sophie Lapix deux jours plus tard sur RTL (9/04) : « Faut-il que les salariés travaillent le 1er mai ? ». Ou encore celui d'Éliot Deval sur Europe 1 (10/04) : « iC'est incroyable que dans un pays qui souffre d'un manque de travail, on ne permet [sic] pas aux gens de travailler./i » La radio du groupe Bolloré va d'ailleurs s'illustrer par un matraquage de grande ampleur, avec pas moins de 21 entrées sur le site à ce sujet entre le 10 et le 14 avril. Mention spéciale pour les éditos de Christine Kelly, qui s'est surpassée en matière de titraille : « Pourquoi la gauche veut-elle continuer d'interdire aux Français courageux de travailler le 1er mai ? » (13/04) Ou encore : « Contrôles, amendes : le 1er mai est-il devenu le jour du racket des petits commerçants ? » (14/04). Sur BFM-TV aussi, le débat est posé par Marschall et Truchot en des termes choisis : « 1er mai : le diktat du repos obligatoire ? » (14/04)/p /br div class='spip_document_16510 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/diktat_repos_obligatoire.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/diktat_repos_obligatoire-58c49.jpg?1776672966' width='500' height='281' alt='' //a /figure /div p/brCe plateau-ci est l'occasion d'une autre figure classique du journalisme de classe, le traquenard organisé contre un représentant de gauche : le sénateur communiste Fabien Gay se retrouve ainsi seul contre tousspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="En plus des deux présentateurs, il y a autour du plateau : Marie Chantrait, (…)" id="nh2"2/a]/span, autour d'une table entièrement favorable à la « ilibération du travail/i », à « il'assouplissement/i », et considérant comme une évidence « iqu'il faut travailler plus dans ce pays/i ». Lorsque Fabien Gay fait remarquer au présentateur que le plateau n'est pas équilibré, et qu'il s'agit d'un « idébat à 5 contre 1/i », Olivier Truchot se retranche derrière… le sondage de la CPME, pour considérer que son plateau est en réalité représentatif de « l'opinion publique » : « iBen, 74% des Français !/i », lâche-t-il avec un haussement d'épaules./p pLes JT ne passent pas à côté de cette « actualité » et les sujets sont à peu près tous construits de la même façon, à l'image de ce « reportage » de BFM-TV (10/04) diffusé en boucle : d'abord, et comme le veut la hiérarchie, parole d'un petit patron souhaitant faire travailler ses salariés le 1er mai (ici, un poissonnier parisien) : « iIl faut vivre avec son temps et laisser faire les gens comme ils le souhaitent/i » ; puis, rappel de la législation en vigueur ; ensuite, parole d'un salarié (ici, une employée de la même poissonnerie, interrogée… devant son patron) ; enfin, conclusion sur… le sondage de la CPME : « i74% des Français se disent tout de même favorables […]/i ». Emballez, c'est pesé !/p /br h3 class='article_intertitres'Motion de rejet : « iPas forcément une mauvaise nouvelle/i »/h3 p/brLargement promue avant son examen par l'Assemblée nationale, la proposition de loi arrive finalement au parlement le 10 avril. La presse écrite est évidemment sur le pont. Et se montre elle aussi plutôt favorable à cette arlésienne : iLe Figaro/i fustige la « igrogne des syndicats/i » (10/04), et iL'Opinion/i s'appuie (encore) sur le sondage de la CPME pour affirmer qu'une « iécrasante majorité/i » des Français est favorable à cette réforme (10/04). Le HuffPost nous parle de « ice totem que rêvent de faire tomber le bloc central et la droite/i » (10/04), quand iL'Indépendant/i fait dans l'équivoque : « Travail le 1er mai : "Je pensais que c'était déjà autorisé..." » (10/04). iMidi Libre/i interroge un professeur de droit social qui parle de « idéverrouiller[r] l'interdiction/i » (10/04), et iLe Journal de Saône-et-Loire/i interroge le président de la Confédération nationale de la boulangerie, « il'un des acteurs à l'origine de la proposition de loi présentée ce vendredi pour autoriser sous conditions le travail le 1er Mai/i », qui parle lui de « iclarification/i » (10/04). Bref, comme l'audiovisuel, la presse écrite exerce à sens unique ses pouvoirs de mise à l'agenda (« nous allons parler de ci plutôt que de ça ») et de cadrage (« nous allons en parler comme ci plutôt que comme ça »)./p pMais dans la journée, un rebondissement s'offre aux chroniqueurs : les députés macronistes votent une motion de rejet préalable contre leur propre texte afin de contourner les débats parlementaires ! La pratique est rare, mais elle ne scandalise pas outre mesure la presse politique. Au contraire : le coup de force institutionnel est euphémisé, justifié voire valorisé par une large partie des médias, enthousiastes face à cette accélération du calendrier qui pourrait permettre à la réforme de s'appliquer dès le 1er mai 2026. « iSur le papier, le texte a toutes les chances de passer puisqu'il bénéficie d'une majorité allant de Renaissance au RN […]. Encore faut-il que les députés aillent jusqu'au vote, ce qui n'est pas garanti vu le nombre important d'amendements déposés par la gauche/i », prévenait d'ailleurs Le HuffPost (10/04). Aussi le quotidien iLes Échos/i avait-il anticipé le coup de force avec une très belle litote (10/04) : « iJeudi en fin de journée, les députés EPR s'interrogeaient sur l'opportunité de voter [la motion de rejet préalable] : son adoption ne serait pas forcément une mauvaise nouvelle, puisque le texte serait directement renvoyé en commission mixte paritaire, où la majorité en faveur de l'extension du travail le 1er-Mai est acquise./i »/p pChristophe Barbier est lui beaucoup plus clair (LCI, 13/04) : « iOn renvoie directement le texte en commission mixte paritaire, sept députés/sept sénateurs, c'est plus raisonnable !/i » Et surtout : « iÇa permet de faire espérer une adoption du texte avant le 1er mai !/i »/p /br div class='spip_document_16511 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/barbier_1er_mai.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/barbier_1er_mai-43edf.jpg?1776672967' width='500' height='281' alt='' //a /figure /div p/briLe Progrès/i entretient le même espoir (11/04) : « iPeut-être dès cette année […], si le texte est rapidement inscrit au Journal Officiel./i » « iLes députés ont trouvé le moyen d'accélérer le parcours législatif du texte/i », écrit iLe Figaro/i (11/04) : « iAfin de contourner cet embouteillage parlementaire, les macronistes ont saboté leur propre texte./i » Dans iLibération/i aussi, en première page (13/04), le coup de force est présenté comme une simple « imanœuvre/i » visant « ià accélérer l'examen/i », non pas à s'asseoir sur l'Assemblée. On trouve ailleurs les mots « icoup de théâtre/i » (iL'indépendant/i), « itour de passe-passe/i » (iLe Figaro/i), ou simplement « idémarche/i » (iLe Monde/i) – les mots les plus tranchés étant systématiquement entre guillemets et, comme de coutume, prêtés à l'opposition : « iLa gauche dénonce un "passage en force"/i » (iLe Monde/i, 10/04) ; « iSophie Binet a dénoncé "un coup de poignard dans le dos des millions de travailleurs et travailleuses"/i » (iNouvel Obs/i, 10/04), etc./p /br h3 class='article_intertitres'Le gouvernement recule… au grand dam des éditocrates/h3 p/brLundi 13 avril, nouveau « icoup de théâtre/i » : menacé par une motion de censure déposée par le groupe GDR (communiste), le gouvernement recule et enterre le texte de loi… au grand dam d'une partie de l'éditocratie. Sur Franceinfo, Axel de Tarlé revient sur cette actualité dans son émission fort mal nommée, « L'info s'éclaire » (13/04). La question qui structure son plateau (et orne son bandeau) résume l'état d'esprit du présentateur : « Travail le 1er mai : le gouvernement recule… à tort ? » Face à un plateau plutôt rétif, Axel de Tarlé ne cache pas sa déception : « iC'est aux syndicats de statuer ? Ou aux Français ? Non parce que si vous demandez aux Français, regardez le sondage, il est très clair : 74% des Français sont pour cette proposition de Gabriel Attal […]. Ils ont tort les Français ?/i »/p /br div class='spip_document_16508 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/info_s_eclaire.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/info_s_eclaire-e0762.jpg?1776672967' width='500' height='281' alt='' //a /figure /div p/brPour Pascal Praud, sur Europe1/CNews (13/04), l'abandon de cette réforme est « iune synthèse de tous les maux français/i » et de « il'archaïsme syndical/i ». Et les violons sont de sortie : « iQuelle tristesse que cette reculade ! En France, la liberté de travailler est soumise à la CGT et à quelques syndicats qui rejouent la lutte des classes./i » Sur LCI, Ruth Elkrief jette les mêmes mots dans un autre ordre : « iCette affaire n'est pas anecdotique, […] elle révèle plusieurs maux de la société française et de la politique française : c'est une comédie parlementaire, face à un gouvernement faible, et une gauche archaïque./i » Sur Sud Radio, Éric Revel est colère (13/04) : « iPaf ! Tout ça est balayé. Pourtant, sur la base du volontariat, pourquoi pas ? Libérer le travail dans ce pays, pourquoi pas ? […] Les syndicats ont dit "Niet !" et tout a été balayé./i » L'éditocrate n'en revient pas : « iJe regardais le sondage, 73% des Français sont pour. Les syndicats sont contre. Et ils représentent quoi les syndicats ? 7 à 8% des salariés du secteur privé. C'est ça la démocratie sociale en France./i » Enfin, pour Dominique Seux, sur France Inter (13/04), « itransformer le 1ᵉʳ mai en guerre de religion, entonner L'Internationale à l'Assemblée, quand le sujet concerne quelques professionnels bien identifiés, tout cela est ridicule !/i »/p /br centerstrong***/strong/center p/brDe nombreuses propositions de loi sont discutées chaque semaine, et rares sont celles qui font l'objet d'un réel débat public organisé par l'espace médiatique. Dans le cas d'espèce, les outils journalistiques employés pour « mettre à l'agenda » la proposition de Gabriel Attal ne sont que très classiques dès qu'il s'agit de a href="https://www.acrimed.org/Medias-et-travail-celebrer-la-valeur-travail"casser les conquêtes du mouvement ouvrier/a : sondage d'opinion commandité par un syndicat patronal et mobilisé à tort et à travers ; éditos à sens unique des gardiens de l'ordre économique et social ; cadrages des débats depuis le point de vue du pouvoir ; euphémisation voire valorisation du coup de force parlementaire ; utilisation d'un vocabulaire mélioratif pour la réforme (« libérer le travail », « déverrouiller », « bon sens ») et de disqualifications pour les syndicats (« archaïques » ou « grogneurs »). Au total, une large partie de la presse aura parfaitement joué son rôle d'accompagnement d'une réforme anti-sociale… et peut se remettre à espérer, après que Sébastien Lecornu a annoncé vendredi 17 avril le dépôt d'un nouveau projet de loi, a href="https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/04/17/sebastien-lecornu-annonce-que-les-boulangers-et-les-fleuristes-pouront-ouvrir-le-1er-mai_6680879_823448.html" class="spip_out" rel="external"« iavant ce 1er mai/i »/a./p p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLa question adressée par le sondage était la suivante : « iSeriez-vous favorable à ce que les salariés volontaires puissent travailler le 1er mai dans les commerces de proximité, avec une rémunération doublée ?/i »/p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanEn plus des deux présentateurs, il y a autour du plateau : Marie Chantrait, cheffe du service politique de BFM-TV ; Véronique Langlais, présentée comme « bouchère », qui dirige la boucherie Meissonier, une boucherie de luxe du 17e arrondissement de Paris, présidente du syndicat des Bouchers de Paris (ce n'est pas précisé sur le bandeau) ; et Farell Legendre, présenté comme « fleuriste », président de la Féderation Française des Artisans fleuristes (ce n'est pas précisé sur le bandeau)./p /div/div
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Léa Salamé, archange médiatique des grands patrons

jeu, 2026-04-16 14:52
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH91/salamearnault-7afdf.jpg?1776672967' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt="" / div class='rss_chapo'pPour restaurer son image, le grand patronat peut toujours compter sur Léa Salamé./p/div div class='rss_texte'pLe 23 février 2026, Marc-Olivier Fogiel reçoit une invitée « exceptionnelle » sur RTL : la pianiste Hélène Mercier-Arnault, « épouse de Bernard Arnault » (c'est précisé dans le titre). À cette occasion, elle déclare notamment que « iles clochards/i » le seraient par « ichoix de vie/i ». Si ces propos ne sont pas diffusés par RTL, ils sont exhumés près d'un mois plus tard par a href="https://www.blast-info.fr/articles/2026/les-sdf-choisissent-leur-vie-le-passage-censure-au-montage-dhelene-mercier-arnault-sur-rtl-2d1UQcs3Tk-8zWvpvXpdYQ" class="spip_out" rel="external"Blast/a et a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/190326/etre-sans-abri-un-choix-de-vie-helene-mercier-arnault-coupee-au-montage-sur-rtl" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a (19/03). Face au tollé, Hélène Mercier-Arnault a pu compter sur Léa Salamé pour restaurer son image./p pC'est le 4 avril, dans l'émission d'infotainment à paillettes « Quelle époque » (France 2), qu'on a pu assister à la contrition poignante d'Hélène Mercier-Arnault… Après l'inévitable promotion du disque de l'invitée – plus de vingt (longues) minutes de complaisance –, Léa Salamé introduit la séquence qui l'intéresse réellement :/p blockquote class="spip" pstrongLéa Salamé :/strong Vous avez donné une interview il y a un peu plus d'un mois à RTL, à Marc-Olivier Fogiel. Dans cette interview-là, qui a duré plus de 20 minutes, elle a été montée, ce qui arrive souvent – donc ils ont gardé 10 minutes qu'ils ont diffusées. Et puis, il y a un extrait qui a fuité, dans la presse, dans Mediapart notamment, où on vous entend dire les mots suivants […] : « Ce que je vais vous dire va peut-être vous choquer, les SDF j'y pense pas tous les jours. La première fois où j'ai vu des clochards, c'est quand je suis arrivée à Paris. C'est aussi, j'ai l'impression, un choix de vie. Un choix de vie avec des gens [...] qui ont décidé de lâcher la société. C'est un retrait du monde. » Vous comprenez que cette phrase ait choqué beaucoup de monde ?/p /blockquote pLa façon dont Léa Salamé revient sur les événements est intéressante : elle insiste d'abord sur le montage et les coupes, « iça arrive souvent/i », puis parle de « ifuite […] dans Mediapart/i » – alors même que l'intéressée se trouvait dans un dispositif d'interview explicite chez RTL, donc en situation de parole publique. De quoi distiller l'impression qu'Hélène Mercier-Arnault a pu être piégée, que les choses n'ont pas été réglo, justifiant ainsi la maladresse ? Il s'agit, précisément, d'une séance de rattrapage en bonne et due forme :/p blockquote class="spip" pstrong- Hélène Mercier-Arnault :/strong Il m'a posé plein de questions, des questions sur Trump, sur Macron ; et moi je pensais qu'il allait me poser des questions complètement différentes. Je devais présenter mon disque, et toutes les questions qu'il m'a posées pratiquement étaient des surprises. Mauvaises surprises. Mais en même temps, je pensais que c'était un sketch, quoi. Rien de… Vous voyez, quoi. C'était une mise en scène./p pstrong- Léa Salamé :/strong Mais sur cette réponse-là, on s'est dit « oh la la ! Elle est complètement déconnectée »./p pstrong- Hélène Mercier-Arnault :/strong Non. Alors il faut dire, le montage n'est pas du tout bien fait, il y a beaucoup de choses qui ont été coupées là-dedans, c'est juste des parties qu'on entend./p /blockquote pPourtant, selon Blast, le passage indélicat a été censuré par RTL suite à la demande expresse de son attachée de presse. Cette défense pour le moins confuse laisse place ensuite au véritable morceau de bravoure qui, lui, ne sera pas coupé au montage par France 2. Trémolos grandissants dans la voix, moulinets submergés d'émotions avec les mains, la pianiste poursuit :/p blockquote class="spip" pstrong- Hélène Mercier-Arnault :/strong Et dès qu'il m'a parlé des SDF [...], j'ai eu un espèce de retour en arrière de ma vie, quand j'avais 16 ans, quand j'habitais avec ma sœur à Nanterre, où elle avait un amoureux SDF. Et elle voulait aller vivre avec lui dans la gare du RER à Nanterre. Donc tout de suite ça m'est venu quand il m'a parlé de ça, j'ai eu besoin de dire « j'y pense pas tous les jours » parce que c'était insupportable, tout d'un coup, cette violence. Alors je suis désolée de pleurer à la télévision. En fait, c'est honteux. Et puis c'est très impudique, vous voyez là. Désolé, mais…/p /blockquote pL'explication, quoique originale, ne suscite aucune relance de Léa Salamé. Sans doute parce qu'elle apparaît secondaire face au geste d'Hélène Mercier-Arnault : essuyer des larmes à ses yeux, hélas invisibles à l'écran malgré le plan serré du réalisateur. Mais l'essentiel est fait : Léa Salamé tient son « moment », une contre-séquence calibrée pour tourner sur les réseaux sociaux./p /br h3 class='article_intertitres'Dépolitiser l'époque/h3 p/brQuant à savoir pourquoi les paroles initiales de madame Arnault sont « choquantes », la question est traitée de manière superficielle, essentiellement pour la forme : « iDe ces dernières années, il y a une telle inégalité, entre les 1% qui gagnent tellement de milliards et les gens qui galèrent […] et qui se disent que des gens comme vous, comme votre mari, sont totalement déconnectés et vivent dans leur petit monde, et ne comprennent pas les vraies souffrances des gens, et c'est peut-être ça qui a résonné dans cette phrase-là/i » désamorce Léa Salamé. Réponse de l'intéressée : « iMais mon mari travaille tellement, il ne profite jamais de la vie, c'est pour ça je suis ravie de faire autant de piano, il travaille, il construit, il donne des emplois…/i » Relance de Léa Salamé : « iOui./i »/p pHugo Clément, l'autre « journaliste » de l'émission, tente alors un relai : « iCe ressentiment qu'il y a dans une partie de la population, envers les ultra-riches et ces fortunes qui augmentent, vous le comprenez, quand même ?/i » Réponse : « iJe comprends, parce qu'il y a souvent des attitudes de gens très riches qui se croient tout permis, au-dessus de tout le monde, qui sont très arrogants, c'est insupportable./i » Un problème d'éducation, donc. Relance du contradicteur : « iCe n'est pas le cas de votre mari, donc, selon vous./i » « iNon/i », se contente de répondre l'épouse. Fin de l'échange, on en restera là./p pOn ne débattra pas davantage des inégalités qui sévissent en France, de la hausse de la pauvreté sous la présidence du mari de la « icopine/i » d'Hélène Mercier-Arnault, sur la persistance des SDF dans la 7e économie mondiale, ni des ressorts de la fortune de Bernard Arnault, que Léa Salamé présente d'ailleurs d'emblée comme l'« iun des plus grands chefs d'entreprise français/i », qui « icrée plein d'emplois/i » (et « iqui suscite beaucoup de fantasmes/i »). Car « Quelle époque » n'est pas tant là pour éclairer l'histoire que pour dépolitiser ses enjeux./p pEn l'occurrence, en dehors de la séquence commedia dell'arte, c'est une trentaine de minutes de bavardages people qu'il faut subir. Sur sa love story avec Bernard et la tenue dans laquelle il se couche, sur sa sœur Madeleine qui fumait du cannabis et qui s'est suicidée, sur ses voyages et sa manière de faire sa valise, sur son horreur des dîners mondains et la guéguerre de succession entre progénitures dorées…/p pTandis que Léa Salamé et son acolyte font étalage de leurs qualités d'intervieweurs. Florilège : « iVotre mari, quand vous le rencontrez, vous lui dites très clairement "désolé, moi j'aime pas les hommes d'affaires, c'est que des voleurs ou des menteurs"/i » (Léa Salamé) ; « iJe crois que c'est votre mari, Bernard Arnault, qui vous a sorti de ce deuil, en vous disant une phrase qui vous a fait l'effet d'un électrochoc ? Qu'est-ce qu'il vous a dit ?/i » (Hugo Clément) ; « iMême à votre mari, vous lui dites "je peux claquer la porte" ?/i » (Léa Salamé) ; « iEst-ce qu'il vous joue toujours ça, l'Étude révolutionnaire de Chopin ?/i » (Hugo Clément) ; « iCeux qui disent qu'il est hautain, qu'il est froid, qu'est-ce que ça vous fait ?/i » (Léa Salamé) ; « iVous allez faire vos courses au supermarché ?/i » (Hugo Clément) ; « i35 ans d'amour, c'est quoi le secret de la longévité ?/i » (Léa Salamé) – jusqu'alors silencieux, le journaliste Julian Bugier, invité, tente une relance : « iOn est tous intéressés par la réponse/i »./p pEn définitive, l'ensemble de la séquence consacrée à Hélène Mercier-Arnault vise à humaniser la grande bourgeoisie, rattraper ses maladresses et dépolitiser ses positions. Par la chronique mondaine, Léa Salamé s'échine à déréaliser les rapports de pouvoir en anesthésiant les rapports de classe./p /br div class='spip_document_16507 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/salamearnault.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH304/salamearnault-ca5c6.jpg?1776672967' width='500' height='304' alt='' //a /figure /div/br h3 class='article_intertitres'Merci pour ce moment/h3 p/brAncienne égérie de la matinale de France Inter et a href="https://www.acrimed.org/Starification-des-journalistes-le-cas-Lea-Salame"désormais star/a du 20h de France 2, Léa Salamé cultive le mélange des genres. Dans « Quelle époque », une émission de divertissement présentée comme un talk-show sur l'actualité, on ne sait plus trop si on a affaire à une journaliste de premier plan ou à l'animatrice glamour du show-business./p pCe mélange des genres est utile : il lui permet de reverser la légitimité symbolique associée à la crédibilité journalistique (et au service public) sur son rôle de faire-valoir des grands et des grandes de cette époque. En l'espèce, apporter le gage de sérieux à ce sketch de seconde zone et replacer le cadrage de la polémique dans les bornes consensuelles de l'ordre établi./p pCe qui en fait une ressource de premier plan pour la classe dominante. On pourrait d'ailleurs imaginer que cette séance de rattrapage offerte sur un plateau à madame Arnault vise à rabrouer les mauvaises manières d'un concurrent (Marc-Olivier Fogiel). Et ainsi de se placer avantageusement dans le portefeuille de faveurs d'un grand patron de presse ? Car Bernard Arnault détient aussi, par l'intermédiaire de son groupe de luxe LVMH, le groupe Les Échos-Le Parisien./p pMais c'est aussi une manière de réaffirmer un credo qu'elle exprimait sans détours en mai 2024, dans une interview vidéo pour Konbini : « iMoi, mon obsession le matin sur Inter par exemple, c'est qu'il y ait un moment. Ce n'est pas d'aller chercher, déceler la vérité./i » CQFD. La starification journalistique ne passe pas par des enquêtes au long cours dignes du prix Albert-Londres, mais par l'exhibitionnisme des connivences auprès des puissants./p /br h3 class='article_intertitres'L'archange médiatique des grands patrons/h3 p/brNaturaliser la bonne fortune du grand patronat : Léa Salamé est coutumière du fait. Il y a dix ans déjà, en décembre 2016, elle consacrait une longue interview « embedded » à… Bernard Arnault, pour l'émission « Le doc Stupéfiant » (France 5). Le reportage introduit son sujet avec neutralité et distance toutes journalistiques : « iC'est l'une des plus belles expositions du moment, elle est visible à Paris, la collection Chtchoukine, c'est à la Fondation Louis Vuitton, chez le milliardaire Bernard Arnault, que ça se passe. Et du coup on pose cette question : quand l'État est à sec, est-ce que ce sont les milliardaires qui vont sauver le monde de l'art ? […] Une rencontre exclusive./i »/p pD'emblée, le biais idéologique est clair : les milliardaires, bons samaritains d'une époque marquée par le démantèlement de l'État (comme s'il n'y avait aucune corrélation entre les deux). Puis le reportage rappelle que Bernard Arnault a suscité la polémique quelques mois plus tôt, en demandant la nationalité belge pour des raisons fiscales. Sauf que « ile milliardaire a cette fois les honneurs de la République/i », nous rassure la voix off./p pLà encore, Léa Salamé semble bien orchestrer une séance de rattrapage afin de redorer le blason meurtri de la sainte bourgeoisie. D'ailleurs, dès l'entame de la discussion avec le discret milliardaire, Léa Salamé met les pieds dans le plat : « iVous en avez marre d'être critiqué ?/i », avant de laisser son interlocuteur déballer péniblement ses éléments de langage (en France on n'aime pas la réussite, igrosso modo/i) tout en opinant du chef. Quand le bienfaiteur de la création évoque « il'esprit socialo-marxiste qui prédomine en France/i », elle oppose un « ioulah/i » badin, avant de changer de sujet prestement, visiblement rassurée : « iQuand je dis socialo-marxiste, je ne parle pas de vous, Léa Salamé./i »/p pPour le reste, les vingt minutes hagiographiques du reportage retracent le parcours exemplaire du milliardaire et sa passion – lucrative – pour l'art (on les voit s'extasier devant un Basquiat « iqui vaut des millions/i » et lui appartient personnellement, acquis « idans des conditions intéressantes/i » à l'époque, c'est-à-dire entre 10 000 et 20 000 dollars), ponctuées par une conversation confondante de déférence, dans laquelle Léa Salamé, volontiers sémillante, interroge par exemple le nabab sur son goût – manifestement limité au marketing de sa fondation – pour le rap US, après une séance de piano supposément improvisée (l'homme a du génie décidément), ou sur sa manière de rester en contact avec la « idureté du monde/i » (il dîne de temps en temps avec des salariées). Avec un délicieux final à propos du mécène implicite de l'exposition en cours à la Fondation Louis Vuitton, le brave président russe, où affleure une pointe de jalousie : « iVous l'avez déjà rencontré, Vladimir Poutine ? Il est comment ?/i »/p pRebelote en janvier 2020 où elle décroche pour France Inter un entretien avec a href="https://www.acrimed.org/Affaire-Carlos-Ghosn-le-journalisme-se-fait-la"Carlos Ghosn/a au Liban, le patron déchu de Renault-Nissan, en cavale depuis une semaine après un mandat d'arrêt du Japon. Pour blanchir le grand patron, plutôt que de revenir sur la situation du groupe automobile ou les chefs d'accusation pesant sur l'homme d'affaire, Léa Salamé va concentrer l'entretien sur la planification et le déroulement de l'évasion, en lui donnant une consonance glamour : « iVotre évasion fascine le monde entier, pour beaucoup d'enfants vous êtes l'homme qui a voyagé dans la malle. Vous avez vraiment voyagé dans la malle ?/i » insiste-t-elle, sourire béant. « iLa malle, pas la malle, allez, un petit indice. Tout le monde rêve de savoir ça/i » relance-t-elle. « iEn tout cas vous ne dites pas que c'est faux, la malle/i » conclut-elle, pugnace./p pEnfin, comme avec Hélène Mercier-Arnault, vient le recours aux émotions individuelles pour susciter l'empathie et dissoudre le caractère politique de l'affaire : « iVous avez eu peur, lors de cette cavale ?/i » « iMais vous avez eu peur ou pas ? Peur de mourir ?/i »/p /br h3 class='article_intertitres'Grands patrons, grande parole/h3 p/brÀ écouter Léa Salamé, on voit se dessiner la figure du grand patron en une sorte d'oracle sécularisé dont les paroles occupent le sommet de la hiérarchie discursive. Ils incarnent le pouvoir, le vrai. Un pouvoir immuable et naturel. Quand elle officiait à France Inter, plusieurs pontes du CAC 40 ont ainsi défilé agréablement dans sa matinale, pour livrer parole d'évangile à la plèbe./p pRien que pour la grande distribution, Léa Salamé a ainsi pu y interroger Dominique Schelcher (Sytème U) le 12 septembre 2023, a href="https://www.acrimed.org/Thierry-Cotillard-nouveau-patron-prefere-des"Thierry Cotillard/a (Intermarché, Bricorama) le 27 février 2024, Alexandre Bompard (Carrefour) le 17 octobre 2024 et Michel-Édouard Leclerc (centres E. Leclerc) le 28 avril 2025. Non pas pour les confronter aux contradictions du capitalisme (comme la crise environnementale ou la hausse de la pauvreté), mais pour solliciter leurs avis bien avisés sur la conjoncture économique – et plus largement géopolitique : inflation, déficit budgétaire, droits de douane, pouvoir d'achat, crise agricole, Trump, etc./p pC'est le même Michel-Édouard Leclerc que l'on retrouvait invité dans la séquence entretien du 20h inaugural de Léa Salamé sur France 2, le 1er septembre 2025, pour deviser sur l'humeur des Français. Ou encore mardi 14 avril 2026, pour disserter sur l'inflation du prix des carburants. Juge et partie ? Non, baromètre implacable. Lors de sa dernière interview à la radio publique, Léa Salamé poussait même celui qu'elle présente comme l'un des grands patrons « les plus emblématiques » à franchir le Rubicon de la politique : « iNon mais Michel-Édouard Leclerc, vous dites que vous voulez être utile. On vous entend. Mais vous nous l'aviez dit à cette place-là il y a un an, au moment des européennes, "je n'exclue pas d'y aller", et finalement vous n'y allez pas, quoi./i »/p pUne obligeance qui contraste avec le ton employé pour interroger ceux dont la fonction est de défendre les salariés face au patronat. Comme ce jour où, en pleine mobilisation sociale contre la réforme des retraites, le leader de la CGT de l'époque, Philippe Martinez, a href="https://www.acrimed.org/Retraites-Nicolas-Demorand-et-Lea-Salame-chiens"se retrouve en garde à vue face à elle et Nicolas Demorand/a, qui lui enjoignent de participer à la table des négociations. Avec cette remarque élégante à l'adresse du syndicaliste en lutte : « iOn dirait un disque rayé./i »/p /br centerstrong***/strong/center p/brOn voit bien, derrière cette pratique journalistique, les biais idéologiques implicites : une vision a href="https://www.acrimed.org/Le-20h-de-France-2-en-passe-de-gagner-le-concours"réactionnaire/a de l'ordre social, avec les hiérarchies symboliques qu'il convient de maintenir, au sommet desquelles trônent les rois et reines du système économique. Dans le 20h de France 2, où officie Léa Salamé depuis la rentrée 2025, a href="https://www.acrimed.org/Le-20h-de-Salame-l-info-en-mode-zapping"la pauvreté est d'ordinaire naturalisée/a. Dans son traitement de l'actualité économique, l'influence politique du grand patronat n'est jamais mise en question. Que ce soit dans le cadrage, le choix des sujets, la hiérarchie des faits ou dans l'interaction elle-même, Léa Salamé prêterait presque la neutralité axiologique du journaliste au grand patronat. Avec lequel elle a donc pris l'habitude de construire des « moments » pour l'audiovisuel public./p p/brstrongClément Sénéchal/strong/p/div
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Sortie du Médiacritiques n°58 : 30 ans de critique des médias

mar, 2026-04-14 08:31
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L118xH150/une58-845ef.jpg?1776672967' class='spip_logo spip_logo_right' width='118' height='150' alt="" / div class='rss_chapo'pLe iMédiacritiques/i n°58 sortira de l'imprimerie le 21 avril. À commander dès maintenant a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"sur notre site/a ou à retrouver en librairie. Et surtout, a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"abonnez-vous/a !/p/div div class='rss_texte'/br div class='spip_document_16499 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/une58.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH638/une58-b0a25-49791.jpg?1776672968' width='500' height='638' alt='' //a /figure /divdiv class='spip_document_16500 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/sommaire58.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH638/sommaire58-99393-0a7cc.jpg?1776672968' width='500' height='638' alt='' //a /figure /div p/brCe numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans les librairies a href="https://www.acrimed.org/-Mediacritiques-"listées ici/a, ainsi que sur a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"notre boutique en ligne/a./p pEt surtout, abonnez-vous ! Pour cela, rendez-vous a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"sur notre boutique en ligne/a. Vous pouvez également nous soutenir en a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"adhérant/a à l'association ou en a href="https://www.acrimed.org/-Don-"faisant un don/a./p pTous les anciens numéros sont (ou seront) a href="https://www.acrimed.org/-Mediacritiques-"en accès libre ici/a./p/div
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Rima Hassan et « la drogue » (2) : désinformation de Franc-Tireur et LCI

lun, 2026-04-13 14:48
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/lci_drogue-4b859.png?1776672968' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" / div class='rss_chapo'pa href="https://www.acrimed.org/Rima-Hassan-et-la-drogue-fiasco-mediatique"Dans un précédent article/a, nous sommes revenus sur le fiasco médiatique généralisé autour de la prétendue découverte d'une « drogue de synthèse » dans le sac de Rima Hassan lors de sa garde à vue le 2 avril : un paroxysme de journalisme de préfecture. Alors que les rédactions observaient un silence gêné après avoir largement cotisé à cette séquence de désinformation massive, l'équipe de iFranc-Tireur/i dégaine à retardement et remet dix pièces dans la machine de dénigrement, 24 heures avant que l'on apprenne… le classement sans suite de cette (non-)affaire./p/div div class='rss_texte'pL'opération débute sur LCI, dans l'émission « 24h Pujadas » du 7 avril, où la chronique de Caroline Fourest permet de faire la promotion de l'hebdomadaire. En grande pompe :/p blockquote class="spip" pstrongDavid Pujadas :/strong Vous vous emparez de cette affaire de la drogue, qui peut apparaître de prime abord comme une affaire de vie privée, après tout, mais il y a une raison bien particulière à ce que vous révéliez, parce que ce sont des révélations, un aspect de cette affaire que l'on n'a pas vu./p /blockquote pCaroline Fourest ne boude pas son plaisir : ainsi annonce-t-elle que les « révélations » en question correspondent à « ides confidences et des messages/i » prêtés à Rima Hassan, datant d'« iune dizaine d'années, qui remontent à la sortie de ses études/i », et dont la cheffe de iFranc-Tireur/i indique qu'ils ont été recueillis par l'illustre Nora Bussignyspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir notamment les articles d'Élodie Safaris chez Arrêt sur images : « (…)" id="nh1"1/a]/span au cours de son enquête sur l'eurodéputée parue en septembre 2025. Toujours selon Caroline Fourest, Rima Hassan y « iraconte sa consommation de drogue dure et de drogue de synthèse/i ». Dans le numéro de iFranc-Tireur/i, Nora Bussigny ne dévoile pas les messages en question… mais assure qu'ils « isèment le doute/i », avant de faire le pont avec « l'affaire » en cours : « iLe test urinaire réalisé lors de [la] garde à vue [de Rima Hassan] n'en comporte aucune trace [de drogues dures]. Mais sa défense, elle, sent la poudre aux yeux./i » Traduisons : des messages (allégués) vieux de dix ans sont utilisés pour accréditer la fake news qui a été déversée dans les médias. Caroline Fourest n'en fait d'ailleurs aucun mystère :/p blockquote class="spip" pstrongCaroline Fourest :/strong Il n'y a peut-être rien de surprenant, j'allais dire de stupéfiant à retrouver de la drogue de synthèse dans les affaires de Rima Hassan, même en petite quantité, en l'occurrence là c'est du 3-MMC apparemment, au regard de ce que nous nous savions du parcours de Rima Hassan avant même qu'elle devienne parlementaire […]./p /blockquote pSauf que ce que nous savons, surtout, c'est que tout était faux : de drogue, il n'y avait point… et la procédure a été classée sans suite. Mais le procédé est éculé, en particulier s'agissant de Rima Hassan et de la question palestinienne en général : entretenir la suspicion et semer le doute./p pDans son édito de iFranc-Tireur/i, Caroline Fourest pousse même un cran au-dessus en faisant comme si « iune dizaine d'années/i » (selon ses propres dires) ne s'étaient pas passées entre les messages (allégués) et l'affaire en cours :/p blockquote class="spip" pstrongCaroline Fourest :/strong D'autres politiques, pris dans ces affres, admettent généralement un problème d'addiction, promettent de se soigner. Rima Hassan a choisi le déni et l'attaque. La procédure judiciaire en cours est publique et sa mauvaise foi, très politique. Voilà pourquoi nous décidons d'alerter. Pour que le citoyen ne soit pas dupé./p /blockquote pSans apporter de preuve tangible à même d'étayer un « iproblème d'addiction/i » chez Rima Hassan – ni hier, et encore moins aujourd'hui –, Caroline Fourest se contente de laisser courir le bruit en rejoignant de surcroît les deux « affaires ». Deux procédés manipulatoires supplémentaires. Mais a href="https://lmsi.net/-Soeur-Caroline-Fourest-et-ses-ami-" class="spip_out" rel="external"la journaliste n'en est sans doute plus à ça près/a... Car son but est ailleurs./p pDans sa chronique de LCI – comme dans son édito de iFranc-Tireur/i où elle dénonce « ile numéro de claquettes victimaire auquel se sont livrés Rima Hassan et son avocat/i » –, Caroline Fourest reconnaît en effet à plusieurs reprises sa volonté de peser dans l'enquête et le débat public en cours… dans une tirade ayant (déjà) très mal vieilli :/p blockquote class="spip" pstrongCaroline Fourest :/strong À l'époque, […] nous l'avions gardé pour nous ; nous décidons aujourd'hui de le publier parce qu'il y a une procédure en cours et parce qu'il y a eu un flagrant délit de possession de drogue de synthèse. Et surtout je vais vous dire plus encore, c'est une décision que nous avons prise suite à la défense […] qu'a choisie Rima Hassan, qui a été le déni, de crier au mensonge […], son avocat en a fait des tonnes là-dessus ! Les autres représentants de La France insoumise sont allés très très loin dans les accusations contre la presse, contre la police, contre la justice./p /blockquote pAussi la « journaliste » fait-elle valoir « iun but légitime d'informer/i » – défense de rire –, avant d'y insister plus tard : « iLà réellement, le but légitime d'informer, moi, me paraît réuni pour dire : "Attention, ne soyez pas dupes de cette défense"./i »/p /br h3 class='article_intertitres'« iLa France insoumise a usé et abusé de la post-vérité trumpiste/i »/h3 p/brLà est donc l'essentiel : discréditer point par point la défense de Rima Hassanspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Dans sa chronique de LCI, le contradictoire a d'ailleurs dû, là encore, se (…)" id="nh2"2/a]/span. Au moment même où s'accumulent des éléments qui devraient conduire les journalistes à faire profil bas, c'est au contraire la tête haute que Caroline Fourest désinforme. Ainsi répète-t-elle à plusieurs reprises et sans conditionnel qu'« ion avait retrouvé de la drogue, pas simplement du CBD mais aussi de la drogue de synthèse dans la valise lors de cette garde à vue de Rima Hassan/i ». C'était faux. Ainsi soutient-elle, par cinq fois, que « ile parquet confirme/i ». Ce qui est (encore) faux, le parquet ayant communiqué – au moyen d'une formule certes ambiguëspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="À propos de la communication du parquet, voir l'article de Mediapart, « Rima (…)" id="nh3"3/a]/span, mais qui aurait justement dû inciter les journalistes à la prudence – sur la présence de substances « is'apparentant à/i »./p pRima Hassan dénonce-t-elle des « iaccusations […] totalement fausses/i » en évoquant simplement du CBD ? « iC'est un mensonge/i, tonne Caroline Fourest. iDepuis on le sait, puisque le parquet a confirmé./i » La France insoumise monte-t-elle au créneau et l'avocat Vincent Brengarth dénonce-t-il des accusations au service d'un « irécit politique visant encore une fois à atteindre la réputation de Rima Hassan/i » ? Caroline Fourest parle d'une « ipetite musique qui est celle du complot politique/i », celle « ique font tous les populistes et les démagogues quand ils sont pris […] la main dans le sac/i ». Et de condamner : « idésinformation/i » et « imanipulation de l'opinion/i » ! Orwell. Mais personne ne l'arrête :/p blockquote class="spip" pstrongCaroline Fourest :/strong C'est scandaleux de monter sur les grands chevaux […] en traitant les journalistes qui avaient donné cette information de menteurs, parce que ça, ils [Les Insoumis] ont été pris encore une fois là en flagrant délit d'avoir essayé de manipuler l'opinion./p /blockquote pNaturellement, la défense de la corporation est totale : « iLes journalistes ont été traités de menteurs !/i », s'indigne-t-elle. Et plus tard : « iCe n'était pas un mensonge de la presse et pourtant, des politiques ont osé le dire !/i » Comme chacun a href="https://www.acrimed.org/Rima-Hassan-et-la-drogue-fiasco-mediatique"pourra le constater/a. Mathilde Panot (LFI) dénonce-t-elle la précipitation et le fiasco médiatique sur Franceinfo (7/04) ? Caroline Fourest désespère :/p blockquote class="spip" pstrongCaroline Fourest :/strong Le fait d'informer est considéré en soi comme un mensonge. Ça, c'est vraiment le signe d'un parti qui est en pleine dérive populiste, de manipulation de l'opinion, et pour le coup, oui, il est légitime d'essayer d'informer le public sur au moins le fait de la vraisemblance de ce qu'un parquet de la République a confirmé./p /blockquote pIl en va là, tout bonnement, d'un nouveau naufrage en règle pour Caroline Fourest. Un naufrage dont témoigne également l'éditorial qu'elle signe dans le numéro de iFranc-Tireur/i – « Stupéfiante Hassan » (8/04) – et sur lequel s'appuyait sa chronique de LCI. L'éditocrate n'y allait pas de main morte : « iLe fiel factieux est un poison que fabriquent les abeilles de la ruche populiste LFI/i », débute-t-elle, avant de s'acharner d'emblée contre « ila piquante Rima Hassan/i ». Et d'entretenir la fake news de la « idrogue de synthèse/i » en calomniant, sans trêve ni repos :/p blockquote class="spip" pstrongCaroline Fourest :/strong Dans cette affaire, La France insoumise a usé et abusé de la post-vérité trumpiste, jusqu'à répandre de fausses informations pour contrer le travail de la presse, jusqu'à nier les déclarations du parquet, jusqu'à clamer qu'il n'y avait pas de drogue dans ce sac, que c'était un « imensonge des médias/i » […]. Et bien sûr, la horde d'excités croit déjà à un complot du Mossad, puisque Rima Hassan elle-même l'habitue à le voir partout, même dans l'affaire Epstein. Qu'il s'agisse des Juifs ou des immigrés, la technique ancestrale du bouc émissaire permet toujours d'exacerber les fantasmes pour masquer ses démons, de gagner un public et du temps. L'autre option ? Mentir./p /blockquote pAccablant. Mais à l'heure où nous écrivons ces lignes, le pamphlet de Caroline Fourest ne comporte pas le moindre ierratum/i, contrairement à celui de Nora Bussigny, qui fut agrémenté d'une « imise à jour/i » en dépit du fait que, a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/100426/rima-hassan-la-drogue-et-les-medias-autopsie-d-un-fiasco" class="spip_out" rel="external"d'après Mediapart/a, cette dernière « ine renie rien/i »./p pAjoutons que le tout fut accompagné d'une titraille tapageuse et, sur les réseaux sociaux, d'un montage iconographique (réalisé par l'IA) qui subliment la débâcle…/p /br div class='spip_document_16495 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH354/ft_drogue-8770c.png?1776672968' width='500' height='354' alt='' / /figure /div p/brEt ce n'est pas fini : deux jours plus tard (9/04), Christophe Barbier, membre (lui aussi) de iFranc-Tireur/i, disposant (lui aussi) de son rond de serviette sur LCI, se fend d'un éditorial (lui aussi) accusateur en relayant la fake news. Ainsi déplore-t-il qu'« ion ne parle plus ni de l'apologie du terrorisme, ni de l'affaire de la drogue qui a été trouvée dans les affaires de Rima Hassan/i » :/p blockquote class="spip" pstrongChristophe Barbier :/strong Et ici la défense de Rima Hassan est fragilisée ! Parce qu'au début, elle a commencé par nier les faits par la voix de son avocat Vincent Brengarth. i[Diffusion d'un extrait où ce dernier dit notamment : « Il n'y a strictement aucune drogue consommée par Rima Hassan. »]/i Ah, aucune drogue ? Et pourtant, c'est confirmé ! Le CBD, c'est légal certes, mais la drogue chimique, il faudra bien donner des explications ! La défense change de pied, ben… strongcontre l'évidence/strong. Évidence confortée par les révélations d'une journaliste, Nora Bussigny, dans iFranc-Tireur/i, le journal de Caroline Fourest auquel j'ai l'honneur de participer. […] Ah mais quand la vérité dérange, eh bien, faut organiser la diversion !/p /blockquote/br div class='spip_document_16498 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/capture_d_ecran_2026-04-11_092932.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/capture_d_ecran_2026-04-11_092932-15323.png?1776672968' width='500' height='279' alt='' //a /figure /div p/brBref, comme l'a souligné Daniel Schneidermann (a href="https://x.com/d_schneidermann/status/2042214914651983964" class="spip_out" rel="external"X, 9/04/a), « ià quatre heures près, Barbier s'évitait une honte supplémentaire !/i » Et convenons-en, dans ce domaine, a href="https://www.acrimed.org/+-Christophe-Barbier-+"la liste est plutôt longue/a... Des excuses seront-elles présentées à l'antenne de LCI ? Pas dans la matinale du lendemain en tout cas : lorsque la présentatrice introduit les deux éditos de Christophe Barbier le 10 avril – successivement à 6h16 et à 7h18 –, personne ne revient sur les erreurs diffuséesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Non plus dans les journaux de 6h et 7h, alors que dans les deux cas, une (…)" id="nh4"4/a]/span. L'occasion de rappeler le dicton forgé par l'éditocrate lorsqu'en 2019, il refusait de s'excuser pour a href="https://www.acrimed.org/Affaire-Delevoye-les-plantages-en-serie-de"ses plantages en série dans l'affaire Delevoye/a : « iLa vérité de 6h50 n'est pas celle de midi./i »/p pDans la même veine, le tweet infamant d'une autre éditocrate est par exemple toujours en ligne./p /br div class='spip_document_16494 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L437xH566/sophiaaram_drogue-2c9a9.png?1776672968' width='437' height='566' alt='' / /figure /div/br centerstrong***/strong/center p/brDe Caroline Fourest à Christophe Barbier en passant par Nora Bussigny, l'équipe de iFranc-Tireur/i choisit de booster une fake news au moment même où s'accumulent les éléments devant inciter les journalistes à la prudence… et seulement quelques heures avant que l'ensemble du récit médiatique tombe à l'eau. Cette « affaire » avait beau être frappée dès ses débuts d'invraisemblance, les francs-tireurs y ont vu, au contraire, une « iévidence/i » (Christophe Barbier). Une « évidence » confortée par l'opinion qu'ils (se) font de Rima Hassan… et par la campagne de dénigrement et de délégitimation ayant cours à son encontre, a href="https://www.acrimed.org/Acharnement-mediatique-contre-Rima-Hassan-video"depuis maintenant deux ans/a, dans la quasi-totalité des médias dominants. Dans le fiasco journalistique d'ensemble, cet épisode est un cas chimiquement pur de désinformation. En dépit de lourds bagages en la matière, les grands médias continuaient jusqu'à présent à dérouler le tapis rouge à Caroline Fourest et consorts. Combien de temps encore ?/p p/brstrongPauline Perrenot/strong/p p/brstrongMise à jour, 15 avril 2026/strong/p pLe 14 avril, sur LCI, Caroline Fourest revient 4 minutes durant sur « l'affaire Rima Hassan ». Un semi imea culpa/i, au cours duquel elle rejette opportunément la faute sur l'AFP et déclare : « iIl nous tenait à cœur de rectifier parce que […] on est là toujours pour informer et quand on a été induit en erreur, il faut savoir le dire, même si tous nos confrères ont fait la même erreur./i » Ce qui inspire cette réflexion à David Pujadas : « iPeut-être qu'on a été vite en besogne, comme une partie de la presse aussi, donc c'est bien de faire ce rectificatif./i »/p pLe lendemain, dans iFranc-Tireur/i (15/04), Caroline Fourest met encore moins les formes : « iLa presse n'a pas à présenter ses excuses puisqu'elle a été induite en erreur par des sources fiables. En revanche, elle se doit de rectifier./i »/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanVoir notamment les articles d'Élodie Safaris chez Arrêt sur images : a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/calmos/pourquoi-la-journaliste-infiltree-chez-les-woke-est-devenue-un-meme" class="spip_out" rel="external"« Pourquoi la journaliste "infiltrée chez les woke" est devenue un même »/a (2/10/2023) et sa contre-enquête concernant le livre de Nora Bussigny, iLes nouveaux antisémites/i, en trois parties : a href="https://www.arretsurimages.net/articles/les-nouveaux-antisemites-un-livre-aux-conclusions-jamais-demontrees-1-3" class="spip_out" rel="external"volet 1/a, a href="https://www.arretsurimages.net/articles/les-nouveaux-antisemites-des-recits-contestes-par-les-protagonistes-2-3" class="spip_out" rel="external"volet 2/a et a href="https://www.arretsurimages.net/articles/les-nouveaux-antisemites-lobsession-rima-hassan-3-3" class="spip_out" rel="external"volet 3/a./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanDans sa chronique de LCI, le contradictoire a d'ailleurs dû, là encore, se contenter de la portion congrue : seulement deux extraits de la conférence de presse du 3 avril sont retransmis pour une durée cumulée… de 47 secondes (sur 9 minutes et 30 secondes consacrées à cette affaire par Caroline Fourest) !/p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanÀ propos de la communication du parquet, voir l'article de Mediapart, a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/100426/rima-hassan-la-drogue-et-les-medias-autopsie-d-un-fiasco" class="spip_out" rel="external"« Rima Hassan, la drogue et les médias : autopsie d'un fiasco »/a (10/04)./p /divdiv id="nb4" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanNon plus dans les journaux de 6h et 7h, alors que dans les deux cas, une brève fait état du classement sans suite./p /div/div
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Rima Hassan et « la drogue » : fiasco médiatique, apothéose du journalisme policier

jeu, 2026-04-09 16:50
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/drogue-a39b0.jpg?1776672968' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" / div class='rss_chapo'pJeudi 2 avril 2026, trop pressées de taper sur l'une de leurs cibles favorites, de nombreuses rédactions ont propagé des fausses informations à propos de la garde à vue de la députée européenne LFI Rima Hassan, distillées au goutte-à-goutte et en direct par leurs sources policières. Ce naufrage médiatique illustre à merveille la dynamique du journalisme de préfecture, enclenchée par des services « police-justice » n'ayant aucun mal à fouler au pied les principes élémentaires du journalisme, pour peu que leur source fût la police./p/div div class='rss_texte'pLe 2 avril, Rima Hassan est une nouvelle fois entendue dans le cadre d'une procédure pour « apologie du terrorisme » à la suite de plaintes et/ou de signalements déposés par un député d'extrême droite, des associations pro-israéliennes et le ministre de l'Intérieur. Auditionnée librement lors des convocations précédentes – treize procédures ont toutes abouti à un classement sans suitespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Dans une communication à la presse du 2 avril, le parquet de Paris indique (…)" id="nh1"1/a]/span –, la députée européenne est cette fois-ci placée en garde à vue pour un tweet effacé. L'affaire est instantanément (et massivement) médiatisée./p pDonne-t-elle lieu à une présentation des faits équitable et pluraliste ? À des interrogations quant au recul des libertés publiques et au caractère coercitif de cette garde à vue ? À un débat sur la judiciarisation à géométrie variable des expressions publiques relatives à la question « Israël-Palestine » ? À des mises en perspective sur la criminalisation de la solidarité avec la Palestine en général, et, en particulier, des activités politiques de la juriste franco-palestinienne ? La plupart du temps, non : le journalisme dominant ne se pose pas ces questions – ou alors dans ses margesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Une fois n'est pas coutume, signalons que le billet de Thomas Legrand dans (…)" id="nh2"2/a]/span. a href="https://www.acrimed.org/Convocations-policieres-pour-apologie-du"Comme au printemps 2024/a, les grands médias légitiment au contraire la (ré)pression et, dans la droite ligne du a href="https://www.acrimed.org/Acharnement-mediatique-contre-Rima-Hassan-video"traitement stigmatisant qu'ils réservent à Rima Hassan/a, participent pleinement à la co-construction d'une séquence à charge. Et tous les coups sont (de nouveau) permis./p /br h3 class='article_intertitres'De France Culture à CNews : l'emballement médiatique sur « la drogue »/h3 p/brTrès tôt, les moindres détails de la garde à vue de Rima Hassan fuitent dans la presse. Et ce qui devait arriver arriva : c'est en relayant sans distance un bruit de commissariat que les grands médias vont céder aux sirènes du sensationnalisme. « iIl y a une affaire dans l'affaire/i, s'emballe le journal de RTL à 18h, ipuisque les policiers ont trouvé dans son sac quelques grammes de drogue de synthèse/i ». L'« information » circulait en boucle sur BFM-TV dès 16h30 : la cheffe adjointe du service « police-justice », Alexandra Gonzalez, relayait alors « iune source proche de l'enquête confirmant une information de nos confrères du/i Parisien », tout en concédant ne pas savoir grand-chose, encore moins « ice que l'eurodéputée dit de strongces faits/strong i[nous soulignons]/i pour l'instant/i ». Et pour cause : cette dernière ne sortira de garde à vue que… sept heures plus tard./p pPeu importe : des 20h aux journaux radio, en passant par les chaînes d'information en continu, la presse audiovisuelle choisit de s'affranchir du contradictoire et de s'engager tête baissée dans le « scoop ». Florilège non exhaustif :/p /br centeriframe title="Rima Hassan et la drogue : journalisme de préfecture et fiasco médiatique" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/teu1Ss7zbMk3RTyHTSbX9W" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center p/bra href="https://x.com/v_brengarth/status/2041839765478072553" class="spip_out" rel="external"Comme nous l'apprendra six jours plus tard l'avocat de Rima Hassan/a, Vincent Brengarth, « ila procédure concernant la prétendue découverte d'un produit stupéfiant dans les affaires de madame Rima Hassan lors de sa garde à vue a fait l'objet d'un classement sans suite par le parquet du tribunal judiciaire de Paris. […] Le scellé ayant fait l'objet de la fuite abusivement présenté comme contenant de la "3-MMC" ne contient en réalité aucun produit stupéfiant/i »./p pUn fiasco médiatique dans les règles de l'art, donc, dont la palme revient comme souvent à CNews… et à l'émission de a href="https://www.blast-info.fr/articles/2026/cher-gauthier-le-bret-boxing-day-75-3yVRB3BpQZaxKUeXObx32g" class="spip_out" rel="external"Gauthier Le Bret/a en particulier. « iParti de drogués/i », « ivéritable séisme au sein de La France insoumise/i », « inouvel épisode de la triste série narco-LFI/i », « isentiment d'impunité absolument total/i », « icomportement de délinquant/i », « iproblème d'immigration/i » : le plateau du 2 avril s'est surpassé dans tous les domaines. Extraits montés :/p /br centeriframe title="CNews, 2 avril 2026" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/pbTVYads3mNnFobXfixcsQ" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center p/brSi le vaisseau amiral du groupe Bolloré agite à l'extrême le cocktail racisme/misogynie, la quasi-totalité des médias audiovisuels sont impliqués dans l'emballement. BFM-TV, notamment, aura nourri la séquence avec roulements de tambourspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Le 7 avril, Manuel Bompard et Paul Vannier rendent public un courrier dans (…)" id="nh3"3/a]/span. Les présentateurs de toutes les émissions diffusées entre 16h30 et 21h ont en effet soigné leur mise en scène : « iQuand elle arrive en garde à vue, elle a ses petites affaires personnelles, et là… drogue dans le sac !/i », déclare Alain Marschall. Lorsque Marc Fauvelle prend l'antenne à 18h48, le journaliste en fait sa Une : « iBonsoir à tous, ravis de vous retrouver. Une garde à vue pour apologie du terrorisme et de la drogue retrouvée sur elle. Rima Hassan, l'étoile des Insoumis au cœur de la tempête ce soir./i » Idem lorsqu'à 20h18, la journaliste Julie Hammett abrège temporairement son édition spéciale sur l'Iran et s'amuse avant la page de pub : « iOn reviendra sur Rima Hassan qui a été placée en garde à vue pour apologie du terrorisme à Paris et qui avait pris dans son sac pour sa convocation quelques drogues de… quelques drogues de synthèse. Voilà ! "C'est ballot", dit Didier François ! On marque une courte pause, à tout de suite./i »/p pDans ce grand tohu-bohu, il ne se trouve presque aucun invité pour marquer ses distances à l'égard de ce qui est reçu et commenté comme une information certifiée : dans la roue du service « police-justice », c'est bien toute la chaîne rédactionnelle qui est impliquée. Ainsi, lorsqu'un présentateur soutient que « ic'est la deuxième fois qu'un député LFI se retrouve impliqué dans une affaire de drogue/i » (Olivier Truchot), l'éditorialiste politique rebondit sans le moindre doute : « iAbsolument !/i » (Guillaume Daret). Posté devant le commissariat du 10e arrondissement de Paris, le « reporter » y va lui aussi franco : « iOn sait que c'est une drogue de synthèse qui est plus communément appelée de la 3-MMC, qui fait les effets d'une drogue de synthèse qui peut s'apparenter entre la cocaïne, la MDMA, c'est une drogue de synthèse qui était dans son sac à main/i » (Maxime Brandstaetter). Et lorsqu'Alain Marschall demande à l'un de ses invités – en l'occurrence le maire de Béziers et pilier de comptoir sur BFM-TV – son sentiment sur le fait que Rima Hassan « iavait [dans son sac] des substances diverses et variées, bref, de la drogue/i », la saillie de Robert Ménard donne à la chaîne un titre de bandeau instantané : « Hassan/Ménard : "Ça fait beaucoup de drogués à LFI" »./p /br div class='spip_document_16490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/bfm_drogue.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH420/bfm_drogue-69ab1-5bd8d.jpg?1776672968' width='500' height='420' alt='' //a /figure /div/br h3 class='article_intertitres'Itinéraire d'une fake news, cas d'école de journalisme de préfecture/h3 p/brSi l'audiovisuel agit telle une caisse de résonance assourdissante, la fake news a surgi de la presse écrite, en l'occurrence d'un quotidien très en pointe dans le journalisme de préfecturespan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir, pour rappel, le fiasco du quotidien autour de l'affaire Dupont de (…)" id="nh4"4/a]/span. Dès 12h30 le 2 avril, iLe Parisien/i revendiquait en effet son exclusivité avec un gros titre tapageur : « Info Le Parisien. De la drogue de synthèse retrouvée dans le sac de Rima Hassan lors de sa garde à vue ». À l'origine de l'article, deux journalistes du service « police-justice », Denis Courtine et Jean-Michel Décugis. Se prévalant de « isources concordantes/i » n'incluant pas le parquet de Paris – dont les deux journalistes soulignent l'absence de réaction –, ces derniers sont formels et ne s'embarrassent d'aucun conditionnel :/p blockquote class="spip" p[Rima Hassan] était d'abord en garde à vue pour apologie du terrorisme. Elle l'est maintenant également pour usage, transport et détention de drogue. La députée européenne Rima Hassan est dans de sales draps. Quelques grammes de drogue de synthèse ont été découverts ce jeudi matin dans le sac qu'elle avait apporté pour sa convocation [...]. Une convocation pour apologie du terrorisme qui avait aussitôt débouché, sans surprise, sur un placement en garde à vue. Ce qui était, en revanche, beaucoup plus inattendu c'était donc la présence d'un produit stupéfiant dans le baise-en-ville de la femme politique. On ignore, pour l'heure, de quelle drogue de synthèse précise il s'agit et quelle est la quantité exacte./p /blockquote pLes « informations » avancées sont plus que parcellaires, mais les deux fins limiers ne se démontent pas. Au cours de la journée, le quotidien éditera cet article à plusieurs reprises en aggravant son cas. Les modifications, que nous avons réussi à identifier au fil de (trois) versions successives, sont en partie les suivantes :/p /br div class='spip_document_16487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/parisien_drogue.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH337/parisien_drogue-1f1ca.jpg?1776672969' width='500' height='337' alt='' //a /figure /div p/brBref, iLe Parisien/i ne sait rien avec certitude, mais n'hésite pas à gloser sur le chemsex avec un « expert » anonyme à l'appui : non seulement le journalisme est passé par-dessus bord, mais la pratique vise ici, très clairement, à nuire doublement à la réputation de Rima Hassan. Même pratique du côté de BFM-TV. Dans un article présenté comme factuelspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="« "Apologie du terrorisme", drogue de synthèse, immunité parlementaire : ce (…)" id="nh5"5/a]/span, auquel contribuent pas moins de quatre journalistes « police-justice » de la chaîne et sa cheffe adjointe, BFM-TV affabule au point d'inclure, l'air de rien, un ancien podcast sur les « ipratiques dangereuses/i » du chemsex dans le corps de l'article consacré à la garde à vue de l'eurodéputée :/p /br div class='spip_document_16493 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/bfm_drogue2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH234/bfm_drogue2-ae0ca.png?1776672969' width='500' height='234' alt='' //a /figure /div p/brIdem jusque dans iL'Indépendant/i, où un journaliste entretient la circulation circulaire de la fake news tout en écrivant ne rien savoir de la « inature de la drogue dont les traces ont été trouvées dans les urines de l'eurodéputée/i » – nous y reviendrons… –, mais en consacrant un paragraphe entier aux effets de la 3-MMC, avec les mots-clés tapageurs attendus :/p /br div class='spip_document_16489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/indep_drogue.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH312/indep_drogue-d0e1d.png?1776672969' width='500' height='312' alt='' //a /figure /div p/brLa faillite journalistique est totale./p pDans la foulée du iParisien/i, d'autres journalistes vont activer leurs réseaux policiers pour entretenir le « feuilleton » de la drogue. Et c'est une prime à celui ou celle qui dispose de la meilleure vue sur l'intérieur du commissariat ! À 13h57 le 2 avril, l'AFP « iconfirme les infos du Parisien/i » au présent de l'indicatif : « i"Quelques grammes de drogue" de synthèse ont été trouvés dans le sac de l'eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan, lors de sa garde à vue à Paris pour "apologie du terrorisme", a-t-on appris de source proche du dossier./i » Notons ici l'emploi du mot « source » au singulier. La dépêche est reprise massivement et la « drogue de synthèse » figure dans tous les titres : iLibération/i, iLe Figaro/i, le HuffPost, France 24, Europe 1, 20 Minutes, iValeurs Actuelles/i, iOuest-France/i, iMidi Libre/i, iL'Indépendant/i, etc.span class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Mise à jour, 10/04 : le 2 avril, Le Nouvel Obs reprend aussi la dépêche AFP (…)" id="nh6"6/a]/span/p pPuis, à partir de 15h43, c'est le journaliste « police-justice » du groupe TF1-LCI, Raphaël Maillochon, qui se transforme publiquement en courroie de transmission police-média. Sans aucun filtre : « iEn faisant la liste des biens personnels de la députée européenne lors de sa fouille, les [policiers] ont mis la main sur... des stupéfiants = GAV supplétive/i », écrit-il avec assurance sur X. L'inspecteur Maillochon ajoute : « iLa députée européenne avait donc en sa possession 1g de 3-MMC (drogue de synthèse) et du cannabis (test en cours pour savoir s'il s'agit de CBD)./i » Puis, il s'autocite quelques heures plus tard de manière à parfaire le voyeurisme, piétiner plus encore le contradictoire et ajouter à son tableau de chasse une autre « exclusivité » made in TF1 : « iLe test urinaire de [Rima Hassan] fait apparaître un résultat positif à une drogue./i » Résumons : la garde à vue est toujours en cours, mais des journalistes ont accès à des éléments particulièrement précis ne pouvant provenir que de l'intérieur du commissariat et décident de transgresser allégrement, au compte-gouttes et en direct sur les réseaux sociaux, le secret de l'instruction : présence de « stupéfiant », grammage et nature de la drogue, jusqu'au résultat du test urinaire !/p /br div class='spip_document_16488 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center' figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/maillochon.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH284/maillochon-a99b7.png?1776672969' width='500' height='284' alt='' //a /figure /div p/brLes tweets de Maillochon connaissent un franc succès : sa consœur Ruth Elkrief le cite par exemple dans sa chronique du soir même sur LCI (« 24h Pujadas ») et juge ses déclarations assez solides pour se passer du conditionnel : « iIl y a une petite quantité de drogue de synthèse qui a été retrouvée dans le sac de Rima Hassan, des cristaux d'un dérivé de la 3-MMC./i » Dans la journée, le parquet de Paris communique lui-aussi : « iLa fouille des effets de Rima Hassan a révélé la présence de matières s'apparentant d'une part à du CBD et d'autre part à de la 3MMC./i » La plupart des journalistes ne s'attardent pas sur la curieuse expression : « s'apparentant à »span class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Raphaël Maillochon tweete d'ailleurs le 3 avril en coupant la citation du (…)" id="nh7"7/a]/span. Ils se sentent, au contraire, confortés dans leurs « révélations » : si les informations se révèlent erronées, au moins n'auront-ils fait que relayer la parole officielle… Dans le sujet qu'il consacre à Rima Hassan le 3 avril dans l'émission « C à vous » (France 5), c'est d'ailleurs ce que sous-entend le courageux Paul Larrouturou, intervieweur du matin sur Franceinfo, en retraçant le déroulé des événements et ses prémices : « iUne affaire éclate dans l'affaire. Effectivement, le parquet annonce que du cannabis aurait été trouvé dans les affaires de l'eurodéputée./i » À quel communiqué se réfère ici le journaliste ? On ne saura pas… mais Paul Larrouturou croit en tout cas pouvoir exempter la presse de sa responsabilité : las, la fausse information sur la « drogue de synthèse » fut d'abord et avant tout divulguée par iLe Parisien/i (sans confirmation alléguée du parquet), avant d'avoir été répercutée dans la quasi-totalité des grands médias./p pDisons-le tout net : nous sommes ici devant un cas d'école de journalisme de préfecture. Et même devant un paroxysme du genre. Dépendance aux sources policières, croyance aveugle dans leurs « révélations », course à l'audience et au scoop, sensationnalisme, recoupement des sources inexistant, traitement dénigrant, instrumentalisations politiques : tous les ingrédients du fiasco sont réunis. Et celui-ci est de taille, car les éléments distillés par des « insiders » du commissariat vont bel et bien se révéler frelatés. Pour une bonne raison : des bruits de commissariat ou de « isource proche du dossier/i » – a href="https://www.acrimed.org/Les-sources-proches-de-l-enquete-un-paravent"selon la formule tristement consacrée/a –, ne constituent pas une « information ». En théorie, pour que ces bruits deviennent une « information », il faut les soumettre à des recroisements, puis à ce que le journalisme appelle « le contradictoire ». Ce qui, en l'occurrence, ne pouvait être fait puisqu'au moment où les journaux et les plateaux divaguaient sur la « idrogue de synthèse retrouvée dans le sac de Rima Hassan/i », celle-ci était encore au commissariat, d'où elle ne sortira qu'aux alentours de 23h./p /br h3 class='article_intertitres'Un rétropédalage à bas bruit/h3 p/brLe contradictoire arrive donc enfin le lendemain, 3 avril, lors d'une conférence de presse tenue en fin d'après-midi par Rima Hassan, son avocat Vincent Brengarth et le député LFI Paul Vannier. Dans celle-ci, au moins deux précisions d'importance sont apportées après 24h de matraquage médiatique à sens unique. D'une part, l'avocat déclare que les deux contenants saisis « icorrespondent à du CBD/i », que la députée européenne a indiqué s'être procuré de manière légale dans une boutique de Bruxelles, dont elle a en outre indiqué l'adresse à la police ; le « itest urinaire positif/i » – « scoop » rapporté par Maillochon et brandi par une partie de la presse comme preuve ultime du fait que la députée était « iune droguée/i » –, n'a fait que « i[confirmer]/i, rapporte son avocat, iqu'il n'y a pas de consommation de drogue ou de stupéfiant/i », celui-ci ne détectant chez Rima Hassan que de faibles traces de THC, correspondantes à une consommation… de CBD./p pEn bref : sept heures d'attente auraient suffi à ce que la presse ne s'engage pas dans un gigantesque emballement, avec, à la clé, un gloubi-boulga de raccourcis, fausses informations, mensonges par omission et élucubrations diverses et variées. Une séquence qui, toute bien pesée, aurait dû être un « non-événement » médiatique, mais qui s'est au contraire transformée en un violent déferlement de sensationnalisme, de fake news policières, de mise à l'index, de stigmatisation, de racisme et de misogynie. En peu de mots : une désinformation de masse./p pÀ la mi-journée le lendemain, sur BFM-TV (3/04), le présentateur Christophe Delay commence à douter en questionnant la formulation du parquet de Paris : « i"S'apparentant à une drogue de synthèse", c'est ce que disait hier le parquet./i » « iJe pense que c'est une question de vocable/i », rebondit la cheffe du service « police-Justice », Pauline Revenaz. « iFranchement, "s'apparentant", c'est pas très sérieux/i, s'agace le présentateur qui se sent sans doute dupé. iSoit c'est, soit c'est pas !/i » Pauline Revenaz en convient : « iC'est très bizarre de la part du parquet qui est très prudent en général… Gardons la prudence nous aussi de notre côté./i » Une consigne (et une exigence journalistique de base) bien trop tardives : comme à chaque fois dans pareils cas, le mal est déjà fait./p pEt ce d'autant que la chaîne ne va pas (du tout) dépenser autant d'énergie à médiatiser les démentis qu'elle n'en avait déployé la veille pour matraquer les informations erronées : alors que Christophe Delay avait par exemple annoncé que les téléspectateurs de BFM-TV pourraient « iévidemment/i » suivre la conférence de presse à partir de 17h, l'heure venue, la chaîne fait l'impasse et ne la diffuse que sur sa chaîne numériquespan class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="C'est-à-dire accessible sur internet et via les box des fournisseurs d'accès (…)" id="nh8"8/a]/span, BFM2 ! Si Franceinfo la donne à voir, LCI et CNews n'en retransmettront en revanche pas un mot en direct. Cette disproportion volontaire entre la médiatisation massive de la fake news et la mise en sourdine de son correctif s'illustre aussi dans la pratique du 20h de France 2. Le 3 avril, la rédaction se contente en effet d'un tweet de « imise à jour/i » posté sous le sujet qui, la veille, affirmait que « iles policiers font état d'une petite quantité de drogue retrouvée dans son sac/i ». Selon les chiffres de Médiamétrie, le 20h a été regardé par 3,43 millions de téléspectateurs ; à l'heure où nous écrivons ces lignes, le tweet de « mise à jour » apportant une partie du contradictoire cumule 3 913 vuesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Contre plus de 130 000 vues pour le tweet ayant relayé le sujet du 20h." id="nh9"9/a]/span, dont rien ne garantit, en outre, qu'elles correspondent ne serait-ce qu'à une partie des téléspectateurs du 20h…/p piLe Monde/i, qui avait repris le 2 avril à 17h55 la dépêche de l'AFP rapportant les pseudo-« iconfirmations/i » du parquet de Paris sur la détention de « drogue », s'est vu lui aussi contraint de se doter d'une mise à jour mentionnant le contradictoire, le 3 avril, à 12h36. D'autres médias n'ont même pas eu cette élégance minimale : au lendemain de la conférence de presse, samedi 4 avril, iLe Parisien/i, BFM-TV et iL'Indépendant/i n'avaient par exemple toujours pas jugé bon de modifier les trois articles (en ligne) dont nous parlions plus haut, n'y d'y adjoindre le moindre ierratum/i… et encore moins d'excuse./p pPire : alors que les rédactions observent un silence gêné après avoir saturé leurs médias de fausses informations, la fine équipe de iFranc-Tireur/i revient à la charge… cinq jours plus tard. « Exclusif. Rima Hassan et la drogue. Révélations », annonce en manchette la Une de l'hebdomadaire (8/04), dont Caroline Fourest fait le service avant-vente sur LCI, à l'occasion de sa chronique attitrée dans l'émission « 24h Pujadas » (7/04). Si nous aurons probablement l'occasion de revenir sur cet épisode, contentons-nous de souligner, pour l'heure, qu'il s'agit de jeter la suspicion et de discréditer la défense de Rima Hassan… en (re)boostant la fake news. Au moment même où s'accumulent des éléments qui devraient inciter les journalistes à faire profil bas, c'est au contraire la tête haute que Caroline Fourest remet dix pièces dans la machine. En répétant par exemple dans sa chronique, à plusieurs reprises et sans conditionnel, qu'« ion avait retrouvé de la drogue, pas simplement du CBD mais aussi de la drogue de synthèse dans la valise lors de cette garde à vue de Rima Hassan/i ». Et tout en soutenant par cinq fois que « ile parquet confirme/i », ce qui est faux, comme le rapportera explicitement une dépêche AFP le 8 avril : « iCette information n'a pas été corroborée par le parquet à l'issue de la garde à vue, affirmant qu'il fallait attendre les résultats "d'analyses complémentaires" du produit pour se prononcer./i » Le 2 avril peu après 23h, la communication du parquet en question, répondant aux journalistes sollicités, était la suivante : « iLa fouille des effets de Rima Hassan a révélé la présence de matières strongs'apparentant/strong d'une part à du CBD et d'autre part à de la 3MMC, sur lesquelles elle a été interrogée. Ces éléments sont disjoints et feront l'objet d'une procédure distincte./i » Et nous avons aujourd'hui le fin mot de l'histoire : le sac de Rima Hassan ne contenait aucune drogue./p /br centerstrong***/strong/center p/brDans a href="https://www.acrimed.org/Les-medias-contre-la-gauche-6909"iLes médias contre la gauche/i/a, nous résumions en quelques mots le processus qui caractérise régulièrement les épisodes de journalisme de préfecture : « iPhase 1 : désinformation massive. Phase 2 : rétropédalage et demi mea culpa. Phase 3 : maintien des informations bidonnées./i » Dans le cas d'espèce, la deuxième phase fut généralement passée par pertes et profits. Intoxiqués aux sources policières, aveuglés par leur traitement ordinaire à charge contre Rima Hassan, incapables de tirer les leçons de leurs errements passés, les médias dominants ont sauté à pieds joints dans une nouvelle cabale. Le rythme instantané du traitement de l'« information » accélère le phénomène de circulation circulaire… et aggrave le pouvoir de nuisance : en seulement quelques heures, les mots-épouvantails ont fusé sans le moindre recul d'une chaîne à l'autre, d'une radio à une autre, d'une colonne à une autre. Restent les faits : la procédure pour prétendue « détention de drogue » contre Rima Hassan est classée sans suite ; le ministre de la Justice Gérald Darmanin a annoncé avoir saisi l'inspection générale de la justice a href="https://www.lecanardenchaine.fr/police-justice/53588-un-probleme-de-fuites-de-la-pj-jusqu-a-la-chancellerie" class="spip_out" rel="external"après un article du iCanard enchaîné/i (7/04)/a et une enquête est ouverte par la procureure de la République sur la « violation du secret de l'instruction »… que les médias ont massivement confondus avec le « journalisme »./p p/brstrongPauline Perrenot/strong et strongJérémie Younes/strong, avec strongFlorent Michaux/strong pour le premier montage vidéo./p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanDans une communication à la presse du 2 avril, le parquet de Paris indique que Rima Hassan est mise en cause dans « i6 autres procédures toujours en cours, soit au parquet, soit confiées à la BRDP [...]. Il n'y a pas de communication sur ces procédures toujours en cours/i »./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanUne fois n'est pas coutume, signalons que a href="https://www.liberation.fr/politique/garde-a-vue-de-rima-hassan-un-abus-de-droit-la-marque-dune-pente-autoritaire-et-une-immense-betise-politique-20260404_4ZQG72HS6JCNZG4UMUALG5CDXM/" class="spip_out" rel="external"le billet de Thomas Legrand dans iLibération/i (4/04)/a constitue une goutte de pluralisme au sein des grands médias./p /divdiv id="nb3" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanLe 7 avril, Manuel Bompard et Paul Vannier rendent public un courrier dans lequel ils annoncent qu'ils ont a href="https://x.com/PaulVannierFI/status/2041584381395947869" class="spip_out" rel="external"saisi l'Arcom/a. Le lendemain, les deux députés LFI adressent un courrier public à la direction de BFM-TV « ipour exiger un rectificatif clair au sujet des fausses informations diffusées en boucle le 2 avril/i » (a href="https://x.com/PaulVannierFI/status/2041902227502084389" class="spip_out" rel="external"X, 8/04/a)./p /divdiv id="nb4" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanVoir, pour rappel, le fiasco du quotidien autour de l'affaire Dupont de Ligonnès (a href="https://www.acrimed.org/Dupont-de-Ligonnes-Jour-1-le-naufrage-mediatique"jour 1/a et a href="https://www.acrimed.org/Dupont-de-Ligonnes-Jour-2-l-autocritique"jour 2/a), et bien d'autres cas de a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Parisien-+"journalisme de préfecture/a./p /divdiv id="nb5" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /span« "Apologie du terrorisme", drogue de synthèse, immunité parlementaire : ce que l'on sait de la garde à vue de Rima Hassan », BFM-TV, 2/04./p /divdiv id="nb6" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanMise à jour, 10/04 : a href="https://www.nouvelobs.com/justice/20260402.OBS113832/rima-hassan-en-garde-a-vue-pour-apologie-du-terrorisme.html" class="spip_out" rel="external"le 2 avril, iLe Nouvel Obs/i/a reprend aussi la dépêche AFP (et relaie l'article du iParisien/i), mais ne mentionne pas la « drogue de synthèse », contrairement à ce que nous écrivions./p /divdiv id="nb7" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanRaphaël Maillochon tweete d'ailleurs le 3 avril en coupant la citation du parquet à l'endroit précis de cette formule… tout en postant une capture d'écran de la communication en question !/p /divdiv id="nb8" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanC'est-à-dire accessible sur internet et via les box des fournisseurs d'accès et les télévisions connectées./p /divdiv id="nb9" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /spanContre plus de 130 000 vues pour le tweet ayant relayé le sujet du 20h./p /div/div
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Cadmium : les errements du Point

lun, 2026-04-06 09:37
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/cadmium-3be0d.png?1776672969' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" / div class='rss_chapo'pLa contamination de notre alimentation par un métal lourd cancérogène, le cadmium, revient dans l'actualité périodiquement, présentée comme une « bombe sanitaire ». Retour critique sur le travail du magazine iLe Point/i, qui a pendant des mois traité cette information comme une « ifausse alerte/i »./p/div div class='rss_texte'pMercredi 25 mars, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a rendu public a href="https://www.anses.fr/system/files/ERCA-2023-AUTO-0150-RA.pdf" class="spip_out" rel="external"un rapport/a « ialarmant/i », indiquant qu'une part significative de la population française était « iimprégnée/i » à des niveaux « ipréoccupants/i » par un métal cancérogène que l'on trouve dans les engrais phosphatés (et donc dans notre alimentation), le cadmium. L'information est largement relayée par la presse, quelle que soit la ligne éditoriale. La pollution de l'alimentation par le cadmium est « ipréoccupante/i » dans iLe Figaro/i comme dans iLibération/i, qui lui consacre sa Une (26/03). iLa Croix/i se demande « icomment réduire notre exposition au cadmium/i » (26/03), et iLe Parisien/i dresse une liste des aliments les plus contaminés (26/03). iLe Nouvel Obs/i explore la question de savoir « D'où vient le cadmium dans nos assiettes ? » (26/03), quand iLes Échos/i se demandent si nous avons là « iune nouvelle bombe sanitaire/i »./p pC'est la troisième fois en moins d'un an que le nom de ce métal lourd surgit dans l'actualité. La première occurrence, en juin 2025, se situait dans la foulée d'une alerte lancée par des « imédecins libéraux/i », parlant eux aussi d'une « ibombe sanitaire/i ». L'article du iMonde/i (5/06/25) était sans équivoque : « iLes Français, en particulier les enfants, sont massivement contaminés par ce cancérogène présent dans les engrais phosphatés, à travers la consommation de céréales, de pain ou de pâtes./i » Et le journal d'ajouter : « iSanté publique France fait le lien avec l'explosion des cancers du pancréas./i » À l'époque, si iL'Express/i, iLe Figaro/i et bien d'autres journaux de droite reprennent l'alerte, il se trouve déjà des titres de la presse réactionnaire pour relativiser le danger. Une journaliste très en vue sur les questions agro-industrielles a particulièrement creusé ce sillon à propos du cadmium dans l'alimentation, le présentant comme un « ifaux scandale/i » voire comme un complot russe : l'inévitable rédactrice en chef au iPoint/i, Géraldine Woessner./p /br h3 class='article_intertitres' iLe Point/i et le cadmium/h3 p/brNous sommes en octobre 2024. iLe Point/i produit une « ienquête du dimanche/i » (sic) sur la « géopolitique des engrais » (13/10/2024). Au détour d'un paragraphe, Erwan Seznec parle de « ila grande intox du cadmium/i » (c'est l'intertitre). Pour lui, c'est clair : « iEn Europe au moins, la situation est très rassurante/i », les émissions de cadmium dans l'atmosphère ayant chuté « ide 81%/i ». « iOn trouve aussi du cadmium dans les engrais phosphatés/i », ajoute-t-il aussitôt, avant d'avancer que les niveaux de cadmium présents dans les engrais marocains, que l'Europe consomme massivement, sont 3 à 5 fois supérieurs aux recommandations de la Commission européenne. Mais le journaliste n'insiste pas sur ce point et en vient à sa conclusion : « iLes phosphates russes, en revanche, sont naturellement pauvres en cadmium... À Moscou, on a senti l'aubaine !/i » C'est ici que Seznec nous expose sa thèse centrale : si les ONG et les médias s'intéressent au cadmium, c'est parce qu'ils ont « imarché/i » dans la campagne d'un lobby auquel participe un géant russe de l'agro-industrie. Indulgent, Seznec concède : « iLes activistes de l'écologie, bien entendu, n'entendaient pas faire le jeu des Russes./i » Mais avec ce principe de précaution élargi, ils ont tout de même tiré « iune balle dans le pied/i » de la France : « iNous sommes exemplaires, mais est-ce vraiment utile ?/i », s'interroge le journaliste./p pCe n'était pourtant pas la première fois que iLe Point/i parlait de cadmium. Et jusqu'alors, l'hebdomadaire ne se risquait pas à relativiser ses dangers. En 1999 déjà, le magazine titrait : « Marseille : alerte au cadmium ». Sous la plume du journaliste Thierry Noir, nous apprenions que, à la suite de rejets en cadmium d'une usine, les riverains marseillais étaient invités par les autorités sanitaires locales à « ine plus consommer les légumes de leurs jardins/i », car « iil est plus grave d'ingérer [du cadmium] que d'en respirer/i » (24/09/1999). En 2010 ensuite, dans une brève, le magazine nous apprend la disparition d'une espèce de plante, à cause de la contamination au cadmium (8/04/2010) : « iLa plante carnivore Sarracenia leucophylla aurait de bonnes raisons de porter plainte contre les insectes pour empoisonnement. En effet, Iain Green (université de Bournemouth) explique sa disparition par une contamination au cadmium. Celui-ci proviendrait des larves de mouche dont elle se nourrit, elles-mêmes contaminées par les engrais./i » En 2011, iLe Point/i publie une « ienquête exclusive/i », « Ces poisons qui polluent nos assiettes », basée (déjà) sur une alerte de l'Anses pointant 445 substances toxiques, dont le cadmium (30/06/2011) : « i15 % des enfants courent un risque de surexposition au cadmium, susceptible d'entraîner fragilité osseuse et lésions rénales en raison de leur forte consommation de pain et de pommes de terre/i ». En 2013 enfin, c'est un reportage en Chine que l'on pouvait lire dans les pages du magazine : « Le riz au cadmium sème la panique en Chine » (29/06/2013)./p /br h3 class='article_intertitres'Géraldine Woessner, le cadmium et les « ifausses informations/i »/h3 p/brMais Géraldine Woessner ne va pas s'inscrire dans cet héritage… et va préférer tirer le fil de son collègue Erwan Seznec. La rédactrice en chef s'y met dès février 2025 : « Cancer : alerte au "tsunami" de fausses informations » (12/02/2025). Elle écrit : « iCes dernières semaines, une avalanche d'alertes médiatiques sur les risques de cancer ont alimenté l'inquiétude : cadmium, PFAS , pesticides, aspartame, traces de mercure dans le thon , eau tritiée.../i » Si le cadmium figure bien dans son énumération de « ifausses informations/i », ce sera sa seule mention de tout l'article : Woessner ne pose aucune question à propos du cadmium au cancérologue qu'elle interroge, Jacques Robert, qui ne l'évoque pas lui-même./p pDeuxième occurrence en juin 2025. Comme ses confrères et consœurs préposés aux rubriques scientifiques, Géraldine Woessner rapporte l'alerte lancée par les Unions régionales des professionnels de santé (URPS) à propos du cadmium dans l'alimentation (8/06/25). Toute la presse a trouvé « ialarmant/i » ce courrier envoyé au Premier ministre et rendu public ; Woessner l'a elle trouvé « itrès alarmiste/i » : « iL'alerte lancée jeudi 5 juin […] avait tout pour soulever une formidable tempête médiatique/i », regrette-t-elle. « iL'information n'est pourtant pas nouvelle/i », « ile cadmium est un métal cancérogène prouvé/i » depuis le début des années 1990. Mais « ini les autorités sanitaires ni le gouvernement n'ont sonné le tocsin/i », relativise encore la journaliste. Alors, « ipourquoi maintenant ?/i », s'interroge l'oncologue Jérôme Barrière, à qui Woessner tend cette fois le micro. Toute cette agitation médiatique ne serait-elle pas la résultante d'un « iaffrontement entre science, peur... et géopolitique/i » ? Géraldine Woessner est sur la piste russe : elle l'a remarqué, la « icampagne/i » des lanceurs d'alerte « ipointe un seul responsable de la "contamination au cadmium" : les engrais/i », et ne porte « iqu'une seule exigence/i », « il'abaissement immédiat de la limite pour la teneur en cadmium des engrais phosphatés à 20 mg/kg, sans attendre 2034/i ». Un abaissement que propose l'Anses depuis… 2011 (Anses, février 2026) : les autorités sanitaires avaient donc bel et bien « sonné le tocsin », contrairement à ce qu'écrivait Woesner trois lignes plus haut. Peu importe, cette revendication unique des médecins libéraux signe leurs intentions selon la journaliste : faire du lobbying pour les engrais russes, moins contaminés que les engrais marocains. « iLa Russie se frotte les mains/i », écrit Woesnner : « iSes engrais ont une teneur en cadmium remarquablement basse, inférieure à 5 mg/kg. Et elle met tout en œuvre pour le faire savoir…/i » La campagne contre la contamination au cadmium tombe « ià point nommé/i », pour la journaliste./p pWoessner creuse encore la thèse russe deux semaines plus tard : « Emballement médiatique, intérêts russes : les dessous consternants du dossier cadmium » (18/06/25). Elle écrit : « iDeux semaines après l'alerte des médecins libéraux sur les dangers du cadmium dans les engrais phosphatés, l'enquête révèle une campagne de désinformation aux motivations géopolitiques. […] le soufflé retombe. Et pas qu'un peu./i » Persuadée d'avoir mis le doigt sur « iun emballement médiatique orchestré sur fond de rivalités géopolitiques/i », Géraldine Woessner donne alors la parole à un « igéant marocain des engrais/i » : « iCette campagne est complètement folle/i », estime celui-ci, aidé dans sa démonstration par la journaliste qui assure que les engrais marocains « is'avère[nt] bien moins sale[s] qu'annoncé/i ». Dans la suite de son papier, Géraldine Woessner nous fournit d'autres « idonnées rassurantes/i », qui ne sont, au fond, pas inintéressantes (nous y reviendrons) : teneur naturelle en cadmium des sols français, autres sources de contaminations que les engrais, variétés de plantes dans lesquelles le cadmium s'accumule moins vite. Mais très vite, « il'ombre de Moscou/i » revient : « iUn acteur se frotte les mains : la Russie./i » Celle qui, quelques lignes plus haut, fustigeait les « iconclusions simplistes/i » des activistes écologistes, se contente d'une concordance de dates pour crier au complot : « iEntre 2021 et 2024, les importations d'engrais phosphatés russes vont quasiment doubler […]. Avant que le Parlement européen […] n'adopte le 25 mai 2025 une surtaxe de 6,5 % visant précisément les engrais phosphatés […]. La campagne contre le cadmium, en France, rebondit quelques jours plus tard./i » « iLe timing est parfait/i » commente anonymement un « ihaut fonctionnaire européen/i ». Et Woessner de conclure son raisonnement par une dernière saillie « rassuriste » : il ne faut pas « icéder, chaque semaine, à une nouvelle panique, qu'elle soit ou non orchestrée/i ». Circulez !/p pQuelques mois plus tard, en décembre 2025, sur X, Géraldine Woessner est toujours persuadée que la contamination de l'alimentation au cadmium, et son possible lien avec certains cancers, est un « ifaux scandale/i » (28/12/25). Le 4 janvier 2026, elle décrète 2025 « iannée de la désinformation scientifique/i ». La journaliste du iPoint/i interroge pour cela l'épidémiologiste Catherine Hill, et réitère le procédé qu'elle avait employé précédemment : le cadmium figure bien dans son énumération de « ifausses alertes/i », mais aucune réponse de l'interviewée ne porte ispécifiquement/i sur le cadmium./p pPuis, le 8 février, iLe Point/i publie une tribune, expliquant que « La politisation des cancers est insupportable et mine la démocratie », rien que ça. Elle est signée par de nombreux interlocuteurs de Géraldine Woessner, les médecins Jérôme Barrière et Jacques Robert (encore eux), le présentateur de M6 et a href="https://www.arretsurimages.net/articles/mac-lesggy-le-savant-flou" class="spip_out" rel="external"« ipseudo-rationaliste/i »/a Mac Lesggy, l'ancien ministre et a href="https://lesjours.fr/obsessions/les-lobbyistes/ep31-colloque-de-rugy/" class="spip_out" rel="external"conférencier occasionnel pour le lobby des semenciers/a François de Rugy, ou encore le moins connu Gil Rivière-Wekstein, fondateur du site Agriculture Environnement, un site identifié comme « idiffus[ant] des propos climato-sceptiques/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« Le lobbying de Monsanto : une attaque contre notre planète et la (…)" id="nh1"1/a]/span./p pBref, on retrouve là en grande partie ce que le sociologue Sylvain Laurens et les journalistes au iMonde/i Stéphane Horel et Stéphane Foucart décrivent comme l'écosystème des « marchands de doute »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Les Gardiens de la raison, La Découverte, 2020." id="nh2"2/a]/span. Leurs procédés rhétoriques s'articulent toujours de la même façon : moquer les « imarchands de peur/i », comme le faisaient les industriels du tabac au XXe siècle ; opposer « ila rationalité virile de la science/i » à « ila déraison environnementaliste hystérique/i » ; présenter les velléités de régulation au nom du principe de précaution comme plus dangereuses pour la démocratie que le laisser-faire ; pourfendre, au fond, tout ce qui relève de « ila critique du capitalisme agricole/i »./p /br h3 class='article_intertitres'Le cadmium revient dans l'actualité/h3 p/brLe 25 mars 2026, patatras ! L'Anses publie son nouveau rapport, et il est assez clair : les craintes à propos du cadmium sont confirmées. Les voies de la contamination humaine ? « iCette expertise confirme que l'alimentation est la source majeure de l'imprégnation humaine./i » Les sources de la contamination de l'alimentation ? « iIl en ressort qu'il faut agir avant tout à la source de la contamination des aliments, liée en grande partie à la présence de cadmium dans les sols agricoles/i », synthétise l'agence sanitaire. Le lien avec certains cancers ? « iCompte tenu de niveaux d'imprégnation […], des effets sanitaires du cadmium sur la santé (cancérogénicité certaine ou suspectée pour l'Homme selon le type de cancer […]) et du caractère bioaccumulable dans l'organisme […], la nécessité de réduire les sources d'exposition, telle que déjà formulée (Anses 2011 ; 2019) est réaffirmée./i » Bref, le discours « rassuriste » est largement balayé./p pComme l'ensemble de la presse, et à contre-courant de ce qu'elle avait produit jusque-là sur le sujet, Géraldine Woessner titre sur les « irisques réels/i » de l'exposition au cadmium. Mais elle relativise aussitôt par un cadrage sur le « idébat brouillé/i » : « Exposition au cadmium : risque réel, débat brouillé » (25/03). Et l'on sent bien, dès l'introduction, que c'est de ça dont a vraiment envie de parler la journaliste : « iDepuis plusieurs mois, le cadmium s'est imposé dans le débat public sur un mode inhabituellement tendu. […] À l'arrivée, une série d'alertes et de prises de parole alarmistes qui ont installé un climat d'inquiétude […]./i » Pas dégonflée, la journaliste ne lâche pas sa ligne « rassuriste » : « iSi aucune alerte sanitaire immédiate n'est identifiée, l'agence pointe une accumulation progressive préoccupante./i » Un risque sanitaire est identifié, l'accumulation progressive est préoccupante, mais l'alerte n'est pas immédiate ! Où l'on retrouve la logique fondamentale des « marchands de doute »… et la constance de leurs pratiques : ne jamais faire amende honorable, même lorsque l'on a pendant des mois, au nom de « la science », vendu le doute sur un risque pourtant avéré./p /br centerstrong***/strong/center p/brDans leur ouvrage iLes Gardiens de la raison/i, Stéphane Foucart, Stéphane Horel et Sylvain Laurens décrivent en ces termes l'action médiatique des « marchands de doute » : « iDans un monde traversé par l'incertitude et les fake news, les professionnels de l'influence investissent désormais dans la médiation scientifique. La tactique leur permet de se tenir au plus près des lieux de décision politique et de s'y présenter comme faisant œuvre utile. Revêtant leurs panoplies de fact-checkers face aux "marchands de peur", ils peuvent alors jouer le rôle de promoteurs de la "Science" auprès du grand public./i » Ce retour critique sur la production éditoriale du iPoint/i à propos du cadmium permet de voir que, sur ce sujet a href="https://rogueesr.fr/le-point/" class="spip_out" rel="external"comme sur d'autres/a, l'hebdomadaire a joué à plein son rôle de « marchand de doute », en appliquant les mêmes stratégies éculées (multifactorialité, instrumentalisation de l'incertitude, relativisation du risque). Ce parti pris constant, relativiste, favorable à l'agro-industrie, ne semble pas avoir écorné la crédibilité journalistique de ce magazine ou de ses rédacteurs en chef, qui continuent de bénéficier de leurs ronds de serviette à la télé et à la radio, où ils peuvent au contraire poser en « gardiens autoproclamés de la science » contre les « ipaniques inventées/i » (par la gauche, précisent-ils parfois). La « Science » ne dit pas jusqu'à quand cette imposture tiendra./p p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« a href="https://corporateeurope.org/fr/food-and-agriculture/2016/11/le-lobbying-de-monsanto-une-attaque-contre-notre-plan-te-et-la-d" class="spip_out" rel="external"Le lobbying de Monsanto : une attaque contre notre planète et la démocratie/a », Corporate Europe Observatory, 2/11/2016./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spaniLes Gardiens de la raison/i, La Découverte, 2020./p /div/div
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Racisme contre les nouveaux maires : Franceinfo change de sujet

jeu, 2026-04-02 15:27
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/franceinfo310326-aabe1.png?1776672969' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" / div class='rss_chapo'pEffet de cadrage, pouvoir de nuisance./p/div div class='rss_texte'pQue peut-on attendre d'un plateau de Franceinfo réunissant les quatre journalistes Agathe Lambret, Renaud Dély, Alix Bouilhaguet et Étienne Girard ? Le 31 mars dans l'émission « Les informés du matin », le bandeau semblait à première vue très clair : « Le maire de Saint-Denis victime d'attaques racistes ». Un agenda salutaire compte tenu de a href="https://snjcgt.fr/2026/04/01/quand-cnews-emmene-la-meute/" class="spip_out" rel="external"la déferlante raciste/a qui, bien au-delà des médias Bolloré, s'abat contre plusieurs nouveaux maires de communes notamment franciliennes comme a href="https://www.arretsurimages.net/emissions/arret-sur-images/nouveaux-maires-de-banlieue-les-violences-imaginaires-des-teles-francaises" class="spip_out" rel="external"Bally Bagayoko (Saint-Denis), Aly Diouara (La Courneuve) ou Demba Traoré (Le Blanc-Mesnil)/a et, par extension, contre les habitants racisés des quartiers populaires. Sauf qu'on le comprend très vite, ce sujet n'est pas auto-suffisant, ni même ce dont semblent vouloir réellement parler les « informés ». La présentatrice Agathe Lambret synthétise le cadrage d'entrée de jeu :/p blockquote class="spip" pstrongAgathe Lambret :/strong Pourquoi le maire de Saint-Denis est-il la cible d'attaques racistes et pourquoi LFI investit le champ identitaire avec son concept de « nouvelle France » ?/p /blockquote pIci,« l'effet de cadrage » donne instantanément la mesure de son pouvoir de nuisance : la problématique est suffisamment mal posée pour que tout le plateau dérive et s'enlise, lentement mais sûrement. D'une part, en mettant strictement sur le même plan des attaques racistes et le concept de « nouvelle France » développé et promu par les responsables LFI. D'autre part, en réduisant ce concept à la célébration d'une « inouvelle France racisée/i » – ainsi que le soutiendront frauduleusement Agathe Lambret et Renaud Dély à plusieurs reprisesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Si l'on trouve l'expression de « nouvelle France racisée » dans un tweet de (…)" id="nh1"1/a]/span – et en assimilant la volonté de faire des discriminations raciales un sujet politique de premier plan à un discours « iidentitaire/i », comparé de surcroît au corpus doctrinal des courants politiques réactionnaires et, singulièrement, de l'extrême droite./p pPour qui n'avait pas compris le projet de l'émission, Renaud Dély paraphrase sa consœur et monte d'un cran :/p blockquote class="spip" pstrongRenaud Dély :/strong Alors pourquoi [Bally Bagayoko] est-il d'abord la cible de ces attaques racistes ? Est-ce qu'il y a eu comme un déclic, une libération de la parole raciste avec son élection, est-ce qu'en ce sens il est d'ailleurs un symbole de ce climat ce nouveau maire de Saint-Denis ? Et d'autre part, pourquoi est-ce que la direction de La France insoumise et plus précisément Jean-Luc Mélenchon semble, lui, recourir aussi à un vocabulaire visant à racialiser le débat politique, au risque donc d'ailleurs de susciter aussi ces réactions racistes qu'on a […] entendues ces derniers jours en réaction ?/p /blockquote pDe là à rendre Jean-Luc Mélenchon responsable des propos racistes, il n'y a qu'un pas… que Renaud Dély franchit allègrement. « iJean-Luc Mélenchon, en investissant ce terrain [identitaire], joue avec le feu ou met de l'huile sur le feu/i », insiste plus tard l'éditocrate, avant d'en appeler doctement à « idistinguer le feu et l'huile/i », c'est-à-dire d'une part « ile feu raciste/i » et, d'autre part, « l'huile » supposément « iidentitaire/i » que LFI déverserait par bidons entiers sur la société et le débat public. Une précaution d'usage sur un plateau qui, de toute évidence, s'inquiète bien davantage de « l'huile » que du « feu ». La preuve ? Les toutologues ont consacré :/p p- environ 5 minutes à commenter – parfois de (très) loin – l'avalanche de racisme à l'encontre des nouveaux maires ;/p p- environ 8 minutes et 30 secondes à divaguer sur le concept (mal compris) de « nouvelle France », à étriller le projet politique (déformé) et les stratégies (fantasmées) de La France insoumise, sans oublier de cultiver un affrontement (factice) entre Jean-Luc Mélenchon et Bally Bagayoko./p pAinsi Renaud Dély insiste-t-il à plusieurs reprises sur le fait que Bally Bagayoko « irécuse ce terme de "racisé" qui est utilisé en particulier par Jean-Luc Mélenchon lorsqu'il défend sa "nouvelle France", lui se dit plutôt un Français "héritier de l'immigration"/i », avant de reprocher à Jean-Luc Mélenchon d'« iinstrumentaliser y compris des élus insoumis qui eux récusent ces termes/i ». Sans doute le grand penseur croit-il ici tenir son « eurêka ! », sans avoir bien l'air de se rendre compte qu'au-delà de choix sémantiques différenciés, une ligne politique commune est défendue sur le fond./p /br h3 class='article_intertitres'« iLes Insoumis, ils ont flatté les discriminations et les relents identitaires/i »/h3 p/brAprès avoir donc soigneusement laissé de côté le sujet principal – le racisme en roue libre –, les commentateurs se raccrochent avec une spontanéité déconcertante au prêt-à-penser médiatique : c'est le temps des divagations autour du concept de « nouvelle France ». L'inénarrable Alix Bouilhaguet s'y colle la première. Et contre toute attente, ça commence plutôt « bien »… ou en tout cas moins mal qu'on l'attendait : cette dernière évoque en effet « iune France […] on peut dire plus jeune, plus populaire, plus urbaine, qui est issue de la diversité, qui est donc plus métissée/i », avant de souligner : « iÇa, c'est pour ceux qui portent ce combat et notamment La France insoumise./i » Las… Apparemment dotée d'une lucidité hors-norme lui permettant de lire dans les entrailles insoumises, la journaliste politique reprend immédiatement le dessus et prétend dévoiler la véritable signification de cette ligne politique :/p blockquote class="spip" pstrongAlix Bouilhaguet :/strong Après, on peut voir les choses d'une autre manière : on peut aussi se dire que ce sont deux France qui s'opposent. En clair, la France des blancs contre la France des diversités. Dire qu'il y a une « nouvelle France », c'est dire qu'il y a une « ancienne France » qui serait à mettre finalement à la poubelle et on est plus dans une lecture communautariste des choses. On n'est pas dans le vivre ensemble, on n'est plus dans le vivre ensemble, et finalement, la couleur de peau fracture l'unité nationale, et ça effectivement, ça pose un problème./p /blockquote pUne interprétation qui ne repose sur aucun élément concret mais à laquelle se rattache l'ensemble du plateau par la suite, comme en témoigne d'ailleurs la relance d'Agathe Lambret : « iEn tout cas, Jean-Luc Mélenchon a investi le champ identitaire qui était plutôt délaissé par la gauche et occupé surtout à droite et à l'extrême droite./i »/p pQuiconque a écouté ou lu ne serait-ce qu'un semblant des développements de responsables insoumis à propos de la « nouvelle France » sait que l'exégèse qu'en propose Franceinfo est faussée. Sans réclamer aux « informés » de longues lectures, une formation accélérée aurait pu consister à parcourir la note synthétique publiée la veille de l'émission sur le blog de Jean-Luc Mélenchon sous un titre apparemment encore trop abscons pour retenir leur attention : a href="https://melenchon.fr/2026/03/30/quest-ce-que-la-nouvelle-france/" class="spip_out" rel="external"« Qu'est-ce que la nouvelle France ? » (30/03)/a. Mais on le sait : les ifast-thinkers/i ont la science infuse. Cette note mentionne-t-elle « id'importantes mutations sociologiques, économiques et même anthropologiques/i » et esquisse-t-elle différents « igroupes sociaux émergents, en pleine dynamique et particulièrement visés par le système économique et politique/i » ? L'éditocratie n'en retient qu'un seul et accuse du même coup LFI d'« obsession identitaire ». Qui est obsédé ?/p pAuto-intoxiqué par son propre commentaire, ses raccourcis permanents et ses idées reçues – lesquelles sont assises sur le prêt-à-penser de a href="https://www.acrimed.org/La-quete-du-vote-musulman-anatomie-d-un-recit"« la quête des quartiers »/a durablement installé par a href="https://www.acrimed.org/Flatter-les-banlieues-musulmanes-dans-la-presse"des années de matraquage/a –, le plateau ne cesse ainsi de dériver :/p blockquote class="spip" pstrongAlix Bouilhaguet :/strong Il n'y a pas plus clivant que ce concept dans la bouche de Jean-Luc Mélenchon parce qu'en fait, il faut le traduire quand même comme grosso modo une France racisée versus une France raciste. Enfin… je caricature un peu mais c'est les deux France qu'il veut quand même opposer. Alors naturellement, on peut dire que dans cette stratégie de La France insoumise, il y a une volonté de dénoncer un racisme décomplexé, il y a une volonté de politiser les discriminations pour finalement mettre le doigt dessus. Après, on peut aussi dire le contraire ! On peut aussi dire que ce grand remplacement, ça veut bien dire qu'il y a une forme de revanche à prendre, de revanche sur les gens qu'on doit remplacer et c'est pour ça que certains peuvent dire : bah voilà, ils ont fait preuve de clientélisme électoral, les Insoumis, ils ont flatté les discriminations et les relents identitaires pour pouvoir effectivement étendre leur mainmise./p /blockquote pL'incarnation du n'importe quoi tient lieu de « journalisme ». Le reste est en effet du même tonneau, témoignant des plus spectaculaires renversements dont est capable, 24h/24, le commentariat ordinaire. Florilège :/p /br centeriframe title="Franceinfo, 31 mars 2026" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/2jnmiC3Pq22sCxtDUCDuyX" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center p/brRésumons :/p p- Quand un plateau de Franceinfo prétend rendre compte des attaques racistes subies par le maire de Saint-Denis, les journalistes évacuent le sujet au profit d'un autre – « iEst-ce qu'il est dangereux ce concept de "nouvelle France", […] a minima clivant ?/i » (Agathe Lambret) – et sur la base de cette inversion victime/coupable, en font le « problème » n°1./p p- Une fois installé, le commentaire sur le concept de « nouvelle France » peut être déformé (à l'unisson) par quatre journalistes « respectables », lesquels communient dans la désinformation et décrètent qu'il en va là d'une « istratégie identitaire/i ». Les questions de la représentativité ethno-sociale des élus et des discriminations raciales, notamment, sont passées par pertes et profits, interprétées comme autant d'éléments à charge contre LFI./p p- Sur la base de ces interprétations frauduleuses, les journalistes peuvent ressortir le prêt-à-penser des « extrêmes qui se valent », en réussissant le tour de force de dresser une équivalence entre la « nouvelle France » et le « grand remplacement »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Ils s'appuient pour ce faire sur l'un de leurs procédés favoris, éprouvé (…)" id="nh2"2/a]/span – un fantasme raciste et complotiste a href="https://www.acrimed.org/Zemmour-un-artefact-mediatique-a-la-Une"légitimé par les grands médias/a –, c'est-à-dire à banaliser l'extrême droite dans un sujet supposément consacré au racisme qu'elle déverse à torrent continu contre des élus noirs et arabes. Terminus de ce grand voyage accéléré au pays des éditocrates ? « iJean-Luc Mélenchon sert en fait l'extrême droite/i ». Dixit Renaud Dély./p p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div hr / div class='rss_notes'div id="nb1" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanSi l'on trouve l'expression de « inouvelle France racisée/i » dans un tweet de Jean-Luc Mélenchon (a href="https://x.com/JLMelenchon/status/1842269224288375142" class="spip_out" rel="external"X, 4/10/2024/a), c'est aux côtés d'autres versants que recouvre précisément le concept de « nouvelle France », au rang desquels par exemple « ila nouvelle France des femmes/i » ou encore « ila nouvelle France des villes/i »./p /divdiv id="nb2" pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanIls s'appuient pour ce faire sur l'un de leurs procédés favoris, a href="https://www.nouvelobs.com/politique/20260129.OBS111942/melenchon-et-le-grand-remplacement-la-logique-de-la-fracturation.html" class="spip_out" rel="external"éprouvé très largement/a, à savoir sélectionner des bouts de déclarations de Jean-Luc Mélenchon pour soutenir qu'il fait lui-même ce rapprochement, alors que son propos, tenu lors d'un meeting à Toulouse le 22 janvier, visait précisément (et classiquement) à retourner le stigmate./p /div/div
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