
Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des médias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed relève également les dérives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il véhicule le prêt-à-penser de la société de marché.
Mis à jour : il y a 42 minutes 30 secondes
lun, 2026-04-20 07:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH87/30_ans-5b37b.jpg?1776672966' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='87' alt="" /
div class='rss_chapo'pÀ l'occasion de ses 30 ans, l'association Acrimed publie un Appel, en écho à l'« a href="https://www.acrimed.org/Appel-pour-une-action-democratique-sur-le-terrain-des-medias-1996"Appel pour une action démocratique sur le terrain des médias/a » de 1996./p/div
div class='rss_texte'pDepuis 30 ans, les médias dominants confirment et aggravent jour après jour leur rôle de gardiens de l'ordre néolibéral et autoritaire. L'emprise des industriels milliardaires et le poids des logiques commerciales ont appauvri l'information de manière considérable. Dans les médias privés comme de service public, l'enquête et le reportage sont de plus en plus sacrifiés sur l'autel de l'éditorialisme et du commentaire permanent. De la presse écrite à l'audiovisuel, un petit nombre de journalistes vedettes monopolisent la parole, concentrent le pouvoir éditorial et les gratifications symboliques, tandis que les inégalités se creusent avec les journalistes au bas de l'échelle dont les conditions de travail se précarisent./p
pChoix d'agenda, hiérarchisation et cadrages de l'information, marques de (dé)légitimation : imposées par le haut et trop souvent à sens unique, ces pratiques journalistiques pèsent lourd dans la construction de « l'actualité ». Elles sapent les conditions d'expression et de représentation des classes populaires et de la gauche partisane, syndicale, associative et intellectuelle ; elles défigurent les luttes sociales, écologistes, féministes et antiracistes. Dirigés et verrouillés par des chefferies sociologiquement solidaires des intérêts des classes dirigeantes, les médias dominants sont à cet égard des acteurs de l'asphyxie du débat public, renforcée par la normalisation de l'extrême droite et la diabolisation des mouvements d'émancipation./p
pParce que les fondamentaux journalistiques sont aujourd'hui régulièrement balayés au profit d'un prêt-à-penser fondé sur une accumulation d'idées reçues et de représentations frauduleuses du monde social et politique, les grands médias participent activement à l'effondrement démocratique. Le journalisme politique et sa focalisation, à grand renfort de sondages, sur les aspects les plus superficiels de la vie politique joue un rôle délétère. Le traitement des questions internationales en général et du génocide des Palestiniens à Gaza, en particulier, exacerbe ce grand dérèglement./p
pCes phénomènes n'ont rien d'une fatalité. Trente ans après la fondation de l'association Action-Critique-Médias (Acrimed), le 29 mars 1996, nous, lecteurs et lectrices, sympathisants et sympathisantes, camarades, membres et ex-membres d'Acrimed, nous réjouissons de constater que la question médiatique est, aujourd'hui, devenue un enjeu politique incontournable au sein des mouvements d'émancipation. La bataille est plus que jamais d'actualité. Nous appelons en conséquence à soutenir les actions d'Acrimed et à partager son combat pour une réappropriation démocratique des médias, contre la marchandisation de l'information, de l'édition et de la culture. Lutter contre la concentration et la financiarisation des médias, permettre l'indépendance des rédactions, libérer l'audiovisuel public des emprises politiques et commerciales et soutenir les médias indépendants relèvent de l'urgence démocratique./p
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h3 class='article_intertitres'Signataires/h3
p/brstrongLe collectif d'animation et la rédaction d'Acrimed/strong · strongSarah Abdelnour/strong (sociologue) · strongGilbert Achcar/strong (sociologue) · strongBruno Amable/strong (économiste) · strongJoseph Andras/strong (écrivain) · strongOlivier Azam/strong (réalisateur) · strongLudivine Bantigny/strong (historienne) · strongLucie Barette/strong (autrice et chercheuse en Langue et littérature françaises) · strongPierre-Emmanuel Barré/strong (humoriste) · strongAllan Barte/strong (dessinateur) · strongHicham Benaissa/strong (sociologue) · strongSoumaya Benaissa/strong (journaliste) · strongMarie Bénilde/strong (journaliste) · strongJudith Bernard/strong (co-fondatrice de Hors-Série) · strongBésot/strong (dessinateur) · strongLaurent Binet/strong (écrivain) · strongJules Blaster/strong (journaliste) · strongPauline Bock/strong (journaliste) · strongVincent Bollenot/strong (historien) · strongSarah Bos/strong (journaliste, porte-parole de l'Ajar) · strongNora Bouazzouni/strong 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ven, 2026-04-17 18:17
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/barbier_1er_mai-4b062.jpg?1776672966' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pAutoriser le travail le 1er mai pour certaines professions ? L'éditocratie soutient l'idée avec enthousiasme./p/div
div class='rss_texte'pC'est ce que les journalistes appellent « un marronnier ». Comme (presque) chaque année, une proposition de loi visant à autoriser le travail le 1er mai a été mise sur la table ; et comme (presque) chaque année, une grande partie de la presse a soutenu l'idée. Cette fois, la tentative émane d'une proposition de loi LR reprise par Gabriel Attal, soutenue par le gouvernement, et examinée à l'Assemblée nationale le 10 avril. C'est le journal iL'Opinion/i qui avait ouvert le feu, dès le 27 mars, avec un article de première page : « Attal veut autoriser le travail le 1er mai et séduire les patrons ». Gabriel Attal « ia un coup en tête/i », explique le journal : « iFaire adopter une proposition de loi qui autorisera le travail le 1er mai pour certaines professions./i » iL'Opinion/i se réjouit de cette volonté de « ilibérer le travail/i » (sic), mais prévient : « iLe sujet est aussi controversé que porteur./i »/p
pPour s'assurer des bonnes dispositions de « l'opinion » – ou en fabriquer une sur mesure –, la CPME (Confédération des petites et moyennes entreprises) commande alors un sondage ; c'est iLa Tribune Dimanche/i qui se charge de le relayer (5/04) : « iLes Français souhaitent en majorité travailler le 1er-Mai./i » Le sondage est présenté comme « iexclusif/i » et figure en manchette à la Une du journal, qui se permet de simplifier encore la formule pour être plus accrocheur : « Les Français veulent travailler le 1er mai ». Dans le papier qui présente les résultats, le micro est tendu au commanditaire de l'étude, Amir Reza-Tofighi, président de la CPME : « iComme nous le pressentions, ils sont très majoritairement pour/i », se réjouit-il. Où la dialectique entre un institut de sondage et son client se dévoile : à travers une question orientée et simplifiant les enjeux à l'extrêmespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="La question adressée par le sondage était la suivante : « Seriez-vous (…)" id="nh1"1/a]/span, veuillez nous confirmer ce que « inous pressentions/i » ; aidez-nous à co-construire dans l'espace public cette opinion que nous avons déjà, en lui donnant un vernis scientifique./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage_manchette_et_titres.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH260/montage_manchette_et_titres-ea5ac.jpg?1776672966' width='500' height='260' alt='' //a
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p/brCela suffit comme souvent à bluffer une bonne part du champ journalistique. Le sondage OpinionWay est instantanément repris un peu partout : iSud Ouest/i (5/04), BFM-TV (5/04), RMC (6/04), iL'Opinion/i (10/04), iL'Indépendant/i (13/04), Le HuffPost (13/04), Sud Radio (14/04), etc. Sur la base de cette « étude » qu'ils prennent au sérieux, les éditorialistes se sentent autorisés à se faire la voix du peuple qui, pour une fois croient-ils, converge avec celle du pouvoir : « iNombre de travailleurs veulent travailler le 1er mai/i, assure Christophe Barbier sur LCI (13/04), ilaissons les professions décider sur la base du volontariat ! La réforme proposée par le gouvernement, c'est pas obliger les gens !/i » L'occasion était trop belle pour ne pas tirer à vue sur « iles professionnels du syndicalism/ie », lesquels ont fait du 1er mai un « itotem/i » « isacré/i » et iraient à l'encontre de la volonté des travailleurs, que Barbier, armé de son sondage, connaît mieux que personne./p
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h3 class='article_intertitres'« iL'État français vous interdit […] de gagner votre vie une journée par an/i »/h3
p/brIl n'est pas le seul éditocrate à gloser sur le travail du 1er mai… et encore moins sur les désirs supposés « des-Français ». Dès le 6 avril, au lendemain de la publication du fameux sondage, c'est la « voix de droite » de RMC, Louis Sarkozy, qui s'y met, avec la finesse qu'on commence à lui connaître. La théâtralisation se joue dans un tango parfaitement maîtrisé avec le présentateur, Matthieu Belliard, qui pose dès le lancement les résultats du sondage d'opinion comme un fait incontestable :/p
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pstrong- Matthieu Belliard :/strong Près de 3 Français sur 4 qui veulent pouvoir bosser le 1er mai, c'est le résultat d'un sondage commandé par la CPME pour iLa Tribune Dimanche/i. Fleuristes et boulangers n'ont pas le droit de faire travailler leurs salariés […]. Vous, Louis, ça vous révolte ?/p
pstrong- Louis Sarkozy :/strong Matthieu, j'aime mon pays. Je l'aime profondément. Mais parfois il est l'hôte d'une bêtise, d'un non-sens stratosphérique. Nous sommes en 2026 et l'État français vous interdit physiquement et juridiquement de gagner votre vie une journée par an, même si vous le voulez, même si vos employés sont d'accord, même si vos clients le demandent, même si le pays en a besoin… mais c'est désespérant !/p
pstrong- Matthieu Belliard :/strong Mais ce jour férié c'est une conquête sociale, et puis par ailleurs c'est un jour férié historique !/p
pstrong- Louis Sarkozy :/strong Mais quelle importance, Matthieu ? Regardez ce qui arrive à nos artisans ! L'année dernière en Vendée, cinq boulangeries ont été « raidées » par l'inspection du travail comme s'il s'agissait de repères de trafiquants… Les points de deal, on n'y touche pas, mais le vendeur de pain le 1er mai mobilise des dizaines de fonctionnaires ?/p
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pInterdiction de se moquer…/p
pPendant dix jours, journalistes et éditorialistes vont ainsi se relayer pour mettre à l'agenda médiatique cette idée originale. Le 6, Estelle Denis en fait l'un des sujets de son émission sur RMC (« Estelle Midi ») : « iLes Français ont tranché !/i affirme-t-elle sur la base du sondage de la CPME. iTravailler le 1er mai, c'est un grand oui !/i » Ce n'est plus seulement une mesure (bancale) de l'opinion, mais le résultat d'un vote formel, presque d'un référendum, « iles Français ont tranché/i ». Le 7, c'est Alba Ventura qui s'y colle sur TF1, dans la matinale de Bruce Toussaint : « Travailler le 1er mai… si je veux ! » Tous les mots-clés sont lancés : « isouplesse/i », « iliberté/i », « ibâton dans les roues/i » des petits commerçants, « ilutte complètement dépassée/i » des syndicats… Pour appuyer sa démonstration, Alba Ventura cite elle aussi le sondage de la CPME : « iVous savez Bruce, c'est rare qu'un sondage soit aussi unanime […] : tout le monde dit oui !/i » Le même jour (7/04), le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou se rend sur CNews, face à une Laurence Ferrari conquise par l'idée./p
pQuand elle n'est pas le sujet d'un édito ou d'une interview politique, la question « faut-il autoriser le travail le 1er mai ? » se retrouve au cœur d'un débat de plateau. C'est ce qu'organise l'émission « C à Vous » le 7 avril (France 5). C'est aussi le sujet du débat d'Anne-Sophie Lapix deux jours plus tard sur RTL (9/04) : « Faut-il que les salariés travaillent le 1er mai ? ». Ou encore celui d'Éliot Deval sur Europe 1 (10/04) : « iC'est incroyable que dans un pays qui souffre d'un manque de travail, on ne permet [sic] pas aux gens de travailler./i » La radio du groupe Bolloré va d'ailleurs s'illustrer par un matraquage de grande ampleur, avec pas moins de 21 entrées sur le site à ce sujet entre le 10 et le 14 avril. Mention spéciale pour les éditos de Christine Kelly, qui s'est surpassée en matière de titraille : « Pourquoi la gauche veut-elle continuer d'interdire aux Français courageux de travailler le 1er mai ? » (13/04) Ou encore : « Contrôles, amendes : le 1er mai est-il devenu le jour du racket des petits commerçants ? » (14/04). Sur BFM-TV aussi, le débat est posé par Marschall et Truchot en des termes choisis : « 1er mai : le diktat du repos obligatoire ? » (14/04)/p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/diktat_repos_obligatoire.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/diktat_repos_obligatoire-58c49.jpg?1776672966' width='500' height='281' alt='' //a
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p/brCe plateau-ci est l'occasion d'une autre figure classique du journalisme de classe, le traquenard organisé contre un représentant de gauche : le sénateur communiste Fabien Gay se retrouve ainsi seul contre tousspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="En plus des deux présentateurs, il y a autour du plateau : Marie Chantrait, (…)" id="nh2"2/a]/span, autour d'une table entièrement favorable à la « ilibération du travail/i », à « il'assouplissement/i », et considérant comme une évidence « iqu'il faut travailler plus dans ce pays/i ». Lorsque Fabien Gay fait remarquer au présentateur que le plateau n'est pas équilibré, et qu'il s'agit d'un « idébat à 5 contre 1/i », Olivier Truchot se retranche derrière… le sondage de la CPME, pour considérer que son plateau est en réalité représentatif de « l'opinion publique » : « iBen, 74% des Français !/i », lâche-t-il avec un haussement d'épaules./p
pLes JT ne passent pas à côté de cette « actualité » et les sujets sont à peu près tous construits de la même façon, à l'image de ce « reportage » de BFM-TV (10/04) diffusé en boucle : d'abord, et comme le veut la hiérarchie, parole d'un petit patron souhaitant faire travailler ses salariés le 1er mai (ici, un poissonnier parisien) : « iIl faut vivre avec son temps et laisser faire les gens comme ils le souhaitent/i » ; puis, rappel de la législation en vigueur ; ensuite, parole d'un salarié (ici, une employée de la même poissonnerie, interrogée… devant son patron) ; enfin, conclusion sur… le sondage de la CPME : « i74% des Français se disent tout de même favorables […]/i ». Emballez, c'est pesé !/p
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h3 class='article_intertitres'Motion de rejet : « iPas forcément une mauvaise nouvelle/i »/h3
p/brLargement promue avant son examen par l'Assemblée nationale, la proposition de loi arrive finalement au parlement le 10 avril. La presse écrite est évidemment sur le pont. Et se montre elle aussi plutôt favorable à cette arlésienne : iLe Figaro/i fustige la « igrogne des syndicats/i » (10/04), et iL'Opinion/i s'appuie (encore) sur le sondage de la CPME pour affirmer qu'une « iécrasante majorité/i » des Français est favorable à cette réforme (10/04). Le HuffPost nous parle de « ice totem que rêvent de faire tomber le bloc central et la droite/i » (10/04), quand iL'Indépendant/i fait dans l'équivoque : « Travail le 1er mai : "Je pensais que c'était déjà autorisé..." » (10/04). iMidi Libre/i interroge un professeur de droit social qui parle de « idéverrouiller[r] l'interdiction/i » (10/04), et iLe Journal de Saône-et-Loire/i interroge le président de la Confédération nationale de la boulangerie, « il'un des acteurs à l'origine de la proposition de loi présentée ce vendredi pour autoriser sous conditions le travail le 1er Mai/i », qui parle lui de « iclarification/i » (10/04). Bref, comme l'audiovisuel, la presse écrite exerce à sens unique ses pouvoirs de mise à l'agenda (« nous allons parler de ci plutôt que de ça ») et de cadrage (« nous allons en parler comme ci plutôt que comme ça »)./p
pMais dans la journée, un rebondissement s'offre aux chroniqueurs : les députés macronistes votent une motion de rejet préalable contre leur propre texte afin de contourner les débats parlementaires ! La pratique est rare, mais elle ne scandalise pas outre mesure la presse politique. Au contraire : le coup de force institutionnel est euphémisé, justifié voire valorisé par une large partie des médias, enthousiastes face à cette accélération du calendrier qui pourrait permettre à la réforme de s'appliquer dès le 1er mai 2026. « iSur le papier, le texte a toutes les chances de passer puisqu'il bénéficie d'une majorité allant de Renaissance au RN […]. Encore faut-il que les députés aillent jusqu'au vote, ce qui n'est pas garanti vu le nombre important d'amendements déposés par la gauche/i », prévenait d'ailleurs Le HuffPost (10/04). Aussi le quotidien iLes Échos/i avait-il anticipé le coup de force avec une très belle litote (10/04) : « iJeudi en fin de journée, les députés EPR s'interrogeaient sur l'opportunité de voter [la motion de rejet préalable] : son adoption ne serait pas forcément une mauvaise nouvelle, puisque le texte serait directement renvoyé en commission mixte paritaire, où la majorité en faveur de l'extension du travail le 1er-Mai est acquise./i »/p
pChristophe Barbier est lui beaucoup plus clair (LCI, 13/04) : « iOn renvoie directement le texte en commission mixte paritaire, sept députés/sept sénateurs, c'est plus raisonnable !/i » Et surtout : « iÇa permet de faire espérer une adoption du texte avant le 1er mai !/i »/p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/barbier_1er_mai.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/barbier_1er_mai-43edf.jpg?1776672967' width='500' height='281' alt='' //a
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p/briLe Progrès/i entretient le même espoir (11/04) : « iPeut-être dès cette année […], si le texte est rapidement inscrit au Journal Officiel./i » « iLes députés ont trouvé le moyen d'accélérer le parcours législatif du texte/i », écrit iLe Figaro/i (11/04) : « iAfin de contourner cet embouteillage parlementaire, les macronistes ont saboté leur propre texte./i » Dans iLibération/i aussi, en première page (13/04), le coup de force est présenté comme une simple « imanœuvre/i » visant « ià accélérer l'examen/i », non pas à s'asseoir sur l'Assemblée. On trouve ailleurs les mots « icoup de théâtre/i » (iL'indépendant/i), « itour de passe-passe/i » (iLe Figaro/i), ou simplement « idémarche/i » (iLe Monde/i) – les mots les plus tranchés étant systématiquement entre guillemets et, comme de coutume, prêtés à l'opposition : « iLa gauche dénonce un "passage en force"/i » (iLe Monde/i, 10/04) ; « iSophie Binet a dénoncé "un coup de poignard dans le dos des millions de travailleurs et travailleuses"/i » (iNouvel Obs/i, 10/04), etc./p
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h3 class='article_intertitres'Le gouvernement recule… au grand dam des éditocrates/h3
p/brLundi 13 avril, nouveau « icoup de théâtre/i » : menacé par une motion de censure déposée par le groupe GDR (communiste), le gouvernement recule et enterre le texte de loi… au grand dam d'une partie de l'éditocratie. Sur Franceinfo, Axel de Tarlé revient sur cette actualité dans son émission fort mal nommée, « L'info s'éclaire » (13/04). La question qui structure son plateau (et orne son bandeau) résume l'état d'esprit du présentateur : « Travail le 1er mai : le gouvernement recule… à tort ? » Face à un plateau plutôt rétif, Axel de Tarlé ne cache pas sa déception : « iC'est aux syndicats de statuer ? Ou aux Français ? Non parce que si vous demandez aux Français, regardez le sondage, il est très clair : 74% des Français sont pour cette proposition de Gabriel Attal […]. Ils ont tort les Français ?/i »/p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/info_s_eclaire.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/info_s_eclaire-e0762.jpg?1776672967' width='500' height='281' alt='' //a
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p/brPour Pascal Praud, sur Europe1/CNews (13/04), l'abandon de cette réforme est « iune synthèse de tous les maux français/i » et de « il'archaïsme syndical/i ». Et les violons sont de sortie : « iQuelle tristesse que cette reculade ! En France, la liberté de travailler est soumise à la CGT et à quelques syndicats qui rejouent la lutte des classes./i » Sur LCI, Ruth Elkrief jette les mêmes mots dans un autre ordre : « iCette affaire n'est pas anecdotique, […] elle révèle plusieurs maux de la société française et de la politique française : c'est une comédie parlementaire, face à un gouvernement faible, et une gauche archaïque./i » Sur Sud Radio, Éric Revel est colère (13/04) : « iPaf ! Tout ça est balayé. Pourtant, sur la base du volontariat, pourquoi pas ? Libérer le travail dans ce pays, pourquoi pas ? […] Les syndicats ont dit "Niet !" et tout a été balayé./i » L'éditocrate n'en revient pas : « iJe regardais le sondage, 73% des Français sont pour. Les syndicats sont contre. Et ils représentent quoi les syndicats ? 7 à 8% des salariés du secteur privé. C'est ça la démocratie sociale en France./i » Enfin, pour Dominique Seux, sur France Inter (13/04), « itransformer le 1ᵉʳ mai en guerre de religion, entonner L'Internationale à l'Assemblée, quand le sujet concerne quelques professionnels bien identifiés, tout cela est ridicule !/i »/p
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p/brDe nombreuses propositions de loi sont discutées chaque semaine, et rares sont celles qui font l'objet d'un réel débat public organisé par l'espace médiatique. Dans le cas d'espèce, les outils journalistiques employés pour « mettre à l'agenda » la proposition de Gabriel Attal ne sont que très classiques dès qu'il s'agit de a href="https://www.acrimed.org/Medias-et-travail-celebrer-la-valeur-travail"casser les conquêtes du mouvement ouvrier/a : sondage d'opinion commandité par un syndicat patronal et mobilisé à tort et à travers ; éditos à sens unique des gardiens de l'ordre économique et social ; cadrages des débats depuis le point de vue du pouvoir ; euphémisation voire valorisation du coup de force parlementaire ; utilisation d'un vocabulaire mélioratif pour la réforme (« libérer le travail », « déverrouiller », « bon sens ») et de disqualifications pour les syndicats (« archaïques » ou « grogneurs »). Au total, une large partie de la presse aura parfaitement joué son rôle d'accompagnement d'une réforme anti-sociale… et peut se remettre à espérer, après que Sébastien Lecornu a annoncé vendredi 17 avril le dépôt d'un nouveau projet de loi, a href="https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/04/17/sebastien-lecornu-annonce-que-les-boulangers-et-les-fleuristes-pouront-ouvrir-le-1er-mai_6680879_823448.html" class="spip_out" rel="external"« iavant ce 1er mai/i »/a./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLa question adressée par le sondage était la suivante : « iSeriez-vous favorable à ce que les salariés volontaires puissent travailler le 1er mai dans les commerces de proximité, avec une rémunération doublée ?/i »/p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanEn plus des deux présentateurs, il y a autour du plateau : Marie Chantrait, cheffe du service politique de BFM-TV ; Véronique Langlais, présentée comme « bouchère », qui dirige la boucherie Meissonier, une boucherie de luxe du 17e arrondissement de Paris, présidente du syndicat des Bouchers de Paris (ce n'est pas précisé sur le bandeau) ; et Farell Legendre, présenté comme « fleuriste », président de la Féderation Française des Artisans fleuristes (ce n'est pas précisé sur le bandeau)./p
/div/div
jeu, 2026-04-16 14:52
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH91/salamearnault-7afdf.jpg?1776672967' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='91' alt="" /
div class='rss_chapo'pPour restaurer son image, le grand patronat peut toujours compter sur Léa Salamé./p/div
div class='rss_texte'pLe 23 février 2026, Marc-Olivier Fogiel reçoit une invitée « exceptionnelle » sur RTL : la pianiste Hélène Mercier-Arnault, « épouse de Bernard Arnault » (c'est précisé dans le titre). À cette occasion, elle déclare notamment que « iles clochards/i » le seraient par « ichoix de vie/i ». Si ces propos ne sont pas diffusés par RTL, ils sont exhumés près d'un mois plus tard par a href="https://www.blast-info.fr/articles/2026/les-sdf-choisissent-leur-vie-le-passage-censure-au-montage-dhelene-mercier-arnault-sur-rtl-2d1UQcs3Tk-8zWvpvXpdYQ" class="spip_out" rel="external"Blast/a et a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/190326/etre-sans-abri-un-choix-de-vie-helene-mercier-arnault-coupee-au-montage-sur-rtl" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a (19/03). Face au tollé, Hélène Mercier-Arnault a pu compter sur Léa Salamé pour restaurer son image./p
pC'est le 4 avril, dans l'émission d'infotainment à paillettes « Quelle époque » (France 2), qu'on a pu assister à la contrition poignante d'Hélène Mercier-Arnault… Après l'inévitable promotion du disque de l'invitée – plus de vingt (longues) minutes de complaisance –, Léa Salamé introduit la séquence qui l'intéresse réellement :/p
blockquote class="spip"
pstrongLéa Salamé :/strong Vous avez donné une interview il y a un peu plus d'un mois à RTL, à Marc-Olivier Fogiel. Dans cette interview-là, qui a duré plus de 20 minutes, elle a été montée, ce qui arrive souvent – donc ils ont gardé 10 minutes qu'ils ont diffusées. Et puis, il y a un extrait qui a fuité, dans la presse, dans Mediapart notamment, où on vous entend dire les mots suivants […] : « Ce que je vais vous dire va peut-être vous choquer, les SDF j'y pense pas tous les jours. La première fois où j'ai vu des clochards, c'est quand je suis arrivée à Paris. C'est aussi, j'ai l'impression, un choix de vie. Un choix de vie avec des gens [...] qui ont décidé de lâcher la société. C'est un retrait du monde. » Vous comprenez que cette phrase ait choqué beaucoup de monde ?/p
/blockquote
pLa façon dont Léa Salamé revient sur les événements est intéressante : elle insiste d'abord sur le montage et les coupes, « iça arrive souvent/i », puis parle de « ifuite […] dans Mediapart/i » – alors même que l'intéressée se trouvait dans un dispositif d'interview explicite chez RTL, donc en situation de parole publique. De quoi distiller l'impression qu'Hélène Mercier-Arnault a pu être piégée, que les choses n'ont pas été réglo, justifiant ainsi la maladresse ? Il s'agit, précisément, d'une séance de rattrapage en bonne et due forme :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Hélène Mercier-Arnault :/strong Il m'a posé plein de questions, des questions sur Trump, sur Macron ; et moi je pensais qu'il allait me poser des questions complètement différentes. Je devais présenter mon disque, et toutes les questions qu'il m'a posées pratiquement étaient des surprises. Mauvaises surprises. Mais en même temps, je pensais que c'était un sketch, quoi. Rien de… Vous voyez, quoi. C'était une mise en scène./p
pstrong- Léa Salamé :/strong Mais sur cette réponse-là, on s'est dit « oh la la ! Elle est complètement déconnectée »./p
pstrong- Hélène Mercier-Arnault :/strong Non. Alors il faut dire, le montage n'est pas du tout bien fait, il y a beaucoup de choses qui ont été coupées là-dedans, c'est juste des parties qu'on entend./p
/blockquote
pPourtant, selon Blast, le passage indélicat a été censuré par RTL suite à la demande expresse de son attachée de presse. Cette défense pour le moins confuse laisse place ensuite au véritable morceau de bravoure qui, lui, ne sera pas coupé au montage par France 2. Trémolos grandissants dans la voix, moulinets submergés d'émotions avec les mains, la pianiste poursuit :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Hélène Mercier-Arnault :/strong Et dès qu'il m'a parlé des SDF [...], j'ai eu un espèce de retour en arrière de ma vie, quand j'avais 16 ans, quand j'habitais avec ma sœur à Nanterre, où elle avait un amoureux SDF. Et elle voulait aller vivre avec lui dans la gare du RER à Nanterre. Donc tout de suite ça m'est venu quand il m'a parlé de ça, j'ai eu besoin de dire « j'y pense pas tous les jours » parce que c'était insupportable, tout d'un coup, cette violence. Alors je suis désolée de pleurer à la télévision. En fait, c'est honteux. Et puis c'est très impudique, vous voyez là. Désolé, mais…/p
/blockquote
pL'explication, quoique originale, ne suscite aucune relance de Léa Salamé. Sans doute parce qu'elle apparaît secondaire face au geste d'Hélène Mercier-Arnault : essuyer des larmes à ses yeux, hélas invisibles à l'écran malgré le plan serré du réalisateur. Mais l'essentiel est fait : Léa Salamé tient son « moment », une contre-séquence calibrée pour tourner sur les réseaux sociaux./p
/br
h3 class='article_intertitres'Dépolitiser l'époque/h3
p/brQuant à savoir pourquoi les paroles initiales de madame Arnault sont « choquantes », la question est traitée de manière superficielle, essentiellement pour la forme : « iDe ces dernières années, il y a une telle inégalité, entre les 1% qui gagnent tellement de milliards et les gens qui galèrent […] et qui se disent que des gens comme vous, comme votre mari, sont totalement déconnectés et vivent dans leur petit monde, et ne comprennent pas les vraies souffrances des gens, et c'est peut-être ça qui a résonné dans cette phrase-là/i » désamorce Léa Salamé. Réponse de l'intéressée : « iMais mon mari travaille tellement, il ne profite jamais de la vie, c'est pour ça je suis ravie de faire autant de piano, il travaille, il construit, il donne des emplois…/i » Relance de Léa Salamé : « iOui./i »/p
pHugo Clément, l'autre « journaliste » de l'émission, tente alors un relai : « iCe ressentiment qu'il y a dans une partie de la population, envers les ultra-riches et ces fortunes qui augmentent, vous le comprenez, quand même ?/i » Réponse : « iJe comprends, parce qu'il y a souvent des attitudes de gens très riches qui se croient tout permis, au-dessus de tout le monde, qui sont très arrogants, c'est insupportable./i » Un problème d'éducation, donc. Relance du contradicteur : « iCe n'est pas le cas de votre mari, donc, selon vous./i » « iNon/i », se contente de répondre l'épouse. Fin de l'échange, on en restera là./p
pOn ne débattra pas davantage des inégalités qui sévissent en France, de la hausse de la pauvreté sous la présidence du mari de la « icopine/i » d'Hélène Mercier-Arnault, sur la persistance des SDF dans la 7e économie mondiale, ni des ressorts de la fortune de Bernard Arnault, que Léa Salamé présente d'ailleurs d'emblée comme l'« iun des plus grands chefs d'entreprise français/i », qui « icrée plein d'emplois/i » (et « iqui suscite beaucoup de fantasmes/i »). Car « Quelle époque » n'est pas tant là pour éclairer l'histoire que pour dépolitiser ses enjeux./p
pEn l'occurrence, en dehors de la séquence commedia dell'arte, c'est une trentaine de minutes de bavardages people qu'il faut subir. Sur sa love story avec Bernard et la tenue dans laquelle il se couche, sur sa sœur Madeleine qui fumait du cannabis et qui s'est suicidée, sur ses voyages et sa manière de faire sa valise, sur son horreur des dîners mondains et la guéguerre de succession entre progénitures dorées…/p
pTandis que Léa Salamé et son acolyte font étalage de leurs qualités d'intervieweurs. Florilège : « iVotre mari, quand vous le rencontrez, vous lui dites très clairement "désolé, moi j'aime pas les hommes d'affaires, c'est que des voleurs ou des menteurs"/i » (Léa Salamé) ; « iJe crois que c'est votre mari, Bernard Arnault, qui vous a sorti de ce deuil, en vous disant une phrase qui vous a fait l'effet d'un électrochoc ? Qu'est-ce qu'il vous a dit ?/i » (Hugo Clément) ; « iMême à votre mari, vous lui dites "je peux claquer la porte" ?/i » (Léa Salamé) ; « iEst-ce qu'il vous joue toujours ça, l'Étude révolutionnaire de Chopin ?/i » (Hugo Clément) ; « iCeux qui disent qu'il est hautain, qu'il est froid, qu'est-ce que ça vous fait ?/i » (Léa Salamé) ; « iVous allez faire vos courses au supermarché ?/i » (Hugo Clément) ; « i35 ans d'amour, c'est quoi le secret de la longévité ?/i » (Léa Salamé) – jusqu'alors silencieux, le journaliste Julian Bugier, invité, tente une relance : « iOn est tous intéressés par la réponse/i »./p
pEn définitive, l'ensemble de la séquence consacrée à Hélène Mercier-Arnault vise à humaniser la grande bourgeoisie, rattraper ses maladresses et dépolitiser ses positions. Par la chronique mondaine, Léa Salamé s'échine à déréaliser les rapports de pouvoir en anesthésiant les rapports de classe./p
/br
div class='spip_document_16507 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/salamearnault.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH304/salamearnault-ca5c6.jpg?1776672967' width='500' height='304' alt='' //a
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/div/br
h3 class='article_intertitres'Merci pour ce moment/h3
p/brAncienne égérie de la matinale de France Inter et a href="https://www.acrimed.org/Starification-des-journalistes-le-cas-Lea-Salame"désormais star/a du 20h de France 2, Léa Salamé cultive le mélange des genres. Dans « Quelle époque », une émission de divertissement présentée comme un talk-show sur l'actualité, on ne sait plus trop si on a affaire à une journaliste de premier plan ou à l'animatrice glamour du show-business./p
pCe mélange des genres est utile : il lui permet de reverser la légitimité symbolique associée à la crédibilité journalistique (et au service public) sur son rôle de faire-valoir des grands et des grandes de cette époque. En l'espèce, apporter le gage de sérieux à ce sketch de seconde zone et replacer le cadrage de la polémique dans les bornes consensuelles de l'ordre établi./p
pCe qui en fait une ressource de premier plan pour la classe dominante. On pourrait d'ailleurs imaginer que cette séance de rattrapage offerte sur un plateau à madame Arnault vise à rabrouer les mauvaises manières d'un concurrent (Marc-Olivier Fogiel). Et ainsi de se placer avantageusement dans le portefeuille de faveurs d'un grand patron de presse ? Car Bernard Arnault détient aussi, par l'intermédiaire de son groupe de luxe LVMH, le groupe Les Échos-Le Parisien./p
pMais c'est aussi une manière de réaffirmer un credo qu'elle exprimait sans détours en mai 2024, dans une interview vidéo pour Konbini : « iMoi, mon obsession le matin sur Inter par exemple, c'est qu'il y ait un moment. Ce n'est pas d'aller chercher, déceler la vérité./i » CQFD. La starification journalistique ne passe pas par des enquêtes au long cours dignes du prix Albert-Londres, mais par l'exhibitionnisme des connivences auprès des puissants./p
/br
h3 class='article_intertitres'L'archange médiatique des grands patrons/h3
p/brNaturaliser la bonne fortune du grand patronat : Léa Salamé est coutumière du fait. Il y a dix ans déjà, en décembre 2016, elle consacrait une longue interview « embedded » à… Bernard Arnault, pour l'émission « Le doc Stupéfiant » (France 5). Le reportage introduit son sujet avec neutralité et distance toutes journalistiques : « iC'est l'une des plus belles expositions du moment, elle est visible à Paris, la collection Chtchoukine, c'est à la Fondation Louis Vuitton, chez le milliardaire Bernard Arnault, que ça se passe. Et du coup on pose cette question : quand l'État est à sec, est-ce que ce sont les milliardaires qui vont sauver le monde de l'art ? […] Une rencontre exclusive./i »/p
pD'emblée, le biais idéologique est clair : les milliardaires, bons samaritains d'une époque marquée par le démantèlement de l'État (comme s'il n'y avait aucune corrélation entre les deux). Puis le reportage rappelle que Bernard Arnault a suscité la polémique quelques mois plus tôt, en demandant la nationalité belge pour des raisons fiscales. Sauf que « ile milliardaire a cette fois les honneurs de la République/i », nous rassure la voix off./p
pLà encore, Léa Salamé semble bien orchestrer une séance de rattrapage afin de redorer le blason meurtri de la sainte bourgeoisie. D'ailleurs, dès l'entame de la discussion avec le discret milliardaire, Léa Salamé met les pieds dans le plat : « iVous en avez marre d'être critiqué ?/i », avant de laisser son interlocuteur déballer péniblement ses éléments de langage (en France on n'aime pas la réussite, igrosso modo/i) tout en opinant du chef. Quand le bienfaiteur de la création évoque « il'esprit socialo-marxiste qui prédomine en France/i », elle oppose un « ioulah/i » badin, avant de changer de sujet prestement, visiblement rassurée : « iQuand je dis socialo-marxiste, je ne parle pas de vous, Léa Salamé./i »/p
pPour le reste, les vingt minutes hagiographiques du reportage retracent le parcours exemplaire du milliardaire et sa passion – lucrative – pour l'art (on les voit s'extasier devant un Basquiat « iqui vaut des millions/i » et lui appartient personnellement, acquis « idans des conditions intéressantes/i » à l'époque, c'est-à-dire entre 10 000 et 20 000 dollars), ponctuées par une conversation confondante de déférence, dans laquelle Léa Salamé, volontiers sémillante, interroge par exemple le nabab sur son goût – manifestement limité au marketing de sa fondation – pour le rap US, après une séance de piano supposément improvisée (l'homme a du génie décidément), ou sur sa manière de rester en contact avec la « idureté du monde/i » (il dîne de temps en temps avec des salariées). Avec un délicieux final à propos du mécène implicite de l'exposition en cours à la Fondation Louis Vuitton, le brave président russe, où affleure une pointe de jalousie : « iVous l'avez déjà rencontré, Vladimir Poutine ? Il est comment ?/i »/p
pRebelote en janvier 2020 où elle décroche pour France Inter un entretien avec a href="https://www.acrimed.org/Affaire-Carlos-Ghosn-le-journalisme-se-fait-la"Carlos Ghosn/a au Liban, le patron déchu de Renault-Nissan, en cavale depuis une semaine après un mandat d'arrêt du Japon. Pour blanchir le grand patron, plutôt que de revenir sur la situation du groupe automobile ou les chefs d'accusation pesant sur l'homme d'affaire, Léa Salamé va concentrer l'entretien sur la planification et le déroulement de l'évasion, en lui donnant une consonance glamour : « iVotre évasion fascine le monde entier, pour beaucoup d'enfants vous êtes l'homme qui a voyagé dans la malle. Vous avez vraiment voyagé dans la malle ?/i » insiste-t-elle, sourire béant. « iLa malle, pas la malle, allez, un petit indice. Tout le monde rêve de savoir ça/i » relance-t-elle. « iEn tout cas vous ne dites pas que c'est faux, la malle/i » conclut-elle, pugnace./p
pEnfin, comme avec Hélène Mercier-Arnault, vient le recours aux émotions individuelles pour susciter l'empathie et dissoudre le caractère politique de l'affaire : « iVous avez eu peur, lors de cette cavale ?/i » « iMais vous avez eu peur ou pas ? Peur de mourir ?/i »/p
/br
h3 class='article_intertitres'Grands patrons, grande parole/h3
p/brÀ écouter Léa Salamé, on voit se dessiner la figure du grand patron en une sorte d'oracle sécularisé dont les paroles occupent le sommet de la hiérarchie discursive. Ils incarnent le pouvoir, le vrai. Un pouvoir immuable et naturel. Quand elle officiait à France Inter, plusieurs pontes du CAC 40 ont ainsi défilé agréablement dans sa matinale, pour livrer parole d'évangile à la plèbe./p
pRien que pour la grande distribution, Léa Salamé a ainsi pu y interroger Dominique Schelcher (Sytème U) le 12 septembre 2023, a href="https://www.acrimed.org/Thierry-Cotillard-nouveau-patron-prefere-des"Thierry Cotillard/a (Intermarché, Bricorama) le 27 février 2024, Alexandre Bompard (Carrefour) le 17 octobre 2024 et Michel-Édouard Leclerc (centres E. Leclerc) le 28 avril 2025. Non pas pour les confronter aux contradictions du capitalisme (comme la crise environnementale ou la hausse de la pauvreté), mais pour solliciter leurs avis bien avisés sur la conjoncture économique – et plus largement géopolitique : inflation, déficit budgétaire, droits de douane, pouvoir d'achat, crise agricole, Trump, etc./p
pC'est le même Michel-Édouard Leclerc que l'on retrouvait invité dans la séquence entretien du 20h inaugural de Léa Salamé sur France 2, le 1er septembre 2025, pour deviser sur l'humeur des Français. Ou encore mardi 14 avril 2026, pour disserter sur l'inflation du prix des carburants. Juge et partie ? Non, baromètre implacable. Lors de sa dernière interview à la radio publique, Léa Salamé poussait même celui qu'elle présente comme l'un des grands patrons « les plus emblématiques » à franchir le Rubicon de la politique : « iNon mais Michel-Édouard Leclerc, vous dites que vous voulez être utile. On vous entend. Mais vous nous l'aviez dit à cette place-là il y a un an, au moment des européennes, "je n'exclue pas d'y aller", et finalement vous n'y allez pas, quoi./i »/p
pUne obligeance qui contraste avec le ton employé pour interroger ceux dont la fonction est de défendre les salariés face au patronat. Comme ce jour où, en pleine mobilisation sociale contre la réforme des retraites, le leader de la CGT de l'époque, Philippe Martinez, a href="https://www.acrimed.org/Retraites-Nicolas-Demorand-et-Lea-Salame-chiens"se retrouve en garde à vue face à elle et Nicolas Demorand/a, qui lui enjoignent de participer à la table des négociations. Avec cette remarque élégante à l'adresse du syndicaliste en lutte : « iOn dirait un disque rayé./i »/p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brOn voit bien, derrière cette pratique journalistique, les biais idéologiques implicites : une vision a href="https://www.acrimed.org/Le-20h-de-France-2-en-passe-de-gagner-le-concours"réactionnaire/a de l'ordre social, avec les hiérarchies symboliques qu'il convient de maintenir, au sommet desquelles trônent les rois et reines du système économique. Dans le 20h de France 2, où officie Léa Salamé depuis la rentrée 2025, a href="https://www.acrimed.org/Le-20h-de-Salame-l-info-en-mode-zapping"la pauvreté est d'ordinaire naturalisée/a. Dans son traitement de l'actualité économique, l'influence politique du grand patronat n'est jamais mise en question. Que ce soit dans le cadrage, le choix des sujets, la hiérarchie des faits ou dans l'interaction elle-même, Léa Salamé prêterait presque la neutralité axiologique du journaliste au grand patronat. Avec lequel elle a donc pris l'habitude de construire des « moments » pour l'audiovisuel public./p
p/brstrongClément Sénéchal/strong/p/div
mar, 2026-04-14 08:31
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L118xH150/une58-845ef.jpg?1776672967' class='spip_logo spip_logo_right' width='118' height='150' alt="" /
div class='rss_chapo'pLe iMédiacritiques/i n°58 sortira de l'imprimerie le 21 avril. À commander dès maintenant a href="https://boutique.acrimed.org/mediacritiques" class="spip_out" rel="external"sur notre site/a ou à retrouver en librairie. Et surtout, a href="https://boutique.acrimed.org/adhesion-abonnement" class="spip_out" rel="external"abonnez-vous/a !/p/div
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div class='spip_document_16499 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/une58.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH638/une58-b0a25-49791.jpg?1776672968' width='500' height='638' alt='' //a
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/divdiv class='spip_document_16500 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/sommaire58.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH638/sommaire58-99393-0a7cc.jpg?1776672968' width='500' height='638' alt='' //a
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p/brCe numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans les librairies a href="https://www.acrimed.org/-Mediacritiques-"listées ici/a, ainsi que sur a href="https://boutique.acrimed.org/mediacritiques" class="spip_out" rel="external"notre boutique en ligne/a./p
pEt surtout, abonnez-vous ! Pour cela, rendez-vous a href="https://boutique.acrimed.org/adhesion-abonnement" class="spip_out" rel="external"sur notre boutique en ligne/a. Vous pouvez également nous soutenir en a href="https://boutique.acrimed.org/adhesion-abonnement" class="spip_out" rel="external"adhérant/a à l'association ou en a href="https://boutique.acrimed.org/don" class="spip_out" rel="external"faisant un don/a./p
pTous les anciens numéros sont (ou seront) a href="https://www.acrimed.org/-Mediacritiques-"en accès libre ici/a./p/div
lun, 2026-04-13 14:48
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div class='rss_chapo'pa href="https://www.acrimed.org/Rima-Hassan-et-la-drogue-fiasco-mediatique"Dans un précédent article/a, nous sommes revenus sur le fiasco médiatique généralisé autour de la prétendue découverte d'une « drogue de synthèse » dans le sac de Rima Hassan lors de sa garde à vue le 2 avril : un paroxysme de journalisme de préfecture. Alors que les rédactions observaient un silence gêné après avoir largement cotisé à cette séquence de désinformation massive, l'équipe de iFranc-Tireur/i dégaine à retardement et remet dix pièces dans la machine de dénigrement, 24 heures avant que l'on apprenne… le classement sans suite de cette (non-)affaire./p/div
div class='rss_texte'pL'opération débute sur LCI, dans l'émission « 24h Pujadas » du 7 avril, où la chronique de Caroline Fourest permet de faire la promotion de l'hebdomadaire. En grande pompe :/p
blockquote class="spip"
pstrongDavid Pujadas :/strong Vous vous emparez de cette affaire de la drogue, qui peut apparaître de prime abord comme une affaire de vie privée, après tout, mais il y a une raison bien particulière à ce que vous révéliez, parce que ce sont des révélations, un aspect de cette affaire que l'on n'a pas vu./p
/blockquote
pCaroline Fourest ne boude pas son plaisir : ainsi annonce-t-elle que les « révélations » en question correspondent à « ides confidences et des messages/i » prêtés à Rima Hassan, datant d'« iune dizaine d'années, qui remontent à la sortie de ses études/i », et dont la cheffe de iFranc-Tireur/i indique qu'ils ont été recueillis par l'illustre Nora Bussignyspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir notamment les articles d'Élodie Safaris chez Arrêt sur images : « (…)" id="nh1"1/a]/span au cours de son enquête sur l'eurodéputée parue en septembre 2025. Toujours selon Caroline Fourest, Rima Hassan y « iraconte sa consommation de drogue dure et de drogue de synthèse/i ». Dans le numéro de iFranc-Tireur/i, Nora Bussigny ne dévoile pas les messages en question… mais assure qu'ils « isèment le doute/i », avant de faire le pont avec « l'affaire » en cours : « iLe test urinaire réalisé lors de [la] garde à vue [de Rima Hassan] n'en comporte aucune trace [de drogues dures]. Mais sa défense, elle, sent la poudre aux yeux./i » Traduisons : des messages (allégués) vieux de dix ans sont utilisés pour accréditer la fake news qui a été déversée dans les médias. Caroline Fourest n'en fait d'ailleurs aucun mystère :/p
blockquote class="spip"
pstrongCaroline Fourest :/strong Il n'y a peut-être rien de surprenant, j'allais dire de stupéfiant à retrouver de la drogue de synthèse dans les affaires de Rima Hassan, même en petite quantité, en l'occurrence là c'est du 3-MMC apparemment, au regard de ce que nous nous savions du parcours de Rima Hassan avant même qu'elle devienne parlementaire […]./p
/blockquote
pSauf que ce que nous savons, surtout, c'est que tout était faux : de drogue, il n'y avait point… et la procédure a été classée sans suite. Mais le procédé est éculé, en particulier s'agissant de Rima Hassan et de la question palestinienne en général : entretenir la suspicion et semer le doute./p
pDans son édito de iFranc-Tireur/i, Caroline Fourest pousse même un cran au-dessus en faisant comme si « iune dizaine d'années/i » (selon ses propres dires) ne s'étaient pas passées entre les messages (allégués) et l'affaire en cours :/p
blockquote class="spip"
pstrongCaroline Fourest :/strong D'autres politiques, pris dans ces affres, admettent généralement un problème d'addiction, promettent de se soigner. Rima Hassan a choisi le déni et l'attaque. La procédure judiciaire en cours est publique et sa mauvaise foi, très politique. Voilà pourquoi nous décidons d'alerter. Pour que le citoyen ne soit pas dupé./p
/blockquote
pSans apporter de preuve tangible à même d'étayer un « iproblème d'addiction/i » chez Rima Hassan – ni hier, et encore moins aujourd'hui –, Caroline Fourest se contente de laisser courir le bruit en rejoignant de surcroît les deux « affaires ». Deux procédés manipulatoires supplémentaires. Mais a href="https://lmsi.net/-Soeur-Caroline-Fourest-et-ses-ami-" class="spip_out" rel="external"la journaliste n'en est sans doute plus à ça près/a... Car son but est ailleurs./p
pDans sa chronique de LCI – comme dans son édito de iFranc-Tireur/i où elle dénonce « ile numéro de claquettes victimaire auquel se sont livrés Rima Hassan et son avocat/i » –, Caroline Fourest reconnaît en effet à plusieurs reprises sa volonté de peser dans l'enquête et le débat public en cours… dans une tirade ayant (déjà) très mal vieilli :/p
blockquote class="spip"
pstrongCaroline Fourest :/strong À l'époque, […] nous l'avions gardé pour nous ; nous décidons aujourd'hui de le publier parce qu'il y a une procédure en cours et parce qu'il y a eu un flagrant délit de possession de drogue de synthèse. Et surtout je vais vous dire plus encore, c'est une décision que nous avons prise suite à la défense […] qu'a choisie Rima Hassan, qui a été le déni, de crier au mensonge […], son avocat en a fait des tonnes là-dessus ! Les autres représentants de La France insoumise sont allés très très loin dans les accusations contre la presse, contre la police, contre la justice./p
/blockquote
pAussi la « journaliste » fait-elle valoir « iun but légitime d'informer/i » – défense de rire –, avant d'y insister plus tard : « iLà réellement, le but légitime d'informer, moi, me paraît réuni pour dire : "Attention, ne soyez pas dupes de cette défense"./i »/p
/br
h3 class='article_intertitres'« iLa France insoumise a usé et abusé de la post-vérité trumpiste/i »/h3
p/brLà est donc l'essentiel : discréditer point par point la défense de Rima Hassanspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Dans sa chronique de LCI, le contradictoire a d'ailleurs dû, là encore, se (…)" id="nh2"2/a]/span. Au moment même où s'accumulent des éléments qui devraient conduire les journalistes à faire profil bas, c'est au contraire la tête haute que Caroline Fourest désinforme. Ainsi répète-t-elle à plusieurs reprises et sans conditionnel qu'« ion avait retrouvé de la drogue, pas simplement du CBD mais aussi de la drogue de synthèse dans la valise lors de cette garde à vue de Rima Hassan/i ». C'était faux. Ainsi soutient-elle, par cinq fois, que « ile parquet confirme/i ». Ce qui est (encore) faux, le parquet ayant communiqué – au moyen d'une formule certes ambiguëspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="À propos de la communication du parquet, voir l'article de Mediapart, « Rima (…)" id="nh3"3/a]/span, mais qui aurait justement dû inciter les journalistes à la prudence – sur la présence de substances « is'apparentant à/i »./p
pRima Hassan dénonce-t-elle des « iaccusations […] totalement fausses/i » en évoquant simplement du CBD ? « iC'est un mensonge/i, tonne Caroline Fourest. iDepuis on le sait, puisque le parquet a confirmé./i » La France insoumise monte-t-elle au créneau et l'avocat Vincent Brengarth dénonce-t-il des accusations au service d'un « irécit politique visant encore une fois à atteindre la réputation de Rima Hassan/i » ? Caroline Fourest parle d'une « ipetite musique qui est celle du complot politique/i », celle « ique font tous les populistes et les démagogues quand ils sont pris […] la main dans le sac/i ». Et de condamner : « idésinformation/i » et « imanipulation de l'opinion/i » ! Orwell. Mais personne ne l'arrête :/p
blockquote class="spip"
pstrongCaroline Fourest :/strong C'est scandaleux de monter sur les grands chevaux […] en traitant les journalistes qui avaient donné cette information de menteurs, parce que ça, ils [Les Insoumis] ont été pris encore une fois là en flagrant délit d'avoir essayé de manipuler l'opinion./p
/blockquote
pNaturellement, la défense de la corporation est totale : « iLes journalistes ont été traités de menteurs !/i », s'indigne-t-elle. Et plus tard : « iCe n'était pas un mensonge de la presse et pourtant, des politiques ont osé le dire !/i » Comme chacun a href="https://www.acrimed.org/Rima-Hassan-et-la-drogue-fiasco-mediatique"pourra le constater/a. Mathilde Panot (LFI) dénonce-t-elle la précipitation et le fiasco médiatique sur Franceinfo (7/04) ? Caroline Fourest désespère :/p
blockquote class="spip"
pstrongCaroline Fourest :/strong Le fait d'informer est considéré en soi comme un mensonge. Ça, c'est vraiment le signe d'un parti qui est en pleine dérive populiste, de manipulation de l'opinion, et pour le coup, oui, il est légitime d'essayer d'informer le public sur au moins le fait de la vraisemblance de ce qu'un parquet de la République a confirmé./p
/blockquote
pIl en va là, tout bonnement, d'un nouveau naufrage en règle pour Caroline Fourest. Un naufrage dont témoigne également l'éditorial qu'elle signe dans le numéro de iFranc-Tireur/i – « Stupéfiante Hassan » (8/04) – et sur lequel s'appuyait sa chronique de LCI. L'éditocrate n'y allait pas de main morte : « iLe fiel factieux est un poison que fabriquent les abeilles de la ruche populiste LFI/i », débute-t-elle, avant de s'acharner d'emblée contre « ila piquante Rima Hassan/i ». Et d'entretenir la fake news de la « idrogue de synthèse/i » en calomniant, sans trêve ni repos :/p
blockquote class="spip"
pstrongCaroline Fourest :/strong Dans cette affaire, La France insoumise a usé et abusé de la post-vérité trumpiste, jusqu'à répandre de fausses informations pour contrer le travail de la presse, jusqu'à nier les déclarations du parquet, jusqu'à clamer qu'il n'y avait pas de drogue dans ce sac, que c'était un « imensonge des médias/i » […]. Et bien sûr, la horde d'excités croit déjà à un complot du Mossad, puisque Rima Hassan elle-même l'habitue à le voir partout, même dans l'affaire Epstein. Qu'il s'agisse des Juifs ou des immigrés, la technique ancestrale du bouc émissaire permet toujours d'exacerber les fantasmes pour masquer ses démons, de gagner un public et du temps. L'autre option ? Mentir./p
/blockquote
pAccablant. Mais à l'heure où nous écrivons ces lignes, le pamphlet de Caroline Fourest ne comporte pas le moindre ierratum/i, contrairement à celui de Nora Bussigny, qui fut agrémenté d'une « imise à jour/i » en dépit du fait que, a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/100426/rima-hassan-la-drogue-et-les-medias-autopsie-d-un-fiasco" class="spip_out" rel="external"d'après Mediapart/a, cette dernière « ine renie rien/i »./p
pAjoutons que le tout fut accompagné d'une titraille tapageuse et, sur les réseaux sociaux, d'un montage iconographique (réalisé par l'IA) qui subliment la débâcle…/p
/br
div class='spip_document_16495 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH354/ft_drogue-8770c.png?1776672968' width='500' height='354' alt='' /
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/div
p/brEt ce n'est pas fini : deux jours plus tard (9/04), Christophe Barbier, membre (lui aussi) de iFranc-Tireur/i, disposant (lui aussi) de son rond de serviette sur LCI, se fend d'un éditorial (lui aussi) accusateur en relayant la fake news. Ainsi déplore-t-il qu'« ion ne parle plus ni de l'apologie du terrorisme, ni de l'affaire de la drogue qui a été trouvée dans les affaires de Rima Hassan/i » :/p
blockquote class="spip"
pstrongChristophe Barbier :/strong Et ici la défense de Rima Hassan est fragilisée ! Parce qu'au début, elle a commencé par nier les faits par la voix de son avocat Vincent Brengarth. i[Diffusion d'un extrait où ce dernier dit notamment : « Il n'y a strictement aucune drogue consommée par Rima Hassan. »]/i Ah, aucune drogue ? Et pourtant, c'est confirmé ! Le CBD, c'est légal certes, mais la drogue chimique, il faudra bien donner des explications ! La défense change de pied, ben… strongcontre l'évidence/strong. Évidence confortée par les révélations d'une journaliste, Nora Bussigny, dans iFranc-Tireur/i, le journal de Caroline Fourest auquel j'ai l'honneur de participer. […] Ah mais quand la vérité dérange, eh bien, faut organiser la diversion !/p
/blockquote/br
div class='spip_document_16498 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/capture_d_ecran_2026-04-11_092932.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/capture_d_ecran_2026-04-11_092932-15323.png?1776672968' width='500' height='279' alt='' //a
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/div
p/brBref, comme l'a souligné Daniel Schneidermann (a href="https://x.com/d_schneidermann/status/2042214914651983964" class="spip_out" rel="external"X, 9/04/a), « ià quatre heures près, Barbier s'évitait une honte supplémentaire !/i » Et convenons-en, dans ce domaine, a href="https://www.acrimed.org/+-Christophe-Barbier-+"la liste est plutôt longue/a... Des excuses seront-elles présentées à l'antenne de LCI ? Pas dans la matinale du lendemain en tout cas : lorsque la présentatrice introduit les deux éditos de Christophe Barbier le 10 avril – successivement à 6h16 et à 7h18 –, personne ne revient sur les erreurs diffuséesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Non plus dans les journaux de 6h et 7h, alors que dans les deux cas, une (…)" id="nh4"4/a]/span. L'occasion de rappeler le dicton forgé par l'éditocrate lorsqu'en 2019, il refusait de s'excuser pour a href="https://www.acrimed.org/Affaire-Delevoye-les-plantages-en-serie-de"ses plantages en série dans l'affaire Delevoye/a : « iLa vérité de 6h50 n'est pas celle de midi./i »/p
pDans la même veine, le tweet infamant d'une autre éditocrate est par exemple toujours en ligne./p
/br
div class='spip_document_16494 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L437xH566/sophiaaram_drogue-2c9a9.png?1776672968' width='437' height='566' alt='' /
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/div/br
centerstrong***/strong/center
p/brDe Caroline Fourest à Christophe Barbier en passant par Nora Bussigny, l'équipe de iFranc-Tireur/i choisit de booster une fake news au moment même où s'accumulent les éléments devant inciter les journalistes à la prudence… et seulement quelques heures avant que l'ensemble du récit médiatique tombe à l'eau. Cette « affaire » avait beau être frappée dès ses débuts d'invraisemblance, les francs-tireurs y ont vu, au contraire, une « iévidence/i » (Christophe Barbier). Une « évidence » confortée par l'opinion qu'ils (se) font de Rima Hassan… et par la campagne de dénigrement et de délégitimation ayant cours à son encontre, a href="https://www.acrimed.org/Acharnement-mediatique-contre-Rima-Hassan-video"depuis maintenant deux ans/a, dans la quasi-totalité des médias dominants. Dans le fiasco journalistique d'ensemble, cet épisode est un cas chimiquement pur de désinformation. En dépit de lourds bagages en la matière, les grands médias continuaient jusqu'à présent à dérouler le tapis rouge à Caroline Fourest et consorts. Combien de temps encore ?/p
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p
p/brstrongMise à jour, 15 avril 2026/strong/p
pLe 14 avril, sur LCI, Caroline Fourest revient 4 minutes durant sur « l'affaire Rima Hassan ». Un semi imea culpa/i, au cours duquel elle rejette opportunément la faute sur l'AFP et déclare : « iIl nous tenait à cœur de rectifier parce que […] on est là toujours pour informer et quand on a été induit en erreur, il faut savoir le dire, même si tous nos confrères ont fait la même erreur./i » Ce qui inspire cette réflexion à David Pujadas : « iPeut-être qu'on a été vite en besogne, comme une partie de la presse aussi, donc c'est bien de faire ce rectificatif./i »/p
pLe lendemain, dans iFranc-Tireur/i (15/04), Caroline Fourest met encore moins les formes : « iLa presse n'a pas à présenter ses excuses puisqu'elle a été induite en erreur par des sources fiables. En revanche, elle se doit de rectifier./i »/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanVoir notamment les articles d'Élodie Safaris chez Arrêt sur images : a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/calmos/pourquoi-la-journaliste-infiltree-chez-les-woke-est-devenue-un-meme" class="spip_out" rel="external"« Pourquoi la journaliste "infiltrée chez les woke" est devenue un même »/a (2/10/2023) et sa contre-enquête concernant le livre de Nora Bussigny, iLes nouveaux antisémites/i, en trois parties : a href="https://www.arretsurimages.net/articles/les-nouveaux-antisemites-un-livre-aux-conclusions-jamais-demontrees-1-3" class="spip_out" rel="external"volet 1/a, a href="https://www.arretsurimages.net/articles/les-nouveaux-antisemites-des-recits-contestes-par-les-protagonistes-2-3" class="spip_out" rel="external"volet 2/a et a href="https://www.arretsurimages.net/articles/les-nouveaux-antisemites-lobsession-rima-hassan-3-3" class="spip_out" rel="external"volet 3/a./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanDans sa chronique de LCI, le contradictoire a d'ailleurs dû, là encore, se contenter de la portion congrue : seulement deux extraits de la conférence de presse du 3 avril sont retransmis pour une durée cumulée… de 47 secondes (sur 9 minutes et 30 secondes consacrées à cette affaire par Caroline Fourest) !/p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanÀ propos de la communication du parquet, voir l'article de Mediapart, a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/100426/rima-hassan-la-drogue-et-les-medias-autopsie-d-un-fiasco" class="spip_out" rel="external"« Rima Hassan, la drogue et les médias : autopsie d'un fiasco »/a (10/04)./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanNon plus dans les journaux de 6h et 7h, alors que dans les deux cas, une brève fait état du classement sans suite./p
/div/div
jeu, 2026-04-09 16:50
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/drogue-a39b0.jpg?1776672968' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pJeudi 2 avril 2026, trop pressées de taper sur l'une de leurs cibles favorites, de nombreuses rédactions ont propagé des fausses informations à propos de la garde à vue de la députée européenne LFI Rima Hassan, distillées au goutte-à-goutte et en direct par leurs sources policières. Ce naufrage médiatique illustre à merveille la dynamique du journalisme de préfecture, enclenchée par des services « police-justice » n'ayant aucun mal à fouler au pied les principes élémentaires du journalisme, pour peu que leur source fût la police./p/div
div class='rss_texte'pLe 2 avril, Rima Hassan est une nouvelle fois entendue dans le cadre d'une procédure pour « apologie du terrorisme » à la suite de plaintes et/ou de signalements déposés par un député d'extrême droite, des associations pro-israéliennes et le ministre de l'Intérieur. Auditionnée librement lors des convocations précédentes – treize procédures ont toutes abouti à un classement sans suitespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Dans une communication à la presse du 2 avril, le parquet de Paris indique (…)" id="nh1"1/a]/span –, la députée européenne est cette fois-ci placée en garde à vue pour un tweet effacé. L'affaire est instantanément (et massivement) médiatisée./p
pDonne-t-elle lieu à une présentation des faits équitable et pluraliste ? À des interrogations quant au recul des libertés publiques et au caractère coercitif de cette garde à vue ? À un débat sur la judiciarisation à géométrie variable des expressions publiques relatives à la question « Israël-Palestine » ? À des mises en perspective sur la criminalisation de la solidarité avec la Palestine en général, et, en particulier, des activités politiques de la juriste franco-palestinienne ? La plupart du temps, non : le journalisme dominant ne se pose pas ces questions – ou alors dans ses margesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Une fois n'est pas coutume, signalons que le billet de Thomas Legrand dans (…)" id="nh2"2/a]/span. a href="https://www.acrimed.org/Convocations-policieres-pour-apologie-du"Comme au printemps 2024/a, les grands médias légitiment au contraire la (ré)pression et, dans la droite ligne du a href="https://www.acrimed.org/Acharnement-mediatique-contre-Rima-Hassan-video"traitement stigmatisant qu'ils réservent à Rima Hassan/a, participent pleinement à la co-construction d'une séquence à charge. Et tous les coups sont (de nouveau) permis./p
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h3 class='article_intertitres'De France Culture à CNews : l'emballement médiatique sur « la drogue »/h3
p/brTrès tôt, les moindres détails de la garde à vue de Rima Hassan fuitent dans la presse. Et ce qui devait arriver arriva : c'est en relayant sans distance un bruit de commissariat que les grands médias vont céder aux sirènes du sensationnalisme. « iIl y a une affaire dans l'affaire/i, s'emballe le journal de RTL à 18h, ipuisque les policiers ont trouvé dans son sac quelques grammes de drogue de synthèse/i ». L'« information » circulait en boucle sur BFM-TV dès 16h30 : la cheffe adjointe du service « police-justice », Alexandra Gonzalez, relayait alors « iune source proche de l'enquête confirmant une information de nos confrères du/i Parisien », tout en concédant ne pas savoir grand-chose, encore moins « ice que l'eurodéputée dit de strongces faits/strong i[nous soulignons]/i pour l'instant/i ». Et pour cause : cette dernière ne sortira de garde à vue que… sept heures plus tard./p
pPeu importe : des 20h aux journaux radio, en passant par les chaînes d'information en continu, la presse audiovisuelle choisit de s'affranchir du contradictoire et de s'engager tête baissée dans le « scoop ». Florilège non exhaustif :/p
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centeriframe title="Rima Hassan et la drogue : journalisme de préfecture et fiasco médiatique" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/teu1Ss7zbMk3RTyHTSbX9W" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
p/bra href="https://x.com/v_brengarth/status/2041839765478072553" class="spip_out" rel="external"Comme nous l'apprendra six jours plus tard l'avocat de Rima Hassan/a, Vincent Brengarth, « ila procédure concernant la prétendue découverte d'un produit stupéfiant dans les affaires de madame Rima Hassan lors de sa garde à vue a fait l'objet d'un classement sans suite par le parquet du tribunal judiciaire de Paris. […] Le scellé ayant fait l'objet de la fuite abusivement présenté comme contenant de la "3-MMC" ne contient en réalité aucun produit stupéfiant/i »./p
pUn fiasco médiatique dans les règles de l'art, donc, dont la palme revient comme souvent à CNews… et à l'émission de a href="https://www.blast-info.fr/articles/2026/cher-gauthier-le-bret-boxing-day-75-3yVRB3BpQZaxKUeXObx32g" class="spip_out" rel="external"Gauthier Le Bret/a en particulier. « iParti de drogués/i », « ivéritable séisme au sein de La France insoumise/i », « inouvel épisode de la triste série narco-LFI/i », « isentiment d'impunité absolument total/i », « icomportement de délinquant/i », « iproblème d'immigration/i » : le plateau du 2 avril s'est surpassé dans tous les domaines. Extraits montés :/p
/br
centeriframe title="CNews, 2 avril 2026" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/pbTVYads3mNnFobXfixcsQ" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
p/brSi le vaisseau amiral du groupe Bolloré agite à l'extrême le cocktail racisme/misogynie, la quasi-totalité des médias audiovisuels sont impliqués dans l'emballement. BFM-TV, notamment, aura nourri la séquence avec roulements de tambourspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Le 7 avril, Manuel Bompard et Paul Vannier rendent public un courrier dans (…)" id="nh3"3/a]/span. Les présentateurs de toutes les émissions diffusées entre 16h30 et 21h ont en effet soigné leur mise en scène : « iQuand elle arrive en garde à vue, elle a ses petites affaires personnelles, et là… drogue dans le sac !/i », déclare Alain Marschall. Lorsque Marc Fauvelle prend l'antenne à 18h48, le journaliste en fait sa Une : « iBonsoir à tous, ravis de vous retrouver. Une garde à vue pour apologie du terrorisme et de la drogue retrouvée sur elle. Rima Hassan, l'étoile des Insoumis au cœur de la tempête ce soir./i » Idem lorsqu'à 20h18, la journaliste Julie Hammett abrège temporairement son édition spéciale sur l'Iran et s'amuse avant la page de pub : « iOn reviendra sur Rima Hassan qui a été placée en garde à vue pour apologie du terrorisme à Paris et qui avait pris dans son sac pour sa convocation quelques drogues de… quelques drogues de synthèse. Voilà ! "C'est ballot", dit Didier François ! On marque une courte pause, à tout de suite./i »/p
pDans ce grand tohu-bohu, il ne se trouve presque aucun invité pour marquer ses distances à l'égard de ce qui est reçu et commenté comme une information certifiée : dans la roue du service « police-justice », c'est bien toute la chaîne rédactionnelle qui est impliquée. Ainsi, lorsqu'un présentateur soutient que « ic'est la deuxième fois qu'un député LFI se retrouve impliqué dans une affaire de drogue/i » (Olivier Truchot), l'éditorialiste politique rebondit sans le moindre doute : « iAbsolument !/i » (Guillaume Daret). Posté devant le commissariat du 10e arrondissement de Paris, le « reporter » y va lui aussi franco : « iOn sait que c'est une drogue de synthèse qui est plus communément appelée de la 3-MMC, qui fait les effets d'une drogue de synthèse qui peut s'apparenter entre la cocaïne, la MDMA, c'est une drogue de synthèse qui était dans son sac à main/i » (Maxime Brandstaetter). Et lorsqu'Alain Marschall demande à l'un de ses invités – en l'occurrence le maire de Béziers et pilier de comptoir sur BFM-TV – son sentiment sur le fait que Rima Hassan « iavait [dans son sac] des substances diverses et variées, bref, de la drogue/i », la saillie de Robert Ménard donne à la chaîne un titre de bandeau instantané : « Hassan/Ménard : "Ça fait beaucoup de drogués à LFI" »./p
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div class='spip_document_16490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/bfm_drogue.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH420/bfm_drogue-69ab1-5bd8d.jpg?1776672968' width='500' height='420' alt='' //a
/figure
/div/br
h3 class='article_intertitres'Itinéraire d'une fake news, cas d'école de journalisme de préfecture/h3
p/brSi l'audiovisuel agit telle une caisse de résonance assourdissante, la fake news a surgi de la presse écrite, en l'occurrence d'un quotidien très en pointe dans le journalisme de préfecturespan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir, pour rappel, le fiasco du quotidien autour de l'affaire Dupont de (…)" id="nh4"4/a]/span. Dès 12h30 le 2 avril, iLe Parisien/i revendiquait en effet son exclusivité avec un gros titre tapageur : « Info Le Parisien. De la drogue de synthèse retrouvée dans le sac de Rima Hassan lors de sa garde à vue ». À l'origine de l'article, deux journalistes du service « police-justice », Denis Courtine et Jean-Michel Décugis. Se prévalant de « isources concordantes/i » n'incluant pas le parquet de Paris – dont les deux journalistes soulignent l'absence de réaction –, ces derniers sont formels et ne s'embarrassent d'aucun conditionnel :/p
blockquote class="spip"
p[Rima Hassan] était d'abord en garde à vue pour apologie du terrorisme. Elle l'est maintenant également pour usage, transport et détention de drogue. La députée européenne Rima Hassan est dans de sales draps. Quelques grammes de drogue de synthèse ont été découverts ce jeudi matin dans le sac qu'elle avait apporté pour sa convocation [...]. Une convocation pour apologie du terrorisme qui avait aussitôt débouché, sans surprise, sur un placement en garde à vue. Ce qui était, en revanche, beaucoup plus inattendu c'était donc la présence d'un produit stupéfiant dans le baise-en-ville de la femme politique. On ignore, pour l'heure, de quelle drogue de synthèse précise il s'agit et quelle est la quantité exacte./p
/blockquote
pLes « informations » avancées sont plus que parcellaires, mais les deux fins limiers ne se démontent pas. Au cours de la journée, le quotidien éditera cet article à plusieurs reprises en aggravant son cas. Les modifications, que nous avons réussi à identifier au fil de (trois) versions successives, sont en partie les suivantes :/p
/br
div class='spip_document_16487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/parisien_drogue.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH337/parisien_drogue-1f1ca.jpg?1776672969' width='500' height='337' alt='' //a
/figure
/div
p/brBref, iLe Parisien/i ne sait rien avec certitude, mais n'hésite pas à gloser sur le chemsex avec un « expert » anonyme à l'appui : non seulement le journalisme est passé par-dessus bord, mais la pratique vise ici, très clairement, à nuire doublement à la réputation de Rima Hassan. Même pratique du côté de BFM-TV. Dans un article présenté comme factuelspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="« "Apologie du terrorisme", drogue de synthèse, immunité parlementaire : ce (…)" id="nh5"5/a]/span, auquel contribuent pas moins de quatre journalistes « police-justice » de la chaîne et sa cheffe adjointe, BFM-TV affabule au point d'inclure, l'air de rien, un ancien podcast sur les « ipratiques dangereuses/i » du chemsex dans le corps de l'article consacré à la garde à vue de l'eurodéputée :/p
/br
div class='spip_document_16493 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/bfm_drogue2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH234/bfm_drogue2-ae0ca.png?1776672969' width='500' height='234' alt='' //a
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/div
p/brIdem jusque dans iL'Indépendant/i, où un journaliste entretient la circulation circulaire de la fake news tout en écrivant ne rien savoir de la « inature de la drogue dont les traces ont été trouvées dans les urines de l'eurodéputée/i » – nous y reviendrons… –, mais en consacrant un paragraphe entier aux effets de la 3-MMC, avec les mots-clés tapageurs attendus :/p
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div class='spip_document_16489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/indep_drogue.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH312/indep_drogue-d0e1d.png?1776672969' width='500' height='312' alt='' //a
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p/brLa faillite journalistique est totale./p
pDans la foulée du iParisien/i, d'autres journalistes vont activer leurs réseaux policiers pour entretenir le « feuilleton » de la drogue. Et c'est une prime à celui ou celle qui dispose de la meilleure vue sur l'intérieur du commissariat ! À 13h57 le 2 avril, l'AFP « iconfirme les infos du Parisien/i » au présent de l'indicatif : « i"Quelques grammes de drogue" de synthèse ont été trouvés dans le sac de l'eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan, lors de sa garde à vue à Paris pour "apologie du terrorisme", a-t-on appris de source proche du dossier./i » Notons ici l'emploi du mot « source » au singulier. La dépêche est reprise massivement et la « drogue de synthèse » figure dans tous les titres : iLibération/i, iLe Figaro/i, le HuffPost, France 24, Europe 1, 20 Minutes, iValeurs Actuelles/i, iOuest-France/i, iMidi Libre/i, iL'Indépendant/i, etc.span class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Mise à jour, 10/04 : le 2 avril, Le Nouvel Obs reprend aussi la dépêche AFP (…)" id="nh6"6/a]/span/p
pPuis, à partir de 15h43, c'est le journaliste « police-justice » du groupe TF1-LCI, Raphaël Maillochon, qui se transforme publiquement en courroie de transmission police-média. Sans aucun filtre : « iEn faisant la liste des biens personnels de la députée européenne lors de sa fouille, les [policiers] ont mis la main sur... des stupéfiants = GAV supplétive/i », écrit-il avec assurance sur X. L'inspecteur Maillochon ajoute : « iLa députée européenne avait donc en sa possession 1g de 3-MMC (drogue de synthèse) et du cannabis (test en cours pour savoir s'il s'agit de CBD)./i » Puis, il s'autocite quelques heures plus tard de manière à parfaire le voyeurisme, piétiner plus encore le contradictoire et ajouter à son tableau de chasse une autre « exclusivité » made in TF1 : « iLe test urinaire de [Rima Hassan] fait apparaître un résultat positif à une drogue./i » Résumons : la garde à vue est toujours en cours, mais des journalistes ont accès à des éléments particulièrement précis ne pouvant provenir que de l'intérieur du commissariat et décident de transgresser allégrement, au compte-gouttes et en direct sur les réseaux sociaux, le secret de l'instruction : présence de « stupéfiant », grammage et nature de la drogue, jusqu'au résultat du test urinaire !/p
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div class='spip_document_16488 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/maillochon.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH284/maillochon-a99b7.png?1776672969' width='500' height='284' alt='' //a
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p/brLes tweets de Maillochon connaissent un franc succès : sa consœur Ruth Elkrief le cite par exemple dans sa chronique du soir même sur LCI (« 24h Pujadas ») et juge ses déclarations assez solides pour se passer du conditionnel : « iIl y a une petite quantité de drogue de synthèse qui a été retrouvée dans le sac de Rima Hassan, des cristaux d'un dérivé de la 3-MMC./i » Dans la journée, le parquet de Paris communique lui-aussi : « iLa fouille des effets de Rima Hassan a révélé la présence de matières s'apparentant d'une part à du CBD et d'autre part à de la 3MMC./i » La plupart des journalistes ne s'attardent pas sur la curieuse expression : « s'apparentant à »span class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Raphaël Maillochon tweete d'ailleurs le 3 avril en coupant la citation du (…)" id="nh7"7/a]/span. Ils se sentent, au contraire, confortés dans leurs « révélations » : si les informations se révèlent erronées, au moins n'auront-ils fait que relayer la parole officielle… Dans le sujet qu'il consacre à Rima Hassan le 3 avril dans l'émission « C à vous » (France 5), c'est d'ailleurs ce que sous-entend le courageux Paul Larrouturou, intervieweur du matin sur Franceinfo, en retraçant le déroulé des événements et ses prémices : « iUne affaire éclate dans l'affaire. Effectivement, le parquet annonce que du cannabis aurait été trouvé dans les affaires de l'eurodéputée./i » À quel communiqué se réfère ici le journaliste ? On ne saura pas… mais Paul Larrouturou croit en tout cas pouvoir exempter la presse de sa responsabilité : las, la fausse information sur la « drogue de synthèse » fut d'abord et avant tout divulguée par iLe Parisien/i (sans confirmation alléguée du parquet), avant d'avoir été répercutée dans la quasi-totalité des grands médias./p
pDisons-le tout net : nous sommes ici devant un cas d'école de journalisme de préfecture. Et même devant un paroxysme du genre. Dépendance aux sources policières, croyance aveugle dans leurs « révélations », course à l'audience et au scoop, sensationnalisme, recoupement des sources inexistant, traitement dénigrant, instrumentalisations politiques : tous les ingrédients du fiasco sont réunis. Et celui-ci est de taille, car les éléments distillés par des « insiders » du commissariat vont bel et bien se révéler frelatés. Pour une bonne raison : des bruits de commissariat ou de « isource proche du dossier/i » – a href="https://www.acrimed.org/Les-sources-proches-de-l-enquete-un-paravent"selon la formule tristement consacrée/a –, ne constituent pas une « information ». En théorie, pour que ces bruits deviennent une « information », il faut les soumettre à des recroisements, puis à ce que le journalisme appelle « le contradictoire ». Ce qui, en l'occurrence, ne pouvait être fait puisqu'au moment où les journaux et les plateaux divaguaient sur la « idrogue de synthèse retrouvée dans le sac de Rima Hassan/i », celle-ci était encore au commissariat, d'où elle ne sortira qu'aux alentours de 23h./p
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h3 class='article_intertitres'Un rétropédalage à bas bruit/h3
p/brLe contradictoire arrive donc enfin le lendemain, 3 avril, lors d'une conférence de presse tenue en fin d'après-midi par Rima Hassan, son avocat Vincent Brengarth et le député LFI Paul Vannier. Dans celle-ci, au moins deux précisions d'importance sont apportées après 24h de matraquage médiatique à sens unique. D'une part, l'avocat déclare que les deux contenants saisis « icorrespondent à du CBD/i », que la députée européenne a indiqué s'être procuré de manière légale dans une boutique de Bruxelles, dont elle a en outre indiqué l'adresse à la police ; le « itest urinaire positif/i » – « scoop » rapporté par Maillochon et brandi par une partie de la presse comme preuve ultime du fait que la députée était « iune droguée/i » –, n'a fait que « i[confirmer]/i, rapporte son avocat, iqu'il n'y a pas de consommation de drogue ou de stupéfiant/i », celui-ci ne détectant chez Rima Hassan que de faibles traces de THC, correspondantes à une consommation… de CBD./p
pEn bref : sept heures d'attente auraient suffi à ce que la presse ne s'engage pas dans un gigantesque emballement, avec, à la clé, un gloubi-boulga de raccourcis, fausses informations, mensonges par omission et élucubrations diverses et variées. Une séquence qui, toute bien pesée, aurait dû être un « non-événement » médiatique, mais qui s'est au contraire transformée en un violent déferlement de sensationnalisme, de fake news policières, de mise à l'index, de stigmatisation, de racisme et de misogynie. En peu de mots : une désinformation de masse./p
pÀ la mi-journée le lendemain, sur BFM-TV (3/04), le présentateur Christophe Delay commence à douter en questionnant la formulation du parquet de Paris : « i"S'apparentant à une drogue de synthèse", c'est ce que disait hier le parquet./i » « iJe pense que c'est une question de vocable/i », rebondit la cheffe du service « police-Justice », Pauline Revenaz. « iFranchement, "s'apparentant", c'est pas très sérieux/i, s'agace le présentateur qui se sent sans doute dupé. iSoit c'est, soit c'est pas !/i » Pauline Revenaz en convient : « iC'est très bizarre de la part du parquet qui est très prudent en général… Gardons la prudence nous aussi de notre côté./i » Une consigne (et une exigence journalistique de base) bien trop tardives : comme à chaque fois dans pareils cas, le mal est déjà fait./p
pEt ce d'autant que la chaîne ne va pas (du tout) dépenser autant d'énergie à médiatiser les démentis qu'elle n'en avait déployé la veille pour matraquer les informations erronées : alors que Christophe Delay avait par exemple annoncé que les téléspectateurs de BFM-TV pourraient « iévidemment/i » suivre la conférence de presse à partir de 17h, l'heure venue, la chaîne fait l'impasse et ne la diffuse que sur sa chaîne numériquespan class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="C'est-à-dire accessible sur internet et via les box des fournisseurs d'accès (…)" id="nh8"8/a]/span, BFM2 ! Si Franceinfo la donne à voir, LCI et CNews n'en retransmettront en revanche pas un mot en direct. Cette disproportion volontaire entre la médiatisation massive de la fake news et la mise en sourdine de son correctif s'illustre aussi dans la pratique du 20h de France 2. Le 3 avril, la rédaction se contente en effet d'un tweet de « imise à jour/i » posté sous le sujet qui, la veille, affirmait que « iles policiers font état d'une petite quantité de drogue retrouvée dans son sac/i ». Selon les chiffres de Médiamétrie, le 20h a été regardé par 3,43 millions de téléspectateurs ; à l'heure où nous écrivons ces lignes, le tweet de « mise à jour » apportant une partie du contradictoire cumule 3 913 vuesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Contre plus de 130 000 vues pour le tweet ayant relayé le sujet du 20h." id="nh9"9/a]/span, dont rien ne garantit, en outre, qu'elles correspondent ne serait-ce qu'à une partie des téléspectateurs du 20h…/p
piLe Monde/i, qui avait repris le 2 avril à 17h55 la dépêche de l'AFP rapportant les pseudo-« iconfirmations/i » du parquet de Paris sur la détention de « drogue », s'est vu lui aussi contraint de se doter d'une mise à jour mentionnant le contradictoire, le 3 avril, à 12h36. D'autres médias n'ont même pas eu cette élégance minimale : au lendemain de la conférence de presse, samedi 4 avril, iLe Parisien/i, BFM-TV et iL'Indépendant/i n'avaient par exemple toujours pas jugé bon de modifier les trois articles (en ligne) dont nous parlions plus haut, n'y d'y adjoindre le moindre ierratum/i… et encore moins d'excuse./p
pPire : alors que les rédactions observent un silence gêné après avoir saturé leurs médias de fausses informations, la fine équipe de iFranc-Tireur/i revient à la charge… cinq jours plus tard. « Exclusif. Rima Hassan et la drogue. Révélations », annonce en manchette la Une de l'hebdomadaire (8/04), dont Caroline Fourest fait le service avant-vente sur LCI, à l'occasion de sa chronique attitrée dans l'émission « 24h Pujadas » (7/04). Si nous aurons probablement l'occasion de revenir sur cet épisode, contentons-nous de souligner, pour l'heure, qu'il s'agit de jeter la suspicion et de discréditer la défense de Rima Hassan… en (re)boostant la fake news. Au moment même où s'accumulent des éléments qui devraient inciter les journalistes à faire profil bas, c'est au contraire la tête haute que Caroline Fourest remet dix pièces dans la machine. En répétant par exemple dans sa chronique, à plusieurs reprises et sans conditionnel, qu'« ion avait retrouvé de la drogue, pas simplement du CBD mais aussi de la drogue de synthèse dans la valise lors de cette garde à vue de Rima Hassan/i ». Et tout en soutenant par cinq fois que « ile parquet confirme/i », ce qui est faux, comme le rapportera explicitement une dépêche AFP le 8 avril : « iCette information n'a pas été corroborée par le parquet à l'issue de la garde à vue, affirmant qu'il fallait attendre les résultats "d'analyses complémentaires" du produit pour se prononcer./i » Le 2 avril peu après 23h, la communication du parquet en question, répondant aux journalistes sollicités, était la suivante : « iLa fouille des effets de Rima Hassan a révélé la présence de matières strongs'apparentant/strong d'une part à du CBD et d'autre part à de la 3MMC, sur lesquelles elle a été interrogée. Ces éléments sont disjoints et feront l'objet d'une procédure distincte./i » Et nous avons aujourd'hui le fin mot de l'histoire : le sac de Rima Hassan ne contenait aucune drogue./p
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centerstrong***/strong/center
p/brDans a href="https://www.acrimed.org/Les-medias-contre-la-gauche-6909"iLes médias contre la gauche/i/a, nous résumions en quelques mots le processus qui caractérise régulièrement les épisodes de journalisme de préfecture : « iPhase 1 : désinformation massive. Phase 2 : rétropédalage et demi mea culpa. Phase 3 : maintien des informations bidonnées./i » Dans le cas d'espèce, la deuxième phase fut généralement passée par pertes et profits. Intoxiqués aux sources policières, aveuglés par leur traitement ordinaire à charge contre Rima Hassan, incapables de tirer les leçons de leurs errements passés, les médias dominants ont sauté à pieds joints dans une nouvelle cabale. Le rythme instantané du traitement de l'« information » accélère le phénomène de circulation circulaire… et aggrave le pouvoir de nuisance : en seulement quelques heures, les mots-épouvantails ont fusé sans le moindre recul d'une chaîne à l'autre, d'une radio à une autre, d'une colonne à une autre. Restent les faits : la procédure pour prétendue « détention de drogue » contre Rima Hassan est classée sans suite ; le ministre de la Justice Gérald Darmanin a annoncé avoir saisi l'inspection générale de la justice a href="https://www.lecanardenchaine.fr/police-justice/53588-un-probleme-de-fuites-de-la-pj-jusqu-a-la-chancellerie" class="spip_out" rel="external"après un article du iCanard enchaîné/i (7/04)/a et une enquête est ouverte par la procureure de la République sur la « violation du secret de l'instruction »… que les médias ont massivement confondus avec le « journalisme »./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong et strongJérémie Younes/strong, avec strongFlorent Michaux/strong pour le premier montage vidéo./p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanDans une communication à la presse du 2 avril, le parquet de Paris indique que Rima Hassan est mise en cause dans « i6 autres procédures toujours en cours, soit au parquet, soit confiées à la BRDP [...]. Il n'y a pas de communication sur ces procédures toujours en cours/i »./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanUne fois n'est pas coutume, signalons que a href="https://www.liberation.fr/politique/garde-a-vue-de-rima-hassan-un-abus-de-droit-la-marque-dune-pente-autoritaire-et-une-immense-betise-politique-20260404_4ZQG72HS6JCNZG4UMUALG5CDXM/" class="spip_out" rel="external"le billet de Thomas Legrand dans iLibération/i (4/04)/a constitue une goutte de pluralisme au sein des grands médias./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanLe 7 avril, Manuel Bompard et Paul Vannier rendent public un courrier dans lequel ils annoncent qu'ils ont a href="https://x.com/PaulVannierFI/status/2041584381395947869" class="spip_out" rel="external"saisi l'Arcom/a. Le lendemain, les deux députés LFI adressent un courrier public à la direction de BFM-TV « ipour exiger un rectificatif clair au sujet des fausses informations diffusées en boucle le 2 avril/i » (a href="https://x.com/PaulVannierFI/status/2041902227502084389" class="spip_out" rel="external"X, 8/04/a)./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanVoir, pour rappel, le fiasco du quotidien autour de l'affaire Dupont de Ligonnès (a href="https://www.acrimed.org/Dupont-de-Ligonnes-Jour-1-le-naufrage-mediatique"jour 1/a et a href="https://www.acrimed.org/Dupont-de-Ligonnes-Jour-2-l-autocritique"jour 2/a), et bien d'autres cas de a href="https://www.acrimed.org/+-Le-Parisien-+"journalisme de préfecture/a./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /span« "Apologie du terrorisme", drogue de synthèse, immunité parlementaire : ce que l'on sait de la garde à vue de Rima Hassan », BFM-TV, 2/04./p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanMise à jour, 10/04 : a href="https://www.nouvelobs.com/justice/20260402.OBS113832/rima-hassan-en-garde-a-vue-pour-apologie-du-terrorisme.html" class="spip_out" rel="external"le 2 avril, iLe Nouvel Obs/i/a reprend aussi la dépêche AFP (et relaie l'article du iParisien/i), mais ne mentionne pas la « drogue de synthèse », contrairement à ce que nous écrivions./p
/divdiv id="nb7"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanRaphaël Maillochon tweete d'ailleurs le 3 avril en coupant la citation du parquet à l'endroit précis de cette formule… tout en postant une capture d'écran de la communication en question !/p
/divdiv id="nb8"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanC'est-à-dire accessible sur internet et via les box des fournisseurs d'accès et les télévisions connectées./p
/divdiv id="nb9"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /spanContre plus de 130 000 vues pour le tweet ayant relayé le sujet du 20h./p
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lun, 2026-04-06 09:37
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/cadmium-3be0d.png?1776672969' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pLa contamination de notre alimentation par un métal lourd cancérogène, le cadmium, revient dans l'actualité périodiquement, présentée comme une « bombe sanitaire ». Retour critique sur le travail du magazine iLe Point/i, qui a pendant des mois traité cette information comme une « ifausse alerte/i »./p/div
div class='rss_texte'pMercredi 25 mars, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a rendu public a href="https://www.anses.fr/system/files/ERCA-2023-AUTO-0150-RA.pdf" class="spip_out" rel="external"un rapport/a « ialarmant/i », indiquant qu'une part significative de la population française était « iimprégnée/i » à des niveaux « ipréoccupants/i » par un métal cancérogène que l'on trouve dans les engrais phosphatés (et donc dans notre alimentation), le cadmium. L'information est largement relayée par la presse, quelle que soit la ligne éditoriale. La pollution de l'alimentation par le cadmium est « ipréoccupante/i » dans iLe Figaro/i comme dans iLibération/i, qui lui consacre sa Une (26/03). iLa Croix/i se demande « icomment réduire notre exposition au cadmium/i » (26/03), et iLe Parisien/i dresse une liste des aliments les plus contaminés (26/03). iLe Nouvel Obs/i explore la question de savoir « D'où vient le cadmium dans nos assiettes ? » (26/03), quand iLes Échos/i se demandent si nous avons là « iune nouvelle bombe sanitaire/i »./p
pC'est la troisième fois en moins d'un an que le nom de ce métal lourd surgit dans l'actualité. La première occurrence, en juin 2025, se situait dans la foulée d'une alerte lancée par des « imédecins libéraux/i », parlant eux aussi d'une « ibombe sanitaire/i ». L'article du iMonde/i (5/06/25) était sans équivoque : « iLes Français, en particulier les enfants, sont massivement contaminés par ce cancérogène présent dans les engrais phosphatés, à travers la consommation de céréales, de pain ou de pâtes./i » Et le journal d'ajouter : « iSanté publique France fait le lien avec l'explosion des cancers du pancréas./i » À l'époque, si iL'Express/i, iLe Figaro/i et bien d'autres journaux de droite reprennent l'alerte, il se trouve déjà des titres de la presse réactionnaire pour relativiser le danger. Une journaliste très en vue sur les questions agro-industrielles a particulièrement creusé ce sillon à propos du cadmium dans l'alimentation, le présentant comme un « ifaux scandale/i » voire comme un complot russe : l'inévitable rédactrice en chef au iPoint/i, Géraldine Woessner./p
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h3 class='article_intertitres' iLe Point/i et le cadmium/h3
p/brNous sommes en octobre 2024. iLe Point/i produit une « ienquête du dimanche/i » (sic) sur la « géopolitique des engrais » (13/10/2024). Au détour d'un paragraphe, Erwan Seznec parle de « ila grande intox du cadmium/i » (c'est l'intertitre). Pour lui, c'est clair : « iEn Europe au moins, la situation est très rassurante/i », les émissions de cadmium dans l'atmosphère ayant chuté « ide 81%/i ». « iOn trouve aussi du cadmium dans les engrais phosphatés/i », ajoute-t-il aussitôt, avant d'avancer que les niveaux de cadmium présents dans les engrais marocains, que l'Europe consomme massivement, sont 3 à 5 fois supérieurs aux recommandations de la Commission européenne. Mais le journaliste n'insiste pas sur ce point et en vient à sa conclusion : « iLes phosphates russes, en revanche, sont naturellement pauvres en cadmium... À Moscou, on a senti l'aubaine !/i » C'est ici que Seznec nous expose sa thèse centrale : si les ONG et les médias s'intéressent au cadmium, c'est parce qu'ils ont « imarché/i » dans la campagne d'un lobby auquel participe un géant russe de l'agro-industrie. Indulgent, Seznec concède : « iLes activistes de l'écologie, bien entendu, n'entendaient pas faire le jeu des Russes./i » Mais avec ce principe de précaution élargi, ils ont tout de même tiré « iune balle dans le pied/i » de la France : « iNous sommes exemplaires, mais est-ce vraiment utile ?/i », s'interroge le journaliste./p
pCe n'était pourtant pas la première fois que iLe Point/i parlait de cadmium. Et jusqu'alors, l'hebdomadaire ne se risquait pas à relativiser ses dangers. En 1999 déjà, le magazine titrait : « Marseille : alerte au cadmium ». Sous la plume du journaliste Thierry Noir, nous apprenions que, à la suite de rejets en cadmium d'une usine, les riverains marseillais étaient invités par les autorités sanitaires locales à « ine plus consommer les légumes de leurs jardins/i », car « iil est plus grave d'ingérer [du cadmium] que d'en respirer/i » (24/09/1999). En 2010 ensuite, dans une brève, le magazine nous apprend la disparition d'une espèce de plante, à cause de la contamination au cadmium (8/04/2010) : « iLa plante carnivore Sarracenia leucophylla aurait de bonnes raisons de porter plainte contre les insectes pour empoisonnement. En effet, Iain Green (université de Bournemouth) explique sa disparition par une contamination au cadmium. Celui-ci proviendrait des larves de mouche dont elle se nourrit, elles-mêmes contaminées par les engrais./i » En 2011, iLe Point/i publie une « ienquête exclusive/i », « Ces poisons qui polluent nos assiettes », basée (déjà) sur une alerte de l'Anses pointant 445 substances toxiques, dont le cadmium (30/06/2011) : « i15 % des enfants courent un risque de surexposition au cadmium, susceptible d'entraîner fragilité osseuse et lésions rénales en raison de leur forte consommation de pain et de pommes de terre/i ». En 2013 enfin, c'est un reportage en Chine que l'on pouvait lire dans les pages du magazine : « Le riz au cadmium sème la panique en Chine » (29/06/2013)./p
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h3 class='article_intertitres'Géraldine Woessner, le cadmium et les « ifausses informations/i »/h3
p/brMais Géraldine Woessner ne va pas s'inscrire dans cet héritage… et va préférer tirer le fil de son collègue Erwan Seznec. La rédactrice en chef s'y met dès février 2025 : « Cancer : alerte au "tsunami" de fausses informations » (12/02/2025). Elle écrit : « iCes dernières semaines, une avalanche d'alertes médiatiques sur les risques de cancer ont alimenté l'inquiétude : cadmium, PFAS , pesticides, aspartame, traces de mercure dans le thon , eau tritiée.../i » Si le cadmium figure bien dans son énumération de « ifausses informations/i », ce sera sa seule mention de tout l'article : Woessner ne pose aucune question à propos du cadmium au cancérologue qu'elle interroge, Jacques Robert, qui ne l'évoque pas lui-même./p
pDeuxième occurrence en juin 2025. Comme ses confrères et consœurs préposés aux rubriques scientifiques, Géraldine Woessner rapporte l'alerte lancée par les Unions régionales des professionnels de santé (URPS) à propos du cadmium dans l'alimentation (8/06/25). Toute la presse a trouvé « ialarmant/i » ce courrier envoyé au Premier ministre et rendu public ; Woessner l'a elle trouvé « itrès alarmiste/i » : « iL'alerte lancée jeudi 5 juin […] avait tout pour soulever une formidable tempête médiatique/i », regrette-t-elle. « iL'information n'est pourtant pas nouvelle/i », « ile cadmium est un métal cancérogène prouvé/i » depuis le début des années 1990. Mais « ini les autorités sanitaires ni le gouvernement n'ont sonné le tocsin/i », relativise encore la journaliste. Alors, « ipourquoi maintenant ?/i », s'interroge l'oncologue Jérôme Barrière, à qui Woessner tend cette fois le micro. Toute cette agitation médiatique ne serait-elle pas la résultante d'un « iaffrontement entre science, peur... et géopolitique/i » ? Géraldine Woessner est sur la piste russe : elle l'a remarqué, la « icampagne/i » des lanceurs d'alerte « ipointe un seul responsable de la "contamination au cadmium" : les engrais/i », et ne porte « iqu'une seule exigence/i », « il'abaissement immédiat de la limite pour la teneur en cadmium des engrais phosphatés à 20 mg/kg, sans attendre 2034/i ». Un abaissement que propose l'Anses depuis… 2011 (Anses, février 2026) : les autorités sanitaires avaient donc bel et bien « sonné le tocsin », contrairement à ce qu'écrivait Woesner trois lignes plus haut. Peu importe, cette revendication unique des médecins libéraux signe leurs intentions selon la journaliste : faire du lobbying pour les engrais russes, moins contaminés que les engrais marocains. « iLa Russie se frotte les mains/i », écrit Woesnner : « iSes engrais ont une teneur en cadmium remarquablement basse, inférieure à 5 mg/kg. Et elle met tout en œuvre pour le faire savoir…/i » La campagne contre la contamination au cadmium tombe « ià point nommé/i », pour la journaliste./p
pWoessner creuse encore la thèse russe deux semaines plus tard : « Emballement médiatique, intérêts russes : les dessous consternants du dossier cadmium » (18/06/25). Elle écrit : « iDeux semaines après l'alerte des médecins libéraux sur les dangers du cadmium dans les engrais phosphatés, l'enquête révèle une campagne de désinformation aux motivations géopolitiques. […] le soufflé retombe. Et pas qu'un peu./i » Persuadée d'avoir mis le doigt sur « iun emballement médiatique orchestré sur fond de rivalités géopolitiques/i », Géraldine Woessner donne alors la parole à un « igéant marocain des engrais/i » : « iCette campagne est complètement folle/i », estime celui-ci, aidé dans sa démonstration par la journaliste qui assure que les engrais marocains « is'avère[nt] bien moins sale[s] qu'annoncé/i ». Dans la suite de son papier, Géraldine Woessner nous fournit d'autres « idonnées rassurantes/i », qui ne sont, au fond, pas inintéressantes (nous y reviendrons) : teneur naturelle en cadmium des sols français, autres sources de contaminations que les engrais, variétés de plantes dans lesquelles le cadmium s'accumule moins vite. Mais très vite, « il'ombre de Moscou/i » revient : « iUn acteur se frotte les mains : la Russie./i » Celle qui, quelques lignes plus haut, fustigeait les « iconclusions simplistes/i » des activistes écologistes, se contente d'une concordance de dates pour crier au complot : « iEntre 2021 et 2024, les importations d'engrais phosphatés russes vont quasiment doubler […]. Avant que le Parlement européen […] n'adopte le 25 mai 2025 une surtaxe de 6,5 % visant précisément les engrais phosphatés […]. La campagne contre le cadmium, en France, rebondit quelques jours plus tard./i » « iLe timing est parfait/i » commente anonymement un « ihaut fonctionnaire européen/i ». Et Woessner de conclure son raisonnement par une dernière saillie « rassuriste » : il ne faut pas « icéder, chaque semaine, à une nouvelle panique, qu'elle soit ou non orchestrée/i ». Circulez !/p
pQuelques mois plus tard, en décembre 2025, sur X, Géraldine Woessner est toujours persuadée que la contamination de l'alimentation au cadmium, et son possible lien avec certains cancers, est un « ifaux scandale/i » (28/12/25). Le 4 janvier 2026, elle décrète 2025 « iannée de la désinformation scientifique/i ». La journaliste du iPoint/i interroge pour cela l'épidémiologiste Catherine Hill, et réitère le procédé qu'elle avait employé précédemment : le cadmium figure bien dans son énumération de « ifausses alertes/i », mais aucune réponse de l'interviewée ne porte ispécifiquement/i sur le cadmium./p
pPuis, le 8 février, iLe Point/i publie une tribune, expliquant que « La politisation des cancers est insupportable et mine la démocratie », rien que ça. Elle est signée par de nombreux interlocuteurs de Géraldine Woessner, les médecins Jérôme Barrière et Jacques Robert (encore eux), le présentateur de M6 et a href="https://www.arretsurimages.net/articles/mac-lesggy-le-savant-flou" class="spip_out" rel="external"« ipseudo-rationaliste/i »/a Mac Lesggy, l'ancien ministre et a href="https://lesjours.fr/obsessions/les-lobbyistes/ep31-colloque-de-rugy/" class="spip_out" rel="external"conférencier occasionnel pour le lobby des semenciers/a François de Rugy, ou encore le moins connu Gil Rivière-Wekstein, fondateur du site Agriculture Environnement, un site identifié comme « idiffus[ant] des propos climato-sceptiques/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« Le lobbying de Monsanto : une attaque contre notre planète et la (…)" id="nh1"1/a]/span./p
pBref, on retrouve là en grande partie ce que le sociologue Sylvain Laurens et les journalistes au iMonde/i Stéphane Horel et Stéphane Foucart décrivent comme l'écosystème des « marchands de doute »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Les Gardiens de la raison, La Découverte, 2020." id="nh2"2/a]/span. Leurs procédés rhétoriques s'articulent toujours de la même façon : moquer les « imarchands de peur/i », comme le faisaient les industriels du tabac au XXe siècle ; opposer « ila rationalité virile de la science/i » à « ila déraison environnementaliste hystérique/i » ; présenter les velléités de régulation au nom du principe de précaution comme plus dangereuses pour la démocratie que le laisser-faire ; pourfendre, au fond, tout ce qui relève de « ila critique du capitalisme agricole/i »./p
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h3 class='article_intertitres'Le cadmium revient dans l'actualité/h3
p/brLe 25 mars 2026, patatras ! L'Anses publie son nouveau rapport, et il est assez clair : les craintes à propos du cadmium sont confirmées. Les voies de la contamination humaine ? « iCette expertise confirme que l'alimentation est la source majeure de l'imprégnation humaine./i » Les sources de la contamination de l'alimentation ? « iIl en ressort qu'il faut agir avant tout à la source de la contamination des aliments, liée en grande partie à la présence de cadmium dans les sols agricoles/i », synthétise l'agence sanitaire. Le lien avec certains cancers ? « iCompte tenu de niveaux d'imprégnation […], des effets sanitaires du cadmium sur la santé (cancérogénicité certaine ou suspectée pour l'Homme selon le type de cancer […]) et du caractère bioaccumulable dans l'organisme […], la nécessité de réduire les sources d'exposition, telle que déjà formulée (Anses 2011 ; 2019) est réaffirmée./i » Bref, le discours « rassuriste » est largement balayé./p
pComme l'ensemble de la presse, et à contre-courant de ce qu'elle avait produit jusque-là sur le sujet, Géraldine Woessner titre sur les « irisques réels/i » de l'exposition au cadmium. Mais elle relativise aussitôt par un cadrage sur le « idébat brouillé/i » : « Exposition au cadmium : risque réel, débat brouillé » (25/03). Et l'on sent bien, dès l'introduction, que c'est de ça dont a vraiment envie de parler la journaliste : « iDepuis plusieurs mois, le cadmium s'est imposé dans le débat public sur un mode inhabituellement tendu. […] À l'arrivée, une série d'alertes et de prises de parole alarmistes qui ont installé un climat d'inquiétude […]./i » Pas dégonflée, la journaliste ne lâche pas sa ligne « rassuriste » : « iSi aucune alerte sanitaire immédiate n'est identifiée, l'agence pointe une accumulation progressive préoccupante./i » Un risque sanitaire est identifié, l'accumulation progressive est préoccupante, mais l'alerte n'est pas immédiate ! Où l'on retrouve la logique fondamentale des « marchands de doute »… et la constance de leurs pratiques : ne jamais faire amende honorable, même lorsque l'on a pendant des mois, au nom de « la science », vendu le doute sur un risque pourtant avéré./p
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centerstrong***/strong/center
p/brDans leur ouvrage iLes Gardiens de la raison/i, Stéphane Foucart, Stéphane Horel et Sylvain Laurens décrivent en ces termes l'action médiatique des « marchands de doute » : « iDans un monde traversé par l'incertitude et les fake news, les professionnels de l'influence investissent désormais dans la médiation scientifique. La tactique leur permet de se tenir au plus près des lieux de décision politique et de s'y présenter comme faisant œuvre utile. Revêtant leurs panoplies de fact-checkers face aux "marchands de peur", ils peuvent alors jouer le rôle de promoteurs de la "Science" auprès du grand public./i » Ce retour critique sur la production éditoriale du iPoint/i à propos du cadmium permet de voir que, sur ce sujet a href="https://rogueesr.fr/le-point/" class="spip_out" rel="external"comme sur d'autres/a, l'hebdomadaire a joué à plein son rôle de « marchand de doute », en appliquant les mêmes stratégies éculées (multifactorialité, instrumentalisation de l'incertitude, relativisation du risque). Ce parti pris constant, relativiste, favorable à l'agro-industrie, ne semble pas avoir écorné la crédibilité journalistique de ce magazine ou de ses rédacteurs en chef, qui continuent de bénéficier de leurs ronds de serviette à la télé et à la radio, où ils peuvent au contraire poser en « gardiens autoproclamés de la science » contre les « ipaniques inventées/i » (par la gauche, précisent-ils parfois). La « Science » ne dit pas jusqu'à quand cette imposture tiendra./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« a href="https://corporateeurope.org/fr/food-and-agriculture/2016/11/le-lobbying-de-monsanto-une-attaque-contre-notre-plan-te-et-la-d" class="spip_out" rel="external"Le lobbying de Monsanto : une attaque contre notre planète et la démocratie/a », Corporate Europe Observatory, 2/11/2016./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spaniLes Gardiens de la raison/i, La Découverte, 2020./p
/div/div
jeu, 2026-04-02 15:27
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/franceinfo310326-aabe1.png?1776672969' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pEffet de cadrage, pouvoir de nuisance./p/div
div class='rss_texte'pQue peut-on attendre d'un plateau de Franceinfo réunissant les quatre journalistes Agathe Lambret, Renaud Dély, Alix Bouilhaguet et Étienne Girard ? Le 31 mars dans l'émission « Les informés du matin », le bandeau semblait à première vue très clair : « Le maire de Saint-Denis victime d'attaques racistes ». Un agenda salutaire compte tenu de a href="https://snjcgt.fr/2026/04/01/quand-cnews-emmene-la-meute/" class="spip_out" rel="external"la déferlante raciste/a qui, bien au-delà des médias Bolloré, s'abat contre plusieurs nouveaux maires de communes notamment franciliennes comme a href="https://www.arretsurimages.net/emissions/arret-sur-images/nouveaux-maires-de-banlieue-les-violences-imaginaires-des-teles-francaises" class="spip_out" rel="external"Bally Bagayoko (Saint-Denis), Aly Diouara (La Courneuve) ou Demba Traoré (Le Blanc-Mesnil)/a et, par extension, contre les habitants racisés des quartiers populaires. Sauf qu'on le comprend très vite, ce sujet n'est pas auto-suffisant, ni même ce dont semblent vouloir réellement parler les « informés ». La présentatrice Agathe Lambret synthétise le cadrage d'entrée de jeu :/p
blockquote class="spip"
pstrongAgathe Lambret :/strong Pourquoi le maire de Saint-Denis est-il la cible d'attaques racistes et pourquoi LFI investit le champ identitaire avec son concept de « nouvelle France » ?/p
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pIci,« l'effet de cadrage » donne instantanément la mesure de son pouvoir de nuisance : la problématique est suffisamment mal posée pour que tout le plateau dérive et s'enlise, lentement mais sûrement. D'une part, en mettant strictement sur le même plan des attaques racistes et le concept de « nouvelle France » développé et promu par les responsables LFI. D'autre part, en réduisant ce concept à la célébration d'une « inouvelle France racisée/i » – ainsi que le soutiendront frauduleusement Agathe Lambret et Renaud Dély à plusieurs reprisesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Si l'on trouve l'expression de « nouvelle France racisée » dans un tweet de (…)" id="nh1"1/a]/span – et en assimilant la volonté de faire des discriminations raciales un sujet politique de premier plan à un discours « iidentitaire/i », comparé de surcroît au corpus doctrinal des courants politiques réactionnaires et, singulièrement, de l'extrême droite./p
pPour qui n'avait pas compris le projet de l'émission, Renaud Dély paraphrase sa consœur et monte d'un cran :/p
blockquote class="spip"
pstrongRenaud Dély :/strong Alors pourquoi [Bally Bagayoko] est-il d'abord la cible de ces attaques racistes ? Est-ce qu'il y a eu comme un déclic, une libération de la parole raciste avec son élection, est-ce qu'en ce sens il est d'ailleurs un symbole de ce climat ce nouveau maire de Saint-Denis ? Et d'autre part, pourquoi est-ce que la direction de La France insoumise et plus précisément Jean-Luc Mélenchon semble, lui, recourir aussi à un vocabulaire visant à racialiser le débat politique, au risque donc d'ailleurs de susciter aussi ces réactions racistes qu'on a […] entendues ces derniers jours en réaction ?/p
/blockquote
pDe là à rendre Jean-Luc Mélenchon responsable des propos racistes, il n'y a qu'un pas… que Renaud Dély franchit allègrement. « iJean-Luc Mélenchon, en investissant ce terrain [identitaire], joue avec le feu ou met de l'huile sur le feu/i », insiste plus tard l'éditocrate, avant d'en appeler doctement à « idistinguer le feu et l'huile/i », c'est-à-dire d'une part « ile feu raciste/i » et, d'autre part, « l'huile » supposément « iidentitaire/i » que LFI déverserait par bidons entiers sur la société et le débat public. Une précaution d'usage sur un plateau qui, de toute évidence, s'inquiète bien davantage de « l'huile » que du « feu ». La preuve ? Les toutologues ont consacré :/p
p- environ 5 minutes à commenter – parfois de (très) loin – l'avalanche de racisme à l'encontre des nouveaux maires ;/p
p- environ 8 minutes et 30 secondes à divaguer sur le concept (mal compris) de « nouvelle France », à étriller le projet politique (déformé) et les stratégies (fantasmées) de La France insoumise, sans oublier de cultiver un affrontement (factice) entre Jean-Luc Mélenchon et Bally Bagayoko./p
pAinsi Renaud Dély insiste-t-il à plusieurs reprises sur le fait que Bally Bagayoko « irécuse ce terme de "racisé" qui est utilisé en particulier par Jean-Luc Mélenchon lorsqu'il défend sa "nouvelle France", lui se dit plutôt un Français "héritier de l'immigration"/i », avant de reprocher à Jean-Luc Mélenchon d'« iinstrumentaliser y compris des élus insoumis qui eux récusent ces termes/i ». Sans doute le grand penseur croit-il ici tenir son « eurêka ! », sans avoir bien l'air de se rendre compte qu'au-delà de choix sémantiques différenciés, une ligne politique commune est défendue sur le fond./p
/br
h3 class='article_intertitres'« iLes Insoumis, ils ont flatté les discriminations et les relents identitaires/i »/h3
p/brAprès avoir donc soigneusement laissé de côté le sujet principal – le racisme en roue libre –, les commentateurs se raccrochent avec une spontanéité déconcertante au prêt-à-penser médiatique : c'est le temps des divagations autour du concept de « nouvelle France ». L'inénarrable Alix Bouilhaguet s'y colle la première. Et contre toute attente, ça commence plutôt « bien »… ou en tout cas moins mal qu'on l'attendait : cette dernière évoque en effet « iune France […] on peut dire plus jeune, plus populaire, plus urbaine, qui est issue de la diversité, qui est donc plus métissée/i », avant de souligner : « iÇa, c'est pour ceux qui portent ce combat et notamment La France insoumise./i » Las… Apparemment dotée d'une lucidité hors-norme lui permettant de lire dans les entrailles insoumises, la journaliste politique reprend immédiatement le dessus et prétend dévoiler la véritable signification de cette ligne politique :/p
blockquote class="spip"
pstrongAlix Bouilhaguet :/strong Après, on peut voir les choses d'une autre manière : on peut aussi se dire que ce sont deux France qui s'opposent. En clair, la France des blancs contre la France des diversités. Dire qu'il y a une « nouvelle France », c'est dire qu'il y a une « ancienne France » qui serait à mettre finalement à la poubelle et on est plus dans une lecture communautariste des choses. On n'est pas dans le vivre ensemble, on n'est plus dans le vivre ensemble, et finalement, la couleur de peau fracture l'unité nationale, et ça effectivement, ça pose un problème./p
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pUne interprétation qui ne repose sur aucun élément concret mais à laquelle se rattache l'ensemble du plateau par la suite, comme en témoigne d'ailleurs la relance d'Agathe Lambret : « iEn tout cas, Jean-Luc Mélenchon a investi le champ identitaire qui était plutôt délaissé par la gauche et occupé surtout à droite et à l'extrême droite./i »/p
pQuiconque a écouté ou lu ne serait-ce qu'un semblant des développements de responsables insoumis à propos de la « nouvelle France » sait que l'exégèse qu'en propose Franceinfo est faussée. Sans réclamer aux « informés » de longues lectures, une formation accélérée aurait pu consister à parcourir la note synthétique publiée la veille de l'émission sur le blog de Jean-Luc Mélenchon sous un titre apparemment encore trop abscons pour retenir leur attention : a href="https://melenchon.fr/2026/03/30/quest-ce-que-la-nouvelle-france/" class="spip_out" rel="external"« Qu'est-ce que la nouvelle France ? » (30/03)/a. Mais on le sait : les ifast-thinkers/i ont la science infuse. Cette note mentionne-t-elle « id'importantes mutations sociologiques, économiques et même anthropologiques/i » et esquisse-t-elle différents « igroupes sociaux émergents, en pleine dynamique et particulièrement visés par le système économique et politique/i » ? L'éditocratie n'en retient qu'un seul et accuse du même coup LFI d'« obsession identitaire ». Qui est obsédé ?/p
pAuto-intoxiqué par son propre commentaire, ses raccourcis permanents et ses idées reçues – lesquelles sont assises sur le prêt-à-penser de a href="https://www.acrimed.org/La-quete-du-vote-musulman-anatomie-d-un-recit"« la quête des quartiers »/a durablement installé par a href="https://www.acrimed.org/Flatter-les-banlieues-musulmanes-dans-la-presse"des années de matraquage/a –, le plateau ne cesse ainsi de dériver :/p
blockquote class="spip"
pstrongAlix Bouilhaguet :/strong Il n'y a pas plus clivant que ce concept dans la bouche de Jean-Luc Mélenchon parce qu'en fait, il faut le traduire quand même comme grosso modo une France racisée versus une France raciste. Enfin… je caricature un peu mais c'est les deux France qu'il veut quand même opposer. Alors naturellement, on peut dire que dans cette stratégie de La France insoumise, il y a une volonté de dénoncer un racisme décomplexé, il y a une volonté de politiser les discriminations pour finalement mettre le doigt dessus. Après, on peut aussi dire le contraire ! On peut aussi dire que ce grand remplacement, ça veut bien dire qu'il y a une forme de revanche à prendre, de revanche sur les gens qu'on doit remplacer et c'est pour ça que certains peuvent dire : bah voilà, ils ont fait preuve de clientélisme électoral, les Insoumis, ils ont flatté les discriminations et les relents identitaires pour pouvoir effectivement étendre leur mainmise./p
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pL'incarnation du n'importe quoi tient lieu de « journalisme ». Le reste est en effet du même tonneau, témoignant des plus spectaculaires renversements dont est capable, 24h/24, le commentariat ordinaire. Florilège :/p
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centeriframe title="Franceinfo, 31 mars 2026" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/2jnmiC3Pq22sCxtDUCDuyX" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
p/brRésumons :/p
p- Quand un plateau de Franceinfo prétend rendre compte des attaques racistes subies par le maire de Saint-Denis, les journalistes évacuent le sujet au profit d'un autre – « iEst-ce qu'il est dangereux ce concept de "nouvelle France", […] a minima clivant ?/i » (Agathe Lambret) – et sur la base de cette inversion victime/coupable, en font le « problème » n°1./p
p- Une fois installé, le commentaire sur le concept de « nouvelle France » peut être déformé (à l'unisson) par quatre journalistes « respectables », lesquels communient dans la désinformation et décrètent qu'il en va là d'une « istratégie identitaire/i ». Les questions de la représentativité ethno-sociale des élus et des discriminations raciales, notamment, sont passées par pertes et profits, interprétées comme autant d'éléments à charge contre LFI./p
p- Sur la base de ces interprétations frauduleuses, les journalistes peuvent ressortir le prêt-à-penser des « extrêmes qui se valent », en réussissant le tour de force de dresser une équivalence entre la « nouvelle France » et le « grand remplacement »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Ils s'appuient pour ce faire sur l'un de leurs procédés favoris, éprouvé (…)" id="nh2"2/a]/span – un fantasme raciste et complotiste a href="https://www.acrimed.org/Zemmour-un-artefact-mediatique-a-la-Une"légitimé par les grands médias/a –, c'est-à-dire à banaliser l'extrême droite dans un sujet supposément consacré au racisme qu'elle déverse à torrent continu contre des élus noirs et arabes. Terminus de ce grand voyage accéléré au pays des éditocrates ? « iJean-Luc Mélenchon sert en fait l'extrême droite/i ». Dixit Renaud Dély./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanSi l'on trouve l'expression de « inouvelle France racisée/i » dans un tweet de Jean-Luc Mélenchon (a href="https://x.com/JLMelenchon/status/1842269224288375142" class="spip_out" rel="external"X, 4/10/2024/a), c'est aux côtés d'autres versants que recouvre précisément le concept de « nouvelle France », au rang desquels par exemple « ila nouvelle France des femmes/i » ou encore « ila nouvelle France des villes/i »./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanIls s'appuient pour ce faire sur l'un de leurs procédés favoris, a href="https://www.nouvelobs.com/politique/20260129.OBS111942/melenchon-et-le-grand-remplacement-la-logique-de-la-fracturation.html" class="spip_out" rel="external"éprouvé très largement/a, à savoir sélectionner des bouts de déclarations de Jean-Luc Mélenchon pour soutenir qu'il fait lui-même ce rapprochement, alors que son propos, tenu lors d'un meeting à Toulouse le 22 janvier, visait précisément (et classiquement) à retourner le stigmate./p
/div/div
lun, 2026-03-30 17:10
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/ambassadeurtv-60553.png?1776672969' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pAu lendemain de a href="https://www.acrimed.org/Iran-l-editocratie-en-renfort-d-une-guerre-juste"l'agression israélo-américaine contre l'Iran/a, le 28 février 2026, l'ambassadeur d'Israël en France, Joshua Zarka, débute une intense tournée médiatique. Propagande à foison, invisibilisation des victimes, contradiction atone : a href="https://www.acrimed.org/-2023-Israel-Palestine-le-7-octobre-et-apres-"on pensait avoir tout vu, tout entendu/a. C'était sans compter une séquence inédite, qui se répétera sur trois plateaux différents en dix jours…/p/div
div class='rss_texte'pEntre le 1er et le 11 mars 2026, l'ambassadeur d'Israël en France, Joshua Zarka, a cumulé 19 interviews dans l'audiovisuel. Alors qu'il est accusé de génocide devant la Cour internationale de justice et que son Premier ministre est sous mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, l'État d'Israël voit son ambassadeur défiler dans les médias français à une fréquence inégalée. Aucun de ses homologues ne bénéficie d'une telle caisse de résonance… ni d'une telle complicité médiatique. La complaisance des chefferies éditoriales, comme des journalistes les plus en vue, est vertigineuse./p
/br
h3 class='article_intertitres'Dix-neuf cocons de propagande/h3
p/brLe 1er mars, au lendemain de l'agression israélo-américaine contre l'Iran, le présentateur de Franceinfo, Renaud Blanc, revendique son « exclusivité » : « iC'est la première fois qu'un représentant d'Israël prend la parole à l'international/i », lance-t-il aux auditeurs, avant de remercier son invité « id'avoir choisi/i » la radio de service public. S'ensuivent quinze longues minutes de propagande, racontées dans le détail par a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/sur-le-gril/iran-propagande-israelienne-en-exclusivite-sur-franceinfo" class="spip_out" rel="external"Arrêt sur images (7/03)/a. « L'exclusivité » Franceinfo ne fut pas garantie très longtemps puisque l'ambassadeur a l'occasion de réitérer son laïus quelques heures plus tard sur BFM-TV, sans plus de contradiction. Joshua Zarka déplore-t-il lors de cette édition spéciale que le pouvoir iranien « i[fasse] en sorte d'essayer de toucher le plus possible des civils pour qu'il y ait un coût humain à cette guerre/i » ? La répartie de la présentatrice est impitoyable : « iVous voulez dire qu'il n'y a pas d'objectif militaire dans les frappes iraniennes ?/i »/p
pLe lendemain, 2 mars, Joshua Zarka est l'invité de la matinale de TF1, dont il quitte les studios pour rejoindre ceux de RTL : deuxième matinale… et nouvelle promenade de santé, ponctuée d'une seule timide interruption (en dix minutes) de la journaliste Céline Landreau. Cette dernière ne manque pas d'évoquer les « ipremiers décès de soldats américains/i » ni d'interroger l'ambassadeur quant au « ibilan humain qui est déjà lourd/i », mais la journaliste fait ici référence aux dix victimes israéliennes : les centaines de civils iraniens et libanais tués, les écolières de Minab écrasées sous les bombes deux jours plus tôt n'auront pas droit à un seul mot. L'ambassadeur déclare-t-il à deux reprises que l'objectif d'Israël, « ic'est [de] vivre en paix dans notre petit coin du Moyen-Orient et qu'on nous laisse tranquilles/i » ? Cela ne suscite chez la journaliste aucune relance. La veille sur BFM-TV, Joshua Zarka avait du reste éprouvé mot pour mot cet élément de langagespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Qu'il répétera à l'envi au cours des interviews suivantes." id="nh1"1/a]/span, enrichi d'un commentaire du même calibre – « iOn veut […] que nos voisins, proches et lointains, cessent d'essayer de nous exterminer/i » –, sans déclencher le moindre holà en plateau, où, comme ailleurs, le génocide des Palestiniens relève à l'évidence de l'histoire ancienne… quand il n'est pas purement et simplement nié./p
pLe 3 mars, on retrouve Joshua Zarka sur CNews, où il s'était déjà rendu la veille, et (de nouveau) sur BFM-TV. Au cours de cette dernière interview de près de quinze minutes, Maxime Switek et Ulysse Gosset poseront 21 questions à l'ambassadeur d'Israël. Aucune ne mentionnera les victimes civiles des bombardements en Iran et au Libanspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Ulysse Gosset évoquera toutefois les réfugiés libanais." id="nh2"2/a]/span. En seulement deux jours, les 2 et 3 mars, on comptabilise déjà pas moins de sept apparitions sur six médias différents (TF1, RTL, CNews, LCI, BFM-TV, RMC). Ce n'était là qu'un début…/p
pLe 4 mars, Joshua Zarka bénéficie d'un nouvel entretien sur Europe 1 ; le 5, dans la matinale de France 2 mais aussi sur Radio J et le 6, dans la matinale de Radio Classique, où le journaliste Marc Bourreau s'illustre lui aussi par son mordant – et sa défense à tout crin du droit international –, en particulier lorsque Joshua Zarka jure la main sur le cœur que le but d'Israël « in'est pas d'envahir des pays voisins […], malgré toutes les rumeurs que certains antisémites, qu'ils soient en France ou autres, aiment publier ; notre but n'est pas de prendre des territoires, d'agrandir notre territoire/i ». Alors qu'Israël envahit alors le Liban et accélère le processus d'annexion de la Palestine, tant à Gaza qu'en Cisjordanie occupéespan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire le dernier reportage de Jean Stern, « Palestine. À Naplouse, "pour (…)" id="nh3"3/a]/span, la réaction du journaliste est là encore à couper le souffle : ce sera un silence radio… agrémenté d'un hochement de tête./p
pLe 7 mars, l'ambassadeur d'Israël poursuit sa tournée médiatique sur Franceinfo puis, pour la troisième fois en une semaine, sur CNews. Le 9, il est invité sur le plateau de France 24, mais aussi dans l'émission spéciale de France 2, « L'événement », présentée par Caroline Roux. Puis, quand il ne félicite pas les experts tout terrain sur X en relayant ici une outrance de Jean Quatremer (11/03), là une chronique de Sophia Aram sur France Inter qui se moque de « iceux qui réduisent les bombardements contre un régime islamique à une "offensive contre le droit international"/i » (10/03), ou encore une « itrès bonne analyse/i » d'Alain Bauer sur LCI (10/03), il continue son défilé sous les auspices des hauts gradés du journalisme./p
pLe 10 mars, il est ainsi convié une deuxième fois par Apolline de Malherbe, cette fois-ci dans le fauteuil le plus exposé de la matinale de RMC, diffusée simultanément sur BFM-TV, et le lendemain, Europe 1 le gratifie d'une seconde invitation dans ses studios. « iNous n'avons aucune dispute avec le Liban, rien/i, soutient Joshua Zarka face à Apolline de Malherbe. iNous n'avons pas de dispute territoriale, c'est un pays qui pourrait être un pays ami, nous avions même un accord de paix en 1983 ; la seule raison pour laquelle il y a ces hostilités, c'est le Hezbollah qui est dirigé par le Ha… par l'Iran./i » Dans pareil cas, une journaliste refuserait de tenir le haut-parleur : elle rappellerait a href="https://www.monde-diplomatique.fr/index/sujet/guerredulibanb" class="spip_out" rel="external"2006/a, au moins, l'occupation du sud du Liban par l'armée israélienne pendant vingt-deux ans à partir de 1978, surtout, et, s'agissant de la période récente, se saisirait instantanément des innombrables ressources mises à disposition par les Nations unies (en général), la Finul (en particulier) et les ONG afin de contrecarrer ces éléments de langagespan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="En faisant valoir, par exemple, les violations quotidiennes du « (…)" id="nh4"4/a]/span. Comment a donc réagi Apolline de Malherbe ? En posant la question suivante : « iPourquoi vous n'avez pas prévenu la France ?/i » CQFD./p
/br
h3 class='article_intertitres'Treize interviews sans aucune référence aux victimes civiles en Iran/h3
p/brNous avons écouté la totalité de ces interviews. Comme on a commencé à l'entrevoir, le journalisme est aux abonnés absents à peu près partout. Aussi ces dispositifs ont-ils contribué à doper a href="https://www.acrimed.org/Iran-l-editocratie-en-renfort-d-une-guerre-juste"un récit médiatique aligné sur la propagande israélo-américaine/a, dont l'un des versants consiste à invisibiliser les crimes commis par ces deux États. Les médias dominants jouent ici brillamment leur partition : dans treize interviews sur dix-neuf, les journalistes aux commandes se sont dispensés, par exemple, de toute référence aux victimes civiles iraniennes./p
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div class='spip_document_16479 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/ambassadeur.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH228/ambassadeur-445f4.png?1776672969' width='500' height='228' alt='' //a
/figure
/div
p/brDans les six cas restants, la moisson n'est guère plus glorieuse. Sur Franceinfo, si Renaud Blanc évoque bien « i200 morts [et] 500 blessés/i », la question qui accompagne ce bilan se passe de commentaire : « iEst-ce que vous avez un message, si je puis dire, aux Iraniens qui ont été durement frappés, […] à la population iranienne ?/i » Le 4 mars, la démarche du journaliste d'Europe 1 est sensiblement la même : passer les plats pour mieux blanchir les crimes. « iOn sait qu'il y a déjà des pertes civiles/i, avance le journaliste Charles Luylier. iEst-ce qu'une réflexion est menée pour qu'elles soient aussi faibles que possible ?/i » L'occasion, pour l'ambassadeur, de disserter sur la capacité fort connue d'Israël à « icibl[er] seulement les institutions gouvernementales et bien sûr les institutions militaires/i » et à « iminimiser au maximum les pertes civiles/i » sous les acquiescements du studio – alors que dans le cas d'espèce, l'un comme l'autre des propos a href="https://orientxxi.info/Iran-Le-visage-de-la-guerre" class="spip_out" rel="external"étaient déjà démentis par les faits/a./p
pSur France 2 cinq jours plus tard (9/03), c'est encore pire. Si la journaliste de France 24 Mariam Pirzadeh tente d'ouvrir le chapitre du bombardement américain de l'école de Minab, celui-ci est clos instantanément par Joshua Zarka… avec le renfort de la présentatrice Caroline Roux, qui relaie en prime la fake news (déjà débunkée) de Donald Trump :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Mariam Pirzadeh :/strong Si vous dites que vous vous coordonnez [avec les États-Unis], ça veut dire que vous avez des informations sur l'école de fillettes à Minab, il y a plus de 160 petites filles qui ont été… [coupée]/p
pstrong- Joshua Zarka :/strong Ce n'était pas Israël./p
pstrong- Mariam Pirzadeh :/strong Ce n'était pas Israël, donc ça veut dire que c'est les Américains./p
pstrong- Joshua Zarka :/strong Ce n'était pas Israël. C'est tout./p
pstrong- Mariam Pirzadeh :/strong Quand vous vous êtes décidé d'attaquer… [coupée]/p
pstrong- Caroline Roux :/strong Donald Trump a dit, juste, il a été interrogé sur cette question hier et il a dit : c'est les Iraniens./p
/blockquote
pFin de l'histoire. Personne ne bronche. Personne n'y reviendra./p
/br
div class='spip_document_16482 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/ambassadeur_france2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/ambassadeur_france2-44df3.png?1776672969' width='500' height='279' alt='' //a
/figure
/div
p/brCet entretien et celui de RMC (3/03) – au cours duquel Joshua Zarka évoque par deux fois « iune erreur de frappe iranienne/i » sans être contredit – seront les deux seuls cas (sur dix-neuf) où des auditeurs et téléspectateurs entendront parler, pendant quelques secondes, du massacre de Minab. L'ambassadeur d'Israël a beau s'enorgueillir à longueur d'antenne d'une « icoordination totale/i » (France 2, 9/03) entre les armées israélienne et américaine, les journalistes ne lui réclament aucun compte. Mention spéciale au chroniqueur de France Inter Pierre Haski qui, en toute fin d'interview lors de l'émission spéciale de France 2, fait part à l'ambassadeur « ides informations qui nous parviennent tous les jours de la violence des colons en Cisjordanie, pendant que tout le monde a les yeux fixés sur l'Iran/i ». Sa question est donc « logiquement » la suivante :/p
blockquote class="spip"
pstrongPierre Haski :/strong Est-ce que ce qui se passe en Cisjordanie, et l'armée laisse faire visiblement, n'est pas totalement contre-productif du point de vue israélien ?/p
/blockquote
pSidérant./p
pSi les victimes civiles au Liban sont évoquées un peu plus fréquemment par les journalistes – dans huit entretiens sur dix-septspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Nous avons exclu du décompte les deux interviews du 1er mars puisque les (…)" id="nh5"5/a]/span –, elles sont la plupart du temps, elles aussi, mentionnées de manière périphérique, sans considération réelle, à l'exception d'Apolline de Malherbe (sur BFM-TV/RMC le 10 mars) et d'Achren Verdian (sur France 24 le 8 mars), les deux seules intervieweuses à insister davantage sur leur cas, à trois reprises. Pas de quoi contrebalancer l'imaginaire des « dommages collatéraux », néanmoins. Pourquoi ? Parce qu'il ne s'agit presque jamais d'avancer ces faits dans les termes et le cadre du droit international humanitaire, ce qui favorise iin fine/i a href="https://www.acrimed.org/Palestine-Des-victimes-sans-visages-des-crimes"le récit dominant de « crimes sans criminels »/a. Ainsi les journalistes neutralisent-ils systématiquement leurs interviews en les dépouillant du fond, c'est-à-dire de tout rappel concret au génocide des Palestiniens et de toute référence solide au droit international, auxquels les journalistes préfèrent généralement des considérants inoffensifs du type : « Jusqu'où Israël est-il prêt à aller ? » ; ou ses variantes : « iJusqu'à quel objectif allez-vous continuer à frapper ?/i » (TF1) ; « iJusqu'où Israël va poursuivre ses opérations dans le pays ?/i » (France 24)/p
/br
h3 class='article_intertitres'« iVous dites quoi à vos enfants qui vivent avec ces alertes en permanence ?/i »/h3
p/brLas… Non seulement le tapis rouge fut presque systématiquement de mise, mais pour couronner le tout, ce défilé a donné lieu à une séquence à notre connaissance inédite dans l'histoire de la télévision. « iBonsoir Joshua Zarka, merci d'être avec nous/i, l'accueille Maxime Switek sur BFM-TV (3/03). iJe vous ai vu tout de suite regarder votre téléphone portable en arrivant dans ce studio. Pourquoi ?/i » L'ambassadeur évoque alors « iune application qui sonne à chaque fois que des missiles tombent sur [ses] enfants/i ». Sic. Les journalistes l'écoutent attentivement, la compassion est de mise. Ils en feront tout autant lorsque son téléphone sonnera quelques secondes plus tard, comme leurs confrères et consœur sur Franceinfo et CNews, où l'épisode se répétera (en pire) le 7 mars. Trois séquences qui résument, à elles seules, les a href="https://www.acrimed.org/Israel-Palestine-le-7-octobre-et-apres-2-doubles"compassions sélectives/a et a href="https://www.acrimed.org/Liberations-en-Israel-Palestine-le-deux-poids"la hiérarchie raciste des vies humaines/a auxquelles se livrent, consciemment ou non, les commentateurs les plus en vue. Pour le croire, mieux vaut le voir :/p
/br
centeriframe title="Ambassadeur d'Israël sur les plateaux TV, mars 2026" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/3uVJaCqk4Ezc1vwRyR2Wht" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
p/brLa télévision française est obscène./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brDébut mars 2026, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) recensait a href="https://www.ochaopt.org/content/reported-impact-snapshot-gaza-strip-11-march-2026" class="spip_out" rel="external"21 283 enfants palestiniens massacrés par Israël à Gaza depuis octobre 2023/a. Selon a href="https://www.unicef.fr/article/gaza-plus-de-100-enfants-ont-ete-tues-depuis-le-cessez-le-feu/" class="spip_out" rel="external"l'Unicef (13/01)/a, « iplus de 100 enfants [y] ont été tués […] depuis le cessez-le-feu début octobre [2025]/i », soit « ienviron un enfant tué chaque jour/i ». L'ONG a href="https://www.savethechildren.net/news/gaza-20000-children-killed-23-months-war-more-one-child-killed-every-hour" class="spip_out" rel="external"Save the children (6/09/2025)/a fait état de dizaines de milliers d'enfants blessés, souffrant d'un handicap permanent, portés disparus ou présumés ensevelis sous les décombres. Dans la nuit du 14 au 15 mars 2026, en voiture de retour de Naplouse, Mohamed et Othman, respectivement âgés de 5 et 6 ans, ont été assassinés avec leurs parents par l'armée israéliennespan class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir « Après le meurtre d'une famille par l'armée israélienne, la terreur à (…)" id="nh6"6/a]/span, portant à 233 le nombre d'enfants palestiniens tués par Israël en Cisjordanie occupée entre le 7 octobre 2023 et le 15 mars 2026span class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Selon l'agrégateur de données du Bureau de la coordination des affaires (…)" id="nh7"7/a]/span. Pour tous ceux-là, a href="https://www.lorientlejour.com/article/1499758/la-guerre-au-liban-tue-et-blesse-lequivalent-dune-classe-denfants-par-jour-denonce-lunicef-depuis-beyrouth.html" class="spip_out" rel="external"pour ceux du Liban/a et d'Iran, le temps des chaînes d'info ne s'est jamais suspendu. Et aucune alarme n'a retenti sur les plateaux de télévision./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanQu'il répétera à l'envi au cours des interviews suivantes./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanUlysse Gosset évoquera toutefois les réfugiés libanais./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanLire le dernier reportage de Jean Stern, « Palestine. À Naplouse, "pour tenir, il ne faut plus penser au lendemain" », a href="https://orientxxi.info/Palestine-A-Naplouse-pour-tenir-il-ne-faut-plus-penser-au-lendemain" class="spip_out" rel="external"Orient XXI, 24/02/a et « Dans la bande de Gaza, l'enfer de la "ligne jaune" », a href="https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/06/dans-la-bande-de-gaza-l-enfer-de-la-ligne-jaune_6669702_3210.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i, 6/03/a./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanEn faisant valoir, par exemple, a href="https://www.lorientlejour.com/article/1486124/infographies-plus-de-12-000-violations-israeliennes-au-liban-en-un-an-de-cessez-le-feu.html" class="spip_out" rel="external"les violations quotidiennes du « cessez-le-feu »/a par l'État d'Israël depuis sa mise en place le 27 novembre 2024 ; les a href="https://digitallibrary.un.org/record/4095082?ln=env=pdf" class="spip_out" rel="external"adresses répétées du représentant permanent du Liban auprès des Nations unies/a concernant les atteintes à la souveraineté du Liban, parmi lesquelles « ila construction d'un mur [qui] aura pour effet de grignoter des terres libanaises d'une superficie estimée à 4 100 mètres carrés/i » (25/11/2025) ; mais aussi les alertes d'ONG libanaises et internationales concernant les (multiples) violations du droit international humanitaire par Israël, recensées succinctement dans une lettre ouverte aux autorités libanaises (a href="https://www.amnesty.fr/communiques/liban-les-victimes-de-crimes-de-guerre-doivent-obtenir-justice-verite-et-reparations/" class="spip_out" rel="external"Amnesty International, 27/02/a)./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanNous avons exclu du décompte les deux interviews du 1er mars puisque les bombardements israéliens n'avaient pas encore « (re)commencé » du point de vue de l'histoire… médiatique./p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanVoir a href="https://www.mediapart.fr/journal/international/180326/apres-le-meurtre-d-une-famille-par-l-armee-israelienne-la-terreur-son-paroxysme-en-cisjordanie" class="spip_out" rel="external"« Après le meurtre d'une famille par l'armée israélienne, la terreur à son paroxysme en Cisjordanie »/a, Mediapart, 18/03./p
/divdiv id="nb7"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanSelon a href="https://www.ochaopt.org/data/casualties" class="spip_out" rel="external"l'agrégateur de données/a du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, qui, au total, recensait 1 071 Palestiniens tués au 15 mars 2026./p
/div/div
dim, 2026-03-29 11:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/logo-d3043.jpg?1776672969' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pIl y a 30 ans jour pour jour, le 29 mars 1996, l'Assemblée générale constitutive d'Acrimed adoptait un texte d'orientation – strongNotre action, notre critique, notre média/strong –, premier jalon de notre réflexion et de notre activité, qui sera publié dans le iBulletin n°1/i de l'association (octobre 1996), et que nous reproduisons ci-dessous./p/div
div class='rss_texte'/br
h3 class='article_intertitres'Notre action, notre critique, notre média/h3
p/brPourquoi une intervention démocratique sur le terrain des médias rend-elle nécessaire la constitution d'une nouvelle association alors que, multiforme et éclatée, cette intervention existe déjà - s'appuie sur des organisations tournées vers l'action, s'accomplit dans des réflexions tournées vers la critique et s'exprime à travers de nombreux médias ?/p
pPour répondre à cette question, il suffit, provisoirement, de dresser un constat de carence sur un point : l'absence d'une action démocratique à la hauteur des enjeux. Notre ambition devrait être de contribuer à combler cette carence, et, à cette fin, de rechercher et d'établir les convergences entre les acteurs (professionnels ou non) des médias, les usagers et les chercheurs concernés - entre tous ceux qui souvent remplissent à la fois cette triple fonction./p
pVoici, en quelques mots, ce que pourraient être notre action, notre critique, notre média./p
/br
h3 class='article_intertitres'Notre action/h3
p/brConstituer un réseau transversal, établissant des points de contact et de passage, entre les protagonistes de l'action démocratiques (et non un simple prolongement des syndicats de salariés, des associations de consommateurs ou des laboratoires de recherches) ;/p
pPromouvoir, dans et hors du champ médiatique, une action coordonnée destinée à obtenir l'exercice d'une démocratie pluraliste et égalitaire, affranchie de la tutelle des pouvoirs et des discours dominants. Une action déployée dans plusieurs directions :/p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Une action directe et massive en direction des pouvoirs publics et médiatiques, qui en appelle à la mobilisation des citoyens chaque fois que leurs droits démocratiques, notamment en matière d'information, sont bafoués ;/p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Une action diffuse et concertée au sein même du champ médiatique, destinée à promouvoir une information démocratique des citoyens et une expression démocratique des protagonistes de la vie intellectuelle, artistique et politique, et particulièrement des acteurs du mouvement social ;/p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Une action en direction des professionnels, destinée non à redoubler leur action syndicale, mais à renforcer sa portée démocratique./p
/br
h3 class='article_intertitres'Notre critique/h3
p/brDéployer une réflexion qui cumule les acquis de l'expertise scientifique, de la réflexion professionnelle et de la contestation citoyenne, mais qui dépasse par des propositions critiques les limites du savoir d'expert réservé aux experts, de la compétence professionnelle consacrée à la défense professionnelle, de la protestation citoyenne murée dans la protestation ;/p
pSe fonder sur une recherche approfondie, mais tournée (par ses méthodes, ses contenus et ses formes) vers une intervention critique qui permette de saisir comment les médias se transforment pour pouvoir transformer les médias. Une intervention répondant à quelques exigences :/p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Une réflexion qui permette non seulement de critiquer les effets des médias sur l'exercice de la démocratie, mais de déceler le potentiel de transformation des médias par l'exercice de la démocratie et de formuler des propositions de transformation démocratique des médias ;/p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Une réflexion permanente qui permette de soustraire le débat aux aléas de la conjoncture, mais dans le but de fournir des outils d'intervention et des propositions alternatives ;/p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Une réflexion ouverte et plurielle qui permette de métisser les savoirs critiques des chercheurs et ceux des acteurs qui tentent de dénouer et de déjouer les connivences entre les médias et les autres pouvoirs (économiques, politiques, intellectuels)./p
/br
h3 class='article_intertitres'Notre média/h3
p/brDoter l'Association de tous les moyens d'expression et de communication correspondant à ses objectifs. Privilégier dans l'immédiat le bulletin d'information, de confrontation, de liaison./p/div
ven, 2026-03-27 18:28
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/ofalp-27877.png?1776618778' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'piAcrimed est membre de l'a href="https://ofalp.org/" class="spip_out" rel="external"Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (Ofalp)/a. Nous relayons ici l'introduction de son premier rapport sur les atteintes à la liberté de la presse en France, qui porte sur l'année 2024. Le pdf du rapport complet a href="https://ofalp.org/files/ofalp_rapport_2024.pdf" class="spip_out" rel="external"est disponible ici/a./i/p/div
div class='rss_texte'pL'Observatoire français des atteintes à la liberté de la presse (Ofalp) est une association créée en 2023. Elle a été fondée par un collectif d'une vingtaine de personnes issues d'horizons géographiques et médiatiques variés, majoritairement journalistes et/ou représentantes d'organisations liées à la défense de la liberté de la presse./p
pCet observatoire s'est donné pour mission de recenser, qualifier et rendre publiques les atteintes à la liberté de la presse en France de la manière la plus exhaustive possible, dans un rapport annuel. Ce rapport vise à proposer une lecture consolidée et détaillée de ces atteintes, fondée sur une méthodologie et un périmètre d'analyse spécifiques, dont la combinaison apporte un éclairage inédit, complémentaire des dispositifs existants.span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Depuis 2020, le projet « Media Freedom Rapid Response » (MFRR) via sa carte (…)" id="nh1"1/a]/span/p
pEn objectivant les faits, l'Ofalp entend documenter méthodiquement le phénomène pour dépasser l'impression, partagée par ses fondateurs, d'une situation qui se détériore ces dernières années, avec une multiplication des atteintes. Être en mesure de les compter et les analyser pour en comprendre les mécanismes, afin d'agir collectivement pour défendre le droit d'informer et d'être informé dans un contexte démocratique fragilisé, voilà la mission que notre observatoire s'est donnée./p
/br
h3 class='article_intertitres'Journalistes et citoyen.nes main dans la main/h3
p/brLe collectif informelspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir la liste des membres fondateurs." id="nh2"2/a]/span qui a donné naissance à l'Ofalp a vu le jour en marge des Assises du journalisme de Tours, en avril 2023. Pendant 8 mois, une vingtaine de personnes, essentiellement journalistes, se sont réunies pour poser les bases de cet observatoire.span class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="À noter que le collectif « Informer n'est pas un délit » avait en tête (…)" id="nh3"3/a]/span/p
pÀ l'issue de cette période de gestation, le collectif s'est constitué en association loi 1901 en novembre 2023. Elle s'est dotée d'une gouvernance collégiale, composée de 5 coprésidents, et d'un conseil d'administration d'une vingtaine de membres. Les membres du conseil d'administration sont élus parmi les membres adhérents, constitués de trois collèges distincts : un collège journalistes, un collège citoyens non-journalistes et un collège personnes morales réunissant les organisations adhérentes (syndicats, associations, etc.). Fin 2025, l'Ofalp comptait près de 80 adhérents, dont une trentaine de membres activement impliqués dans la vie de l'Ofalp et le travail sur ce premier rapport./p
/br
h3 class='article_intertitres'Au-delà des inquiétudes, objectiver les faits/h3
p/brL'Ofalp est né de la nécessité de rendre compte des atteintes à la liberté de la presse, parce que nous avions le sentiment de les voir se multiplier ces dernières années, sous différentes formes :/p
p• Rachats de médias par des millionnaires et milliardaires de l'information qui opèrent des coupes budgétaires drastiques et des changements de ligne éditoriale brutaux ;/p
p• Défiance grandissante du public se traduisant par des violences verbales ou physiques à l'encontre des journalistes, sur le terrain et sur les réseaux sociaux ;/p
p• Refus d'interviews ou de communications de documents publics ou d'intérêt général de la part d'administrations ou de représentants de l'État ;/p
p• Nouvelles formes de menaces à la liberté d'informer, notamment par des procédures-bâillons (tentatives de violation du secret des sources, contournement du régime procédural applicable au droit de la presse, notamment via le recours aux tribunaux de commerce ou aux procédures sur requêtes, poursuites judiciaires disproportionnées ou avortées…) ;/p
p• Nombreux cas de violences policières en direction des journalistes (en particulier durant le mouvement des Gilets jaunes et la mobilisation contre la réforme du système de retraite) ;/p
p• Réduction des espaces dédiés à l'investigation dans les médias publics et privés ;/p
p• Restrictions budgétaires et attaques répétées contre les médias de l'audiovisuel public ;/p
p• Opérations d'influence, de trolling ou de déstabilisation via l'usage de fake news ou de deep fakes, facilitées par l'arrivée de l'IA…/p
pLe journalisme semble donc attaqué de toutes parts, sur les fronts financier, judiciaire, éditorial… Au point que l'on peine à définir quelle est l'urgence et comment faire barrage, comment reconstruire des digues là où l'eau monte le plus vite./p
pRésultat : des journalistes qui s'épuisent ou perdent parfois le sens de ce qu'ils font ; et un sentiment – de plus en plus partagé au sein de la profession, mais aussi d'une partie du public –, d'inquiétude, de frustration et de grand découragement./p
/br
h3 class='article_intertitres'Un recensement jamais réalisé en France de cette manière/h3
p/brPour sortir de la sidération et reprendre la main, l'Ofalp s'est donc donné pour mission de documenter et comptabiliser les atteintes à la liberté de la presse à travers un travail d'analyse annuelle à partir des données recensées de façon systématique (voir méthodologie détaillée en Annexe 3 p. 57)./p
pEn plus de ce travail, l'Observatoire ambitionne de mener à terme des analyses thématiques ponctuelles. Objectif : s'emparer de phénomènes difficiles à saisir par le biais de données quantitatives, mais tout aussi délétères pour la qualité et la liberté de l'information, comme le mouvement d'hyper-concentration des médias, les mécanismes d'autocensure ou l'impact de la précarisation de la profession sur la qualité et la diversité de l'information produite./p
pEn 2025, l'Observatoire a entamé pour la première fois son travail de recensement annuel, dont l'analyse doit produire chaque année une sorte de « photographie » de l'état de la liberté de la presse en France. Au fil des rapports, l'Ofalp comparera bien sûr l'évolution - qualitative et quantitative – des données relevées, et les principaux enseignements de cette analyse seront présentés chaque année./p
pDans le présent rapport, vous allez découvrir les atteintes recensées pour l'année 2024. L'Ofalp s'y intéresse tout particulièrement à travers le prisme de quatre grands indicateurs :/p
p• Leur nature : procédure-bâillons, entraves d'accès à des documents administratifs ou à des lieux, intimidations verbales ou menaces de recours par lettre d'avocats, campagne de harcèlement sur les réseaux sociaux, agression au cours d'une manifestation, vol ou casse de matériel… L'Ofalp étudie les atteintes dans toute leur diversité, y compris les plus silencieuses ou invisibles (comme les refus d'accréditation, refus d'accès à des lieux ou à des documents administratifs)./p
p• Leurs auteurs : sont-ils des représentants de l'État, et si oui, à quel échelon (local ou national, élus ou non, parlementaires, membres du gouvernement…) ? Sont-ils affiliés à des organisations politiques, et si oui de quelle obédience ? Sont-ils issus du secteur privé ? Dans quelle mesure ces atteintes viennent-elles aussi des citoyens ?/p
p• Le contexte des atteintes et le profil des victimes présumées : les journalistes pigistes, qui travaillent de façon indépendante pour différents médias, sont-ils plus susceptibles d'être visés par certaines attaques que les salariés en poste au sein d'une rédaction ? Les victimes sont-elles plus souvent des hommes ou des femmes ? Y a-t-il des thématiques plus « à risque » que d'autres ?/p
p• Les conséquences des atteintes recensées : la production de l'information a-t-elle été perturbée ou empêchée ? L'intégrité physique des journalistes a-t-elle été compromise ? Ont-ils eu à souffrir des conséquences psychologiques ou de dégâts matériels ? La protection des sources a-t-elle été mise à mal ?/p
pCe premier rapport porte sur les atteintes à la liberté de la presse ayant eu lieu entre le 1er janvier et le 31 décembre 2024 sur le sol français. Pour mener à bien ce travail, l'Ofalp a construit une méthodologie rigoureuse (voir Annexe 3 p. 57). Pour une lecture fine du phénomène, l'Observatoire a établi sa propre nomenclature. Les atteintes sont réparties en 5 grandes catégories, puis en 19 sous-catégories (version détaillée p. 8)./p
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centerLe rapport complet :/center
div class='spip_document_16474 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner"
a href="https://ofalp.org/files/ofalp_rapport_2024.pdf" class=" spip_doc_lien" title='PDF - 25.9 Mio' type="application/pdf"img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1776618778' width='64' height='64' alt='' //a
/figure
/div/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanDepuis 2020, le projet « Media Freedom Rapid Response » (MFRR) via sa carte européenne des atteintes (a href="https://www.mappingmediafreedom.org/" class="spip_out" rel="external"Mapping Media Freedom/a) recense de nombreux cas partout en Europe, dont en France. Quant à Reporters sans frontières, l'ONG établit chaque année un classement mondial de la liberté de la presse, et produit une carte recensant les journalistes tués, détenus, otages ou disparus dans le monde. Dans les deux cas, le périmètre et la granularité en termes de catégories d'atteintes sont différents de ceux de l'Ofalp./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanVoir la a href="https://www.ofalp.org/texte-fondateur" class="spip_out" rel="external"liste des membres fondateurs/a./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanÀ noter que le collectif « Informer n'est pas un délit » avait en tête depuis plusieurs années de recenser les atteintes à la liberté de la presse en France ; et qu'un chantier d'observatoire régional de ces atteintes avait également été ouvert en Bretagne en 2020, à l'initiative de journalistes de iSplann !/i notamment./p
/div/div
mer, 2026-03-25 12:31
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/tribune_moyenorient-39d05.png?1774434720' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'piUne soixantaine de journalistes ont publié a href="https://docs.google.com/document/d/17M2nOM4M70LeqKrJMnmq6nfNJymFIrI14x9HrDvqLbg/edit?tab=t.0" class="spip_out" rel="external"une tribune/a pour se « désolidariser de la couverture médiatique de la guerre au Moyen-Orient ». Nous la relayons ici. (Acrimed)/i/p/div
div class='rss_texte'pNous sommes journalistes, reporters, photojournalistes pigistes et de médias indépendants, exerçant en France et à l'international. Depuis les attaques conjointes lancées par les États-Unis et Israël sur l'Iran, ainsi que la guerre enclenchée au Liban depuis le 2 mars, nous assistons, indignés, à une couverture médiatique défaillante, lacunaire, déséquilibrée et, trop souvent, complaisante envers certains récits officiels. Une défaillance qui ne date pas d'hier et qui s'inscrit dans une longue histoire de conflits perpétuels, notamment au Liban Sud, dans les territoires palestiniens occupés et à Gaza, où le traitement médiatique reste systématiquement le même : simpliste, orienté et répétitif, donnant l'impression d'un “nouveau” conflit à chaque escalade alors qu'il s'agit en réalité d'une continuité tragique ignorée ou minimisée./p
pNous demandons qu'à une guerre asymétrique ne soit pas apposé un traitement médiatique asymétrique./p
pSans essentialiser l'ensemble des médias, force est de constater que trop de journaux, de magazines, de chaînes de télévision et de radios produisent une lecture partielle de cette actualité pourtant majeure, aux conséquences humaines, politiques et géopolitiques considérables./p
pNous ne comprenons pas les choix éditoriaux concernant les invité·es convié·es à commenter ces événements. Trop souvent, les plateaux sont occupés par des intervenant·es insuffisamment qualifié·es pour analyser des situations d'une telle complexité. Couvrir ces conflits exige pourtant une connaissance fine du terrain, une maîtrise des contextes historiques et une capacité à mobiliser des analyses géopolitiques rigoureuses./p
pNous dénonçons également un manque criant de pluralisme. Les prises de parole de représentants israéliens sont fréquentes, parfois hégémoniques, alors même que le chef du gouvernement fait l'objet d'un mandat d'arrêt international. Dans le même temps, les représentants politiques des autres parties impliquées sont marginalisés, disqualifiés ou absents des grands espaces de débat. Cette asymétrie dans l'accès à la parole contribue à orienter la perception du public et à appauvrir la compréhension du conflit./p
pNous condamnons fermement les commentaires de plateau qui, sous couvert d'analyse, relèvent trop souvent de prises de position approximatives ou idéologiques. Ils participent à une déshumanisation des victimes, réduisant les morts iraniens, libanais et palestiniens à des données chiffrées, déconnectées de toute réalité humaine, sociale et historique./p
pNous souhaitons également attirer l'attention sur les usages sémantiques profondément différenciés selon les parties concernées. Là où certains « meurent », d'autres sont « tués », voire « assassinés ». Là où certaines opérations sont présentées comme des « frappes préventives », d'autres sont immédiatement qualifiées d'« attaques ». Ces choix lexicaux ne sont pas neutres : ils hiérarchisent implicitement les vies et orientent la lecture morale des événements./p
pDe la même manière, le recours au terme « évacuation » pour désigner des déplacements massifs de populations civiles mérite d'être interrogé. Lorsqu'ils sont contraints, organisés sous la menace ou dans un contexte de bombardements, ces déplacements relèvent, en droit international humanitaire, de transferts forcés, voire de déportations. L'article 49 de la Quatrième Convention de Genève interdit explicitement « les transferts forcés individuels ou massifs, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé », sauf impératif absolu de sécurité, une exception strictement encadrée et dont l'interprétation ne saurait être extensible à des politiques de déplacement généralisé./p
pNous nous indignons de voir certaines informations émanant des autorités américaines ou israéliennes reprises sans distance critique, parfois en temps réel, tandis que des faits documentés concernant des violations du droit international imputables à ces mêmes acteurs sont systématiquement relativisés, minimisés ou entourés de doutes excessifs. Cette asymétrie dans le traitement de la preuve fragilise la crédibilité du travail journalistique./p
pNous sommes également préoccupés par la multiplication de chroniqueurs et chroniqueuses présents non pas pour établir des faits, mais pour exprimer des positions idéologiques. Ce glissement brouille la frontière entre information et opinion, au risque de transformer certains espaces médiatiques en chambres d'écho ou en instruments de légitimation politique./p
pEn ce sens, nous appelons nos consœurs et confrères exerçant dans les rédactions télévisées, radiophoniques et de presse écrite à large audience à se montrer à la hauteur de leurs responsabilités. Leur engagement est encadré par des principes clairs, notamment ceux énoncés dans la charte de Munich : recherche de la vérité, vérification des faits, indépendance vis-à-vis des pouvoirs politiques et économiques, refus de la manipulation./p
pNous les appelons à sortir de l'écueil de l'autocensure, qu'elle soit imposée, intériorisée ou structurelle, qui conduit trop souvent à tordre, simplifier ou édulcorer l'information. En agissant ainsi, c'est le droit fondamental des citoyennes et des citoyens à une information libre, complète et honnête qui est compromis./p
pInformer, ce n'est pas relayer. Informer, ce n'est pas hiérarchiser les vies. Informer, ce n'est pas choisir ses mots au service d'un récit dominant./p
pInformer, c'est donner à comprendre, avec rigueur, honnêteté et courage./p
pAujourd'hui plus que jamais, face à des conflits d'une gravité extrême, notre responsabilité collective est engagée./p
p/brstrongLa liste complète des signataires a href="https://docs.google.com/document/d/17M2nOM4M70LeqKrJMnmq6nfNJymFIrI14x9HrDvqLbg/edit?tab=t.0" class="spip_out" rel="external"est consultable ici/a./strong/p/div
mer, 2026-03-18 12:45
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH83/municipales-010b9.png?1773830753' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt="" /
div class='rss_chapo'pLes résultats du premier tour des élections municipales ont surpris la plupart des éditorialistes de plateaux, qui n'ont pas su cacher leur dépit et leur inquiétude face à l'écart entre le prêt-à-penser qui leur sert d'analyse… et la réalité électorale. Meilleur du pire./p/div
div class='rss_texte'pDimanche 15 mars 2026, premier tour des élections municipales. Les chaînes d'info sont toutes en édition spéciale, ce qui consiste pour elles à organiser les mêmes bavardages que le reste de l'année, mais cette fois interrompus par des annonces de résultats et des correspondants qui ânonnent des banalités en duplex depuis les QG de campagne./p
pÀ 20h, la trêve électorale est levée. Comme souvent, priorité au RN : duplex à Toulon, duplex à Perpignan, diffusion du discours de Jordan Bardella : Samuel Gontier relève que a href="https://www.telerama.fr/television/municipales-priorite-a-l-extreme-droite-sur-france-2-et-ailleurs-7030178.php" class="spip_out" rel="external"sur 25 minutes d'émission spéciale de France 2/a, Léa Salamé et Laurent Delahousse réussissent l'exploit d'en consacrer 15 à l'extrême droite. Mais très vite, un « bruit » gagne les plateaux : dans les grandes villes, les scores de LFI ne sont pas si mauvais que les éditorialistes les avaient anticipés (et espérés)./p
pC'est le drame : « iLFI est beaucoup plus fort, vous l'avez dit, donc les campagnes de diabolisation inversée ont une efficacité très très relative, pour ne pas dire relativement nulle/i », observe un rien circonspect Mathieu Bock-Côté sur CNews (15/03). Son camarade Franz-Olivier Giesbert lui emboîte le pas : « iPour l'instant il y a un vainqueur quand même assez clair […], c'est LFI, hélas. Hélas parce que quand on pense que c'est David Guiraud qui risque de devenir maire de Roubaix […], c'est absolument affligeant du point de vue français, quand on aime ce pays. C'est-à-dire un élu de la haine, du racisme, de l'antisémitisme, parce que ce sont ses spécialités… avec derrière évidemment beaucoup de violence./i » Sur France 2 (15/03), Benjamin Duhamel s'étonne également d'« iune forme de dissonance [avec] le débat public à l'échelle nationale/i ». Aussi en profite-t-il pour refaire le film (médiatique) en évoquant « iles polémiques sur la mort de Quentin Deranque/i » ou encore « iles soupçons d'antisémitisme après les propos tenus par Jean-Luc Mélenchon/i »… avant de conclure : « iTout cela n'a pas empêché les électeurs de mettre un bulletin insoumis dans l'urne./i » Ce n'est pourtant pas faute a href="https://www.acrimed.org/Face-a-LFI-le-regne-des-interrogatoires"d'y avoir mis du cœur/a…/p
pL'ambiance n'est pas bien différente sur Franceinfo, où Gilles Bornstein ne parvient pas à cacher sa panique (15/03) : « iSi à Lille il y a une alliance entre les Insoumis et les Verts au profit de la liste de la candidate insoumise, et bien les Insoumis peuvent prétendre à la mairie de Lille dimanche soir, ce qui serait un cataclysme./i » Non pas une « surprise » ou un « coup de théâtre » : un « cataclysme ». Rien de tel ne sera prononcé par le présentateur s'agissant des mairies remportées au premier tour par le RN. Du reste, sur Franceinfo, a href="https://www.acrimed.org/Flatter-les-banlieues-musulmanes-dans-la-presse"le prêt-à-penser (raciste) qui tient lieu d'analyse/a est le même qu'ailleurs. C'est « il'expert/i » sondagier Brice Teinturier qui s'y colle : « iIl est plus que probable que La France insoumise ait réussi son pari de mobiliser les catégories abstentionnistes, notamment les jeunes et notamment les quartiers populaires où il y a aussi une forte concentration de personnes issues de l'immigration maghrébine. […] Les municipales sont un petit test de vérification de la pertinence de cette stratégie, qu'on a appelée "stratégie Gaza" à d'autres moments…/i » Face à lui, l'invité Louis Boyard (LFI) s'offusque de cette curieuse expression, « istratégie Gaza/i ». Myriam Encaoua intervient : « iC'est une analyse d'expert qui tend à montrer que vous êtes en dynamique./i » Tout va bien : nous insultons vos électeurs, entretenons la logorrhée raciste, mais le commentaire vise à signifier que votre stratégie est efficace : parole d'expert !/p
pSur LCI, après quelques heures de plateau, Isabelle Saporta joue la même partition (15/03) : « iC'est la nouvelle France contre la France blanche. La partition idéologique elle est là Jean-Michel [Aphatie], on ne va pas faire semblant de ne pas voir, c'est la nouvelle France contre la France blanche. Donc, ce qui s'installe là c'est, excusez-moi, le débat de la présidentielle à venir./i » Par un petit glissement sémantique, la « partition idéologique » de Saporta est donc devenue… une partition ethnique. Une analyse qui plaît beaucoup à la chaîne concurrente CNews, qui la remobilise le lendemain (16/03) : « iJe citerai une chroniqueuse de gauche [sic] hier sur une chaîne concurrente : c'est la nouvelle France contre la France des blancs ! Sans aller aussi loin qu'elle/i, ose Erik Tegnér (iFrontières/i), ije trouve cette remarque intéressante […]. Saint-Denis, c'est la ville qui est racontée par Jérôme Fourquet comme celle qui à la base était un bastion ouvrier, communiste, et qui aujourd'hui est devenue un bastion migratoire./i »/p
pSur Europe 1, Vincent Trémolet de Villers paraphrase lui aussi le gloubi-boulga a href="https://www.acrimed.org/Jerome-Fourquet-faux-sociologue-mais-vrai"fourquettiste/a qu'il apprécie tant : « iLa gauche des villes et la droite des champs […]. Avec [Mélenchon] ce n'est pas la politique à l'état gazeux mais le radicalisme à l'état Gaza. Un mélange d'équivoque antisémite, de dialectique victimaire pour agréger la jeunesse urbaine diplômée et les électeurs français musulmans des périphéries./i » Le directeur de la rédaction du iFigaro/i, qui voit cette élection comme un « itest grandeur nature de l'efficacité [du] plan diabolique [de Mélenchon]/i », n'est pas le seul à placer « Gaza » dans le bingo. Sur CNews (16/03), les éditorialistes des magazines d'extrême droite égrainent ainsi les villes qui risquent de passer (ou de rester) à gauche. Toulouse ? Jules Torres (iValeurs Actuelles/i) reproche à « iMonsieur Piquemal/i » de « ine pas être un tendre/i », d'avoir « ifait beaucoup campagne sur Gaza/i », de s'être « irendu sur une flottille à plusieurs reprises/i » et s'alarme en conséquence : « iVoilà aujourd'hui la racialisation, le côté communautariste qu'on va retrouver dans la quatrième ville de France !/i » Erik Tegnér (iFrontières/i) parle quant à lui d'une ville de « ipunks à chien/i » et « id'antifas/i ». Lyon ? Rodolphe Cart désespère des résultats où à l'instar d'autres grands centres urbains « isurperforme le vote on va dire islamo-gauchiste, ou alors le vote antifasciste complétement assumé/i »./p
pBref, les éditorialistes n'auront pas attendu très longtemps pour reprendre l'intense campagne de dénigrement de LFI, menée avec une intensité accrue ces dernières semainesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire « Antifascisme et LFI : les médias brutalisent le débat public » (…)" id="nh1"1/a]/span./p
pSur X, les habitués du crachoir en rajoutent une couche. Le journaliste de iLibération/i Jean Quatremer : « iLa stratégie de Mélenchon, qui a tout misé sur Gaza, des provocations antisémites et la brutalisation politique (soutien aux milices d'extrême gauche), n'est gagnante que dans les banlieues populaires (à l'exception de Toulouse) et une partie de la jeunesse radicalisée. Ailleurs, c'est non seulement un échec, mais parfois une déroute./i » Le journaliste de iL'Express/i Jean-Dominique Merchet : « iLFI est une organisation politique dangereuse pour notre pays. Il faut lui faire barrage : c'est la priorité absolue au vu de ses positions radicales (racialisme, islamo-gauchisme, soutien à la Jeune Garde, etc.)/i » Nicolas Bouzou, commentant Toulouse : « iEn s'alliant avec un parti aux idées antisémites, racialistes et antidémocratiques, pour battre une personnalité de centre-droit, le Parti Socialiste se couvre de honte. Un crachat au visage de Blum, Jaurès, Mendes France. Les Français finiront par se réveiller./i » Ou Brice Couturier : « iEt ça vous étonne, que l'antisémitisme soit électoralement payant dans nos pays ? Car idem en Espagne, en Grande-Bretagne... et pour les mêmes raisons : présence islamiste croissante et haine d'Israël prêchée à la jeunesse universitaire woke.../i »/p
p« Présence islamiste », « haine d'Israël », « wokisme » : les éditorialistes se sont construits un prêt-à-penser qui tient en peu de mots. Céline Pina décide de les jeter tous ensemble dans un même tweet : « iLFI rassemble aujourd'hui tous les marqueurs de l'extrémisme : utilisation de l'antisémitisme comme outil de mobilisation, légitimation de la violence politique, création d'une milice violente, diabolisation de l'adversaire, discours de haine, justification d'agressions et de meurtre au nom de la cause (affaire Quentin Deranque). […] LFI est aujourd'hui le seul représentant signifiant de l'existence d'une forme de fascisme en France./i » Franz-Olivier Giesbert, sur CNews, parachève le chef d'œuvre : « iOn voit bien que la stratégie aujourd'hui c'est l'antifascisme, et donc le fascisme, parce que y'a un fascisme aujourd'hui et il est d'extrême gauche, et il revient par l'antifascisme…/i »/p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brFocalisés sur la « percée » (réelle) de LFI, les éditorialistes et les journalistes politiques n'ont pas versé d'aussi chaudes larmes pour rendre compte des résultats importants du RN et de ses alliés, en tête dans des dizaines de communes. Partout, le commentaire façonne LFI comme un parti « à part », « anormal », « pas comme les autres »… et le traite en conséquence. Le résultat de la double dynamique diabolisation de la gauche / normalisation du RN – que a href="https://www.acrimed.org/Les-medias-contre-la-gauche-6909"nous documentons depuis des années/a – se matérialise de manière exacerbée dans le contexte électoral. Et ce fait confirme une chose que l'on savait déjà : l'extrême droite n'effraie pas l'éditocratie. Elle est en revanche terrifiée par la gauche de gauche. Il n'en va là, du reste, que d'un petit concentré de quelques heures ayant suivi les résultats. Au cours des jours suivants, le bavardage redouble d'intensité, les cabales s'étoffent et les journalistes politiques sont plus que jamais dans leur élément : face aux jeux d'alliance, ces derniers n'entendent pas simplement observer et rendre compte… mais participer activement au jeu politicien./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLire « a href="https://www.acrimed.org/Antifascisme-et-LFI-les-medias-brutalisent-le"Antifascisme et LFI : les médias brutalisent le débat public/a » (23/02) et « a href="https://www.acrimed.org/Face-a-LFI-le-regne-des-interrogatoires"Face à LFI : le règne des interrogatoires/a » (3/03)./p
/div/div
lun, 2026-03-16 20:24
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH86/epicfury-6a38f.png?1773685484' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='86' alt="" /
div class='rss_chapo'pLe 28 février, alors que des discussions diplomatiques indirectes, sous médiation omanaise, avaient lieu à Genève, les États-Unis et Israël ont lancé une nouvelle guerre d'agression impérialiste contre l'Iran. Toute à son campisme et à son dédain habituel pour le droit international, la presse a href="https://www.acrimed.org/Sortie-du-Mediacritiques-no57-Medias-va-t-en"va-t-en-guerre/a légitime une « guerre juste ». Et de propagande en invisibilisation des victimes civiles, le bruit médiatique laisse une impression amère de superficialité, de légèreté et de grande confusion./p/div
div class='rss_texte'p« iC'est la fête, les gens sont en train de hurler aux fenêtres !/i » Les États-Unis et Israël viennent de déclencher une campagne de bombardements intensifs sur Téhéran et l'annonce de la mort de l'ayatollah Khamenei est arrivée sur le plateau de LCI (28/02). a href="https://www.acrimed.org/Iran-lobbying-pro-chah-dans-les-medias-francais"Mona Jafarian/a exulte : « iCe sont des explosions de joie en ce moment en Iran./i » L'émotion est partagée sur Franceinfo par le chroniqueur venu de CNews, Nathan Devers : « iMoi je suis évidemment très ému [...], c'est un moment peut-être émouvant, et peut-être qu'enfin ce régime va tomber./i » Des « peut-être » de précaution, mais beaucoup d'émotion. Comme au iParisien/i, chez l'éditorialiste Olivier Auguste (28/02) : « iL'espoir, voire la joie/i », à peine « ilesté d'un peu d'amertume/i ». « iUne délivrance/i », lance Vincent Hervouët sur CNews (2/03). « iSuprême délivrance/i », renchérit iFranc-Tireur/i (4/03). Abnousse Shalmani dirait même plusspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Un extrait d'anthologie relevé par Blast." id="nh1"1/a]/span : « iJe ne peux pas empêcher cette émotion-là, c'est que les Perses et les Juifs, c'est 2 600 ans d'histoire, alors pour moi ce qui est en train de se passer, c'est des retrouvailles, c'est une cousinade qui se retrouve, et ça, ça fait hyper plaisir./i » (LCI, 2/03) « iLes scènes filmées ont de quoi abasourdir/i, écrit encore Aurélien Viers dans iMarianne/i (5/03). iOn a rarement vu un peuple applaudir des bombes lui tombant dessus./i » Deux jours après a href="https://www.france24.com/fr/vid%C3%A9o/20260303-les-iraniens-rendent-hommage-aux-%C3%A9coli%C3%A8res-mortes-dans-le-bombardement-de-leur-%C3%A9cole" class="spip_out" rel="external"les funérailles ayant réuni des milliers d'Iraniens/a suite au bombardement meurtrier de l'école primaire de Minabspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="« Une bombe a frappé l'école primaire de filles Shajareh Tayyebeh pendant (…)" id="nh2"2/a]/span, il fallait oser./p
pMais les bombes n'effraient aucun des exaltés qui pullulent sur les plateaux, auxquels le chaos inspire même des métaphores messianiques : « iLes Iraniens s'inquiètent mais en même temps, c'est un sentiment de libération extraordinaire/i, s'emballe Vincent Hervouët sur CNews (2/03). iQuand ils défilaient il y a quelques mois, c'était le Christ et le tyran. […] Et bien le tyran est mort ! Le ciel les a exaucés ! Le ciel, c'est à dire l'aviation israélo-américaine ! […] C'est une bénédiction !/i » Même tonalité dans iValeurs actuelles/i (4/03), où l'inénarrable François d'Orcival parle d'un « ichâtiment à Téhéran/i » : « iNous étions trois jours avant une fête de vingt-quatre heures en Israël, Pourim, qui rappelle les événements rapportés dans un texte biblique, le livre d'Esther [...]. Pour la première fois avec cette ampleur, Israéliens et Américains réagissaient par une même opération pour abattre les restes du régime. L'heure des comptes était arrivée ; comme dans la Bible, et comme dans une tragédie du Grand Siècle./i »/p
p« En Iran, l'espoir d'un jour nouveau », titre iSud Ouest/i sur un mode plus réservé, mais néanmoins optimiste au lendemain de l'agression militaire (1/03) : « iSi l'on ne peut pas se réjouir du feu de la guerre/i, concède la journaliste Aude Ferbos, ila mise hors d'état de nuire de ce dictateur sanguinaire qui a mis son peuple à genoux est une bonne nouvelle pour le pays comme pour l'équilibre du Moyen-Orient./i » Sacrée prédiction. Guillaume Roquette formule la même dans son éditorial du iFigaro/i (6/03) : « iIl est permis de penser que [les frappes israélo-américaines] peuvent renforcer la paix à moyen terme./i » « Un tyran de moins » titre en Une iFranc-Tireur/i (4/03), jugeant que « ila planète est plus sûre sans Khamenei/i ». Bref, comme Nicolas Baverez dans iLe Point/i (5/03), la plupart des chefferies éditoriales, qui n'ont visiblement pas médité les désastres afghan, irako-syrien ou libyen du dernier quart de siècle, font un « ipari sur l'émergence d'un nouveau Moyen-Orient/i »./p
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h3 class='article_intertitres'« iLa guerre de Trump en Iran est juste/i »/h3
p/brEn quelques heures en effet, la presse mainstream avait fait son choix éditorial : ce sera, au nom de la « civilisation », une « guerre juste », de celles qui ne sont pas légales mais incontestablement légitimes. Et d'ailleurs, il ne se trouve (presque) personne pour le contester. « iIsraël et les États-Unis défendent le monde libre/i », clame Jean Quatremer (LCI, 12/03) et « ila guerre de Trump en Iran est juste/i », décrète Bernard-Henri Lévy, plus constant qu'un métronome (iLe Point/i, 5/03). Dans iFranc-Tireur/i (4/03), sa disciple Caroline Fourest le suit au mot près :/p
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pstrongCaroline Fourest :/strong Il ne s'agit pas d'une guerre impérialiste ni d'une invasion. Il s'agit d'éliminer suffisamment de tueurs au pouvoir pour permettre aux démocrates de reprendre leur pays en main, afin qu'une dictature cesse de menacer la paix de la région et du monde. Et cela change tout. Car c'est précisément ce qui sépare une guerre injuste d'une intervention risquée, mais qui vise juste./p
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pSur Franceinfo (1/03), le lieutenant-colonel Vincent Arbarétier n'en pense pas moins en évoquant un « idroit d'ingérence humanitaire/i » : « iDans le cas de l'Iran, il y a une ingérence humanitaire. Et je dirais même qu'il est bien dommage que les Américains ne soient pas intervenus plus tôt…/i » Le lancement du journaliste Gilles Bornstein avait d'entrée cadré le « débat » et donné le ton du bruit médiatique : « iLa question s'énonce très clairement : tous les coups sont-ils permis quand il s'agit de faire tomber un dictateur ? Peut-on s'affranchir du droit international pour redonner la liberté à un peuple ? Bref, Iran : la fin justifie-t-elle les moyens ?/i » L'éditorialiste semble ne pas s'en rendre compte, mais tout le campisme de la presse alignée sur le récit israélo-américain est ici replié dans sa question, qu'il croit sans doute neutre et objective, voire équilibrée, mais qui suggère d'emblée que si les États-Unis et Israël se sont « iaffranchis du droit international/i », c'est forcément pour « iredonner la liberté à un peuple/i ». Que pourraient-ils vouloir d'autre ?/p
pLe fait que cette agression soit menée par des puissances néofascistes, et dans le cas de la seconde, par un dirigeant actuellement sous mandat d'arrêt international pour crimes contre l'humanité, bénéficiant du soutien politique et militaire constant des États-Unis dans le génocide des Palestiniens, ne change rien à l'affaire. « iFaute de légalité incontestable/i, reconnaît Bruno Jeudy dans iLa Tribune dimanche/i (1/03), il'opération se pare d'une légitimité morale : celle d'un droit d'ingérence invoqué au nom de la défense des libertés/i », que l'éditorialiste légitime plus qu'à son tour en reprenant à son compte le narratif d'« iune guerre pour l'Histoire/i », chère aux gouvernements israélien et américain : « iQui versera des larmes sur l'anéantissement d'une dictature islamiste qui a instrumentalisé la foi pour asservir son peuple ?/i » Ceci posé, l'éditorialiste Luc de Barochez – passé du iPoint/i à iL'Express/i sans dépaysement –, se charge de l'étape suivante en expliquant « ipourquoi l'Europe doit s'impliquer en Iran/i » :/p
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pstrongLuc de Barochez :/strong Bien sûr, les précédents historiques tendent à prouver que les avions de combat ne sont pas un vecteur adapté pour promouvoir la démocratie. Il n'empêche : l'opération en Iran se présente comme une occasion historique de contrer et peut-être d'éliminer un régime malfaisant, qui fait régner la terreur depuis un demi-siècle au Proche-Orient et au-delà. […] Qu'on le veuille ou non, les Européens ne peuvent pas se soustraire à ce conflit. (iL'Express/i, 5/03)/p
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pDans cette ambiance de parti pris à courte vue, les plateaux télés font du cinéma de guerre, au point de scénariser des scènes de victoire dans lesquelles les troupes américaines entreraient à Téhéran sous les acclamations des Iraniens :/p
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pstrong- Darius Rochebin :/strong Il y a des Iraniens qui accueilleraient à bras ouverts les Américains […] Il y a ce mot de Jefferson qui dit : « Les États-Unis sont l'empire de la liberté. » Oui, c'est un impérialisme, mais qui diffuse la liberté./p
pstrong- Peer de Jong :/strong C'est comme au Vietnam. Absolument partout, il y a marqué « I love New York »./p
pstrong- Darius Rochebin :/strong Imaginez cette scène, les rues de Téhéran pavoisées pour accueillir peut-être pas Trump, mais un régime pro-américain./p
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pCette scène surréaliste, a href="https://www.telerama.fr/television/iran-lci-s-en-va-t-en-guerre-l-imagination-en-bandouliere-7030026.php" class="spip_out" rel="external"relevée par Samuel Gontier/a, s'est passée sur LCI (4/03). La chaîne du groupe Bouygues, qui tente de se distinguer par une spécialisation sur l'international, guettait depuis des semaines le retour de cette guerre. Aussi Darius Rochebin ne peut-il contenir son enthousiasme : « iLa guerre de très haute intensité, on y est !/i »/p
pÀ l'affût comme lui du moindre bourdonnement militaire, les professionnels du bavardage en ont pour leur compte : le commentaire technique de la guerre et le point de vue des « alliés » s'imposent partout dans un présentisme exacerbé. Et ce d'autant que sur les chaînes d'information en continu, les militaires supplantent les journalistes. Même Éric Brunet ne s'y retrouve plus : « iNous avons l'amiral Alain de Dainville qui est avec nous... Ah non, il va arriver dans quelques instants. Mais nous avons un autre amiral, voyez, nous avons beaucoup d'amiraux./i » « iIls sont tous sur le plateau !/i », renchérit la coprésentatrice en rigolant (LCI, 9/03)./p
pOn saluera ainsi « il'excellence et la finesse du renseignement israélien/i », comme Christian Makarian sur LCI (1/03), ou on repensera, émerveillée, à l'« iincroyable/i » opération « ides bipeurs au Liban/i », comme Alexandra Schwartzbrod (iLibération/i) sur Franceinfo (1/03). BFM-TV produit immédiatement un long format sur « iles coulisses de l'incroyable opération "Epic Fury"/i » (6/03). Marc Semo parle d'« iun exploit/i » dans iChallenges/i (5/03), béat devant les engins militaires israélo-américains qui « ise sont très rapidement arrogé la maîtrise des airs/i ». Il en va encore d'« iune prouesse/i » dans iL'Express/i (12/03), qui glorifie en Une le compagnonnage « CIA-Mossad » pour son « inouvel art de la guerre/i », une semaine après que le directeur adjoint de la rédaction, Thomas Mahler, a ouvertement félicité « ile stratège Bibi/i » : « iPlus de deux ans après le jour le plus tragique de l'histoire d'Israël, le bilan de Tsahal et du Mossad est spectaculaire : le Hamas a été décimé, Hassan Nasrallah […] tué par une frappe, le dictateur syrien Bachar el-Assad est en exil à Moscou. Mais Bibi Netanyahou vient d'obtenir son plus prestigieux trophée avec la mort de Khamenei./i » (iL'Express/i, 5/03)/p
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div class='spip_document_16408 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/epicfury.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH285/epicfury-94a85.png?1773681763' width='500' height='285' alt='' //a
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h3 class='article_intertitres'Propagande israélo-américaine : le grand déploiement/h3
p/brIncarnant le « grand méchant » par excellence, l'Iran est campé comme la source première de déstabilisation de la région : une « évidence » indiscutable au sein des grands médias, dans la roue de la propagande israélo-américaine. En ouverture du iNouvel Obs/i (4/03), si le directeur adjoint de la rédaction Grégoire Leménager dénonce un « imépris des règles du droit international/i », c'est néanmoins à l'Iran qu'il reproche d'« iembraser le Moyen-Orient, comme c'est hélas déjà le cas au Liban/i », ce qui ne manquera pas de convaincre les centaines de Libanais tués et les centaines de milliers de déplacés du fait des bombardements... israéliens./p
pDépeindre l'Iran en agresseur n°1 contre lequel Israël – et « l'Occident », plus généralement – se défend : tel est le travail auquel s'attèle sans relâche l'ambassadeur d'Israël en France, Joshua Zarka. Si le diplomate est dans son rôle, le tapis rouge que lui déroulent la plupart des journalistes est, en revanche, proprement sidérant. Entre le 1er et le 11 mars, Joshua Zarka a cumulé 19 interviews dans l'audiovisuel, la plupart du temps sans grande contradiction : quel autre État impliqué dans des crimes contre l'humanité bénéficie d'une telle caisse de résonance… et d'une telle complaisance ? D'autant que si ses interventions ont incontestablement contribué à doper le bruit médiatique, les rédactions n'en avaient nullement besoin pour servir, toutes seules, de haut-parleur à la propagande israélienne./p
p« iLe but premier, c'est d'annihiler les capacités militaires de l'Iran, et notamment le développement d'une arme nucléaire ?/i », demande Gauthier Le Bret à Olivier Rafowicz (CNews, 6/03). « iC'est bien, vous pouvez être porte-parole/i », lui répond son invité. Des félicitations que le porte-parole (authentique) de l'armée israélienne pourrait adresser plus largement. Dans iL'Express/i (5/03), sous la plume de Thomas Mahler, c'est toute sa propagande qui est ainsi dûment télégraphiée : « iUne seule chose compte pour les Israéliens : que [l'Iran] soit durablement affaibli sur le plan militaire, privé de programme nucléaire et vacciné contre ses ambitions antisionistes./i » Dans iLa Tribune dimanche/i (1/03), la correspondante à Tel-Aviv s'illustre elle aussi par un alignement total sur la propagande israélienne. Tandis que les appels va-t-en-guerre des hauts gradés militaires sont reproduits sans aucune forme de distance, la propagande de guerre la plus grossière tient lieu d'analyse absolument partout. Benjamin Netanyahou déclare-t-il vouloir « iéliminer la menace existentielle posée par le régime iranien/i » ? La formule donne son titre à l'article – « Pour Israël, une guerre existentielle » – et ses slogans à la correspondante : « iIsraël réaffirme sa doctrine fondée sur le principe d'empêcher l'émergence d'une menace stratégique/i », soutient-elle, avant d'enfoncer le clou en conclusion : « iL'État hébreu agit avant que la menace ne devienne irréversible./i »/p
pDans ce chapitre, si les discours spécifiques sur la « menace nucléaire » de l'Iran varient d'un jour(nal) à l'autre avec leur lot d'approximations, les chefferies pratiquent généralement la politique de la peur. Au iParisien/i (12/03) par exemple, où le journaliste Enzo Guerini l'affirme comme « iune certitude : la traque de l'uranium iranien est l'obsession du tandem Trump-Netanyahou/i », dont la parole est donc prise pour argent comptant : « iPrès de 200 kg d'uranium enrichi à 60 % […] sommeilleraient encore [en Iran]. Assez de matière pour produire plusieurs armes atomiques. Impensable, pour Washington (qui en fait son principal objectif de guerre) et Tel Aviv, de laisser à Téhéran une telle marge de manœuvre sans avoir des garanties de sécurité./i » Peu importe que neuf mois plus tôt, à l'issue d'une « guerre des 12 jours » (juin 2025) qui semble n'avoir jamais avoir existé, les mêmes médias reprenaient en chœur les déclarations de « iDonald Trump assur[ant] que les sites nucléaires [en Iran] sont "complètement détruits"/i » et celles de Benjamin Netanyahou selon lequel « iTéhéran n'aurait "jamais l'arme atomique"/i » (BFM-TV, 25/06/2025). Peu importe les « iconcessions historiques faites par l'Iran/i » au cours des négociations des derniers mois en matière de matériel nucléaire (a href="https://orientxxi.info/De-Gaza-a-l-Iran-la-loi-du-plus-fort-s-impose" class="spip_out" rel="external"Orient XXI, 2/03/a). Et peu importe, évidemment, que contrairement à l'Iran, les États-Unis et Israël ne soient pas signataires du traité de non-prolifération nucléaire… et détiennent l'arme atomique. Dans un paysage médiatique où la moindre déclaration des responsables israéliens et américains tient lieu d'information, la presse peut bien se contredire du jour au lendemain./p
pEt mobiliser au gré du vent, tantôt l'un, tantôt l'autre versant de la propagande : « iEpic Fury, ce n'est pas pour empêcher les Iraniens de se doter de la menace nucléaire/i, avance Jean Quatremer, tout aussi sûrement que iLe Parisien/i disait le contraire. iC'est pour renverser le régime, et c'est pour préserver la population/i » (LCI, 12/03). Quoi qu'il en soit, tout le monde s'accorde sur un point : « iLa sécurité d'Israël devrait être la priorité du monde libre/i », clame Guillaume Roquette dans iLe Figaro/i (6/03). Nicolas Baverez fait la synthèse… et l'ambassadeur d'Israël aurait pu la signer :/p
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pstrongNicolas Baverez :/strong L'attaque contre l'Iran vise à la fois la réorientation profonde sinon la fin du régime, sa renonciation à la bombe nucléaire et à ses capacités balistiques, l'arrêt de la déstabilisation du Moyen-Orient comme des menaces existentielles contre Israël et l'Occident. (iLe Point/i, 5/03)/p
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pAlors que se poursuit le génocide des Palestiniens, alors que l'annexion de la Cisjordanie se déroule dans l'indifférence générale, alors que de l'Iran au Liban, des civils meurent par milliers sous les bombes et subissent des déplacements forcés d'une ampleur terrifiantespan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="3, 2 millions d'Iraniens selon l'UNHCR et plus de 800 000 Libanais (AFP, 11/03)." id="nh3"3/a]/span, c'est Israël qui est en proie à une « menace existentielle ». Omniprésente dans la bouche des commentateurs, cette rhétorique est le symptôme le plus éloquent de l'occidentalo-centrisme et de l'impensé suprémaciste et raciste qui structurent le récit dominant./p
pDans ce cadre, il n'est pas étonnant que le 7 octobre 2023 soit (de nouveau) invoqué comme le début du commencement de l'histoire, cette fois non plus seulement palestinienne, mais moyen-orientale : « iCette guerre est l'ultime réplique du traumatisme des massacres du 7 octobre/i », assure l'omniprésent David Khalfa à iChallenges/i (5/03), à l'instar du directeur délégué de la rédaction de iMarianne/i, Aurélien Viers : « iNetanyahou pourrait sortir grand gagnant de la séquence ouverte par le pogrom du 7 octobre 2023 – déclenchée par le Hamas, vassal de l'Iran./i » (5/03) L'analyse sera paraphrasée par Michel Onfray deux jours plus tard sur CNews (7/03) : « iLes frappes iraniennes sont la suite du 7 octobre./i » Les « experts » médiatiques qui a href="https://www.acrimed.org/-2023-Israel-Palestine-le-7-octobre-et-apres-"déracinèrent les événements du 7 octobre 2023/a de la (longue) histoire du conflit colonial opposant l'État d'Israël aux Palestiniens – et surjouaient à l'époque « la main de l'Iran » – sont les mêmes qui, aujourd'hui, opèrent une décontextualisation dans la décontextualisation afin de mieux décrire l'agression israélo-américaine comme une « réplique ». Un récit frauduleux, qui n'est rien d'autre qu'une reconfiguration de la propagande israélienne elle-même, visant à légitimer l'agression israélo-américaine, dédouaner coûte que coûte l'État d'Israël… et réaffirmer son « droit à se défendre » contre une « menace existentielle ». Dans sa chronique de France Inter (1/03), Pierre Haski n'y coupe pas, évoquant « ile massacre commis en Israël par le Hamas palestinien, l'un des "proxies" [de l'Iran]/i » pour sous-entendre, à son tour, qu'Israël ne ferait au bout du compte que « riposter » : « iCette attaque [du 7 octobre 2023], qui a ébranlé Israël dans ses certitudes protectrices, a déclenché un retour de bâton dont l'épilogue, sans doute provisoire, a été la mort du Guide suprême iranien./i »/p
pDépolitisation et déshistoricisation : la persistance de ces deux biais n'en finit plus de miner le traitement médiatique de la région. « iLe récit ne décrit pas toujours les faits, mais fixe le moment à partir duquel ils doivent être regardés/i, écrit Muzna Shihabi (a href="https://www.blast-info.fr/articles/2026/palestine-effacee-palestine-racontee-les-deux-faces-de-la-machine-coloniale-HRHLBkB-Qd2v-zdFTE745A" class="spip_out" rel="external"Blast, 9/03/a). iC'est ce renversement que le poète Mourid Barghouthi désignait par le mot secondly. Commencer l'histoire par "ensuite", écrivait-il, suffit à mettre le monde à l'envers. […] Commencez par le second moment, et […] les bombes deviennent défense./i »/p
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h3 class='article_intertitres'« iLe droit international c'est formidable entre nations respectables/i »/h3
p/brPour cette presse alignée sur la loi du plus fort, le droit international est donc devenu totalement accessoire. Le phénomène n'est pas nouveau : après l'avoir profondément enterré dans leur couverture du génocide des Palestiniens, les grands médias ont poursuivi dans la même veine au a href="https://www.acrimed.org/Venezuela-quand-l-editocratie-legitime-l"Venezuela/a et ailleurs. Les effets cumulatifs de ces transgressions tolérées font peu à peu passer des paliers au commentaire médiatique. Nombre d'éditorialistes n'ont donc plus aucun mal à balayer le droit international d'un revers de main, avant de parler d'autre chose. Et il est peu de dire que LCI, qui se targue d'être en pointe sur l'international, a aussi été en pointe sur la négation du droit international : « iLe droit international ne peut pas être un totem d'immunité pour les tyrans/i », affirme Jean Quatremer, dans une chronique de quinze longues minutes qui a de quoi consterner historiens et juristes, dans laquelle le journaliste de iLibération/i parle de « idroit mou/i », de « ilégitime défense préventive/i » et de « ilutte pour le monde libre/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Sur les outrances récurrentes de ce journaliste de Libération, lire : « À (…)" id="nh4"4/a]/span. Sur la même chaîne, Luc Ferry lance lui aussi un cri du cœur autoritariste et suprémaciste (8/03) :/p
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pstrongLuc Ferry :/strong Tout ça, c'est des rengaines sur le droit international, vous savez la « souveraineté des États », le droit international... On se fout du monde ! Le droit international, il faut quand même réfléchir trois secondes... Parlons-en un peu sérieusement. Le droit international, c'est formidable entre nations respectables. [...] Tout ça n'est utile qu'entre gens raisonnables, entre démocraties, mais avec des voyous criminels, l'appel au droit international, non seulement c'est une plaisanterie, c'est une absurdité [...], mais ça dissimule en vérité dans les trois quarts des cas la haine d'Israël, pour ne pas aller plus loin./p
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pDe là à parler d'un « droit international antisémite », il n'y a qu'un pas, qu'ont déjà franchi plusieurs propagandistes a href="https://www.acrimed.org/Francesca-Albanese-itineraire-et-succes-d-une"s'agissant par exemple de l'ONU/a…/p
pForcé d'admettre que « ila Maison Blanche aurait dû, en bonne logique, s'autoriser d'une résolution du Conseil de Sécurité des Nations unies/i » – épargnant ici sagement Israël –, BHL fait quant à lui dans l'élaboration théorique (iLe Point/i, 5/03). Revendiquant « iune sorte de droit coutumier international né de l'expérience/i » de précédentes interventions militaires, il s'invente (comme de coutume) une loi (du plus fort) qui lui sied davantage, laquelle serait basée sur trois « iautres principes/i » : « ila "menace imminente", la "riposte collective entre alliés" et la "responsabilité de protéger"/i ». Ce n'est qu'après avoir réécrit le droit international sur son coin de table que l'éditocrate peut partir en guerre la conscience tranquille : « iC'est sur [la] légitimité supérieure [de ces principes] qu'il convient de s'appuyer pour sauver le peuple iranien. On n'oppose pas un droit failli à des vies menacées./i »/p
pEmballez, c'est pesé. D'autres propagandistes ne se donneront pas autant de mal… En plein exercice de manipulation (ordinaire), dans le même journal, Géraldine Woessner déclare ainsi que « iles juristes convergent sur un point : qualifier l'offensive de "manifestement illégale" relève davantage du jugement politique./i » « Les juristes » seront ravis d'apprendre cette « convergence de fait », en particulier celles et ceux travaillant pour l'ONU qui, a href="https://www.ohchr.org/en/press-releases/2026/03/iran-un-experts-call-de-escalation-and-accountability" class="spip_out" rel="external"la veille/a, condamnaient des « iattaques militaires illégales/i » et rappelaient que les bombardements « is'inscrivent dans un schéma plus large d'actions unilatérales illégales menées par les États-Unis et Israël qui déstabilisent toute la région, notamment en provoquant le déplacement arbitraire de milliers de personnes./i » On retrouvait l'une des (trois) juristes interrogées par Géraldine Woessner, l'avocate Sarah Scialomspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Une avocate encore peu connue, mais assurément promise à un grand avenir (…)" id="nh5"5/a]/span, chez Gilles Bornstein quelques jours plus tôt sur Franceinfo (1/03), lui qui se demandait si « itous les coups étaient permis pour faire tomber un dictateur/i ». Le présentateur n'avait alors invité qu'une seule juriste pour répondre à sa question : celle qui, à peu près seule, explique que la guerre lancée par les États-Unis et Israël n'est peut-être pas illégale car « ipréemptive/i » – à ne pas confondre avec une guerre « préventive », élément de langage mobilisé les premiers jours par les gouvernements états-unien et israélien… et repris entre autres par Sophia Aram : « iIsraël lance une "attaque préventive" contre l'Iran/i » (iLe Point/i, 5/03). Les exécutions extrajudiciaires ? « iUn programme de regroupement familial orchestré par Israël/i », ironise l'humoriste, précédée sur ce ton, au premier jour des bombardements israélo-américains, par un éditocrate en fin de carrière :/p
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div class='spip_document_16407 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH113/couturier_iran-7cc5b.png?1773681763' width='500' height='113' alt='' /
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h3 class='article_intertitres'Contre la violation du droit international = pro-Mollahs/h3
p/brDans un tel périmètre de « pensée » autorisée, s'opposer aux violations du droit international relève d'un pari plutôt risqué. L'Espagne assure-t-elle le 2 mars que les États-Unis n'utiliseraient pas ses bases militaires pour son agression contre l'Iran ? « iTerrifiant/i », juge le journaliste de iLibération/i Jean Quatremer, qui ne peut en tirer qu'une conclusion : « iL'Espagne, dévorée par un antisémitisme d'Etat, officiellement représentante des intérêts de la mollahrchie et du Hamas./i » (X, 2/03) Dans la même veine sur Franceinfo (3/03), son confrère Marc Semo analyse la difficulté d'une « iposition commune/i » en Europe en raison de la coexistence entre des « ipays type l'Allemagne/i » et des pays comme l'Irlande ou l'Espagne que le journaliste qualifie de « itrès clairement pro-palestiniens voire pro-Hamas quasiment/i ». La présentatrice tentera un léger recadrage… mais le reste des invités applaudit ou ne pipe mot./p
pLes rappels du droit international ont beau être peu nombreux, ceux qui les professent sont instantanément stigmatisés. « iIl n'y a qu'ici en Europe, à la gauche, qu'il y a comme une forme d'agacement face à la fatalité américaine, d'anti-impérialisme qui renaît éternellement.../i », se désole Vincent Hervouët (CNews, 2/03). Franz-Olivier Giesbert est d'accord avec lui : « iLes pleureuses qui ont condamné l'opération au nom du "droit international" [...] s'appellent Jean-Luc Mélenchon, Dominique de Villepin, Olivier Faure, Rima Hassan. Sans parler des Auguste à la bouche en cul-de-poule du Quai d'Orsay et, à l'autre bout de notre Vieux Continent, du charmant Vladimir Poutine ?/i » On remarquera que l'éditocrate n'hésite plus à écrire « droit international » entre guillemets, comme Caroline Fourest sur X (3/03), qui ne manque pas non plus l'occasion de taper sur « iLFI et l'extrême gauche/i » dans iFranc-Tireur/i (4/03) : « i[Elles] nous expliquent qu'intervenir pour contrer un tyran relève du crime impérialiste. Un classique qui a toujours fait le jeu des salauds/i », tranche-t-elle. À l'unisson de son confrère Yann Barte, dans le même numéro : « iDès les premières frappes américaines et israéliennes sur l'Iran, LFI a sauté sur son clavier pour désigner l'agresseur... et se ranger, sans surprise, du côté des mollahs./i » Désinformation ordinaire… « iLe pacifisme LFI ?/i », interroge-t-il : « iUne colombe en carton-pâte qui roucoule pendant que les dictatures se renforcent./i »/p
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div class='spip_document_16409 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH130/franctireur_iran-1f31b.png?1773681763' width='500' height='130' alt='' /
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p/brEn posant la question à Brice Couturier, iL'Express/i (5/03) savait à quoi s'attendre… et n'aura donc pas été déçu : « iToute une partie de la gauche, gagnée par l'islamo-gauchisme, pratique un double standard moral : quiconque se réclame de l'islam politique est considéré comme un allié./i » La « partie de la gauche » dont parle Couturier et qu'il imagine proche de « l'islam politique » est très large et englobe, en fait, tous ceux qui osent dénoncer des violations du droit international ou des crimes de guerre./p
pComme sur la Palestine, l'effet de stigmatisation et le verrouillage du débat opèrent indistinctement selon que ces voix proviennent du champ politique, humanitaire ou universitaire. Sur Franceinfo par exemple (2/03), c'est le géographe Bernard Hourcade qui en fait les frais face à Gilles Bornstein, dans une séquence où le présentateur eut (à nouveau) l'occasion d'étaler aux yeux du grand public l'ampleur de son inconséquence :/p
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centeriframe title="Franceinfo, 2 mars 2026" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/p8k9Y3uQ6hrRxRAY9WW6hZ" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center/br
h3 class='article_intertitres'Hiérarchie et négation des vies humaines/h3
p/brQuiconque a suivi le naufrage des grands médias en Palestine ne sera pas surpris, enfin, de voir le constat se répéter en Iran : face à la légitimation de la loi du plus fort, l'invisibilisation des victimes civiles le dispute à la banalisation des bombardements perpétrés par Israël et les États-Unis. Passer le droit international par pertes et profits implique fatalement de légitimer ou de couvrir les crimes des pays « alliés », comme de déresponsabiliser leurs auteurs : ainsi le récit dominant de la « guerre juste » visant à « libérer le peuple iranien » se doit-il, aussi, d'être celui d'une « guerre propre ». Dans les grands médias, deux expressions ordinaires remplissent à merveille ce travail d'invisibilisation/légitimation/déresponsabilisation : les « frappes ciblées » et les « dommages collatéraux ». Il y en a beaucoup d'autres./p
pSur Franceinfo (10/03), le présentateur Loïc de La Mornais invente par exemple le concept éloquent de « ifrappes chirurgicales mais qui ne le sont jamais complétement/i ». Il est alors question du bombardement de l'école de filles à Minab. Dans la bouche du présentateur, il n'en va pas là d'un crime, mais d'une « ibavure/i », sinistre terme également présent en bandeau : « École bombardée en Iran : une bavure américaine ? » En plateau, Marc Lavergne, « directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste du Moyen-Orient », donne corps à l'expression :/p
blockquote class="spip"
pstrongMarc Lavergne :/strong Il y a une erreur de tir de la part des Américains, sans doute, mais tout ça, ce ne sont que des victimes collatérales finalement, c'est pas le cœur du sujet./p
/blockquote
pArrêt sur images a montré qu'en effet, le massacre de ces enfants était tellement peu « le cœur du sujet » qu'entre le 28 février et le 2 mars, les principales chaînes de télévision françaises ne lui ont consacré que a href="https://www.arretsurimages.net/articles/ecolieres-tuees-en-iran-quatre-minutes-a-la-tele-francaise" class="spip_out" rel="external"« iquatre minutes de temps d'antenne/i »/a (3/03). Le 2 mars sur CNews, Laurence Ferrari versait même dans la fake news à ce propos en affirmant qu'« iil s'est avéré que c'était une frappe iranienne/i ». « iOui/i », lui rétorquait Rachel Khan. Oui… a href="https://www.liberation.fr/checknews/iran-lenquete-du-pentagone-reconnait-la-responsabilite-des-etats-unis-dans-la-frappe-sur-lecole-de-minab-20260311_76HLYK6MGNCHBJY7MD2LCC6XC4/" class="spip_out" rel="external"mais non/a : elle est américaine./p
pLa presse hebdomadaire ne fait guère mieux. Au fil des cinq articles qui composent le dossier spécial « Iran » de iFranc-Tireur/i (4/03), on dénombre seulement trois occurrences du terme « civil » sur un total d'un peu plus de 2 000 mots. Et pour l'hebdomadaire, il n'en existe qu'une seule catégorie : les civils tués par l'Iran. Dans son article, Caroline Fourest évoque ainsi la répression sanglante et les massacres menés par le régime iranien en janvier 2026, parle au futur « ides militaires et même des civils [qui] seront touchés par [la] vengeance aveugle/i » de l'Iran... mais ne trouve bizarrement aucune place pour les civils massacrés au présent sous les bombes israéliennes et américaines. Ceux-là n'existent pas : aucun article n'en fait mention. Rappelons qu'en date du 3 mars, c'est-à-dire à la veille de la parution du numéro de iFranc-Tireur/i, « ile Croissant-Rouge iranien recensait déjà 787 victimes parmi les populations civiles/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Amnesty International, « Iran : face à l'escalade du conflit, l'urgence de (…)" id="nh6"6/a]/span. La dernière des (trois) occurrences du terme « civil » scelle définitivement la vocation propagandiste de iFranc-Tireur/i. Ainsi apprend-on, sous la plume de Simone Rodan, chroniqueuse régulière de l'hebdomadaire et, accessoirement, ex-directrice de la branche française du lobby American Jewish Committee, que « idans les vingt-quatre heures/i » ayant suivi l'assassinat de Khamenei, « iIsraël dépêchait un officier à Abu Dhabi, à la demande des Émirats, pour conseiller sur la protection des civils/i ». Sûr qu'ils en connaissent un rayon.../p
pMême oubli de Grégoire Leménager dans son éditorial du iNouvel Obs/i (4/03) : « iEn soixante-douze heures, déjà six soldats américains étaient morts/i », écrit le directeur adjoint de la rédaction, qui n'établira pas le début du commencement d'un décompte équivalent s'agissant des civils iraniens. Œillères volontaires également dans iL'Express/i (5/03) : trois éditoriaux sur l'Iran, mais pas un mot concernant les victimes civiles. À la page 16 de l'hebdomadaire, dans un article entièrement focalisé sur le commentaire militaire et stratégique, il est fait mention de « i555 Iraniens/i » tués, et ceux-ci figurent littéralement dans une incise, après que iL'Express/i parle de « idéjà six morts du côté de l'armée américaine/i ». Au iPoint/i (5/03), BHL, Franz-Olivier Giesbert, Sophia Aram, Nicolas Baverez et Géraldine Woessner consacrent leurs chroniques à l'Iran… mais on n'y trouvera aucune trace non plus des victimes écrasées sous les bombes israélo-américaines./p
pSur BFM-TV (8/03), devant les images de Téhéran en flammes après a href="https://bonpote.com/pluie-noire-a-teheran-un-cocktail-chimique-cancerigene-menace-9-millions-dhabitants/" class="spip_out" rel="external"le bombardement de sites pétroliers/a, BHL pontifie : « iCela fait partie des horreurs de la guerre./i » Et d'enfoncer le clou : « iIl y a aujourd'hui quatre installations pétrolières qui ont été détruites. C'est horrible. C'est tragique. Où est-ce, l'escalade ? Où est la tragédie ? Est-ce que c'est ça, ou est-ce que c'est les 30 ou 35 000 civils mitraillés à bout portant les 8 et 9 janvier par le régime qui est aujourd'hui attaqué. Je veux dire, c'est ça la question./i » Comme nombre de ses camarades éditocrates soutenant activement l'agression israélo-américaine, BHL ne peut pas dire « les deux », fait le tri entre les civils et entretient un raisonnement totalement normalisé au sein des grands médias : le meurtre de civils iraniens justifie le meurtre d'autres civils iraniens. Sur Franceinfo (2/03), Fahimeh Robiolle, présentée comme « ancienne ingénieure nucléaire en Iran », dirait même plus : « iIl faut demander quand même l'avis aux Iraniens. […] Les Iraniens considèrent que tous ces bombardements, c'est une action humanitaire./i » Bernard Hourcade s'en offusque et l'interrompt, mais le présentateur Gilles Bornstein recadre le tout en avançant que chacun peut s'exprimer : « iC'est un débat./i »/p
p« iComme pour Gaza/i, écrivait Sarra Grira le 2 mars dans a href="https://orientxxi.info/De-Gaza-a-l-Iran-la-loi-du-plus-fort-s-impose" class="spip_out" rel="external"Orient XXI/a, iles mêmes chroniqueurs sont aux abonnés absents quand Israël bombarde des hôpitaux, comme les trois établissements ciblés à Téhéran. Sans doute nous dira-t-on bientôt qu'ils abritaient des membres des Gardiens de la révolution, comme ceux de Gaza abritaient ceux du Hamas./i » Il n'aura pas fallu attendre très longtemps… Le même jour en effet, la propagandiste Rachel Khan s'attelait à la tâche sur CNews, en parlant d'un peuple iranien « ipris en otage/i » et d'un « irégime des Mollah qui fait de sa population des boucliers humains/i ». C'est ici tout un plateau qui communie : « iOn a eu des images bien avant le début de la guerre qui montraient aussi qu'ils étaient installés dans les hôpitaux/i, soutient Sara Safarispan class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Membre de l'association Femme Azadi, comme Mona Jafarian. Au sujet de cette (…)" id="nh7"7/a]/span, iet qu'ils étaient installés dans les écoles, pour pouvoir effectivement dire après : "Vous voyez, vous avez tué nos enfants et nos femmes"./i »/p
pFranceinfo n'hésite pas à s'entourer d'experts portant le même message. Mahnaz Shirali par exemple, présentée comme « sociologue et politologue, spécialiste de l'Iran », qui déroule sans se voir opposer la moindre contradiction ni le moindre rappel au droit international :/p
blockquote class="spip"
pstrongMahnaz Shirali :/strong La première responsable de la mort de ces enfants [à Minab], c'est encore et toujours la République islamique, qui construit ses dépôts de munitions juste à côté des écoles primaires. […] Systématiquement […], les dirigeants de la République islamique, ils se cachent dans les crèches, ils se cachent dans les hôpitaux, ils se cachent dans les écoles. Et ça, ça veut dire prendre une population comme bouclier humain. (Franceinfo, 10/03)/p
/blockquote
pLa « spécialiste de l'Iran » avait du reste annoncé la couleur en qualifiant l'intervention israélo-américaine comme « ila seule solution. Il n'y avait pas d'autre solution/i ». D'ailleurs, soutiendra-t-elle plus tard, « ile but de cette guerre, c'est de démanteler les centres de répression qui ont massacré des enfants de ce pays pour que le peuple iranien arrive à prendre son destin politique en main, et je trouve ça très logique/i ». Un « imal nécessaire ?/i » l'interroge le présentateur. « iAbsolument./i »/p
pMême refrain sur LCI (7/03). Propulsée « experte » sur de nombreux plateaux de télévision pour commenter la situation en Iran, la mannequin iranienne Negzzia escorte la propagande : « iIsraël et les États-Unis attaquent seulement les endroits qu'il faut attaquer. Ils n'attaquent jamais les maisons, les gens normaux. Mais le problème, c'est que le gouvernement iranien se cache dans les hôpitaux et les écoles des enfants, où il cache ses armes./i » Pataugeant dans le bavardage, les commentateurs invisibilisent les victimes civiles, laissant croire que seuls des tyrans sanguinaires – dont ils justifient les assassinats extrajudiciaires – seraient visés. En un coup de crayon de Xavier Gorce, ça donne ceci dans iLe Point/i (3/03) :/p
/br
div class='spip_document_16410 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH500/gorce_iran-db512.png?1773681763' width='500' height='500' alt='' /
/figure
/div/br
centerstrong***/strong/center
p/brCe panorama n'a pas vocation à l'exhaustivité. Il retranscrit, néanmoins, le bruit médiatique tel qu'il s'impose dans les grands médias d'envergure nationale. Invisibilisant le « a href="https://orientxxi.info/Iran-Le-visage-de-la-guerre" class="spip_out" rel="external"vrai visage de la guerre/a », les professionnels du bavardage quadrillent le débat public, au point de recouvrir et de rendre inaudibles les quelques correspondants présents en Iran, dont le travail mérite d'être salué. Invités pour des directs elliptiques avant d'être recouverts par le brouhaha ambiant, nombre d'entre eux voient leur travail bâclé, piétiné quotidiennement par les chefferies éditoriales et les journalistes les plus en vue. Économie médiatique à front renversé ; cadrage (à nouveau) dominant en soutien de l'agression israélo-américaine ; suivisme à l'égard du positionnement français ; (extrême) droitisation totale du débat public… Comment pourrait-il en être autrement ? Affligée par le climat médiatique ambiant, l'avocate franco-iranienne Chirinne Ardakani, présidente de l'ONG Iran Justice, résume l'inconséquence du dispositif général : « iQuand […] je passe […] à chaque plateau 15 minutes pour déjà expliquer pourquoi est-ce qu'on peut agir pour protéger les populations civiles sans aller les bombarder en disant que c'est pour leur bien, évidemment il me reste 2 minutes pour expliquer ce qu'on pourrait faire concrètement pour aider les populations civiles. Vous voyez à quel point le débat, de plus en plus, il se rétrécit ?/i » (Franceinfo, 10/03) La remarque atteindra-t-elle son interlocutrice du jour, en l'occurrence Nathalie Saint-Cricq ? Rien n'est moins sûr…/p
p/brstrongPauline Perrenot/strong et strongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanUn extrait d'anthologie a href="https://www.blast-info.fr/articles/2026/chere-abnousse-shalmani-71-6j3V56KRRFCkgDID9qTuGA" class="spip_out" rel="external"relevé par Blast/a./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /span« iUne bombe a frappé l'école primaire de filles Shajareh Tayyebeh pendant les cours. Le bâtiment s'est effondré sur les salles de classe où se trouvaient encore les élèves. Selon les autorités iraniennes, le bilan est estimé entre 165 et 180 morts, majoritairement des écolières âgées de 7 à 12 ans, et environ 95 blessés./i » (a href="https://orientxxi.info/Iran-Le-visage-de-la-guerre" class="spip_out" rel="external"Orient XXI, 16/03/a)./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /span3, 2 millions d'Iraniens selon a href="https://www.unhcr.org/ch/fr/actualites/communiques-de-presse/jusqua-3-2-millions-diraniens-temporairement-deplaces-dans-leur" class="spip_out" rel="external"l'UNHCR/a et plus de 800 000 Libanais (a href="https://www.franceinfo.fr/monde/iran/guerre-entre-les-etats-unis-israel-et-l-iran/plus-de-800-000-personnes-ont-ete-deplacees-au-liban-le-bilan-des-frappes-israeliennes-s-eleve-a-634morts_7861091.html" class="spip_out" rel="external"AFP, 11/03/a)./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanSur les outrances récurrentes de ce journaliste de iLibération/i, lire : « a href="https://www.arretsurimages.net/articles/a-libe-jean-quatremer-provoque-encore-la-colere-de-la-redaction" class="spip_out" rel="external"À "Libé", Jean Quatremer provoque (encore) la colère de la rédaction/a » (Arrêt sur Images, 12/02)./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanUne avocate encore peu connue, mais assurément promise à un grand avenir médiatique. Il y a un an, sur RCJ, elle affirmait que les frappes menées par Israël sur Gaza étaient « iparfaitement conformes au droit international/i » ; en avril 2025, elle était dans iLe Monde/i et iLe Parisien/i pour expliquer qu'Israël avait parfaitement le droit de bombarder des sites historiques protégés, comme la mosquée Al-Omari à Gaza, et répétait ceci dans une interview… pour le Fonds national juif (KKL), une structure fondatrice du sionisme, créée en 1901 pour acheter et a href="https://orientxxi.info/les-forets-piliers-de-la-colonisation-en-palestine,2141" class="spip_out" rel="external"gérer des terres en Palestine/a./p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanAmnesty International, « a href="https://www.amnesty.fr/actualites/iran-conflit-menace-droit-international/" class="spip_out" rel="external"Iran : face à l'escalade du conflit, l'urgence de protéger les civil·es et de respecter le droit international/a », 5/03./p
/divdiv id="nb7"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanMembre de l'association Femme Azadi, comme Mona Jafarian. Au sujet de cette dernière et de Mahnaz Shirali, lire notre article « a href="https://www.acrimed.org/Iran-lobbying-pro-chah-dans-les-medias-francais"Iran : le lobbying pro-chah dans les médias français/a (2/03)./p
/div/div
mar, 2026-03-10 12:38
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/goldnadel-fa953.png?1773140362' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pBrutalisation du débat public./p/div
div class='rss_texte'pSur X, le chroniqueur du a href="https://www.lefigaro.fr/auteur/gilles-william-goldnadel" class="spip_out" rel="external"iFigaro/i/a et de CNewsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Et anciennement « Grande gueule » de RMC, chroniqueur chez Valeurs actuelles (…)" id="nh1"1/a]/span Gilles-William Goldnadel tweete frénétiquement. Parmi ses cibles : l'ONU (« iune déchèterie/i », 12/02) ou encore l'audiovisuel public : « iDepuis deux ans je finance la désinformation d'Israël via la propagande du Hamas. Je finance la défense de l'immigration invasive. Je finance l'indulgence pour la France insoumise. Je finance la destruction de la France. Je finance ma faillite et mon suicide./i » (23/01)/p
pMais avant tout, c'est la gauche, sous toutes ses formes, qui est visée : « iL'extrême gauche est une lèpre/i » (21/02) ; « iLa Lèpre rouge d'aujourd'hui a remplacé la Peste noire d'hier. On l'éradique ou l'on crève/i » (22/01) ; « iJ'aurais préféré [que Marine Tondelier] soit intelligente plutôt que demeurée. Las, la vie ce n'est pas toujours ce qu'on désire…/i » (2/03) ; « iCe n'est pas juste que seul le gang antisémite [il parle de LFI] soit rangé à l'extrême droite [sic] : Ses vassaux socialistes et pseudo-écolos devraient également l'être illico/i » (9/02) ; Olivier Faure « ilaquais du Parti néo-naze et Antisémite/i » (25/02), etc./p
pVoici pour la toile de fond. L'objet de la détestation principale reste, c'est original, LFI : « iJ'accuse la France insoumise d'être un nid de cloportes antisémites et d'excréments/i » (12/01) ; « iLa France Insoumise est le cloaque qui compte le plus de repris de justice et d'antisémites au mètre carré/i » (17/01) ; « iPlus rien venant du Parti Antisémite ne peut plus choquer : Déclarations racistes, commissions de délits, rencontres avec des terroristes. Une seule solution : L'exclusion et le cordon sanitaire étrangleur. Un seul mot langage [sic] à lui tenir : TA GUEULE !/i » (30/01)/p
pCe à quoi il s'astreindra avec rigueur. À Carlos Bilongo : « iRépétez après moi : Ta Gueule Bilongo !/i » (2/01) ; à Danièle Obono : « iTa gueule la raciste/i » (25/01) ; à Antoine Léaument : « iMais ta gueule mon petit bonhomme/i » (1/02) ; à Manon Aubry : « iTa Gueule Aubry, ta sottise est sans limites/i » (6/02) ; à Mathilde Panot : « iTa gueule la Panot : Toute la France emmmmerde le Parti Antisémite et ton patron Mollachon !/i » (1/03) Et bien sûr, à Jean-Luc Mélenchon, variantes comprises :/p
blockquote class="spip"
p- Ta Gueule Mélenchon, tu as raison, LFI avec ses fichés S, ses racisés anti français, ses racistes anti juifs, ses dealers, des délinquants sexuels, n'est pas un parti d'extrême gauche. C'est un gang d'extrême gauche. (7/02)/p
p- Ta Gueule Doriochon, on ne laissera pas faire ton fascisme rouge vert. Quant à son intelligence, aucun parti ne compte plus de demeurés au mètre carré. Delogu, Portes, Panot, Aubry, Bilongo zzzzz quand je veux m'endormir le soir, je compte tes demeurés zzz Soudais, Obono zzz (24/02)/p
p- Ta gueule Mélenchon, patron du Parti Antisémite. (1/03)/p
p- Ta gueule Mollachon, t'es le boss du Parti Antisémite qui attire les islamistes, les médiocres et les assistés. Tous ceux qui détestent viscéralement les français. […] Tu ne mérites aucun respect. Toi ou nous. (3/03)/p
p- Ta gueule Mollachon, le féministe qui voile les femmes et qui défend les 0 cul TF [sic] et le Hamas qui les violent. (4/03)/p
p- Ta gueule Mollachon l'antisémite. (7/03)/p
/blockquote
pCe n'est pas tout. Danièle Obono ? « iAu sein du gang des Insoumis, la Obono coche toutes les cases : raciste antisémite et anti blanc/i » (8/02). Mathilde Panot ? « iPoissonnière poisseuse du Parti Antisémite/i » (3/03). Jean-Luc Mélenchon ? « iL'exacte réincarnation de Jacques Doriot/i » (2/03). LFI ? « iL'ensemble du Parti Antisémite et Anti Français est un parti galeux/i » (20/01) ; « iLa France Insoumise pue/i » (27/02) ; bref « iLFI [le] fait vomir/i » (24/02) – on avait compris./p
pEt de lancer l'alerte : si LFI « iarrivait au pouvoir, la France deviendrait en peu de temps une dictature islamo-communiste. Ce ne serait plus la France/i ». Et d'avancer un programme : « iUn cordon sanitaire étrangleur doit empêcher ce cauchemar de survenir./i » (23/02) Il réitère, quelques jours plus tard : « iL'ensemble de ce parti a contracté la gale, raison pourquoi il faut bâtir d'urgence autour de lui un cordon sanitaire étrangleur./i » (3/03)/p
pAu vu du registre mobilisé, on se dispensera de commenter et de qualifier – tout ceci nous semble assez éloquent. Permettons-nous une question cependant : la profession, parfois si prompte à s'indigner, compte-t-elle fermer les yeux encore longtemps ?/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanEt anciennement « Grande gueule » de RMC, chroniqueur chez iValeurs actuelles/i et dans l'émission « Les Terriens du dimanche » (C8) animée par Thierry Ardisson./p
/div/div
sam, 2026-03-07 08:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH83/confmelenchon-77927.png?1772863202' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt="" /
div class='rss_chapo'pRéserver une conférence de presse à des médias numériques alternatifs ? La presse traditionnelle est sous le choc et dénonce une atteinte à sa « liberté ». Davantage qu'une « simple » éruption corporatiste, les cris d'orfraie témoignent d'une résistance farouche à toute remise en cause des rapports de pouvoir (et de classe) qui structurent le champ journalistique./p/div
div class='rss_texte'pLe 23 février, LFI organisait a href="https://www.youtube.com/watch?v=oWFfe5iI2kA" class="spip_out" rel="external"une conférence de presse « iface aux nouveaux médias/i » « inumériques et alternatifs/i »/a à laquelle n'ont pas été accrédités, par définition, les médias traditionnels qui en ont fait la demande comme TF1, iLe Monde/i, iLibération/i, iL'Express/i ou encore France Info. Cette initiative intervient dans une conjoncture particulière, après dix jours d'intense cabale médiatique contre le mouvement de gauche : une phase d'accélération très nette de a href="https://www.acrimed.org/Antifascisme-et-LFI-les-medias-brutalisent-le"la fascisation du débat public/a, au cours de laquelle à peu près tous les fondamentaux journalistiques ont été allègrement sabordés. Comme souvent face à a href="https://www.acrimed.org/+-La-France-insoumise-+"ce type d'emballements/a – normalisés, massifs et de plus en plus fréquents, en particulier depuis 2015 –, SDJ et syndicats de journalistes sont restés bouche cousue : à notre connaissance, au 23 février, aucun n'avait trouvé à redire publiquement à cette entreprise de dénigrement, dont les chefferies éditoriales (et les services « politique ») ont été activement partie prenante./p
pL'organisation de cette conférence de presse signe un regain de politisation des rapports qu'entretient LFI à la médiatisation… et au champ journalistique en particulier. Ici, un mouvement d'opposition – à la fois fort d'un ancrage électoral populaire et dominé dans le champ politique – propose un dispositif d'un genre nouveau, consistant à légitimer des médias et des producteurs d'information dominés quant à eux dans le champ journalistique en leur réservant une conférence de presse. En dehors de la fachosphère, LFI n'observe pas de discrimination idéologique parmi les médias numériques. Elle revendique pleinement, en revanche, la portée politique de cette initiative : une rupture avec « ila presse des 9 milliardaires qui possèdent 90% [des] médias/i » et la légitimation d'une « ialternative/i », pour un « iautre format de relations/i » qui « iconcilierait le respect mutuel et l'interrogation sans complaisance/i », ainsi que le souligne un communiqué de Jean-Luc Mélenchon (X, 23/02)./p
pSi le dispositif est amené à être pérennisé, il n'annule ni ne remplace ceux au travers desquels se jouent traditionnellement les interactions entre LFI et les grands médias – a href="https://www.youtube.com/watch?v=0i1npjxuolY" class="spip_out" rel="external"le lendemain/a, le groupe parlementaire organisait d'ailleurs son « Point presse » comme chaque semaine –, dans lesquels des députés LFI continuent du reste de se rendre régulièrement pour ce qu'il est a href="https://www.acrimed.org/Face-a-LFI-le-regne-des-interrogatoires"convenu d'appeler des « interviews »/a. Une diffusion en direct sur les plateformes numériques était de surcroît annoncée : la conférence de presse était donc visionnable par toutes et tous. Fin de l'histoire ? Pas vraiment !/p
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h3 class='article_intertitres'Une « ientrave à la liberté de la presse/i »/h3
p/brLe 23 février, la conférence de presse ne s'est pas encore tenue que le Syndicat national des journalistes (SNJ) a href="https://www.snj.fr/liberte-de-la-presse-les-politiques-ne-doivent-pas-filtrer-les-journalistes/2585" class="spip_out" rel="external"dénonce « iune entrave à la liberté de la presse/i »/a et une « idécision plutôt préoccupante/i », qui revient selon lui à « iplacer chaque journaliste dans un camp : celui des bons, ou celui des mauvais/i ». Si la sentence du « i1er syndicat de la profession/i » tombe comme la foudre – son premier communiqué après la mort de Quentin Deranquespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Le 18 février, le SNJ relaie bien un communiqué, mais il s'agit du (…)" id="nh1"1/a]/span –, il n'a visiblement rien à dire sur la séquence médiatique en elle-même. Ou presque… Le SNJ mentionne l'existence de « icritiques/i » à l'encontre des grands médias en jugeant « itout à fait légitime/i » qu'elles aient été formulées, mais il n'en pipe mot. En lieu et place, le syndicat invite LFI « ià saisir le Conseil de Déontologie Journalistique et de Médiation (CDJM) si elle estime qu'il y a eu atteinte aux bonnes pratiques de la profession/i »./p
pEt qu'« estime » le SNJ, lui ? Un positionnement qui interroge, pour dire le moins, en ce qu'il 1/ réduit la faillite structurelle des médias dominants à des errements déontologiques ; 2/ sous-entend qu'il incombe prioritairement au mouvement de gauche d'en entreprendre la critique – meilleure manière d'enfermer la critique en question dans une logique « partisane », donc disqualifiante ; 3/ se défausse de leur analyse sur une instance de régulation – le CDJM – à mille lieues de pouvoir jouer matériellement le rôle qu'elle entend se donnerspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Au-delà des critiques que nous avons formulées sur la nature même de cette (…)" id="nh2"2/a]/span face à un paysage de l'information totalement ravagé. Ça fait beaucoup… et c'est bien peu (à la hauteur) dans la séquence./p
pAdoubée par Edwy Plenel – « iJe suis d'accord avec ce communiqué/i » (X, 23/02) –, la position du SNJ est dominante, en ce qu'elle exprime la voix des acteurs (collectifs et individuels) dominants issus de a href="https://www.acrimed.org/La-subordination-du-journalisme-au-pouvoir"divers pôles du champ journalistique/a. iLe Monde/i (23/02) s'indigne ainsi de « irédactions triées sur le volet/i », ce qui en plus d'être malhonnête, témoigne d'un « deux poids, deux mesures » éloquent que a href="https://bsky.app/profile/vivelefeu.bsky.social/post/3mfqtbygna22d" class="spip_out" rel="external"souligna le journaliste Sébastien Fontenelle/a (Bluesky, 26/02). Récurrente, la formule du « quotidien de référence » convoque surtout le souvenir des rencontres en petit comité, « cafés » et autres « déjeuners » privés entre journalistes et représentants politiques, dont le principe même repose… sur la sélection, pratiquée tantôt par les premiers, tantôt par les seconds : autrement moins démocratiques que la conférence de presse dont il est ici question, ces dispositifs n'en sont pas moins routinisés dans le milieu journalistique, a href="https://www.acrimed.org/Polemiques-autour-du-dejeuner-presidentiel-l"valorisés en tant que pratique professionnelle à part entière/a, et même régulièrement a href="https://www.acrimed.org/Affaire-Thomas-Legrand-le-journalisme-politique"défendus comme le b.a.-ba du « bon » journalisme politique/a./p
pQu'importe… Les grands médias évoluent H24 dans l'entre-soi jusque dans leurs colonnes et plateaux, mais iLibération/i (23/02) considère que la conférence de presse de LFI témoigne d'une volonté de « is'affranchir du pluralisme/i », avant d'inscrire l'initiative dans une liste d'« ientraves à la liberté de la presse considérées jusque-là comme la marque de fabrique de l'extrême droite/i ». Même facétie dans iLe Nouvel Obs/i (26/02), qui entrevoit dans cette « isélection qui a exclu la majorité des titres de presse/i » un véritable « imanque de pluralisme/i »./p
piLe Figaro/i (26/02) dirait même plus… et le fait d'ailleurs en toute expertise : « ilogique "trumpienne" à son maximum/i », analyse le quotidien qui a href="https://www.acrimed.org/La-convergence-mediatique-des-droites"parachève en ces heures sa mue à l'extrême droite/a, mais accuse LFI d'user des « imêmes méthodes que le très conservateur Donald Trump, lancé dans une entreprise de démantèlement méthodique du quatrième pouvoir/i ». Compte tenu de cette banalisation outrancière d'un pouvoir fasciste (gouvernant la première puissance mondiale) en guerre systématique contre les contre-pouvoirs et les lieux de production du savoir et de la pensée critique, il n'est pas surprenant de voir iLe Figaro/i exprimer ses penchants autoritaires dans la même « analyse », notamment lorsque ses journalistes décrivent le fait que LFI développe ses propres canaux de communication et émissions (sur Youtube ou Twitch, par exemple) comme une manière de « icontourner les règles du pluralisme en décuplant son temps de parole, limité sur les chaînes de télévision et les radios/i » ! C'est peu dire que iLe Figaro/i pousse la sophistique à l'extrême pour ne pas avoir à formuler explicitement son rêve : ne plus voir LFI nulle part./p
pLe quotidien n'a toutefois nullement l'apanage des rapprochements du type « LFI = Trump » : de médiocrité en dépolitisation exacerbées, ils sont monnaie courante dans les grands médias. Sur France Info par exemple. Dans le journal du « 17/20 » (23/02), le chef du service politique Jean-Rémi Baudot se défend de vouloir « ifaire [un] cours de philosophie politique/i » avant de rétropédaler pour notre plus grand malheur :/p
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pstrongJean-Rémi Baudot :/strong Rappelons que l'un des piliers de la démocratie, c'est la liberté de la presse. Le fait de pouvoir questionner les élus et ceux qui aspirent à le devenir, librement et sans contrainte. Ça veut dire poser toutes les questions, sans risquer d'être mis de côté ou pire, et là je vous parle des régimes autoritaires, mis en prison. Quand un camp politique décide de ne plus traiter certains journalistes, c'est un coup de canif dans ce contrat moral qui fonde notre République et c'est, disons-le, le début d'une tentation illibérale./p
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pDe la part d'un média a href="https://www.acrimed.org/Palestine-un-mois-ordinaire-dans-les-medias"n'ayant de cesse/a de ventiler a href="https://www.acrimed.org/Gaza-une-inflexion-mediatique-en-trompe-l-oeil"la propagande d'un État (Israël)/a qui massacre les journalistes à Gazaspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Comité de protection des journalistes, « Record 129 press members killed in (…)" id="nh3"3/a]/span, emprisonne des journalistes en Cisjordanie occupée, a href="https://www.acrimed.org/Fermeture-d-Al-Jazeera-en-Cisjordanie-occupee-ou"envahit militairement des locaux de presse, interdit des médias et censure à tours de bras/a, la leçon d'éthique politique est plutôt dure à avaler. Mais le chef du service politique n'en démord pas et, comme iLe Figaro/i, continue de comparer l'incomparable pour mieux banaliser :/p
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pstrong- Jean-Rémi Baudot :/strong Je vous donne un dernier exemple : aux États-Unis, Donald Trump a fait rentrer dans les journalistes qui suivent la Maison Blanche des influenceurs, des plateformes, des Youtubeurs, des gens qui sont en fait proches de ses idées, et ça change la physionomie des conférences de presse. Souvenons-nous qu'il y a un an, quand Zelensky se prend une volée de bois vert dans le bureau ovale, c'est un journaliste proche de Donald Trump qui pose la question./p
pstrong- Célyne Baÿt-Darcourt :/strong Ah bah de là à dire que LFI se trumpise… ! Je vous laisse quand même cette interprétation. Merci à tous les deux !/p
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pInutile de faire le tour du reste de l'audiovisuel : les réactions sont à peu près les mêmes partout./p
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h3 class='article_intertitres'Une « iatteinte au droit à l'information des citoyens/i »/h3
p/brLe lendemain, 24 février, le SNJ-CGT dégaine à son tour a href="https://bsky.app/profile/snjcgt.bsky.social/post/3mfm4xodajc2o" class="spip_out" rel="external"un communiqué posté sur les réseaux sociaux/a : « ipas acceptable/i », décrète le syndicat, qui qualifie cette conférence de presse, diffusée publiquement… d'« iatteinte au principe fondamental d'égalité d'accès aux sources, à la transparence politique, indissociables de la liberté de la presse/i ». Et de prévenir : « iSi l'erreur de vouloir trier les journalistes persiste, il conviendra de s'interroger sincèrement sur la nature d'un mouvement incapable de respecter un pilier de la démocratie/i »./p
pDe quel « pilier de la démocratie » parle-t-on ? Ainsi, tandis que le pluralisme et les chartes professionnelles sont piétinés chaque jour et de plus en plus grossièrement aux yeux de tous, les chefferies médiatiques, le journalisme politique et les professionnels du bavardage ont assis leur domination sur la production du commentaire, normalisé la stigmatisation en continu, le confusionnisme et les pires renversements, lesquels fondent désormais les nouvelles « évidences » du débat public. À ce titre, ils sont au contraire des « iagents actifs/i » de « il'effondrement démocratique/i » et des acteurs de premier plan de la normalisation de l'extrême droite, dont « il'indigence du journalisme politique dominant/i » est d'ailleurs « iune condition indispensable/i », ainsi que le formulait très justement a href="https://bsky.app/profile/jeromelatta.bsky.social/post/3mevbwrn2222y" class="spip_out" rel="external"le journaliste Jérôme Latta/a (Bluesky, 15/02)./p
pSignalons tout de même que le SNJ-CGT, qui réagit lui aussi instantanément sur cette affaire, après dix jours (lui aussi) de mutismespan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="S'agissant du traitement médiatique de LFI. Mentionnons cependant ce (…)" id="nh4"4/a]/span, tentera de corriger le tir en portant dans le même communiqué une critique incisive sur l'état de la grande presse – et, singulièrement, sur son traitement de LFI. Mais le 27 février, le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes publient un nouveau texte dans lequel ils condamnent de concert une « irestriction de l'accès à l'information/i ». S'il en va là d'un désaccord d'appréciation avec les syndicats de journalistes, nous ne les confondons pas avec les chefferies éditoriales et notre critique n'enlève rien au fait que nous partageons – et espérons continuer à le faire – nombre de combats pour la démocratisation des rédactions et la défense du droit à l'information./p
pLe tableau serait incomplet sans le directeur général de RSF Thibaut Bruttin, qui déclara à l'AFP que « ichoisir les journalistes autorisés à couvrir un événement d'intérêt général, c'est directement porter atteinte au droit à l'information des citoyens/i ». On en viendrait presque à oublier que l'événement était retransmis publiquement, que tout un chacun pouvait ainsi le visionner et qu'au cours des dix jours qui ont précédé, les médias mainstream n'ont pas manqué d'occasions d'« aller à la source » et de « poser des questions » au mouvement de gauche... Du reste, le « droit à l'information » est une valeur tellement cardinale que les médias éconduits n'ont quasiment rien dit du fond de cet événement, des questions, des thématiques et des développements qui furent abordés. Las : la déclaration du directeur de RSF a donné son titre à l'AFP et s'est trouvée par conséquent épinglée partout dans les médias, à l'instar des – trois ! – autres dépêches que l'agence a fait paraître entre le 23 et le 25 février à propos (ou autour) de ce qui ressemble, pour la presse, à un scandale d'État./p
pL'extrême droite médiatique exulte : « iVoilà un parti dictatorial/i, s'enflamme Paul Amar à propos de LFI. iVoilà un parti qui dit aux journalistes : "Allez, taisez-vous !" […] Ce parti-là a tous les germes d'une dictature potentielle et il annonce la couleur avant !/i » (Europe 1, 25/02) Fermez le ban./p
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h3 class='article_intertitres'Pas touche au magistère des dominants/h3
p/brN'insistons pas davantage sur la dépolitisation et les œillères qui structurent cette ribambelle d'indignations corporatistes et d'incantations à la « liberté de la presse » : a href="https://www.acrimed.org/Universite-d-ete-de-LFI-retour-sur-l-affaire"« l'affaire Olivier Pérou »/a était du même tonneau. Il n'est pas inutile, en revanche, de s'arrêter un instant sur les griefs formulés par les « grands » journalistes à l'encontre du dispositif auquel ils n'étaient pas conviés et/ou des médias quant à eux représentés. Pourquoi ? Parce qu'ils témoignent de la persistance de vieilles mythologies professionnelles et des jugements normatifs (tacites ou explicites) avec lesquels les hauts gradés du journalisme définissent ce que serait le « bon » exercice du métier et les « bonnes » pratiques journalistiques ; en bref, les manières « homologuées » d'être un « bon » journaliste./p
pCette lutte pour la définition des frontières légitimes apparaît d'autant plus nettement que les médias « exclus » sont ici les médias « de référence », dominants au sein du champ journalistique, et que LFI ne se contente pas de contester leur magistère : elle fait « pire » en ce qu'elle leur oppose la légitimité de médias dits « alternatifs » ou d'influenceurs politiques travaillant sur les plateformes. Snober la grande presse au profit des « pouilleux » du numérique ? Voilà la faute de trop. Celle qui, de fait, rend visible et met à l'épreuve les rapports de domination – et iin fine/i, bien souvent, les rapports de classe – qui structurent le champ journalistique… et celles et ceux qui évoluent à l'intérieur. Dans un tel cadre, on ne s'étonnera pas de voir les « grands » journalistes réactiver a href="https://www.acrimed.org/Qui-est-journaliste-Mobilisation-de-quelques"le double procès qu'ils instruisaient en d'autres temps contre les journalistes Taha Bouhafs ou Gaspard Glanz par exemple/a : un procès en « incompétence » – où il sera question de « déontologie » journalistique – et un procès en « militantisme » – où il sera question d'« indépendance » journalistique./p
pLe procès en « militantisme » se manifeste sous différentes formes, toutes mobilisées en vue de disqualifier – sans que le phénomène soit toujours conscientisé comme tel – les journalistes et/ou les médias représentés à cette conférence de presse, parmi lesquels se trouvaient par exemple Le Média, Les Jours, le HuffPost, Mediapart, Blast, Alertes Racisme, Nouvelles pensées critiques, 15min Médias, la Grande Bavardeuse ou encore Farah RKspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Mise à jour, 10/03 : Et non Reporterre, comme nous l'écrivions initialement." id="nh5"5/a]/span. Les grands médias se le disent : ce sont là des médias « imarqués à gauche/i » (iLe Figaro/i), « isouvent marqués à gauche.../i » dont certains avec « iun penchant éditorial à gauche assumé/i » (iLe Nouvel Obs/i), « isinon [une audience] acquise à [l]a cause/i » des insoumis (iLibération/i), qui « ichoisissent des journalistes qu'ils estiment appartenir à leur bord politique ou en tout cas à leur champ idéologique/i » (France Info). France Info décèle d'ailleurs chez eux « iune forme de militantisme/i », quand iLe Figaro/i parle même d'« iune conférence de presse… sans journalistes/i ». Voilà qui a le mérite d'être plus clair !/p
pUn certain nombre de ces médias n'ont jamais caché leur ancrage ipolitique/i, lequel ne saurait être confondu avec un engagement ipartisan/i. C'est leur droit le plus strict, sans que cela n'attente en rien à la sacro-sainte aura du journalisme. Leur détachement vis-à-vis de l'impossible « neutralité » journalistique les honore même davantage que l'hypocrisie des médias qui s'attachent à les marquer ainsi symboliquement dans l'espace public et qui, de leur côté, passent le plus clair de leur temps à a href="https://www.acrimed.org/Glucksmann-Bardella-Zemmour-Macron-les-candidats"faire le tri entre les « bons » et les « mauvais » candidats/a ; à a href="https://www.acrimed.org/+-Emmanuel-Macron-+"propulser des « fusées » politiques/a ; à a href="https://www.acrimed.org/Quand-les-medias-avouent-traficoter-le-capital"traficoter le capital politique des élus/a ; à promouvoir la « gauche » pour peu qu'elle ait l'obligeance de donner des gages à a href="https://www.acrimed.org/Bernard-Cazeneuve-ou-la-gauche-dont-revent-les"la droite/a ; à diaboliser a href="https://www.acrimed.org/Ce-que-nous-dit-l-acharnement-mediatique-contre"celle qui ne veut pas rentrer dans ces clous/a ; bref, à a href="https://www.acrimed.org/Les-medias-contre-la-gauche-6909"fixer partout et tout le temps les bornes du « raisonnable »/a, au-delà desquelles il est impossible d'intervenir dans le débat public sans être tancé, quand leurs propriétaires ne prennent pas directement la plume pour a href="https://www.acrimed.org/Quand-les-proprietaires-de-medias-pesent-sur-les"passer des consignes de vote/a et les chefferies, lancer leurs appels partisans à la Une./p
pDans le paysage mainstream, ces ingérences éditoriales ont beau servir des options politiques diverses – de l'extrême droite à la gauche dite de « gouvernement » –, elles opèrent au (strict) bénéfice de celles qui incarnent et promeuvent le maintien de l'ordre, dont les grands médias sont les indécrottables gardiens. S'ils ne représentent pas un pôle homogène, s'ils ne sont ni monolithiques (éditorialement parlant), ni étanches à l'agenda ou aux pratiques en vigueur dans les « grands » médias, le fait qu'une partie des médias « alternatifs » donnent à voir d'autres sujets, d'autres cadrages de l'information, d'autres voix, d'autres imaginaires, d'autres propositions politiques, d'autres formes d'expression, etc., voilà qui devrait faire réfléchir les donneurs de leçon de la profession./p
pMais rien n'y fait : à la faveur d'un autre renversement orwellien caractéristique de la période, ces derniers taxent au contraire cette conférence de presse d'homogénéité – « iQuand on n'a qu'un seul type de journaliste qui participe […], ça peut donner une forme d'uniformité/i », ose même Élie Abergel (France Info, 23/02). À l'échelle du paysage de l'information, elle fut pourtant l'expression du pluralisme – y compris du point de vue du profil ethno-social des journalistes qui s'y trouvaient./p
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h3 class='article_intertitres'Un « mauvais » journalisme, vraiment ?/h3
p/brPar capillarité, ce procès en « militantisme » a donc débouché sur un second réquisitoire : un procès en « incompétence ». Ainsi les « petits » journalistes « militants » ont-ils été brocardés par les « grands » journalistes « neutres » et jugés coupables de fautes déontologiques lourdes. Lesquelles ? Avoir posé des « iquestions très complaisantes/i » par exemple : des questions qui ont pu « iparfois manquer de recul dans la manière avec lesquelles [sic] elles [ont été] formulées/i » et qui n'ont témoigné d'aucune « iréelle contradiction face à un Jean-Luc Mélenchon qui [a] donc [pu] dérouler de très longues réponses sans jamais être repris/i ». Défense de rire, d'autant que l'appréciation émane d'un journaliste politique de France Info, Élie Abergel en l'occurrence (23/02). Une chaîne qui sait indéniablement se montrer impitoyable… a href="https://www.acrimed.org/+-France-Info-radio-et-tele-+"surtout avec les faibles/a, quel que soit le champ (a href="https://www.acrimed.org/Acharnement-mediatique-contre-Rima-Hassan-video"politique/a, a href="https://www.acrimed.org/Gilles-Bornstein-France-Info-chien-de-garde-face"syndical/a, a href="https://www.acrimed.org/Notre-Dame-la-revue-de-presse-de-France-Info"journalistique/a, etc.), et faire œuvre d'un mordant à toute épreuve face aux acteurs dominants, qu'ils s'appellent a href="https://www.acrimed.org/Macron-candidat-imbattable-pour-Franceinfo"Emmanuel Macron/a ou a href="https://www.acrimed.org/France-Info-naufrage-Total"Patrick Pouyanné/a./p
pLes « grands » journalistes n'iront pas jusqu'à rendre compte des interrogations « complaisantes » en question, qui eurent surtout l'insolence de ne ressembler en rien – à quelques exceptions près… – aux questions qui idoivent/i se poser, c'est-à-dire aux questions que (se) posent d'ordinaire les « grands » journalistes politiques certifiés dans un mimétisme confondant. Dans la même veine, iLibération/i pointe « ile choix [de LFI] de s'adresser à une audience segmentée, plus favorable, […] plutôt que de prendre la peine d'endurer le contradictoire rugueux imposé par la presse traditionnelle/i » (23/02). Un « contradictoire » – à ne pas confondre avec « interrogatoire » – dont a href="https://www.acrimed.org/Face-a-LFI-le-regne-des-interrogatoires"on a pu prendre la mesure/a et dont on imagine que iLibération/i puise le modèle dans les interviews fort rugueuses que ses journalistes politiques infligèrent par exemple à Christiane Taubira (janvier 2022), Marine Tondelier (juillet 2024), François Ruffin (août 2024) ou encore Raphaël Glucksmann, en proie à un traitement d'une rugosité telle qu'en novembre 2018, la rédaction lançait son mouvement « Place Publique » à la Une puis en double-page « Événement » : une « iaspiration/i », disait à l'époque très âprement Laurent Joffrin, laquelle ne s'est jamais tarie depuis./p
pSur France Info (23/02), ce procès en « connivence » à l'encontre des médias « alternatifs » va même plus loin :/p
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pstrongJean-Rémi Baudot :/strong Le risque, c'est que la communication politique prenne le pas sur l'information recoupée et hiérarchisée. Il faut bien comprendre de quoi on parle. Quand les seuls messages, les photos, les vidéos que les politiques choisissent de vous donner sont celles qui sont mises en avant dans le débat public, eh bien c'est le retour d'une forme de propagande qui n'aurait plus de contradiction. Le travail des journalistes, c'est aussi d'apporter de la contradiction, de poser des questions qui parfois, eh bien, ne plaisent pas./p
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pQuand il adhérera à Acrimed – et il semble en bonne voie ! –, on n'ose imaginer l'effroi avec lequel le chef du service politique de France Info (re)découvrira moult émissions de sa maison. En particulier celles dont le principe et le panel des invités brouillent quotidiennement les frontières entre « journalisme » et « communication politique », au point d'ailleurs que des communicants, consultants et autres « spécialistes de la stratégie d'influence et de la médiatisation » y tiennent lieu de « journalistes », ainsi que nous le détaillions par exemple dans a href="https://www.acrimed.org/Les-Informes-France-Info-le-triomphe-de-la"un portrait des « Informés »/a, actualisé a href="https://www.arretsurimages.net/articles/sur-franceinfo-qui-sont-vraiment-les-informes" class="spip_out" rel="external"tout récemment par Arrêt sur images/a./p
pPour l'heure, le syndrome de la paille et de la poutre semble encore beaucoup trop prononcé : « iÇa dit […] quelque chose de notre époque où on cherche plus à influencer qu'à informer/i, se désole Jean-Rémi Baudot, ioù l'opinion prend le terrain sur l'information/i ». Rappelons qu'en pleine mobilisation sociale (massive) contre la réforme des retraites, en 2023, ce non-influenceur a href="https://www.acrimed.org/Le-Pen-grande-gagnante-un-matraquage-mediatico"déclarait à l'antenne de France Info/a : « iSouvenez-vous quand le social était un sujet de gauche. C'est désormais Marine le Pen qui est en pointe sur la question./i » Mais un journaliste politique ose tout : c'est même à ça qu'on le reconnaît !/p
p« iIl n'est pas question ici de faire de la hiérarchie entre des journalistes dits de médias traditionnels qui feraient mieux leur métier que d'autres/i », se défendra un peu plus tard son confrère Élie Abergel. Et s'il s'agissait pourtant précisément de cela ? En témoigne d'ailleurs le simple fait qu'un journaliste politique se permette des critiques de cette nature à l'endroit d'autres journalistes, dérogeant ainsi à la règle d'or du milieu : « pas touche aux confrères ». Si Élie Abergel se permet d'enfreindre cette règle, ne serait-ce pas qu'il se sent autorisé à le faire sur un plateau où lui et ses confrères se perçoivent à l'évidence, sans avoir à le formuler, comme de « vrais » journalistes, en chair et en os, légitimes – en un mot : dominants ?/p
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centerstrong***/strong/center
p/brOutre les procès en « atteinte à la liberté de la presse » et au « droit à l'information » qu'il a suscités, le dispositif initié par LFI avec les médias « alternatifs » a donné lieu, en creux, à de nombreux portraits du journalisme et des journalistes. Une conférence de presse « iun peu spéciale/i », dira France Info, « iétrange/i » aux yeux du iNouvel Obs/i, « iétonnante/i » pour le Huffpost. Par contraste, cette formulation de l'« anormalité » a rendu visible la norme : celle de l'entre-soi des médias dominants ; celle qui autorise toutes les dérives (en « militantisme », en « incompétence ») que les « grands » journalistes ont cru pointer chez leurs « petits » confrères ; celle qui peut décréter ce qu'est (vraiment) le « pluralisme » et ce qu'est le « vrai » journalisme, selon des critères plus ou moins conscients qui matérialisent dans bien des cas, outre des angles morts béants, des frontières de classe. Alors que depuis Gaza, le Titanic des grands médias n'en finit plus de sombrer, ces derniers ne tolèrent pas de voir leur chasse gardée remise en cause. Morale de l'histoire ? Le journalisme dominant veut pouvoir dominer sans entraves… et en toute inconséquence./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLe 18 février, le SNJ relaie bien a href="https://www.snj.fr/lyon-ne-pas-ceder-aux-recuperations-indignes/2583" class="spip_out" rel="external"un communiqué/a, mais il s'agit du positionnement politique national de Solidaires, qui ne porte pas sur les médias./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanAu-delà des a href="https://www.acrimed.org/Pourquoi-Acrimed-ne-rejoindra-pas-le-Conseil-de"critiques que nous avons formulées sur la nature même de cette instance/a. À titre d'exemple, a href="https://cdjm.org/2026/03/05/le-cdjm-publie-cinq-nouveaux-avis-2/" class="spip_out" rel="external"les dernières saisines jugées « fondées » par le CDJM, dans un avis publié le 6 mars 2026/a, portent sur des émissions diffusées en septembre ou octobre 2025… soit 5 mois plus tôt./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanComité de protection des journalistes, a href="https://cpj.org/wp-content/uploads/2026/02/Record-129-press-members-killed-in-2025-Israel-responsible-for-2_3-of-deaths-Committee-to-Protect-Journalists.pdf" class="spip_out" rel="external"« Record 129 press members killed in 2025 ; Israel responsible for 2/3 of deaths »/a, 25 février 2026./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanS'agissant du traitement médiatique de LFI. Mentionnons cependant a href="https://snjcgt.fr/2026/02/23/violences-neo-fascistes-un-naufrage-politique-et-mediatique/" class="spip_out" rel="external"ce communiqué/a de la CGT France Télévisions (23/02) et a href="https://bsky.app/profile/snjcgt.bsky.social/post/3mfjcjfo5js23" class="spip_out" rel="external"ce fil sur Bluesky/a (23/02)./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spaniMise à jour, 10/03 :/i Et non Reporterre, comme nous l'écrivions initialement./p
/div/div
mer, 2026-03-04 10:54
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH134/melenchon_v2_logo-3b36b.jpg?1772614454' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='134' alt="" /
div class='rss_chapo'pDans un a href="https://www.acrimed.org/Ce-que-nous-dit-l-acharnement-mediatique-contre"article paru en mai 2025/a, nous publiions une compilation de Unes de presse contre Jean-Luc Mélenchon et La France insoumisespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Loin d'être exhaustif – par souci de lisibilité, nous n'avons par exemple (…)" id="nh1"1/a]/span. La collection s'est étoffée depuis : une actualisation s'impose./p/div
div class='rss_texte'div class='spip_document_16396 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/melenchon_v2.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH448/melenchon_v2-12ed9.jpg?1772613992' width='500' height='448' alt='' //a
/figure
/div
centerVersion 2, mars 2026/center/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLoin d'être exhaustif – par souci de lisibilité, nous n'avons par exemple pas inclus les couvertures de puissants quotidiens tels que iLe Figaro/i, iLes Échos/i, iLe Monde/i, etc. – ce paysage de Unes donne néanmoins un aperçu du climat ambiant./p
/div/div
mar, 2026-03-03 08:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/interrogatoires_lfi-4d0cf.png?1772517600' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pDepuis la mort du militant néofasciste Quentin Deranque, les « interviews » audiovisuelles ont été l'un des théâtres privilégiés d'une campagne médiatique menée à une échelle de masse : a href="https://www.acrimed.org/Antifascisme-et-LFI-les-medias-brutalisent-le"une diabolisation tous azimuts/a de l'antifascisme en général, et de LFI en particulier. L'observation de ces dispositifs offre une vision tout à fait nette du déchaînement des chiens de garde./p/div
div class='rss_texte'pCe ne sont pas des interviews, mais des gardes à vue systématiques. Le but n'est pas d'organiser équitablement le « débat politique » ni même d'en rendre compte, mais de participer activement à son hystérisation, en se repaissant par exemple de petites phrases, remisées pour le plaisir du pugilat avant que l'interviewé soit sommé d'y « réagir ». Il ne s'agit pas de faire œuvre de pluralisme… et informer n'est donc plus une option : au cours des dix jours ayant suivi la mort de Quentin Deranque, les responsables politiques de LFI ont été de véritables faire-valoir, convoqués pour être cloués au pilori. Dans cette salle d'interrogatoire multimédia, c'est à qui « mieux mieux ». De France Inter à BFM-TV en passant par Franceinfo, RTL, LCI, TF1 et bien d'autres, les interviews ont été menées à l'identique par des journalistes interchangeables./p
/br
h3 class='article_intertitres'Un journalisme policier/h3
p/brLe 17 février, trois jours après l'annonce officielle de la mort de Quentin Deranque, c'est face à Manuel Bompard que la première matinale de France et ses duettistes, Florence Paracuellos et Benjamin Duhamel, ont donné le conducteur de la cabale qui sera entretenue durant plus d'une semaine, tout en dessinant la posture inquisitrice avec laquelle les hauts gradés du journalisme entendaient la mener : 1/ pointer la « iresponsabilité politique/i » de La France insoumise, selon la formule de Benjamin Duhamel ; 2/ polariser les entretiens autour de l'implication de membres de la Jeune Garde (dissoute) avant de stigmatiser LFI pour ses liens avec le collectif antifasciste et avec Raphaël Arnault en particulier, son ancien porte-parole, devenu député LFI en juin 2024, dont il n'est sans doute pas inutile de rappeler qu'il n'est nullement visé par l'enquête pénale à l'heure où nous publions cet article ; 3/ disserter sur la « violence » de LFI – « iLa brutalisation du débat public, ça vous parle pas ?/i », lance par exemple Florence Paracuellos de façon très originale ; 4/ élargir le « débat » sur la « imenace d'ultra-gauche violente en France/i », dans les termes d'une « question » de Benjamin Duhamel./p
pTout un programme, en tout point conforme au bruit médiatique dominant : dépolitiser la question de la « violence » et balayer d'un revers de main, en particulier, celle qui fonde intrinsèquement la nature, le projet politique, les discours et les pratiques militantes de l'extrême droite. Y compris, bien sûr, dans la conjoncture : comme ailleurs dans les grands médias, ni les communiqués des groupuscules néofascistes, ni les attaques qu'ils perpètrent contre des militants, des locaux politiques et des domiciles personnels d'élusspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« Alerte à la bombe à la CGT à Lyon, agressions de jeunes communistes à (…)" id="nh1"1/a]/span n'intéressent outre mesure les intervieweurs, qui relèguent le sujet aux notes de bas de page./p
pCe matin-là donc, sur France Inter, près des trois quarts de l'entretien ont porté sur les événements de Lyon et ses suites politiciennes. L'entrée en matière de Florence Paracuellos donne le ton : « iEst-ce que vous pouvez nous dire ce matin si oui ou non, [l'assistant parlementaire du député Raphaël Arnault] était présent sur les lieux de l'agression ?/i » Manuel Bompard déclare qu'il n'est pas en mesure d'apporter une telle information, laquelle fait précisément l'objet d'une vaste enquête policière et judiciaire en cours : les intervieweurs auraient donc pu en rester là ; du moins s'il avait été question de journalisme. Mais ils avaient délibérément choisi de se substituer aux policiers chargés de l'investigation : ainsi Benjamin Duhamel reposera-t-il trois fois cette même question. Sous couvert de vouloir obtenir un aperçu « iprécis/i » et « iclinique/i » des événements, cette obstination – dont le journaliste sait pertinemment qu'elle ne débouchera sur rien – ne vise qu'à créer un climat oppressant… et à délégitimer l'interviewé : « iVous êtes à la tête d'un mouvement, La France insoumise, […] et vous n'êtes pas en capacité ce matin de nous dire si oui ou non un assistant parlementaire qui est donc un militant de La France insoumise était ou non sur les lieux de l'agression de ce jeune militant ?!/i » Et encore : « iJuste pour bien clouter, si vous le permettez, vous n'êtes pas capable de nous dire ce matin si oui ou non l'assistant parlementaire de Raphaël Arnault était présent au moment où ce jeune militant a été agressé ?/i » Journaliste, ou policier ?/p
pBenjamin Duhamel n'était alors qu'une pâle copie de ses consœurs de LCI : deux jours plus tôt face au même invité, Élizabeth Martichoux et Arlette Chabot s'enquéraient déjà de potentiels échanges entre Manuel Bompard et Raphaël Arnault, avec en ligne de mire, déjà, la même question autour de l'assistant parlementaire de ce dernier. Des interpellations/remarques que les intervieweuses ont formulées, au total, pas moins de douze fois en vingt minutes ! Et c'est peu dire qu'elles n'en avaient jamais fini de ronger leur os : « iOn est un peu surpris que vous ne puissiez pas nous dire ce matin, je vous le dis très franchement, "j'ai eu Raphaël Arnault au téléphone et il m'a donné telle ou telle information qui pourrait effectivement clarifier"/i » ; « iIl est co-fondateur de Jeune Garde [sic], permettez qu'on insiste un peu/i », déclare poliment Élizabeth Martichoux. Douze fois : insistance, ou harcèlement ?/p
pCette démarche était alors d'autant plus pernicieuse que l'enquête avait tout juste débuté. Peu importe qu'au lendemain de cet entretien, le procureur de la République de Lyon se soit lui-même refusé à « iévoquer le moindre nom ou […] confirmer que ce collectif antifasciste pouvait être responsable de cette agression/i » (iLibération/i, 17/02), avant d'en faire de même le 19 février lors d'une deuxième conférence de presse, au cours de laquelle il rappela d'ailleurs, par deux fois, le secret de l'instruction à ses interlocuteurs de la grande presse. Las, le journalisme de préfecture avait d'ores et déjà pris le dessus./p
pSur toutes les lèvres, inscrits sur les bandeaux des chaînes d'information en continu, les noms du collectif et d'individus sont diffusés dans des médias chauffés à blanc, qui s'empressent également de diffuser des photos (la plupart du temps non floutées) de l'assistant parlementaire au cœur de toutes leurs préoccupations – dont le contrat fut par ailleurs rompu le 16 février. Le député Raphaël Arnault n'est pas visé par l'enquête, mais son visage est également placardé partout dans les programmes et magazines d'actualité, surexposé dans les 20h, épinglé dans les journaux qui sélectionnent soigneusement, pour l'occasion, les clichés censés répondre au portrait que les médias (se) font de lui : un homme violent et menaçant./p
/br
h3 class='article_intertitres'Un journalisme de meute/h3
p/brCe détour n'était pas accessoire : Raphaël Arnault – comme Rima Hassan avant lui – fait l'objet d'une cabale médiatique qui, pour avoir été (par définition) déployée dans sa version la plus voyeuriste par la télévision, s'est également déclinée lors des « interviews » audiovisuelles. Dans un registre non moins tonitruant, et à la faveur de pratiques journalistiques non moins problématiques ayant viré, dans bien des cas, à une véritable chasse à l'homme. Comment qualifier autrement l'interview de Manuel Bompard dans la matinale de Franceinfo le 19 février ? Les deux éditocrates en chef, Agathe Lambret et Paul Larrouturou – ayant tous deux fourbi leurs armes en tant que journalistes politiques à l'antenne de télévisions commercialesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="BFM-TV pour la première – dont on rappelle également qu'elle est la compagne (…)" id="nh2"2/a]/span – ont tricoté l'affaire de Lyon jusqu'à plus soif : non seulement le sujet a occupé les huit dixièmes de « l'entretien »span class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="19'20 sur 23'35 d'interview." id="nh3"3/a]/span, mais cet agenda s'est doublé d'une problématique à charge, focalisée prioritairement, pour ne pas dire exclusivement, sur le triptyque LFI – la Jeune Garde – Raphaël Arnault. L'interrogatoire s'est ainsi articulé autour de trois interpellations rabâchées en boucle : sommer LFI de « rompre les liens » avec le collectif antifasciste ; sommer LFI de renoncer à contester sa dissolution (qui fait actuellement l'objet d'un recours devant le conseil d'État) ; sommer LFI de ipunir/i Raphaël Arnault et donc, symboliquement, lui réclamer sa tête./p
pLa transcription de cette interview matinale ne rendrait pas justice à son climat : au-delà des « questions-injonctions » en elles-mêmes, tout dans l'expression des journalistes transpire le dédain le plus absolu. Depuis leur langage corporel jusqu'au ton arrogant de la parole, en passant par la formulation de leur « bon droit » de « bon » intervieweurspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Sur ces éléments, relire le chapitre de Pierre Bourdieu « Des débats (…)" id="nh4"4/a]/span – « iManuel Bompard ! Excusez-moi… si je peux dire quelque chose !/i » ; « iNon mais pardon, mais si je peux quand même poser des questions !/i » –, laquelle dissimule assez mal un bilan accablant en termes d'interruptions : 64 en à peine vingt minutes, c'est-à-dire une fois toutes les dix-huit secondes en moyenne. Sélection (non exhaustive) en vidéo :/p
/br
centeriframe title="Franceinfo, 19 février 2026" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/83aLjgkzPibu2zMhvTobjm" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
p/brFace à quel autre dirigeant politique s'autorisent-ils un tel mépris ?/p
pTous les coups sont donc permis, jusqu'à faire dire à l'invité le strict contraire de ce qu'il formulait quelques secondes plus tôt en des termes pourtant parfaitement clairs, et lorsque celui-ci s'en offusque, le regarder fixement, les mains levées : « iJe vous écoute attentivement/i », sourit Paul Larrouturou. Outrepassant de très loin leur rôle de journaliste pour camper tour à tour ceux d'opposant politique, de prédicateur et de moraliste, nombre d'intervieweurs ont ainsi fait de la Jeune garde et de Raphaël Arnault le centre de gravité de leur campagne d'acharnement./p
pLa preuve sur la même chaîne, dans la même ambiance, avec une autre intervieweuse face à la députée LFI Danièle Obono, invitée dans l'émission fort mal nommée « La politique s'éclaire » (Franceinfo, 21/02) : « iEst-ce qu'il faut faire le ménage dans vos rangs ? C'est ce que vous demandent le Premier ministre et le président de la République/i » ; « iIl faut couper les liens avec la Jeune Garde ?/i » ; « iEst-ce que Raphaël Arnault a toute sa place dans le groupe La France insoumise ?/i » ; « iVous conservez des liens avec la Jeune Garde ?/i » Les réponses de la députée n'étant jugées ni raisonnables, ni conformes à la bienséance attendue, la morgue déborde dans une sorte de bouquet final :/p
blockquote class="spip"
pstrongBrigitte Boucher :/strong Pourquoi vous demandez toujours l'abandon de la dissolution de la Jeune Garde, alors ? Pourquoi vous demandez toujours l'abandon de la dissolution de la Jeune Garde ? […] Est-ce que vous demandez toujours l'abandon ? Vous ne voulez pas répondre à la question ! Est-ce que vous demandez toujours l'abandon de la dissolution de la Jeune Garde ? Alors ? […] Répondez aux questions sinon… au lieu d'accuser les médias, c'est trop facile ! Est-ce que vous demandez toujours l'abandon ? Attendez ! Vous dites que vous n'avez aucun lien, que vous ne soutenez pas ce qui s'est passé, mais vous demandez toujours la dissolution de la Jeune Garde. [Sic] […] Vous demandez l'abandon de la dissolution de la Jeune Garde ? […] Ma question, c'était est-ce que vous demandez toujours l'abandon de la dissolution de la Jeune Garde ?/p
/blockquote
pRideau./p
pL'intervieweuse avait du reste indiqué le sens de ses priorités dès le début de l'entretien. Alors qu'une parade néonazie s'apprêtait à démarrer dans les rues de Lyonspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir « À Lyon, des néonazis prennent la rue pour rendre hommage à Quentin (…)" id="nh5"5/a]/span, Brigitte Boucher la présenta comme une « imarche/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Elle en fera d'ailleurs le service après-vente le lendemain matin." id="nh6"6/a]/span avant de questionner Danièle Obono sur la potentialité, à cette occasion… d'« iun nouveau lynchage de l'ultra-gauche/i » : « iLes antifas seront peut-être aussi présents sur place, est-ce que vous voulez leur adresser un message, à l'ultra-gauche ? Est-ce que vous les appelez au calme ? Est-ce que vous les appelez au calme ? On vient d'avoir ce lynchage de Quentin Deranque, est-ce que vous les appelez au calme ?/i »/p
/br
h3 class='article_intertitres'Un journalisme inquisiteur/h3
p/brAutre cas d'école – et non des moindres – avec la très prescriptrice émission dominicale « BFM Politique », où était invitée, le 22 février, la présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale Mathilde Panot. Comme ailleurs, trente minutes sur quarante-deux ont porté sur l'affaire de Lyon. Comme ailleurs, alors que de l'aveu du présentateur Léopold Audebert lui-même, « iaujourd'hui, à ce stade de l'enquête, pénalement, il n'y a rien contre lui/i », le cas Raphaël Arnault a déchaîné la meute : les journalistes ont cité son nom pas moins de seize fois sur une tranche de quinze minutes. Et comme ailleurs, leur démarche a consisté à stigmatiser, disqualifier et brutaliser l'invitée./p
pExemple avec Amandine Atalaya :/p
blockquote class="spip"
pstrongAmandine Atalaya :/strong Donc pour vous, il n'y a pas de responsabilité de la part de ce député de La France insoumise dans le choix de ses collaborateurs pour commencer ? Il n'y a pas de responsabilité morale et politique ? […] Il n'y a pas de responsabilité ? Il n'y a pas de responsabilité politique et morale ? i[Léopold Audebert : Mathilde Panot, Mathilde Panot. On vous pose une question très directe, s'il vous plaît, répondons à ça s'il vous plaît. Allons-y.]/i Sur la responsabilité politique et morale de Raphaël Arnault./p
/blockquote
pLa réponse ne convenant (toujours) pas aux journalistes, le présentateur insiste : « iAmandine vous pose une question plus précise ! Elle vous parle de la responsabilité morale./i » Mathilde Panot tente-t-elle de s'extirper de la nasse policière et d'amorcer un développement politique sur les violences de l'extrême droite ? Elle est interrompue quasi immédiatement… et ramenée au point 0 :/p
blockquote class="spip"
pstrongAmandine Atalaya :/strong Mais pour poursuivre, Mathilde Panot, sur Raphaël Arnault. Pour être très factuelle sur Raphaël Arnault, […] il n'y a pas une responsabilité pour vous de l'employeur non plus ? C'est-à-dire ses collaborateurs sont censés travailler à ses côtés à Paris. Pourquoi […] étaient-ils à Lyon ce jour-là ? Était-ce sur leurs heures de travail, par exemple ? […] Je parle de la responsabilité de l'employeur./p
/blockquote
pRappelant qu'elle n'est pas enquêtrice, exhortant les journalistes à respecter le cours de l'investigation, la députée insoumise essaye-t-elle ensuite une critique de l'instrumentalisation de cette affaire par le champ politique ?/p
blockquote class="spip"
pstrong- Lépold Audebert :/strong C'est très important, votre parole était attendue Mathilde Panot sur ce point : pas de démission de Raphaël Arnault ?/p
pstrong- Mathilde Panot :/strong Certainement pas./p
pstrong- Amandine Atalaya :/strong Ni de suspension du groupe de La France insoumise ?/p
pstrong- Mathilde Panot :/strong Non, certainement pas./p
pstrong- Jules Pecnard :/strong Et il sera réinvesti aux prochaines élections législatives ?/p
pstrong- Mathilde Panot :/strong Mais écoutez… oui, enfin…/p
pstrong- Léopold Audebert :/strong Oui ?! Il sera investi ?/p
pstrong- Jules Pecnard :/strong Il sera investi…/p
pstrong- Léopold Audebert :/strong En 2027 s'il y a dissolution, après l'élection présidentielle, il sera réinvesti ?!/p
pstrong- Mathilde Panot :/strong S'il le souhaite, oui./p
pstrong- Léopold Audebert :/strong S'il le souhaite… Et vous le souhaitez, vous ?/p
/blockquote
pTous extraits de la première moitié de l'émission, ces morceaux choisis forment un volet à part entière de l'interview : 36 interruptions en six minutes, soit une fois toutes les dix secondes./p
pEt les procureurs reviennent à la charge après la publicité : « iVous lui avez parlé [à Raphaël Arnault] récemment ?/i » ; « iQu'est-ce qu'il vous a dit ?/i » ; « iPourquoi il parle pas aujourd'hui ?/i » ; « iIl ne serait pas temps pour vous qu'il ait une expression publique ?/i » Un journalisme que l'on se gardera de caractériser lorsque face à un tel traitement, le présentateur pose la cerise sur le gâteau : « iComment il va aujourd'hui, Raphaël Arnault ?/i »/p
pLes menaces de mort dont fait état Mathilde Panot n'encouragent chez eux aucune relâche. Comme Agathe Lambret sur Franceinfo, la journaliste de BFM-TV lit au débotté des extraits du décret de dissolution de la Jeune Garde, sans contextualisation, dans le brouhaha le plus total, mais avec le soutien appuyé de son confrère qui, en bon élève, allie le geste à la parole : « iIl est là ce décret ! Je vais le montrer pour les personnes qui nous regardent. Il est là./i »/p
/br
div class='spip_document_16393 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/bfm_decret-a7c3d.png?1772517601' width='500' height='281' alt='' /
/figure
/div
p/brEt ça continue : « iJean-Luc Mélenchon revendique aujourd'hui que la Jeune Garde soit liée et alliée à la FI […], vous ne voyez pas le problème ?!/i » ; « iÊtes-vous toujours alliée et liée comme le dit Jean-Luc Mélenchon à la Jeune Garde ?/i » ; « iVous êtes contre sa dissolution ?/i » ; la question sera posée quatre fois. Et comme pour toutes les autres, différents députés LFI y avaient déjà répondu (mille fois) au cours de la semaine écoulée…/p
pLe cirque se (re)produit donc sans trêve et il avait d'ailleurs commencé en fanfare. Signalons en effet que dès l'introduction, les intervieweurs ont disserté autour d'un propos présenté comme une citation de Jean-Luc Mélenchon, sourcée comme telle à l'écran… alors qu'elle n'en était pas une. Voyons plutôt :/p
/br
div class='spip_document_16392 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/bfm_citation-223dc.png?1772517601' width='500' height='279' alt='' /
/figure
/div
p/brSi les journalistes avaient seulement pris la peine de (vraiment) lire ce qu'ils affichaient sur leur écran, ils se seraient (sans doute) rendus compte qu'il s'agissait en réalité d'un extrait d'article journalistique. Publié dans iLa Tribune dimanche/i en l'occurrence, où un mot de Jean-Luc Mélenchon fut détaché de son contexte d'énonciation originel avant d'être intégré dans un autre récit que le sien : celui du journaliste, utilisant le discours indirect libre – un procédé narratif très intéressant en littérature… beaucoup moins en journalisme. En début d'émission, ce plantage en règle avait en tout cas donné lieu à des interpellations très assurées :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Léopold Audebert :/strong Mathilde Panot, vous êtes capable de regarder la caméra i[Il regarde la caméra.]/i et de dire aux parents de Quentin Deranque que c'est une bataille de rue qui a mal tourné ? Est-ce que vous pouvez dire ça aux parents de Quentin Deranque ?! […]/p
pstrong- Amandine Atalaya :/strong Tout en disant « qui s'en souviendra » Mathilde Panot… Tout en disant « qui s'en souviendra »… Enfin… ça semble une façon évidente de minimiser ce qui s'est passé./p
/blockquote
pSauf que Jean-Luc Mélenchon ne l'avait pas dit. Le présentateur en conviendra d'ailleurs en toute fin d'émission : alerté dans l'oreillette, il consacrera une minute à « irétabli[r] les faits/i », mais aucun des trois journalistes ne présentera la moindre excuse. Après un tel déballage de hargne, comment s'en étonner ?/p
pAu cours de l'émission, Mathilde Panot a légitimement critiqué la diabolisation médiatique dont son mouvement politique fait l'objet. Venue avec quelques reproductions de Unes de presse (iMarianne/i, iLa Tribune dimanche/i, iL'Express/i), elle entendait pointer la responsabilité des grands médias dans la normalisation de l'extrême droite et dénoncer « il'inversion des valeurs/i » à laquelle ils se livrent. Elle ne croyait pas si bien dire : la séquence en a instantanément généré une nouvelle. Coupable de l'ultime affront – critiquer les médias dans les médias –, elle est assaillie ni une ni deux par le présentateur : « iDonc c'est la presse qui est responsable Mathilde Panot ?! C'est très important ce que vous venez de faire ! Il n'y a pas une liberté de la presse en France ?!/i » Orwell, disions-nous : « la violence, c'est la gauche » ; « les antifascistes, ce sont les fascistes » ; « critiquer les médias, c'est attaquer la démocratie »./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brLes « interviews » audiovisuelles figurent parmi les formats les plus suivis et les plus prescripteurs du PAF ; ceux dont des extraits seront rediffusés sur les antennes, cités dans les dépêches, postés sur les réseaux sociaux, commentés sur les plateaux et dans les articles des journalistes politiques. Ce sont aussi, par conséquent, des dispositifs parmi les plus verrouillés, encadrés par les journalistes les plus en vue, disposant d'un fort capital professionnel, qui ne doivent leur position (et leur longévité) qu'à leur conformité la plus totale avec les « bonnes » manières d'exercer le journalisme politique en général et l'interview en particulier, et à leur adhésion intransigeante au discours dominant. Diaboliser LFI jusqu'à l'écrasement ; blanchir et promouvoir l'extrême droite : les « entretiens » audiovisuels ont été une excellente loupe pour observer cette dynamique à deux faces, normalisée dans la quasi-totalité des grands médias. Cette semaine-là, au-delà du double standard éclatant qu'ils ont donné à voir – tant du point de vue de l'agenda, du cadrage, que des sommations adressées aux responsables politiques de gauche –, ces dispositifs ont montré à quel point ils fonctionnent comme des espaces de mise au pas. Dès lors, parce que les invités LFI jouent le jeu médiatique sur la forme (aller dans ces dispositifs, se plier au « question/réponse ») tout en refusant de jouer le jeu médiatique sur le fond (consentir aux injonctions et cocher les cases du bingo journalistique de la « respectabilité »), ils déclenchent les foudres de l'éditocratie. Une éditocratie qui s'illustre, au passage, par sa capacité à exercer une violence symbolique de très haute intensité au moment même où elle prétend condamner « la violence » et « la brutalisation » du débat public. Face à de tels interrogatoires, les différentes instances représentatives de la profession, des SDJ aux syndicats, parviendront-elles à expliquer, de façon détaillée, en quoi il en va là d'une quelconque forme de journalisme ?/p
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« Alerte à la bombe à la CGT à Lyon, agressions de jeunes communistes à Tours, dégradations de locaux… L'extrême droite multiplie les violences », a href="https://www.humanite.fr/politique/cgt/alertes-a-la-bombe-a-la-cgt-agressions-de-jeunes-communistes-degradations-de-locaux-quand-lextreme-droite-multiplie-les-violences" class="spip_out" rel="external"iL'Humanité/i, 23/02/a./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanBFM-TV pour la première – dont on rappelle également qu'elle est la compagne de Benjamin Duhamel et la belle-fille de Nathalie Saint-Cricq – et « Le Petit Journal » puis le groupe Bouygues (LCI et TF1) pour le second, après avoir été à l'origine du « Lab d'Europe 1 » d'actualité politique, a href="https://www.acrimed.org/Le-Lab-d-Europe-1-ou-de-l-art-de-faire-un-peu-de-tout-a-partir-de-presque-rien"laboratoire de la substantifique moelle du journalisme politique dans toutes ses (pires) pratiques/a./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /span19'20 sur 23'35 d'interview./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanSur ces éléments, relire le chapitre de Pierre Bourdieu « Des débats vraiment faux ou faussement vrais » dans iSur la télévision/i, Raisons d'agir, 2008, p. 32./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanVoir a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/210226/lyon-des-neonazis-prennent-la-rue-pour-rendre-hommage-quentin-deranque" class="spip_out" rel="external"« À Lyon, des néonazis prennent la rue pour rendre hommage à Quentin Deranque »/a, Mediapart, 21/02 et a href="https://www.streetpress.com/sujet/1771517300-lyon-organisatrice-marche-pour-quentin-deranque-mariee-neonazi-violent-eliot-bertin" class="spip_out" rel="external"« À Lyon, l'organisatrice de la marche pour Quentin Deranque est mariée à un néonazi violent »/a, Streetpress, 19/02./p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanElle en fera d'ailleurs a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/les-enerve-es/sur-franceinfo-brigitte-boucher-et-les-irresponsables" class="spip_out" rel="external"le service après-vente/a le lendemain matin./p
/div/div
lun, 2026-03-02 15:31
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L113xH150/pahlavi_le_point-0d056.jpg?1772458290' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt="" /
div class='rss_chapo'pUn agenda, ça se travaille./p/div
div class='rss_texte'p« Guerre des 12 jours », soulèvement du peuple iranien contre la dictature au pouvoir, menaces états-uniennes d'intervention militaire : même avant les attaques israélo-américaines du 28 février, la question iranienne occupait régulièrement l'agenda médiatique. À chaque fois, c'était l'occasion pour une poignée d'entrepreneurs de cause de battre campagne pour Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran. S'ils n'ont pas le monopole de la critique du régime iranien, absolument consensuelle dans le débat public français, ils sont hégémoniques pour traiter de l'alternative politique en Iran : l'autodétermination du peuple iranien n'est quasiment pas un sujet médiatique. C'est que les défenseurs de Reza Pahlavi ont tout des bons clients : soutiens des gouvernements états-unien et israélien, adversaires revendiqués de la gauche française, ils s'inscrivent parfaitement dans l'air du temps médiatique./p
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h3 class='article_intertitres'Des réseaux à la manœuvre/h3
p/brLa campagne pro-Pahlavi dans les médias français s'appuie sur des relais bien insérés dans le milieu politico-médiatique : a href="https://www.intelligenceonline.fr/moyen-orient-et-afrique/2026/02/16/du-quai-d-orsay-au-20-heures-la-longue-marche-de-reza-pahlavi-pour-s-imposer-a-paris,110630106-art" class="spip_out" rel="external"d'après Intelligence Online/a, c'est l'ancien conseiller en communication de Bruno Retailleau, Jean-Baptiste Doat, qui a permis à Reza Pahlavi d'être invité tout récemment au 20h de TF1 (16/02). De quoi donner un coup d'accélérateur à sa tournée : dix jours plus tard, il trônait en majesté en couverture du iPoint/i (26/02)./p
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div class='spip_document_16389 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L400xH532/pahlavi_le_point-9cbe7-d6130.jpg?1772458208' width='400' height='532' alt='' /
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p/brComme a href="https://legrandcontinent.eu/fr/2026/01/13/iran-shah-reza-pahlavi-trump/" class="spip_out" rel="external"aux États-Unis/a, Reza Pahlavi bénéficie de l'appui de groupes de pression pro-israéliens : le 9 février, l'organisation à Paris d'une soirée spéciale « Iran, silence on tue » par Agir Ensemble, une émanation du lobby Elnet France, réunissait des figures médiatiques bien connues (Raphaël Enthoven, Rachel Khan, Jean Quatremer, Arthur etc.) derrière le drapeau français et le drapeau iranien de la dynastie Pahlavi, réunis côte à côte. À l'origine destiné à soutenir les manifestations durement réprimées par le régime iranien, l'événement a pris une tournure politique, fustigeant tour à tour la gauche et LFI – « ice que la politique a produit de pire au XXIe siècle/i » dixit Raphaël Enthoven./p
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h3 class='article_intertitres'Entrepreneurs de cause : Mona Jafarian comme figure de proue/h3
p/brParmi les soutiens de Reza Pahlavi, on trouve notamment Mona Jafarian. Proche de la galaxie printaniste, ardente défenseuse d'Israël, elle est une habituée des plateaux télévisés, sur lesquels elle martèle ses éléments de langage contre le droit international et « ila gauche qui est dans le déni/i » (TV5 Monde, 19/01). L'« iinfluenceuse monarchiste/i », comme la décrit a href="https://www.blast-info.fr/articles/2026/chere-mona-jafarian-boxing-day-65-x116dsPORWm_LPMoyfxmbQ" class="spip_out" rel="external"Blast (24/01)/a, qui tweete frénétiquement au nom du collectif Femme Azadi, a droit à des portraits complaisants dans a href="https://www.lefigaro.fr/actualite-france/mona-jafarian-une-combattante-pour-les-femmes-iraniennes-qui-alerte-sur-l-emprise-islamiste-20240927" class="spip_out" rel="external"iLe Figaro/i/a (27/09/24) ou a href="https://www.marianne.net/monde/asie/mona-jafarian-a-la-gauche-pro-mollah-cessez-de-parler-a-la-place-des-concernees" class="spip_out" rel="external"iMarianne/i/a (8/01) et fréquente régulièrement le plateau de Franceinfo – l'occasion à chaque fois de promouvoir Reza Pahlavi (10/01 et 1/03)./p
pDans la même veine, Mahnaz Shirali est régulièrement invitée par CNews, Franceinfo ou Sud Radio. Elle aussi colle à un narratif faisant de l'Iran un pays acclamant le retour de Reza Pahlavi. Elle aussi fustige la gauche française et ses intellectuels. Au micro de Jean-François Achilli (a href="https://www.youtube.com/watch?v=8KnotaolFn0" class="spip_out" rel="external"Sud Radio, 12/01/a), ça donne ceci : « iLa situation iranienne sort des cases préétablies de la gauche française qui domine les médias. [Comme] les Iraniens sont anti-musulmans, anti-islam et qu'ils brûlent les mosquées, ça ne plaît pas à la gauche mélenchoniste et à la gauche française, parce qu'ils sont devenus des pro-islamistes maintenant et ils défendent bec et ongles les islamistes sur le sol français./i » Tout en finesse./p
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h3 class='article_intertitres'L'extrême droite médiatique en campagne/h3
p/brQuelques jours plus tôt, Mahnaz Shirali était a href="https://www.youtube.com/watch?v=sJWBWHBUzcY" class="spip_out" rel="external"déjà invitée sur les ondes de Sud Radio/a (9/01), cette fois aux côtés de Sahand Saber, porte-parole d'un collectif d'avocats franco-iraniens pro-monarchie. Face à eux, la présentatrice Céline Alonzo verse dans la propagande : « iPartout en Iran, le peuple appelle au retour de Reza Pahlavi, prince héritier d'Iran./i » Sahand Saber, qui est par ailleurs présenté comme ex-collaborateur de Reza Pahlavi, aura ensuite tout loisir de dérouler : portrait laudateur de Pahlavi, minimisation des crimes de son père, réécriture de l'histoire favorable au chah./p
pCe n'est pas tout, puisque Sud Radio a href="https://www.youtube.com/watch?v=djgxh2uF3zo" class="spip_out" rel="external"invitera aussi Arash Derambarsh/a (15/01), adjoint au maire de Courbevoie qui défend les attaques israéliennes de juin 2025 et fustige les « igauchistes et les islamistes/i » en France qui avaient protesté contre. Lui aussi défend le retour du chah et affirme qu'une « itrès grande majorité des Iraniens veulent le retour du chah et de la royauté et dans la très grande majorité, ils veulent une intervention du président Trump qui est très populaire en Iran/i »./p
pQuant à la galaxie Bolloré, elle semble tout particulièrement apprécier la famille Pahlavi. En juin, Europe 1 (18/06/25) a href="https://www.dailymotion.com/video/x9lkdlg" class="spip_out" rel="external"donnait la parole/a à Christian Pahlavi, neveu du dernier chah, et à Pierre, son fils, dans une émission tout simplement titrée « L'Iran a besoin d'une monarchie, c'est la meilleure solution pour faire rayonner ce pays ». Déjà l'an dernier (6/02/25), lors de son passage en France, Reza Pahlavi était interviewé sur le plateau de CNews par Laurence Ferrari. Sobrement présenté comme « ile prince héritier d'Iran/i », il avait pu dérouler son programme en toute tranquillité./p
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h3 class='article_intertitres'L'omniprésent Emmanuel Razavi/h3
p/briParis Match/i aussi s'est montré particulièrement actif pour faire la promotion de Reza Pahlavi. Dans une a href="https://www.parismatch.com/actu/international/prince-reza-pahlavi-je-veux-une-democratie-laique-pour-liran-237511" class="spip_out" rel="external"interview/a publiée le 17 mai 2024, c'est un certain Emmanuel Razavi, dont nous a href="https://www.acrimed.org/Entrisme-iranien-l-actualite-ca-se-faconne"avons déjà croisé la route/a, qui pose les questions. La toute première d'entre elles, commençant par « iVotre altesse impériale/i », donne le ton. iParis Match/i publiera d'autres papiers dans le même registre, notamment un « iRoyal Blog/i » sur Farah Pahlavi, femme de l'ancien chah, intitulé « L'histoire en images d'une impératrice sans royaume » (23/02)./p
pEmmanuel Razavi met à profit son entregent : il publie une autre interview de Reza Pahlavi dans a href="https://www.lefigaro.fr/international/reza-pahlavi-au-figaro-magazine-mon-role-est-de-diriger-la-transition-democratique-20260113" class="spip_out" rel="external"iLe Figaro Magazine/i/a (13/01) et une recension laudative des mémoires de sa mère dans a href="https://atlantico.fr/article/decryptage/iran-entretien-exclusif-avec-imperatrice-iran-en-exil-farah-pahlavi-pour-sortie-ses-memoires-shah-Mohammad-Reza-Pahlavi-histoire-exil-recit-Emmanuel-Razavi" class="spip_out" rel="external"Atlantico/a (15/02). Un papier sentimental, écrit à la première personne, qui laisse peu de doutes sur son parti pris : « iComme beaucoup d'Iraniens, j'aime résolument l'impératrice Farah. Pas en raison de ce qu'elle incarne, mais plutôt en raison de ce qu'elle est sur le plan personnel. […] Elle ne s'est jamais montrée abattue, et jamais elle ne s'est posée en victime. Ceux qui la connaissent de près le savent : alors qu'elle aurait pu vivre une vie "facile", elle a choisi de se consacrer au peuple iranien./i » Ou encore : « iVisionnaire, elle a toujours eu l'intelligence de considérer que chaque destin est important. Elle sait ainsi combien les Iraniens de l'intérieur souffrent, s'en inquiétant et s'interdisant de se plaindre d'une vie qui ne l'a pourtant pas épargnée./i »/p
pEmmanuel Razavi multiplie aussi les entretiens sur LCI ou iValeurs actuelles/i pour encenser Reza Pahlavi… et dénoncer une pseudo-connivence entre LFI et la République islamique d'Iran. « iLa réalité, c'est qu'on [les Iraniens] est contre l'islamisme et contre le communautarisme. On considère que l'Iran, débarrassé des mollahs, devrait être à nouveau allié à Israël. Donc on ne correspond pas du tout à l'image clichée que l'extrême gauche véhicule sur les gens d'origine orientale, pour ne pas dire sur les musulmans/i », explique-t-il (iValeurs actuelles/i, 25/01) avant de tacler les chroniqueurs plus prudents sur une potentielle intervention militaire des États-Unis. Bref, avec des accents de « guerre des civilisations », Emmanuel Razavi prend la défense de son « altesse impériale », qualifiée au passage « ide solution qui rassure tout le monde/i » et de « ilibéral progressiste/i »./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brSur ce sujet comme sur bien d'autres, l'agenda médiatique est travaillé par des entrepreneurs de cause et d'authentiques lobbyistes. Les journalistes n'y sont pas toujours sensibles, et les campagnes n'ont pas toujours autant de succès. On constatera néanmoins que soutenir les impérialismes occidentaux et s'attaquer à la gauche sont des atouts pour être relayé dans les médias dominants… même quand il s'agit de défendre le rétablissement d'une monarchie autoritaire./p
p/brstrongQuentin Müller/strong/p/div
ven, 2026-02-27 11:35
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/franceinfomilitant-c1153.png?1772184915' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pManifestement interpellée par des téléspectateurs, France Télévisions a envoyé au charbon son directeur délégué de l'information, Pascal Doucet-Bon, qui s'est fendu d'une tribune a href="https://www.franceinfo.fr/une-information-transparente-franceinfo/pourquoi-la-redaction-de-france-televisions-decrit-elle-quentin-deranque-comme-un-militant-nationaliste-proche-du-collectif-identitaire-nemesis-ou-un-militant-identitaire_7816025.html" class="spip_out" rel="external"sur le site de France Info/a : « Pourquoi la rédaction de France Télévisions décrit-elle Quentin Deranque comme un "militant nationaliste proche du collectif identitaire Némésis" ou un "militant identitaire" ? » (21/02). Ce qui nécessite en effet des explications – un peu de pédagogie. On ne sera pas déçu du voyage./p/div
div class='rss_texte'p« iLa qualification politique d'une personne/i », nous explique M. Doucet-Bon, « iest un exercice délicat/i ». Aussi, « idans un contexte électrique/i », le service public a-t-il choisi de faire œuvre de transparence. Comment les termes ont-ils été choisis ?/p
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h3 class='article_intertitres'Uniformisation par le haut/h3
p/brLa première phrase — et un bon tiers du papier – répond à une autre question : par qui ? Réponse : par « ila direction de l'information/i ». C'est cette direction qui, sur la base de la « isynthèse des enquêtes/i » de ses « ireporters/i », sélectionne et décrète les mots à utiliser. Il s'agit là d'une « idémarche collective/i » qui, nous précise-t-on, n'a rien d'un « ioukaze/i ». L'objectif est d'éviter « iune cacophonie/i » sur les différentes antennes du groupe et de répondre ainsi à une « iexigence de cohérence/i ». Une « exigence de cohérence » qui ressemble à s'y méprendre à une exigence d'uniformisation : le fait que ces qualificatifs soient choisis par la direction et non par les reporters indique que cette uniformisation se fait par en haut, privant les travailleurs de l'information de l'une de leurs principales prérogatives. La « cacophonie » évitée, on se passera avec elle du « pluralisme » des analyses journalistiques, qui n'a donc pas droit de cité. Faisons confiance à la direction et à son art de la « synthèse » !/p
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h3 class='article_intertitres'Dépolitisation, confusionnisme et journalisme technico-technique/h3
p/brEn s'appuyant sur le Larousse, Doucet-Bon explique d'abord pourquoi Quentin Deranque peut être qualifié de « militant ». Il s'adresse ici manifestement aux auditeurs de droite(s) ayant protesté contre l'utilisation du terme sur le service public. Mais il ne va pas jusqu'à leur signaler que ce que de nombreux journaux de droite et d'extrême droite ont fait, c'est-à-dire se contenter de le qualifier d'« étudiant » ou de « jeune homme », relève de la désinformation par omission. Le terme « militant » est ipolitiquement/i plus signifiant et icontextuellement/i plus éclairant – mais Doucet-Bon préfère éviter toute évocation d'un choix éditorial : à France TV, on se fonde « isur des faits/i » (c'est l'intertitre)./p
pPhilippe Doucet-Bon en vient à sa méthode pour les mots « identitaires » et « nationalistes » que la rédaction a retenus, au détriment, par exemple, de « néofasciste », « néonazi » ou « d'extrême droite ». Un critère précède tous les autres, selon le directeur délégué de l'information : l'officialité, qu'il confond aussitôt avec « les faits » précédemment évoqués. Alors qu'il nous assurait se fonder sur le travail des reporters de terrain, Doucet-Bon le balaye sous nos yeux : certes, Quentin Deranque appartenait à un groupuscule néofasciste de Bourgoin ; certes, Quentin Deranque a participé à la marche néo-nazie du C9M à Paris, en mai 2025 ; certes, l'Action française a affirmé qu'il était l'un de ses militants. Mais certains de ces groupes n'ont pas vraiment « d'existence légale », explique-t-il en clôturant le dossier. br class='autobr' /
Alors, que retenir de tout cela ? La réponse à cette question pourtant cruciale tient en une phrase : « iCet adjectif, ["nationaliste"], comme l'adjectif "identitaire", sont les plus petits communs dénominateurs des philosophies des mouvements fréquentés par le jeune homme./i » Le « plus petit dénominateur commun », vraiment ? Et si c'est la direction qui fait le calcul – en enlevant de l'équation les groupuscules fascisants, sous prétexte qu'ils n'ont pas de « caractère officiel » – on vous prie de croire au résultat ! Voilà une bien sommaire et curieuse méthode pour caractériser politiquement un individu, qui conduit inévitablement au concours d'euphémismes./p
pL'analyse historique, sociologique, idéologique ? Trop compliqué, d'ailleurs n'en parlons pas, mais faisons du journalisme « neutre » et « objectif » labellisé France Télé, grâce au « plus petit dénominateur commun » du parcours biographique officiel. Brandir un tel concept, manier de tels faux-fuyants est un véritable aveu d'incompétence, ou d'inconséquence – mais Doucet-Bon poursuit, imperturbable : « iUn choix informé et en conscience, dans un contexte électrique./i » Notons, avec un rien d'amusement, qu'un tel procédé devrait conduire France Télé à présenter Jean-Luc Mélenchon, ancien sénateur socialiste, comme un réformiste de centre gauche – ce qu'elle ne fait évidemment pas. Double standard ?/p
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h3 class='article_intertitres'Le centrisme méthodologique du journalisme neutre et objectif/h3
p/brL'absence du moindre recours au savoir académique pour se donner les moyens de caractériser politiquement un individu éclate dans les sources que cite l'article en conclusion, comme dans un mauvais travail d'étudiant :/p
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div class='spip_document_16387 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/franceinfosources.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH265/franceinfosources-277c0.png?1772184858' width='500' height='265' alt='' //a
/figure
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p/brL'AFP, les fameuses « enquêtes », les réseaux sociaux, des articles de 5 titres de presse, dans un joyeux pluralisme : iLe Monde/i, iLe Figaro/i, le Huffington Post, iLibération/i et iValeurs Actuelles/i. En piochant aussi bien dans le « journal de référence » que dans un magazine d'extrême droite, on obtient normalement un consensus raisonnable… Duquel ne participent pas, à l'évidence, les médias et journalistes (pour la plupart indépendants) ayant pourtant publié les informations les plus fournies dans cette affairespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Citons par exemple Ricardo Parreira (notamment pour Reflets), Streetpress, (…)" id="nh1"1/a]/span. Et pour cause : rappelons que pour la rédaction de France Info, a href="https://www.acrimed.org/A-gauche-donc-pas-neutre-intraitable-sur-ses"un média comme Basta est « iclairement marqué à gauche […] donc pas neutre/i »/a, au contraire visiblement de iValeurs actuelles/i, clairement marqué à l'extrême droite et donc suffisamment « neutre » pour être revendiqué et légitimé en tant que source première par France Info. Là encore, le « double standard » est un instrument de mesure de phénomènes plus larges : dépolitisation… et droitisation./p
pLa direction de France Télé se conforte en tout cas dans son idée à la lecture des « icommentaires contrastés/i » reçus sur ses choix : certains téléspectateurs ont trouvé que « nationalistes » et « identitaires » étaient de doux « ieuphémismes/i », quand d'autres étaient scandalisés que l'on salisse ainsi la mémoire de Quentin Deranque. C'est bien la preuve que nous sommes équilibrés, semble conclure M. Doucet-Bon, avant de répondre à une question que nul n'avait posée, à savoir que ces choix ne sauraient s'imposer aux invités. Fin de la séance pédagogique./p
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centerstrong***/strong/center
p/brEt pourtant, « dans un contexte électrique », la séquence politico-médiatique, entre dépolitisation et blanchiment par euphémisme de groupuscules fascistes, aurait mérité mieux que ce laborieux exercice. Rappelons qu'on a pu entendre sur Franceinfo (15/02) l'Action Française présentée comme un simple « imouvement nationaliste et royaliste/i », sans qu'on ne daigne systématiquement rappeler son antisémitisme historique ou son appartenance à l'extrême droite ; le service public télévisuel est allé jusqu'à diffuser benoîtement les slogans de cette ligue fasciste du siècle dernier pendant toute une après-midi. L'ironie du sort a voulu que ceci advienne presque 90 ans jour pour jour après que la même Action Française a href="https://www.retronews.fr/politique/echo-de-presse/2018/07/10/l-attaque-de-leon-blum-par-les-camelots-du-roi" class="spip_out" rel="external"a tabassé Léon Blum en plein Paris, le 13 février 1936/a. Mais ce fait-là n'intéressait pas France TV. Ce qui compte plus que la mise en perspective historique, pour « iun choix informé et en conscience/i », c'est la logique du « plus petit dénominateur commun ». Au risque d'oublier les plus grands éléments de réponse./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanCitons par exemple Ricardo Parreira (notamment pour Reflets), Streetpress, Mediapart, iL'Humanité/i, etc./p
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