
Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des médias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed relève également les dérives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il véhicule le prêt-à-penser de la société de marché.
Mis à jour : il y a 6 secondes
il y a 3 heures 49 minutes
div class='rss_chapo'pNous reproduisons ci-dessous trois communiqués : un premier de la a href="https://www.cgtftv.fr/liste-communiques/1915-20h-de-france-2-du-18-octobre-2026-sous-les-paves-la-propagande" class="spip_out" rel="external"CGT France Télévisions/a (20/10), un deuxième de la a href="https://www.cfdt-ftv.fr/2026/10/19/tout-feu-tout-flamme-retour-sur-ledition-speciale-du-20h-de-france-2/" class="spip_out" rel="external"CFDT France Télévisions/a (19/10), et un troisième de a href="https://syndicatsudftv.fr/wp-content/uploads/2026/10/tract-jt-france-2-18-octobre-1.pdf" class="spip_out" rel="external"Sud France Télévisions/a (21/10). Les trois font suite au même JT : le 20h du 18 octobre, sur France 2./p/div
div class='rss_texte'/br
h3 class='article_intertitres'« 20h de France 2 du 18 octobre 2026. Sous les pavés, la propagande ! » (communiqué a href="https://www.cgtftv.fr/liste-communiques/1915-20h-de-france-2-du-18-octobre-2026-sous-les-paves-la-propagande" class="spip_out" rel="external"CGT France Télévisions/a)/h3
p/brLe ministère de l'Intérieur en a rêvé, le 20h de Laurent Delahousse l'a fait ! Un clip de propagande intitulé « Au cœur des violences » qui décrédibilise les manifestants du 17 octobre. Un mouvement social d'ampleur nationale réduit à un message de haine sans filtre. Le 20h fait la démonstration de sa fascination pour la violence, une obsession./p
p12 minutes d'images de casse jusqu'à la nausée. Comme dans un film trash, s'inspirant des 3 règles du théâtre classique : unité d'action, de lieu, de temps. Lancé de pavés des casseurs, Place de la République à Paris, l'après-midi du 17 octobre./p
pÇa saute aux yeux : l'équipe a les deux pieds dans le même sabot, même une caméra de vidéosurveillance aurait fait mieux. On tourne en rond autour des poubelles en feu, le démontage du mobilier urbain, dans les nuages de gaz lacrymogènes. Leur mission ? Filmer les casseurs en action qui jettent des pavés à répétition, sous le nez des CRS et des manifestants piégés. C'est sans fin./p
p/brstrongDes manifestants qui ne parlent pas de leurs revendications/strong/p
pLes manifestants au milieu du chaos ont répondu présents Place de la République. Ils étaient venus porter leurs revendications. On attendait des sonores puissants, mais on est loin ici de Victor Hugo et de ses descriptions des barricades de juillet 1830 dans « Les Misérables ». br class='autobr' /
Le 20h de France 2 reste au ras du bitume et nous livre pêle-mêle avec des ambiances sonores captées à l'arrachée : « ic'est toujours plus ou moins le bordel mais aujourd'hui ça commence tôt/i », « iMarianne est en train de cramer/i », « iça m'a atterri dessus… ils tirent à bout portant… ils commençaient à utiliser les bombes au poivre... et tout le monde est parti et ils m'ont lancé une grenade assourdissante dessus… ça a impacté ma main…/i »./p
pTant pis pour les revendications des manifestants, on ne les entendra pas. Des pompiers passent devant la caméra, on espère l'interview des hommes du feu, mais non, rien : le néant./p
p/brstrongUne histoire sans parole ou presque, qui vise Mélenchon/strong/p
pAprès 4 longues minutes de violence, de chaos, de feu, d'effroi, de peur, de malheur, la voix de la journaliste refait surface, comme si de rien n'était. Sans transition elle annonce : br class='autobr' /
« iÀ quelques mètres de là, dans une ambiance bon enfant, entouré de jeunes qui manifestent dans le calme, Jean-Luc Mélenchon analyse la situation/i »./p
pJ-L Mélenchon : « iUne mise en mouvement de toute la jeunesse du pays, moi je ne suis pas capable là comme ça de trouver une comparaison, c'est plus puissant que Mai 68, au sein de la jeunesse, donc c'est vraiment un événement qui nous apprend des choses sur notre pays et surtout c'est incroyable !/i »/p
pVous l'aurez compris, le leader insoumis répond à une question sur les revendications des manifestations, et non sur la violence et les casseurs que l'on nous a servi tout au long du sujet. Un contre-sens évident, assumé par l'autrice du reportage et sa rédaction en chef. Un procédé grossier et malhonnête qui fait honte à la profession et qui par la même occasion éclabousse la crédibilité de toutes les rédactions de France Télévisions, de toutes les équipes qui peuvent en subir les conséquences sur le terrain./p
pAprès les tags de l'extérieur des locaux de France 3 à Grenoble le 18 septembre, c'est France 3 à Caen qui en a fait les frais en début de semaine avec le tag « iJournaliste collabo. La Pref vous parle tous les soirs/i »./p
p/brstrongAppel à la démission de l'équipe du 20h week-end/strong/p
pLe 20h week-end a choisi son camp. Desservir la cause des revendications légitimes portées par les lycéens et les citoyens : redonner des moyens à l'école, l'amélioration des conditions d'accès à l'éducation, l'égalité des chances, la fin de Parcoursup./p
pLe 20h week-end ne représente en aucun cas l'opinion de l'ensemble des journalistes de France Télévisions. Seule une fraction bâtit ce narratif nauséabond./p
pLa CGT se désolidarise complètement de ce JT de désinformation, porte-parole du ministre de l'Intérieur. Une télé de préfecture. La politique du pire à France Télévisions est à l'œuvre. Nous attendons des réponses claires du directeur de l'information pour savoir quelles suites il compte donner à ce crash éditorial. Pour la CGT, toute l'équipe du 20h du 18 octobre a failli et doit démissionner./p
/br
centerstrong***/strong/center/br
h3 class='article_intertitres'« Tout feu, tout flamme : retour sur l'édition spéciale du 20h de France 2 » (communiqué a href="https://www.cfdt-ftv.fr/2026/10/19/tout-feu-tout-flamme-retour-sur-ledition-speciale-du-20h-de-france-2/" class="spip_out" rel="external"CFDT France Télévisions/a)/h3
p/brVoilà quelque temps déjà que ce tract couvait. Comme un feu de poubelle.br class='autobr' /
Le traitement des manifestations lycéennes par France Télévisions./p
pMais, hier soir, comment dire, avec cette édition spéciale « La France sous le choc », France 2 a franchi un cap que même BFM n'aurait imaginé. Une ligne rouge déontologique. Piétinant à l'instar des casseurs qu'elle dénonce, comme insane, le contradictoire, la mesure, le traitement des faits, tous les faits./p
pUn choc, oui./p
p/brstrongUne tendance préoccupante/strong/p
pAcrimed avait déjà a href="https://www.acrimed.org/Au-JT-de-France-2-poubelles-brulees-partout"épinglé France 2/a au début du mois pour sa « hiérarchie » de l'information. Du lundi 28 septembre au jeudi 1ᵉʳ octobre, 13 h et 20 h cumulés, l'observatoire des médias note que le traitement des « violences » en marge du mouvement a été neuf fois plus important que les causes ou les revendications du mouvement lui-même. Les violences policières, elles, n'existant quasiment pas./p
/br
div class='spip_document_16662 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/graph_france_2_lyceens.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH366/graph_france_2_lyceens-41f11.png?1790961487' width='500' height='366' alt='' //a
/figure
/div
p/brLes accusations du gouvernement contre LFI devancent même les revendications des lycéens dans la hiérarchie de l'info./p
pLe 13 octobre, c'est Arrêt sur images a href="https://www.arretsurimages.net/articles/mobilisation-lyceenne-sur-france-info-16-heures-dantenne-13-minutes-de-lyceens" class="spip_out" rel="external"qui fait ses comptes/a sur France info. De 6h à 22 h, ce jour-là, les lycéens ont eu droit à 13 mn et 16 s, soit 1,38 % du temps d'antenne./p
/br
div class='spip_document_16700 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cfdt2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH364/cfdt2-67414.png?1792590617' width='500' height='364' alt='' //a
/figure
/div
p/brEn comptant les porte-parole du mouvement, non lycéens, et en ajoutant les étudiants interrogés dans les cortèges, la chaine plafonne à 25 minutes, soit 2,6 % du temps d'antenne./p
p/brstrongPlein gaz (lacrymo)/strong/p
pHier soir, nous avons voulu faire nos propres comptes lors de cette édition spéciale sur France 2 intitulée « La France a peur », heu non pardon « iLa France sous le choc/i »./p
pPrécision : nous ne critiquons évidemment pas ici les équipes de reportage qui se sont mobilisées tout le week-end dans des conditions extrêmement difficiles. br class='autobr' /
Ce que nous dénonçons, ce sont les choix éditoriaux, les angles des sujets, les « commandes » qui ont pu leur être passées./p
pPour nous mettre dans l'ambiance avant l'allocution du président de la République, sujet de 2 min consacré aux violences du week-end, cinq secondes sur les revendications./p
p « iEn regardant ces images, nous nous sommes tous demandé : qu'ont-ils en tête, comment des Français peuvent faire cela à la France ?/i » déclare fort à propos le président. br class='autobr' /
Vient-il de visionner le reportage de France 2 ? « iComment peuvent-ils en arriver là ?/i » br class='autobr' /
Justement, retour plateau, Laurent Delahousse se pose la même question. Exactement. « iComment en est-on arrivé là ?/i »/p
pLà, on était en droit d'attendre du service public des réponses. br class='autobr' /
Un éclairage politique, social et économique, des sujets sur le budget de l'éducation nationale, sur le schéma du maintien de l'ordre « à la française », sur la baisse du pouvoir d'achat… Du fond, quoi./p
pQue nenni. On est là et on y restera. Pendant 56 minutes. Et, le fond, on l'a touché, oui. Les sujets s'enchaînent, les mêmes images tournent en boucle et les synthés sont anxiogènes au possible : « Tensions maximales dans les centres-villes », « sidération à Limoges », « les forces de l'ordre dépassées »./p
pC'est la circulation circulaire de l'information, au sens propre. Effet siphon (cérébral) garanti./p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Dans « Sidération à Limoges », le maire accuse même « l'ultra-gauche » d'avoir brûlé le beffroi, « ielle a signé son crime/i », assène Sherlock… sans la moindre once de preuve ni parole contradictoire. On le laisse tranquillement dérouler. br class='autobr' /
C'est pourtant à Limoges, souvenez-vous, a href="https://www.cfdt-ftv.fr/2026/10/05/oradour-le-rn-et-france-3-limousin/" class="spip_out" rel="external"que l'extrême droite a eu le privilège de connaître le contenu d'un reportage/a sur Oradour avant même sa diffusion, au nom du même sacro-saint contradictoire./p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Dans le sujet « 24 h qui ont bouleversé le pays » : sur les 4 minutes de reportage, six secondes données à une lycéenne qui manifeste, 24 secondes sur les manifestations « pacifiques ». Tout le reste n'est que pillage, casse, incendies…br class='autobr' /
Règle de trois basique : si 24 h font 4 min, il y a eu dans cette journée « bouleversante » : 3 h de manifestations et 21 h de chaos./p
/br
div class='spip_document_16701 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH321/cfdt3-c141d.png?1792590617' width='500' height='321' alt='' /
/figure
/div
p/brS'ensuit évidemment un direct sur les 2300 interpellations, le profil des 550 gardés à vue. En pied, grand-écart, « iautre information/i », en bref, très bref, 5 secondes, montre en main, sur les enquêtes de l'IGPN suite aux blessures graves de mineurs à St-Etienne et Mulhouse. Retour aussitôt sur les « i3000 pilleurs à Marseille/i ». C'est quand même plus grave. Que vaut une main arrachée face à une Marianne de plâtre qui a perdu son nez ?/p
pIl faut attendre plus de 36 minutes pour que France 2 reconnaisse que « iles revendications sont toujours là/i » traitées sous l'angle, faut pas abuser non plus, du « isentiment de gâchis des manifestants/i »./p
p/brstrongAu cœur des violences/strong/p
pLes « imédias internationaux manquent de mots ce soir/i », entend-on. Visiblement France 2 aussi. Pour boucler cette spéciale qui tourne en rond, France 2 propose un sans commentaire (ou presque) de onze minutes. C'est dire la bizarrerie du concept : on a cru à un énième bug de la box./p
p« iAu cœur des violences/i », soit Orange Mécanique, sans chapeau mais avec le melon. Une « immersion » que, soit dit en passant, tout le monde peut désormais vivre en direct sur les réseaux sociaux grâce à la foultitude de manifestants vidéastes amateurs, sans com et avec un même son dégueulasse./p
pÇa commence par une minute de manifestations disons « normales », on ne sait plus quel mot employer à force, avant d'embrayer sur quatre minutes de « iscènes chaotiques de pure violence/i », sans commentaire, sans recul, sans explication./p
pLà, accrochez-vous, l'enchainement est très douteux. On retrouve « ià quelques mètres de là, entouré de jeunes qui manifestent dans le calme, Jean-Luc Mélenchon qui analyse la situation/i ». Quelle situation, on ne sait pas, et c'est là tout le problème. Ce dernier, ravi, sourire aux lèvres, répond : « iC'est plus puissant que mai 68 dans sa genèse… C'est incroyable !/i »/p
pInséré au chausse-pied entre deux séquences de « ipure violence/i », le moment est lunaire. Soit le montage est mal foutu, soit il est orienté. Dans les deux cas, c'est très grave. Retour sans transition sur les violences qu'on a déjà vues et revues. Elles durent cette fois six minutes supplémentaires./p
pSur les 48 min d'émission spéciale (hors allocution présidentielle), selon nos comptes, moins de deux minutes ont été consacrées aux revendications lycéennes et au plus de 600 000 manifestants dans les rues de France./p
pNous poserons tous les points soulevés ci-dessus en commission déontologie./p
pEn attendant, la CFDT FTV déplore ce traitement médiatique qui, ne soyons pas naïfs, fait le lit du RN et de son obsession pour le tout sécuritaire et l'ensauvagement de la France./p
pNous nous tirons aussi une balle de LBD dans le pied et dans l'œil. Dans le pied, car TF1, qui a beaucoup moins tartiné que nous hier soir, a réuni 2,5 millions de téléspectateurs de plus que nous. Dans l'œil, parce que nous sommes manifestement incapables de voir ce qu'attendent les jeunes des médias et de nous en particulier (il suffit pourtant de lire leurs pancartes)./p
pCe que nous devons à la société française. Une information équilibrée, froide, vérifiée, de l'analyse, du recul./p
pFrance Télévisions voulait « rassembler » les Français, là elle les divise. Pire, elle les occulte. Comment, oui, en est-on arrivé là ?/p
/br
centerstrong***/strong/center/br
h3 class='article_intertitres'« 20h du 18 octobre. France 2 ou les casseurs de la déontologie » (communiqué a href="https://syndicatsudftv.fr/wp-content/uploads/2026/10/tract-jt-france-2-18-octobre-1.pdf" class="spip_out" rel="external"Sud France Télévisions/a)/h3
p/br« iLa France sous le choc/i » : c'est le titre qu'a choisi France 2 pour son JT spécial du 18 octobre. D'entrée de jeu, le cadrage est clair, on ne parlera pas d'une France en colère, mobilisée, ou révoltée, d'une France qui manifeste ou qui s'exprime, mais d'une France « sous le choc ». Et ce n'était que le début d'une heure catastrophique d'antenne, qui nous a donné la nausée. Déontologie bafouée, information maltraitée, journalisme piétiné : tout était fait pour recracher le narratif du pouvoir en place et alimenter les discours de l'extrême droite./p
p/brstrongLa voix de son maître : un JT au service du gouvernement/strong/p
p« Sous le choc », c'est ainsi que nous laisse ce journal télévisé ni fait ni à faire. 56 minutes sans queue ni tête journalistique, centrées en grande partie sur les dégradations de biens, que les journalistes qualifient en boucle de « iviolences/i ». On vous laisse apprécier la mesure dans le choix des mots : « iviolences extrêmes/i », « iguérilla urbaine/i », « icentres-villes dégradés/i », « icommerces saccagés/i », « iriverains médusés/i », « isidération/i »… En revanche, il y a des termes que vous n'entendrez jamais : « inasse/i », « icharge policière/i », « imanifestants blessés/i »… Au total, dix secondes seulement seront consacrées à traiter à la fois une main arrachée par une grenade, et une adolescente éborgnée. Pas une seule fois, la stratégie du maintien de l'ordre décidée par le gouvernement ne sera interrogée ou remise en question./p
pPourtant, juste après l'allocution d'Emmanuel Macron, Laurent Delahousse pose la question : « iComment en est-on arrivé là ?/i » On s'attend alors à de l'analyse, à du recul, à des explications. Raté : on revient aux images, en boucle, de pillages des magasins, d'affrontements, sans jamais les interroger, ni les mettre en perspective. On devra se contenter d'un enchainement de micros-trottoirs et d'interviews, comme celle du maire de Limoges qui assure que « il'ultra-gauche a signé son crime/i ». Que fait-on avec ça ? Aucun contradictoire, aucune preuve, aucune recherche d'information, aucune remise en question journalistique. Ces accusations seront assenées à trois reprises dans le JT. On apprendra pourtant, le lendemain, par la bouche de la procureure de Paris, qu'elle ne peut « iabsolument pas confirmer/i » que les auteurs des violences sont des « ipersonnes politisées vers l'ultragauche/i »./p
pPar le choix des titres, par les angles des reportages, par la hiérarchisation des informations, par le manque criant de recul et d'analyse, Laurent Delahousse s'est transformé en idéologue et le JT est devenu un organe de propagande au service du ministère de l'Intérieur. Notez d'ailleurs que les seuls syndicats interrogés, au lendemain d'une mobilisation sociale historique, sont ceux… de la police./p
p/brstrongCNews n'aurait pas fait pire/strong/p
pMais c'est au bout de 43 minutes qu'arrive le clou du spectacle, le plus sordide. Le présentateur promet « une immersion au cœur de cette journée du 17 octobre ». C'est en fait 11 minutes 30 d'images d'affrontements, de sons d'explosions dans la capitale… le tout presque sans commentaire. On se demande ce qu'il se passe. La régie est-elle en train de diffuser par erreur un bout à bout de rushes bruts ? Ah non ! Après cinq minutes d'images de chaos sans aucun contexte, la rédactrice annonce : « ià quelques mètres de là, Jean-Luc Mélenchon analyse la situation/i ». Une tournure bien malhonnête : on croirait qu'il s'exprime sur les images de chaos qu'on vient de voir, alors qu'il se trouve, lui, dans un cortège tout à fait calme. Le candidat à l'élection présidentielle dira une phrase, à peine audible tant le son est médiocre. Il parle d'une « imise en mouvement de la jeunesse/i » et ajoute que « ic'est plus puissant que mai 68, (…) et surtout, c'est incroyable/i ». Puis, la journaliste enchaîne : « iet pendant ce temps-là, place de la République…/i » Et c'est reparti pour six minutes d'images de chaos, toujours sans analyse ni commentaire. La manipulation est grossière./p
pComment ne pas être d'accord avec nos confrères de Télérama, qui écrivent : « France 2 assume de renoncer totalement au journalisme » ? Comment ne pas avoir honte, en tant que salarié·es du même groupe, de ce traitement indigne du moment historique que traverse le pays ? Comment ne pas avoir peur, en tant que reporters de France Télévisions, d'être assimilé·es à ce simulacre de journalisme ?/p
pSud dénonce avec force cette heure d'antenne consacrée à faire la propagande du gouvernement et le lit de l'extrême droite. Notre carte de presse ne doit pas être qu'un symbole, elle nous oblige. Défendons-la. Sud exige une réponse du directeur de l'information aux nombreuses critiques internes et externes à France Télévisions./p/div
il y a 10 heures 19 minutes
div class='rss_chapo'pNous reproduisons cette tribune signée par 780 étudiants en journalisme, et parue initialement a href="https://www.humanite.fr/en-debat/journalistes/nous-ne-voulons-pas-de-ce-journalisme" class="spip_out" rel="external"dans iL'Humanité/i/a le 16 octobre./p/div
div class='rss_texte'pDans le contexte du mouvement social lycéen actuel d'ampleur, nous, étudiantes et étudiants en école de journalisme, soutenons les revendications sociales de l'Union Étudiante dans sa pétition lancée le 5 octobre 2026, qui a récolté à ce jour 75 000 signaturesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Depuis la parution de la tribune, ce nombre a augmenté. Au 21 octobre, la (…)" id="nh1"1/a]/span./p
pNous dénonçons la couverture médiatique actuelle du mouvement lycéen par une grande partie des médias. Nous l'estimons intolérable. Les revendications lycéennes se retrouvent invisibilisées par des lignes éditoriales sensationnalistes et orientées./p
pTout comme la Ligue des droits de l'Homme, nous accusons certains médias d'omettre les violences policières, en se concentrant davantage sur les incidents provoqués par des « iindividus extérieurs/i », qui se seraient greffés aux groupes des lycéen·nes. Il est également important de souligner que certains médias refusent toujours de flouter les mineur·es pris·es en photos et vidéos, bafouant ainsi leurs droits./p
pSous couvert d'une prétendue impartialité journalistique, certaines rédactions faussent l'accès à l'information pour décrédibiliser le mouvement. ACRIMED, l'Observatoire des médias, a href="https://www.acrimed.org/Au-JT-de-France-2-poubelles-brulees-partout"relate/a qu'entre le 28 septembre et le 1er octobre 2026, les JT de France 2 (ceux de 13h et 20h) ont consacré seulement 11 sujets aux mobilisations lycéennes : 75 % du temps des sujets abordaient la dégradation matérielle, 8 % les revendications et seulement 3 % concernaient les violences policières, soit 47 secondes d'antenne… Nous observons une dissonance entre ce que nous voyons nous-même sur le terrain, au contact des personnes qui luttent et ce que relaie la majorité des médias./p
pUne telle couverture médiatique ne masque-t-elle pas les enjeux de la mobilisation ? Les rédactions mettent sous silence ce mouvement social. En tant que futur·es journalistes, nous nous indignons de ces méthodes, contraires à la déontologie journalistique. C'est pourquoi nous devons nous montrer solidaires et affirmons que nous soutenons nos camarades étudiant·es et lycéen·nes face à la répression policière et médiatique./p
pOn nous apprend que les mots servent d'abord à présenter les faits. Les événements récents mettent en lumière la manière dont la majorité des médias opèrent une inversion symbolique, consistant à traiter davantage les dégâts matériels que la perte d'un œil, d'une main ou d'une mâchoire fracturée. Nous dénonçons ici une manipulation sémantique. Pour criminaliser les revendications en cours, les médias qualifient des feux de poubelle de « iviolences urbaines/i ». Ils décrètent « iviolents/i » les moindres dégâts matériels quand la répression et les sévices physiques apparaissent sous l'appellation « maintien de l'iordre/i ». Il ne s'agit donc pas seulement d'une différence de vocabulaire mais d'un choix éditorial./p
pCes sujets nous concernent toutes et tous. Nous devons nous mobiliser afin que ces enjeux déontologiques ne soient pas étouffés au service de cette répression exercée sur la liberté d'expression. L'essor grandissant de nouveaux médias, sur les réseaux sociaux notamment, est un indicateur important du besoin de représentation que ressentent de nombreux·ses jeunes./p
pNous nous opposons aux méthodes de traitement de l'information de certains médias grand public. Ils devraient réaliser un travail important de recontextualisation, qui permettrait de comprendre la complexité d'un mouvement social. En tant qu'étudiant·es en journalisme, il est de notre devoir de nous unir contre cette désinformation qui porte préjudice à la reconnaissance des revendications et occulte les violences policières subies, en grande partie par des mineur·es./p
pLe journalisme est un contre-pouvoir par nature et l'information, un bien commun. N'oublions pas que l'essor de la presse prend ses racines en pleine Révolution Française, en suivant l'idée républicaine : par le peuple, pour le peuple./p
pNous nous reconnaissons davantage dans la couverture de certains médias à la ligne éditoriale indépendante et appelons les médias grand public et leurs journalistes à se responsabiliser. D'autant plus que dans un contexte de campagne présidentielle, le rôle des médias occupe une place majeure./p
pChaque journaliste a une responsabilité. S'affranchir du cadre déontologique, en faisant primer l'opinion sur la véracité des faits, revient à condamner à mort, non pas uniquement la profession, mais la démocratie elle-même. Nous ne voulons pas de ce journalisme./p
p/brstrong780 étudiantes et étudiants de 15 écoles de journalisme/strong (École de journalisme de CY Cergy, Celsa – Paris, CFJ – Paris et Lyon, ESJ – Lille, École de journalisme de Grenoble, les étudiant.es de l'école de journalisme de l'IFP – Paris, EJCAM – Marseille, les étudiant.es mobilisé.es de l'IJBA – Bordeaux, IPJ – Paris, EDJ – Paris, CUEJ – Strasbourg, IUT de Lannion, EJC – Cannes, Master de journalisme de Metz, EPJT – Tours)./p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanDepuis la parution de la tribune, ce nombre a augmenté. Au 21 octobre, a href="https://www.change.org/p/10-mesures-d-urgence-pour-la-jeunesse" class="spip_out" rel="external"la pétition compte/a 91 000 signataires. Note d'Acrimed/p
/div/div
mar, 2026-10-20 11:37
div class='rss_chapo'pDeux soirées électorales, deux ambiances dans les rédactions allemandes : la victoire triomphale du parti d'extrême droite AfD en Saxe-Anhalt le 6 septembre et l'arrivée en tête de la formation de gauche Die Linke à Berlin deux semaines plus tard. Lequel de ces deux événements politiques a-t-il suscité le plus d'effroi ?/p/div
div class='rss_texte'p« iÇa fait vraiment peur/i », frissonne face à la caméra Julius Böhm, l'envoyé spécial du média en ligne NIUS. « iBerlin c'est la fin/i », se lamente sur X Felix Dachsel, chef du service des grands reportages au iSpiegel/i, l'hebdomadaire le plus diffusé d'Allemagne. « iLa police berlinoise est horrifiée/i », alerte de son côté le fil d'infos du quotidien conservateur iDie Welt/i, qui rapporte ce constat lugubre d'un porte-parole en képi : « iBerlin ist gefallen/i », Berlin est tombée. Nous sommes le dimanche 20 septembre au soir et la presse allemande découvre avec stupeur et tremblements les résultats des élections régionales qui viennent de se clore dans la capitale allemande./p
/br
h3 class='article_intertitres'Péril rouge et « clans arabes »/h3
p/brManifestement, l'heure n'est pas seulement grave : elle est apocalyptique. Est-ce parce que l'AfD vient de remporter à Berlin le meilleur score de son histoire avec 16,2 % des voix, presque deux fois plus qu'il y a cinq ans ? Bien sûr que non. De l'extrême droite et de son ascension dans le pays, il sera relativement peu question tout au long de la soirée. Deux semaines plus tôt, pourtant, le parti couvé par Elon Musk a raflé près de 44 % des voix en Saxe-Anhalt. Il se trouve aujourd'hui en position de gouverner le Land, qui deviendrait ainsi le premier territoire allemand à succomber à l'extrême droite depuis les années 1930. Mais à quoi bon s'en inquiéter, puisque ce qui monopolise l'attention ce soir et fait couler des hectolitres de sueur sur les plateaux, c'est la victoire à Berlin de Die Linke, la formation de gauche arrivée largement en tête avec 25,7 % des voix, bien au-delà de ce qui était attendu./p
pSa cheffe de file, Elif Eralp, est une juriste spécialisée en droit de l'immigration, fille d'un couple de syndicalistes turcs qui ont fui leur pays lors du coup d'État militaire de 1980. Elle a axé sa campagne sur un positionnement antifasciste clair et sans ambages, mais aussi sur la promesse de porter remède à la crise du logement. Face à un coût du mètre carré qui a presque doublé en dix ans, Elif Eralp propose de plafonner les loyers, de construire de l'habitat social et de « communaliser » (ivergesellschaften/i) 220 000 logements détenus par les grands groupes immobiliers. Manifestement, la perspective d'une expropriation massive des accapareurs n'a pas trop rebuté l'électorat./p
pSur les éditorialistes, en revanche, elle fait l'effet d'une averse de grêle. « Radical », « fou », « irréaliste », « démagogique » et « dangereux » sont les maîtres mots de la soirée. Lorsque le chancelier Friedrich Merz annonce en urgence une loi interdisant la communalisation de logements privés au nom des sacro-saints intérêts des « iinvestisseurs allemands comme étrangers/i », les convives de l'animateur Markus Lanz, sur la deuxième chaîne publique ZDF, hochent la tête d'un air entendu : sanctuariser les profits des nababs de l'immobilier leur paraît une mesure de bon sens. Pour conjurer le retour des soviets, le journaliste Jörg Thadeusz exhorte les partis de centre-gauche (SPD et Grünen) à refuser toute coalition avec Die Linke. « iIl faut étouffer dans l'œuf la formation d'un gouvernement de gauche à Berlin/i », vocifère-t-il sur le plateau de « Tagesthemen », le JT de la première chaîne publique ARD (20/09). En somme, le cordon sanitaire qui était autrefois de mise avec l'extrême droite doit désormais s'appliquer aux antifascistes./p
pComme ailleurs en Europe, l'aversion contre la gauche se nourrit aussi de l'instrumentalisation de l'antisémitisme : une grande partie des médias allemands accusent Elif Eralp et son parti de haine anti-juive du fait de leur dénonciation du génocide de Gaza. Dans un pays où les grands médias persistent encore à parler de « guerre contre le Hamas », et où l'acquisition de la citoyenneté est conditionnée à la reconnaissance du droit à l'existence d'Israël, toute expression d'une sympathie pour les victimes palestiniennes est nécessairement suspecte d'hérésie. Surtout venant d'une candidate d'origine turque, et plus encore d'un parti politique qui, à Berlin, compte une proportion non négligeable de militants issus de l'immigration./p
pCe n'est donc pas une surprise si les clameurs médiatiques soulevées par le vote berlinois vont se déplacer en un clin d'œil du terrain économique – sauver la rente immobilière des fonds d'investissement – vers les sables mouvants de la « Staatsräson » et leur composante aujourd'hui la plus viscérale : l'islamophobie. Rien n'indique mieux ce changement de focale que le cri du cœur de Ulf Poschardt, l'ancien directeur de iDie Welt/i et toujours porte-parole influent d'Axel-Springer, premier groupe de médias et d'édition du pays : « iTout le monde a peur de 1933. Le véritable danger, pourtant, c'est 1949 : le retour de la RDA – avec, en prime, des islamo-fascistes arabes/i », s'étrangle-t-il sur X au soir du scrutin, dans une version typiquement germanique du cross-over « islamo-gauchiste ». Ainsi va le révisionnisme de la classe médiatique allemande, friande de « devoir de mémoire » lorsqu'il s'agit de justifier les livraisons d'armes à Israël, mais où la résurgence du nazisme est considérée comme un moindre mal face au péril rouge sarrasin./p
pCette fulgurance donne le ton de la campagne de presse qui va se déployer dans les jours qui suivent. Certes, beaucoup l'admettent, il n'y a pas grand-chose à se mettre sous la dent avec Elif Eralp, qui s'est toujours illustrée par sa modération sur la question palestinienne et qui, dès son discours de victoire, a réitéré l'assurance qu'elle ferait de la lutte contre l'antisémitisme une de ses priorités. Mais on peut tout de même trouver des osselets à ronger – comme, par exemple, la présence de la candidate à un concert de soutien donné fin août dans le quartier populaire de Neukölln, au cours duquel le rappeur Dahabflex a lancé « death to IDFspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Israel Defense Forces, c'est-à-dire l'armée israélienne." id="nh1"1/a]/span ». Dans la quasi-totalité des portraits qui lui seront consacrés au lendemain de l'élection, il n'en faudra pas plus pour soupçonner Elif Eralp de « iduplicité/i », voire de « icomplaisance envers les antisémites/i » (iTagesspiegel/i, 21/09). Les médias vont aussi relayer avec gourmandise l'intervention de l'ambassadeur d'Israël à Berlin, Ron Prosor, pour qui la percée de la gauche berlinoise représente une « imenace immédiate pour la survie/i » de la communauté juive de la ville – déclaration contre laquelle cent cinquante membres de ladite communauté signeront le 24 septembre une lettre ouverte en défense de Die Linke. « iCe déluge d'accusations vise à étouffer les opinions divergentes et à saper le droit international/i, écrivent-ils. iDans un contexte où l'antisémitisme ne cesse de gagner du terrain partout, le fait de pointer du doigt un parti de gauche démocratique constitue non pas une observation neutre, mais un instrument politique destiné à détourner l'attention et à la réorienter./ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Lettre ouverte publiée sur le site du « Forum de la gauche syndicale de (…)" id="nh2"2/a]/span » Sans surprise, leur texte bénéficiera d'une couverture médiatique nettement moins abondante que les diatribes de l'ambassadeur./p
pUne petite histoire rapportée le soir-même de l'élection va occuper une place encore plus envahissante dans le récit médiatique : parmi les sympathisants de Die Linke rassemblés cette nuit-là au siège berlinois du parti, un photographe saisit l'image d'un homme racisé qui lève le pouce en signe de victoire. Il s'agit de Issa Remmo, patriarche d'une famille libano-allemande régulièrement mise en cause pour ses activités criminelles. Pour les médias, c'est du grain à moudre inespéré. Certes, la salle était ouverte à qui voulait entrer, certes, l'homme fut prié de quitter les lieux à peine reconnu, comme le relatera le lendemain le journaliste indépendant Yossi Bartal, a href="https://www.freitag.de/autoren/elsa-koester/yossi-bartal-entdeckte-issa-remmo-auf-linke-wahlparty-da-dachte-ich-scheisse" class="spip_out" rel="external"témoin de la scène/a, sur Bluesky. Qu'importe, la machine est huilée et prête à mouliner. D'autant qu'un détail providentiel va encore lui fournir du carburant : l'homme était accompagné d'un réfugié palestinien de 70 ans identifié comme ancien militant du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Un soupçon de mafia libanaise et un parfum de terrorisme palestinien : le mélange parfait pour attiser le scandale./p
p« iPour les Juifs et les Juives à Berlin c'est une situation extrêmement menaçante/i », alerte dès le lendemain iFocus/i, l'un des plus gros hebdomadaires du pays. En sous-titre : « iLes dirigeants de Die Linke fêtent leur victoire en posant avec des partisans du Hamas./i » Durant plusieurs jours, la quasi-totalité des journaux de la ville et du pays vont faire leur miel de cette incrimination par association. Du quotidien ex-alternatif iTageszeitung/i (ou iTaz/i) au conservateur iFrankfurter Allgemeine/i en passant par la presse Springer, les ondes publiques ou le centre-gauche iSüddeutsche/i, tous s'indignent et spéculent sur les sombres apparentements entre la gauche berlinoise, les « clans arabes » et les Palestiniens forcément suppôts du Hamas (le FPLP est d'inspiration marxiste). On en oublierait presque l'abominable spoliation qui guette les gros propriétaires immobiliers./p
/br
h3 class='article_intertitres'Un peu de vernis sur le nettoyage ethnique/h3
p/brLa répugnance avec laquelle les médias allemands accueillent l'irruption d'une candidate progressiste sur la scène politique contraste singulièrement avec la normalisation de l'extrême droite consacrée deux semaines plus tôt par le triomphe de l'AfD en Saxe-Anhalt. Cette fois, pas de vent de panique dans les rédactions, ni de sirènes annonciatrices de la fin du monde, ni d'extrapolations disqualifiantes : quelques mines abasourdies, consternées parfois, mais aussi de prodigieux efforts de compréhension, notamment sur les plateaux de Caren Miosga et Markus Lanz, hôtes des deux principaux talk-shows politiques de la télévision publique (respectivement sur ARD et ZDF)./p
pIci, le fameux cordon sanitaire qui prévalait si longtemps dans les médias allemands, et rendait impensable l'invitation d'un politique d'extrême droite, a craqué il y a déjà quelques années. Caren Miosga et Markus Lanz n'hésitent plus à tendre un siège bien rembourré aux dirigeants de l'AfD. Et notamment à la première d'entre eux, Alice Weidel, intronisée sur le plateau de Caren Miosga le 2 février 2025 pour une causerie ainsi présentée : « iQuel genre d'Allemagne voulez-vous, Madame Weidel ?/i » Elle y trouva l'occasion d'étaler longuement et librement sa haine des immigrés et ses projets de « remigration » conçus pour rendre au iVaterland/i sa blancheur immaculée. « iCette émission donne un nouveau et triste exemple de la manière dont la télévision publique offre gratuitement de la publicité aux fascistes – dans l'espoir naïf qu'il serait possible, d'une manière ou d'une autre, de "désenchanter" le fascisme en mettant ses représentants suffisamment souvent devant les caméras/i, nota le lendemain le site de critique des médias Übermedien. iLa désinformation, les théories du complot et l'incitation à la haine détruisent le débat. Les mensonges et les fausses informations sont difficiles à réfuter une fois qu'ils ont été diffusés. Leur répétition constante les ancre dans l'esprit du public. Cela ne semble pas préoccuper l'ARD et la ZDF. The talk must go on./ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="« Hört auf, die AfD in Talkshows einzuladen ! » (« Arrêtez d'inviter l'AfD (…)" id="nh3"3/a]/span »/p
pC'est donc assez logiquement que le travail de légitimation de l'extrême droite passe un nouveau cap le soir de son triomphe en Saxe-Anhalt le 6 septembre dernier. Caren Miosga reçoit cette fois le politologue Christian Stecker, qui milite pour effacer les derniers vestiges du cordon sanitaire d'antan. Lorsqu'elle lui demande pourquoi l'immigration provoque un tel rejet en Saxe-Anhalt, l'un des Länder du pays comptant la plus faible proportion d'étrangers, l'universitaire rétorque doctement : « iJe crois que l'acceptation du pluralisme fait qu'on peut aussi bien défendre un projet de société multiculturel que la conception ethno-pluraliste portée par l'AfD, à savoir que le peuple allemand est une communauté culturelle que l'on souhaite protéger en se demandant quelle immigration on veut et en quelle quantité./i » Ni l'animatrice, ni son autre invité (l'ancien ministre de l'Intérieur Thomas de Maizière, de droite lui aussi) ne bronchent face à cette justification pseudo-savante du racisme. « Ethno-pluralisme » est une notion forgée dans les années 1970 par Henning Eichberg, idéologue de La Nouvelle Droite aux côtés du français Alain de Benoist. Elle véhicule l'idée d'un « idroit à la différence culturelle/i » qui justifierait une séparation étanche des groupes ethniques. Au racisme biologique des nazis canal historique, mal vu à l'époque, elle substituait un racisme « culturel » que la bourgeoisie éclairée pouvait épouser en toute bonne conscience. « iCe concept fournit donc une base idéologique à l'exclusion, à l'expulsion et au nettoyage ethnique/i », comme le souligne la journaliste et autrice Annika Brockschmidtspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Annika Brockschmidt, « Normalisierung zur besten Sendezeit » (« La (…)" id="nh4"4/a]/span./p
pTrois jours plus tard, surprise : le chancelier Friedrich Merz, qui n'a eu de cesse de plagier les mots d'ordre de l'AfD pour accélérer sa propre a href="https://mixedmigration.org/publications/mmr/2025/migration-policy-in-a-rightward-shifting-political-landscape/" class="spip_out" rel="external"politique d'expulsions de réfugiés/a, prononce un discours au Bundestag dans lequel il accuse le parti d'extrême droite de vouloir mettre en œuvre un « inettoyage ethnique en fonction de l'origine et de la couleur de peau/i ». Tel est en effet le projet revendiqué par l'AfD : rafler et expulser en masse des millions d'étrangers, de demandeurs d'asile et d'Allemands naturalisés. Mais la presse s'interroge : le chancelier ne va-t-il pas trop loin ? Dans iBild/i, le tabloïd droitier du groupe Springer et titre le plus diffusé d'Allemagne, on convoque un historien membre de la CDU, Andreas Rödder, qui juge la déclaration de Merz excessive : « iIl ne s'agit pas d'un nettoyage ethnique tel que nous le connaissons à travers l'histoire et qui a toujours été associé à des mesures de violence./i » La « remigration » voulue par l'AfD sera non-violente bien sûr et respectueuse des droits humains. « iNous ne devrions pas jeter d'huile sur le feu/i », opine un autre historien consulté par iBild/i, Michael Wolffsohn (09/09)./p
pCette injonction aux bonnes manières se révèle assez largement partagée dans le monde médiatique. « iUn nettoyage ethnique, comme dans les Balkans ? Malgré toutes les critiques justifiées que l'on peut porter sur les idées nationalistes de l'AfD, Merz s'est laissé emporter/i », tempère également le journal de référence des milieux d'affaires, iFrankfurter Allgemeine/i (11/09)./p
pVues de France, pareilles attentions paraîtront sans doute étonnamment familières. L'accoutumance au fascisme structure désormais la vie politique dans les deux pays. Mais, en Allemagne, elle constitue encore un phénomène relativement nouveau. L'effet de rattrapage est d'autant plus brutal. Si certains journaux, comme le iSpiegel/i, se refusent toujours – jusqu'à quand ? – à interviewer les dirigeants de l'AfD, la plupart n'ont plus de scrupule à les traiter en interlocuteurs comme les autres. La normalisation du génocide de Gaza, qui a vu la grande majorité des rédactions s'aligner docilement sur les éléments de langage des gouvernements allemand et israélien, n'est sans doute pas étrangère à cette remise à jour. Lorsqu'on ferme les yeux sur des massacres de civils, on peut aussi bien avaler un programme de guerre contre les minorités./p
pLa presse Springer constitue à cet égard un cas d'école, puisque l'extrême droite y bénéficie du même traitement de faveur que les porte-voix de l'armée israélienne. Sous les manchettes graisseuses de iBild/i comme dans l'habillage bourgeois de iDie Welt/i, les dirigeants de l'AfD jouissent d'un accueil affable, tandis que les mobilisations de soutien à Gaza sont constamment décriées comme antisémites et pro-Hamas. Et la tribune d'Elon Musk, publiée à la Une de iDie Welt/i en décembre 2024, qualifiant le parti d'Alice Weidel de « idernière lueur d'espoir/i », fait naturellement écho à la déclaration d'amour au Premier ministre israélien déclamée deux mois plus tôt par le porte-étendard du groupe, Ulf Poschardt : « iNetanyahou est l'avant-garde de l'occident/i », on peut compter sur lui pour nous protéger du « ivirus anti-occidental et anti-Lumières/i » propagé par les « idécadents/i » et les « ibarbares/i » (N24, la chaîne info de iDie Welt/i, 06/10/2024)./p
pAujourd'hui Poschardt s'éponge le front en observant le mouvement des lycéens français, qui ont l'audace de ne pas tous être blancs et chrétiens. « iLes élections à Berlin le montrent, l'immigration musulmane est devenue un facteur déterminant dans les stratégies de conquête de la gauche. On voit ces jours-ci en France comment cela se termine/i », grondait-il le 2 octobre dans iDie Welt/i. On a vu : ça se termine par des reporters d'extrême droite chassés des manifestations comme des malpropres. Bientôt aussi en Allemagne ?/p
p/brstrongOlivier Cyran/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanIsrael Defense Forces, c'est-à-dire l'armée israélienne./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLettre ouverte publiée a href="https://gewerkschaftliche-linke-berlin.de/offener-brief-berliner-juedinnen-und-juden-fuer-eine-soziale-und-sichere-stadt/" class="spip_out" rel="external"sur le site/a du « Forum de la gauche syndicale de Berlin » (Forum Gewerkschaftliche Linke Berlin)./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /span« Hört auf, die AfD in Talkshows einzuladen ! » (« Arrêtez d'inviter l'AfD dans les talk-shows ! »), a href="https://uebermedien.de/102558/hoert-auf-die-afd-in-talkshows-einzuladen/" class="spip_out" rel="external"Übermedien/a, 03/02/2025./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanAnnika Brockschmidt, « Normalisierung zur besten Sendezeit » (« La normalisation aux heures de grande écoute »), a href="https://www.patreon.com/annikabrockschmidt/posts/sonderfolge-zur-169447348" class="spip_out" rel="external"sur son podcast/a, 13/09/2026./p
/div/div
lun, 2026-10-19 14:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH81/grandematinale-7a15b.png?1792411227' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt="" /
div class='rss_chapo'pComment et avec qui les intervieweurs de « La grande matinale » de France Inter ont-ils choisi de parler des mobilisations lycéennes ? Nous avons écouté (et minuté) l'intégralité des entretiens de l'émission entre le lundi 28 septembre et le mardi 13 octobre. Le constat est accablant, entre désintérêt pour le sujet, priorité à la parole gouvernementale et occultation des violences policières./p/div
div class='rss_texte'p« La grande matinale » de France Inter, en tête dans le paysage radiophonique français avec 4,6 millions d'auditeurs chaque jour, dispose de deux cases d'interview : « L'invité de 7h50 » (un entretien de 9 à 11 minutes chaque jourspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Sous le patronage de Benjamin Duhamel du lundi au jeudi, de Quentin Lafay du (…)" id="nh1"1/a]/span), et « L'invité de 8h20 » (un grand entretien de 20 à 25 minutes, du lundi au vendredispan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Conduit par le duo Florence Paracuellos/Benjamin Duhamel du lundi au jeudi, (…)" id="nh2"2/a]/span). Constitué entre le 28 septembre et le 13 octobre, notre corpus compte 28 interviews au total. Ces prestigieux segments sont les temps forts de l'émission quotidienne : ceux qui font le plus d'audimat, qui génèrent des posts sur les réseaux sociaux, des commentaires dans le champ politique et des reprises à travers toute la presse. Comment les journalistes-vedettes qui les animent ont-ils traité les mobilisations lycéennes et étudiantes ? Réponses chiffrées – et accablantes pour la « première matinale de France »./p
/br
h3 class='article_intertitres'Désintérêt/h3
p/brPremier constat : alors que le pays connaît un mouvement lycéen d'une ampleur inédite, le sujet ne semble pas passionner les matinaliers de France Inter. Entre le 28 septembre et le 13 octobre, sur 28 entretiens (d'une durée cumulée de 7 heures et près de 36 minutes), seulement 14% du temps d'antenne a porté sur le sujet./p
/br
div class='spip_document_16694 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/inter_graph1.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH363/inter_graph1-d2fcb.png?1792411228' width='500' height='363' alt='' //a
/figure
/div
p/brSur ces 28 entretiens, trois ont été consacrés entièrement (ou presque) à la mobilisation lycéenne ; un quatrième le fut en grande partie : celui de Manuel Bompard (29/09), au cours duquel le sujet a occupé 8 minutes et 15 secondes – soit un tiers du temps d'antenne. Pourtant brûlante, cette actualité occupera une part résiduelle de cinq entretiens supplémentaires, pour une durée allant de 27 secondes (face au gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin, 07/10) à 2 minutes et 50 secondes (face à l'acteur Vincent Lindon, 08/10)./p
pAu cours de ces deux semaines, les mobilisations lycéennes ont bel et bien été traitées ailleurs dans la matinale, dans « Le grand débat » du week-endspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="« Les mouvements lycéens : l'ampleur de la colère ? » (04/10) et « Mouvement (…)" id="nh3"3/a]/span et, bien sûr, dans les journaux d'information. Mais a href="https://www.acrimed.org/France-Inter-Sciences-Po-et-la-Palestine"on le sait/a : beaucoup plus courts, bien moins exposés et rarement repris par les confrères, les sujets de journaux n'occupent pas la même place dans la hiérarchie de l'information. La parole des premiers concernés y est de surcroît sélectionnée et fatalement compressée par le format du micro-trottoir, donc de portée moindre que lors d'un entretien seul à seul face à un intervieweur pendant près de dix ou vingt minutes en continu…/p
/br
h3 class='article_intertitres'Priorité au gouvernement/h3
p/brDeuxième constat : parmi les trois entretiens focalisés sur le mouvement social, deux ont été accordés à des ministres – Laurent Nuñez (« L'invité de 8h20 », 06/10) et Édouard Geffray (« L'invité de 7h50 », 13/10) – et un seul à des représentants de lycéens : le 2 octobre, Sabrine Kharbach et Ryad Rani, respectivement porte-parole de l'Union étudiante et de l'Union syndicale lycéenne (USL), ont été conviés pour le créneau d'interview le plus court, dont nous avons en outre pu observer a href="https://www.acrimed.org/Mediatiser-les-representants-des-lyceens-tendre"la teneur/a…/p
/br
div class='spip_document_16695 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/inter_graph2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH376/inter_graph2-8452c.png?1792411228' width='500' height='376' alt='' //a
/figure
/div
p/brBilan des courses : au cours des deux premières semaines de médiatisation du mouvement social, alors que les intervieweurs de « La Grande matinale » ont consacré 1 heure 2 minutes et 6 secondes au sujet, ils auront passé la moitié du temps d'antenne (31 minutes et 30 secondes) à en discuter… avec des membres du gouvernement !/p
/br
h3 class='article_intertitres'Occultation des violences policières/h3
p/brSur cette soixantaine de minutes au total, 22 minutes et 24 secondes ont été consacrées aux « violences » en général – poubelles brûlées et mains arrachées confondues. L'entretien avec Laurent Nuñez en accapare pas moins de 15 minutes et 20 secondes. Si le ministre de l'Intérieur n'est pas ménagé, et si l'entretien questionne avec insistance sa « istratégie de maintien de l'ordre/i », les violences policières ne sont jamais problématisées comme telles par les intervieweurs. S'il mentionne quelques cas précis au détour de relances (main arrachée à Lens, mâchoire fracturée à Saint-Ouen-l'Aumône, lycéens éborgnés par des tirs de LBD à Tours et Argenteuil), Benjamin Duhamel ne les mobilise que comme des exemples d'éventuels abus de la force (toujours) légitime. Une approche qui se pense neutre et factuelle, qui oppose de fait un propos contradictoire… mais qui se borne à parler de « maintien de l'ordre » plutôt que de « violences policières ». Un cadrage d'ailleurs bien pratique pour le ministre qui, même placé face à des cas concrets, peut justifier son recours à la force au nom de l'ordre et de la lutte contre les « iviolences urbaines/i ». Les intervieweurs parleront bien volontiers de « iconsignes de retenue/i » ; ils questionneront une « idisproportion/i » de la force, mais le feront en présentant systématiquement cette dernière comme une « iréponse/i » ou des « irépliques/i » des « iforces de l'ordre/i ». Le ministre ne s'y trompe pas et félicite d'ailleurs la présentatrice Florence Paracuellos au terme de sa toute première question : « iJ'aime bien que vous parliez de "répliques"/i ». Courageux mais pas téméraires, les matinaliers délègueront l'emploi du terme « irépression policière/i »... à un auditeur reçu par téléphone (en l'occurrence Kaïs, un lycéen de Créteil). L'inégalité du dispositif se chargera du reste : « iOn ne peut pas parler de répression/i », balaye en une phrase Laurent Nuñez. Les journalistes n'y reviendront pas./p
pEn réalité, seules 38 secondes porteront véritablement sur les violences policières désignées comme telles. Elles ne le seront qu'à l'initiative des deux représentants des lycéens, Sabrine Kharbach et Ryad Rani (02/10), et non sans opposition. Initialement interrogée sur les violences des imanifestants/i, Sabrine Kharbach détourne en effet la question de Quentin Lafay une première fois : « iOui, on peut parler des violences policières/i », cingle-t-elle, avant de mentionner les cas d'un lycéen éborgné et de plusieurs « iétranglements/i » commis par la police. Un non-sujet pour le journaliste, qui relance les deux syndicalistes sur d'autres « iviolences précises/i », à savoir « icertains établissements […] incendiés/i » et « icertains personnels de l'Éducation nationale qui ont été pris à partie, blessés/i ». Ryad Rani tente de boycotter la question une seconde fois. « iLe gouvernement est coupable de chaque violence policière et il est responsable de l'entièreté de cette situation/i », amorce-t-il, avant d'être cette fois-ci interrompu et rabroué par Quentin Lafay : « iSur les violences policières, on a bien compris, mais je parle des violences du camp d'en face, comment les qualifier ? Est-ce que vous les condamnez, déjà ?/i »/p
p« On a bien compris » : vraiment ? En deux semaines, en dehors de ce cas, aucun intervieweur n'aura formulé lui-même le terme « violences policières » dans une question. En revanche, le 7 octobre, la matinale de France Inter s'inquiétait auprès du gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin : « iLes marchés financiers scrutent la mobilisation des lycéens. Ça a quel effet, ça, sur la signature de la France ?/i » À chacun ses priorités…/p
/br
h3 class='article_intertitres'« Le grand portrait » de Sonia Devillers : rien à voir/h3
p/brAprès les coups de neuf heures, « La Grande matinale » se prolonge avec « La Grande matinale - Le mag » sous l'égide de Sonia Devillers, qui anime à cette occasion « Le débat » – portant sur « iun grand fait d'actualité politique, économique, nationale ou internationale/i » – et conduit un grand entretien d'environ vingt minutes intitulé « Le Grand portrait ». Du 28 septembre au 15 octobre, aucun des dix créneaux « Le débat » ne porte sur le mouvement socialspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Il n'y a pas eu de « débat » le 14 octobre et le 15 octobre, il a été (…)" id="nh4"4/a]/span. Assumant une portée magazine relativement détachée de « l'actualité politique » – telle que la conçoivent en tout cas les grands journalistes… –, « Le Grand portrait » a lui aussi totalement snobé les mobilisations des lycéens. À la même période, Sonia Devillers a mené 12 interviews, principalement avec des artistes (comédiens, chanteurs, écrivains, etc.). Sur 3 heures, 55 minutes et 51 secondes d'antenne, le sujet sera uniquement abordé par Omar Sy… pendant 1 minute et 25 secondes./p
/br
div class='spip_document_16696 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/inter_graph3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH361/inter_graph3-5abe8.png?1792411228' width='500' height='361' alt='' //a
/figure
/div
p/brUn surgissement par effraction de la politique, que Sonia Devillers se chargera d'ailleurs ni une ni deux de ramener à la niche. Alors qu'Omar Sy décrit la mobilisation des lycéens comme l'une des « ipetites lumières/i » du moment et dénonce de manière virulente le fait qu'« ion ne les écoute pas du tout/i » et qu'en lieu et place, « ile réflexe, c'est […] de leur taper sur la gueule/i », « ide les mettre les uns en face des autres pour faire des combats d'enfants/i » et de « ileur demand[er] de se taire/i », la journaliste n'embraye pas. Mieux, elle passe du coq à l'âne en jouant la carte de la pacification :/p
blockquote class="spip"
pstrongSonia Devillers :/strong Moi, j'ai trouvé quelque chose qui rassemble. J'ai trouvé une petite lumière qui rassemble. Dans le genre petite lumière, petite source d'énergie qui rassemble, il s'appelle Nadir Hifi [le joueur de basket-ball]. Regardez. [Extrait audio de commentateurs sportifs en liesse pendant la fin d'un match du Paris Basketball face au Mans Sarthe Basket, lorsque Nadir Hifi offre la victoire au club parisien en marquant un panier sur le buzzer final.]/p
/blockquote
pÀ l'évidence, ce n'était là non plus ni le lieu, ni le moment pour les lycéens. Comprenez : il ne faudrait pas enrayer a href="https://www.acrimed.org/France-Inter-dans-les-coulisses-d-une-douce"la « douce machinerie néolibérale »/a./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong et strongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanSous le patronage de Benjamin Duhamel du lundi au jeudi, de Quentin Lafay du vendredi au dimanche./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanConduit par le duo Florence Paracuellos/Benjamin Duhamel du lundi au jeudi, et par Eva Roques/Quentin Lafay le vendredi. Le week-end, ce créneau de 8h20 se transforme en « débat » entre chroniqueurs réguliers : Gilles Finchelstein et Emmanuelle Mignon (le samedi) ; Nora Hamadi et Raphaël Doan (le dimanche). Parce qu'il n'est pas de même nature et ne fait pas intervenir des invités ponctuels, nous n'avons pas intégré ce format « débat » dans nos observations./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /span« Les mouvements lycéens : l'ampleur de la colère ? » (04/10) et « Mouvement des lycéens : "Le maintien de l'ordre ne peut être la seule solution", selon Gilles Finchelstein » (10/10)./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanIl n'y a pas eu de « débat » le 14 octobre et le 15 octobre, il a été remplacé par a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-rendez-vous-de-la-mediatrice/le-rendez-vous-de-la-mediatrice-du-jeudi-15-octobre-2026-2207001" class="spip_out" rel="external"« Le rendez-vous de la médiatrice »/a qui, lui, porte sur le traitement du mouvement social par France Inter.../p
/div/div
ven, 2026-10-16 19:04
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/dunkerque-37b70.jpg?1792170268' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pUn 4x4 de la police fonce sur des adolescents en plein mouvement social ? iLa Voix du Nord/i fait dans le journalisme de préfecture./p/div
div class='rss_texte'pLundi 5 octobre 2026, 8 heures du matin. La ville de Dunkerque est recouverte d'une brume épaisse. C'est l'automne. Mais les nuages de vapeur ne sont pas uniquement dus aux intempéries. Il s'agit de grandes volutes de gaz lacrymogène qui se répandent sur la cité, dont les habitants suffoquent au son des sirènes de la fameuse Jeep grillagée. Ses exploits ont fait le tour des réseaux sociaux, jusqu'au 20h de TF1. Habituellement, ce véhicule de guerre sert à traquer les exilés kurdes, afghans ou guinéens le long de la frontière maritime. Il fait partie des nouveaux équipements automobiles à disposition des CRS et gendarmes déployés pour la lutte contre le « phénomène migratoire ». Mais ce jour-là, il servira à la répression du mouvement lycéen./p
pLe quotidien iLa Voix du Nord/i jouit d'une réputation de journal non-aligné. Il avait appelé à voter contre Marine Le Pen aux élections régionales à Hénin-Beaumont en 2015. Il n'appartient ni à une banque, ni à Bolloré, mais à un groupe médiatique belge. Ses journalistes sont souvent sur le terrain. Le 5 octobre vers midi, un journaliste de l'édition locale assiste à cette scène surréaliste : le 4x4 fonce dans la foule de manifestants, met en danger des dizaines de lycéens acculés, obligés de fuir dans les bosquets, sur les trottoirs et le long du canal. Ils hurlent de panique devant les manœuvres à peine croyables de cette voiture folle, dont les occupants sont galvanisés par les encouragements des policiers à pied./p
pPour iLa Voix du Nord/i, il n'y a apparemment pas matière à en écrire quoi que ce soit. Ce jour-là, rien ne sera publié en rapport avec cette voiture-bélier qui n'a pas encore fait le tour de France. Pire : ce n'est que trois jours plus tard, alors que les vidéos du rodéo ont déjà largement circulé sur les réseaux sociauxspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="La vidéo a d'abord été publiée sur la plateforme TikTok, puis, localement, (…)" id="nh1"1/a]/span, que « la grande dame du Nord » se décide à imprimer une série de trois articles sur ce qu'il convient d'appeler le scandale de la Jeep. Ils seront dignes des plus grandes heures du journalisme de préfecture./p
/br
h3 class='article_intertitres'« iProtéger les piétons/i », « idéblayer la chaussée/i »/h3
p/brLe premier article, publié en pages Région le jeudi 8 octobrespan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Alexis Constant, « La vidéo d'une Jeep de la police fonçant vers des (…)" id="nh2"2/a]/span, est particulièrement sommaire : à peine plus d'un feuillet. Il semble d'emblée destiné à réhabiliter l'image de la police : après deux premiers paragraphes faisant état de « iviolences urbaines/i » et dressant le bilan de « iblessés légers parmi les policiers/i », Alexis Constant explique qu'« iune jeep de la police accélère pour enfoncer la barricade/i » érigée par des manifestants « iau milieu des feux de poubelles/i ». Et de certifier : « iAucun manifestant ne sera blessé./i »/p
pLe même auteur remet le couvert le lendemain dans les pages locales… et monte d'un cran. Intitulé « À Dunkerque, une Jeep de police filmée à vive allure, une enquête ouverte : notre récit des événements »span class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Article paru la veille sur le site internet du journal." id="nh3"3/a]/span (09/10), cet article explique sans sourciller que les policiers ont foncé en Jeep dans la foule pour mieux « iprotéger les piétons et les cyclistes qui empruntent les trottoirs/i » et surtout pour « idéblayer la chaussée/i » obstruée par les lycéens en lutte. La légende de la photo accompagnant l'article enfonce le clou : « iLa jeep de la police a voulu pulvériser les barricades posées par quelques émeutiers qui venaient de jeter des pavés sur les forces de l'ordre. Nous avons pris cette photo quelques minutes avant que le 4x4 n'entre en action./i »/p
pLe journaliste était sur place. Les faits se sont déroulés à 15 minutes à pied de sa rédaction, mais ce qu'il avait vu ne l'avait guère convaincu. C'est donc ia posteriori/i qu'il revendique sa présence sur les lieux : « iUne scène filmée à laquelle "La Voix du Nord" a assisté/i », écrit-il en chapô de l'article. Il détaille donc les étapes qui ont mené à cet incroyable rodéo. D'abord, les prémices : « iLa police est visée par des jets de pierre, mais aussi des bouteilles et des canettes durant de longues minutes. Huit blessés légers sont à déplorer parmi les forces de l'ordre, qui ne ripostent pas et se protègent derrière des boucliers./i » Le sous-texte est clair : les agresseurs ne sont pas du côté des policiers chauffés à blanc par le « zéro consigne » de Laurent Nuñez, mais bien du côté des manifestants, lesquels sont même accusés de blesser les représentants de l'ordre. Le journaliste ne précise pas la nature de ces blessures… et ne fait aucune mention de celles des manifestants./p
pDeuxième étape de cette route vers le rodéo du chaos, « iles policiers jugent que la situation devient dangereuse pour les piétons et les cyclistes qui empruntent les trottoirs. Il est décidé de disperser les émeutiers avec des tirs de lacrymogène/i ». À Dunkerque, où au moins six lycées sont entrés en lutte, cela fait très longtemps que de tels assauts policiers ne se sont pas produitsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="On peut remonter jusqu'à 1992, la grève des dockers contre la réforme (…)" id="nh4"4/a]/span : mais ce n'est pas là l'angle de l'article. Le reporter, en charge de la rubrique Faits divers de l'édition dunkerquoise, continue son déroulé des « faits » :/p
blockquote class="spip"
pLes policiers ne peuvent pas déblayer la chaussée à la main en raison des projectiles qui volent. Il est donné l'ordre à la Jeep renforcée, protégée par des grilles, de déblayer les obstacles, rue de Paris, ainsi que sur les voies adjacentes, elles aussi encombrées. Cela afin de permettre aux véhicules de police et aux motards d'intervenir plus facilement alors que les émeutiers jouent au chat et à la souris avec les policiers./p
/blockquote
pDes ajustements techniques – voire de salubrité urbaine ! – pour empêcher les violences des jeunes, en somme. Pile poil le discours de la place Beauvau./p
/br
h3 class='article_intertitres'Journaliste… ou policier ?/h3
p/briLa Voix du Nord/i ne s'interrogera jamais sur le dispositif démesuré mis en place ce jour-là, ni sur le degré d'agressivité des policiers présents – « iAllez, approchez, on va leur mettre dans la gueule, là !/i », les entend-on dire sur les vidéos de l'événement, juste avant les accélérations du 4x4. Le quotidien hégémonique du Nord se contente de reproduire le cadrage de la police, sa chronologie, sa mise en récit des événements… et son lexique : les manifestants ne sont plus des lycéens, ce sont des « iémeutiers/i », friands de « iviolences urbaines/i ». Pire : le journal estime que « ihors contexte, la vidéo peut laisser croire que les policiers ont lancé à grande vitesse un 4X4 tout terrain en direction des jeunes pour les disperser/i »… Cas d'école, tandis qu'un intertitre essaye de dédouaner définitivement les policiers : « iSpectaculaire, mais pas de jeunes visés./i »/p
pAlors que le ministre de l'Intérieur a déclenché une enquête pour mise en danger de la vie d'autrui (confiée à l'IGPN, en plus d'une enquête ouverte par le Parquet de Dunkerque), que iLa Voix du Nord/i rendait compte dès le 7 octobre (sur son site web) d'une « ienquête disciplinaire en cours/i », qu'au moins quatre autres exemples de voitures-béliers policières ont été recensés en France depuis le début du mouvement (Troyes, Bourgoin-Jallieu, Montélimar, Port-de-Bouc), que plusieurs manifestants mineurs ont perdu leur main, leur œil, leur santé mentale, que près de 6 000 lycéens (un record) ont été arrêtés depuis le début du mouvement, que le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a dit suivre avec « iinquiétude/i » la situation en France, iLa Voix du Nord/i fait passer les chauffards policiers les plus célèbres de France pour de gentils pères-la-morale soucieux de protéger la population. L'épilogue de l'article est clair sur ce point :/p
blockquote class="spip"
pLes policiers à pied ont fini par acculer un groupe d'une vingtaine de jeunes gens au bout de la rue de la Douane, devant la passerelle Saint-Martin. Des discussions se sont engagées. La police les a sermonnés, leur faisant un peu de morale. Aucun jeune n'a été blessé, certains se plaignant tout de même de l'irritation due au gaz lacrymogène. La tension est ensuite retombée dans le quartier./p
/blockquote/br
h3 class='article_intertitres'Rétropédaler sans le dire/h3
p/brPour iLa Voix du Nord/i, tout est bien qui finit bien. Or, on apprendra le lendemain, dans les mêmes colonnes, qu'une adolescente de 14 ans a été percutée par la Jeep : « Jeep de la police à Dunkerque : une jeune manifestante affirme avoir été percutée, le procureur demande "des vérifications" » (10/10). Le témoignage n'a pas été recueilli par le journal local, mais par les équipes d'une chaîne nationale – BFM-TV en l'occurrence ! Quoiqu'aux premières loges pour enquêter, iLa Voix du Nord/i a préféré rester au chevet du commissariat. En outre, le quotidien ne prend nullement les déclarations de l'adolescente pour argent comptant : « iElle serait rentrée avec une copine à son foyer d'hébergement avant de faire constater ses blessures/i » ; elle « iaurait annoncé son intention de déposer plainte/i ». La veille et l'avant-veille en revanche, aucun conditionnel n'était de mise au moment d'affirmer qu'« iaucun jeune n'a été blessé/i », ou encore que « ila Jeep n'a pas foncé sur les piétons/i »./p
piLa Voix du Nord/i s'est-elle excusée pour avoir repris mot pour mot les éléments de langage de la police ? Elle a plutôt fait comme si de rien n'était. Dans l'article de l'édition du 10 octobre, on lit ainsi sous la plume d'Alexis Constant :/p
blockquote class="spip"
pLe véhicule tout-terrain, lancé à vive allure dans trois rues de la Basse-Ville, avait semé la panique parmi les jeunes. Certains avaient dû s'écarter pour éviter le 4X4 qui, selon la police, voulait dégager les obstacles posés sur la chaussée, alors que les forces de l'ordre étaient la cible de jets de pavés./p
/blockquote
pManifeste en début de paragraphe, le changement de ton s'accompagne d'une mise à distance relative des arguments des dites « forces de l'ordre » : « iselon la police/i », précise Alexis Constant. La veille, il n'était pas question de citer ses sources : le journaliste se confondait entièrement avec le policier. Le journalisme de préfecture, ce n'est pas seulement BFM-TV, France 2 ou France Info. Structurellement dépendante des sources policières lui permettant chaque jour de remplir sa rubrique « Faits divers », la presse locale se convertit bien souvent en haut-parleur du storytelling policier./p
p/brstrongJulien Brygo/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLa vidéo a d'abord été publiée sur la plateforme TikTok, puis, localement, sur Meta par le média indépendant Calais La Sociale./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanAlexis Constant, « La vidéo d'une Jeep de la police fonçant vers des émeutiers crée l'émoi », édition du 8 octobre./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanArticle paru la veille sur le site internet du journal./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanOn peut remonter jusqu'à 1992, la grève des dockers contre la réforme portuaire de Michel Delebarre et Jean-Yves Le Drian, pour avoir trace d'affrontements et de barricades urbaines./p
/div/div
ven, 2026-10-16 12:18
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L118xH150/une60-edb3a.jpg?1792145934' class='spip_logo spip_logo_right' width='118' height='150' alt="" /
div class='rss_chapo'pLe iMédiacritiques/i n°60 sortira de l'imprimerie le 2 novembre. À commander a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"sur notre site/a ou à retrouver en librairie. Et surtout, a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"abonnez-vous/a !/p/div
div class='rss_texte'div class='spip_document_16688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/une60.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH638/une60-6fc13.jpg?1792145935' width='500' height='638' alt='' //a
/figure
/divdiv class='spip_document_16689 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/sommaire60.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH638/sommaire60-2fe6f.jpg?1792145935' width='500' height='638' alt='' //a
/figure
/div
p/brCe numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans les librairies a href="https://www.acrimed.org/-Mediacritiques-"listées ici/a, ainsi que sur a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"notre boutique en ligne/a./p
pTous les anciens numéros sont (ou seront) a href="https://www.acrimed.org/-Mediacritiques-"en accès libre ici/a./p/div
lun, 2026-10-12 13:47
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/horvilleurentournee-0296e.jpg?1791805660' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pEn promouvant a href="https://www.acrimed.org/Les-resistants-de-la-25e-heure-au-chevet-de-l-ame"une nouvelle fois/a en grande pompe les états d'âme de Delphine Horvilleur concernant Gaza et surtout Israël, les grands médias contribuent à consolider la hiérarchie des voix légitimes et à renforcer les a href="https://www.acrimed.org/Israel-Palestine-le-7-octobre-et-apres-1-un"récits hégémoniques/a à propos de a href="https://www.acrimed.org/+-Palestine-+"la question palestinienne/a. Une hiérarchie de l'information déréglée, un pouvoir de consécration dévoyé, un deux poids, deux mesures décomplexé : iLibération/i avait donné le ton dès la fin septembre./p/div
div class='rss_texte'pLe dernier livre de Delphine Horvilleur, iSermons sous les décombres/i, paru début octobre dans la nouvelle maison d'Olivier Nora (ex-Grasset), fascine les grands médias français. Partout, le tapis rouge : entretiens louangeurs dans les matinales de France Inter (06/10) et de Radio Classique (08/10), dans iOuest-France/i (06/10) – où Delphine Horvilleur est exposée en manchette à la Une –, mais aussi sur le plateau de « La grande librairie » (France 5, 07/10) ou encore dans les pages du iMonde/i (11/10) et de iLa Tribune dimanche/i (11/10) ; bonnes feuilles dans iLe Figaro/i (06/10) ; comptes rendus béats dans iChallenges/i (07/10), iLa Voix du Nord/i (7/10) – qui salue « iune parole pleine de sagesse/i » –, iLa Croix/i (11/10) – qui honore ses « ipuissantes méditations […] sur la violence/i » –, sans oublier iLe Nouvel Obs/i (07/10), qui célèbre un livre « iinspirant/i » et, « ià l'heure des campismes délétères/i », nous invite à « icheminer avec [Delphine Horvilleur] pour explorer nos propres omissions/i ». Rien que ça. Mais rendons à César ce qui lui appartient : fin septembre, c'est iLibération/i qui ouvrait le bal (et donnait le ton) de cette tournée médiatique promotionnelle./p
/br
div class='spip_document_16681 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/horvilleurentournee.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH265/horvilleurentournee-860cb.jpg?1791805660' width='500' height='265' alt='' //a
/figure
/div/br
h3 class='article_intertitres'Encenser les censeurs : ibis repetita/i /h3
p/brAu cours des neuf premiers mois de l'année 2026, iLibération/i n'a pas consacré de gros titre de Une à la situation à Gazaspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="On recense une couverture sur la Cisjordanie « livrée à la terreur des (…)" id="nh1"1/a]/span. Le 28 septembre en revanche, il a offert sa couverture aux états d'âme de Delphine Horvilleur « isur Israël et Gaza/i », en orchestrant en grande pompe la promotion de son dernier livre./p
/br
div class='spip_document_16683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/horvilleur_libe.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH648/horvilleur_libe-7feec.png?1791805660' width='500' height='648' alt='' //a
/figure
/div
p/br« iAi-je su voir ou ai-je été aveuglée ?/i » Les tourments oculaires de Delphine Horvilleur, photographiée visage accablé, font logiquement le gros titre du journal, dont les pages intérieures sont sur la même ligne quant à la hiérarchie de l'information : le livre fait l'objet d'un édito signé de la directrice de la rédaction, puis d'un entretien courant sur plus de trois pages – les pages « Événement » –, avant quelques mots d'actualité sur « il'impasse/i » de ce que iLibération/i qualifie encore aujourd'hui de « iconflit meurtrier/i » à Gaza, page 5. D'un côté, près de 20 000 signes pour Horvilleur ; de l'autre, 4 000 pour la Palestine. Flanqué d'un encart publicitaire pour une offre d'abonnement à iLibération/i, l'article sur Gaza n'occupe d'ailleurs même pas un tiers de page à lui tout seul. « iL'enclave vit la pire débâcle économique jamais observée dans le monde/i », rapporte pourtant le journaliste. Pas de quoi voler la vedette à la « iréflexion intime/i » d'Horvilleur./p
p« iIl faut saluer le courage de la rabbine/i », nous enjoint ainsi Sonia Delesalle-Stolper dans un édito qui en rappelle un autre : « iIl faut saluer cette prise de parole importante/i », ordonnait l'éditorialiste Thomas Legrand en mai 2025, dans le même quotidien, au moment où, après avoir contribué à légitimer la « iguerre contre le Hamas/i » (iL'Obs/i, 25/10/2023) et à disqualifier le mouvement de solidarité avec la Palestine, Delphine Horvilleur confiait sa crainte de voir l'État d'Israël « is'égarer/i » dans une « ifaillite morale/i » face à « ila tragédie endurée par les Gazaouis/i ». Nous avons longuement écrit sur a href="https://www.acrimed.org/Les-resistants-de-la-25e-heure-au-chevet-de-l-ame"cette séquence médiatique/a, véritable cas d'école de réécriture de l'histoire « en train de se faire », qui entendait transformer les légitimateurs d'hier en opposants d'avant-garde, polarisant l'attention sur « l'âme d'Israël » et assurant la continuité du cadrage dominant depuis le 7 octobre 2023, le tout avec grandes proclamations de « rupture » et de « changement de ton ». Via la célébration d'Anne Sinclair et Delphine Horvilleur, notamment, les grands médias délimitaient alors arbitrairement le périmètre du discours autorisé et légitime. Ainsi que nous l'écrivions :/p
blockquote class="spip"
pPrescrire l'amnésie et sommer que l'on entende ices/i voix, ici et maintenant. Celles qui ont participé à étouffer les contre-courants minorisés. Celles dont on doit retenir le nom. Celles dont on fait pour cela les gros titres. Celles que « la raison » commande d'applaudir. Celles dont les grands pontes du journalisme « ne peuvent pas ne pas parler », quand il leur fut pourtant si facile d'en piétiner ou d'en ignorer tant d'autres. […] Cette séquence de médiatisation ne fait donc ni plus ni moins que consacrer les acteurs que les grandes rédactions consacraient déjà hier… sur le dos des acteurs qu'elles invisibilisaient ou stigmatisaient déjà hier, et dont la parole reste confisquée./p
/blockquote
pUn an plus tard, on en est toujours au même point. Mais on est reparti pour un tour./p
/br
h3 class='article_intertitres'Les voix de Une… et les voix de bas de page/h3
p/brParmi les nombreux auteurs et autrices ayant publié des essais sur la question palestinienne depuis le 7 octobre 2023, tant en France qu'à l'étranger, combien ont eu les honneurs de la première page de iLibération/i ? Sauf erreur de notre part, le précédent remonte au 15 mai 2024, lorsque iLibération/i organisa une « irencontre/i » entre... a href="https://www.blast-info.fr/articles/2025/cher-joann-sfar-boxing-day-30-SEOArjnPQxyyrUi5d6CgAA" class="spip_out" rel="external"l'inénarrable Joann Sfar/a et la journaliste israélienne Lee Yaron, « ichacun [ayant publié] un ouvrage sur le massacre commis par le Hamas et ses conséquences/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Les artistes Joe Sacco et Art Spiegelman ont eu droit à la Une le 20 (…)" id="nh2"2/a]/span. De quoi souscrire à l'interpellation de Taoufiq Tahani, professeur et président d'honneur de l'AFPS : « iLibération, faites un effort pour assurer la promotion de l'excellent livre de Omar El Akkad : "Un jour, tout le monde aura été contre ça". Vous y trouverez des réponses anticipées aux larmes de crocodile de Delphine Horvilleur./i » (X, 28/09) Pour ne donner qu'un seul exemple./p
pEn dehors d'angles morts pour le moins problématiques, il serait pourtant injuste de laisser croire que iLibération/i ignore tout des productions éditoriales sur la question palestinienne. Leur traitement différencié, en revanche, nous dit beaucoup des pouvoirs qu'exercent les médias dominants en termes d'agenda, de cadrage et de consécration. Ainsi, aucune ou presque de ces parutions n'aura fait (littéralement) iévénement/i en occupant la Une, l'édito et les premières pages « Événement », consacrées d'ordinaire aux actualités internationales, politiques, économiques et sociales ou écologiques. Le plus souvent, ces parutions ont été cantonnées aux pages « Livres », ou intégrées aux pages « Idées », par exemple via des tribunes de leurs auteurs, qui n'engagent pas la rédaction./p
pIronie de l'histoire – ou plutôt révélateur éclatant : une semaine avant le tapage autour de l'essai de Delphine Horvilleur, iLibération/i a consacré une double-page « Livres » à la rentrée littéraire de six auteurs et autrices ayant mis « iau cœur de leurs ouvrages le sort des Palestiniens dans une région déchirée par le conflit. Avec un même désir : donner à voir l'ampleur du désastre comme "ce qu'il y avait avant les décombres"/i ». Dans un paysage journalistique indifférent au sort de la Palestine, un geste médiatique fort aurait pu accompagner cette démarche de visibilisation dans des proportions similaires à celles qui furent déployées pour Delphine Horvilleur. D'autant plus que les ouvrages en question sont le fait d'autrices et d'auteurs d'origine palestinienne, pour la majorité d'entre elles et eux : la journaliste et poétesse palestinienne Nour Elassy, l'écrivain franco-palestino-libanais Jadd Hilal, l'écrivain franco-palestinien Karim Kattan et l'autrice palestinienne Ibtisam Azem, en plus de l'écrivaine franco-suisse Elisa Shua Dusapin et de Joe Sacco, auteur américano-maltais./p
pBilan des courses ? La Une, les quatre premières pages du journal et près de 20 000 signes ont été réservés à une seule essayiste, là où six autrices et auteurs, dont quatre Palestinien·ne·s, ont dû se partager moins de 10 000 signes aux pages 34 et 35 du journal. Aucune logique strictement journalistique ne pouvant justifier une telle asymétrie, ce constat mathématique laisse donc iLibération/i face à ses propres choix (et ses propres œillères) éditoriaux…/p
/br
div class='spip_document_16682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/horvilleur_livres.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH323/horvilleur_livres-1452a.jpg?1791805660' width='500' height='323' alt='' //a
/figure
/div/br
h3 class='article_intertitres'« iIl n'y a plus chez elle d'angle mort/i »/h3
p/brUn an après la séquence de réhabilitation médiatique de personnalités ayant soutenu la dite « riposte israélienne » et discrédité le mouvement de solidarité avec la Palestine, iLibération/i continue de faire preuve d'une mansuétude extrême à l'égard de ces acteurs, à qui l'on prête hauteur de vue, rigueur intellectuelle et probité morale, et dont les positions paraissent indiscutables. L'emphase et la flagornerie sont naturellement de mise : les « iquestionnements [de Delphine Horvilleur] sont à saluer/i, assène Sonia Delesalle-Stolper, itant notre monde vit aujourd'hui de certitudes, assenées comme autant de vérités en noir ou blanc./i » Et les platitudes rivalisent avec les hyperboles :/p
blockquote class="spip"
pstrongSonia Delesalle-Stolper :/strong Delphine Horvilleur parle maintenant, écrit maintenant, parce qu'elle le peut, parce qu'elle le veut, parce qu'elle est libre. […] Ses mots […] sont aussi un plaidoyer pour l'humanisme, contre l'outrance, la simplification ou les raccourcis. Un plaidoyer qui vaut pour ceux qui défendent la Palestine comme Israël. Là-bas, mais aussi ici en France./p
/blockquote
pL'entretien-fleuve mené par Alexandra Schwartzbrod ne comprend quant à lui pas le début du commencement d'une contradiction, si bien que les propos de Delphine Horvilleur semblent endossés de A à Z par la direction de la rédaction. Si les positions de cette dernière incarnent la juste ligne, à quoi bon les discuter ? Qu'objecter à un « iplaidoyer pour l'humanisme/i » ? D'autant que Sonia Delesalle-Stolper nous l'assure : « iIl n'y a plus chez elle d'"angle mort"/i ». Vraiment ?/p
pS'il n'appartient pas à notre critique des médias de discuter politiquement de la ligne Horvilleur – dont Blast a a href="https://www.blast-info.fr/articles/2026/chere-delphine-horvilleur-boxing-day-96-r6gCisFdSsqnI_1Ovj9ZWw" class="spip_out" rel="external"exposé en longueur/a les « icapacités de "compréhension" […] bornées/i », par exemple s'agissant de a href="https://www.blast-info.fr/articles/2026/gaza-comment-le-genocide-se-poursuit-un-an-apres-le-cessez-le-feu-PaMP7-qfSeqRF04P0LuWKg" class="spip_out" rel="external"la poursuite du génocide/a –, on soulignera simplement que l'entretien regorge de biais en général… et d'angles morts en particulier. Et que si iLibération/i est absolument incapable de les identifier comme tels, c'est précisément parce qu'ils correspondent aux biais et aux angles morts qui, encore aujourd'hui, continuent de structurer le récit médiatique dominant. Entre autres : mépris et dévaluation du droit international, notamment via son assimilation à la position d'un « camp » ; dénégation du a href="https://orientxxi.info/Genocides-et-crimes-de-masse-quelle-reponse-internationale" class="spip_out" rel="external"consensus scientifique et juridique/a autour du génocide, au profit d'arguties morales et de procédés rhétoriques dilatoiresspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="« Seuls les juges pourront à l'avenir se prononcer sur la validité d'un (…)" id="nh3"3/a]/span ; disqualification des contre-pouvoirsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="À propos du film « Naza » de Yuval Abraham et Rachel Szor, Delphine (…)" id="nh4"4/a]/span ; dépolitisation de la question palestinienne ; neutralisation du débat public français autour de la question palestinienne à travers la mobilisation du mythe du « débat impossible » ou de l'épouvantail de « l'importation du conflit » ; hiérarchisation des racismes, par le biais d'un double procédé consistant à singulariser l'antisémitisme tout en minimisant l'islamophobie et le racisme antipalestinien./p
pAucun de ces éléments n'aura inspiré à Alexandra Schwartzbrod le moindre questionnement. Pas même le dernier. Après avoir dénoncé à juste titre l'assignation des juifs à l'État d'Israël – un procédé soit dit en passant régulièrement usité… par l'éditocratie –, Delphine Horvilleur n'hésite pas : « iÀ quel autre groupe demande-t-on de passer un examen de pureté morale, pour obtenir un laissez-passer ou simplement le droit qu'on lui foute la paix ? […] Demande-t-on à des enfants de culture arabe dans des cours d'école de se désolidariser de ce que certains pays musulmans font vivre aux femmes ou aux homosexuels ? Le racisme antimusulman est très présent dans notre société mais il ne prend pas cette forme-là./i » Lancer ce genre d'absurdité à quelqu'un qui s'en émerveille au point de publier fièrement la nouvelle quand a href="https://www.acrimed.org/Interdiction-du-voile-la-mecanique-mediatique-de"une séquence de stigmatisation médiatico-politique/a vient de déferler plusieurs jours durant contre les femmes musulmanes, sommées en direct de plateaux de télévision, à heure de grande écoute, de répondre des politiques iraniennes du seul fait qu'elles portaient un voile : voilà un aveuglement commun qui en dit longspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Les exemples sont en réalité pléthoriques, y compris s'agissant des mineurs, (…)" id="nh5"5/a]/span./p
pDe quoi plagier la citation à la Une de iLibération/i en ce 28 septembre : ce journal va-t-il finir par savoir voir… ou continuer de s'aveugler ?/p
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanOn recense une couverture sur la Cisjordanie « ilivrée à la terreur des colons/i » a href="https://journal.liberation.fr/liberation/liberation/2026-08-18" class="spip_out" rel="external"le 18 août/a./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLes artistes Joe Sacco et Art Spiegelman ont eu droit à la Une le 20 décembre 2025, « ià l'occasion de la vente de leurs planches au profit de l'Unicef pour les enfants palestiniens/i »./p
div class='spip_document_16685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/sacco_libe.jpg' width="400" height="514" alt='' /
/figure
/div/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /span« iSeuls les juges pourront à l'avenir se prononcer sur la validité d'un terme [génocide, NDLR] qu'ils n'ont à ce jour pas retenu/i », décrète Delphine Horvilleur, avant de poursuivre : « iComme s'il fallait tenter ainsi de nazifier les juifs. S'agissait-il de se laver d'une mauvaise conscience européenne ou de banaliser la Shoah ? Quelle que soit l'horreur de ce qui s'est passé et se passe encore à Gaza, la comparaison avec Auschwitz est à la fois obscène et très contre-productive./i »/p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanÀ propos du film a href="https://www.mediapart.fr/journal/international/110926/naza-le-carnage-de-gaza-raconte-par-ceux-qui-le-font" class="spip_out" rel="external"« Naza »/a de Yuval Abraham et Rachel Szor, Delphine Horvilleur déclare : « i"Naza" en hébreu signifie "dommage collatéral" mais pourquoi choisir de diffuser le film qui, à l'étranger, n'évoque rien, à part de façon très subliminale le mot "nazi". Pourquoi encore et toujours nourrir de telles confusions historiques ?/i »/p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanLes exemples sont en réalité pléthoriques, y compris s'agissant des mineurs, pour qui se remémore, par exemple, l'affaire des enfants d'Albertville (cf. les enquêtes de Mediapart (a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/091120/apologie-du-terrorisme-les-familles-d-albertville-disent-leur-stupefaction" class="spip_out" rel="external"09/11/2020/a et a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/300321/apologie-du-terrorisme-des-eleves-accuses-un-fiasco-l-arrivee" class="spip_out" rel="external"30/03/2021/a)./p
/div/div
ven, 2026-10-09 16:48
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH81/lyceens-12f82.png?1791557323' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='81' alt="" /
div class='rss_chapo'pDes plateaux télé aux studios de radio, du service public aux médias privés, les interviews de lycéens et de leurs porte-parole se succèdent (un peu) et se ressemblent (beaucoup). À l'instar de a href="https://www.acrimed.org/Mobilisation-des-lyceens-les-editocrates-veulent"leurs soutiens/a, nombre d'entre eux ont dû affronter les injonctions et la morgue de l'éditocratie, dont la démarche se résume en une formule : interviewer pour mieux faire taire./p/div
div class='rss_texte'pDébut octobre, alors que le mouvement social gagne des centaines d'établissements partout en France, les chefferies éditoriales n'ont d'autre choix que de donner à entendre lycéens et dirigeants syndicaux de jeunesse, toutes et tous mobilisés contre la casse du service public de l'enseignement. Au cours de la semaine précédant la journée d'action du 6 octobre, ces derniers sont invités dans des dispositifs plus exposés que les sous-espaces (et leurs lots de micros-trottoirs) dans lesquels ils étaient jusque-là enfermés. Sabrine Kharbach, porte-parole de l'Union étudiante, est par exemple interviewée dans la matinale de RMC (01/10), puis dans celle de France Inter (02/10) aux côtés du président de l'Union syndicale lycéenne (USL), Ryad Rani, qui fut aussi reçu dans la matinale de RTL (30/09). Responsable fédéral de l'USL, Philémon Jouglet Marcus est présent quant à lui dans le « 8h30 » de Franceinfo (04/10). Tous ont également été sollicités par les chaînes d'information en continu, à l'instar de Marius Mesnil, co-secrétaire de l'USL, Nathanaël Combary, président de l'association Renouveau lycéen, ou encore Sofia Tizaoui, ex-présidente de l'USL./p
pCes interviews ont-elles été l'occasion de faire entendre la voix des lycéens en mettant un coup de projecteur sur les enjeux structurels qu'ils soulèvent et les revendications de fond qu'ils défendent ? Loin de là… Si tous les entretiens ne sont pas également caricaturaux, les journalistes-intervieweurs y campent généralement un rôle de gardiens de l'ordre, endossant au choix la posture de procureurs – sommant leurs invités de « condamner les violences » (des manifestants) ; d'arbitres partiaux – disqualifiant telle ou telle revendication, généralement au nom de l'orthodoxie budgétaire ; de policiers – exigeant des lycéens qu'ils montrent patte blanche et dénoncent la « récupération » du mouvement imputée (exclusivement) à La France insoumise ; ou d'entremetteurs – enjoignant aux lycéens de « dialoguer » avec le gouvernement pour mieux « sortir de la crise ». Et parfois… tout cela en même temps !/p
/br
h3 class='article_intertitres'De procureurs à entremetteurs : l'éditocratie au service du maintien de l'ordre/h3
p/brConformément à a href="https://www.acrimed.org/Au-JT-de-France-2-poubelles-brulees-partout"la hiérarchie de l'information/a en vigueur dans la plupart des médias dominants, les intervieweurs hissent la question des « violences » (des manifestants) au premier plan de l'agenda, au détriment des revendications des syndicats lycéens et enseignants. Systématiquement à sens unique, les injonctions à « condamner » fusent par conséquent d'un plateau à l'autre… et constituent d'ailleurs un prérequis : aussi marginales soient-elles, les discussions sur les enjeux de fond auxquels sont confrontés les élèves, les professeurs et l'ensemble des professionnels intervenant ou travaillant au sein des établissements scolaires sont la plupart du temps conditionnées au bon respect de la marche journalistique imposée, lequel détermine également l'attitude des intervieweurs à l'égard de leur invité. Quiconque aurait ainsi le mauvais goût d'en dévier, de désaxer le conducteur ou les questions des journalistes, de ne pas s'exprimer dans les termes attendus, voire pire, de critiquer l'agenda et le traitement médiatiques sera impitoyablement renvoyé dans les cordes. Meilleur du pire en vidéo :/p
/br
centeriframe title="Face aux lycéens : journalistes ou procureurs ?" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/3UUVkqAHBhCirhd6WY2WJ1" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
p/brDans la plupart de ces entretiens, les journalistes ont également endossé une fonction d'entremetteurs, négligeant leur rôle d'intervieweurs pour mieux engager les lycéens sur le chemin du « dialogue » institutionnel, les incitant à porter leurs revendications « iau moment des urnes/i » sept mois plus tard (Myriam Encaoua, Franceinfo, 01/10) ou à « iouv[rir] la porte/i » au ministre de l'Éducation nationale, selon les termes de Marc-Olivier Fogiel (RTL, 30/09), le tout pour mieux répondre à la question que lui (et ses confrères) se posent en chœur : « iComment on en sort, en fait ?/i » Quelques exemples :/p
/br
centeriframe title="Journalistes ou entremetteurs ?" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/qsE1vSbsUgDZZMfUCYZWEH" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
p/brEnfin, les journalistes ont régulièrement pris des attitudes policières, exigeant de leurs interviewés non pas seulement qu'ils fassent état d'une éventuelle affiliation ipartisane/i, mais, plus avant, de témoigner de possibles « iliens directs ou indirects avec La France insoumise/i » (Quentin Lafay, France Inter, 02/10) ou « iproximité avec La France insoumise/i » (Camille Girerd, Franceinfo, 04/10). Loin d'être appliquée à l'ensemble des invités (lycéens ou non) s'exprimant dans le cadre de ce mouvement social – et c'est un euphémisme –, cette exigence de transparence a même été initialement mobilisée de façon exclusive dans des cas de sympathie présumée pour LFI. À des fins de délégitimation, là encore, néanmoins dans la droite ligne du récit médiatique dominant, n'ayant eu de cesse de véhiculer la représentation complotiste d'un mouvement lycéen a href="https://www.acrimed.org/Mouvement-lyceen-un-complot-de-LFI-selon-l"téléguidé en sous-main par LFI et ses « iproxys d'ultra-gauche/i »/a, dans la roue du gouvernement, de la police et des services de renseignements. Florilège :/p
/br
centeriframe title="Journalistes ou policiers ?" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/cxXyv8Qg44CWyzhZy6zhnN" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
p/brMais au-delà de ces fonctions symboliques exercées par les présentateurs, les dispositifs contribuent eux aussi au maintien de l'ordre./p
/br
h3 class='article_intertitres'Déséquilibres et « deux poids, deux mesures »/h3
p/brPremier exemple avec la matinale de Franceinfo (04/10), où le responsable fédéral de l'USL Philémon Jouglet Marcus est invité aux côtés de Carole Zerbib, proviseure d'un lycée parisien : « iOn a voulu vous réunir aujourd'hui tous les deux, un lycéen, une proviseure, pour évoquer les enjeux de la mobilisation du moment/i », expose le journaliste Benjamin Fontaine. Sous le « dialogue », une fausse symétrie, aveugle au rapport de domination qui s'installe sans surprise dès les premières minutes de l'interview croisée. Avant même qu'on le lui demande, la proviseure consacre l'intégralité de sa première intervention à condamner « ila violence/i » de la mobilisation, alors que la journaliste la questionnait… sur son « iampleur/i » : « iCes revendications ne doivent pas être le prétexte pour régler des comptes avec des personnels/i », généralise-t-elle. Benjamin Fontaine embraye : « iEt ça, vous avez pu le dire justement aux représentants syndicaux comme Philémon ?/i » Carole Zerbib : « iBah je lui dis !/i » Le journaliste se tourne vers l'intéressé : « iVous l'entendez ?/i » Et la journaliste Camille Girerd de rebondir quelques secondes plus tard en recadrant Philémon : « iPhilémon, la question c'est : est-ce que vous-même vous avez été surpris par cette violence, est-ce que vous-même vous avez été dépassé ?/i » De quoi installer une certaine ambiance dans le studio, où un adolescent de 16 ans – nécessairement peu familier des plateaux télé quoique représentant syndical – est d'emblée pris à partie, pointé du doigt et mis en porte-à-faux. Sans doute des journalistes (véritablement) soucieux de recueillir sa parole – qui plus est dans une matinale écoutée par 2,5 millions de personnes, en plein mouvement social – se seraient-ils davantage interrogés sur leur mise en scène, tout en redoublant d'efforts pour mettre leur interlocuteur à l'aise. À défaut : un simulacre d'égalité. Loin de s'être démonté, le lycéen s'est toutefois attelé à capter la parole. Au bout du compte, il cumule un temps d'expression plus élevé que celui de la proviseure, en dépit d'un total d'interruptions quatre fois supérieur (15 contre 4)./p
pLes déséquilibres sont encore plus importants dans la matinale de RTL. Le 30 septembre, dans l'« ientretien de référence/i » autoproclamé de 8h30, les temps de parole sont tels qu'on se demande qui du journaliste (Marc-Olivier Fogiel) ou du porte-parole des lycéens (Ryad Rani) reçoit l'autre : le président de l'USL s'exprimera 5 minutes et 25 secondes au total ; seulement 40 secondes de plus que… son intervieweur ! Une demi-heure plus tôt, dans la même matinale, l'interview du ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray se soldait par un ratio bien différent : le premier bénéficia d'un temps de parole de 6 minutes et 15 secondes, contre 1 minute et 45 secondes du côté de la journaliste. Au cours de cet entretien, seules deux questions (sur neuf) ont porté sur les « irevendications parfois légitimes des lycéens/i », toutes deux axées sur les « iheures de cours non remplacées/i ». Les enjeux de fond ont été tout autant marginalisés face à Ryad Rani. Ainsi, sur les 19 questions et/ou relances (hors commentaires istricto sensu/i) de Marc-Olivier Fogiel :/p
p- 5 portent sur le « idialogue social/i » et les annonces gouvernementales du lendemain, incluant trois remontrances à l'endroit de Ryad Rani, coupable de ne pas avoir engagé de discussion avec le ministre dans les couloirs de RTL !/p
p- 5 sont axées sur « ila violence/i » (des manifestants) et « ile côté gangréné du mouvement/i » par « iceux qui sont cagoulés, en gros/i », là où une seule relance portera sur le maintien de l'ordre ;/p
p- 4 sont dédiées à la « irécupération politique de LFI/i » et aux représentants insoumis « iqui s'intéressent moins au fond qu'à l'agitation/i » ;/p
p- 4 réclament de Ryad Rani qu'il expose les conditions pour que cesse la mobilisation, enjeu majeur aux yeux de Marc-Olivier Fogiel si l'on en croit son disque rayé :/p
blockquote class="spip"
pstrongMarc-Olivier Fogiel :/strong Concrètement comment on en sort en fait ? Parce que si vous n'allez pas discuter avec les instances de dialogue démocratiques, il y a ces blocages […], comment on en sort en fait ? Vous dites on en sort comment ? Vous, vous l'avez pas fait avant en entrant dans le studio avec le ministre, au micro vous dites quoi ? […] Mais vous lui demandez quoi concrètement ? Concrètement, comment on en sort ? […] Comment vous remettez les élèves en cours ? […] Qu'est-ce qui serait de concret qui ferait que les élèves retournent en cours […] ?/p
/blockquote
pRyad Rani pourra à ce moment-là parler un tant soit peu du fond. Mais le dispositif a ceci de pervers que si la question des revendications est abordée, en tout cas verbalisée – Marc-Olivier Fogiel prononcera le terme six fois pendant l'interview –, elle n'est jamais l'objet, à proprement parler, de la discussion. Ainsi, le journaliste attend moins de son invité qu'il explique ou détaille des revendications en évoquant réellement la situation « concrète » des lycéens et les problèmes qu'ils dénoncent qu'à ce qu'il liste, brièvement, les conditions auxquelles le mouvement social pourrait prendre fin… et les méthodes envisagées à cet effet. Exemple exemplaire :/p
blockquote class="spip"
pstrongMarc-Olivier Fogiel :/strong Sur le fond, vous avez entendu le ministre : toutes vos revendications, elles sont légitimes, mais y a des instances de dialogue social, démocratiques, qui sont faites pour ça, et qu'en fait, il suffit d'aller les voir et de discuter avec eux, plutôt que de poser ça aussi fortement sur la table. Et c'est vrai que quand on voit vos demandes, c'est assez disparate. On parle de bâtiments, d'emplois du temps, de téléphones portables, de portions de cantine. Tout ça, c'est de la vie quotidienne des lycéens et c'est bien normal de poser ça sur la table. Mais pourquoi pas le faire dans ces instances de dialogue social ?/p
/blockquote
pOu comment parler des revendications… pour mieux les évacuer./p
/br
h3 class='article_intertitres'BFM-TV : le cirque de la « violence »/h3
p/brSi les interviews agissent structurellement comme a href="https://www.acrimed.org/1995-2025-les-medias-contre-les-mouvements"des étouffoirs/a capables de canaliser, d'anesthésier voire de dompter les paroles subalternes, les chaînes d'info réservent aux lycéens les dispositifs les plus violents./p
pUn seul exemple, sur l'antenne de BFM-TV, le 1er octobre. Porte-parole de l'Union étudiante, Sabrine Kharbach est invitée dans l'émission conduite par le duo Olivier Truchot/Alain Marschall. Sur 1 heure et 9 minutes d'échanges consacrés au mouvement lycéen, elle s'exprimera à peine 5 minutes en cumulé. Au cours de la première phase d'interview, pour 2 minutes 47 de temps de parole, elle est interrompue par les deux présentateurs à 15 reprises, soit toutes les 11 secondes en moyenne. La situation empire par la suite : 9 interruptions durant sa deuxième intervention de 82 secondes, soit une fois toutes les 9 secondes en moyenne ! Elle parlera brièvement une troisième (et dernière fois), pour un total de 48 secondes…/p
pTous les intervenants en plateau ne sont pas logés à la même enseigne. À titre de comparaison, sur la première demi-heure, le policier et délégué national du syndicat Alliance, Stanislas Gaudon, fait une première intervention de 2 minutes et 29 secondes ponctuée de 4 interruptions seulement (soit toutes les 37 secondes en moyenne). Parcours sans trop d'embûche non plus pour le principal de collège Hugues Poirier, récompensé pour avoir consacré la quasi-totalité de son intervention aux « violences » des « jeunes » : 2 interruptions seulement sur 2 minutes et 34 secondes de temps de parole (une fois toutes les 77 secondes en moyenne). Mais au cours de cette même demi-heure, l'intervenant le mieux traité restera le député RN Aleksandar Nikolic : gratifié de la plus « longue » prise de parole en continu (1 minute et 25 secondes), sa première intervention de 2 minutes et 3 secondes n'aura eu à subir qu'une seule coupure. Et pour cause : de dénonciation spontanée des « iviolences graves/i » en condamnations de La France insoumise, en passant par des appels à la « iresponsabilisation/i », son discours est en parfaite harmonie avec le ronron médiatique. La complicité objective entre les deux présentateurs et le député RN éclate dans une intervention où ce dernier remplace les premiers dans la conduite de l'interrogatoire de Sabrine Kharbach. Et reconnaissons-le, il est parfait dans le rôle :/p
blockquote class="spip"
pstrongAleksandar Nikolic :/strong On ne comprend pas très bien quelles sont les revendications précises. i[Sabrine Kharbach : On nous a pas demandé, hein !]/i Vous avez la parole, c'est dommage que vous ayez utilisé votre temps de parole pour dire plutôt [sic] que c'était des agressions de la police ou parler de choses qui n'ont rien à voir ! Et quand on vous demande de condamner les violences, vous dites : « C'est pas nous qui avons fait ces violences ». Mais en aucun cas vous avez dit : « On condamne les violences »./p
/blockquote
pLe Rassemblement national, un laquais de l'éditocratie ? Et vice versa. S'ensuivra cet échange :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Sabrine Kharbach :/strong Je suis venue pour parler de fond, monsieur./p
pstrong- Olivier Truchot :/strong Pas tout à fait…/p
pstrong- Sabrine Kharbach :/strong On ne pose des questions que sur le sensationnel et le spectaculaire. Moi, j'étais venue parler du fond des revendications./p
pstrong- Alain Marschall :/strong C'est pas le spectaculaire, c'est le factuel qui s'est passé aujourd'hui./p
/blockquote
p« iOn a du mal à voir concrètement quelles sont les revendications/i », osera même Olivier Truchot. « On ne veut ni ne cherche à connaître vos revendications » aurait sans doute été une formule plus appropriée compte tenu du bilan chiffré de l'émission. Sur 1 heure et 9 minutes d'échanges consacrés au mouvement lycéen, le chapitre sur « le-mouvement-qui-dégénère » a occupé 79% du temps d'antenne – incluant quelques passages de choix sur La France insoumise. Alain Marschall avait du reste annoncé la couleur en présentant Pauline Revenaz, cheffe du service police-justice de BFM-TV chargée de « ifaire le panorama de la journée/i », autrement dit, de « ivoir précisément combien d'agressions, ce qui s'est passé, les interpellations, etc./i » En parallèle, 7% seulement du temps d'antenne fut dédié à la question des violences policières. Les 14% restants correspondent aux enjeux de fond, abordés bien souvent de manière superficielle./p
pSabrine Kharbach y viendra au bout d'une demi-heure de plateau. Mais dans quelles conditions : lors de sa dernière prise de parole… de 48 secondes. D'autres intervenants, jugés visiblement plus qualifiés, se partageront cette tâche sur une durée cumulée d'environ 8 minutes et 45 secondes : Rayan Nezzar, professeur des universités en finances publiques et ancien haut-fonctionnaire de Bercy ; les députés Charlotte Parmentier-Lecoq (Horizons), Arthur Delaporte (PS) et Aleksandar Nikolic (RN), qui parlera « iclimatiseurs réversibles/i » et fin du collège unique pendant deux minutes ; l'étudiant Eustache Bonnet (pendant 15 secondes, à l'occasion d'un micro-trottoir en duplex)./p
pMais aussi – et l'épisode constitue sans nul doute le clou du spectacle – Romain Dominati, introduit en plateau comme le « ifondateur du mouvement et du compte X "Les Miléistes français"/i ». Un partisan de Javier Milei donc, à ce moment-là en visite en France : « iL'homme à la tronçonneuse !/i » s'esclaffe Olivier Truchot ; « il'homme à la tronçonneuse qui a relancé quand même l'Argentine/i », corrobore sans honte Alain Marschall. L'occasion, pour notre expert du jour, de prescrire un changement de paradigme « à la Milei » dans le domaine de l'enseignement. Quèsaco ? La distribution aux parents d'un « ibon éducation/i » à dépenser dans l'établissement de leur choix, de manière à mettre « ila pression sur les profs pour être bons, parce que sinon, plus personne ne viendra dépenser le bon chez eux/i », et ainsi observer « itout simplement, comme par magie, comme d'habitude, la liberté et la concurrence [faire] que bah… la solution émerge naturellement/i ». Loin de provoquer l'hilarité en plateau, Olivier Truchot relance ce fanatique du marché de manière bien plus courtoise qu'il ne le fit face à la représentante des lycéens : « iDonc si je comprends bien, […] pour vous, le problème de l'éducation, c'est pas une question de budget, c'est une question d'organisation : faut revoir tout./i » « iTout à fait. Exactement./i » Rideau./p
/br
div class='spip_document_16678 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/bfm_milei.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/bfm_milei-84694.png?1791557323' width='500' height='279' alt='' //a
/figure
/div/br
centerstrong***/strong/center
p/brLe 5 octobre, en plein direct devant le lycée Turgot à Paris, un manifestant s'approchait de la caméra de BFM-TV en brandissant une pancarte où était inscrit le message suivant : « Médias = diffamation ». Apolline de Malherbe prit instantanément la mouche :/p
blockquote class="spip"
pstrongApolline de Malherbe :/strong Alors ça, c'est un bon classique hein !… […] Alors précisément que nous sommes en train de montrer ce qui se passe, de donner la parole aux lycéens, il y a marqué « Médias = diffamation »… Je vous laisse juger, mais je trouve ça toujours assez inouï ! C'est-à-dire que c'est notre caméra qui est là, de manière calme […] et ces panneaux sont désormais donc pour nous insulter ! Je trouve quand même que c'est absolument inouï !/p
/blockquote
pInouï, en effet. Et pour l'autocritique, on repassera./p
/br
div class='spip_document_16677 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/bfm_lycees.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH290/bfm_lycees-333b0.png?1791557323' width='500' height='290' alt='' //a
/figure
/div
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div
mer, 2026-10-07 09:38
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH83/vignette_lyceens-50971.png?1791359366' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt="" /
div class='rss_chapo'pÀ force de recouvrir les causes et les revendications de leurs commentaires sur les « violences » (jamais policières), les éditocrates se sont mis hors d'état de comprendre le mouvement lycéen. Jusqu'à l'envisager comme un grand complot de LFI et de ses « iproxys d'ultra-gauche/i »…/p/div
div class='rss_texte'pLundi 28 septembre, a href="https://www.acrimed.org/Au-JT-de-France-2-poubelles-brulees-partout"France 2/a consacre dans le JT de 20h son tout premier sujet au mouvement des lycéens qui a pourtant démarré depuis plus d'une semaine. D'emblée, Jean-Baptiste Marteau pose un cadre : « iDans l'actualité également, la colère des lycéens... et le ton monte entre le gouvernement et La France insoumise…/i » Le journal télévisé n'a pas encore dit un mot du mouvement mais on comprend qu'il n'en dira pas grand-chose : à peine évoquée, « la colère des lycéens », ce qui constitue déjà une dénomination réductrice et déformante, est révoquée. Le vrai sujet est ailleurs, dans « ile ton [qui] monte entre le gouvernement et La France insoumise/i »./p
pLe court reportage ainsi introduit tient toutes ses promesses. Après une minute trente, parole à Laurent Nuñez, puis à Jean-Luc Mélenchon pour le démenti. Résultat : près de la moitié du sujet est consacré à la question de savoir si LFI « iincite/i » les lycéens à bloquer – et pas le moindre mot sur les revendications qu'ils portent./p
pTout au long de la semaine, ce cadrage ne va faire que se resserrer. Le tout premier article du iMonde/i sur le mouvement (28/09) était d'ailleurs anglé de la même façon. Le mouvement social est-il un vaste complot de LFI et de « l'ultra-gauche » ? La question obsède les plateaux et les journaux, et tous les registres sont employés pour l'explorer : reprises en écho inextinguibles de déclarations politiciennes tonitruantes, Gabriel Attal sur Europe 1 (30/09), Édouard Geffray sur RMC (28/09) ou encore Valérie Pécresse, dans une tribune enflammée pour iLe Point/i (28/09) (« iNon, Monsieur Mélenchon, nos jeunes ne sont pas de la chair à canon électorale/i ») ; graves chroniques des meilleurs éditorialistes, Ruth Elkrief (LCI, 30/09), Renaud Dély (France Info, 02/10), Antoine Oberdoff (iL'Opinion/i, 02/10), etc. ; gardes à vue télévisuelles et radiophoniques pour les représentants de gauche, quels qu'ils soient, a href="https://www.acrimed.org/Mobilisation-des-lyceens-les-editocrates-veulent"sommés de se désolidariser des violences/a et de s'expliquer sur ce complot qu'ils ont ourdi, « selon le gouvernement » ; débats de plateaux à n'en plus finir, entre personnes qui s'accordent sur l'essentiel, « LFI manipule et instrumentalise »... Florilège (non-exhaustif) :/p
/br
centeriframe title="Mouvement lycéen : un complot de LFI, selon l'éditocratie" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/k3owTbW2qHJqfpWbjYTwMW" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
p/brParallèlement à ce matraquage, naît logiquement l'idée de mesurer (scientifiquement) son impact dans l'opinion publique. On peut ainsi continuer à matraquer, en toute bonne conscience, puisqu'on ne fait que commenter « l'opinion des Français ». Sondage Odoxa dans iLe Figaro/i, dont on appréciera la charge informative : « i70 % [des Français] dénoncent l'implication des Insoumis/i » dans le mouvement lycéen. Sondage CSA dans iLe JDD/i, Europe 1 et CNews : « iBlocages : 55 % des Français jugent que les lycéens sont instrumentalisés par LFI/i ». Bref, à force de martèlement, les accusations manifestement lancées, au départ, par un gouvernement aux abois soucieux de délégitimer un mouvement social… sont devenues l'analyse journalistique hégémonique. Une évidence, qui permet de distinguer le bon grain de l'ivraie : en douter revient à s'exclure de l'arc des « raisonnables », qui appellent au calme…/p
/br
h3 class='article_intertitres'La « note des renseignements »/h3
p/brJeudi 1er octobre, ce journalisme de maintien de l'ordre se double d'un bel épisode de journalisme de préfecture. Exclusif ! iLe Figaro/i dévoile « iune note des renseignements/i » qui indique que LFI est à la manœuvre derrière ce mouvement social (01/10). Lecornu en avait dit quelques mots le matin même, et les chaînes d'info s'en régalaient déjà : « iMatignon accuse LFI et ses proxys de l'ultra-gauche d'être à l'origine du mouvement /i », pouvait-on entendre sur BFM-TV, sans aucune distance ni questionnement sur ce curieux terme de « proxy », passé de l'informatique à la rhétorique militaire (notamment celle d'Israël désignant ainsi les relais et soutiens plus ou moins officieux du régime iranien : pour évoquer LFI et « l'ultra-gauche », le mot est pourtant à lui seul un éditorial fachosphérique). Mais c'est au iFigaro/i que revient la primeur d'un best-of de cette « note des renseignements ». Le titre est grandiloquent : « Blocage des lycées : la note de renseignement qui pointe le rôle clé de LFI ». Mais le contenu est loin d'être à la hauteur… En tout et pour tout, trois passages de l'article mentionnent LFI, et aucun d'entre eux n'autorisent à parler d'un « rôle clé ». Les voici :/p
blockquote class="spip"
p- [Les] services [de Matignon] relèvent que, ce 29 septembre, une vingtaine d'élus nationaux LFI étaient d'ailleurs « impliqués dans le mouvement », de Lille à Rennes, en passant par Toulouse, Albi, Rouen, Clermont-Ferrand, Bègles ou Avignon./p
p- « Ceci rappelle fortement le "blocus challenge" lancé en mars 2023 par le député (LFI) du Val-de-Marne Louis Boyard pendant le conflit social lié à la réforme des retraites pour créer une émulation entre lycéens », se souviennent les analystes./p
p- De toute évidence, les lycéens sont poussés à ces actions par des éléments d'extrême gauche repérés tant parmi des structures syndicales étudiantes de l'université Paris 8 (Le Poing levé, FSE) ou Paris Nanterre (FSE) que des organisations politiques comme les Jeunes communistes révolutionnaires, Révolution permanente ou LFI ./p
/blockquote
pVoilà tout. Résumons et reformulons les arguments, pour plus de clarté : « des élus LFI étaient présents » (comme à chaque mobilisation sociale d'ampleur) ; « cela rappelle le blocus challenge de Louis Boyard en 2023 » (ou n'importe quel blocus depuis mai 1968) ; « de toute évidence, les lycéens sont poussés » (il s'agit, « ide toute évidence/i », d'une affirmation non-corroborée). La gigantesque pantalonnade que constituent ces extraits d'une « inote des renseignements/i » ne va toutefois pas empêcher « l'exclusif » du iFigaro/i de se répandre à toute vitesse. Au contraire. C'est la iNouvelle République des Pyrénées/i qui, en toute transparence, nous décrit le procédé, et nous fait entrer dans le cœur des désastreuses routines du métier (02/10) : « iLa note est tombée vers 16 heures sur les boucles WhatsApp qui permettent à Matignon de communiquer avec la presse. En style télégraphique, elle résume ainsi l'un des points abordés lors de la réunion de crise organisée par le Premier ministre hier après-midi : "constat partagé par les services de renseignements sur l'origine du mouvement (lycéen NDLR) : manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra gauche"./i » Or, on commentait déjà les « iinformations des services de renseignement/i » à 16h15 sur LCI, ce qui laisse, au fond, assez peu de temps pour vérifier (une petite quinzaine de minutes). Fascinés par les sources officielles tout autant que par les polémiques politiciennes (surtout quand elles visent LFI), et se prenant volontiers eux-mêmes pour des privilégiés ayant accès à des secrets d'État, de nombreux journalistes vont ainsi plonger la tête la première dans cette communication et reprendre, voire amplifier les accusations de « iMatignon/i » et de ses « iservices/i »./p
/br
div class='spip_document_16670 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/lci_notedesrenseignements.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/lci_notedesrenseignements-3a7f2.png?1791358688' width='500' height='281' alt='' //a
/figure
/div
p/brD'autres vont même pousser le bouchon un peu plus loin, en relayant sans broncher les propositions les plus radicales de la droite, comme celle de Bruno Retailleau, proposant sur BFM-TV (01/10) de « ilancer dans le débat public/i » la question de la « idissolution de LFI/i ». Et trouvant quelques relais complaisants pour effectivement mettre cette question à l'agenda, comme l'éditorialiste de France Inter Yaël Goosz (05/10), se demandant à la cantonade : « iFaut-il, et peut-on, interdire La France insoumise ?/i » Sa réponse est plutôt non, mais la question méritait d'être posée !/p
pNotons toutefois que pour des journaux comme iLe Monde/i ou iLibération/i, les faiblesses de la « note » étaient trop manifestes pour la recracher telle quelle. iLe Monde/i, par exemple, conclut sa recension ainsi : « iSollicités pour savoir si Matignon avait d'autres éléments que cette note pour accréditer l'instrumentalisation du mouvement, les services du premier ministre n'ont pas répondu./i » (02/10)/p
/br
h3 class='article_intertitres'Les complotistes/h3
p/brD'autres, au contraire, ont redoublé de théories farfelues pour abonder dans le sens du gouvernement, refusant aux lycéens l'initiative de leur mouvement. Incapable de comprendre (ou de documenter) les dynamiques historiques, matérielles, sociales ou politiques qui expliquent ce mouvement de luttes lycéennes, iLe Point/i s'est donc vu contraint de recourir à des explications… authentiquement complotistes. Voyant, dans ces « iviolences urbaines/i », outre l'influence de LFI, la main de l'Iran ou des Frères musulmans.../p
/br
div class='spip_document_16672 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/bussigny_lycees.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH133/bussigny_lycees-d7410.png?1791358688' width='500' height='133' alt='' //a
/figure
/div
p/brInvitée chez Sonia Mabrouk sur BFM-TV (05/10), Nora Bussigny peut revenir sur cette fulgurante « enquête » qui consiste à dénoncer encore et toujours, derrière la viralité des vidéos des violences policières sur les réseaux sociaux, la main de l'Iran qui tiendrait celle de « l'ultra-gauche », dans un gloubi-boulga lancé d'une voix chevrotante, qui mérite d'être transcrit in extenso :/p
blockquote class="spip"
pstrongNora Bussigny :/strong Ce qui m'a intéressé dans ce mouvement, c'est effectivement les relais numériques qui sont extrêmement conséquents et qui parviennent d'agréger [sic] différents collectifs pour instrumentaliser et radicaliser les messages lycéens, qui sont, je trouve, initialement primordiaux. En l'occurrence, on trouve en premier lieu un homme qui s'appelle Shahin Hazamy, c'est un agent du régime iranien […]. Et lui il fait partie de ceux qui ont poussé des vidéos extrêmement virales de violences policières, toujours avec un biais d'appel à la déstabilisation de l'État, parce que c'est le propre de l'ultra-gauche ! Si on doit définir en deux mots l'ultra-gauche, c'est un ensemble de groupes militants qui ont en commun un rejet des institutions démocratiques, un rejet de l'État, et une volonté de déstabilisation de ces institutions./p
/blockquote
pDans cette salade indigeste, Nora Bussigny passe sans transition ni lien logique d'un « agent » de la « mollarchie » à « l'ultra-gauche », dont elle nous livre pour finir une définition qui éclaire surtout la détestation qu'elle lui voue. Résumé des révélations ? Un « agent du régime » aurait retweeté (ou reposté sur TikTok, nous ne le saurons pas), une vidéo de violences policières. C'est bien la preuve que c'est l'Iran qui essaye de déstabiliser l'État, tout comme l'ultra-gauche d'ailleurs ! Intriguée par ce niveau d'investigation et par la thèse iranienne, Sonia Mabrouk relance : « iEt vous dites que ces personnes ont infiltré, noyauté ce mouvement ?/i » « iOui/i, répond Nora Bussigny, avant de retouiller sa grande macédoine : « iOn retrouve Shahin Hazamy, mais on retrouve d'autres groupuscules./i » Et Bussigny de mettre dans la phrase qui suit, et dans le même souffle, l'agent iranien, Extinction Rebellion et Red-jeunes (une scission de la Jeunesse communiste). Nous n'en saurons pas plus sur l'implication de l'Iran…/p
pPugnace, Mabrouk y revient encore quelques minutes plus tard : « iQuel est le lien entre un élu LFI, un lycéen, et un proche d'un régime iranien ? Quel est le lien ?/i » Bussigny, décidément peu à l'aise, esquive à nouveau, et répond sur… Clémence Guetté et Louis Boyard. Toujours pas de traces de l'Iranspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="À propos de la « viralité » du mouvement social sur les réseaux sociaux, le (…)" id="nh1"1/a]/span./p
pL'aspect conspirationniste de cette théorie du « complot LFI » n'a pas échappé à tout le mondespan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire par exemple : « LFI et la jeunesse "manipulée" : le retour d'une (…)" id="nh2"2/a]/span. Il faut dire que les éditorialistes les plus épais repoussent toujours plus loin leurs limites et leur absence de scrupules. C'est ainsi qu'Éric Naulleau, chroniqueur régulier de CNews, a cru bon de partager, pour résumer son idée, un dessin généré par IA, reprenant une vieille iconographie antisémite parfaitement identifiable. On y voit un Mélenchon maléfique, représenté en grand marionnettiste. Au bout de ses ficelles, les lycéens sont ses pantins./p
/br
div class='spip_document_16671 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH555/naulleau_lyceens-5d2c1.png?1791358688' width='500' height='555' alt='' /
/figure
/div/br
centerstrong***/strong/center
p/brPour l'éditocratie qui divague, un mouvement social ne peut-être qu'un complot de « l'ultra-gauche ». Déléguant leur travail d'enquête aux « services » de « Matignon », s'y fiant comme à l'évangile, ces commentateurs se sont mis hors d'état de comprendre ce qui se déroulait sous leurs yeux. Mais la vision du monde social qu'ils propagent ainsi ne contribue pas qu'à obscurcir les causes ipolitiques/i qui ont mené à ce mouvement : elle construit également par avance la justification de sa répression./p
p/brstrongJérémie Younes/strong, et strongFlorent Michaux/strong pour la vidéo/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanÀ propos de la « viralité » du mouvement social sur les réseaux sociaux, le premier a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/09/28/le-blocus-des-lycees-prend-de-l-ampleur-et-oppose-la-france-insoumise-et-le-gouvernement_6785108_3224.html" class="spip_out" rel="external"article du iMonde/i/a (28/09) se terminait par le paragraphe suivant : « iCette diffusion à grande échelle semble avoir été "naturelle", sans relais politiques particuliers ni promotion artificielle […]. Viginum, l'organisme chargé de la détection et de la lutte contre les ingérences étrangères, explique au Monde n'avoir constaté à ce stade aucune amplification artificielle des contenus liés aux blocages par des acteurs étrangers./i »/p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLire par exemple : « LFI et la jeunesse "manipulée" : le retour d'une vieille rengaine », a href="https://www.mediapart.fr/journal/politique/021026/lfi-et-la-jeunesse-manipulee-le-retour-d-une-vieille-rengaine" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a, 02/10./p
/div/div
mar, 2026-10-06 16:35
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/rochebin_ordre-6ba97.png?1791297348' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pEst-ce que vous appelez au calme ?! Est-ce que vous condamnez les violences ?! C'est un a href="https://www.acrimed.org/1995-2025-les-medias-contre-les-mouvements"grand classique/a de la couverture médiatique des mouvements sociaux : les chiens de garde veulent rétablir l'ordre. Zapping./p/div
div class='rss_texte'/br
centeriframe title="Mobilisation des lycéens : les éditocrates veulent rétablir l'ordre" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/hGyz2C2e1PgMNfE4kmjrfQ" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
p/brLa vidéo est aussi a href="https://www.youtube.com/watch?v=O10A6-quEWo" class="spip_out" rel="external"sur Youtube/a./p/div
lun, 2026-10-05 11:43
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH77/10-14-1a1e7.png?1791193482' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='77' alt="" /
div class='rss_chapo'pFrance Info « ipeine à entendre/i » les revendications des lycéens, rendues inaudibles par les « violences » qui saturent l'antenne de France Info./p/div
div class='rss_texte'pDimanche 4 octobre, dans le « 10/14 » de France Info, Soizic Bour reçoit Franck Leroy, président de la région Grand-Est. Pour parler des revendications des lycéens mobilisés depuis des semaines ? Pas exactement, comme la première question le laisse entendre très clairement :/p
blockquote class="spip"
pstrongSoizic Bour :/strong Des façades incendiées, des portails et des vitres cassées, les dégâts sont nombreux et coûteux, bonjour Franck Leroy, président divers-droite de la région Grand-Est, en charge donc des lycées. Il y a eu des dégradations chez vous, on va évidemment y revenir, mais avant j'aimerais qu'on parle de l'agression de ce policier près du lycée Courbet à Belfort. C'était vendredi, l'enquête avance, hier déjà des suspects ont été identifiés, il y a donc deux personnes qui sont en garde à vue ce matin, j'aimerais avoir votre réaction sur cet événement./p
/blockquote
pFranck Leroy nous fait part de sa « iréaction évidemment d'indignation/i », et Soizic Bour peut enchaîner :/p
blockquote class="spip"
pstrongSoizic Bour :/strong Justement par rapport à ces dégradations, est-ce que vous avez un bilan chiffré de ce que ça va coûter ? On rappelle qu'il y a eu des dégradations dans des établissements à Reims, à Épernay, à Saint-Avold, à Mulhouse, à Strasbourg, dans votre région, vous avez un bilan chiffré ?/p
/blockquote
pPas encore, répond Leroy, qui regrette un « iimmense gâchis/i » parce que « ile mouvement lycéen méritait d'être entendu sur le fond/i » : il invite les lycéens à « ipasser de la rue à la table des discussions/i ». L'occasion d'évoquer leurs revendications ? Non, car Soizic Bour a mieux à faire :/p
blockquote class="spip"
pstrongSoizic Bour :/strong On va y revenir si vous le voulez bien Franck Leroy, avant j'aimerais qu'on écoute les explications d'Hélène Terzian sur la réponse pénale face à ces dégradations qu'a avancée le gouvernement, il a annoncé avoir avancé le calendrier du projet de loi « casseurs-payeurs », on en parle juste après./p
/blockquote
pEt en effet, « on en parle juste après » le reportage :/p
blockquote class="spip"
pstrongSoizic Bour :/strong Franck Leroy, avancer le projet de loi « casseurs-payeurs » dans ce sens, pour vous c'est une bonne chose ?/p
/blockquote
pC'est alors que, après 5 bonnes minutes d'interview, Soizic Bour décide d'aborder enfin le fond du problème, avec sérieux, rigueur et détermination :/p
blockquote class="spip"
pstrongSoizic Bour :/strong On a compris Franck Leroy que vous condamniez les violences et que vous estimez que la colère lycéenne est légitime, mais que dites-vous aux lycéens qui dénoncent des choses très concrètes, des établissements vétustes, des toilettes en sous-nombre, des classes surchauffées en été… Il y a une vraie question du bâti, et que vous ne pouvez pas forcément ignorer en tant que président de région./p
/blockquote
pPassons sur la réponse de Franck Leroy, qui botte aussitôt en touche (« iMais je ne l'ignore pas, mais attendez, quand on parle de locaux surchauffés, qui n'était pas cet été dans des locaux surchauffés ?/i »), pour mieux revenir au sujet de départ (« iEst-ce que tout le monde s'est mis à détruire ? Non./i ») Il a manifestement oublié qu'une journaliste digne de ce nom ne se laisserait pas détourner de son objectif par une manœuvre aussi grossière. Heureusement pour lui, Soizic Bour l'a manifestement oublié aussi ! En tout cas, elle en revient benoîtement aux affaires courantes :/p
blockquote class="spip"
pstrongSoizic Bour :/strong Les lycéens ont annoncé qu'ils allaient continuer leur mouvement Franck Leroy, et se mobiliser fortement mardi, jour de manifestation nationale. Est-ce que vous craignez de nouveaux débordements dans votre région ?/p
/blockquote
pLa fin de l'entretien sera à l'avenant : un exercice de prédiction, qui ne portera que sur les « désagréments » en cas de continuation du mouvement./p
pRésumons en quelques chiffres : sur 8 minutes 40 d'interview, 25 secondes porteront sur les revendications lycéennes, c'est-à-dire 4,8 %. Sur les 362 mots prononcés par Soizic Bour, 30 concernent les revendications « très concrètes » des lycéens mobilisés, soit environ 8 %./p
pDes chiffres comparables, du reste, à a href="https://www.acrimed.org/Au-JT-de-France-2-poubelles-brulees-partout"nos constatations/a portant sur les JT de France 2./p
/br
h3 class='article_intertitres'De « l'info » ias usual/i ?/h3
p/brLes heures qui suivent sont ponctuées par un nombre appréciable de « fils info » revenant systématiquement sur la mise en examen d'un jeune pour « acte de barbarie » et sur la garde à vue de deux suspects pour l'agression d'un policier à Belfort. Des « fils info » pendant lesquels les « violences » attribuables au mouvement lycéen sont donc omniprésentes, et, notons-le au passage, les violences attribuables aux policiers et gendarmes pratiquement absentes./p
pPuis, trois heures après son interview du président de la région Grand-Est, nous retrouvons Soizic Bour, qui reçoit cette fois-ci Ulysse Rabaté, chercheur en sciences politiques à Paris-VIII. Nouvel interlocuteur, perspective similaire :/p
blockquote class="spip"
pstrongSoizic Bour :/strong Avant d'évoquer le mouvement en lui-même et les violences qui en ont découlé, j'aimerais qu'on écoute le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray i[qui évoque une « entreprise d'attaque et de destruction du service public de l'Éducation nationale »]/i. Ulysse Rabaté, vous faites la même analyse du mouvement lycéen ?/p
/blockquote
pMais alors qu'Ulysse Rabaté répond qu'il pense à peu près le contraire, Soizic Bour a une révélation :/p
blockquote class="spip"
pstrongSoizic Bour :/strong Oui il y a effectivement une réelle inquiétude des lycéens sauf qu'on peine à l'entendre cette inquiétude, parce que les violences la rendent pratiquement inaudibles, le fait qu'on parle beaucoup de ces violences, de ces dégradations, ça fait passer les revendications des lycéens au second plan ?/p
/blockquote
pDe la part d'une journaliste qui vient de conduire une interview avec un président de région (en charge de la gestion et de l'entretien des lycées – et dont le budget, dans le Grand-Est, a baissé de 10 % en 3 ans...) en parvenant à ne parler presque exclusivement que de débordements et de violences, la remarque ne manque pas de sel. Mais Soizic Bour n'a manifestement pas conscience de l'énormité de sa remarque. Laquelle n'aura d'ailleurs pas de suite : la journaliste qui « peine à entendre » en s'assourdissant elle-même préférera s'inquiéter de la possibilité pour le mouvement de « ifaire tache d'huile/i » – c'est-à-dire de « idégénérer/i » en « iagrége[ant] d'autres luttes/i »./p
pRien de bien nouveau pour qui connaît a href="https://www.acrimed.org/Les-medias-contre-la-rue-25-ans-de-demobilisation-6420"les œillères/a avec lesquelles les journalistes des médias dominants observent les mouvements sociaux pour n'en retenir que les aspects qui leur conviennent : violences et désagréments. On a plus rarement l'occasion d'admirer aussi nettement leur aveuglement quant à leur propre responsabilité dans l'impossibilité d'un mouvement à faire entendre sa voix./p
p/brstrongOlivier Poche/strong/p/div
sam, 2026-10-03 18:09
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/henrimaler-37332.png?1791043788' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pHommage à notre ami et camarade./p/div
div class='rss_texte'pNous venons d'apprendre avec une immense tristesse le décès de notre ami, camarade, fondateur et principal animateur d'Acrimed, Henri Maler./p
pBien qu'il ait été en retrait de l'association depuis une dizaine d'années, il restait très attentif à toutes ses activités. Alors qu'Acrimed apparaît aujourd'hui comme une association installée dans le paysage de la critique des médias, il ne faut pas oublier la somme de travail qu'il lui a fallu pour la faire exister, à une époque où la critique des médias était loin d'être aussi évidente et répandue qu'aujourd'hui./p
pC'est qu'Henri avait la question médiatique chevillée au corps. À ses yeux, le droit à l'information, le pluralisme, la réappropriation démocratique des médias n'étaient pas des slogans sans chair : militant de l'émancipation, il était intimement convaincu de leur nécessité dans et pour « un autre monde », comme de leur puissance politique, en particulier dans des moments de lutte et de mobilisation./p
pHenri a toujours cherché à actualiser notre critique des médias, à affiner les propositions de transformation, à comprendre le champ journalistique et ses évolutions. Il s'agissait de ne jamais penser les grands médias comme un objet figé ; ni le journalisme en dehors des conditions sociales et matérielles dans lesquelles il se pratique. Aussi est-il resté attentif aux productions des sciences sociales, dont il a toujours cherché à diffuser les résultats en rédigeant nombre de notes de lecture et de recensions pour le site d'Acrimed./p
pHenri n'a pas seulement contribué à penser, construire et pratiquer, avec d'autres, une critique radicale des médias. Il a aussi consacré une énergie débordante à faire vivre concrètement cette idée : réunir des militantes et militants, solliciter des rédacteurs et rédactrices, susciter des collaborations, organiser des rencontres, rédiger (et corriger) des textes, des articles, des appels… En un mot : bâtir et maintenir le lien au sein d'une structure associative en pleine expansion./p
pEt si Acrimed existe encore trente ans après sa création, c'est précisément parce qu'Henri, en bon marxiste, n'a jamais conçu la critique des médias comme une simple posture théorique. Acrimed s'est construite dans un va-et-vient permanent entre production intellectuelle et construction collective./p
pLongtemps, son propre domicile a tenu lieu de local et de quartier général. Il s'occupait alors d'à peu près tout et insufflait son énergie dans chaque initiative. Il fallait écrire et argumenter, mettre en page, et bientôt – avec le lancement du site internet – mettre en ligne plusieurs fois par semaine de nouvelles publications. En arrivant à Acrimed, dans les années 2000, impressionné par son activité éditoriale foisonnante, on ne pouvait imaginer qu'elle reposait sur une poignée de rédacteurs mobilisés par le volontarisme d'Henri Maler !/p
pa href="https://www.acrimed.org/_Henri-Maler_"Auteur de près de 700 articles/a pour Acrimed, il lui fallait aussi tenir des listes, organiser des réunions, imaginer des ordres du jour pour les CA et les AG, préparer des débats ou des manifestations, diffuser des communiqués, monter des rencontres, trouver des salles et solliciter des intervenants… et bien souvent, tout mener de front ! Profondément attaché au terme « action » dans l'acronyme Acrimed, il ne ratait jamais une manif, prenant un plaisir évident à tracter, à faire connaître l'association, à discuter de nos propositions de transformation des médias./p
pToutes celles et ceux qui ont un jour été actifs dans l'association peuvent en témoigner : Henri téléphonait beaucoup, longuement, tous les jours, envoyait des courriels, frénétiquement, et relançait inlassablement ses interlocuteurs. Ces dernières années il a aussi beaucoup tweeté, savourant de se faire bloquer par tel ou tel éditocrate, chatouillé un peu trop fort par sa plume acerbe. Il alimentait aussi a href="https://www.henri-maler.fr/" class="spip_out" rel="external"un blog/a, relatant divers aspects de sa vie intellectuelle, militante et personnelle. On y découvre la richesse et la cohérence d'un parcours qui l'a mené de l'engagement au sein des Jeunesses communistes révolutionnaires pendant mai 68 à la création de Révolution ! en 1971, qu'il quitte en 1978. Après la soutenance d'une thèse sur l'utopie chez Marx, il devient enseignant-chercheur à l'université Paris 8 et participe activement au mouvement social de novembre-décembre 1995, à la suite duquel il fonde Acrimed./p
pSon abnégation et son énergie inépuisable lui ont permis de créer et de faire vivre cet espace unique où des journalistes et des professionnels des médias (quelques-uns), des chercheurs et des militants (davantage), et beaucoup de simples citoyens irrités par le matraquage médiatique dominant pouvaient confronter leurs analyses et porter collectivement leurs revendications. Son esprit brillant, sa clairvoyance, son humour, sa générosité, sa passion de transmettre, la fougue avec laquelle il faisait valoir ses convictions ont fait de lui une personnalité marquante pour tous les adhérents et toutes les adhérentes qui l'ont croisé. Si Henri a tenu Acrimed à bout de bras pendant près de 20 ans, il a toujours veillé à en faire une œuvre authentiquement collective. C'est là tout le secret de la longévité d'Acrimed./p
pTrente ans après sa création, Acrimed est toujours là. Et le mouvement auquel Henri a consacré une part considérable de son temps, de son énergie et de sa vie se perpétue, non comme un héritage figé, mais comme une pratique vivante de la critique et de la lutte. Une pratique radicale et indépendante qui continue, grâce à Henri, à se transmettre, à se renouveler et à s'incarner dans de nouvelles générations./p
pAujourd'hui, nos pensées vont à ses proches, à qui nous envoyons toute notre affection./p
/br
div class='spip_document_16663 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/henri.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH375/henri-d381d.jpg?1791043788' width='500' height='375' alt='' //a
/figure
/div
p/brstrongAcrimed/strong/p/div
ven, 2026-10-02 19:18
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/lycees_france_2-ca77f.png?1790961487' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pHiérarchie de l'information selon France 2./p/div
div class='rss_texte'pD'abord négligé par les médias (et par le pouvoir), le mouvement des lycéens a pris de l'ampleur et de la place dans l'actualité médiatique. Comment les JT de France 2 en ont-ils parlé ? Nous avons observé les journaux télévisés de 13h et de 20h du lundi 28 septembre au jeudi 1er octobre. Le constat que nous tirons ne s'écarte en rien de la a href="https://www.acrimed.org/1995-2025-les-medias-contre-les-mouvements"couverture habituelle des mobilisations sociales/a : focalisation sur les violences et les poubelles qui brûlent ; quasi-absence des causes et des revendications. Certains chiffres valant mieux que mille mots, voici quelques données brutes, permettant de rendre compte quantitativement de la bonne hiérarchie de l'information selon France 2./p
/br
div class='spip_document_16662 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/graph_france_2_lyceens.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH366/graph_france_2_lyceens-41f11.png?1790961487' width='500' height='366' alt='' //a
/figure
/div
p/brEn résumé :/p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Du 28/09 au 01/10, les journaux télévisés de France 2 ont consacré 11 sujets aux mobilisations lycéennes./p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Ces 11 sujets font, en cumulé, 24 minutes et 53 secondes./p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span Sur ces 24 minutes et 53 secondes, 19 minutes et 26 secondes sont consacrées aux « violences », « incendies », « feux de poubelle » ou « affrontements » entre lycéens et policiers. Parmi elles, 47 secondes (en tout et pour tout), réparties en trois sujets, sont consacrées à une éventuelle « iréponse démesurée/i » de la police./p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span 2 minutes et 58 secondes sont consacrées aux accusations du gouvernement envers LFI./p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span 1 minutes et 56 secondes (en tout et pour tout) sont consacrées aux revendications des lycéens./p
pspan class="spip-puce ltr"b–/b/span 33 secondes (en tout et pour tout) sont consacrées à l'organisation du mouvement lycéen (tracts, boucles WhatsApp…)./p
pSelon une stricte logique comptable, les « violences » en marge du mouvement sont donc neuf fois plus importantes, selon France 2, que les causes ou les revendications du mouvement lui-même. Les violences policières n'existent quasiment pas. Et la cabale du gouvernement contre LFI devance même les revendications des lycéens dans la hiérarchie de l'info. Et ce n'est là qu'un aspect du traitement infligé aux manifestants. À suivre./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
ven, 2026-10-02 12:02
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/sauvonsnosforets-13ffe.png?1790935368' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pLe 15 septembre, France 2, en partenariat avec France Inter, consacrait une grande soirée aux incendies qui ont frappé la France durant l'été. Des pompiers héroïques, des murs de flammes, des animaux hagards, des sinistrés éplorés, des experts recyclés, des forêts qui reverdissent et, toutes les 15 minutes, des appels aux dons pour une grande association environnementale : pendant près de 2h30, l'écologie fut omniprésente. Ou plutôt, le spectacle de la catastrophe. Ses ressorts, ses causes et ses conflits étaient quant à eux relégués hors du cadre, au profit de « solutions » dépolitisées./p/div
div class='rss_texte'pLes intentions affichées par France 2 étaient ambitieuses : « iQuelles sont les causes de ces incendies incontrôlables ? Quelles solutions concrètes pour les prévenir ?/i » se demandait la chaîne de service public. La rédaction promettait des « iréponses, solutions et actions/i » au niveau « ide nos institutions, de nos entreprises [et] de nos citoyens/i », un « iconstat exhaustif des dégâts/i » et un retour « isur le manque de moyens rencontré/i ». Aux manettes, deux animateurs stars : Léa Salamé et Hugo Clément – ce dernier étant également producteur de l'émission via sa société « Winter productions ». Enfin un débat « pluraliste » sur l'environnement ? Un simple tour d'horizon du plateau laisse sceptique : aucun porte-parole syndical, aucun responsable politique, aucun acteur économique de la filière bois ; un seul militant, Thomas Brail, cantonné au rôle d'activiste de service./p
pÀ 21h, Léa Salamé donne le ton – ce ne sera pas celui de la critique, mais celui de l'emphase : « iToutes les antennes de France TV sont mobilisées pour sauver nos forêts/i ». C'est que « inos forêts sont vitales, elles nous permettent de respirer, elles nous apaisent/i ». Et « ice soir, on va agir pour elles, en finançant des actions très concrètes dans toute la France/i », précise-t-elle, enthousiasmée par le Téléthon environnemental qui s'annonce./p
pÀ l'image, plusieurs rangées de pompiers en uniforme : « iVenus de la France entière, ils ont combattu le feu tout l'été/i ». Cette émission, c'est aussi pour leur « irendre hommage/i »./p
/br
div class='spip_document_16656 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/forets_2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH280/forets_2-05e6d.png?1790935368' width='500' height='280' alt='' //a
/figure
/div/br
h3 class='article_intertitres'Les flammes, les héros et « Bobby »/h3
p/brDès les premières minutes, France 2 sort l'artillerie lourde. Des images de feu saturent le conducteur, une gamme chromatique rouge-orangée inonde l'écran. On voit des Canadairs plonger dans les bassins du château de Fontainebleau, des pompiers avancer devant des trombes de feu. « iOn fait comme on peut, parce que là c'est la guerre/i », témoigne l'un d'entre eux./p
p« iDes images inédites en région parisienne/i » défilent sur une musique grandiloquente. Mais le « ipire est encore à venir/i », annonce Hugo Clément : direction la Gironde et les Landes. Des camions cernés par les flammes, des silhouettes de pompiers au brasier, des files de voitures fuyant dans la nuit. Puis, des images d'habitants en pleurs : « iPour cette émission, nous sommes allés à la rencontre de ceux qui ont tout perdu en quelques minutes/i », annonce Léa Salamé. Il y a aussi les animaux, blessés, apeurés, privés de leur habitat. Une séquence entière est consacrée à la photographie d'une biche ; celui qui a pris la photo, encore un pompier, est invité à livrer « ice qu'il a vu et ressenti/i » pendant plusieurs minutes./p
pEn plateau, l'ambiance est émue et solennelle. Les récits et les anecdotes touchantes se succèdent, dans une surenchère d'incarnations meurtries. Applaudissements, standing ovation. Tout un rang de pompiers – les « ihéros de l'été/i », appuie Salamé – est invité à décrire ce qu'ils viennent de vivre. Le concours de superlatifs s'ouvre : « iextrême/i », « ihors-norme/i », « ihistorique/i »./p
pPuis, quand Léa Salamé s'improvise grand reporter de la 25e heure auprès d'une famille dont la maison a brûlé, au Porge, la mécanique du pathos franchit un nouveau cap. En plateau, Morgane, six ans, serre une peluche plus grosse qu'elle. France 2 diffuse d'abord les images de la caméra de surveillance montrant les premières flammes aborder la propriété – « ion entend le feu qui crépite/i » commente Salamé, qui témoigne : « iFranchement j'ai été choquée, comme tout le monde quand on voit les incendies à la télé ; mais quand on y va, même un mois plus tard, on se rend compte de l'ampleur des dégâts./i »/p
pVient le reportage : route entre les forêts carbonisées, petite musique mélancolique, visites des ruines familiales, souvenirs consumés. La réalisation nous gratifie d'un plan dans lequel la fillette fait un câlin à l'animatrice. Pendant la diffusion, son visage est incrusté à l'écran pour que le spectateur ne perde pas une miette de ses réactions. « iIl y a aussi des souvenirs qui ont brûlé, j'imagine/i », relance Salamé devant les décombres. À l'image, un vélo d'enfant calciné./p
pRetour plateau : la fillette est en larmes. « iOh non poulette, elle pleure/i », constate Hugo Clément. Léa Salamé en rajoute une couche et lui demande ce que lui « ia fait/i » le visionnage : « iÇa m'a fait pas très du bien/i », bafouille l'enfant, tandis qu'une journaliste de France 3 essuie ses propres larmes. Puis vient l'histoire de Bobby, l'ourse en peluche oubliée pendant l'évacuation, puis remplacée par les pompiers. « iComment on trouve les mots pour dire à sa fille de six ans que la maison a brûlé ?/i », enchaîne Léa Salamé, délicate. Le père n'en sait rien. Petit malaise en plateau. Violence ordinaire du spectacle./p
pDans « Sauvons nos forêts », l'information cultive le voyeurisme. Les conséquences ont des noms, des visages et des histoires ; des uniformes et des larmes. Les causes, nettement moins. Quelles entreprises organisent la sylviculture en France ? Qui sont les dirigeants politiques qui décident du niveau de risque et des moyens de prévention ? Quels sont les intérêts qui traversent la forêt française ? L'émission n'en dira mot. Les conséquences sont sur-incarnées en proportion de la désincarnation des causesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Ce constat qualitatif que nous ne cessons de poser rejoint les observations (…)" id="nh1"1/a]/span. L'hypervisibilité des unes dresse un écran de fumée devant les autres./p
/br
div class='spip_document_16657 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/forets_3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH280/forets_3-1d196.png?1790935368' width='500' height='280' alt='' //a
/figure
/div/br
h3 class='article_intertitres'« Les gens », « le cerveau humain » et le mystère de l'inaction/h3
p/brLes responsabilités sont en effet présentées sous forme d'abstractions commodes, dont les experts de plateau sont les médiums chevronnés. À commencer par Jérôme Fourquet, l'une des figures a href="https://www.acrimed.org/Jerome-Fourquet-faux-sociologue-mais-vrai"bien connues/a de l'entreprise de sondages et de marketing Ifop. Hugo Clément le présente d'emblée comme « il'homme qui connaît les Français et les Françaises mieux que personne/i »./p
p« iEst-ce que les gens vont zapper ?/i » lui demande Léa Salamé, à propos des incendies et du changement climatique. Fourquet observe que l'attention s'est déjà déplacée vers les prix du carburant (comme si « les gens » ne pouvaient pas avoir une conscience composée de différentes préoccupations : être inquiets de la situation écologique et avoir besoin d'un véhicule pour aller bosser). Puis viennent climatiseurs, piscines privées et cette grande découverte : le « icerveau humain/i » serait ainsi fait que « itrès vite, on repasse à autre chose/i ». Ainsi, à la question « pourquoi l'action politique demeure-t-elle défaillante malgré des décennies d'alertes scientifiques ? », s'en substitue une autre : « Pourquoi les gens ne comprennent-il pas durablement ? » Dans ce déplacement, les responsabilités politiques réelles disparaissent. Le problème écologique devient un problème cognitif./p
pLa manière dont Fourquet est mobilisé par les animateurs lui confère une fonction performative bien précise : laisser croire qu'il y aurait un lien direct entre l'opinion, « ila prise de conscience/i » et la conduite concrète des politiques publiques, manière d'appuyer le registre émollient de la « sensibilisation » dont raffolent les médias, pour finalement renvoyer l'impuissance vers la population elle-même. Puisque « les gens » ne sont plus dans le déni – « iils ont deux yeux/i », rappelle Fourquet – il faut bien leur trouver d'autres déficiences : le cerveau serait mal équipé pour prendre la mesure du problème./p
pIl y a là un joli tour de passe-passe médiatique : pendant plus de deux heures, France 2 construit un dispositif uniquement gouverné par l'événement – images chocs, émotions, victimes biographiées. Puis elle invite un sondeur pour expliquer que le problème viendrait du caractère volatil et « saisonnier »… du public. La télévision stigmatise ainsi chez les spectateurs l'attention intermittente qu'elle contribue elle-même à façonner. Au passage, la responsabilité des faiseurs d'opinion est escamotée. Et la climatologue Françoise Vimeux aura beau jeu de s'étonner que les incendies de l'été soient traités comme une « crise » davantage que comme une « trajectoire »./p
pIncidemment, Fourquet fournit pourtant une autre piste, qui restera inexploitée. Interrogé par Salamé sur le « ibesoin des Français de se reconnecter à la nature/i », le sondeur rappelle qu'il existe 3,3 millions de de propriétaires forestiers privés en France, des « igens qui ont investi ou hérité/i ». Une information qui aurait pu ouvrir sur la structure de propriété de la forêt française et des politiques de gestion afférentes. Mais pas du tout : psychologisée à son tour, la propriété reste codée comme la preuve d'un lien affectif. Tout au long de l'émission, la forêt restera un milieu sans économie./p
/br
div class='spip_document_16658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/forets_fourquet.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH280/forets_fourquet-655c0.png?1790935368' width='500' height='280' alt='' //a
/figure
/div
pFrançoise Vimeux rappelle ensuite que des plans d'action existent et que les armoires en sont déjà « iremplies/i ». Mais à la question de savoir pourquoi ils ne sont pas appliqués, elle « in'a pas la réponse/i ». Peut-être est-ce pour cela qu'elle a été invitée ? Lorsque Hugo Clément lui demande si les politiques prennent la question au sérieux, elle juge la question « idifficile/i » : « iCe qui se passe là, ça fait des décennies que les climatologues le rabâchent. […] J'ai quand même l'impression que nos politiques, ils comprennent ce qu'on leur raconte. […] Mais donc, je pense qu'il y a une grande incompréhension sur la compréhension./i » Les rapports de force économiques, les antagonismes sociaux et le poids de la propagande disparaissent alors derrière une aimable « incompréhension » générale./p
pFrançois Gemenne produit une dilution à peine plus subtile. Lorsque Hugo Clément lui demande pourquoi « inous reproduisons les erreurs du passé/i », au lieu de questionner ce « nous », il se fait philosophe : « iLa grande leçon de l'Histoire, c'est que nous n'apprenons jamais rien de l'histoire./i » Un nous si vaste qu'il ne désigne plus personne./p
pEn définitive, France 2 a décidé de construire un plateau où l'expertise est chargée d'authentifier un problème (la crise écologique), mais sans lui adjoindre les savoirs et les protagonistes capables d'en instruire les coordonnées politiques. L'expertise fonctionne alors comme un dispositif de clôture, de verrouillage./p
pTout le paradoxe de la « sensibilisation » s'exprime ici : au lieu de demander quels rapports de pouvoir empêchent l'appropriation des savoirs scientifiques et la traduction de ces derniers en politiques publiques, on continue de chercher un déclic psychologique par essence intangible. Ou la « prise de conscience » comme politique par défaut./p
/br
h3 class='article_intertitres'Des solutions « concrètes » – pourvu qu'elles ne soient pas politiques/h3
p/brHeureusement, Hugo Clément nous avait prévenus : malgré ce brouillard politique envahissant, « ides solutions existent/i ». Il y a même « ide l'espoir/i »./p
pJamy Gourmaud commence par le commencement : « la culture du risque ». Les comportements comptent ; il faut apprendre les bons gestes et ne pas jeter ses mégots. « i90 % des feux sont d'origine humaine/i », amalgame Léa Salaméspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Les causes « involontaires dues aux activités de particuliers » représentent (…)" id="nh2"2/a]/span. L'apprentissage des écogestes doit commencer « itout de suite/i », jusque « idans les écoles/i » : « ipas besoin d'imaginer des solutions pour dans 10 ans/i ». Pas besoin de vision politique ?/p
pDès lors, l'émission va pouvoir dérouler un catalogue de solutions « clé en main », sans plus s'attarder sur les causes structurelles de l'incendie climatique. Et dès que ces solutions cessent d'impliquer immédiatement conflits et distribution du pouvoir, « Sauvons nos forêts » se fait étonnamment exhaustive et précise : pastoralisme ; « hydrologie régénérative » ; ensemencement des nuages à l'iodure d'argent ; capteur sur les arbres ; caméras « dopées » à l'IA… Jusqu'aux Reapers de l'armée utilisés à des fins de surveillance, avec cette précision joviale : « Ça vous plaît ? C'est français »./p
pLes solutions techniques sont mises en images et montrées à l'écran. Mais on ne saura pas quels intérêts se cachent derrière ni comment les développer (comme le pastoralisme) ou les encadrer (comme l'IA) : un « journalisme de solutions » désincarné et dépolitisé. « iL'IA, elle va vous aider, les pompiers ?/i », interroge Salamé. Jamy Gourmaud affirme alors que l'IA permet déjà d'améliorer les prévisions. Thomas Brail s'empare du micro : « iL'IA ça consomme de l'eau et les pompiers ont besoin d'eau. Voilà, merci/i ». Mais Jamy reprend la main pour soutenir que « idans l'immédiat/i », l'outil existe. Fin de la discussion./p
pMême lorsqu'un sujet politiquement inflammable surgit – le nombre de Canadairs – la discussion bascule immédiatement dans la logistique industrielle. « iPas assez de Canadairs, c'est pas sûr/i », finasse Jamy Gourmaud, devenu expert en protection civile. Hugo Clément signale bien une commande annulée en 2024 par « ile gouvernement de l'époque/i », lequel restera sans nom – il s'agissait de celui de Gabriel Attal. Il faudra ensuite plusieurs relances pour que le colonel sur le plateau admette un « imanque/i » indéterminé./p
pPuis l'espoir renaît./p
pAu moment même où l'émission aurait pu faire atterrir politiquement ces solutions (qui les revendiquent, qui les freinent, quel budget, quelle hiérarchie, quelles évolutions normatives ?), Salamé annonce autre chose de « itrès important/i » : « iComment on passe du drame à la vie/i ». L'émission choisit alors d'envoyer Hugo Clément en forêt avec des agents de l'ONF, sur des parcelles qui ont brûlé en 2022 et en 2024. Et là, surprise : la forêt repousse./p
pPremier site : des arbres calcinés. Mais déjà une pousse vert fluo ! « iRegardez, ça repart déjà/i ». Deuxième site : « iDonc voilà à quoi ça ressemble après un incendie : donc ça repousse./i » Même que de nouvelles essences sont apparues « itoutes seules/i ». Retour plateau : « iÇa marche/i ». À la question « la nature reprend toujours ses droits », l'expert de l'ONF répond : « ila nature a horreur du vide/i »./p
pLa boucle narrative est bouclée. Après l'apocalypse, la renaissance. La « trajectoire » dont parlait Vimeux a disparu : France 2 l'a transformée en crise, avant d'offrir à cette crise sa résolution, sous forme de ihappy end/i. D'ailleurs, les sinistrés du Porge vont pouvoir reconstruire leur maison grâce aux assurances. Le solutionnisme très ifeel good/i de France 2 parvient à dénouer un péril historique tout en restant à la surface des choses./p
/br
div class='spip_document_16659 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/forets_clement.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH280/forets_clement-009bf.png?1790935368' width='500' height='280' alt='' //a
/figure
/div/br
h3 class='article_intertitres'Éteindre les polémiques/h3
p/brDu reste, la gymnastique rhétorique à laquelle se plie « Sauvons nos forêts » consiste à désarmer sans cesse les polémiques qui pourraient traîner dans l'esprit du téléspectateur. Si des controverses apparaissent, ce n'est jamais de façon suffisamment précise ou durable pour organiser la discussion, qui reste à bonne distance du débat contradictoire./p
pLa séquence Porge en fournit une bonne illustration. Après les larmes de Morgane (la fille) et l'histoire de Bobby (la peluche), Léa Salamé demande à Justine (la mère) si elle s'est sentie abandonnée par les pompiers au profit du Cap Ferret, « icomme on l'a dit cet été/i » : « iMoi, je partage ce sentiment, y a beaucoup de colère chez nous, beaucoup d'incompréhension […] Ce qui sûr, c'est que les habitants encore sur place ont vu les colonnes de pompiers être démobilisées./i » Hugo Clément actionne la lance à incendie : « iJustine, qu'on soit clairs, vous n'en voulez pas aux pompiers mais aux décisions qui auraient été prises./i » Puis il passe la parole au colonel, figure d'autorité, qui va s'évertuer à contredire la version de Justine et justifier le conditionnel de l'animateur, sans que le débat rebondisse. Polémique ouverte, polémique refermée./p
pMême chose sur la grève des pompiers. Elle est « mentionnée » par Hugo Clément, et quelques revendications finissent par affleurer : hausse du nombre de professionnels de 43 000 à 50 000 et de volontaires de 200 000 à 250 000. Mais comment y parvenir ? Quels arbitrages budgétaires impliqués ? Nouveau mystère. Aucun syndicaliste n'est présent en plateau pour étayer les revendications portées par les fédérations. Mais « ivoilà, c'était important de mentionner qu'une partie d'entre vous […] était en grève/i », conclut Salamé. « iMentionner/i » : un mot qui s'applique à toutes les controverses poliment traitées dans l'émission, tant il s'agit de cocher des cases./p
pCelle de l'activiste de service est cochée par la présence de Thomas Brail, fondateur du GNSEA, le Groupe national de surveillance des arbres. D'abord relégué au fond de la salle, il aborde (un peu) les mots qui fâchent : légiférer, propriétaires, coupes rases, monoculture, modèle économique. Mais sa première intervention est rapidement coupée par Léa Salamé, qui l'empêche de développer./p
pPuis viens la seconde, sur les monocultures (cette fois, il est au premier rang). Elle amorce (presque) une critique de l'émission elle-même, de ses déplacements sémantiques : « iSi dans deux ans vous voulez qu'on fasse encore des émissions comme ça pour récupérer des dons […], il faut continuer à faire ce modèle de plantations. […] Et le traitement médiatique aujourd'hui, je trouve qu'il est… C'est dommage parce qu'on parle de forêt en permanence. Ce ne sont pas des forêts./i » Il parle encore « imodèle économique/i » et interpelle « il'État/i ». Hugo Clément nuance en invoquant le cas particulier du sol landais et Léa Salamé rappelle que c'est Napoléon III qui a initié ces monocultures de pins. Circulez…/p
pPuis l'émission lance opportunément une archive de l'INA, sur les incendies historiques de 1949. Et là, miracle. Revenant sur les coupables de l'incendie, le journaliste de l'époque est sans appel. Les responsables « ise nomment l'homme, l'argent, le pin/i ». L'argent. Il aura fallu une archive de 77 ans pour qu'apparaisse, aussi brièvement qu'un mirage, le principal absent de la soirée./p
pJamais les procédures répressives en cours contre Thomas Brail (il sera même arrêté a href="https://reporterre.net/Le-militant-Thomas-Brail-interpelle-sur-le-chantier-de-l-A412" class="spip_out" rel="external"quelques jours plus tard/a) n'auront quant à elles été « mentionnées » – ni d'ailleurs a href="https://www.lemonde.fr/planete/article/2024/02/29/a-69-le-rapporteur-des-nations-unies-demande-des-mesures-immediates-pour-proteger-les-opposants-au-projet-d-autoroute_6219270_3244.html" class="spip_out" rel="external"les remontrances du rapporteur de l'ONU/a au sujet des politiques de maintien de l'ordre brutales à l'encontre des militants écologistes, comme par exemple sur le chantier de l'A69. Il aura été toléré comme personnage ; jamais comme protagoniste de la lutte./p
/br
h3 class='article_intertitres'Faites un don et regardez la pub/h3
p/brC'est qu'il existe une solution moins coûteuse que la lutte pour « agir » : donner de l'argent. À peine cinq minutes après le début de l'émission, Hugo Clément propose aux téléspectateurs quelque chose de « itrès concret/i » : « iVous pouvez agir/i »… en donnant de l'argent à une grande association environnementale, France Nature Environnement (FNE). Léa Salamé rappelle qu'une émission précédente avait déjà permis de lever plus de 2 millions d'euros. « iVous pouvez changer les choses/i », assure-t-elle, allant jusqu'à demander aux enfants présents devant l'écran d'inciter leurs parents à donner. Un QR code apparaît à l'écran. On peut changer le monde et « sauver les forêts » sans sortir du dispositif télévisuel, avec un simple smartphone. Chic !/p
pPuis le QR code et l'appel aux dons reviennent. Ils scandent l'émission toutes les quinze minutes en moyenne – au total, pas moins d'une dizaine de sollicitations sont effectuées par les animateurs en 2h30 d'émission. Léa Salamé va jusqu'à faire elle-même la manip en plateau et Hugo Clément rappelle, calcul à l'appui, que les dons sont défiscalisés./p
pMais ce n'est pas fini. À la moitié de l'émission, les animateurs annoncent une coupure pub « solidaire » : « iNous avons été autorisés exceptionnellement à diffuser un écran publicitaire solidaire, avec des annonceurs qui s'engagent aux côtés de France Télévisions et toutes les recettes seront intégralement reversées aux sentinelles de la nature de FNE et à l'OFB./i » En guise d'annonceurs, de grandes entreprises privées : Leroy Merlin, la Maif, Carrefour, Intermarché et même Dior (LVMH, Bernard Arnault). Toute la gamme du greenwashing propre à l'écologie du spectacle se déploie sous nos yeux pleins d'espoirspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Là où les choses deviennent franchement ironiques, c'est que Leroy Merlin (…)" id="nh3"3/a]/span./p
pRemarquons que les « entreprises » faisaient partie des acteurs que l'émission était censée interroger, au même titre que les institutions (qui n'auront pas été problématisées non plus) et les citoyens – selon ses propres termes. Or, elles finissent par apparaître uniquement sous la forme d'annonceurs vertueux alors qu'elles auraient dû être l'objet d'enquêtes./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brAu terme de notre relevé, ni les noms du président de la République, ni celui du Premier ministre, ni celui de la ministre de la Transition écologique n'auront été prononcés. Ni, ia fortiori/i, celui du mode de production responsable de la crise écologique : le capitalisme./p
pSi le changement climatique est « mentionné », sa texture politique et sociale reste ainsi hors-champ. On passe alors du climatoscepticisme au a href="https://www.acrimed.org/Canicule-secheresse-incendies-dans-les-medias-le"climato-présentisme/a : les forêts brûlent de temps à autre, mais grâce à quelques dons ponctuels, elles sont vite remises sur pied. Dans ce cadrage, la politique disparaît./p
pD'ailleurs, dans les toutes dernières minutes de l'émission, si la politique est (enfin) convoquée à la barre, c'est pour être immédiatement répudiée : « iEst-ce que vous pensez que le changement climatique va faire partie des thèmes centraux de la présidentielle ?/i » demande Hugo Clément, comme si le salut des forêts passait par une simple mise à l'agenda, plutôt que par un affrontement politique. « iC'est une question qui est évidemment, intrinsèquement politique. Parce qu'elle touche à l'organisation de la société. À l'organisation de l'économie. […] Le risque, je crois, c'est que les campagnes électorales ça sert aussi à cliver des positions, et moi je crains parfois que les questions d'écologie ne deviennent parfois des sortes de totems idéologiques que s'accapare un camp/i » répond doctement François Gemenne./p
pEt c'est peut-être cette intervention conclusive qui traduit le mieux le sens de cette émission – et plus généralement du traitement médiatique réservé au sujet : prétendre sauver l'environnement sans jamais parler d'écologie./p
p/brstrongClément Sénéchal/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanCe constat qualitatif que nous ne cessons de poser rejoint les observations quantitatives de l'Observatoire des médias sur l'écologie, dont a href="https://observatoiremediaecologie.fr/publication/bilan-semestriel-2026/" class="spip_out" rel="external"le dernier rapport semestriel/a montre, chiffres à l'appui, que « les causes » du réchauffement climatique sont « itrès peu visibles dans la plupart des médias audiovisuels/i »./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLes causes « iinvolontaires dues aux activités de particuliers/i » représentent « ienviron 15% des départs/i », d'après a href="https://www.georisques.gouv.fr/consulter-les-dossiers-thematiques/dossier-expert-sur-les-feux-de-foret#summary-target-1" class="spip_out" rel="external"Géorisques/a. Pourtant, dans les médias, elles prennent souvent le pas sur les causes « iinvolontaires dues aux travaux/i » (35%) et les causes « iaccidentelles, notamment liées aux infrastructures de transport/i » (15%). Moins sur les causes « iintentionnelles/i » (15%) en revanche./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanLà où les choses deviennent franchement ironiques, c'est que Leroy Merlin commercialise des marchandises à base de bois PEFC, a href="https://www.wwf.fr/sites/default/files/doc-2026-02/2026-01-Inter-ONG-Forets-Rapport-Analyse-Revision-Certifications.pdf" class="spip_out" rel="external"un label décrié/a par l'ensemble des associations environnementales dont… la FNE. Carrefour et Intermarché ne sont pas en reste, puisqu'a href="https://mightyearth.org/fr/article/complice-des-feux-de-forets-au-bresil-carrefour-nous-enfume/" class="spip_out" rel="external"ils sont épinglés/a par des ONG pour leur contribution à la déforestation importée. Intermarché est même accusé de commercialiser des pellets présentés comme « issus de forêts locales gérés durablement » qui proviendrait en fait de coupes rases de feuillus français, a href="https://www.canopee.ong/communiques-presse/dans-un-hypermarche-intermarche-canopee-alerte-sur-les-granules-de-bois-issus-de-forets-rasees/" class="spip_out" rel="external"selon l'association Canopée/a, étrangement absente du plateau. Quant à la Maif, Reclaim Finance a href="https://reclaimfinance.org/site/2026/02/05/lassurance-vie-a-lere-de-lurgence-climatique-une-offre-en-uc-hors-de-controle-loin-des-attentes-des-epargnants/" class="spip_out" rel="external"relève/a que certaines unités de compte proposées dans son offre d'assurance-vie restent exposées à des entreprises développant de nouveaux projets pétro-gaziers, malgré les engagements climatiques affichés. Passons enfin sur a href="https://www.oxfamfrance.org/rapports/les-inegalites-carbone-tuent/" class="spip_out" rel="external"le bilan carbone du multimilliardaire Bernard Arnault/a ; mais notons qu'il ne sera jamais question de l'ISF climatique dans les solutions listées par a href="https://www.acrimed.org/Lea-Salame-archange-mediatique-des-grands-patrons"Léa Salamé/a./p
/div/div
jeu, 2026-10-01 09:22
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/rn-18393.png?1790839378' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pVerbatims contre l'amnésie médiatique et les falsifications historiques./p/div
div class='rss_texte'pLundi 28 septembre, a href="https://www.mediapart.fr/journal/politique/280926/les-banques-sont-toutes-detenues-par-des-juifs-jordan-bardella-face-ses-ecrits-antisemites" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a révèle des propos antisémites que Jordan Bardella aurait tenus ou écrits du temps de ses premières années de militant lepéniste. Les grands classiques de l'antisémitisme « iobsessionnel/i » d'extrême droite s'y trouvent réunis : les juifs et les banques, les juifs et le « inouvel ordre mondial/i », etc. Les révélations font le tour de la presse en moins de temps qu'il ne faut pour dire « nazi » : dépêche AFP, « push » de l'application du iMonde/i, sujets dans les journaux télévisés, éditos dans les premières pages de journaux…/p
pNous essaierons de revenir sur la touchante prudence avec laquelle nombre de médias ont repris ces informations, rappelant systématiquement les farouches démentis de Jordan Bardella, anticipant la défense de ce dernier (et la communication du parti) en s'interrogeant notamment sur la pertinence d'une éventuelle « excuse de minorité », jugeant opportun de diffuser in extenso la prise de parole du duo Le Pen-Bardella, polarisant le commentaire autour des méthodes d'enquête de Mediapart.../p
pSignalons tout de même l'attitude exemplaire de Ruth Elkrief qui s'est refusée à tout commentaire sur son plateau de LCI au nom d'une saine « prudence » : « iC'est très compliqué de commenter comme si c'était une vérité révélée, on attend, c'est normal, c'est notre prudence, notre conscience professionnelle./i » (28/09) Une conscience professionnelle qui, quelques mois plus tôt, n'avait cependant pas empêché Mme Elkrief de diffuser et de commenter, avec d'autres, a href="https://www.acrimed.org/Rima-Hassan-et-la-drogue-fiasco-mediatique"une fausse information (grossière)/a contre Rima Hassan. Un double standard exemplaire du « professionnalisme » à géométrie variable de l'éditocratie telle qu'elle pérore./p
pComme l'ont souligné de nombreux journaux, c'est « ile visage de la dédiabolisation [qui] devient celui de l'antisémitisme/i » (Le Soir, 29/09). « iCes révélations font voler en éclats quinze ans de "dédiabolisation", une stratégie dont l'eurodéputé était l'incarnation même/i », écrit aussi Mediapart. En effet… Toutes celles et tous ceux qui avaient a href="https://www.acrimed.org/-Les-medias-et-le-Front-National-"entonné (et mis en application)/a le refrain de la « normalisation » du RN semblent tomber de leur chaise devant la matrice idéologique de son jeune président, faite d'un mélange bien nauséabond de complotisme et d'antisémitisme. Comme si la réussite de cette stratégie de « dédiabolisation » n'était pas d'abord (et avant tout), comme l'a déclaré l'un des journalistes à l'origine des révélations, Antton Rouget, « iune défaite du journalisme/i ». Nous pourrions même dire, « un crash gigantesque » : des travaux universitaires aux enquêtes journalistiques, la presse avait sous les yeux tous les éléments permettant de ne pas tomber dans cette opération d'enfumage, mais une très large partie d'entre elle s'y est laissé prendre pendant 15 ans. Et de deux choses l'une : soit elle a choisi sciemment de les ignorer, soit elle n'a pas eu la curiosité de s'y intéresser. Quelle est l'hypothèse la plus problématique, surtout de la part de journalistes et de médias se présentant comme les sentinelles les plus résolues face à l'antisémitisme ?/p
pVoilà 15 ans de commentaires blanchissant le RN – ou rejetant ses tares sur la gauche radicale – qui viennent se fracasser contre iune/i enquête qui présente des ifaits/i. Et cependant, « iil n'y aura pas d'examen de conscience de la presse/i », ajoute, probablement à juste titre, Antton Rougetspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Lors de la réunion publique du Fonds pour une presse libre, mardi 29 septembre." id="nh1"1/a]/span. Mais nous ne saurons nous y résigner, et convaincus de la perfectibilité humaine, nous voulons permettre à cette ribambelle d'éditorialistes de relire leurs énormités à froid. À défaut de les voir se repentir, au moins, nous ne les oublierons pas./p
p/brbr class='manualbr' /- strongGuillaume Erner/strong (France Culture, 24/06/26) : « Quand, Marine Le Pen, avez-vous décidé de rompre avec l'antisémitisme de votre père ? »/p
p- strongAlain Finkielkraut/strong (« C à vous », France 5, 20/01/26) : « Il y a un parti antisémite en France, un seul, et passionnément antisémite comme l'a dit très justement Raphael Enthoven : c'est La France insoumise. »/p
p- strongJean Quatremer/strong (Radio J, 05/07/26) : « J'emmerde LFI, le premier parti antisémite de France, ils sont plus dangereux que le RN ! »/p
p- strongBruno Jeudy/strong (France 5, 01/09/26) : « [Pour Marine Le Pen], couper avec le père c'était aussi couper avec l'extrême droite qui était aux origines antisémite. »/p
p- strongArno Klarsfeld/strong (Europe 1, 15/08/26) : « Grâce à Marine Le Pen, le RN protège les juifs ! »/p
p- strongJean-Dominique Merchet/strong (sur X, 28/09/26) : « [...] On peut se réjouir de voir un grand mouvement politique abandonner enfin ces détestables lubies d'extrême droite. Ainsi de l'antisémitisme, comme l'a prouvé leur participation du RN [sic] à la manifestation du 12 novembre 2023. »/p
p- strongAlain Finkielkraut/strong (RTL, 21/02/26) : « C'est au Rassemblement national que l'antisémitisme peut être dit résiduel. »/p
p- strongIvan Rioufol/strong (sur X, 29/09/26) : « "Les banques sont toutes détenues par des juifs" : l'extrême gauche, antisémite et antisioniste, accuse Jordan Bardella de sa propre turpitude. »/p
p- strongFranz-Olivier Giesbert/strong (iLe Point/i, 12/11/25) : « Il faudra s'habituer : les milices de la sinistre SA des nazis sont revenues [...]. Aujourd'hui, leurs épigones, qui ont l'aval de la CGT, se disent propalestiniens (et de gauche). »/p
p- strongJean-Rémi Baudot/strong (Franceinfo, 24/03/25) : « Dans ce contexte, on semble voir un virage à 180 degrés du RN sur cette question [de l'antisémitisme]. Michaël Darmon, vous qui avez longtemps suivi le Front national en tant que journaliste, vous pensez que ce virage, il est sincère ? »/p
p- strongMichaël Darmon/strong (Franceinfo, 24/03/25) : « De la part de Marine Le Pen, c'est indéniable. De la part d'autres personnes qui sont autour d'elles, ses principaux lieutenants, par rapport à ce qu'on a pu connaître et par rapport surtout aux conversations qu'on a pu avoir tout au long de ces années, c'est clair que ce changement, il est majeur. […] En ce qui concerne effectivement cette évolution, pour la question que vous posez, ça, ça me paraît clair. »/p
p- strongFranz-Olivier Giesbert/strong (iLe Point/i, 14/05/25) : « Au secours ! Les antisémites sont revenus et ils ont la carte du camp du Bien ! »/p
p- strongLucas Jakubowicz/strong (Décideurs Magazine, 27/03/25) : « Au-delà des paroles, une révolution copernicienne est à mentionner. Pour la première fois, le RN a participé à des manifestations contre l'antisémitisme […] Le 9 octobre 2023 marque peut-être le début d'une nouvelle ère. »/p
p- strongRichard Malka/strong (France Inter, 02/12/25) : « L'abcès d'antisémitisme est fixé chez LFI aujourd'hui. »/p
p- strongRichard Malka/strong (iLe Parisien/i, 02/12/25) : « La haine des juifs a toujours été là, à l'extrême droite, mais pas assumée... Aujourd'hui, elle a migré vers la gauche radicale et est devenue cool et décomplexée. C'est un changement de monde. »/p
p- strongRaphaël Enthoven/strong (BFM-TV, 12/05/24) : « LFI est le premier parti antisémite de France. »/p
p- strongLuc Ferry/strong (Europe 1, 02/01/24) : « Marine Le Pen n'est ni raciste ni antisémite. »/p
p- strongLuc Ferry/strong (RTL, 03/01/24) : « Elle n'est ni raciste ni antisémite. »/p
p- strongMichel Eltchaninoff/strong (iPhilosophie Magazine/i, 04/07/24) : « Le parti fondé par Jean-Marie Le Pen a changé depuis que Marine Le Pen en a hérité. […] Arrivée à la tête du parti en 2011, Marine Le Pen a patiemment mis en place une stratégie de « dédiabolisation » destinée à supprimer ses freins à la progression électorale. Elle a ouvertement rompu avec l'antisémitisme (et avec son père), […] »/p
p- strongRobert Ménard/strong (BFM-TV, 17/06/24) : « Qui aujourd'hui est antisémite ? C'est LFI, pas le RN. »/p
p- strongGuillaume/strong Erner (France Culture, 17/06/24) : « La culture politique d'un Jordan Bardella est probablement éloignée de ce qui constituait le socle vichyste. »/p
p- strongFréderic Dabi/strong (iLe Figaro/i, 06/10/24) : « Il y a eu un passage de témoin maléfique entre LFI et le RN [sur l'antisémitisme]. »/p
p- strongMichel Winock/strong (iLes Échos/i, 11/10/24) : « L'extrême droite, réceptacle de longue date des passions antijuives, se trouve remplacée par l'extrême gauche. »/p
p- strongJérôme Fourquet/strong (France 5, 30/04/24) : « [...] stratégie de dédiabolisation, et la dernière étape c'est l'étape de la respectabilisation [...] qui s'est un peu construite en miroir de LFI. Et il y a un ingrédient tout à fait majeur [...] pour cette respectabilisation, c'est [...] l'antisémitisme. »/p
p- strongGauthier Le Bret/strong (C8, 12/06/24) : « Le RN est dans une stratégie de normalisation, et la LFI est dans la stratégie du chaos. Qu'est-ce qui est le plus dangereux ? La normalisation ou le chaos ? Ben vous avez répondu à la question »/p
p- strongValérie Bénaïm/strong (C8, 12/06/24) : « Il y a 20 ans, on se disait "Le FN au pouvoir on se casse tous". C'est marrant comme le paradigme s'est inversé »/p
p- strongCharles Consigny/strong (« C ce soir », France 5, 11/06/24) : « L'antisémitisme aujourd'hui, il est chez Rima Hassan, il est chez Jean-Luc Mélenchon, il est dans les manifs LFI. »/p
p- strongArno Karlsfeld/strong (iLe Parisien/i, 19/06/24) : « S'il fallait choisir entre le RN et LFI, je me rangerais du côté de mon père sans hésiter. » ; « Le RN a changé. On est aujourd'hui bien loin de ce parti des années 1990 dirigé par un Jean-Marie Le Pen. »/p
p- strongRaphaël Enthoven/strong (sur X, 01/05/24) : « La France insoumise est un mouvement antisémite, passionnément antisémite. C'est même le premier parti antisémite de France. Et le dire est un élément du débat. Désormais, c'est ainsi, c'est une opinion. »/p
p- strongArlette Chabot/strong (Sud Radio, 13/11/23) : « Marine Le Pen était donc présente [à la marche contre l'antisémitisme]. Le Rassemblement National confirme son entrée dans l'arc républicain. »/p
p- strongLuc Ferry/strong (LCI, 10/04/23) : « Je pense pas du tout que Marine Le Pen soit raciste, je pense qu'elle est absolument pas antisémite. »/p
p- strongCharles Sapin/strong (iLe Point/i, 11/10/23) : « S'il n'est pas nouveau, le soutien à la communauté juive et à l'État d'Israël n'a pas toujours été l'apanage du Front devenu Rassemblement national »/p
p- strongPaul de Coustin/strong (iLa Croix/i, 12/10/23) : « En défenseur des juifs, le RN poursuit sa normalisation »/p
p- strongArno Klarsfeld/strong (iLe Figaro/i, 09/11/2023) : « Pour moi, l'ADN de l'extrême droite, c'est l'antisémitisme. Donc, quand je vois un grand parti issu de l'extrême droite abandonner l'antisémitisme, le négationnisme, et marcher vers des valeurs républicaines, je m'en réjouis. Je prends acte de ces pas en avant du Rassemblement national »/p
p- strongCaroline Fourest/strong (France 5, 11/10/2023) : « Comme Marine Le Pen est impeccable, on n'a pas prise, nous, journalistes, pour parler de cette extrême droite antisémite. Alors que comme Mélenchon dérape et que Mathilde Panot bredouille, on a plus de facilité à parler de l'extrême gauche antisémite. »/p
p- strongMarylou Magal/strong (iL'Express/i, 11/10/23) : « Le RN et l'antisémitisme : histoire d'une dédiabolisation rêvée »/p
p- strongPhillipe Val/strong (Europe 1, 28/01/22) : « Y a des courants politiques compatibles avec l'antisémitisme. [...] L'extrême droite antisémite militante est quand même assez résiduelle en France, mais à l'extrême gauche, c'est plus grave. À cause du prétendu engagement pro-palestinien [...] »/p
p- strongGilles-William Goldnadel/strong (iLe Figaro/i, 10/06/22) : « […] si l'on regarde le refus de la démocratie, l'utilisation de la violence dans la rue, le racialisme et l'antisémitisme, alors, d'une certaine manière, l'extrême gauche aujourd'hui ressemble bien davantage au fascisme […] que l'extrême droite. »/p
p- strongAnne Rosencher/strong (Europe 1, 28/01/22) : « Même s'il doit rester de l'antisémitisme résiduel, culturel, à l'extrême droite, globalement [...] ces gens-là sont des vaincus de l'histoire. En revanche il réapparait [...] un antisémitisme qui vient de l'islamisme. »/p
p- strongGilles-William Goldnadel/strong (iLe Figaro/i, 14/11/22) : « L'antisémitisme n'est plus à l'extrême droite, il est passé à l'extrême gauche. »/p
p- strongDominique Reynié/strong (France 5, 11/04/22) : « Il y a peut-être un agenda caché, mais quand on regarde ses textes, ses discours, moi je n'ai... j'ai une fois, mais alors il y a dix ans, trouvé un propos qui était limite sur ces sujets-là, mais sinon il y a beaucoup moins d'écarts de langage, y compris sur des sujets comme l'antisémitisme, que Jean-Luc Mélenchon hein. Et donc quand on fait la liste des écarts de langage sur les valeurs, elle a tenu son discours à peu près correctement. C'est une droite nationale souverainiste mais je trouve qu'il faudrait quand même documenter davantage cette idée qu'elle est au fond en dehors du champ républicain. »/p
p- strongEugénie Bastié/strong (LCI, 08/04/19) : « Le nouvel antisémitisme, celui qui tue [...] ce n'est pas celui d'extrême droite, c'est celui...euh... l'islamogauchisme, un antisémitisme ancré dans une culture musulmane. »/p
p- strongGuillaume Tabard/strong (iLe Figaro/i, 15/02/19) : « Il y a certes le passé de certains fondateurs du FN […]. Mais depuis qu'elle a pris la tête du parti, Marine Le Pen a clairement rompu avec ces références ambiguës ou choquantes et toujours fermement condamné tous les actes d'antisémitisme. »/p
p- strongCécile Cornudet/strong (iLes Échos/i, 19/02/19) : « La lecture d'un antisémitisme venu du fondamentalisme islamiste, qui semble s'imposer dans l'agression d'Alain Finkielkraut, jette le trouble dans La France insoumise. Longtemps sujet empoisonné du Rassemblement national, l'antisémitisme l'est désormais pour La France insoumise. »/p
p- strongAlain Finkielkraut/strong (iLe Figaro/i, 03/04/18) : « La parenthèse raciste de l'antisémitisme se referme. Les antisémites du XXIe siècle se veulent antiracistes. Du fait de l'occupation par Israël de la Cisjordanie, ce n'est plus l'étoile jaune qu'ils clouent imaginairement sur l'objet de leur détestation, c'est la croix gammée. »/p
p- strongDépêche AFP/strong (09/11/18) : « L'antisémitisme du parti d'extrême droite s'est estompé sous la présidence de Marine Le Pen […] »/p
p- strongGilles-William Goldnadel/strong (iLe Figaro/i, 24/02/15) : « […] la violence anti-juive est le produit de l'islamo-gauchisme. La détestation d'Israël […] est son moteur moderne. L'antisémitisme issu de l'extrême droite, pour exister encore, est subalterne./p
p- strongJean-Yves Camus/strong (iLe Monde/i, 07/05/15) : « [Marine Le Pen] veut désormais faire sauter le verrou qui a barré au FN la route de la normalisation : celui de l'antisémitisme, de la fixation sur l'histoire de la seconde guerre mondiale, de la négation ou de la minoration du génocide des juifs. Simple tactique, objectera-t-on ! Je ne le crois pas. Marine Le Pen ne partage pas les idées de son père sur ces questions […]/p
p- strongValérie Igounet/strong (iLe Figaro/i, 11/06/14) : « La différence, entre 1987 et 2014, c'est que le patrimoine idéologique du FN a changé et que Marine Le Pen et son équipe bannissent désormais l'antisémitisme. »/p
p- strongWilly Le Devin et Dominique Albertini/strong (iLibération/i, 23/07/14) : « Reste, enfin, la vieille école des antisémites d'extrême droite. Si le thème a pu servir d'élément fédérateur au sein du Front national - en témoignent certains "dérapages" de Jean-Marie Le Pen –, il y est largement démonétisé aujourd'hui. »/p
p- strongIvan Rioufol/strong (iLe Figaro/i, 15/06/12 : « […] [L']extrême gauche vomit la démocratie libérale et flirte avec le nouvel antisémitisme, tandis que l'UMP est sommée de garder ses distances avec un FN qui s'est amendé de ses outrances. »/p
p- strongGuillaume Perrault/strong (iLe Figaro/i, 30/04/11) : « Pour son premier défilé du 1er Mai, Marine Le Pen cherche à faire le ménage parmi les manifestants, au risque de heurter la vieille garde du parti. […] La réaction de Marine Le Pen marque son souci de rejeter tout soupçon de complaisance envers le racisme et l'antisémitisme. »/p
p/brLa compilation que nous proposons ici, constituée de verbatims patiemment consignés par Acrimed, n'est évidemment pas exhaustive et est appelée à s'enrichir et s'actualiser au fil du temps. Pour lutter contre l'amnésie médiatique et contre les falsifications historiques, nous appelons nos lecteurs et nos lectrices à participer à cette œuvre collective : a href="https://www.acrimed.org/Nous-ecrire-nous-contacter"envoyez-nous/a vos observations et vos verbatims (précis, datés et sourcés) !/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLors de la a href="https://auposte.media/emissions/6-mois-pour-ne-pas-sombrer-les-medias-indes-dans-la-presidentielle" class="spip_out" rel="external"réunion publique/a du Fonds pour une presse libre, mardi 29 septembre./p
/div/div
mer, 2026-09-30 06:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/vahramian-9ee07.jpg?1790781650' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pDepuis le 7 octobre 2023, la rédaction de la chaîne de télévision de France Info est critiquée sur les réseaux sociaux pour sa couverture du Proche-Orient en général, et de la Palestine en particulier. Cette enquête, menée conjointement par Acrimed et a href="https://orientxxi.info/Palestine-France-Info-TV-la-fabrique-d-un-verrouillage-editorial" class="spip_out" rel="external"Orient XXI/a, vise à comprendre les ressorts d'un récit journalistique dominé par le point de vue israélien et marqué par un tropisme occidentalo-centré. Comment la chaîne d'information publique a-t-elle contribué à minimiser et à normaliser le pire en Palestine ?/p/div
div class='rss_texte'p« iElle m'a dit : "Je vous en veux beaucoup de m'avoir mise dans cette situation. Sachez que je risque ma place."/i » Elle, c'est la journaliste Camille Grenu s'adressant hors antenne à Rony Brauman après un passage sur le plateau du « 16h/18h » de France Info TV, le 31 août 2025. Invité ce jour-là pour parler d'une flottille en partance pour Gaza, l'ancien président de Médecins sans frontières fait face à Michel Fayad, éditorialiste dans les médias du groupe Bolloré Europe 1 et CNews, qui soutient que la priorité à Gaza est de désarmer le Hamas. Sommé par ce dernier de réagir, Rony Brauman répond vouloir mettre en regard de cette allégation la question du désarmement de l'État d'Israël. « iAh… Non… Je pense que ça ne va pas être possible/i, intervient alors la présentatrice Camille Grenu, coupant court à l'échange. iExcusez-moi, on a déjà eu cette discussion, on ne va pas pouvoir, en tout cas sur notre antenne, mettre sur le même plan Israël et l'organisation terroriste du Hamas. – Pourquoi ?/i », demande Rony Brauman à deux reprises. On ne saura pas, la présentatrice enchaînant en fixant son prompteur./p
pDepuis cet épisode, Rony Brauman n'a plus été invité sur France Info TV. Contactée, Camille Grenu nous a redirigées vers la direction de la communication, laquelle n'a pas donné suite./p
p« i[L]es gens auxquels nous donnons la parole, évidemment, […] ont le droit de dire ce qu'ils veulent dire/i », assurait quelques semaines plus tôt le rédacteur en chef du service « Étranger » de France Télévisions, Étienne Leenhardt, dans une émission du médiateur consacrée à Gazaspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« Israël/Gaza, la chronique impossible ? », « Votre télé et vous », France (…)" id="nh1"1/a]/span. À croire que non… D'autant que sur France Info TV, cet exemple n'est pas isolé, et rappelle les pratiques des chaînes concurrentes./p
pLorsqu'elle est créée en 2016 au sein de France Télévisions, la chaîne endosse la production de l'information en continu comme une mission de service public. Avec son slogan, « L'information n'est pas une opinion », elle entend prendre le contre-pied des chaînes d'information en continu privées diffusées par la TNT que sont LCI (groupe TF1), BFM-TV (groupe RMC BFM), et I-Télé (groupe Canal+), devenue CNews en 2017. Mais avec un budget nettement inférieur. Sans doute est-ce le pas qui a fait passer la chaîne du service public au service minimum./p
pSymptôme d'un traitement d'exception, l'interventionnisme médiatique constaté participe d'un verrouillage éditorial et politique autour de la question palestinienne. En particulier depuis le 7 octobre 2023, où le point de vue israélien domine la couverture de la chaîne d'information publique. À quoi mesure-t-on cette faillite journalistique et comment l'expliquer ?/p
/br
h3 class='article_intertitres'Des termes proscrits/h3
p/brDepuis cette date, nombre de présentateurs ne ménagent pas leurs efforts pour légitimer ou, au contraire, a href="https://orientxxi.info/gaza-l-escorte-mediatique-d-un-genocide,6983" class="spip_out" rel="external"discréditer certaines prises de position/a, quand il ne s'agit pas de proscrire une série de termes jugés non acceptables. Lorsqu'en novembre 2024 Rony Brauman qualifie Israël d'« iÉtat raciste/i » sur le plateau du « 16h/18h », le présentateur Patrice Romedenne prend immédiatement ses distances après avoir longuement défendu une grande « idémocratie/i », dont « ibeaucoup d'Arabes israéliens pensent […] qu'elle fonctionne/ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="« Le 16h/18h », France Info TV, 22 novembre 2024." id="nh2"2/a]/span »./p
pQuinze mois plus tard, c'est au tour de l'éditorialiste Brigitte Boucher de contester vigoureusement à la députée Danièle Obono (LFI) le droit d'évoquer un génocide à Gaza : « iC'est un terme qui n'est pas reconnu par la communauté internationale/i », tance une première fois la présentatrice. Qui insiste : « iEst-ce que vous comparez ce que vous appelez le "génocide" à l'Holocauste ? […] On ne peut pas parler de génocide aujourd'hui en tout casspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="« La politique s'éclaire », France Info TV, 21 février 2026." id="nh3"3/a]/span ?!/i »/p
pCe n'était pas un accident : l'eurodéputée insoumise Rima Hassan face à la journaliste Barbara Klein dans « Le 19h/20h » du 29 avril 2024, la sociologue Fabienne Messica face à Loïc de La Mornais dans son émission « Sur le terrain » le 15 septembre 2025, le président de Médecins du monde Jean-François Corty et le politiste Ziad Majed face à Patrice Romedenne dans « Le 14h/16h » des 11 octobre 2025 et 15 mars 2026… On ne compte plus les cas d'universitaires, juristes, élus, militants associatifs ou dirigeants d'ONG à avoir essuyé les tirs de barrage de leurs hôtes en raison de leur dénonciation d'un génocide à Gaza. Dans quel autre cas des intervenants extérieurs sont-ils ainsi quasi systématiquement rappelés à l'ordre, mis à l'index, empêchés de dénoncer des crimes internationaux par ailleurs a href="https://orientxxi.info/Genocides-et-crimes-de-masse-quelle-reponse-internationale" class="spip_out" rel="external"officiellement caractérisés/a ?/p
/br
div class='spip_document_16643 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage2_interviews.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH354/montage2_interviews-4fa03.jpg?1790740802' width='500' height='354' alt='' //a
/figure
/div
p/brAutre convention sémantique sur France Info TV : les Palestiniens sont des « prisonniers » ; les Israéliens, des « otages ». L'enfreindre expose à la plus haute sanction disciplinaire. En janvier 2025span class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="« France Info et "les otages palestiniens" : emballement sémantique et (…)" id="nh4"4/a]/span, un bandeau évoquant la libération de « i200 otages palestiniens/i », apparu seulement quelques secondes à l'antenne, a déclenché les foudres de la députée Caroline Yadan, qui annonce avoir saisi l'Arcom et réclame « iune sanction exemplaire/i ». Elle sera entendue : le rédacteur en chef est immédiatement suspendu. Une célérité saluée sur X par la directrice de la communication de France Télévisions, Muriel Attal, directement auprès de la députée, qualifiant les dirigeants de la chaîne de « iLucky Luke/i » (en référence au cow-boy, héros de Morris, « qui tire plus vite que son ombre »…). La rédaction de France Info TV condamne, elle, d'une seule voix un « iincident regrettable/i » (Société des journalistes), un « ititre totalement inapproprié/i » et même une « ierreur inadmissible/i » (direction de l'information). De son côté, le médiateur de France Télévisions, chargé de faire le lien entre les téléspectateurs et les chaînes du groupe, a relayé sur X l'injonction de la députée à ce que le rédacteur en chef soit « isévèrement sanctionné/i » ainsi que le post d'un journaliste d'I24News, chaîne d'information en continu basée en Israël, connue pour sa ligne favorable à la propagande israélienne, qui imputait indistinctement aux deux cents Palestiniens libérés la responsabilité d'« iattaques terroristes /i »./p
/br
div class='spip_document_16648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage_mediateur.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH262/montage_mediateur-938eb.jpg?1790740802' width='500' height='262' alt='' //a
/figure
/div/br
h3 class='article_intertitres'« Au plus près des soldats de Tsahal »/h3
p/brDes consignes ? Les journalistes de France Info TV que nous avons interrogés sont formels : il n'y en a pas. La structure de la chaîne suffit./p
pLe processus de nomination des chefs de bureaux et directeurs, de l'information ou de la rédaction, désignés pour le plus haut niveau par la présidente de France Télévisionsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Après avoir été nommée par l'Arcom, dont le président est quant à lui choisi (…)" id="nh5"5/a]/span, « ifavorise la cooptation et l'entre-soi concernant les postes importants/i », déplore Antoine Chuzeville, premier secrétaire du Syndicat national des journalistes (SNJ). Mais également un ruissellement par le haut de la ligne éditoriale et une homogénéisation des contenus./p
pUn encadrement qui fonctionne d'autant mieux que, structurellement parlant, tout est fait pour anesthésier les velléités de contestation. La précarité organisée, d'abord, puisqu'il est commun, comme dans toutes les chaînes de radiotélévision, publiques comme privées, de rencontrer des journalistes, des programmateurs, des éditorialistes et même des rédacteurs en chef en contrat à durée déterminée (CDD), renouvelables à l'envi./p
pLe manque d'espaces de discussion, également : « iAu sein de la rédaction de France Info TV, il n'y a pas eu de débat éditorial de fond sur la manière de traiter ce conflit/i », rapporte Georges Pinol, délégué syndical à la CGT à France Télévisions. Bilan des courses ? Aux yeux d'Antoine Chuzeville, « ile débat éditorial est confisqué/i »./p
pAgnès Vahramian, promue directrice de la radio France Info en novembre 2024 après avoir chapeauté, à partir de 2022, le bureau Moyen-Orient de France Télévisions – gros pourvoyeur de reportages pour France Info TV – a quant à elle une idée précise de la distribution des rôles dans la région : « iIsraël, sa vocation première […] est de donner un abri à sa population/i », déclarait-elle le 27 octobre 2023span class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="François Beaudonnet, « Au comptoir de l'info », France Télévisions, 27 (…)" id="nh6"6/a]/span, avant de laisser entendre qu'il n'y avait pas lieu de mettre en doute la parole de son armée, « iune institution qui produit de la communication, mais qui s'inscrit aussi dans un pays démocratique qui a des contre-pouvoirs/i ». La preuve ? Si l'armée mentait, cela se saurait, en partie parce que « ila presse pose des questions parfois dérangeantes/i ». Une spécialité d'Agnès Vahramian. En novembre 2023, pour France Info TV, la journaliste embarque « iau plus près des soldats de Tsahal à Gaza/i », le titre de son reportage, à entendre littéralement : à l'intérieur d'un char israélien entrant dans Gaza en empruntant « ile même chemin que les terroristes ont pris pour venir en Israël le 7 octobre dernier/i », décrit-elle le souffle court, bringuebalée dans l'habitacle, casque sur la tête. Là, au milieu des ruines de Beït Hanoun, le micro est tendu au colonel chef de brigade, qui déroule son discours, aux allures de communication officielle indiscutable…/p
/br
div class='spip_document_16642 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage1_vahramian.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH338/montage1_vahramian-dc031.jpg?1790740802' width='500' height='338' alt='' //a
/figure
/div/br
h3 class='article_intertitres'Entre « amis »/h3
p/brAux choix éditoriaux, révélateurs d'un tropisme pro-israélien plus ou moins conscient au sein des rédactions, s'ajoutent des partis pris assumés contre le mouvement de solidarité avec la Palestine, dont des étudiants, collectifs militants, citoyens lambda et personnalités politiques ont régulièrement fait les frais à l'antenne./p
pÉmanant le plus souvent de présentateurs et d'éditorialistes en vue sur France Info TV, ils donnent leur couleur à l'antenne. Les cas de Gilles Bornstein et d'Alix Bouilhaguet sont symptomatiques : aux commandes d'interviews, d'éditos politiques, mais aussi d'un magazine d'actualité pour le premier, les deux journalistes se sont notamment distingués par leurs interventions à charge contre des élus de La France insoumise au sujet de la Palestine, que l'on pense à Thomas Portes, Éric Coquerel, Aymeric Caron, Rima Hassan ou encore Manuel Bompard./p
pLe Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM), instance de régulation au rôle consultatif créée en 2019, a qualifié de « idéloyal/i » l'échange dirigé par Gilles Bornstein face à Rima Hassan le 30 avril 2024, et France Télévisions écopera d'une mise en demeure de l'Arcom quelques mois après l'interview de Manuel Bompard dans « Questions politiques », au cours de laquelle Alix Bouilhaguet avait égrainé un chapelet de fausses informations à propos du maire de New York Zohran Mamdani et de l'Unrwa./p
p« iL'information que nous produisons […] doit reposer sur des faits vérifiés, présentés avec précision, sans approximation ni biais. Elle doit distinguer clairement ce qui relève de l'information de l'opinion/i », alertait alors Philippe Corbé, fraîchement nommé directeur de l'information de France Télévisions, dans un e-mail adressé à l'ensemble de la rédaction./p
pUne profession de foi qui interroge, notamment au regard de la mansuétude dont bénéficient certaines vedettes de la chaîne, auxquelles ne sont réclamées ni réserve, ni pondération, et encore moins quelque impartialité. Éditorialiste sur France Info TV après avoir occupé de nombreux postes à responsabilité au sein de France Télévisions, Nathalie Saint-Cricq est assurément de celles-là./p
pLe 5 octobre 2025, en commémoration du 7 octobre 2023, la journaliste animait une table ronde au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) avec le polémiste Raphaël Enthoven et la romancière Émilie Frèche, ses « ideux amis/i ». Sur la scène de la salle Pleyel, Nathalie Saint-Cricq tutoyait le philosophe médiatique en l'écoutant religieusement diffamer la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, Francesca Albanese, accusée d'afficher un « isoutien objectif et explicite/i » au Hamas. Deux jours plus tard, elle passait de nouveau les plats au cofondateur du magazine réactionnaire iFranc-Tireur/i, cette fois-ci sur France Info TV… en le vouvoyant. Assuré du soutien de son intervieweuse, ce dernier eut toute latitude pour expliciter sa déclaration selon laquelle « iil n'y a aucun journaliste à Gaza, uniquement des tueurs, des combattants et des preneurs d'otages avec une carte de presse/i » (X, 15/08/2025)span class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire Hocine Bouhadjera, « "Il n'y a aucun journaliste à Gaza" : une réponse (…)" id="nh7"7/a]/span./p
/br
div class='spip_document_16644 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage3_cricq.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH347/montage3_cricq-503dc.jpg?1790740802' width='500' height='347' alt='' //a
/figure
/div/br
h3 class='article_intertitres'Suivisme paresseux et petites lâchetés/h3
p/brLa Société des journalistes (SDJspan class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Association de journalistes ayant pour rôle d'assurer l'indépendance de la (…)" id="nh8"8/a]/span) de France Info TV n'a, à notre connaissance, rien trouvé à redire publiquement. « iLes journalistes ont perdu l'habitude de questionner la ligne éditoriale/i », regrette plus généralement Georges Pinol. C'est sans doute là où le bât blesse : loin de se résumer aux partis pris d'une poignée de partisans zélés de l'État d'Israël, le tropisme de France Info TV est le produit d'un savant mélange d'acceptation collective, de mimétisme, de résignation, d'« évidences » idéologiques partagées, d'autocensure et de petites lâchetés. De suivisme paresseux, également : « iSi tu vas au ministère des Affaires étrangères français et qu'on te dit : "Ce n'est pas un génocide et Israël est une grande démocratie", quand tu n'as pas beaucoup bossé sur ces questions-là, tu répètes/i », reconnaît un journaliste de la maison. Un journalisme de cour qui n'est pas propre à France Info, mais auquel le média de service public n'échappe pas./p
pDepuis sa prise de fonction en septembre 2024 jusqu'en juin 2026, l'ambassadeur d'Israël en France Joshua Zarka a cumulé huit passages sur les plateaux de France Info TV, auxquels il convient d'ajouter deux invitations aux « 4V », l'interview matinale de « Télématin » (France 2) rediffusée de manière abrégée sur la chaîne d'information en continu. Un décompte qui n'inclut pas les quatorze interventions additionnelles du diplomate sur la iradio/i France Info, dont des extraits ont été régulièrement utilisés par la télévision publique pour habiller ses journaux d'information et magazines d'actualitéspan class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Tous ces contenus sont en outre indistinctement promus sur les réseaux (…)" id="nh9"9/a]/span./p
/br
div class='spip_document_16645 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage4_zarka.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH362/montage4_zarka-0c197.jpg?1790740802' width='500' height='362' alt='' //a
/figure
/div
pÀ titre de comparaison, l'ambassadrice de Palestine en France, Hala Abou Hassira, n'a été vue qu'une seule fois à l'antenne à la même période – et en duplex : un temps de parole de quatre minutes et vingt secondes./p
pLe « deux poids, deux mesures » n'est pas seulement quantitatif : il est aussi qualitatif. À la prévenance visant le représentant d'un État accusé de génocide devant la Cour internationale de justice répondent le discrédit et la défiance à l'encontre de Hala Abou Hassira. Le 22 septembre 2025span class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="Dans l'émission « Sur le terrain », titrée : « Palestine, que va devenir le (…)" id="nh10"10/a]/span, alors que la diplomate est interrogée sur la reconnaissance de l'État de Palestine par la France, le présentateur Loïc de La Mornais ferme le ban dès la deuxième (et dernière) question : « iJe sais très bien que vous ne représentez pas le Hamas, […] mais quel moyen, vous, Palestiniens de Cisjordanie, vous avez pour faire pression sur le Hamas […] pour que le Hamas fasse lui aussi un geste, notamment libère les otages et se démilitarise ?/i » Un disque rayé. La réponse n'ayant guère satisfait le journaliste, les propos de l'ambassadrice furent mis en doute une fois que cette dernière eût quitté le plateau : « iOn a entendu […] : "On est prêt à assumer la sécurité sous un seul État, Gaza et Cisjordanie". Est-ce que c'est crédible aujourd'hui avec ce qui reste du Hamas ? Et c'est pas rien ce qui reste du Hamas !/i »/p
pLes traitements à géométrie variable semblent du reste normalisés dans les hautes sphères. Un des journalistes avec lesquels nous nous sommes entretenus raconte s'être étonné auprès de ses chefs d'une telle audience de l'ambassadeur israélien alors que la chaîne s'abstenait par exemple de donner la parole à l'ambassadeur russe pour justifier l'invasion de l'Ukraine. « iIls m'ont répondu que ce n'était pas la même chose/i, rapporte le journaliste, iparce que la Russie a déclaré la guerre à l'Ukraine en l'envahissant, alors qu'Israël se défend contre la menace terroriste du Hamas qui l'a attaqué le 7 octobre 2023./i »/p
pAutre exemple, survenu cette fois lors de la commission de déontologie de France Télévisions en décembre 2025. Des élus CGT interrogeaient la direction sur la légitimité de la « itribune/i » offerte en plateau au porte-parole de l'armée israélienne Olivier Rafowicz, d'une part, et, d'autre part, sur la diffusion iin extenso/i d'une conférence de presse de Benyamin Nétanyahouspan class="spip_note_ref" [a href="#nb11" class="spip_note" rel="appendix" title="Ces deux épisodes ont respectivement eu lieu à l'antenne de Franceinfo TV (…)" id="nh11"11/a]/span. Les responsables de la chaîne ont réfuté le terme de « tribune » et argué que « iquand l'un des acteurs majeurs d'un conflit s'exprime, on le diffuse/i ». Une fausse information : à notre connaissance, France Info TV n'a jamais organisé d'interview avec un porte-parole du Hezbollah ou du Hamas, encore moins retransmis en direct un discours de leurs représentants. Questionnée sur ce traitement différencié, la direction de France Info TV n'a pas donné suite. Quant à Olivier Rafowicz, elle a estimé lors de la même réunion que « ile boulot [avait été] fait/i »./p
p« iLe présentateur […] s'adresse à lui par des "mon colonel"/i, ont alors insisté les élus CGT. iC'est ainsi qu'un subordonné doit s'adresser à un supérieur, pas un civil, encore moins un journaliste. Ne faudrait-il pas éviter ce genre de proximité à l'antenne ?/i » Réponse de la direction : « iUn civil peut utiliser cette formule pour questionner un militaire, ce qui n'empêche pas le journaliste de poser des questions incisives./i » Les courbettes ou le journalisme ? France Info TV a choisi./p
/br
h3 class='article_intertitres'Invisibilisation et omissions gênantes/h3
p/brC'est ainsi que, de domination hiérarchique en absence de dialogue, de pression en petites censures, les journalistes en viennent à intégrer un ensemble de règles et de codes tacites, qu'ils acquièrent « par l'expérience », « sur le tas », et qu'un certain nombre d'entre eux, pour ceux qui en prennent conscience, jugent vain de remettre en cause./p
pBeaucoup plus efficace qu'une intervention directe ou qu'une succession de consignes officielles émanant de la direction, une « autocensure d'ambiance » s'installe à bas bruit… et fait son œuvre. Les tendances du moment s'apprennent dans les couloirs, entre programmateurs et journalistes qui se passent le mot./p
pInterrogée sur l'invisibilisation de certains militants, juristes, chercheurs ou journalistes pourtant spécialistes de la question palestinienne, une journaliste reconnaît sans fard : « iDe toi-même, tu ne les appelles pas parce que tu sais que leur vision de la télé, c'est celle de la sociologie critique, et tu sais que c'est casse-gueule. Si tu commences à proposer un Alain Gresh/i [fondateur et directeur d'Orient XXI]i, un Akram Belkaïd/i [journaliste au iMonde diplomatique/i] iou autre, on va te dire non./i »/p
pAnecdote éloquente : dans la liste mensuelle d'octobre 2025 des invités de la chaîne d'information, nommée « Transparence », le nom de Dominique Vidal est assorti du commentaire suivant : « ijournaliste, ancien du/i Monde diplomatiquei, historien, souvent critiqué pour des positions hostiles à Israël/i ». Une étiquette exclusive. Bruno Tertrais, par exemple, y est présenté comme « idirecteur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), spécialisé en géopolitique/i » sans que soient nulle part mentionnées de quelconques « positions favorables à Israël », et ce, en dépit de l'activisme proverbial de cet « iéminent représentant de la recherche privée française/i », figurant parmi les « leaders d'opinion » solidement liés à Elnetspan class="spip_note_ref" [a href="#nb12" class="spip_note" rel="appendix" title="En décembre 2023, Bruno Tertrais participait à la conférence inaugurale du (…)" id="nh12"12/a]/span, lobby israélien auquel il rendait d'ailleurs hommage en 2020span class="spip_note_ref" [a href="#nb13" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire « Elnet. Découvrez Israël, ses colonies, ses technologies de (…)" id="nh13"13/a]/span. Pire encore, car il s'agit là d'omission, quand David Khalfa est invité sur un plateau de la chaîne d'information en continu, c'est au titre de chercheur spécialiste du Proche-Orient associé à la Fondation Jean-Jaurès. À notre connaissance, il n'est pas fait état des fonctions de chargé de relations avec les politiques auprès de l'organisation lobbyiste Elnet qu'il a exercées il y a une dizaine d'années. Elles en disent pourtant long sur son positionnement./p
pComme un gage de pluralisme, ce principe journalistique dont la chaîne se réclame – au même titre que la neutralité et l'impartialité –, un journaliste nous rappelle que les chercheurs Beligh Nabli, professeur de droit public à l'université de Paris-Est, Bertrand Badie, professeur émérite à l'Institut d'études politiques de Paris, ou encore Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités, critiques de la politique israélienne, comptent parmi les intervenants sur la chaîne. S'ils y ont en effet été invités, leurs interventions représentent si peu dans l'économie d'ensemble qu'elles ne suffisent pas à attester d'un pluralisme et d'une équité en bonne et due forme, tant du point de vue des prises de parole (et de leurs conditions) que des cadrages journalistiques. Par ailleurs, ces intervenants ne sauraient incarner un camp, ce qui semble être parfois le cas dans l'esprit des journalistes : comment peut-on raisonnablement mettre des chercheurs sur le même plan que des acteurs officiellement partie prenante ?/p
/br
h3 class='article_intertitres'Le spectre du « boulanger de Sinwar »/h3
p/brCes normes favorisent d'autant plus le récit dominant que les journalistes cultivent consciemment ou non un rapport différencié à leurs sources : un autre facteur à même d'expliquer la prédominance du point de vue israélien à l'antenne. « iL'armée israélienne est forte pour te donner des communiqués chiffrés qui ont l'air fiables, des vidéos très chiadées/i », note un journaliste./p
pLes atteintes au pluralisme relèvent-elles seulement d'une asymétrie matérielle entre les moyens de communication respectivement déployés par les parties israélienne et palestinienne ? La réponse est donc sans doute dialectique. « iIl fallait vraiment qu'on soit béton sur nos profils palestiniens/i, lance un membre de la rédaction. iIl ne fallait pas qu'on nous dise : "Son beau-frère est le boulanger de Sinwar"/i », l'ancien chef de la branche armée du Hamas, assassiné par l'armée israélienne en octobre 2024./p
pSurvigilance déontologique… ou suspicion ia priori/i ? Au cours d'un entretien, un confrère accrédite sans s'en apercevoir la seconde option : « iOn avait très peu de sources mobilisables parce qu'on ne pouvait pas aller sur le terrain, ni contacter des gens à Gaza dont on puisse être sûr qu'on pouvait leur faire confiance./i » Pour être crédibles, les témoignages palestiniens doivent être validés par un regard occidental : un crédo symptomatique de l'imaginaire professionnel des journalistes françaisspan class="spip_note_ref" [a href="#nb14" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir notamment « "Des victimes coupables" : comment les journalistes (…)" id="nh14"14/a]/span, travaillé par un impensé colonial./p
pLa chaîne dispose bien d'une poignée de correspondants à Gaza, mais ces derniers n'interviennent quasiment jamais à l'antenne. « iIls ne parlent pas français/i », justifie un journaliste à Paris. Ni anglais ? France Info TV n'aurait donc pas les moyens de financer des traducteurs ? Le budget est à « iune course de taxi près/i », nous répond-on. Il est regrettable de constater qu'une chaîne qui prétend couvrir l'actualité au Moyen-Orient ne dispose de compétences linguistiques ni en arabe ni en anglais./p
pDu reste, notre interlocuteur conteste tout « deux poids, deux mesures » quant au rapport qu'entretiennent les journalistes à leurs sources : « iIl fallait toujours remettre en question la parole israélienne/i », enchaîne-t-il spontanément./p
pL'affirmation résiste mal à l'observation régulière de l'antenne, où les éléments de langage des autorités civiles et militaires israéliennes sont souvent diffusés sans le moindre filtre. Y compris par les reporters de terrain./p
pCorrespondant à Tel-Aviv rattaché au bureau de France Télévisions, Maël Benoliel, ancien salarié d'I24News, la « CNN israélienne » fondée par un Patrick Drahi aux « imotivations sionistes sincères/i », d'après ses proches, cités dans le journal économique iLa Tribune/i au moment du lancement de la chaîne, s'est notamment distingué de manière répétée dans le rôle de télégraphistespan class="spip_note_ref" [a href="#nb15" class="spip_note" rel="appendix" title="« Gaza : une "inflexion" médiatique en trompe-l'œil », Acrimed, 18 juin 2025." id="nh15"15/a]/span. Le 15 mai 2025, par exemple, après avoir fait état des déclarations de l'Organisation des Nations unies (ONU) selon lesquelles la famine à Gaza constitue « il'une des pires crises alimentaires dans le monde/i », il relayait la propagande négationniste d'Israël : « iLors du dernier cessez-le-feu, plus de 25 000 camions remplis de nourriture, d'eau et de médicaments sont entrés dans l'enclave palestinienne et par conséquent, les stocks ont alors été largement réapprovisionnés. Il n'y a donc pour l'heure, selon l'État hébreu, aucune situation de famine à Gaza./i »/p
pSans doute une représentation accrue de voix et de témoignages palestiniens aurait-elle empêché que de tels récits circulent à l'antenne. Le correspondant de guerre palestinien Rami Abou Jamous, lauréat de trois prix Bayeux en 2024, a eu la parole à plusieurs reprises, en duplex depuis Gaza. Mais là encore, un seul exemple permet de mesurer le déséquilibre abyssal de France Info TV : selon le propre décompte de la chaîne dans ses pages « Transparence », entre octobre 2025 et juin 2026, il fut le seul journaliste palestinien représenté à l'antenne, où il est intervenu dix fois./p
pÀ titre de comparaison, sur ces neuf mêmes mois, la journaliste israélienne Rina Bassist a bénéficié d'une surface médiatique près de sept fois supérieure : pas moins de 67 passages en plateau. Alors que la propagandiste russe attitrée des médias Bolloré Xenia Fedorova, devenue l'incarnation de « ila menace d'ingérence/ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb16" class="spip_note" rel="appendix" title="L'expression est du ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, dans (…)" id="nh16"16/a]/span » fait l'objet d'un arrêté d'expulsion ministériel, Rina Bassist peut se répandre sur la télévision publique sans avoir à rougir de son CV : ex-ambassadrice adjointe d'Israël à Bogotá, elle a notamment travaillé pendant près de deux décennies dans le corps diplomatique avant de devenir correspondante internationale de la radio publique israélienne et chercheuse associée au sein du think tank israélien de politique étrangère Mitvim. Une négatrice en règle du nettoyage ethnique à Gaza, qui s'est progressivement retrouvée dans les petits papiers des rédactions télé en général… et de France Info TV en particulier./p
/br
div class='spip_document_16646 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/montage_bassist.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH277/montage_bassist-c57f3.jpg?1790740802' width='500' height='277' alt='' //a
/figure
/div/br
h3 class='article_intertitres'Le crash d'un modèle « low cost »/h3
p/brIl faut dire que ces « experts » savent se rendre disponibles auprès d'une chaîne en quête perpétuelle d'intervenants. Lancée en 2016 sur un modèle « low costspan class="spip_note_ref" [a href="#nb17" class="spip_note" rel="appendix" title="« Franceinfo, l'info autrement ? », Acrimed, 8 décembre 2020." id="nh17"17/a]/span », France Info TV se voulait à l'origine un modèle d'information de service public : factuelle, pédagogique, sobre et riche en reportages. Dix ans plus tard, l'espace grandissant laissé aux « talks », ces « vrais-faux débats » d'opinion gourmands en chroniqueurs tout-terrain, en a fait une chaîne d'info en continu comme les autres, où le commentaire prend le pas sur l'information./p
p« iL'audience a longtemps été très faible/i, explique le délégué syndical Antoine Chuzeville, idonc il y a eu la volonté de faire appel à des recettes qui fonctionnent pour pas cher. Il y a d'ailleurs eu le recrutement de cadres éditoriaux passés par I-Télé, BFM-TV, LCI, des journalistes d'Europe 1/i », se remémore-t-il. Une austérité économique qui s'est particulièrement aggravée sous le second mandat d'Emmanuel Macron à l'Élysée, inauguré par la suppression de la redevance télé, en août 2022span class="spip_note_ref" [a href="#nb18" class="spip_note" rel="appendix" title="Cette recette dédiée, qui rapportait environ 3 milliards d'euros par an à (…)" id="nh18"18/a]/span./p
pCertaines sources parlent d'un autre tournant en septembre 2024, au moment de l'arrivée de Laurent Delpech à la direction de l'information. Son crédo : « iMettre des "talks" tout le temps, partout, très longs/i », résume une journaliste. Une idée économe : « ion envoie beaucoup moins d'équipes sur le terrain/i », les invités ne sont de toute façon pas payés et les chroniqueurs enchaînent parfois « ihuit heures d'affilée/i »./p
pQuitte à considérer que tout est matière à « débat » et à raconter n'importe quoi en présence de n'importe qui ? Exemple exemplaire : « Gaza "Côte d'Azur" et si c'était possible ? », sujet présenté en deuxième partie de l'émission « L'Heure américaine » (05/02/2025), au cours duquel un cadre syndical de l'industrie hôtelière est invité pour discuter des conditions de réalisation pratico-pratiques de la « riviera » imaginée par Trump à Gaza. Au cours de ce moment de télévision, l'invité répond, sans interruption ni rappel à l'ordre, à la question de l'animateur : « iLa bande de Gaza en riviera, est-ce que ça a du sens pour le professionnel du tourisme que vous êtes ?/i » Suite au tollé que cette séquence a déchaîné, Alban Micoczy, le rédacteur en chef de l'émission, a été sanctionné à l'issue d'une commission disciplinaire. Le journaliste a exprimé une autocritique lorsque nous l'avons interrogé, indiquant avoir « icru pouvoir aborder l'objet sur le thème de la raison ; or l'objet d'origine est déraisonnable en lui-même/i » et admettant s'être « itrès clairement trompé de registre/i ». Il reconnaîtra « iavoir perdu le contrôle de l'émission/i » avec cette séquence d'une durée de « isept minutes sur cinquante/i », tient-il à préciser. Nous avons observé plus grande diligence pour faire cesser un désordre en plateau. Quelques semaines plus tard, le directeur de la chaîne, Laurent Delpech, écopait d'une motion de défiance votée à 87 % par la rédaction de France Info TVspan class="spip_note_ref" [a href="#nb19" class="spip_note" rel="appendix" title="Il cédera sa place à Muriel Pleynet en mars 2025, laquelle sera remplacée (…)" id="nh19"19/a]/span/p
pEst-ce à dire que toutes les leçons de cet épisode ont été tirées ? Rien n'est moins sûr… Si des journalistes de la chaîne y voient une conséquence quasi mécanique de l'obsession du remplissage et du journalisme de commentaire, la chefferie fait l'autruche. Lors de la commission déontologique du 4 juin 2025, le SNJ a bien tenté de demander des comptes sur cette affaire, révélatrice selon le syndicat des « ifragilités structurelles/i » de France Info TV. La direction a répondu qu'elle « ine souhait[ait] pas revenir sur les erreurs commises qui ont porté préjudice à la chaîne/i » et s'est contentée de faire valoir un « itravail de réorganisation/i » en interne : l'affectation de plusieurs journalistes à des « iprocess de vérification/i » et la mise en place… d'une « iéquipe dédiée au "talk"/i », dissociée de « il'équipe dédiée aux "news"/i ». Tout changer pour que rien ne change ?/p
/br
h3 class='article_intertitres'La tentation de la normalisation/h3
p/brReste ce constat : sur France Info TV, la Palestine sera apparue aux yeux des téléspectateurs davantage sous le prisme du commentaire. Les capacités du bureau Moyen-Orient de France Télévisions, qui fournit des contenus aux différents canaux de la télévision publique, paraissent dévitalisées. Arnauld Miguet, qui en a pris la tête en novembre 2024 en tant que correspondant permanent, n'a pas souhaité répondre à nos questions, faute d'accord de la part de sa hiérarchie, nous a-t-il dit. Il encadre désormais quatre journalistes, épaulés par des envoyés spéciaux ponctuels, ce qu'il reste des effectifs, après le licenciement, en 2011, des deux tiers des journalistes./p
pRésultat ? France Info TV déserte le terrain palestinien – et proche-oriental, plus largement – dès lors que les chefferies n'y entrevoient plus d'actualité « chaude ». Preuve en est, la diminution en flèche de la couverture de Gaza depuis le prétendu « cessez-le-feu » d'octobre 2025, alors que près de 1 300 Palestiniens ont depuis été tués par l'armée israélienne dans l'enclave, parmi lesquels 300 enfants en trois cents jours selon l'Unicef./p
pSelon les données de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), qui ne se veulent pas exhaustives mais permettent de dégager des tendances lourdes de médiatisation, les occurrences du terme « Gaza » ont en effet chuté de 92 % à l'antenne de France Info TV entre octobre 2025 et juin 2026. On remarque qu'entre janvier 2022 et septembre 2023 (inclus), les occurrences de « Gaza » sont quasiment inexistantes. Des dynamiques qui rejoignent peu ou prou celles observées par l'INA sur l'ensemble des grands médias audiovisuelsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb20" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir « Israël-Hamas : un an après l'attaque du 7 octobre, que retenir de la (…)" id="nh20"20/a]/span. Et qui ne démentent pas un constat tristement général : les grands médias se mobilisent au tempo d'Israël./p
/br
div class='spip_document_16647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/visuel8.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH296/visuel8-72b5c-c6e56.png?1790740802' width='500' height='296' alt='' //a
/figure
/div
p/brCette invisibilisation structurelle, aggravée par le blocus imposé par l'État d'Israël sur Gaza – inédit dans l'histoire par sa durée – a bien sûr des conséquences multiples sur le traitement de l'information. « iIl y a à la fois de la paresse intellectuelle et du lavage de cerveau/i, commente un journaliste. iEt puis à la fin, quand tu es allé six fois en Israël, que tu as rencontré les familles des victimes, tu as de l'empathie pour ces gens-là ; et tu oublies ceux que tu ne vois pas./i »/p
p« Oubli »… ou normalisation ? Le 16 août dernier, alors que le ministre israélien de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir appelait publiquement à assassiner « ide 30 à 40 personnes chaque nuit/i » à Gaza, « ides gens qui ne méritent pas de vivre/i », qui « ine sont même pas des êtres humains/i », France Info TV diffusait un reportage touristique sur les jardins suspendus de Haïfa, en Israël. « iUne spectaculaire brèche de verdure/i », s'émerveillait la journaliste. « iUne cascade luxuriante/i » de jardins « ià la symétrie parfaite/i », « iouverts à tous/i » et accueillant « iun million de visiteurs chaque année/i »./p
p/brstrongMeriem Laribi/strong et strongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« Israël/Gaza, la chronique impossible ? », « Votre télé et vous », France 3, 18 juin 2025./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /span« Le 16h/18h », France Info TV, 22 novembre 2024./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /span« La politique s'éclaire », France Info TV, 21 février 2026./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /span« France Info et "les otages palestiniens" : emballement sémantique et indignation sélective », a href="https://www.acrimed.org/France-Info-et-les-otages-palestiniens"Acrimed/a, 3 février 2025./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanAprès avoir été nommée par l'Arcom, dont le président est quant à lui choisi par le chef de l'État, Delphine Ernotte occupe ce poste depuis 2015./p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanFrançois Beaudonnet, « Au comptoir de l'info », France Télévisions, 27 octobre 2023. Toutes les citations qui suivent proviennent de cet entretien./p
/divdiv id="nb7"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanLire Hocine Bouhadjera, « "Il n'y a aucun journaliste à Gaza" : une réponse par les voix des survivants », a href="https://actualitte.com/article/133325/presse/il-n-y-a-aucun-journaliste-a-gaza-une-reponse-par-les-voix-des-survivants" class="spip_out" rel="external"ActuaLitté/a, 14 août 2026, à propos du projet « The Living Record », dans lequel « iplus de cinquante journalistes et professionnels des médias de Gaza ont enregistré des hommages à leurs confrères tués depuis le début de la guerre/i »/i./p
/divdiv id="nb8"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanAssociation de journalistes ayant pour rôle d'assurer l'indépendance de la profession face aux actionnaires et le respect des principes déontologiques./p
/divdiv id="nb9"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /spanTous ces contenus sont en outre indistinctement promus sur les réseaux sociaux via un seul compte (Franceinfo), dans une volonté affichée de « irenforcer […] la marque du média global, radio-tv-web/i »./p
/divdiv id="nb10"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spanDans l'émission « Sur le terrain », titrée : « Palestine, que va devenir le Hamas ? »./p
/divdiv id="nb11"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh11" class="spip_note" title="Notes 11" rev="appendix"11/a] /spanCes deux épisodes ont respectivement eu lieu à l'antenne de Franceinfo TV les 28 juin et 10 août 2025./p
/divdiv id="nb12"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh12" class="spip_note" title="Notes 12" rev="appendix"12/a] /spanEn décembre 2023, Bruno Tertrais participait à la conférence inaugurale du réseau « Agir ensemble », une émanation d'Elnet, pour lequel il assura également une « masterclass »./p
/divdiv id="nb13"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh13" class="spip_note" title="Notes 13" rev="appendix"13/a] /spanLire « Elnet. Découvrez Israël, ses colonies, ses technologies de surveillance… », a href="https://orientxxi.info/elnet-decouvrez-israel-ses-colonies-ses-technologies-de-surveillance,4453" class="spip_out" rel="external"Orient XXI/a, 26 janvier 2021./p
/divdiv id="nb14"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh14" class="spip_note" title="Notes 14" rev="appendix"14/a] /spanVoir notamment « "Des victimes coupables" : comment les journalistes français voient leurs confrères palestiniens ? », a href="https://www.arretsurimages.net/articles/des-victimes-coupables-comment-les-journalistes-francais-voient-leurs-confreres-palestiniens" class="spip_out" rel="external"Arrêt sur images/a, 29 avril 2025 et « a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/sur-le-gril/gaza-et-lillumination-vint-de-cnn" class="spip_out" rel="external"Gaza : et l'illumination vint de CNN/a », Arrêt sur images, 16 décembre 2023./p
/divdiv id="nb15"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh15" class="spip_note" title="Notes 15" rev="appendix"15/a] /span« Gaza : une "inflexion" médiatique en trompe-l'œil », a href="https://www.acrimed.org/Gaza-une-inflexion-mediatique-en-trompe-l-oeil"Acrimed/a, 18 juin 2025./p
/divdiv id="nb16"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh16" class="spip_note" title="Notes 16" rev="appendix"16/a] /spanL'expression est du ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, dans une tribune au a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/08/17/jean-noel-barrot-ministre-des-affaires-etrangeres-le-cas-de-xenia-fedorova-illustre-la-menace-d-ingerence-a-laquelle-nous-sommes-confrontes_6748361_3232.html" class="spip_out" rel="external"iMonde/i/a publiée le 17 août 2026./p
/divdiv id="nb17"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh17" class="spip_note" title="Notes 17" rev="appendix"17/a] /span« Franceinfo, l'info autrement ? », a href="https://www.acrimed.org/Franceinfo-l-info-autrement"Acrimed/a, 8 décembre 2020./p
/divdiv id="nb18"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh18" class="spip_note" title="Notes 18" rev="appendix"18/a] /spanCette recette dédiée, qui rapportait environ 3 milliards d'euros par an à l'audiovisuel public, a été remplacée par l'affectation d'une fraction de la TVA, soit une contribution beaucoup plus dépendante des arbitrages budgétaires annuels, et du pouvoir politique./p
/divdiv id="nb19"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh19" class="spip_note" title="Notes 19" rev="appendix"19/a] /spanIl cédera sa place à Muriel Pleynet en mars 2025, laquelle sera remplacée temporairement à la direction de la rédaction nationale de France Télévisions par… Nathalie Saint-Cricq !/p
/divdiv id="nb20"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh20" class="spip_note" title="Notes 20" rev="appendix"20/a] /spanVoir « Israël-Hamas : un an après l'attaque du 7 octobre, que retenir de la médiatisation du conflit ? », a href="https://larevuedesmedias.ina.fr/israel-hamas-un-apres-lattaque-du-7-octobre-que-retenir-de-la-mediatisation-du-conflit" class="spip_out" rel="external"La Revue des médias/a, 7 octobre 2024 et « Deux ans de guerre Israël-Hamas : un désintérêt progressif à la télé et à la radio », a href="https://larevuedesmedias.ina.fr/guerre-israel-gaza-hamas-conflit-data-mediatisation" class="spip_out" rel="external"La Revue des médias/a, 7 octobre 2025./p
/div/div
mar, 2026-09-29 10:21
div class='rss_chapo'pLe 4 août 2021, Souheil El Khalfaoui, 19 ans, a été tué au volant par un tir policier à Marseille. Quatre ans plus tard, Mediapart a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/230625/mort-de-souheil-el-khalfaoui-le-parquet-de-marseille-perdu-des-pieces-conviction" class="spip_out" rel="external"révélait/a la disparition de neuf pièces à conviction dans l'enquête. Le père et la tante de Souheil, Issam et Samia El Khalfaoui, ont fondé l'association Stop aux violences d'État (Save), à l'initiative d'une pétition qui a réuni 732 000 signataires en juillet 2026. Malgré une mobilisation dans des dizaines de villes, les 19 et 20 septembre, la tonalité médiatique peut se résumer en un mot : le désintérêt./p/div
div class='rss_texte'pContre la présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre : c'est le titre de la pétition signée massivement cet été a href="https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-6334?locale=fr" class="spip_out" rel="external"sur le site de l'Assemblée nationale/a. « iC'est la deuxième plus soutenue depuis la création de la plateforme. Mais la commission des lois, qui aurait pu s'en saisir pour organiser un débat, a préféré la classer le 21 juillet/i », a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/200926/marseille-plusieurs-milliers-de-personnes-manifestent-contre-le-permis-de-tuer" class="spip_out" rel="external"explique Mediapart/a (20/09). Le média a suivi des manifestants contre le « permis de tuer », à Marseille, à l'instar de a href="https://www.politis.fr/articles/2026/09/portfolio-non-au-permis-de-tuer-les-familles-de-victimes-en-tete-du-cortege-a-paris/" class="spip_out" rel="external"iPolitis/i/a ou a href="https://www.instagram.com/p/DdhEoBtDYuM/?img_index=1" class="spip_out" rel="external"StreetPress/a, qui ont publié des reportages photo à Paris./p
/br
h3 class='article_intertitres'Les pratiques du journalisme de préfecture/h3
p/brEn revanche, ce même 20 septembre, le sujet n'est jamais abordé a href="https://www.tf1.fr/tf1/jt-20h/videos/le-jt-de-20-heures-de-tf1-du-dimanche-20-septembre-2026-09112163.html" class="spip_out" rel="external"sur TF1/a, ni dans le journal de 13 heures, ni dans celui de 20 heures. Il était apparemment préférable, le midi comme le soir, de suivre des touristes achetant des bermudas. a href="https://www.franceinfo.fr/replay-jt/france-2/20-heures/jt-de-20h-du-dimanche-20-septembre-2026_8173025.html" class="spip_out" rel="external"Sur France 2/a, le traitement des manifestations a duré seulement vingt secondes, dans la deuxième partie du 20 heures. « iDes incidents ont émaillé ces rassemblements, notamment dans la capitale/i », précise Laurent Delahousse en lisant sa fiche. La séquence rapide montre un manifestant lançant un projectile, mais pas les charges policières captées notamment par des journalistes d'a href="https://x.com/Ab7Media/status/2101741125589442806" class="spip_out" rel="external"AB7 Media/a et du a href="https://www.youtube.com/watch?v=6dJ8rPOwlCg" class="spip_out" rel="external"Média/a : une hiérarchie de l'information et un cadrage devenus banals dans les grands médias, caractéristiques du journalisme de préfecture./p
pLe service public fait néanmoins un peu « mieux » que ses concurrents. Contrairement aux dispositifs de BFM-TV, LCI et CNews, plusieurs membres de la LDH et du Syndicat de la magistrature ont par exemple été invités sur Franceinfo. Mais face à des syndicalistes policiers : l'art du « débat pluraliste », sans doute… Le sujet a d'abord été abordé dans l'interview matinale de Matthieu Valet, député européen RN et ex-commissaire de police. « iÇa vous inspire quoi ces manifestations ?/i », lui demande le journaliste de Franceinfo, Antoine Comte, a href="https://x.com/franceinfo/status/2101576042125140379" class="spip_out" rel="external"avant d'insister/a sur « iun chiffre assez glaçant révélé a href="https://www.amnesty.fr/reperes/loi-presomption-de-legitime-defense-des-policiers-les-intox/" class="spip_out" rel="external"par Amnesty/a : depuis 2017 et la loi dite "Cazeneuve", qui visait déjà à mettre en place une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre, les tirs mortels de policiers sur des personnes à bord d'un véhicule ont été multipliés par cinq. C'est quand même extrêmement inquiétant./i »/p
p« Inquiétant ? » Pas pour Arlette Chabot. « iÉvidemment, en ce moment, ce n'est pas vraiment dans les préoccupations quotidiennes. Dans le débat politique, on est plutôt sur les prix des carburants et le pouvoir d'achat/i », affirme-t-elle a href="https://www.tf1info.fr/replay-lci/videos/video-lci-live-du-dimanche-20-septembre-2026-2465190.html" class="spip_out" rel="external"sur le plateau de LCI/a dimanche matin, avant une interview avec Bruno Bartocetti, syndicaliste policier, lancé sur « iles risques de débordement/i » dans le cortège parisien et « iles groupes de l'ultragauche qui vont affronter les forces de l'ordre/i ». « iC'est dommage qu'ils ne se mobilisent pas autant lorsqu'il y a des tirs à la kalachnikov dans les quartiers…/i », entame ce dernier, sous les rires de la présentatrice Anne-Chloé Bottet. Et tant pis si, après le départ du cortège parisien, la reporter Bénédicte Le Chatelier précise en duplex que « iça se passe très bien, c'est plutôt bon enfant/i » : les « débordements » font l'info./p
pParmi d'autres automatismes journalistiques. a href="https://www.tf1info.fr/replay-lci/videos/video-lci-direct-du-dimanche-20-septembre-2026-2465230.html" class="spip_out" rel="external"En plateau/a, le journaliste Frédéric Delpech rebondit par exemple en affirmant que « iJean-Luc Mélenchon fait de la confrontation avec la police une sorte de leitmotiv depuis plusieurs années/i ». Mêmes préoccupations futiles a href="https://www.bfmtv.com/replay-emissions/le-grand-oral-2027/video-l-integrale-du-grand-oral-2027-du-dimanche-20-septembre-2026_VN-202609200331.html" class="spip_out" rel="external"sur BFM-TV/a : « iEst-ce que comme les Insoumis vous dites : "la police tue" ?/i », demande le présentateur Marc Fauvelle lors du « Grand Oral 2027 » de Ségolène Royal. On ne comptera pas sur la présence à ses côtés du rédacteur en chef du service politique du iFigaro/i, Jim Jarrassé, pour rappeler que la France est a href="https://basta.media/violences-policieres-en-europe-la-france-parmi-les-pays-les-plus-mal-classes" class="spip_out" rel="external"l'un des pays d'Europe comptant le plus grand nombre de personnes tuées en garde à vue ou lors d'interventions policières/a. Il ne sera ainsi jamais question d'informer sur la liste des victimes de ces interventions policières – 52 décès en 2024 a href="https://basta.media/Refus-d-obtemperer-malaises-en-detention-Le-bilan-2024-des-interventions-policieres-letales" class="spip_out" rel="external"d'après Basta/a –, l'un des points que souhaitaient pourtant mettre en lumière les collectifs mobilisés. Du reste, sur LCI comme sur BFM-TV, les manifestants n'ont pas la parole : une double invisibilisation./p
pDans la matinale de RMC du lundi (21/09), si les manifestations sont évoquées, elles le sont uniquement sous le prisme de l'élection présidentielle, au moment de l'interview de la députée LFI Alma Dufour. « iLe texte doit arriver au Sénat, vous voulez stopper les débats parlementaires ?/i », commence par lui demander le chroniqueur de la matinale, Matthieu Belliard. Pendant ce temps, la mobilisation sociale est passée sous silence sur RTL. France Inter y consacre en revanche un reportage a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-grande-matinale/la-grande-matinale-le-7-9-du-lundi-21-septembre-2026-4699304" class="spip_out" rel="external"dans son journal de 7 heures/a, en donnant la parole à Issam El Khalfaoui. Les médias nationaux avaient pourtant du biscuit à disposition : de Brest à Strasbourg, en passant par Poitiers et Valenciennes, les titres de la presse quotidienne régionale comme a href="https://www.letelegramme.fr/finistere/brest-29200/non-au-permis-de-tuer-forte-mobilisation-a-brest-contre-la-presomption-dinnocence-pour-les-forces-de-lordre-7120732.php" class="spip_out" rel="external"iLe Télégramme/i/a, les a href="https://www.dna.fr/faits-divers-justice/2026/09/19/1-500-manifestants-disent-non-au-permis-de-tuer" class="spip_out" rel="external"iDNA/i/a, a href="https://www.lanouvellerepublique.fr/poitiers/non-tuer-n-est-pas-legitime-700-personnes-defilent-a-poitiers-contre-la-loi-dite-du-permis-de-tuer-pour-les-forces-de-l-ordre-1789835182" class="spip_out" rel="external"iLa Nouvelle République/i/a ou a href="https://www.lamontagne.fr/tulle-19000/actualites/en-correze-200-a-250-personnes-manifestent-contre-le-permis-de-tuer-il-faut-que-les-policiers-reprennent-leur-role-de-gardien-de-la-paix_15049701/" class="spip_out" rel="external"iLa Montagne/i/a ont réalisé comme souvent un compte rendu des mobilisations locales le 20 septembre./p
/br
h3 class='article_intertitres'Le décompte des manifestants : la police vous parle/h3
p/brFocalisation sur les débordements, invisibilisation des enjeux de fond, inégalités de traitement dans la distribution de la parole, silenciation des collectifs mobilisés, discrédités en leur absence… À ces biais s'ajoute le traditionnel suivisme médiatique à l'égard des chiffres officiels. Dans la presse quotidienne nationale, iLe Monde/i et a href="https://www.lefigaro.fr/actualite-france/laurent-nunez-redoute-des-debordements-en-marge-des-manifestations-contre-la-loi-sur-l-usage-des-armes-20260920" class="spip_out" rel="external"iLe Figaro/i/a reprennent une dépêche de l'AFP évoquant « iplus de 10 000 manifestants en France/i »... et ne la mettent pas à jour. « Plus de 10 000 personnes dans la rue en France contre "le permis de tuer" des forces de l'ordre », peut-on lire encore plus d'une semaine après en titre du format vidéo a href="https://www.lemonde.fr/videos/video/2026/09/20/en-images-plus-de-10-000-personnes-dans-la-rue-en-france-contre-le-permis-de-tuer-des-forces-de-l-ordre_6778408_1669088.html" class="spip_out" rel="external"du iMonde/i/a, alors que l'AFP évoquait « près de 50 000 personnes » le dimanche 20 au soir./p
pDans la dernière version de cette dépêche, que l'on retrouve aussi sur le fil d'actualité de a href="https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/200926/loi-sur-la-presomption-d-usage-des-armes-pres-de-50000-personnes-dans-la-rue-en-france" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a, le nombre de manifestants est annoncé de manière affirmative : « iPrès de 50 000 personnes, dont de nombreux sympathisants LFI, ont défilé dimanche à Paris, Marseille, Lyon ou encore Toulouse./i » La source est évoquée à partir du quatrième paragraphe : « iLe ministère de l'Intérieur/i ». Et cette estimation des autorités fait foi dans l'ensemble des médias. Une nouvelle fois, le train médiatique n'a donc pas attendu les organisateurs. « iSelon la préfecture nous étions 50 000, après le décompte des 100 villes mobilisées nous étions 150 000 à marcher à travers toute la France contre le permis de tuer/i », a href="https://www.instagram.com/p/DdlUND-Nye_/" class="spip_out" rel="external"a communiqué/a lundi 21 septembre l'association Stop aux violences d'État, sans trouver d'écho dans les médias. La dépêche AFP, reprise notamment par iLe Figaro/i, ne mentionnait pas non plus la pétition qui avait rassemblé 732 000 signatures en juillet./p
/br
h3 class='article_intertitres'Retour à l'anormal/h3
p/br« iVoitures brûlées/i », « itirs de mortiers/i »… Ce même week-end, les médias dominants ont préféré passer en boucle les images d'une « nuit d'émeutes » près de Tours. « iLa soirée a rapidement dégénéré à Saint-Pierre-des-Corps, après une intervention policière suite à un rodéo urbain/i, assure une reporter de BFM-TV en duplex à 6h30 le dimanche matin. iCe que l'on peut vous dire c'est qu'une collision a eu lieu entre une moto et un véhicule de la police, aux alentours de 19 heures [le samedi soir], sur le parking du centre commercial de La Rabaterie./i » Même cadrage sur les autres antennes de télévision, du JT de TF1 à CNews. « iLa moto est encastrée dans l'avant du véhicule/i », précise France 2 au journal de 13 heures. Un commentaire qui disparaît le soir-même, au profit du récit d'une « iintervention des forces de l'ordre pour mettre fin à un rodéo urbain/i »./p
pSur les chaînes en continu, les syndicalistes de la police Bruno Bartocetti (Franceinfo, LCI), David Debono (TF1, BFM-TV, CNews), Linda Kebbab (BFM-TV) ou Axel Ronde (Franceinfo, CNews, Europe 1, M6) investissent en masse les plateaux… et peuvent dérouler ce récit sans contradictoire. Les témoins du choc ? Cantonnés à quelques secondes dans les journaux. « iC'est arrivé devant moi, ils ont dû le courser sur cinquante mètres, ils n'ont pas ralenti du tout, ils l'ont tapé directement/i », rapporte par exemple un habitant dans un reportage de RTL lundi matin. RMC-BFM a aussi donné la parole à un témoin. « iVous ne l'avez pas vu freiner [le conducteur de la voiture de police] ?/i », demande le journaliste. « iPas du tout, il était pied au plancher/i », répond un habitant. Las… Ce ne sera pas suffisant, ce matin-là, pour que la journaliste Marie Chantrait remette en question le narratif officiel dans son « Face à Face » avec le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, qui préempte quant à lui le créneau matinal le plus exposé et le plus prescripteur de la chaîne…/p
pEt pour cause : dans les médias audiovisuels dominants, la police ne tue pas et la méthode du « a href="https://www.politis.fr/articles/2025/10/depuis-zyed-et-bouna-la-police-tue-toujours-plus/" class="spip_out" rel="external"parechocage/a » ne peut pas exister. Même quand le policier au volant est un élu du RN, comme l'a révélé a href="https://www.lanouvellerepublique.fr/chatellerault/info-nr-emeutes-a-saint-pierre-des-corps-le-policier-implique-dans-la-collision-avec-une-moto-est-un-elu-rn-dans-la-vienne-1790164004" class="spip_out" rel="external"iLa Nouvelle République/i/a mercredi 23 septembre./p
p/brstrongFlorian Lefèvre/strong/p/div
lun, 2026-09-28 18:34
div class='rss_chapo'pNous reproduisons a href="https://www.snj.fr/groupe-ebra-et-credit-mutuel-de-la-republique-des-lecteurs-la-dictature-du-clic/2704" class="spip_out" rel="external"ce communiqué/a du SNJ./p/div
div class='rss_texte'pPure maladresse ou énorme provocation ? Dans une communication interne plutôt audacieuse, au beau milieu d'une négociation sur un plan social d'envergure, qui prévoit jusqu'à 400 suppressions de postes sur l'ensemble des journaux du groupe Ebra, la présidente du groupe de presse Sophie Gourmelen a informé les salariés, ce mardi 23 septembre, du lancement dès le mois d'octobre, par le Crédit Mutuel, d'un a href="https://www.linforme.com/medias-culture/article/le-credit-mutuel-lance-un-think-tank-contre-la-desinformation-avec-laurent-berger_8810.html" class="spip_out" rel="external"think tank consacré à la lutte contre la désinformation/a. Difficile d'imaginer pire calendrier pour une telle annonce, alors que le groupe Ebra s'apprête à supprimer plusieurs centaines de postes de journalistes dans ses neuf quotidiens régionauxspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Dernières Nouvelles d'Alsace, L'Alsace, Le Républicain Lorrain, L'Est (…)" id="nh1"1/a]/span, en a href="https://www.snj.fr/secretaire-de-redaction-un-metier-sacrifie-sur-lautel-de-lintelligence-artificielle/2666" class="spip_out" rel="external"détruisant le métier de secrétaire de rédaction/a, dont les tâches (relecture, correction, réécriture, mise en page) seront confiées à plusieurs outils d'intelligence artificielle./p
pBaptisé la « République des Lecteurs », ce « laboratoire d'idées et d'actions », composé d'une douzaine de personnalités, aura pour mission d'œuvrer pour la « qualité de l'information », pilier du fonctionnement des démocraties. Selon les termes du communiqué interne, l'idée générale du projet serait de permettre à chacun « id'accéder à une information fiable/i », et de « icomprendre comment elle est produite/i », ceci afin de « idévelopper l'esprit critique face aux transformations de l'information/i », et de « ifaire vivre un débat public ouvert sur les grands enjeux de société/i »./p
pDommage que l'entreprise ne s'applique pas à elle-même ses beaux principes : le groupe Ebra n'a nullement l'intention d'informer ses lecteurs du fait qu'une grande partie de ses contenus auront été relus, corrigés et parfois reformulés par des machines, la supervision humaine de toute la production éditoriale étant assurée par des « valideurs »./p
pA propos de désinformation, le contraste est saisissant entre les intentions affichées et la réalité de ce que le Crédit Mutuel et le groupe Ebra envisagent de faire subir aux rédactions de leurs journaux. Non content de confier à des outils d'intelligence artificielle générative une partie des missions éditoriales qui incombent aux journalistes, le groupe de presse entend contraindre tous ses journalistes de terrain à utiliser l'IA dans leur production éditoriale quotidienne./p
pLes outils étant intégrés au système éditorial, les reporters ne pourront pas valider leurs articles sans participer à l'entraînement des modèles ou à l'inférence des IA, l'IA étant chargée de générer un résumé de chaque article (de plus de 2000 signes) et plusieurs titres, dont un destiné à alimenter Google Discover. L'un des objectifs non écrits de ce plan sera de se conformer aux exigences du référencement, la course aux audiences du web. De la « République des Lecteurs » à la dictature du clic, il n'y a qu'un pas./p
pLes représentants des sections SNJ de l'ensemble des titres du groupe Ebra, majoritaires dans la plupart de ses rédactions, enjoignent la direction du Crédit Mutuel et les dirigeants du groupe de presse à renoncer, ou à revoir en profondeur ce projet, qui ne pourra à terme que faire du mal au journalisme, à l'information de proximité, et à la démocratie./p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanDernières Nouvelles d'Alsace, L'Alsace, Le Républicain Lorrain, L'Est Républicain, Vosges-Matin, Le Bien Public, Le Journal de Saône-et-Loire, Le Progrès, Le Dauphiné Libéré./p
/div/div
jeu, 2026-09-24 12:01
div class='rss_chapo'p« Complément d'enquête », France 2, 17 septembre 2026./p/div
div class='rss_texte'p« iEn quelques mois, elle s'est fait une armée d'ennemis, mais pour certains, elle est un modèle./i » Dès les premiers mots de a href="https://www.youtube.com/watch?v=dAIeCT0MVjQ" class="spip_out" rel="external"son reportage/a, Tristan Waleckx pose une problématique binaire, caricaturale et dépolitisante, centrée sur la personnalité de Rima Hassan : on l'aime ou on la hait. D'ailleurs, « il'étoile montante des Insoumis partage avec Jean-Luc Mélenchon/i » de nombreuses choses, poursuit le présentateur. Des combats et des valeurs politiques ? Non : « iLe goût du clash, de la provoc, et du rapport de forces./i » Voilà une enquête de fond qui s'annonce. Son titre donne le ton : « Keffieh, tweets et polémiques : la méthode Rima Hassan »./p
/br
h3 class='article_intertitres'Hiérarchie de l'info/h3
p/brLe lancement « plateau » du reportage donne d'emblée une information importante, sans toutefois s'y arrêter : « iElle est aujourd'hui la politique la plus poursuivie de France. Rima Hassan n'a jamais été condamnée, mais en deux ans, elle a été visée par 22 procédures judiciaires/i » – on apprendra plus tard dans le reportage que 16 de ces procédures sont déjà classées. De quoi conduire le présentateur à s'interroger sur le « iharcèlement judiciaire et politique/i » subi par l'eurodéputée, comme l'ont récemment fait 5 rapporteurs indépendants de l'ONU a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/08/31/apologie-du-terrorisme-cinq-rapporteurs-speciaux-de-l-onu-prennent-la-defense-de-rima-hassan_6762854_3224.html" class="spip_out" rel="external"dans un courrier au gouvernement français/a ? Non : là n'est pas le sujetspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Au détour d'une phrase et en toute fin de reportage, la rédaction de « (…)" id="nh1"1/a]/span ! Au contraire, Waleckx diffuse, en iteasing/i, et afin d'illustrer son lancement sur « ila politique la plus poursuivie de France/i », 5 secondes d'une interview fracassante de François-Xavier Bellamy (LR), qui se dit « menacé de mort » par Rima Hassan (sa plainte a été classée sans suite), précédées par la lecture de quelques bouts de tweets./p
pPuis, Waleckx évoque enfin dans son lancement la véritable révélation contenue dans son reportage : le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez aurait lui-même participé à la propagation de la fake news « drogue » contre Rima Hassan, a href="https://www.acrimed.org/Rima-Hassan-et-la-drogue-fiasco-mediatique"en avril dernier/a. Résumons en peu de mots, et en tâchant d'ignorer les noms propres : le service public consacre un long format à une eurodéputée de l'opposition ; celle-ci est la cible d'un harcèlement judiciaire et politique inédit, pour lequel le gouvernement français reçoit des remontrances de rapporteurs des Nations Unies ; le ministre de l'Intérieur a participé à la diffusion de fausses informations diffamantes contre cette opposante politique ; mais le service public consacre l'essentiel de son reportage aux « polémiques » déclenchées par des morceaux de ses tweets. « Complément d'enquête » démarre donc avec un sérieux problème de hiérarchie de l'information./p
/br
h3 class='article_intertitres'Fausses symétries/h3
p/brNous voici sur le parvis du tribunal de Paris, le 7 juillet, alors que Rima Hassan est convoquée à une audience pour « iapologie du terrorisme/i ». « iDeux camps s'affrontent dans une ambiance électrique/i » narre la voix off : d'un côté des militants « ide la cause palestinienne/i », de l'autre « Nous vivrons », un « icollectif sioniste né après le 7 octobre/i ». Le reportage donne alors la parole aux « ideux camps/i ». « iLa France insoumise ne respecte pas l'État de droit/i » et Rima Hassan propage « ila haine du juif/i » accusent des membres de Nous vivrons ; tandis que les « imilitants de la cause palestinienne/i » se contentent de dire que « iRima Hassan défend les droits de l'homme, des valeurs indispensables à la démocratie/i ». Un partout et balle au centre ? « Complément d'enquête » prend soin de ne pas trancher : « iAntisémite pour certains, héroïne pour d'autres/i »./p
pLe mal est fait, d'autant qu'une forme d'iconisation de Rima Hassan vient affaiblir (et dépolitiser) la parole de ses soutiens : ainsi, France 2 résume leur présence sur le parvis du tribunal par la fascination qu'ils éprouveraient pour Rima Hassan, « il'héroïne/i ». La voix off ne quitte d'ailleurs pas cette ligne, qu'elle doit imaginer équilibrée : Rima Hassan est « iadulée ou détestée/i », est la « inouvelle icône de La France insoumise/i », « il'une des politiques les plus en vue mais les plus clivantes/i ». Elle est même « iun élixir de jouvence/i » pour Jean-Luc Mélenchon, et le « isymbole de la nouvelle France à la sauce LFI/i »./p
pLe pendant de cette iconisation est la diabolisation : tout le monde déteste Rima Hassan – la parole est donnée à une brochette de tous ses plus virulents contempteurs : Marion Maréchal (« iRentrez chez vous !/i »), Sébastien Chenu (« iSes amis du Hamas/i »), Fabien Roussel ou encore Jérôme Guedj. « iSon style, radical ; sa méthode, sans concession/i » : la voix off enchaîne les phrases nominales, lit des morceaux de tweets, sur fond de musique angoissante./p
pRésultat ? Dépolitisation partout : le prétendu « journalisme d'investigation » évacue quasi systématiquement tout élément de fond politique au profit de l'écume politicienne. Jamais le récit de France 2 ne semble vouloir dépasser les frontières de la personne Rima Hassan. À une exception près, lorsque cette dernière est filmée durant une poignée de secondes pour évoquer la Nakba, lors d'une exposition à laquelle ont été conviés les journalistes de l'équipe de France 2. Mais le dispositif est tellement engoncé dans les « polémiques » du microcosme politico-médiatique qu'il réussit cet exploit : inciter les téléspectateurs à ne percevoir ces informations que comme une banale opération de communication./p
pLa voix off reprend : « iRima Hassan serait la victime d'un procès politique./i ». Le documentaire entend bien démontrer le contraire…/p
/br
h3 class='article_intertitres'Réquisitoire/h3
p/brAprès une courte partie « biographique », avec photos d'enfance et témoignages de voisins niortais, « Complément d'enquête » revient sur l'éclosion médiatique puis politique de Rima Hassan... et donne dans le registre habituel du journalisme politique : « iLa direction insoumise mise alors [pour les élections européennes] sur ce nouveau visage, afin d'attirer des voix/i » ; « il'eurodéputée est devenue l'une des principales porte-flingues de Jean-Luc Mélenchon/i » ; « ic'est une comète politique/i » ; « icertains l'ont mauvaise en interne/i », etc./p
pVoilà pour la partie « à décharge » (c'est relatif) de ces quelques minutes de portrait, cherchant avant tout à construire un fétiche ; vient maintenant la partie « à charge ». Le reportage s'arrête donc quelques minutes sur… le keffieh de Rima Hassan. Sujet crucial : images d'archive de son apparition avec un keffieh lors d'un rassemblement NFP, écho de l'écho médiatique (déjà démesuré) de l'époque, images du Parlement européen, des remontrances de sa présidente… Près de deux minutes, et 6 occurrences du mot « keffieh », voilà qui justifie sans doute sa place dans le titre de l'émission sur la « méthode » de Rima Hassan./p
pVient donc, fort logiquement, la partie « tweet et polémiques ». À nouveau, la voix off empile des bouts de publication sur X, lus d'une voix terrible. « iDes phrases chocs, qui lui valent aujourd'hui, tout comme Jean-Luc Mélenchon, d'être qualifiée d'antisémite par bon nombre de ses opposants/i », rabâche la narration. S'enchaînent alors plusieurs « extraits » de ces fameux opposants, dans un concours de la petite phrase la plus violente : « iRima Hassan enchaine les tweets […] qui sont antisémites/i » (Sylvain Maillard, Renaissance) ; « iElle ne flirte pas avec l'antisémitisme, elle est antisémite/i » (Robert Ménard) ; ou encore la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon : « iNous avons une eurodéputée du Hamas à Bruxelles, et une porte-parole de l'antisémitisme en France./i » D'aucuns auraient pu juger nécessaire de préciser, à ce stade, que Rima Hassan n'est ni condamnée ni même poursuivie pour « antisémitisme », mais pas l'équipe de « Complément d'enquête », qui n'en dit mot./p
pEt pour examiner ces accusations d'une extraordinaire gravité, « Complément d'enquête » convoque et installe dans le rôle de l'expert Jonas Pardo, présenté comme un « ichercheur/i », « iissu de la gauche radicale/i ». a href="https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2023/11/08/jonas-pardo-antidote-a-l-antisemitisme-au-sein-de-la-gauche_6199014_4500055.html" class="spip_out" rel="external"Ce dernier/a n'est en fait pas chercheur mais un militant associatif qui dispense des formations en lutte contre l'antisémitisme. Il est aussi le co-fondateur de Golem, un collectif qui s'en prend régulièrement à LFI (et à la « gauche radicale »). Cela ne disqualifie pas sa parole pour autant, mais la présentation est pour le moins incomplète, sinon trompeuse. Quoi qu'il en soit, le militant examine donc quelques tweets pour répondre à la question que se pose « Complément d'enquête » : Rima Hassan est-elle antisémite ? Selon lui, « il'eurodéputée flirte avec la ligne rouge/i », notamment parce qu'elle « imultiplie les références au Crif/i ». Que l'ancrage à la droite et à l'extrême droite du Crif soit un fait a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/100610/entre-droite-et-droite-radicale-le-crif-elit-son-nouveau-president-0" class="spip_out" rel="external"parfaitement documenté/a, tout comme son alignement inconditionnel, depuis les années 2000, avec la politique israélienne, et que ces ifaits/i expliquent largement la conflictualité récurrente entre cette association et des élus de gauche aurait sans doute été un élément utile à la bonne compréhension de la situation. Mais Pardo poursuit son raisonnement – du moins les bouts de son raisonnement que les journalistes ont sélectionné et choisi de diffuser, sans y opposer aucune contradiction : c'est bien là le rôle dévolu à « l'expert »./p
p« Complément d'enquête » revient ensuite pendant plusieurs minutes sur l'affaire « Le Crayon », a href="https://www.arretsurimages.net/articles/action-legitime-du-hamas-autopsie-de-la-polemique-rima-hassan" class="spip_out" rel="external"mille fois débunkée/a, et enchaîne sur d'autres passes d'armes : Rima Hassan vs François-Xavier Bellamy ; Rima Hassan vs Raphaël Enthoven, etc./p
/br
h3 class='article_intertitres'Intermède : la fake news de la drogue/h3
p/brLa révélation avait été iteasée/i les jours précédant la diffusion et s'étalait déjà partout dans la presse : selon « Complément d'enquête », le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a lui-même participé à la propagation de a href="https://www.acrimed.org/Rima-Hassan-et-la-drogue-fiasco-mediatique"la grossière fake news/a visant Rima Hassan en avril dernier. L'émission entreprend alors de reconstituer la garde à vue, avec des images d'illustration tournées pour l'occasion. Le procédé a peut-être des vertus d'un point de vue cinématographique, mais du point de vue journalistique, il entretient la confusion : on y voit des images floutées, supposées être un commissariat, puis des gros plans sur des contenants de drogue. La séquence réaffirme bien sûr qu'il n'y avait aucune drogue dans le sac de Rima Hassan, mais parle « ide matières blanches/i », montre un sachet étiqueté « i3-MMC/i » et figure à l'image des choses qui ressemblent à de véritables drogues./p
/br
div class='spip_document_16638 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/mmc.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/mmc-61b50.png?1790244082' width='500' height='279' alt='' //a
/figure
/div
p/brBref, en cédant à une mise en scène spectaculaire, « Complément d'enquête » rend illisible sa propre séquence, et le commentaire superposé aux images… dit le contraire de ce que les images montrent. Après avoir narré le déroulé de la garde à vue, le reportage évoque la propagation éclair de la fake news, de BFM-TV à Europe 1. Et a l'élégance d'oublier de citer France 2 parmi les médias qui ont participé à sa diffusion, alors même que la fausse information sur « la drogue de Rima Hassan » a fait l'ouverture du JT de Léa Salamé./p
p/br/br/p
centeriframe title="Rima Hassan et la drogue : journalisme de préfecture et fiasco médiatique" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/teu1Ss7zbMk3RTyHTSbX9W" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
p/brArrive enfin la révélation explosive : « iMais alors, qui a pu transmettre de telles informations aux journalistes ?/i » se demande la voix off. « iUne scène que nous vous révélons vient jeter le trouble sur le rôle joué par le ministre de l'Intérieur/i » : alors qu'il accompagne le Premier ministre lors d'un déplacement, Laurent Nuñez confirme à des journalistes les « informations » mensongères sur « la drogue de Rima Hassan ». Plusieurs journalistes témoignent anonymement de cette scène dans le « Complément d'enquête » :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Témoin 1 :/strong Dans le train, on a demandé à Nuñez si c'était vrai que Rima Hassan avait de la drogue dans son sac. Et il nous a dit « il se peut que ce soit exact ». Ensuite il nous dit que c'est un truc « de synthèse » et que le deuxième produit c'est un dérivé de la cocaïne […]./p
pstrong- Témoin 1 :/strong Il nous explique qu'elle est en garde à vue et qu'on a trouvé deux types de drogues sur elle. […] Sur le coup je me dis « mais il ne se rend pas compte qu'il est en train de nous donner des informations totalement confidentielles ? Que peut-être, un ministre de l'Intérieur ne devrait pas dire ce genre de choses à côté de son Premier ministre, au milieu d'un wagon-bar ?/p
pstrong- Témoin 2 :/strong J'ai noté « drogue de synthèse dérivée de la cocaïne ». Il confirme cette histoire, c'est pour ça que moi je rentre à la rédac et je leur dis « Je vous assure ! » En fait, c'est étonnant que ça vienne de si haut/p
/blockquote
pPour la critique des médias, ces déclarations sont du petit lait : on y trouve un concentré de nombreuses pratiques habituelles du journalisme de préfecture et de connivence, qui ont, en l'occurrence, concouru à la propagation d'une fantastique fake news, crédibilisée, donc, depuis les plus hauts sommets de l'État, contre une élue d'opposition. Nous pourrions appeler cela du « super-journalisme de préfecture », dans lequel la source que l'on recrache sans distance est tout simplement le « premier flic de France » – plutôt que le parquet, ou un syndicaliste policier trop bavard, lesquels ont également cotisé dans ce cas d'école./p
pInvité pour le contradictoire par « Complément d'enquête », Laurent Nuñez se dérobe à la dernière seconde, alors que les caméras et les lumières sont déjà installées dans son bureau. C'est finalement en commission à l'Assemblée nationale qu'il répond : sa ligne de défense consiste à dire que les « iinformations/i » (sic) étaient « idéjà dans la presse/i », feignant d'ignorer tout le crédit qu'il y avait apporté en les confirmant aux journalistes en tant que ministre de l'Intérieur. Les journalistes ainsi intoxiqués par les confirmations de Nuñez s'imaginent peut-être que cela les exonère (un peu) de la faillite totale d'avril dernier. Mais il n'en est rien : croyance aveugle dans les sources officielles, recoupements inexistants, passage du contradictoire par pertes et profits… Voilà à nouveau réunies ces détestables routines du journalisme de préfecture, et c'est parce qu'elles sont anti-journalistiques qu'elles ont permis à une fausse information aussi grossière de se propager à cette vitesse./p
pPuis vient la conclusion du reportage, qui, bouclant la boucle, recadre son sujet en revenant sur l'essentiel, aux yeux de ceux qui fabriquent ce genre de « documentaire » : « iEn attendant, chez LFI pas question de lâcher leur icône…/i » Hiérarchie de l'information, disions-nous : nous venons d'entendre une révélation fracassante, sur l'un des plus hauts personnages de l'État ; mais le reportage se conclut par des considérations politiciennes sur « il'incarnation de la nouvelle France/i », « l'icône » Rima Hassan./p
/br
h3 class='article_intertitres'La garde à vue de l'inspecteur Waleckx/h3
p/brComme à l'accoutumée, les numéros de « Complément d'enquête » se terminent par un entretien d'une vingtaine de minutes. C'est Rima Hassan qui est installée dans le fauteuil rouge. L'entretien qui suit est un modèle de garde à vue journalistique. 5 minutes et 30 secondes sont consacrées aux révélations de « Complément d'enquête »… et 13 minutes et 30 secondes aux tweets de Rima Hassan ! L'entretien dure 19 minutes au total, mais Tristan Waleckx a la parole, en cumulé, près de 7 minutes, soit plus d'un tiers du temps de parole. Au cours des 12 minutes restantes, l'eurodéputée est interrompue… 31 fois. Soit une fois toutes les 23 secondes, en moyenne. Vidéo :/p
/br
centeriframe title="France 2, 17 septembre 2026" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/hLr7hK8SXB56QT7AhJ8Efi" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center/br
h3 class='article_intertitres'Épilogue : Tristan Waleckx au Poste/h3
p/brLes 45 premières minutes de « Complément d'enquête » ne contenaient iaucune/i information originale : une simple collection de polémiques artificielles déjà passées ou d'affaires déjà classées. Au contraire des révélations sur Laurent Nuñez, reprises dans la foulée par la quasi-totalité des médias. C'est d'ailleurs à propos du « Nuñez gate » que Tristan Waleckx est convoqué a href="https://www.youtube.com/watch?v=T14LbsUKSig" class="spip_out" rel="external"« Au Poste »/a, l'émission en ligne de David Dufresne. Revenant sur la diffusion médiatique de la fake news, Dufresne le questionne sur l'aspect « iconfondant pour un certain nombre de journalistes politiques/i » des confessions qu'il a enregistrées. Waleckx, lui, ne voit pas le problème :/p
blockquote class="spip"
pstrongTristan Waleckx :/strong […] En l'espèce, [les journalistes politiques] ont fait leur travail. Je me mets à leur place […], si nous-mêmes on avait eu les confidences d'un ministre nous expliquant que telle personne s'est retrouvée avec de la drogue sur elle pendant une garde à vue, on aurait sans doute sorti l'info./p
/blockquote
pPuis se ressaisit et ajoute :/p
blockquote class="spip"
pstrongTristan Waleckx :/strong Normalement une source ça se recoupe, etc., mais c'est vrai que tout dépend un peu de la qualité de la source./p
/blockquote
pTristan Waleckx n'a donc tiré aucune leçon de cet incroyable épisode de journalisme de préfecture, qu'il participe pourtant à documenter. « iLes journalistes ont fait leur travail/i », dit-il, en oubliant de vérifier et de recroiser ; c'est que, une source ça se recroise, mais « itout dépend un peu de la qualité de la source/i ». Et pas de la qualité du journaliste – ou du moins, du journalisme qu'il prétend pratiquer ? Pour ces spécialistes de l'investigation dépolitisée qui n'imaginent même plus que le pouvoir peut mentir, « si c'est le ministre qui l'a dit, c'est que c'est vrai ». La moralité de cette histoire est pourtant inverse : si la fake news a pu se propager à cette vitesse, c'est iprécisément/i parce que les journalistes in'ont pas/i fait leur travail./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanAu détour d'une phrase et en toute fin de reportage, la rédaction de « Complément d'enquête » mentionne bien une prise de position de cinq rapporteurs de l'ONU. Pour en dire quoi ? Strictement rien, alors que dans a href="https://spcommreports.ohchr.org/TMResultsBase/DownLoadPublicCommunicationFile?gId=31068" class="spip_out" rel="external"leur courrier/a du 29 juin, ces défenseurs des droits humains et des libertés publiques avancent de nombreux éléments étayés pour alerter sur un possible « iharcèlement politique et judiciaire à l'encontre de Mme Hassan/i », lequel s'inscrirait dans « iune tendance croissante de répression par les autorités françaises des voix qui défendent les droits du peuple palestinien/i ». Pour une « investigation » qui prétendait enquêter sur « l'élue la plus poursuivie de France », ces omissions, ainsi que l'impasse systématique sur des éléments aussi anecdotiques que les groupes de pression pro-israéliens en France, la judiciarisation et la criminalisation des expressions relatives à la question palestinienne, l'instrumentalisation de la lutte contre l'antisémitisme ou encore le racisme anti-palestinien relèvent, pour le moins, de fautes déontologiques et politiques majeures. Mais on l'a dit, l'objectif est ailleurs et l'exercice du « journalisme »... une vulgaire profession de foi./p
/div/div
lun, 2026-09-21 12:34
div class='rss_chapo'p30 ans de critique des médias, ça se fête ! Prises de parole, stands de collectifs et de médias, fanfare : Acrimed vous donne rendez-vous le 26 septembre à Paris (salle Olympe de Gouges, 15 rue Merlin), de 15h à 22h ! Entrée libre./p/div
div class='rss_texte'div class='spip_document_16622 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/affiche_30_ans.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH707/affiche_30_ans-569a5.jpg?1788864207' width='500' height='707' alt='' //a
/figure
/div/div