
Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des médias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed relève également les dérives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il véhicule le prêt-à-penser de la société de marché.
Mis à jour : il y a 47 minutes 53 secondes
jeu, 2026-01-15 11:16
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/laicite-2b834.png?1768468575' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pLes 120 ans de la loi de 1905 sur la laïcité ont donné lieu, dans les grands médias, à une série de productions en tout genre. « Émissions spéciales », « débats », éditoriaux, etc. ont entretenu les biais traditionnels qui contribuent, depuis plus de vingt ans, à brouiller – si ce n'est à totalement falsifier – le débat public sur cette question. Nous en avons discuté avec Nicolas Cadène et Hicham Benaissa. Nicolas Cadène est ancien rapporteur général de l'Observatoire de la laïcité auprès du Premier ministre (2013-2021) et le cofondateur de la Vigie de la laïcité. Il a récemment quitté la haute fonction publique pour se consacrer, en tant que consultant-formateur, à la laïcité et à la gestion des faits religieux, notamment. Hicham Benaissa est sociologue rattaché au GSRL (EPHE-CNRS). Il travaille sur les effets sociaux et politiques de la présence musulmane durable en France, en particulier à partir des trajectoires issues de l'immigration maghrébine. Parallèlement à son travail de recherche, il intervient depuis plus de dix ans sur la gestion du « fait religieux ». Il a conçu et animé plusieurs centaines de formations, réalisé de nombreux diagnostics, et accompagné deux grands groupes ainsi qu'une commune dans la définition de leur politique « laïcité »./p/div
div class='rss_texte'pPour construire cet entretien, nous nous sommes principalement appuyés sur deux émissions diffusées dans le cadre des 120 ans de la loi de 1905 sur la laïcité. La première est celle à laquelle a participé Hicham Benaissa – a href="https://www.youtube.com/watch?v=msincUKRLmE" class="spip_out" rel="external"« C ce soir » (France 5, 8/12/2025)/a –, présentée par Karim Rissouli, qui réunissait deux sociologues – Alain Policar et Hicham Benaissa –, la journaliste Héloïse de Neuville, sous-cheffe du service « Religion » du quotidien iLa Croix/i, l'écrivaine et réalisatrice Émilie Frèche, le journaliste Éric Fottorino (iLe 1/i ; iZadig/i) et une professeure de lettres classiques, Delphine Girard, autrice du livre iMadame, vous n'avez pas le droit ! Défendre la laïcité après le choc Samuel Paty/i, qui lui valut portraits et entretiens dans toute la presse conservatrice et réactionnaire, de iL'Express/i à Europe 1 en passant par iLe Figaro/i, iLe Point/i, iMarianne/i, RMC, etc./p
pLa deuxième est une émission spéciale produite et diffusée par France 2 – a href="https://www.france.tv/societe/magazine-d-actualites/7808709-laicite-l-exception-francaise-120-ans-et-maintenant.html" class="spip_out" rel="external"« Laïcité, l'exception française - 120 ans, et maintenant ? » (9/12/2025)/a – présentée en direct du Panthéon par Caroline Roux a href="https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/75210296" class="spip_out" rel="external"en l'absence de tout universitaire spécialiste de la laïcité/a, mais en compagnie d'une ribambelle de commentateurs et/ou polémistes médiatiques, sans oublier le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez./p
p/brstrongAcrimed : Nous avons ici deux dispositifs qui condensent selon nous beaucoup des biais journalistiques qui contribuent à défigurer le débat public sur la laïcité. Avant d'en venir à ces biais de fond, pouvez-vous nous parler des sollicitations de ces médias, en commençant peut-être par Hicham : comment vous a-t-on proposé cette émission de « C ce soir » ? Comment vous en a-t-on présenté les angles, et peut-être les invités qui seraient à vos côtés ?/strong/p
pstrongHicham Benaissa :/strong Ce n'est pas la première fois que je suis invité à « C se soir ». Quand elle nous sollicite, l'équipe s'entretient au préalable par téléphone avec l'ensemble des intervenants possibles, qui pourraient faire partie du panel. C'est une façon de faire chez eux qui est assez courante. Par le passé, il m'est arrivé de nombreuses fois d'être contacté, avant d'être annulé à la dernière minute. Là, avec les 120 ans de la loi sur la laïcité, j'ai été contacté la veille, le dimanche, et on m'a demandé de répondre assez rapidement. J'ai longtemps réfléchi avant d'y aller, pour toutes les raisons que l'on va sûrement aborder par la suite. À commencer par la problématique telle qu'elle était posée, par l'intitulé de l'émission : « Laïcité, c'est quoi le problème ? ». On est là dans un cadrage déjà bien particulier de la thématique de la laïcité puisque ça pose comme évidence qu'il y a un problème. Est-ce que c'est si évident que ça qu'il y a un problème avec la laïcité ? Et cette manière de poser la question est aussi une manière d'y répondre… Donc pour tout vous dire, je pressentais un peu un traquenard. J'en ai discuté un peu autour de moi et j'ai décidé d'y aller, aussi par ras-le-bol : ça suffit ! Ça suffit d'entendre la question de la laïcité être problématisée de cette manière. L'idée, c'était de jouer le jeu télévisé en étant un peu plus offensif. Je ne suis pas naïf. Je savais très bien à quoi j'allais me confronter, et je m'y suis plié en répondant au jeu du clash./p
p/brstrongQuant au plateau de France 2 organisé à l'occasion des 120 ans de la loi de 1905, Nicolas Cadène, vous avez critiqué le panel des invités en amont de la diffusion de l'émission, à laquelle vous n'étiez d'ailleurs pas convié – ni vous, ni aucun autre connaisseur du droit de la laïcité./strong/p
pstrongNicolas Cadène :/strong Caroline Roux ne m'a jamais invité dans l'émission qu'elle anime quotidiennement sur France 5, alors même que j'avais eu quelques contacts avec des membres de son équipe, qui souhaitaient, eux, me voir intervenir sur le plateau. Ça ne s'est jamais fait. iA priori/i parce que, si j'ai bien compris, elle a elle-même une position assez arrêtée sur le sujet. Ce qui m'interroge d'emblée dans le sens où je ne fais que rappeler le droit. Ma position n'est pas une opinion, c'est celle du droit. En revanche, j'assume m'opposer à une évolution excessive du droit en la matière et qui aurait pour conséquence de briser l'équilibre posé par la loi de 1905. Force est de constater que les intervenants sollicités pour cette émission de France 2 ont une position qui n'est pas conforme au droit. C'est pour cela que j'insiste : il ne s'agit pas de se plaindre de ne pas être invité, il s'agit de se plaindre du fait que le service public, pour parler d'un sujet important comme celui de la laïcité, n'invite pas de connaisseur du droit de la laïcité, mais des polémistes ou des philosophes, qui tiennent pour la plupart des positions qui s'opposent ide facto/i à la loi de 1905 dont les 120 ans étaient pourtant célébrés. Il faut ajouter à cela que ces mêmes intervenants n'assument pas s'opposer au droit, ce qui conduit à laisser penser aux téléspectateurs que ce qu'ils disent est conforme à ce qu'est la laïcité dans les textes, alors que ce n'est pas le cas. Ça, ça me paraît très problématique, ia fortiori/i sur une chaîne de service public, qui est quand même censée informer sur le cadre juridique dont il est question./p
pPour rebondir sur ce que disait Hicham à l'instant, je le rejoins sur le fait qu'il est important d'aller dans les grands médias malgré la lourdeur des dispositifs. D'une part, parce que la diffusion d'idées fausses sur le sujet mine la cohésion nationale. Et d'autre part, parce que les mauvaises interprétations de la laïcité qui ont cours dans le débat public ont des répercussions concrètes sur le terrain. Ça conduit à des mauvaises applications du principe, parfois même à des discriminations. Donc évidemment, les rares fois où on nous sollicite encore, on dit, sauf impossibilité matérielle, « oui ». Mais je remarque que « C ce soir » ne m'a plus sollicité depuis un an et demi alors qu'auparavant, j'étais régulièrement invité quand ils traitaient de laïcité./p
p/brstrongDans les dispositifs dont nous parlons, il y a deux choses distinctes : soit l'absence de véritables experts du sujet, soit la mise en équivalence d'interlocuteurs aux statuts très différents, et donc aux registres d'intervention très différents : sociologues « contre » polémistes, chercheurs « contre » journalistes, juristes « contre » responsables politiques, etc. Pouvez-vous nous parler des effets de ces conditions de « débat » ?/strong/p
pstrongHicham Benaissa :/strong Il y a quelques jours, j'ai revu une interview que Pierre Bourdieu avait donnée à une télévision catalane après la parution de iSur la télévision/i, à la fin des années 1990span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Televisió de Cataluña (TV3), 2 novembre 1998. On peut visionner cette (…)" id="nh1"1/a]/span. Il dit que la télévision est une menace pour la vie intellectuelle et, indirectement, une menace pour la démocratie. Inutile de revenir sur ce qu'il a admirablement démontré dans ses ouvrages et ses articles. Mais j'en parle parce que je me suis demandé ce qu'il dirait aujourd'hui. Entre la fin des années 1990 et aujourd'hui, l'intensification des mécanismes qu'il a décrits est flagrante, notamment cette pratique homogénéisante des dispositifs médiatiques. Un exemple : sur le plateau de « C ce soir », en début d'émission, Karim Rissouli dit à Éric Fottorino : « iLaïcité, c'est quoi le problème ? On a repris le titre de votre journal hebdo,/i Le 1i./i » C'est assez drôle. C'est une manière tout à fait concrète de voir comment dans le champ journalistique, ce que disait très bien Bourdieu, on se copie les uns les autres. Au bout du compte, c'est ce qui crée du consensus : une culture commune, une manière identique de poser les questions, etc. Ensuite, je l'ai bien vu : faire des équivalences de discours entre des registres totalement différents, entre un discours émotionnel et un discours argumenté, scientifique, objectif ou à tendance objectivante, c'est le piège absolu ! Et c'est exactement ce qui s'est passé sur le plateau de « C ce soir ». En face de moi, Émilie Frèche a écrit un livre adapté en pièce de théâtre sur l'assassinat de Samuel Paty. Inutile de repréciser à quel point cet événement est une tragédie. Mais vous voyez bien que si on entre sur le terrain de la laïcité par le prisme émotionnel, c'est fini, on ne peut plus en sortir. Et c'est très difficile de faire face. D'ailleurs, dans l'émission, ça se finit par cette dame qui dit à Alain Policar, un sociologue, que son discours aurait pu être tenu par celui qui a appelé au djihad, en gros, à tuer Samuel Paty./p
p/brstrongElle lui dit a href="https://www.youtube.com/watch?v=cFsCBLjI2Jw" class="spip_out" rel="external"précisément/a : « iJe vais vous faire hurler, mais quand je vous entends, bah j'entends Abdelhakim Sefrioui dans la vidéo qu'il a faite contre Samuel Paty./i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir par exemple « Assassinat de Samuel Paty : comment les juges ont motivé (…)" id="nh2"2/a]/span Ceci alors qu'Alain Policar critiquait simplement la loi dite « contre le séparatisme » – « iQui est séparatiste ? A priori, ce sont les musulmans. C'est-à-dire qu'il y a un soupçon constant sur une partie de la population./i » – et citait un récent ouvrage co-écrit par les chercheurs Olivier Esteves, Alice Picard et Julien Talpinspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="La France, tu l'aimes mais tu la quittes. Enquête sur la diaspora française (…)" id="nh3"3/a]/span pour dire qu'il aimerait que la France « isoit un peu plus accueillante/i » et « iqu'elle ait moins de difficulté par rapport à l'altérité/i »./strong/p
pstrongHicham Benaissa :/strong Voilà. Qu'est-ce que vous voulez faire quand on est face à cela ? Honnêtement, c'est très difficile de se confronter à ce type de réaction à chaud sur un plateau. Je voulais ajouter aussi, parce qu'on ne se le représente jamais suffisamment bien, ce que ça veut dire d'être sur un plateau télé. Quand on parle de la force du consensus, il faudrait en parler quasiment au sens physique du terme. La force du consensus, on la sent dans le corps. Quand on s'assoit sur un plateau télé, le protocole crée une ambiance qui n'a rien de naturel et dont on ressent les effets physiquement. Et quand en plus de cela, un rapport de forces s'installe très vite en votre défaveur, qu'une forme de complicité se crée sur le plateau entre les uns et les autres, qui se connaissent plus ou moins, et qui se parlent dans une espèce de langage commun, on voit très bien s'exercer sur nous une force physique. C'est aussi ce qui peut créer l'autocensure. L'autocensure, on la sent d'abord dans et par le corps. Je ne sais pas quelle est l'expérience de Nicolas Cadène à ce niveau-là, mais en tout cas, moi, je le ressens comme ça. Quand on parle de la « force du consensus », ça n'a rien d'abstrait, c'est très concret et ça passe d'abord par le corps. C'est donc une énergie incroyable qu'il nous faut développer non pas uniquement contre nos interlocuteurs, mais contre cette force qu'on intériorise dans le cours de la discussion même. Il y a quelque chose qui se passe dans le cadre du débat : peu à peu, on se voit absorber par la force du consensus. Et il faut être très fort pour résister à cela./p
pPar définition, le cadrage cadre la pensée. Et je pense que les dispositifs médiatiques, en l'état actuel, rendent impossible la pensée. En réalité, dans un dispositif comme celui auquel j'ai participé moi-même, on ne pense pas. Je vois bien qu'il faut répondre par formules rapides. Le sujet de la laïcité s'y prête parfaitement : vous dites « laïcité », il y a quelque chose qui s'enclenche très vite dans les têtes. Il y a tellement de présupposés, de « déjà entendu » entre les émetteurs et le récepteur, que tout le monde a compris avant même que quelque chose d'intéressant ne soit dit…/p
pstrongNicolas Cadène :/strong C'est très vrai, je souscris à tout ce qui vient d'être dit. Il y a des plateaux sur lesquels vous n'êtes que la caution et où vous ne pouvez même pas développer des arguments. Dans ce cas de figure, si votre voix modérée ne peut même pas être entendue, ça ne sert à rien. Mais si elle peut l'être ia minima/i, je pense qu'il faut quand même y aller pour ne pas laisser l'espace aux faussaires. Le problème, c'est que c'est dur. Psychologiquement et physiquement, comme le disait Hicham. Il faut tenir et je comprends que beaucoup n'aient pas – ou plus – envie de le faire./p
pEt pour en revenir à la question du nivellement, c'est ce qui nous paraissait ahurissant à Jean-Louis Bianco ou à moi-même il y a dix ans déjà : le fait que les médias mettent un signe d'égalité entre la parole institutionnelle de l'Observatoire de la laïcité, qui n'a jamais été mise en défaut en droit, et la parole d'un polémiste du Printemps républicain, par exemple. Or, il n'y a pas d'équivalence entre le rappel du droit en vigueur et l'affirmation de contre-vérités. Pour les médias qui nous invitaient en revanche, il apparaissait normal, évident même, d'avoir en face une personne du Printemps républicain ou de tout mouvement opposé à l'Observatoire, même si son propos était ouvertement contraire au droit ou s'il consistait à réécrire l'histoire de notre pays. Comme s'il était toujours nécessaire de mettre un contre-argumentaire en face de la laïcité telle que reprise par notre Constitution. Eh bien non : on n'est pas obligé d'avoir quelqu'un qui raconte n'importe quoi. Mais on a désormais l'affirmation que « tout se vaut », que toutes les paroles se valent. Si on veut célébrer les 120 ans de la loi de 1905 et expliquer au grand public ce que dit la loi de 1905, il n'y a aucune utilité, et même aucune pertinence à inviter un polémiste qui raconte n'importe quoi tant sur le droit que sur l'histoire de la laïcité. C'est pourtant devenu la norme, puisque désormais, on a des plateaux où ne sont invités que des polémistes ou des « intellectuels » qui, s'ils ont le droit d'avoir leur idée sur le sujet, n'ont pas à affirmer, sur le service public, de manière très péremptoire des idées totalement erronées, sans même être contredit par l'animateur du débat, et donc sans que l'auditeur ne sache que c'est faux. On laisse dire. On laisse développer des absurdités, on laisse diffuser l'idée que la laïcité serait un outil de contrôle social, un outil d'exclusion. On ne peut ensuite s'étonner de son rejet par certains : ce n'est pas la laïcité qui est rejetée, c'est celle falsifiée./p
p/brstrongOn peut peut-être s'arrêter sur ce point : la profusion d'erreurs, d'approximations et de mensonges qui circulent dans le débat public. Un phénomène que favorisent les dispositifs dont nous parlons depuis le début. À vos yeux Nicolas Cadène, quelles sont les principales faussetés qui, de manière récurrente, polluent le débat public sur le sujet de la laïcité ?/strong/p
pstrongNicolas Cadène :/strong Il y en a tellement… Ce qui est ahurissant, c'est que dans l'émission de France 2, même le titre est faux. Il faut le faire quand même ! « Laïcité, l'exception française ». Non, la laïcité n'est pas une exception française. Il y a même eu des États qui ont adopté définitivement la laïcité avant la France. Donc on commence déjà par un titre complètement erroné, qui alimente cette idée selon laquelle nous serions vraiment exceptionnels, nous, Français, les seuls à avoir inventé cette chose géniale. Ce n'est pas vrai, mais vous voyez déjà comment se crée un sous-entendu : « les autres ne peuvent pas parler de laïcité » ; « si on ne nous comprend pas, c'est normal, on est les seuls à l'avoir inventée ». Une autre idée fausse, la plus courante, et qui était d'ailleurs centrale dans l'émission de France 2, c'est la réduction du débat de la ilaïcité/i à la question de la ineutralité/i. On parle sans cesse de neutralité pour parler de laïcité, et d'une neutralité qui excède largement le service public. Or, la laïcité ne prévoit la neutralité que pour ceux qui exercent une mission de service public. En aucune manière celle des individus n'est en question : dès lors qu'il n'y a pas de trouble à l'ordre public, dès lors qu'on n'impose pas sa conviction à autrui, ça n'a aucun sens de « neutraliser » les individus puisque la laïcité garantit les libertés individuelles. C'est même totalement contraire à la laïcité. Pourtant, dans ces émissions, on n'a de cesse de parler de neutralisation des individus. Comme si c'était une évidence, comme si cela relevait de la laïcité. Non, ça ne relève pas de la laïcité. Je le répète, la laïcité n'est pas un outil d'ordre moral ou de contrôle./p
pIl y a donc des confusions basiques de cet ordre-là qui ne sont jamais contestées. Et parce qu'elles sont dorénavant monnaie courante, elles alimentent parfois, en particulier parmi les jeunes, une mauvaise compréhension de la laïcité, en tout cas un rejet de cette laïcité qui n'est pas la vraie laïcité. Les commentateurs qui opèrent ces confusions sont ceux-là mêmes qui s'offusquent, sans contradiction, du fait que « iles jeunes n'aiment pas la laïcité/i ». Mais là encore, c'est faux : quand on regarde les enquêtes de terrain sociologiques, comme celles qu'ont réalisées Philippe Portier et Charles Mercierspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Charles Mercier, Philippe Portier, Les jeunes et leur laïcité, Presses de (…)" id="nh4"4/a]/span, qui font partie de la Vigie de la Laïcité, ce n'est pas ce qu'on voit. Ce qu'on voit, c'est simplement qu'en réalité, les jeunes sont dans une acception libérale de la laïcité… comme l'était Aristide Briand. Et qu'ils ne comprennent pas une laïcité qui serait une simple multiplicité d'interdits./p
p/brstrongJustement, il y a un éléphant dans la pièce depuis le début de la discussion : très souvent, les émissions, interviews et articles sur la laïcité portent en réalité … sur l'islam et les musulmansspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="À titre d'exemple, nous avons réalisé un décompte des termes « islam », « (…)" id="nh5"5/a]/span. Depuis quand ce cadrage domine-t-il la question de la laïcité ?/strong/p
pstrongHicham Benaissa :/strong Généralement en effet, quand on parle d'« un problème avec la laïcité », en sous-texte, on dit qu'il y a une présence religieuse, « visible », « nouvelle », qui est celle de l'islam, et qui poserait des « problèmes nouveaux » à la laïcité. C'est ça, l'implicite des questions. Parfois même explicite. Tout cela remonte au rapport Baroin de 2003. On est au lendemain du 21 avril 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen accède au second tour de l'élection présidentielle. Suite à cela, la droite se réunit et se pose la question de comment récupérer l'électorat de l'extrême droite. Un an après ces élections, le rapport Baroin est publié. Et quelques mois après, c'est la loi sur le voile de 2004. Que dit le rapport Baroin ? Il faut le lire : c'est déjà très clair, ça s'appelle « la nouvelle laïcité ». En gros, il est dit que la laïcité est une valeur traditionnellement de gauche, devenue aujourd'hui consensuelle, et qu'il faut que la droite l'accapare pour en faire un outil idéologique nouveau, tourné contre une nouvelle visibilité qui serait la visibilité religieuse musulmane. Ou comment faire de la laïcité une valeur conservatrice : c'est ça qui s'est passé au début des années 2000. Et je pense que nous sommes encore dans cette dynamique. Nous subissons encore les effets de ce tournant idéologique de la droite conservatrice, commencé au lendemain de l'arrivée de l'extrême droite au second tour, qui a donc fait bouger l'échiquier politique vers des thématiques d'extrême droite. Et la laïcité en a fait partie. C'est aujourd'hui devenu une thématique globalement investie par la droite et l'extrême droite, une espèce de refuge de l'identité nationale contre la visibilité religieuse posée comme un problème. On ne comprend pas les débats sur la laïcité si on ne voit pas l'usage politique et idéologique qui a été fait de cette question au tournant des années 2000, impulsé par la droite conservatrice, et qui imprègne aujourd'hui le cadrage médiatique dominant. Je parlais de la force du consensus tout à l'heure et il faut immédiatement ajouter qu'un consensus se crée toujours par de la sociologie pratique. La production de rapports officiels, la répétition régulière de certaines idées dans les médias, la mobilisation active d'entrepreneurs de morale… : tout ce travail concret fait qu'on se réveille un matin et puis, en effet, on a intériorisé l'idée qu'il y a un « problème » avec la laïcité. Il faut bien se rendre compte que les « idées » ne tombent jamais du ciel./p
p/brstrongD'ailleurs, au cours de l'émission « C ce soir », la journaliste Héloïse de Neuville (iLa Croix/i) « ivend la mèche/i » comme vous le relevez en direct : elle admet, au détour d'une réponse, que le débat ne porte pas tellement sur la « laïcité » mais bien plutôt sur « il'insécurité culturelle/i ». Donc sous le titre « Laïcité, c'est quoi le problème ? », il faut en réalité entendre que le « problème », c'est la visibilité musulmane./strong/p
pstrongHicham Benaissa :/strong Oui, elle a vendu la mèche parce que comme l'a dit tout à l'heure Nicolas, en réalité, il n'y a pas de problème juridique posé par la visibilité religieuse musulmane en tant que telle. La laïcité, dans ses principes juridiques, admet tout à fait la présence visible de signes, d'expressions, de pratiques religieuses. Elle les régule, elle fait cohabiter, coexister des croyants et des non-croyants. C'est ça l'ambition politique de la laïcité. Ambition toujours mise à l'épreuve, je ne le conteste pas. Mais c'est un mode d'organisation politique, ce n'est pas du tout un principe de jugement normatif. Or, c'est pourtant ce qu'elle est devenue, c'est-à-dire une valeur en soi, qui juge, qui juge les pratiques et les croyances. Mais ce qu'on est en train de dire là est inaudible. Inaudible dans l'espace des débats public et politique./p
pAjoutons qu'aujourd'hui construite comme un « problème », cette visibilité religieuse n'est pourtant pas nouvelle. Sans remonter jusqu'à l'empire colonial, on peut rappeler qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les travailleurs immigrés maghrébins arrivent en France et se retrouvent très nombreux dans les usines, à Renault, Bouygues, etc. À l'époque, c'est à dire dans les années 1960-70, ces grandes entreprises créent des salles de culte pour leurs salariés musulmans. Ce que je veux dire par là, c'est que l'évidence selon laquelle la visibilité de la pratique religieuse musulmane est nouvelle, c'est un préjugé. C'est un préjugé, et il est faux historiquement. La vraie question, selon moi, ce n'est donc pas de se demander « pourquoi l'islam est devenu visible ? », mais pourquoi cette visibilité est devenue un problème ; et dans quel cadre socio-politique elle est interprétée comme tel./p
p/brstrongLes grèves ouvrières de l'automobile, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, ont d'ailleurs signé l'émergence d'un « problème musulman » dans le débat public : Thomas Deltombe retrace cela dans a href="https://www.editionsladecouverte.fr/l_islam_imaginaire-9782707153319" class="spip_out" rel="external"iL'islam imaginaire/i/a (2007), les sociologues Abdellali Hajjat et Marwan Mohammed a href="https://www.editionsladecouverte.fr/islamophobie-9782707189462" class="spip_out" rel="external"l'ont analysé également (2016)/a, de même que a href="https://books.openedition.org/pul/34712" class="spip_out" rel="external"Vincent Gay (2021)/a. Tout récemment encore, a href="https://www.acrimed.org/Le-Repli-une-critique-de-la-normalisation"le film « Le Repli » de Joseph Paris (2024)/a donnait à voir des archives d'Antenne 2 ou de TF1 particulièrement édifiantes pour qui s'interroge sur la normalisation des discours racistes par les élites politiques et médiatiques. Mais il semble qu'à l'époque, dans le traitement médiatique, le prisme de la « laïcité » n'était pas présent : elle n'était pas (encore) mobilisée, ni reliée comme aujourd'hui au « problème musulman », qui, lui, était posé comme tel par les chefferies journalistiques./strong/p
pstrongHicham Benaissa :/strong On pourrait aussi parler de 1989, avec l'« affaire du voile de Creil », qui fait émerger très fortement la question du voile dans l'espace public. Il y a eu un papier à l'époque, de Finkielkraut, Badinter et compagnie, qui parlaient d'un « Munich de l'éducation nationale » dans iLe Nouvel Observateur/i – un papier qui avait fait scandale, évidemment. C'est là où il faudrait que je revienne rapidement sur ce que j'ai appelé tout à l'heure des « entrepreneurs de morale ». C'est un concept qui nous vient de la sociologie interactionniste de l'école de Chicago. Un entrepreneur de morale, c'est une personne (ou un groupe de personnes) qui intervient dans les débats publics en faisant exister un « problème », en le nommant, en l'exagérant, en imposant des frontières entre le normal et l'anormal, la norme et la déviance, puis en réclamant des réponses politiques adéquates (lois, sanctions, débats, etc.). Ce n'est donc pas seulement un moraliste, c'est surtout un producteur de catégories, quelqu'un qui met en récit le réel, organise notre manière collective de le percevoir, et donc de le définir. Tout cela me permet seulement de bien faire comprendre que le thème de la laïcité ne se serait jamais imposé de lui-même, en quelque sorte, s'il n'y avait pas eu tout ce travail social de catégorisation du réel. Il y a déjà dans ce papier de 1989 une bonne partie de ce qu'on retrouvera dans le rapport Baroin en 2003 dont j'ai déjà parlé. La dramatisation par le petit écran de l'affaire de trois jeunes filles qui portaient le foulard dans un collège à Creil, suivie de tous ces entrepreneurs de morale tenant à s'en offusquer publiquement et pathétiquement, a posé les jalons de la manière dont la laïcité sera mise en récit. C'est-à-dire sous la forme d'un combat, d'un conflit de valeurs presque civilisationnelles : d'un côté, la laïcité, la France, ses valeurs, son identité profonde, et à la fin des fins, l'Occident ; et de l'autre, la présence musulmane en France, avec ses coutumes et ses principes « idiosyncrasiques », c'est-à-dire ce que certains ont construit comme l'Orient, ou l'Islam avec un grand « i ». Bourdieu explique dans un texte lumineux, « Le Nord et le Midi »span class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="« Le Nord et le Midi : Contribution à une analyse de l'effet Montesquieu », (…)" id="nh6"6/a]/span, qu'on peut tout à fait user et abuser de toute une rhétorique rationaliste et pseudo-scientifique tout en fondant les postulats premiers de son argumentation sur des systèmes d'oppositions binaires et mythiques (Nord/Sud, Chaud/Froid, et ici en l'occurrence Islam/Occident). Le problème, c'est que ça crée des effets de vérité très puissants parce que ça reprend sous des aspects apparemment nouveaux et indiscutables des préjugés orientalistes installés depuis des siècles dans les structures de nos représentations collectives. Par conséquent, il faut voir la problématisation de la laïcité comme un processus démarré au tournant des années 1990 et parachevé, selon moi, au début des années 2000./p
pstrongNicolas Cadène :/strong Le glissement d'un prétendu « problème musulman » vers un supposé « problème de laïcité » est l'un des malentendus les plus lourds de conséquences dans le débat public français contemporain. Depuis la fin des années 1980, les marqueurs médiatiques et politiques de la laïcité se sont progressivement confondus avec des débats identitaires, sécuritaires et migratoires. On a peu à peu fait de l'islam, ou plus exactement des Français de confession musulmane, un objet central du débat laïque, comme si la laïcité avait été conçue pour « gérer » une religion en particulier. C'est historiquement, juridiquement et politiquement faux. Une confusion grave et dangereuse s'est installée, entre la pratique ordinaire de l'islam et l'idéologie islamiste radicale, pourtant (heureusement) très minoritaire. Cette confusion est alimentée par un traitement médiatique anxiogène, qui entretient l'idée d'un icontinuum/i imaginaire entre pratique religieuse visible et radicalisation violente. On peut citer ici un rapport sénatorial ahurissant, qui a même prétendu dessiner un icontinuum/i entre voile et terrorisme. Comme si l'on pouvait, sans honte, placer Malala, Amina J. Mohammed ou Latifa Ibn Ziaten – figures de courage –, dans la même ombre que des assassins. Une mère endeuillée, engagée contre le sectarisme et l'extrémisme dans les écoles, a ainsi été insultée au sein de l'Assemblée nationale parce qu'elle portait un foulard… La laïcité est donc de plus en plus présentée comme une arme de défense d'une identité culturelle française imaginaire qu'il faudrait « défendre » face à des populations perçues comme extérieures ou menaçantes. C'est une inversion complète de son sens. Historiquement, la laïcité a été pensée pour mettre fin aux discriminations entre majorité et minorités, pour organiser une société fondée sur l'égalité des droits et la liberté de conscience, et pour assurer la paix civile dans une société, de fait, plurielle. Elle n'a jamais été conçue pour protéger une supposée culture dominante contre des minorités, mais pour permettre à chacun de participer à la construction du commun sans nier son appartenance propre. On pourrait aussi parler de lois sécuritaires ou antiterroristes qui ont parfois été présentées à tort comme des lois « sur la laïcité », contribuant à assimiler ce principe à un outil de contrôle ciblant prioritairement les musulmans. Cette confusion nourrit une méfiance, voire une défiance à l'égard de la République elle-même. Si au départ, c'était l'extrême droite qui instrumentalisait la laïcité pour justifier l'injustifiable vis-à-vis de populations qu'elle rejetait du fait de son racisme, cette instrumentalisation s'est malheureusement peu à peu répandue bien au-delà sur le spectre politique./p
p/brstrongLes dynamiques historiques que vous décrivez font écho à un texte précurseur que signait Pierre Tevanian en 2004, c'est-à-dire il y a plus de vingt ans, republié le 9 décembre 2025 par Les mots sont importants : intitulé a href="https://lmsi.net/Une-revolution-conservatrice-dans-la-laicite" class="spip_out" rel="external"« Une révolution conservatrice dans la laïcité »/a, ce texte revenait sur la loi anti-foulard du 15 mars 2004 en tant que « imoment clé [des] invraisemblables inversions et subversions du principe de laïcité/i ». Les tournants du cadrage décrit par Pierre Tevanian à l'époque se sont confirmés et même fossilisés, pourrait-on dire, dans le discours médiatico-politique dominant. Que dire des évolutions du traitement médiatique de cette question au cours des 25 dernières années ? Et comment expliquez-vous que cette « laïcité falsifiée »span class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Jean Baubérot, La laïcité falsifiée, La Découverte, 2014." id="nh7"7/a]/span se soit imposée si largement, au point que l'émission spéciale de France 2 soit presque entièrement accaparée par ses promoteurs ?/strong/p
pstrongNicolas Cadène :/strong Je dirais que cette dérive et cette focale sur l'islam s'est accentuée après les attentats de 2015. L'Observatoire a été instauré en 2013 et j'ai pu le constater : il y a eu à ce moment-là un dérapage de plus en plus assumé, des confusions et un glissement sémantique progressif entre « djihadisme », « islamisme radical », « islamisme » et « islam », normalisé par de nombreux médias. C'est une confusion insupportable, qui ne connaît pas beaucoup de dénonciations au sein du monde politique et médiatique et qui est aujourd'hui tout à fait « acceptée » dans le débat imainstream/i. Je l'ai encore constaté il y a peu sur Franceinfo. Sans contradiction, une responsable LR a parlé d'« iun problème avec l'islam/i » — non avec « l'islamisme" mais avec « l'islam » tout court — sans que le journaliste ne soit aucunement choqué./p
pstrongHicham Benaissa :/strong Je rejoins Nicolas sur l'intensification de cette évolution, à une échelle de masse, au lendemain des attentats de 2015. Et pour en revenir au tournant des années 2000, il faudrait aussi connecter les enjeux nationaux aux enjeux internationaux. On est au lendemain des attentats de 2001, lorsque s'impose à l'échelle nationale une vision néoconservatrice du monde de type « Huntington » : « Occident » contre « Islam » dont j'ai parlé à l'instant, le communisme est fini, le capitalisme a gagné, les nouvelles batailles vont se jouer sur le champ culturel. Cette thèse a beaucoup infusé au sein de la droite conservatrice française. Si on refait le fil, il y a donc 2002 avec Le Pen au second tour, mais il y a aussi la séquence sarkozyste. On a presque oublié mais il faut se remettre dans l'ambiance de son arrivée à la présidence et des thématiques qu'il a imposées : ministère de l'Immigration, débat sur la question de l'islam, « iislam compatible ou pas avec la République ?/i », etc. C'est sous l'ère Sarkozy que ces cadrages s'imposent en France de manière tout à fait explicite et qui, par effets cumulatifs, ont gagné le champ politique jusqu'au PS. Il ne faut quand même pas oublier que c'est sous les gouvernements Valls qu'ont ressurgi toute une série de « polémiques » autour des questions de laïcité. Notamment lorsqu'en tant que Premier ministre, Manuel Valls a contesté un arrêt de la Cour de cassation sur « l'affaire Baby-Loup »span class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Pour un rappel de cette affaire, voir « L'affaire Baby Loup en quatre (…)" id="nh8"8/a]/span en disant que les juges avaient mal jugéspan class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir l'intervention de Manuel Valls à l'Assemblée nationale le 19 mars 2013 (…)" id="nh9"9/a]/span. Chaque rebondissement judiciaire de cette affaire a donné lieu à une importante couverture médiatique. Tout cela a infusé progressivement. Et cela infuse aussi sur le terrain./p
p/brstrongAlors justement, vous avez le point commun de dispenser tous les deux des formations sur la laïcité à travers la France au sein d'entreprises, de syndicats, de collectivités ou autres. Si la question des « effets » des médias est toujours délicate, avez-vous des retours, des constats à souligner quant aux conséquences du débat médiatique (et de sa teneur) sur le terrain ?/strong/p
pstrongHicham Benaissa :/strong On ne mesure jamais vraiment les effets massifs que produit la télé sur les gens. C'est difficilement objectivable, mais sur ce sujet précis de la laïcité, je le mesure de manière qualitative. Je m'intéresse à ces questions depuis 2009 et j'interviens sur ce sujet dans les entreprises, auprès des agents publics sur le terrain, dans des associations, etc. D'une part, la place que la laïcité occupe dans le débat public est évidemment disproportionnée par rapport aux problèmes rencontrés sur le terrain et à la manière dont ils se règlent. D'autre part, je mesure les effets délétères des débats médiatiques et des fausses évidences qu'a rappelées Nicolas. Combien de fois m'a-t-on dit : « Ce que vous nous dites-là n'a rien à voir avec ce qu'on entend à la télé » ? Combien de personnes rencontrées au cours des formations pensaient que « laïcité = neutralité » ? Tout ce qui est dit sur les ondes, tous les jours, a des répercussions concrètes et catastrophiques sur le terrain./p
pstrongNicolas Cadène :/strong Cela fait très longtemps que la laïcité est maltraitée dans les médias. Mais quand il existait, l'Observatoire de la laïcité en tant qu'institution pouvait rappeler le droit, y compris en amont d'un contentieux, et il était d'ailleurs très souvent sollicité. Le climat s'est encore détérioré au moment où il a été supprimé, en 2021 : il n'y avait plus d'instance officielle vers laquelle pouvaient se tourner les journalistes, mais aussi les acteurs de terrain. Et ce que dit Hicham est vrai. Il y a énormément de situations de terrain très négatives, où la laïcité est mal appliquée. Y compris, aujourd'hui, par des administrations, qui elles-mêmes ne comprennent pas parfaitement la jurisprudence, ou qui vont être orientées par des textes dont la rédaction est assez idéologique, sans qu'ils soient pour autant non-conformes au droit. Le « Vademecum Laïcité à l'école » par exemplespan class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="On peut le consulter ici." id="nh10"10/a]/span, réalisé par le « Conseil des sages » du ministère de l'Éducation nationalespan class="spip_note_ref" [a href="#nb11" class="spip_note" rel="appendix" title="Lancé par Jean-Michel Blanquer en 2018, le Conseil des sages de la laïcité (…)" id="nh11"11/a]/span, et qui est donc censé cadrer la question et apporter des éléments de réponse au corps enseignant et au personnel de l'Éducation nationale sur des situations propres à la laïcité, en est une illustration. On peut y relever une surinterprétation d'un arrêt rendu par une Cour administrative d'appel de Lyon, en 2019, laissant penser que tout parent qui viendrait à l'école doit être neutre et ne peut pas porter de signe religieux, en particulier le voile, ce qui peut conduire à l'exclusion de parents qui viendraient apporter une aide ponctuelle, quand bien même elle ne relèverait aucunement du service public. Ça, c'est un exemple concret : du fait de ce qui est entendu dans le débat public, mais aussi du fait de la traduction de ce débat public par des fonctionnaires et hauts-fonctionnaires, on a de mauvaises applications de la laïcité sur le terrain, que ce soit dans le monde socio-éducatif, celui de la santé, de la pénitentiaire, etc. Typiquement, Latifa Ibn Ziaten peut, et heureusement, intervenir dans les collèges avec son voile. Eh bien beaucoup voudraient l'interdire désormais. Lorsque l'Observatoire existait, on pouvait éviter ce type de surinterprétations dans les documents officiels. Ainsi, j'avais corrigé, pour l'administration centrale, les innombrables erreurs de droit que contenait le « Vademecum Laïcité à l'école » tel que rédigé initialement par le « Conseil des sages ». Aujourd'hui que l'Observatoire est supprimé, cela n'est plus possible./p
pstrongHicham Benaissa :/strong On pourrait appeler ça des « effets de l'officialité » : dès lors que c'est dit publiquement, ia fortiori/i par des autorités ministérielles, administratives, etc., il n'y a plus lieu de contester. C'est la conception que beaucoup de gens se font de ces sujets. On se confronte à cela régulièrement : « J'ai entendu ça à la radio », « j'ai entendu ceci du ministre ». C'est comparable aux effets des dignitaires religieux dans les sociétés traditionnelles, plus le dignitaire qui parle est haut dans la hiérarchie plus ça crée un effet d'autorité redoutable. Sauf que quand on passe derrière en essayant d'expliquer le droit, il y a tout un effort pédagogique à faire pour déconstruire les fausses idées, largement répandues. C'est très difficile, d'autant que tout cela peut être détruit par… une émission./p
pstrongNicolas Cadène :/strong Et pire que tout : quand on le dénonce, on est attaqué. C'est ce qui s'est passé lorsque j'ai osé, en 2016, sans même la citer, critiquer une interview d'Élisabeth Badinter sur France Inter car elle avait dit à tort que la laïcité conduisait à la neutralité de tous dans l'espace public. J'avais écrit sur mon compte personnel Twitter (à l'époque bien peu suivi) : « iQuand un travail de pédagogie de 3 ans sur la laïcité est détruit par une interview à France Inter d'une personne. À quand un vrai débat clair ?/i » Cette simple réaction m'a valu des attaques innombrables jusqu'à des menaces de mort !/p
pstrongHicham Benaissa :/strong Tout peut être détruit par une interview qui parle à un million de personnes. Nos petits moyens de formation ne peuvent pas grand-chose face à cela. Je vais dire les choses franchement : nous sommes dans un tel état de sidération par rapport au champ médiatique qu'on ne mesure pas encore suffisamment ce qui nous arrive. Nous sommes tellement dominés, par un discours qui est tellement puissant, qu'on n'a pas encore suffisamment de recul sur la situation actuelle, notamment s'agissant des médias. Sur le sujet de la laïcité en particulier, mais, en fait, sur tout un tas de sujets, qui ont été complètement accaparés, détournés, manipulés, au point qu'aujourd'hui, beaucoup parlent même du rapport au réel qui devient difficile. Quand on vous dit que la laïcité, juridiquement, « c'est ça », et que vous entendez du matin au soir que « c'est pas ça », c'est votre rapport au réel qui est mis à mal. Pour tout un tas de gens, les médias mainstream sont les seuls moyens par lesquels ils accèdent à l'information et au savoir. C'est un puissant moyen dont une société dispose pour se connaître elle-même. À partir du moment où vous mettez la main sur cet incroyable instrument, sur ce temps rare disponible, et que vous en faites autre chose que de l'information, factuelle, ça pose un problème démocratique fondamental. Le prisme des médias, c'est un miroir grossissant de la manière dont fonctionne notre démocratie, qui est pour moi très inquiétante./p
p/brstrongOn a parlé jusqu'à présent du poids du cadrage dominant et de l'omniprésence de l'association laïcité / islam. Le pendant de ces questions qui se posent systématiquement, ce sont celles qui ne se posent jamais. Quels sont, à vos yeux, les principaux angles morts du traitement médiatique de la question de la laïcité ?/strong/p
pstrongNicolas Cadène :/strong J'essaye de le dire les rares fois où je suis invité dans les médias mainstream : l'angle mort systématique, c'est la question sociale. Les commentateurs parlent de la laïcité sans jamais la relier à la question sociale, alors que les deux sont indissociables. Jaurès l'affirmait déjà en 1904. C'est une évidence : la laïcité est un outil formidable pour assurer la liberté de chacun et garantir l'égalité de traitement. Mais cette égalité, il faut qu'elle soit réelle, et cette liberté, il faut qu'elle soit effective. C'est en ce sens que la laïcité rejoint la question sociale. Je vous donne un exemple. Il y a quelques semaines, j'étais sur Franceinfo et le plateau discutait d'interdire le voile pour les jeunes filles et d'interdire le ramadan pour les mineurs. Comment ? Je ne sais pas, ça devient complètement ridicule, mais les intervenants invoquaient pour cela la protection des enfants. Je leur ai rappelé qu'on pouvait déjà limiter l'autorité parentale : quand vous avez des parents qui usent de violences ou de contraintes contre leurs enfants pour une pratique cultuelle refusée par ces derniers, on peut intervenir et empêcher cette contrainte. Mais pour aller plus loin et illustrer l'angle mort autour de la question sociale, j'ai posé cette question : pour vraiment défendre la protection de l'enfance, est-ce que vous donnez des moyens à l'ASE ? Est-ce que vous renforcez les moyens à ces services sociaux qui peuvent aller voir les parents et les sanctionner si nécessaire ? Il y a eu un grand blanc sur le plateau. Pourquoi ? Parce qu'en réalité, ils n'en ont rien à faire. L'ASE est plus que jamais en souffrance. Les moyens alloués aux services sociaux sont catastrophiques. S'ils voulaient véritablement protéger les enfants, comme ils le disent, de contraintes fondamentalistes, le droit permet déjà de le faire, des services sociaux sont là pour ça. Encore faut-il qu'ils aient des moyens de contrôle, des moyens financiers, des moyens humains. Mais quand on dit cela, il n'y a plus de son, plus d'image. Ces développements, qui sont pourtant des iréponses/i aux questions que se pose ce monde médiatique, ne sont jamais traités. On ne parle que de l'interdit, de la nécessité de faire taire des minorités et d'empêcher leur existence-même. La question sociale est vraiment l'angle mort du traitement médiatique sur le sujet./p
pstrongHicham Benaissa :/strong J'aimerais rebondir là-dessus car je souscris à tout ce qui vient d'être dit. En fait, quand on regarde la manière dont les médias posent la question de la laïcité, on s'aperçoit très vite qu'ils posent la question simplement, ce qui nous oblige à y répondre simplement, c'est-à-dire de manière tautologique : « Quel est le problème avec la laïcité ? C'est qu'on n'applique plus le principe de laïcité ». Et c'est là, à mon sens, le premier angle mort : tout ce qui fait contexte. La « laïcité à l'école », par exemple, est presque toujours traitée de manière hors sol, iin abstracto/i, alors qu'elle se joue dans des établissements très inégaux, pris dans des réalités de ségrégation territoriale, de précarité, de tensions scolaires, et de rapports ordinaires à la discrimination. Deuxième angle mort : la question de la légitimité. On dit « laïcité », « signes religieux », « règles juridiques », mais très souvent, la question sous-jacente, jamais formulée comme telle, c'est : jusqu'où la présence musulmane est-elle considérée comme légitime et ordinaire en France ? Autrement dit : à partir de quel moment le simple fait d'être visible (dans l'école, au travail, dans la rue) est-il lu comme une provocation, un refus, une atteinte à la laïcité ? Et dès qu'on essaie de réinscrire ça dans ces différents niveaux de réalité complexes (social, économique, politique, symbolique), on voit bien ce qui se passe : ça devient inaudible./p
p/brPropos recueillis par strongJérémie Younes/strong et strongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanTelevisió de Cataluña (TV3), 2 novembre 1998. On peut visionner cette émission a href="https://www.youtube.com/watch?v=xbYAqFI5hZM" class="spip_out" rel="external"sur Youtube/a./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanVoir par exemple « Assassinat de Samuel Paty : comment les juges ont motivé la condamnation de Chnina et Sefrioui pour association de malfaiteurs terroriste », a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/12/26/verdict-du-proces-de-l-assassinat-de-samuel-paty-autopsie-d-une-association-de-malfaiteurs-terroriste_6467635_3224.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i/a, 26/12/2024./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spaniLa France, tu l'aimes mais tu la quittes. Enquête sur la diaspora française musulmane/i, Seuil, 2024./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanCharles Mercier, Philippe Portier, iLes jeunes et leur laïcité/i, Presses de Sciences Po, 2025. Lire par exemple leur entretien dans a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/01/laicite-la-tolerance-des-jeunes-francais-est-bien-superieure-a-celle-de-leurs-aines_6203414_3232.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i/a, « Laïcité : "La tolérance des jeunes Français est bien supérieure à celle de leurs aînés" », 01/12/2023. L'étude quantitative conduite par l'institut Kantar Public sur la base d'un questionnaire co-construit par Philippe Portier et Charles Mercier est par ailleurs a href="https://www.vrloccitanie.fr/wp-content/uploads/sites/6/2024/03/2023-12-le-rapport-des-jeunes-a-la-laicite.pdf" class="spip_out" rel="external"consultable ici/a./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanÀ titre d'exemple, nous avons réalisé un décompte des termes « islam », « islamisme » ou « musulmans » dans l'émission de « C ce soir » à laquelle Hicham Benaissa était invité : 83 occurrences, c'est-à-dire une fois toutes les 43 secondes en moyenne ! C'est plus que le terme de « laïcité » lui-même, pour lequel nous avons enregistré 77 occurrences…/p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /span« Le Nord et le Midi : Contribution à une analyse de l'effet Montesquieu », iActes de la recherche en sciences sociales/i, n°35, 1980, p. 21-25. L'article est a href="https://www.persee.fr/doc/arss_0335-5322_1980_num_35_1_2096" class="spip_out" rel="external"consultable ici/a./p
/divdiv id="nb7"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanJean Baubérot, iLa laïcité falsifiée/i, La Découverte, 2014./p
/divdiv id="nb8"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanPour un rappel de cette affaire, voir « L'affaire Baby Loup en quatre questions », iLe Monde/i, 27/11/2013 ; « Baby-Loup : l'Observatoire de la laïcité ne veut pas d'une loi », Mediapart, 15/10/2013./p
/divdiv id="nb9"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /spanVoir l'intervention de Manuel Valls à l'Assemblée nationale le 19 mars 2013 : a href="https://www.franceinfo.fr/societe/justice/video-valls-regrette-la-decision-de-la-cour-de-cassation-sur-la-creche-baby-loup_284691.html" class="spip_out" rel="external"« Valls regrette la décision de la Cour de cassation sur la crèche Baby Loup »/a, France Info, 19/03/2013./p
/divdiv id="nb10"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spanOn peut le consulter a href="https://www.ac-paris.fr/edition-2024-du-vademecum-la-laicite-a-l-ecole-131304" class="spip_out" rel="external"ici/a./p
/divdiv id="nb11"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh11" class="spip_note" title="Notes 11" rev="appendix"11/a] /spanLancé par Jean-Michel Blanquer en 2018, le Conseil des sages de la laïcité et des valeurs de la République est officiellement institué en 2021 et placé auprès du ministre de l'Éducation nationale, qui en désigne d'ailleurs les membres. Dominique Schnapper en est la présidente. Nommé par Pap Ndiaye, le sociologue Alain Policar a été démis de ses fonctions par la ministre Nicole Belloubet deux ans plus tard, en avril 2024./p
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mer, 2026-01-14 18:50
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/probleme-368f4.png?1768409425' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pLe 3 décembre 2025 sur Franceinfo, face au député Alexis Corbière (L'Après), la journaliste Nathalie Saint-Cricq relayait le procès en antisémitisme contre La France insoumise et postulait l'existence d'un « ivote musulman/i », que le parti politique chercherait donc à séduire par ce biais. Nous sommes revenus, a href="https://www.acrimed.org/La-quete-du-vote-musulman-anatomie-d-un-recit"dans un précédent article/a, sur les fantasmes et la popularisation de longue date de cette obsession médiatique. Réactivé dans le débat public après le 7 octobre 2023 avec une puissance jusque-là inégalée, ce récit a contribué activement à la normalisation médiatique de l'islamophobie, autant qu'il est devenu une arme de disqualification massive de la gauche. Dans ce deuxième volet, nous analysons plus spécifiquement la contribution de la presse écrite à cette double entreprise de dénigrement, engageant la responsabilité des titres « de référence » jusqu'aux télégraphistes de l'extrême droite : un icontinuum/i raciste./p/div
div class='rss_texte'p« iÉvidemment, si les journalistes ne peuvent même plus poser ce type de questions, ça va devenir difficile…/i », se lamentait Pascal Praud devant les critiques adressées à Nathalie Saint-Cricq (CNews, 9/12/2025). Comme on a pu le constater à travers a href="https://www.youtube.com/watch?v=HYvcdnJUUsU" class="spip_out" rel="external"notre zapping qui condensait deux ans d'outrances audiovisuelles sur ce registre/a, il reste encore beaucoup de marge… Car le moins qu'on puisse dire, c'est qu'à force d'avoir été répété, le leitmotiv de « la quête du vote musulman » et du « communautarisme clientéliste » de LFI s'est installé comme une « évidence » dans le débat public, avec des déclinaisons plus ou moins outrancières et racistes. Tout particulièrement depuis deux ans, à mesure que le parti politique s'est engagé résolument contre le génocide en Palestine, et après avoir assumé des positions a href="https://www.acrimed.org/Conflit-israelo-palestinien-calomnies-mediatiques"à rebours du cadrage médiatico-politique dominant/a./p
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h3 class='article_intertitres'« iIl flatte les banlieues musulmanes, qui sont facilement anti-israéliennes/i »/h3
p/brLa cristallisation de cette « évidence » s'est aussi jouée dans la presse – nationale, régionale, hebdomadaire –, du iJDD/i à iLibération/i. Le quotidien « de gauche » peut s'enorgueillir d'avoir par exemple publié – parmi de très nombreux articles ayant recyclé ce stigmatespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Le service politique de Libération s'est fait une spécialité d'entretenir la (…)" id="nh1"1/a]/span – l'un des pamphlets les plus infâmants sur le sujet (30/10/23) :/p
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pstrongSerge July :/strong [Jean-Luc Mélenchon] n'est plus dans le schéma de la revendication de deux États pour la même terre, mais dans un tout autre discours, qui est finalement celui du Hamas : les juifs dehors ! À ses yeux, ce pas de côté a ses vertus. La première est que ce diable de Mélenchon […] la joue comme Jean-Marie Le Pen à l'époque […]. Dernier étage de cette fusée diabolique : il flatte les banlieues musulmanes, qui sont facilement anti-israéliennes, et qui glissent parfois dans l'antisémitisme. […] En refusant de traiter le Hamas de terroriste, Jean-Luc Mélenchon flatte sa base électorale./p
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pPar la voix de l'un des maîtres à penser du concept de « nouvel antisémitisme », l'historien Georges Bensoussan, iValeurs actuelles/i ne dit pas autre chose : « iLFI a compris qu'il fallait […] flatter dans les "quartiers" cet antisémitisme culturel qui est "comme dans l'air qu'on respire" […]. LFI traduit en termes électoraux la communautarisation de la société française./i » (8/10/2024) iLe Point/i non plus, où à la suite de Serge July, Kamel Daoud prétend analyser comment « iMélenchon mise sur l'antisémitisme/i » (20/11/2023) :/p
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pstrongKamel Daoud :/strong Ce n'est plus un tabou d'en parler : le vote musulman existe. Mais qu'en faire ? Mélenchon y mise sa carrière à présent en s'engageant dans la voie dangereuse du dopage de la judéophobie ou de sa clientélisation […]. On l'a noté depuis une décennie : Mélenchon « s'islamise ». Il ne se convertit pas, ne se déchausse pas dans les mosquées, ne prie pas la tête vers La Mecque, mais la tête prosternée vers l'électeur français musulman./p
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div class='spip_document_16335 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cheikh_1.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH105/cheikh_1-9b61e.png?1768409235' width='500' height='105' alt='' //a
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/div/br
h3 class='article_intertitres'« iUne stratégie électorale communautaire et islamisée/i »/h3
p/br« iLFI joue avec l'indignité pour conquérir les banlieues/i » résumera iLe JDD/i (5/06/2024), où l'une des têtes d'affiche de CNews, Gauthier Le Bret, ne prête à LFI qu'une « isincérité électoraliste/i » : « i[Aymeric Caron] emploie les mots de génocide, d'extermination et de ghetto. L'objectif ? Nazifier Israël. Nazifier les juifs. […] Ils ne pensent qu'aux élections et aux votes des quartiers./i » Tonalité identique dans iL'Express/i (28/10/24), où l'expert tout-terrainspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Que nous avons déjà épinglé pour avoir propagé une fake news." id="nh2"2/a]/span David Khalfa n'hésite pas à comparer Mélenchon aux « irévolutionnaires blanquistes qui avaient soutenu le général Boulanger et son antisémitisme virulent/i » :/p
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pstrongDavid Khalfa :/strong Mélenchon semble reconnaître dans l'antisémitisme politique moderne qu'est l'antisionisme, un élément fédérateur, une « formule populaire » (Drumont) permettant de séduire les nouveaux « damnés de la terre » […]. Cette stratégie politique s'est montrée efficace dans les quartiers populaires où La France insoumise a enregistré des scores très élevés et en nette progression aux élections européennes, grâce notamment à une campagne axée sur la dénonciation du « génocide à Gaza »./p
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pMême hebdomadaire, autre agitateur : convaincu d'avoir décelé une « istratégie électorale insoumise communautaire et islamisée/i », Raphaël Enthoven mouline ses calomnies ordinaires contre un « imouvement politique simultanément stalinien et islamisé/i » (iL'Express/i, 3/02/2025). Un lexique délirant qu'il partage avec Éric Naulleau, chantre de l'extrême droite bolloréenne, obnubilé lui aussi par « iles quartiers islamisés/i » que chercherait à amadouer LFI, qu'il qualifie d'ailleurs de « iparti de l'étranger/i » en reprenant une formule à l'histoire a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/a-la-source/a-la-source-chronique-du-samedi-06-decembre-2025-1499450" class="spip_out" rel="external"résolument antisémite/a. Ceci dans les pages du iFigaro/i – à l'occasion d'un entretien conjoint avec son ami Éric Zemmour paru sur FigaroVox (16/05/2024) puis reproduit dans iLe Figaro Magazine/i :/p
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pstrongÉric Naulleau :/strong Jean-Luc Mélenchon ne se contente pas d'expliquer aux Français musulmans que les banlieues sont en réalité un mélange de Gaza et de territoires occupés, et la France Israël en plus grand […]. L'extrême gauche en général et La France insoumise en particulier n'ont de cesse de légitimer la violence sous toutes ses formes – le message est reçu 5 sur 5 à la fois par les nostalgiques de la révolution et strongles pillards de banlieue élevés à la dignité de militants politiques et même de Gazaouis par procuration/strong./p
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pLe icontinuum/i de la déshumanisation bat son plein…/p
pEn roue libre, le racisme est d'ailleurs devenu une grammaire ordinaire au sein des différentes déclinaisons du iFigaro/i, où le spectre « LFI – Gaza – vote des quartiers populaires » fait les gros titres à répétition./p
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div class='spip_document_16333 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/figaro_2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH336/figaro_2-61b6e.png?1768409235' width='500' height='336' alt='' //a
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p/brEt les choux gras des « intellectuels » médiatiques (FigaroVox, 20/06/2024) :/p
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pstrongAlain Finkielkraut :/strong J'espérais que la monomanie de la France insoumise serait sanctionnée dans les urnes. Il n'en a rien été. Le pari de l'antisémitisme s'est révélé gagnant. Et quand les abstentionnistes des « quartiers populaires » iront voter, son score montera encore. […] [C]e sont les jeunes et fougueux démons du nouvel antisémitisme qui menacent aujourd'hui les Juifs et la République./p
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pEntre deux intertitres outranciers – « Le keffieh et la haine en bandoulière » ; « Des amis très barbus » ; « La Palestine, l'alibi des islamistes » –, Omar Youssef Souleimane soutient lui aussi que « iLFI profite de la communauté musulmane pour obtenir des votes/i » (iLe Figaro Magazine/i, 9/12/2024). Et c'est peu dire si le journaliste-star des (extrêmes) droites – qui va jusqu'à décrire Attac comme « iune association liée aux Frères musulmans/i » ! – met les bouchées doubles pour affoler son lectorat, en relatant par exemple ses interventions dans les établissements scolaires :/p
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pstrongOmar Youssef Souleimane :/strong Ils sont majoritairement issus de quartiers populaires, d'origine maghrébine et de confession musulmane. […] Depuis le 7 octobre, de nombreux élèves me confirment ce choix [de voter pour Jean-Luc Mélenchon, NDLR] non seulement pour défendre les musulmans de France, mais aussi ceux de Palestine face à l'occupation israélienne et à la colonisation juive. Ils semblent adopter un discours décolonialiste, celui des mouvements antifas et islamistes./p
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h3 class='article_intertitres'Du iFigaro/i au iMonde/i : l'activisme raciste en étendard/h3
p/brExprimée en des termes plus policés – quoique… –, la même obsession ponctue les pages du iMonde/i depuis le 7 octobre 2023. Quand il ne déroule pas le tapis rouge à « iceux qui […] soupçonnent [Jean-Luc Mélenchon] de faire de l'électoralisme dans les quartiers populaires auprès de la population de confession musulmane/i » (20/04/2024), le quotidien de référence ressasse lui-même le stigmate à haute voix. Le 24 avril 2024, il accuse LFI d'« iinstrumentaliser le vote des quartiers populaires/i » et même d'« iinciter les électeurs français à s'identifier aux protagonistes de la guerre que mène Israël dans le territoire palestinien/i ». Quatre jours plus tard, on lit que « iM. Mélenchon, qui rêve de conquérir le vote des quartiers populaires, a radicalisé ses positions à mesure que le conflit se durcissait/i » (28/04/2024). On monte encore d'un cran la semaine suivante, lorsque l'éditorialiste du iMonde/i, Philippe Bernard, fantasme une « istratégie d'exacerbation des ressentiments et de tension, qui semble miser sur la mobilisation conjointe des étudiants politisés et des Français issus de l'immigration/i » (5/05/2024) :/p
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pstrongPhilippe Bernard :/strong La gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon croit conquérir les voix musulmanes en faisant de la tragédie de Gaza le centre de sa campagne [...], quitte à s'aliéner de nombreux juifs en confondant « juifs », « Israéliens », « sionistes » et « colonialistes », l'hostilité à l'égard du gouvernement d'Israël et la négation de l'existence de ce pays./p
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pUn an plus tard, iLe Monde/i n'en a visiblement pas terminé. Le « quotidien de référence » aggrave même son cas à travers l'éditorial (anonyme) du 21 mars 2025 :/p
blockquote class="spip"
pstrong iLe Monde/i :/strong [Jean-Luc Mélenchon] ne cesse, à des fins électorales, d'adresser des clins d'œil à la partie de la population qui, y compris dans les quartiers populaires, est sensible aux préjugés antijuifs. Cela s'appelle jouer avec le feu, au moment où les massacres commis au cours de l'opération terroriste du 7-Octobre et la guerre à Gaza exacerbent les colères. Cela signifie aussi rompre avec la longue tradition de lutte contre le racisme et l'antisémitisme de la gauche, et renouer avec les dérives antijuives qui n'ont pas toujours épargné cette dernière./p
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pLe journalisme dominant poursuit inlassablement son matraquage. Jusqu'à aujourd'hui. Initiée par le député LR Laurent Wauquiez dans l'objectif – ce sont ses mots – de « idémonter la LFI/i » (CNews/Europe 1, 17/12/2025), la commission d'enquête sur les liens entre les mouvements politiques et « iles organisations et réseaux soutenant l'action terroriste ou propageant l'idéologie islamiste/i » a fait flop. Si iLe Monde/i le reconnaît en indiquant que « il'hypothèse d'une collusion systémique/i » a été totalement écartée, le journal écarte à son tour ce fait majeur pour lui préférer une autre conclusion :/p
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div class='spip_document_16334 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH236/monde_3-334d2.png?1768409235' width='500' height='236' alt='' /
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p/brDébordant de malhonnêteté, l'article à charge ne cesse de pointer du doigt une « istratégie de clientélisme électoral racoleur/i », « ivisant à séduire les électeurs musulmans/i », sans marquer la moindre distance à l'égard des promoteurs de cette thèse, interrogés durant la commission, et dont les propos sont pris pour argent comptant. « i[L]e militantisme propalestinien cré[e] un terrain de convergences avec les islamistes/i », ajoute même iLe Monde/i, avant de lister d'autres thématiques estampillées « suspect » : « iOutre la question palestinienne, une vision décoloniale partagée, la défense des minorités ou le rejet de l'islamophobie offrent des sujets de rapprochement./i » Peu importent les jugements à l'emporte-pièce ou les angles morts d'un tel parti pris : fort du prêt-à-penser, le journaliste se croit ia priori/i dispensé de toute argumentation – et de rigueur déontologique. Ainsi de cette conclusion, remarquablement étayée :/p
blockquote class="spip"
pComme d'autres auparavant, du PCF à la droite conservatrice, LFI se livre assurément à un clientélisme électoral envers la communauté musulmane. strongProbablement de manière plus visible, plus virulente et plus systématique que ses prédécesseurs/strong./p
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pCroyons iLe Monde/i sur parole…/p
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h3 class='article_intertitres'« iRatisser les quartiers islamisés/i »/h3
p/brLa nomination de Rima Hassan sur la liste LFI aux élections européennes a cristallisé ce type de commentaire. Le 8 octobre 2024 – dans l'article « En France, un mouvement propalestinien phagocyté par LFI » –, iLe Monde/i en parle d'ailleurs comme d'un « itournant/i ». Dans un raisonnement fleurant bon le complotisme, Christophe Ayad impute à la juriste une toute-puissance quasi maléfique : ainsi aurait-elle « idonné le "la" des positions de LFI sur les événements postérieurs au 7-Octobre à travers ses messages virulents sur les réseaux sociaux/i » et imposé jusqu'à « il'usage du mot "génocide"/i » – « idevenu systématique/i » non du fait du consensus scientifique grandissant… mais de Rima Hassan, quel talent ! Le tout concordant d'ailleurs, selon le journaliste, avec la « ivolonté de [Jean-Luc Mélenchon de] recruter électoralement parmi la communauté arabo-musulmane/i ». Tout s'emboîte, tout s'explique. « iAvec l'arrivée d'Hassan ont ressurgi les accusations contre LFI de mener une stratégie électoraliste en direction des quartiers populaires/i », expliquait déjà iLe Parisien/i (23/04/2024). Il ne semble plus se trouver personne, au sein des rédactions mainstream, pour contrer de tels rapprochements aux ressorts fondamentalement racistes, omniprésents dans la presse d'extrême droite : « iRima Hassan à la sauce Insoumise n'est qu'un habile cocktail de cynisme visant à ratisser les quartiers islamisés et à enjamber une élection européenne piégeuse./i » (iValeurs actuelles/i, 16/05/2024)/p
p« Avec son flou sur le Hamas, LFI cherche-t-elle le vote des banlieues ? » s'interrogeait encore iL'Opinion/i (19/10/2023), qui fustigera quelques mois plus tard « iune stratégie du chaos/i » à sa Une, analysée par l'un des chroniqueurs stars de CNews, Julien Dray, comme une manière de « irecrute[r] des moines soldats en donnant une dimension ethnique à la ghettoïsation sociale/i »… (22/04/2024) « iDifficile de nier […] la dimension communautaire/i » de la campagne LFI aux européennes, renchérissait iLe Nouvel Obs/i (27/06/2024), qui entreprit d'expliquer à ses lecteurs « icomment La France insoumise a séduit les quartiers/i ». « iSelon une enquête Ifop pour "la Croix", 62 % des musulmans se sont prononcés en faveur de LFI/i », soulignait alors la journaliste, avant de s'autoriser ce commentaire aussi incongru qu'éloquent : « iQuel revirement, pour un mouvement né il y a quinze ans sur le principe d'une laïcité intransigeante !/i » Misère./p
pEt interminable naufrage de la presse française, déterminée à ronger son os jusqu'à la moelle. Ainsi, enfin, d'une « enquête » de iMarianne/i parue dans le numéro du 30 janvier 2025, signée Louis Nadau et Hadrien Mathoux, le directeur adjoint qui parle sur les réseaux sociaux comme un militant de la fachosphèrespan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Le 2 décembre, LCP poste sur X l'extrait d'une conférence de presse de LFI, (…)" id="nh3"3/a]/span. « iTout laisse penser que le mouvement […] franchit le pas qui sépare l'antiracisme du communautarisme en cherchant à mobiliser les électeurs d'origine immigrée par l'instrument de la flatterie identitaire/i », concluent les deux fins limiers, au terme de (longues) colonnes qui n'auront fait que recycler le prêt-à-penser réactionnaire : « istratégie électorale assumée/i » ; « ià LFI, on pratique le clientélisme/i » ; « imachine de guerre électorale ayant […] abandonné l'universalisme républicain au profit des positions communautaristes/i » ; « ibascule du 7 octobre 2023/i » ; « idéclarations toujours plus ambiguës/i » ; « iobsession pour Gaza/i »… Bref, comme aurait pu l'écrire n'importe quel estafier de Bolloré : « iLa stratégie des Insoumis implique […] [de] ne rien faire qui puisse heurter les sentiments des électeurs ayant des racines étrangères, et surtout pas émettre la moindre critique concernant les régimes, même dictatoriaux, qui gouvernent leurs pays d'origine./i » Tout de même… et jusqu'à la nausée./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLe service politique de iLibération/i s'est fait une spécialité d'entretenir la diabolisation de LFI, notamment sur cette base. L'assimilation du soutien de LFI au peuple palestinien à une volonté de « idraguer les quartiers populaires/i » (23/04/2024) fut omniprésente au cours des deux dernières années : « iCet activisme sur la question gazaouie vaut […] un grand nombre de critiques aux dirigeants mélenchonistes. Depuis des mois, ils sont accusés d'"importer" le conflit israélo-palestinien en France par calcul électoraliste afin de draguer les Français de confession musulmane./i » (10/06/2025)/p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanQue nous avons déjà épinglé pour avoir a href="https://www.youtube.com/watch?v=e5WwkBARVPA" class="spip_out" rel="external"propagé une fake news/a./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanLe 2 décembre, LCP poste sur X l'extrait d'une conférence de presse de LFI, au cours de laquelle Danièle Obono défend la proposition du parti en faveur du « idroit de vote et d'éligibilité aux élections locales pour toutes les personnes étrangères résidant en France/i ». Ce qui inspire spontanément au directeur adjoint de iMarianne/i le commentaire suivant : « iAprès le "parti de l'étranger", le parti des étrangers./i » (Hadrien Mathoux, X, 3/12)/p
/div/div
lun, 2026-01-12 12:54
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/venezuela_rs-a28b8.png?1768215255' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pL'agression impérialiste des États-Unis contre le Venezuela est venue avec son torrent de mensonges officiels et de propagande militaire, relayés imprudemment – ou activement – par certains médias. Tour d'horizon./p/div
div class='rss_texte'/br
h3 class='article_intertitres'Deux médias états-uniens complices/h3
p/brUn journal, mis au courant de la préparation d'une agression militaire par le gouvernement de son pays, a-t-il le devoir d'en informer ses lecteurs ? C'est la question à 1 million de dollars qu'ont dû se poser les rédactions en chef du iNew York Times/i et du iWashington Post/i, samedi 3 janvier, quelques heures avant que les États-Unis ne bombardent Caracas, la capitale du Venezuela. Loin de l'idéal d'un journalisme « quatrième pouvoir », les deux journaux ont fait un choix qui n'est pas inédit dans l'histoire de la propagande de guerre : celui de retenir ce qu'ils savaient « iafin de protéger les troupes américaines/i »./p
pL'affaire, a href="https://www.semafor.com/article/01/03/2026/new-york-times-washington-post-held-off-on-reporting-venezuela-raid" class="spip_out" rel="external"révélée par le site américain Semafor/a, n'a pas fait grand bruit, signe que la prise en compte d'autres enjeux que celui de l'information – en l'occurrence, « protéger les troupes américaines » – semble assez acceptée au sein de la profession journalistique. Certains évoquent « la responsabilité » de ces journaux, si leurs révélations avaient coûté la vie à des militaires américains ; d'autres se cachent derrière la pratique usuelle des « iinformations sous embargo/i »… mais qui pour noter que ces journaux, en ne révélant pas les intentions guerrières de leur pays, ont joué un rôle (passif) dans le « succès » de l'opération militaire ? Mardi 6 janvier, dans l'émission « This week » (ABC), le secrétaire d'État Marco Rubio n'a pas manqué de « iféliciter les médias qui avaient connaissance de l'intervention militaire au Venezuela et qui n'ont pas évoqué ce sujet avant que cette mission soit réalisée/i », rapporte iLe Parisien/i (6/01). Accablant./p
pLe iNew-York Times/i et le iWashington Post/i n'ont pas fait que retenir leurs informations. Ils ont également, lorsque l'agression militaire s'est effectivement déclenchée, feint de découvrir en direct ce qu'il se passait. Ainsi, le 3 janvier à 3h39 du matinspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Eastern standard time, c'est-à-dire 9h39 en France." id="nh1"1/a]/span, le iNew-York Times/i envoie une inewsletter/i à ses lecteurs, titrée : « Breaking news : le Venezuela accuse les États-Unis de mener des attaques sur sa capitale ». Les premiers papiers évoquent des « iexplosions/i » entendues à Caracas, et rapportent les « iaccusations/i » vénézuéliennes, pour l'instant « inon confirmées/i » par les États-Unis. Ni une ni deux, les effets de cadrage (et de recopiage) se font sentir sur la presse internationale : dès 9h du matin, iLe Monde/i ouvre son live avec ce titre : « EN DIRECT, explosions à Caracas : le Venezuela accuse les Etats-Unis d'une "itrès grave agression militaire/i" ». C'est ce même cadrage, formulé dans les mêmes termes, qui donne d'emblée sa Une au quotidien (4-5/01) :/p
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div class='spip_document_16325 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH505/venezuela_1-9283c.png?1768211890' width='500' height='505' alt='' /
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p/brPendant deux heures, toute la presse française, télé, radio et web, parle « id'explosions entendues à Caracas/i ». Les titres changent partout sur les coups de 10h45, quand Donald Trump revendique enfin son agression : « EN DIRECT : Donald Trump annonce que Nicolas Maduro a été capturé et confirme les frappes américaines » (iLe Monde/i)./p
piLe Monde/i pouvait-il s'avancer avant les revendications officielles des USA ? iLe Monde/i était-il obligé de passer en direct sur une telle actualité, alors qu'il n'avait aucune information originale à apporter ? Ces questions sont ouvertes. Mais nous ne pouvons que constater qu'en reproduisant le format d'une chaîne d'information en continu, iLe Monde/i n'a fait qu'en reproduire des biais habituels : précipitations, informations approximatives (« explosions » au lieu de « bombardements »), sur-importance accordée à la parole officielle./p
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h3 class='article_intertitres'Confusions volontaires/h3
p/brPour habiller et justifier son intervention militaire, Donald Trump affirme que Nicolas Maduro est un « inarco-terroriste/i », à la tête d'un important « icartel/i ». Nicolas Maduro est en effet poursuivi aux États-Unis depuis janvier 2020 – à l'époque déjà sous administration Trump – pour « narcotrafic », soupçonné d'être à la tête du « Cartel de Los Soles ». Au cours des mois de menaces des États-Unis contre le Venezuela, qui ont précédé l'agression militaire du 3 janvier, ces allégations ont été maintes fois répétées par l'administration Trump. En juillet 2025, un article des iÉchos/i nous informe que « ile Trésor américain a décidé un nouveau train de sanctions contre le cartel vénézuélien Los Soles (Les Soleils), […] [qui] a formé un réseau au cœur des forces armées, de la sécurité intérieure et des institutions civiles vénézuéliennes./i » De même, le 17 novembre, iOuest-France/i explique que le « cartel de Los Soles » va être classé comme un « groupe terroriste étranger » par les États-Unis. Le 5 janvier 2026, deux jours après l'attaque, l'ambassadeur américain auprès des Nations Unies, Michael Waltz, réitère devant le conseil d'urgence de sécurité de l'ONU cette accusation : « i[Nicolas Maduro] est à la tête d'une vicieuse organisation terroriste étrangère, le Cartel de Los Soles/i ». Problème... ce cartel n'existe tout simplement pas. Il s'agit d'une expression argotique, d'un idiome forgé par des journalistes vénézuéliens pour désigner la corruption dans l'armée, et aucunement d'une organisation criminelle organisée et hiérarchiquespan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire par exemple : « Nicolas Maduro et le cartel des Soleils : le président (…)" id="nh2"2/a]/span. Le tribunal de New-York devant inculper Nicolas Maduro a donc abandonné de le placer à la tête de ce cartel qui n'existe pas, explique le iNew-York Times/i (6/01). iLe Monde/i rapporte ce revirement, dans la foulée du NYT : « iVenezuela : les Etats-Unis n'accusent plus Nicolas Maduro d'être à la tête du cartel de los Soles/i » (6/01). Dans son papier, le journal de référence s'en tient à la comparaison entre l'acte d'inculpation de janvier 2020 et celui de janvier 2026, duquel a effectivement disparu l'intenable accusation de diriger un cartel qui n'existe pas… mais le lecteur n'apprend pas que ces mensonges sont encore proférés très officiellement le 5 janvier à l'ONU – soit deux jours après l'abandon de ces poursuites par la justice new-yorkaise./p
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centeriframe title="ONU, 5 janvier 2026" width="560" height="315" src="https://videos.globenet.org/videos/embed/jh66mYdp9Ce84LxSNeUnE1" style="border: 0px;" allow="fullscreen" sandbox="allow-same-origin allow-scripts allow-popups allow-forms"/iframe/center
centersmallExtrait de l'intervention de Michael Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations Unies, a href="https://media.un.org/avlibrary/en/asset/d352/d3523110" class="spip_out" rel="external"devant le conseil de sécurité d'urgence de l'ONU/a, le 5 janvier 2026 : « iC'est pourquoi Maduro était un fugitif de la justice [américaine]. Il est à la tête d'une vicieuse organisation terroriste étrangère, le Cartel de los Soles/i »./small/center
p/brIl convient toutefois de remarquer que, si cette affiliation fantaisiste au « cartel de los Soles » a prospéré ces derniers mois dans la presse française, à la faveur du relais des déclarations américaines, la plupart des titres qui s'en sont fait l'écho n'étaient pas dupes : « La croisade antidrogue de Trump au Venezuela : une mise en scène absurde » (iLibération/i, 12/12/25) ; « Venezuela : Nicolás Maduro est-il vraiment le "dirigeant" d'un cartel de la drogue comme l'affirme Donald Trump ? » (TV5 Monde, 2/12/25) ; « Pourquoi les États-Unis ciblent un cartel vénézuélien qui n'existe pas » (iLe Point/i, 18/11/25). De même, iLe Monde/i parle dès le 4 janvier, dans son éditorial, de « il'accusation fumeuse de narcoterrorisme/i ». Ce qui n'empêcha pas, là encore par des effets de cadrage, que le thème du « narcotrafic », du « narcoterrorisme », ou du « narco-État » redevienne central dans les discussions médiatiques qui ont suivi l'agression du 3 janvier. Les occurrences de ces termes à travers la presse sont, en effet, innombrables. Et des journaux qui ne se montraient pas dupes en novembre… plongent en janvier : comme iLe Point/i, sous la plume de Bernard-Henri Lévy (6/01) : « iNicolas Maduro n'était même pas, à dire vrai, chef d'État mais narcotrafiquant à grande échelle, inondant le monde de cocaïne et recyclant l'argent de ce poison pour financer les forces terroristes les plus obscures./i » Tout en finesse./p
pCette présentation de Nicolas Maduro en criminel international plutôt qu'en chef d'État en fonction a plusieurs avantages pour la propagande de guerre étasunienne : à commencer par le fait de présenter cette action comme une « opération de police » plutôt que comme une opération militaire (illégale à tous les points de vue, national comme international). Là encore, de nombreux journaux français vont se plier au cadrage imposé par la puissance militaire, et chacun va y aller de son petit article : s'agit-il d'une opération de police contre un chef de cartel, ou une d'ingérence militaire ? Sur France Inter, dans la matinale du samedi 3 janvier, le journaliste Éric Biegala, du service international de Radio France, a visiblement tranché : « iC'est presque plus une opération de police plutôt qu'une opération de guerre […]. Le président américain précise même que l'opération a été faite en conjonction avec les forces de l'ordre, donc il s'agit bien d'une arrestation./i » Le magazine « C ce soir » (France 5) du 5 janvier en fait même son titre : « Maduro : une arrestation légitime ou illégitime ? » Faut-il le rappeler, les commentaires et les questionnements de ce type, qui vont se multiplier les jours suivants, piétinent le droit international. « iLe droit international est sans aucune ambiguïté/i », rappelle iLe Monde/i (5/01) : « iLa lutte contre le narcotrafic […] ne constitue pas [un] fondement juridique du recours à la force./i »/p
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h3 class='article_intertitres'Une opération « magnifique » qui n'a fait « aucun mort »/h3
p/brUn autre biais du traitement journalistique de cet événement, issu lui aussi directement de la propagande militaire américaine, réside dans la focalisation des commentaires non pas sur la violation flagrante du droit international, mais sur la superbe « iréussite opérationnelle/i » de ce « coup ». Durant les premières heures, cet angle va être ultradominant, notamment à la faveur du défilé des généraux en retraite sur les plateaux télé a href="https://www.arretsurimages.net/articles/comment-les-chaines-dinfo-ont-couvert-lenlevement-de-maduro" class="spip_out" rel="external"qu'Arrêt sur images a relevé/a, tous admiratifs de cette démonstration de force. Au lendemain de l'agression militaire, le rédacteur en chef du iParisien/i, Frédéric Michel, n'y va pas par quatre chemins (4/01) : « iLe tour de force du président américain relève du génie/i », tout simplement. À travers la presse, les « experts-défense » applaudissent : « iL'opération spéciale menée contre le dictateur vénézuélien est l'une des plus spectaculaires de l'histoire/i » pour Jean-Dominique Merchet dans iL'Express/i, « iune réussite totale/i » pour le général Pellistrandi, dans Atlantico (7/01). Sur LCI (5/01), l'éditorialiste du iFigaro/i Renaud Girard se laisse aller : « iOn aimerait bien, nous Français, être capable de faire une opération aussi belle et aussi magnifique !/i » Même tonalité à la Une de iLa Dépêche/i (4/01) :/p
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div class='spip_document_16326 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L408xH581/venezuela_2-41aca.png?1768211890' width='408' height='581' alt='' /
/figure
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p/brDès le 3 janvier au matin, à bord de son Air Force One, Donald Trump avait lui-même impulsé ce registre lors d'une interview sur Fox News : « iJ'ai regardé l'opération, littéralement (sic), comme si c'était un show télévisé… Si vous aviez vu la vitesse, la violence ! […] Je n'avais jamais rien vu de pareil./i » Aussi, de nombreux médias français vont se lancer dans le « film » des « opérations ». Ce format du récit minute par minute, mis en scène à grand renfort d'animations graphiques dans les JT, va se retrouver absolument partout, alimentant une spectacularisation de l'information aussi commode pour le pouvoir américain que pour les remplisseurs d'antenne./p
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div class='spip_document_16329 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/venezuela4.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH140/venezuela4-aa2b3.jpg?1768215255' width='500' height='140' alt='' //a
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p/brDans une conférence de presse tenue quelques heures plus tard, le président des États-Unis ajoute que l'opération n'a fait « iaucun mort/i » (côté américain). Il ne faudra pas attendre longtemps pour que cette affirmation soit télégraphiée par une vedette de France Info (5/01) : « iCette opération rappelle aussi celle au Panama en 1989, autre scénario rocambolesque, mais des centaines de morts à l'époque alors que cette fois, zéro mort !/i », se réjouit la présentatrice de la matinale, Agathe Lambret, face à son invité Bruno Tertrais (encore un « expert-défense »). « iUne opération sans perte américaine/i », dit aussi le JT de France 2 du même jour. Ou comment, « iencore une fois[,] complètement invisibilis[er] les victimes anonymes d'un peuple non-occidental/i », a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/les-enerve-es/attaque-americaine-au-venezuela-ce-que-revele-le-zero-mort-de-franceinfo" class="spip_out" rel="external"comme le signale Arrêt sur images/a. En réalité, l'agression militaire étasunienne a coûté la vie à 80 personnes, Vénézuéliens et Cubains, civils et militaires, estime le iNew-York Times/i (6/01), qui n'était pas le premier à avancer des chiffresspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Le 8 janvier, Caracas annonce « une centaine » de morts, civils et militaires." id="nh3"3/a]/span. Mais il ne fallait pas compter sur ces deux carrefours de l'information de service public pour nous l'apprendre./p
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h3 class='article_intertitres'Lexique en temps de guerre/h3
p/brEnfin, et selon une règle qui n'est pas spécifique à la propagande militaire, de nombreux médias vont privilégier dans leurs titres et leurs articles les mots du pouvoir. En l'occurrence, donc, de Donald Trump. L'on va ainsi parler, comme le président américain, de « capture » plutôt que « d'enlèvement », « d'arrestation » plutôt que de « kidnapping », et parfois, comme nous l'avons vu plus haut, « d'opération de police » ou de « coup de force », plutôt que « d'agression militaire ». iLe Monde/i, qui avait commencé par parler de « capture », se rectifiera et adoptera au cours de la journée du 3 janvier le terme qui convient, « enlèvement ». Mais de nombreux autres titres ne feront pas ce choix :/p
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div class='spip_document_16327 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/venezuela_3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/venezuela_3-60331.png?1768211890' width='500' height='281' alt='' //a
/figure
/div
centersmall(De gauche à droite et de haut en bas : iLe Parisien/i, TF1, France 2, iLibération/i, iLe Figaro/i, iL'Express/i, iL'Humanité/i, iOuest-France/i, France 24, iSud Ouest/i, France Info.)/small/center/br
centerstrong***/strong/center
p/brDes médias qui reprennent et amplifient des éléments de propagande, voire qui s'esbaudissent devant la puissance de feu trumpienne et l'a href="https://www.arretsurimages.net/articles/venezuela-les-chaines-dinfo-enterrent-le-droit-international" class="spip_out" rel="external"enterrement du droit international/a : le bilan n'est pas glorieux pour le journalisme, loin, très loin même, de jouer son rôle de contre-pouvoir./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanEastern standard time, c'est-à-dire 9h39 en France./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLire par exemple : « a href="https://www.franceinfo.fr/monde/venezuela/nicolas-maduro-et-le-cartel-des-soleils-le-president-venezuelien-dechu-a-t-il-fait-partie-d-une-organisation-criminelle_7732987.html" class="spip_out" rel="external"Nicolas Maduro et le cartel des Soleils : le président vénézuélien déchu a-t-il fait partie d'une organisation criminelle ?/a », Franceinfo, 10/01./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanLe 8 janvier, Caracas annonce « une centaine » de morts, civils et militaires./p
/div/div
dim, 2025-12-28 19:07
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/blast7-47633.jpg?1766941653' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pSeptième épisode de a href="https://www.acrimed.org/+-Acrimed-sur-Blast-+"« 4e pouvoir »/a, l'émission vidéo d'Acrimed sur Blast./p/div
div class='rss_texte'/br
centeriframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/MAbBbVhXFGM?si=rbYCrjmr6p08Mb8L" title="YouTube video player" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen/iframe/center/div
mar, 2025-12-23 10:01
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH78/seduirelesquartiers_rs-fea17.png?1766476870' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='78' alt="" /
div class='rss_chapo'p« iJean-Luc Mélenchon et l'obsession des quartiers populaires/i » (France Inter) ; « iquête du vote musulman/i » (Franceinfo) ; « iséduire les nouveaux "damnés de la terre"/i » (iL'Express/i) ; « iflatte[r] les banlieues musulmanes/i » (iLibération/i) ; « icourtiser l'électorat des quartiers populaires/i » (iLa Provence/i) ; « icapitaliser sur l'antisémitisme pour capter le vote musulman/i » (iLe Point/i)… : au cours des deux dernières années, la question palestinienne et le militantisme de LFI sur le sujet ont réactivé un leitmotiv popularisé de longue date dans le débat public par les acteurs politiques et médiatiques. Retour sur un procès ordinaire en clientélisme, fondé sur des préjugés racistes, qui aura activement contribué à la normalisation de l'islamophobie ainsi qu'à la diabolisation de la gauche par la presse française./p/div
div class='rss_texte'pLe 3 décembre dans l'émission « Tout est politique » (Franceinfo), l'inénarrable Nathalie Saint-Cricq s'entretient avec le député Alexis Corbière (L'Après). Conformément au gloubi-boulga habituel des plateaux télé, la journaliste fait un lien entre La France insoumise et l'« iambiance d'antisémitisme/i » qui règnerait en France. Installée sur ces excellentes bases, l'interview continue de dériver avec l'échange qui suit :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Nathalie Saint-Cricq :/strong Il y a eu le procès avec Raphaël Enthoven et Richard Malka, il y a quand même un certain nombre d'accusations d'antisémitisme autour de votre ancienne famille, je parle pas de vous. Est-ce que vous vous dites pas : « Bah, écoutez, on a eu raison finalement de [inaudible, NDLR]… » ?/p
pstrong- Alexis Corbière :/strong L'antisémitisme est une chose sérieuse. Il existe dans le pays, d'accord, ça existe… [Coupé]./p
pstrong- Nathalie Saint-Cricq :/strong Et la quête du vote musulman aussi./p
pstrong- Alexis Corbière :/strong Alors déjà… là, je vous reproche… Pourquoi vous faites ce lien ? […] Pourquoi quand je parle d'antisémitisme, vous faites un lien avec « la quête du vote musulman » ? Quel est le rapport ? Pensez-vous qu'il y a des gens qui sont antisémites pour aller chercher « le vote musulman » ?/p
pstrong- Nathalie Saint-Cricq :/strong Ah oui./p
pstrong- Alexis Corbière :/strong Moi, je trouve ça intolérable de votre part./p
pstrong- Nathalie Saint-Cricq :/strong « Intolérable »… C'est pas intolérable, il y a eu des études ! […] C'est pas eux qui sont ciblés ! Je n'ai pas ciblé ce qu'ils pensaient, mais certains qui croient, et ça a été… qui croient que le nouveau prolétariat… Donc… […] C'est pas les musulmans qui sont condamnables, c'est ceux qui croient qu'en leur disant des propos antisémites, on va pouvoir les rallier. C'est pas du tout pareil !/p
/blockquote
pLa séquence circule massivement sur les réseaux sociaux et Nathalie Saint-Cricq s'attire alors les soutiens qu'elle mérite, du a href="https://www.lefigaro.fr/actualite-france/le-recteur-de-la-grande-mosquee-de-paris-saisit-l-arcom-apres-les-propos-de-nathalie-saint-cricq-sur-le-vote-musulman-20251208" class="spip_out" rel="external"iFigaro/i/a (9/12) à la très sérieuse a href="https://x.com/FBBlackler/status/1998162743732654128" class="spip_out" rel="external"Florence Bergeaud-Blackler/a, en passant par Pascal Praud, qui vole au secours d'une « ijournaliste remarquable/i » : « iElle est du service public, mais il faut la défendre parce qu'elle n'a fait que son métier !/i » (CNews, 9/12) Mais cette fois-ci, la journaliste fait aussi l'objet d'a href="https://www.change.org/p/pour-le-licenciement-de-nathalie-saint-cricq" class="spip_out" rel="external"une pétition réclamant son « ilicenciement immédiat […] de son poste de direction/i »/a, d'un a href="https://bsky.app/profile/ajaracisees.bsky.social/post/3m7kcugldnk2c" class="spip_out" rel="external"communiqué de l'Association des journalistes antiracistes et racisés/a, en plus de deux saisines déposées successivement auprès de l'Arcom par a href="https://x.com/chemshafiz/status/1997733951746838996" class="spip_out" rel="external"le recteur de la Grande Mosquée de Paris/a et a href="https://linsoumission.fr/2025/12/08/saint-cricq-lfi-arcom/" class="spip_out" rel="external"La France insoumise/a./p
pLoin de nous l'idée de défendre a href="https://www.acrimed.org/+-Nathalie-Saint-Cricq-+"une éditocrate au CV long comme le bras/a, mais l'honnêteté commande de signaler qu'elle n'a fait là que dire tout haut ce que les professionnels du commentaire rabâchent bruyamment – et de longue date. Comme le souligne le journaliste Sébastien Fontenelle dans Blast, nous y reviendrons, « idepuis vingt ans, en même temps qu'ils déchargent l'extrême droite pétainiste de son embasement antisémite et raciste, des politiciens dévoyés et – surtout – leurs éditocrates de compagnie vont brandissant l'épouvantail d'un "nouvel antisémitisme" porté, soutiennent-ils, par la gauche et les musulmans. Et depuis le début du massacre en cours à Gaza, plus un jour ne s'écoule sans que de telles calomnies ne soient proférées./i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Sébastien Fontenelle, « Le Monde, Gaza, les insoumis et les "quartiers (…)" id="nh1"1/a]/span/p
/br
h3 class='article_intertitres'Un matraquage médiatique/h3
p/brDurant cette période en effet, chaque action de LFI en lien (de près ou de loin) avec la question palestinienne fut un prétexte aux analyses « stratégico-stratégiques » des fins limiers du journalisme. Communiqués, déclarations dans la presse, conférences publiques, campagne et constitution de la liste LFI pour les élections européennes, manifestations, happenings et actions de soutien au peuple palestinien, etc. : tout le répertoire politique et militant de LFI a été passé à la moulinette du bavardage en général… et de ce prisme en particulier./p
pLa « séquence Saint-Cricq » n'est d'ailleurs pas sans rappeler un épisode sensiblement identique survenu le 28 juin 2024 sur BFM-TV. En plateau, la députée LFI Clémence Guetté affronte alors la morgue de Serge Raffy, passé, a href="https://www.acrimed.org/+-Franz-Olivier-Giesbert-+"selon une trajectoire connue/a, du iNouvel Observateur/i au iPoint/i. Après moult calomnies vociférées en plateau – « iLa France insoumise n'a parlé que de Gaza. […] Vous n'avez parlé que de ça !/i » ; « iVous avez laissé courir une rumeur antisémite !/i » – Serge Raffy embraye « comme il se doit » :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Serge Raffy :/strong Vous avez utilisé le marteau-pilon pour travailler votre électorat clientéliste. Vous avez fait-ce jeu-là./p
pstrong- Clémence Guetté :/strong C'est quoi notre électorat clientéliste, monsieur ?/p
pstrong- Serge Raffy :/strong Et je pense que vous avez été des apprentis sorciers./p
pstrong- Clémence Guetté :/strong C'est quoi notre électorat clientéliste, monsieur ?/p
pstrong- Serge Raffy :/strong L'électorat musulman, dans les banlieues./p
pstrong- Clémence Guetté :/strong Ça, c'est une clientèle, « l'électorat musulman » ?/p
pstrong- Serge Raffy :/strong Mais bien sûr, ça a été fait par vous !/p
pstrong- Clémence Guetté :/strong C'est raciste ce que vous dites, monsieur./p
pstrong- Serge Raffy :/strong Ah bah voilà ! C'est toujours l'injonction paradoxale ! i[Clémence Guetté : Non mais vous croyez qu'il y a que les musulmans de ce pays qui ont du cœur pour ce qui se passe à Gaza ?]/i Si vous me dites que je suis raciste, bah vous, vous êtes homophobe, etcétéra ! i[Clémence Guetté : Monsieur, vous croyez que y a que les musulmans de ce pays qui sont heurtés par ce qui se passe à Gaza ?!]/i Et c'est ce genre de discours chez vous, madame, qui fait que le Front national continue de monter !/p
pstrong- Clémence Guetté :/strong C'est odieux ce que vous dites./p
pstrong- Serge Raffy :/strong Non, c'est vous qui êtes odieuse, madame. C'est vous ! Et vous êtes dangereuse pour la République !/p
pstrong- Clémence Guetté :/strong Les électeurs musulmans, ce n'est pas un électorat captif i[Serge Raffy : Vous êtes dangereuse pour la République, madame !]/i Ce sont des humains qui réfléchissent et qui votent pour un projet./p
pstrong- Serge Raffy :/strong Vous êtes dangereuse pour la République !/p
pstrong- Clémence Guetté :/strong C'est vous qui êtes dangereux, monsieur./p
pstrong- Serge Raffy :/strong La cinquième République, madame, sera plus forte que vous !/p
/blockquote
pRideau./p
pMais là encore il en allait d'une goutte d'eau dans un océan de calomnies. La preuve en image :/p
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centeriframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/HYvcdnJUUsU?si=saVbPaHeHp7qAGEt" title="YouTube video player" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen/iframe/center
p/brLoin d'être circonscrit à l'audiovisuel, comme nous aurons l'occasion de le voir dans un second article, le stigmate doit aussi sa massification dans le débat public au fait d'avoir été très tôt labellisé par les plus hautes sphères de l'État. Le 15 octobre 2023, lors de la grande émission politique de France Inter, France Info et iLe Monde/i, le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti multiplie les attaques contre LFI, accusant notamment le parti d'entretenir « ila confusion de tout/i » à des « ifins électoralistes/i ». Puis, avec la bénédiction des trois intervieweuses, parmi lesquelles Nathalie Saint-Cricq, il déclare : « iIls veulent le vote des barbus, on va se dire les choses très clairement./i »/p
/br
div class='spip_document_16318 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH152/seduirelesquartiers_1-0e3b8.png?1766423010' width='500' height='152' alt='' /
/figure
/div
centersmallFranceinfo, 15/10/2023/small/center
p/brAvant cela, et dès le 9 octobre 2023 à l'antenne de France Bleu Nord, Gérald Darmanin déroulait lui aussi l'argumentaire sans aucune contradiction, fustigeant le « icommunautarisme/i » de Jean-Luc Mélenchon et sa volonté de « iparl[er] notamment aux quartiers/i » : « iOn voit bien que dans la haine anti-flic ou dans la haine d'Israël, c'est toujours la même stratégie. C'est une stratégie électorale./i » Sans doute déçu par l'absence de répercussion de sa formule, le ministre de l'Intérieur la remisera (en pire) huit jours plus tardspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="À l'occasion d'un discours tenu au dîner annuel républicain du Conseil des (…)" id="nh2"2/a]/span : « iLa haine du juif et la haine du flic se rejoignent. Pas par conviction, mais par calcul électoral./i » Et cette fois-ci, banco : diffusée en direct sur une antenne autrement plus prescriptrice que France Bleu – BFM-TV, qui a href="https://x.com/BFMTV/status/1714359100996202592" class="spip_out" rel="external"isole d'ailleurs l'extrait en question sur X (17/10/2023)/a pour un cumul de plus de neuf millions de vues –, la « punchline » fait les gros titres… et le tour de la presse./p
/br
h3 class='article_intertitres'Un stigmate médiatico-politique à double portée/h3
p/brParticulièrement rentable, le leitmotiv du « clientélisme » permet donc de faire d'une pierre deux coups contre les punching-balls ordinaires des chefferies médiatiques : LFI et les musulmans. Dans ce climat de double diabolisation, il fonctionne en outre à la manière d'un mille-feuille recouvrant des couches et des couches de présupposés, de biais et de sous-entendus. Alors déplions la chose./p
pIl existe des stratégies électoralistes au sein des partis politiques, ia fortiori/i chez ceux dont les pratiques et le fonctionnement s'inscrivent dans un processus de conquête du pouvoir par les urnes, qui plus est au sein de la Ve République : en voilà un scoop journalistique ! Différents cadres ou députés insoumis, jusqu'à Jean-Luc Mélenchon lui-même, n'ont d'ailleurs jamais fait mystère de leur volonté de mobiliser des habitants des quartiers populaires, où l'abstention est traditionnellement forte. Jusque-là… De même, comme le relevait Mediapart, « ioui, les rares enquêtes [post-électorales] disponibles montrent bien que Jean-Luc Mélenchon a été très nettement surreprésenté dans l'électorat musulman/i ». Un phénomène qui ne saurait pour autant prouver l'existence « id'un "vote musulman" en tant que tel/i », à moins d'assimiler les musulmans à un « i"tout" homogène/i », d'invisibiliser « il'abstention qui y prévaut, comme dans d'autres groupes/i », et de postuler la prédominance de la variable confessionnelle dans leur vote... et sa monosémie : comme si les musulmans en question ne pouvaient voter qu'en fonction de la campagne concernant Gazaspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="« La guerre à Gaza ravive le mythe du "vote musulman" », Mediapart, 26/11/2023." id="nh3"3/a]/span./p
pOn le voit : les raccourcis sont nombreux, mais ils n'en sont pas moins empruntés par la quasi-totalité des commentateurs dès l'instant où le sujet des « stratégies électorales » de La France insoumise est sur la table, tout particulièrement dans le contexte du génocide des Palestiniens. Dès lors, le problème ne réside pas tant dans l'évocation en tant que telle d'une « stratégie insoumise » qui viserait à « mobiliser les quartiers populaires », que dans les usages et la mise en récit médiatiques de cette thématique. En d'autres termes, comme souvent, les choses se gâtent dès l'instant où le journalisme politique et les professionnels du commentaire s'en mêlent…/p
pTrois biais majeurs, alors, se font jour : 1/ la récurrence, pour ne pas dire l'omniprésence de ce cadrage (au détriment d'autres approches) dans les productions journalistiques prétendant analyser le rapport de LFI à la question palestinienne ; 2/ le caractère doublement discriminant de ce type de parti pris, qui ne vise qu'une seule et unique fraction de l'électorat… et un seul et unique mouvement politique ; 3/ le registre (du soupçon) et les connotations (négatives) que charrient systématiquement les discours médiatiques associés : mobilisé à la manière d'un stigmate et commenté comme tel, le fait que LFI veuille « séduire les quartiers » est construit comme un iproblème/i et fonctionne dans le débat public comme une arme de disqualification des acteurs qui se rallieraient à cette « stratégie », telle que l'interprètent, en tout cas, les commentateurs./p
pEt du « simple » parti pris, on passe au rouleau compresseur lorsque les médias dominants reproduisent ces mêmes biais à l'unisson. L'uniformisation procède alors au moins autant de la circulation circulaire du prêt-à-penser « low cost » dans des médias « low cost », qu'elle repose sur des croyances et des présupposés idéologiques communs à la quasi-totalité des commentateurs./p
/br
h3 class='article_intertitres'De la focalisation sur le jeu politicien aux préjugés racistes/h3
p/brDès que le diptyque « LFI – Gaza » est à l'étude, les journalistes se focalisent donc sur les prétendus « objectifs » que cacherait le militantisme insoumis, au point que ce cadrage prenne le pas sur ce qui devrait constituer le b.a.-ba de l'information : que disent les Insoumis du génocide des Palestiniens ? Il en va là d'un biais somme toute ordinaire du journalisme politique, obsédé par le jeu politicien, les tactiques, et qui manipule la sociologie électorale comme un financier joue avec ses parts de marché. Outre le fait de nourrir des réflexes confusionnistesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire « Un climat maccarthyste », Médiacritiques, n°51, juillet-septembre (…)" id="nh4"4/a]/span, ce traitement dépolitisé alimente le récit de « l'insincérité » du mouvement politique : la volonté de politiser – et de populariser – la question palestinienne est perçue (et commentée) comme un calcul cynique et une manœuvre forcément suspecte./p
pEn cette matière aussi, LFI fait l'objet d'un traitement médiatique d'« exception ». Tous les partis politiques, en effet, choisissent d'ériger tel ou tel sujet en combat de prédilection et de le décliner ensuite dans un répertoire d'actions militantes. Parmi ces « étendards », difficile d'en trouver un seul qui serait systématiquement commenté par les journalistes au prisme des arrière-pensées électorales (supposées) qu'il cacherait… et du type de public que ses promoteurs chercheraient (supposément) à « séduire ». Face aux élus RN et LR par exemple, le mantra de « l'insécurité » n'est jamais discuté dans ces termes, pas plus que ne l'est leur obsession de « l'immigration ». De même, lorsqu'en pleine campagne électorale pour l'élection présidentielle de 2022, Emmanuel Macron fait le choix d'axer ses interventions sur l'Ukraine, les commentateurs ne raisonnent pas en termes d' « électorat à flatter », mais sur le fond, en valorisant unanimement, qui plus est, a href="https://www.acrimed.org/Macron-candidat-journalisme-de-reverence-a-la-Une"le retour du « chef de guerre »/a. On pourrait ainsi multiplier les comparaisons. S'agissant de la question palestinienne, contentons-nous enfin de souligner, en reprenant les mots de Sébastien Fontenelle, qu'il ne viendrait jamais à l'idée des journalistes de soutenir que « ila campagne électorale des partis de droite et d'extrême droite qui affichent un soutien sans faille au gouvernement israélien instrumentaliserait le vote de fantasmatiques électorats juifs/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. l'article précédemment cité, Blast, 27/04/2024." id="nh5"5/a]/span./p
pUnilatéraux, les commentaires sur « la quête des quartiers » participent donc d'autant plus à stigmatiser les « quartiers » en question (et LFI) qu'ils activent, en creux, des préjugés très ancrés dans le discours dominant, légitimés de longue date par les grands médias, le tout dans un climat de criminalisation générale du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien. Les « quartiers populaires » sont non seulement essentialisés mais aussi altérisés, placés en extériorité par rapport à ce qui constituerait une « communauté majoritaire ». Les populations arabes – et celles de culture musulmane, singulièrement – sont évidemment visées, construites comme autant de réceptacles passifs à la communication politique et, d'ailleurs, forcément « en phase » avec la question palestinienne. L'idée n'est pas de dire que ce dernier phénomène n'existe pas, mais de souligner combien les grands médias reproduisent la mécanique de l'assignation identitaire qu'ils imputent (et reprochent) pourtant… à LFI. Enfin, soulignons qu'à vouloir ainsi fabriquer des « groupes » spécifiques – ici ethnoreligieux –, les journalistes pourraient en singulariser d'autres que le positionnement de LFI serait en capacité de « séduire ». Mais force est de constater qu'en dehors des « étudiants » et des « jeunes diplômés » – quoique dans une bien moindre mesurespan class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="D'une manière tout aussi disqualifiante, on a pu en effet entrevoir ce type (…)" id="nh6"6/a]/span –, le réflexe journalistique vaut uniquement pour « les quartiers »… et leurs habitants./p
pCette essentialisation fonctionne d'autant plus facilement qu'elle repose sur deux « évidences » incontestables, au sens où plus aucun commentateur ne songe à les contester : « LFI est un parti antisémite » et « les quartiers populaires sont une réserve d'antisémites ». Deux « évidences » énoncées de manière plus ou moins explicite en fonction des commentateurs. Dans son entretien avec iLe Figaro/i (9/12) après le « bad buzz », Nathalie Saint-Cricq se défend d'ailleurs d'avoir soutenu la seconde… pour mieux réaffirmer la première : « iJe n'ai pas dit qu'il fallait être antisémite pour avoir le vote musulman, mais que LFI croyait dans sa quête du vote musulman qu'il fallait l'être./i » Ceci ne rend pas le parti pris plus acceptable, mais aux yeux des grands médias… si. Du moins si l'on en croit a href="https://x.com/NathalieStCricq/status/1998435640292069796" class="spip_out" rel="external"le prétendu « mea culpa »/a qu'elle revendiquait, l'air infatué, à l'antenne de Franceinfo deux jours plus tard :/p
blockquote class="spip"
pstrongNathalie Saint-Cricq :/strong Si je n'ai pas été d'une clarté extrême, je tenais à dire que […] je ne mets pas en question les Français de confession musulmane, nos compatriotes, je mets en question les politiques, et ça je maintiens, qui utilisent et qui manient l'antisémitisme en imaginant pouvoir rafler du vote. Point. Y a rien d'autre. C'est clair, net./p
/blockquote
pC'est en effet très clair : non seulement Nathalie Saint-Cricq ment effrontémentspan class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Dans l'article du Figaro précédemment cité, Nathalie Saint-Cricq déclare ne (…)" id="nh7"7/a]/span, mais elle se classe décidément parmi les acteurs les plus en pointe dans la diabolisation (outrancière) de la gauche./p
pLa cause est donc entendue. Peu importe ce que disent les sciences humaines et socialesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir, par exemple, Contre l'antisémitisme et ses instrumentalisations, La (…)" id="nh8"8/a]/span. Et peu importe qu'au cours des deux dernières années, LFI ait à de multiples reprises affirmé publiquement la nécessité de combattre l'antisémitisme et formulé explicitement le péril que recouvre l'assimilation juifs/Israéliens dans le contexte du génocide : ces éléments ne sont jamais (ou très rarement) rapportés par les journalistes – et quand ils le sont, c'est pour douter de leur sincérité. Il n'est pas question de faire état de ce qui est, ni de rapporter ce qui est explicitement dit, mais de gloser sur ce qui n'est pas dit… et ce qui pourrait être./p
pDe quoi profondément et durablement mutiler le débat public – et bien au-delà –, ia fortiori/i lorsqu'une partie des acteurs pointés du doigt sont littéralement exclus de la scène médiatique, privés de toute représentation et d'expression publiques. Au premier rang desquels les collectifs et les habitants des dits « quartiers populaires », aussi omniprésents qu'inexistants dans les productions journalistiques : sans voix dans les reportages qui parlent d'eux, sans visage sur les plateaux audiovisuels qui les pilonnent en continu. CQFD./p
/br
h3 class='article_intertitres'Une obsession médiatique de longue date/h3
p/brLoin de se limiter aux positions de LFI sur Gaza et à une diffusion depuis le 7 octobre 2023, cette obsession médiatique doit être réinscrite dans un double contexte : celui d'une popularisation croissante, à partir des années 2000, des théories postulant un « nouvel antisémitisme » d'une part, et des accusations en « islamogauchisme » d'autre part, deux phénomènes témoignant de la normalisation des discours islamophobes dans l'espace public au cours de ces deux décennies. Pour resserrer un peu plus l'entonnoir, il faut enchâsser le leitmotiv du « clientélisme » dans le cadrage médiatico-politique qui s'est progressivement installé (et fossilisé) au sujet de La France insoumise en général, et de Jean-Luc Mélenchon en particulier./p
pOn pense notamment, pour reprendre un titre du iFigaro/i (21/05/2022), à la (longue) construction de son prétendu « itournant communautariste/i », et à l'uniformisation croissante des discours qui lui furent – et lui sont encore plus aujourd'hui – associés, de procès en « islamogauchisme » en procès pour « complicité avec l'islamisme et le terrorisme ». L'islamophobie étant l'une des principales dynamiques présidant à l'extrême droitisation (par le haut) des grands médias, elle est aussi l'un des ressorts les plus puissants de la diabolisation de la gauche. Le climat post attentats de 2015 a constitué un indéniable accélérateur, et les années qui ont suivi, cristallisé le phénomène dans les sphères médiatiques (et bien sûr politiques), d'abord via les titres historiques de la droite dite « républicaine » – au premier rang desquels iLe Figaro/i –, avant que la petite musique du « clientélisme » infuse dans l'ensemble des grands médias. Illustration avec cette chronique traitant de « ila dérive communautariste de Mélenchon et de son mouvement/i », parue le 9 octobre 2017 dans iLe Figaro/i, sous la plume d'un agitateur qui demeure jusqu'à aujourd'hui l'un des principaux piliers de cette croisade idéologique :/p
blockquote class="spip"
pstrongAlexandre Devecchio :/strong Ces députés Insoumis participent de fait à la nébuleuse que Pascal Bruckner qualifie d'« iislamosphère/i ». […]. Jean-Luc Mélenchon […] est lui-même peu soupçonnable de complaisance avec l'islam radical. Mais l'admirateur de Robespierre refuse mordicus de faire le lien entre le terrorisme et l'islamisme conquérant […]. [On] peut s'interroger sur le cynisme électoral d'un parti qui a fait ses meilleurs scores en banlieue. […] Pire : lorsqu'il invoque l'argument commode de « il'extrême droite israélienne/i » pour justifier son refus de siéger avec Valls i[dans le cadre d'une mission parlementaire sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédoniespan class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Comme le résume l'AFP (6/10/2017), à l'époque, le contexte est celui d'une (…)" id="nh9"9/a]/span, NDLR]/i, Mélenchon ne surfe-t-il pas en réalité sans scrupule sur l'antisionisme des territoires perdus de la République ? Une haine d'Israël qui se confond de plus en plus souvent avec un antisémitisme assumé./p
/blockquote
pTout est (déjà) articulé. Marquées par les mêmes dynamiques, sur fond de « low-costisation » avancée du débat public, les huit années suivantes auront raison des marques de retenue (résiduelles !) dont faisaient encore preuve les militants réactionnaires à cette époque. Et le trope du « clientélisme » sera une composante (plus ou moins appuyée) du traitement de la marche contre l'islamophobie (2019)span class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. Les médias contre la gauche, Acrimed/Agone, 2023, p. 82." id="nh10"10/a]/span, des cabales contre « l'islamogauchisme » (a href="https://www.acrimed.org/Islamo-gauchistes-une-chasse-aux-sorcieres"2020/a/a href="https://www.acrimed.org/L-universite-menacee-par-l-islamo-gauchisme-Une"2021/a), de la couverture de a href="https://www.acrimed.org/Anatomie-d-une-campagne-mediatique-contre-la-6483"la campagne de la Nupes (2022)/a, a href="https://www.acrimed.org/Mort-de-Nahel-de-l-appel-au-calme-au-rappel-a-l"des révoltes après la mort de Nahel (2023)/a ou, depuis, des « polémiques » insensées qui se propagent à la vitesse de la lumière à propos de a href="https://www.acrimed.org/Entrisme-freriste-saturation-mediatique"« l'entrisme islamiste »/a et de ses prétendus liens avec LFIspan class="spip_note_ref" [a href="#nb11" class="spip_note" rel="appendix" title="La bulle spéculative ayant tragiquement éclaté lors du passage de Jean-Luc (…)" id="nh11"11/a]/span./p
pIl n'est donc pas étonnant que le leitmotiv du « clientélisme communautariste » de La France insoumise ait connu, en particulier depuis les années 2015, une trajectoire médiatique ascendante et sensiblement identique à celle du terme « islamogauchisme », son équivalent fonctionnel tant sur la forme… que sur le fond. Comme le démontre le sociologue Benjamin Tainturierspan class="spip_note_ref" [a href="#nb12" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir le passionnant article de Benjamin Tainturier, « Islamo-gauchisme : (…)" id="nh12"12/a]/span, la popularisation du terme « islamogauchisme » doit beaucoup, après les attentats de 2015, à la persévérance d'une poignée d'« ientrepreneurs de cause/i » (Ivan Rioufol, Gilles-William Goldnadel, Éric Zemmour, Alexandre Devecchio, Étienne Gernelle et Michel Onfray) principalement rassemblés autour de trois titres (iLe Figaro/i, iLe Point/i et iMarianne/i), qui ont œuvré à « ien ritualiser l'usage/i » selon son sens premier : le « nouvel antisémitisme ». Parallèlement, un deuxième courant politique (la « gauche » dite « républicaine »), forte de ses propres missionnaires (gravitant autour du Printemps républicain), a contribué à propulser la carrière médiatique de l'« islamogauchisme », mais aussi à en diversifier le sens : à partir de 2016, dans les grands médias, les usages portent davantage « isur des sujets de laïcité et d'idéal républicain/i », au point que Benjamin Tainturier fasse état d'un véritable « ieffet [Élisabeth] Badinter/i » au lendemain d'une interview de cette dernière, parue dans les colonnes du iMonde/i le 1er avril 2016./p
p« Clientélisme communautariste » et « islamogauchisme » marchent ainsi d'autant plus facilement main dans la main qu'ils ont tous deux « ila force des concepts faibles/i », pour reprendre l'expression du politiste Samuel Hayatspan class="spip_note_ref" [a href="#nb13" class="spip_note" rel="appendix" title="Samuel Hayat, « L'islamo-gauchisme : comment (ne) naît (pas) une idéologie (…)" id="nh13"13/a]/span. À propos du second, il soulignait combien il fut « icréé pour unir ceux et celles qui veulent stigmatiser les musulmans, s'opposer à la gauche et délégitimer les sciences sociales/i ». Il en va strictement de même s'agissant du premier : un épouvantail rhétorique, confusionniste et suffisamment plastique pour avoir son heure de gloire dans les médias – des plateaux télé aux colonnes des journaux les plus « prestigieux » –, dès l'instant où le « débat » touche de près ou de (très) loin le diptyque « LFI / musulmans ». Au point de s'imposer, si ce n'est comme LE cadrage médiatique systématiquement majoritaire de ce type d'« actualités », du moins comme une « évidence » et une toile de fond omniprésente dans l'esprit des commentateurs. On le voit à ses usages médiatiques : cet automatisme journalistique n'est en définitive rien d'autre qu'un outil de disqualification visant à neutraliser toute pensée jugée hors des clous du discours dominant. Et ce, quelle que soit la conjoncture… ou la « polémique » qui lui sera associée. Le 30 octobre 2023, dans sa chronique (infâmante) hébergée par iLibération/i, l'inénarrable Serge July avait le mérite de synthétiser admirablement la chose :/p
blockquote class="spip"
pstrongSerge July :/strong Aujourd'hui, ce diable de Mélenchon gère son capital électoral, comme d'habitude : il était contre l'interdiction de l'abaya, il accuse la police de tuer délibérément les jeunes arabes, il prend la défense immédiate de Karim Benzema et du Hamas, et il accable Israël, un pays soutenu, selon lui, par le pire pays au monde, les États-Unis. Tout cela mis bout à bout fait une réputation, pas de celle qui fascine les beaux quartiers ou le monde intellectuel, tous les antiracistes, tous les laïcards comme moi qui ne supportent pas ces multiples clins d'œil à l'islamisme./p
/blockquote
pUne déclaration en écho à un autre exercice de clarification que dispensera quelques mois plus tard Christophe Barbier sur le plateau de « C à vous » (France 5, 15/04/2024) :/p
blockquote class="spip"
pstrongChristophe Barbier/strong, à propos de Jean-Luc Mélenchon strong :/strong Le voici depuis quelques années, au moins depuis 2019 i[et la marche contre l'islamophobie, NDLR]/i, sans doute un peu avant, converti à des revendications issues de l'islam politique, qu'on a pu croire dans un premier temps être seulement un calcul électoral pour complaire à un certain électorat – on n'attrape pas les mouches avec du vinaigre –, et dont on voit depuis le 7 octobre que peut-être il y a une racine idéologique plus profonde./p
/blockquote
pFermez le ban./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brIl est des emballements sur les réseaux sociaux qui contribuent à particulariser et à déshistoriciser des récits jugés, à juste titre, particulièrement infâmants. La « polémique » autour de Nathalie Saint-Cricq est l'un de ceux-là : loin de détenir la maternité du leitmotiv de la prétendue « quête du vote musulman par LFI », Nathalie Saint-Cricq n'a fait que participer comme tant d'autres de ses confrères à sa banalisation dans les médias de masse – et singulièrement, pour ce qui la concerne, dans les médias de service public. D'autant plus facilement que les médias en question se sont alignés sur le moins-disant journalistique et sur sa forme dominante, le plateau de bavardage, où la bouillie intellectuelle fait loi contre toutes formes de savoirs produits par les sciences sociales. Comment comprendre cette séquence ? Comme l'énième symptôme de la radicalisation des chefferies médiatique et de leur alignement progressif sur l'extrême droite. Laquelle sera parvenue, en dix ans, à uniformiser durablement toute une partie des productions de la grande presse (audiovisuelle et écrite) concernant LFI autour d'un mot d'ordre fondamentalement raciste, reposant sur une grille de lecture identitaire que cette même presse prétend pourtant combattre./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong, avec strongFlorent Michaux/strong pour le montage vidéo./p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanSébastien Fontenelle, a href="https://www.blast-info.fr/articles/2024/le-monde-gaza-les-insoumis-et-les-quartiers-populaires-J0FHTvc0QhCMNRc_K98fsg" class="spip_out" rel="external"« Le Monde, Gaza, les insoumis et les "quartiers populaires"/a, Blast, 27/04/2024./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanÀ l'occasion d'un discours tenu au dîner annuel républicain du Conseil des communautés juives du Val-de-Marne, le 17 octobre 2023./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /span« a href="https://www.mediapart.fr/journal/politique/261123/la-guerre-gaza-ravive-le-mythe-du-vote-musulman" class="spip_out" rel="external"La guerre à Gaza ravive le mythe du "vote musulman"/a », Mediapart, 26/11/2023./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanLire « Un climat maccarthyste », a href="https://www.acrimed.org/IMG/pdf/mediacritiques51.pdf"iMédiacritiques/i, n°51/a, juillet-septembre 2024, p. 8./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanCf. a href="https://www.blast-info.fr/articles/2024/le-monde-gaza-les-insoumis-et-les-quartiers-populaires-J0FHTvc0QhCMNRc_K98fsg" class="spip_out" rel="external"l'article précédemment cité/a, Blast, 27/04/2024./p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanD'une manière tout aussi disqualifiante, on a pu en effet entrevoir ce type de commentaires à l'occasion des mobilisations en soutien du peuple palestinien à Sciences-Po, notamment lorsque entre les mois de mars et mai 2024, des élus membres ou proches de LFI (Rima Hassan, Thomas Portes, Louis Boyard, Aymeric Caron, etc.) se sont rendus sur le campus parisien en solidarité avec les étudiants./p
/divdiv id="nb7"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanDans l'article du iFigaro/i précédemment cité, Nathalie Saint-Cricq déclare ne pas avoir « itenu de propos islamophobes/i » en affirmant qu'elle « i[se] basai[t] sur des études, notamment celle publiée en octobre 2024 par a href="https://www.fondapol.org/etude/radiographie-de-lantisemitisme-en-france-2/" class="spip_out" rel="external"la Fondapol/IFOP/AJC analysant la radiographie de l'antisémitisme en France/a./i » Or, que nous dit cette « étude » ô combien biaisée ? « iC'est par sa jeunesse, et d'autant plus nettement qu'elle est de confession ou de culture musulmane, que la société française sera rapidement gagnée par l'antisémitisme/i », écrit par exemple son auteur, Dominique Reynié. CQFD./p
/divdiv id="nb8"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanVoir, par exemple, iContre l'antisémitisme et ses instrumentalisations/i, La Fabrique, octobre 2024 et Mark Mazower, iAntisémitisme. Métamorphoses et controverses/i, La Découverte, septembre 2025./p
/divdiv id="nb9"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /spanComme le résume a href="https://www.lemonde.fr/la-france-insoumise/article/2017/10/06/melenchon-demissionne-de-la-mission-nouvelle-caledonie-et-met-en-cause-valls_5197418_5126047.html" class="spip_out" rel="external"l'AFP (6/10/2017)/a, à l'époque, le contexte est celui d'une vive controverse entre Jean-Luc Mélenchon et Manuel Valls – ayant « itaxé les députés de La France insoumise de tenir "un discours islamo-gauchiste", soulignant "la complaisance vis-à-vis du communautarisme" et de "l'islam politique"/i »./p
/divdiv id="nb10"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spanCf. iLes médias contre la gauche/i, Acrimed/Agone, 2023, p. 82./p
/divdiv id="nb11"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh11" class="spip_note" title="Notes 11" rev="appendix"11/a] /spanLa bulle spéculative ayant tragiquement éclaté lors du passage de Jean-Luc Mélenchon devant la commission d'enquête sur l'entrisme islamiste (6/12), à laquelle s'étaient pressés tels des vautours (déçus) tous les journalistes de France et de Navarre…/p
/divdiv id="nb12"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh12" class="spip_note" title="Notes 12" rev="appendix"12/a] /spanVoir le passionnant article de Benjamin Tainturier, « a href="https://larevuedesmedias.ina.fr/islamo-gauchisme-carriere-mediatique" class="spip_out" rel="external"Islamo-gauchisme : carrière médiatique d'une notion polémique/a », La revue des médias, 27 novembre 2020./p
/divdiv id="nb13"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh13" class="spip_note" title="Notes 13" rev="appendix"13/a] /spanSamuel Hayat, « a href="https://www.nouvelobs.com/idees/20201027.OBS35262/l-islamo-gauchisme-comment-ne-nait-pas-une-ideologie.html" class="spip_out" rel="external"L'islamo-gauchisme : comment (ne) naît (pas) une idéologie/a », iL'Obs/i, 27 octobre 2020./p
/div/div
lun, 2025-12-15 13:09
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L107xH150/silo-c2eda.png?1765796997' class='spip_logo spip_logo_right' width='107' height='150' alt="" /
div class='rss_chapo'pUn article paru initialement dans a href="https://silogora.org/la-convergence-mediatique/" class="spip_out" rel="external"iSilomag/i (n°20, novembre 2025)/a./p/div
div class='rss_texte'pDepuis dix ans, un pôle réactionnaire se consolide et gagne en influence au sein du champ journalistique. L'empire de Vincent Bolloré en est la clé de voûte, qui met à profit une concentration à la fois horizontale – ivia/i une mainmise sur l'édition (groupe Hachette) et l'acquisition de pans entiers de la presse écrite et audiovisuelle (Canal+, CNews, groupe Prisma, iLe Journal du dimanche/i, Europe 1) – mais aussi verticale, en intégrant à son empire points de vente, salles de spectacle, institut de sondage, agence de communication, etc. Une véritable prédation sur le monde de l'information et de la culture, qui propulse sur le devant de la scène des médias dont la ligne éditoriale est à l'image du « combat civilisationnel » revendiqué par l'industriel milliardaire : obsessions identitaires ; cabales islamophobes et xénophobes ; haine de la gauche et de l'égalité ; engagement pro-business et valorisation de l'entreprenariat contre « l'assistanat » ; culte de l'ordre et de l'autorité ; célébration de l'« internationale fasciste », de Donald Trump à Georgia Meloni en passant par Javier Mileispan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Ugo Palheta, La nouvelle internationale fasciste, Textuel, 2025." id="nh1"1/a]/span./p
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h3 class='article_intertitres'Le sacrifice de l'information sur l'autel de l'éditorialisme/h3
p/brÀ l'avant-poste de cette contre-révolution réactionnaire, CNews prospère sur une politique de réduction des coûts. Tout en s'affranchissant des fondamentaux journalistiques comme des règles censées encadrer sa diffusion sur la TNT, la chaîne est l'incarnation la plus aboutie d'une tendance structurelle au sein d'un audiovisuel sous domination commerciale qui, partout, favorise l'extrême droite : le sacrifice de l'information sur l'autel de l'éditorialisme. Les formats produits à peu de frais – talk-shows, interviews, éditos, etc. –, se taillent la part du lion, où prévalent l'entre-soi et les discussions « à la bonne franquette ». Butiner dans les sondages du jour, politiser les faits divers – « iindustrie médiatique et arme idéologique pour l'extrême droite/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Samuel Bouron, « Les faits divers, industrie médiatique et arme idéologique (…)" id="nh2"2/a]/span –, exciter les affects et idéologiser la peur : les mamelles de « l'information » façon Bolloré./p
pGourmands en chroniqueurs, ces dispositifs sont devenus en quelques années le point de rencontre et la vitrine de premier plan des réactionnaires et de l'extrême droite identitaire. Si les plateaux de Bolloré servent de tremplin pour de « jeunes pousses » qui y fourbissent leurs armes, ils recyclent surtout des journalistes ayant occupé (ou occupant) des positions de pouvoir dans les médias « légitimes », au premier rang desquels les maisons historiques de la droite traditionnelle. Selon une étude du collectif Sleeping Giants, iLe Figaro/i était par exemple le média le plus représenté à l'antenne de CNews entre le 1er janvier 2023 et le 4 avril 2024, devant Europe 1, iLe JDD/i, iValeurs actuelles/i, Causeur ou Sud Radio, mais aussi les plus éminents représentants de la fachosphère (Boulevard Voltaire, iL'Incorrect/i, Omerta, Livre Noir devenu iFrontières/i, iFront Populaire/i, etc.)./p
pSur Europe 1, la chefferie du iFigaro/i détient même le monopole de l'« édito politique », assuré en intermittence par Alexis Brézet, le directeur des rédactions du quotidien, Vincent Trémolet de Villers, son directeur délégué, et Alexandre Devecchio, rédacteur en chef du FigaroVox, la déclinaison web des pages « Débats », elle-même motrice de l'extrême droitisation du iFigaro/ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Olivier Tesquet, « Au "Figaro", dix ans d'entrisme d'extrême droite », (…)" id="nh3"3/a]/span et réserve de talents – omniprésents à l'antenne de CNews ou d'Europe 1 –, comme Eugénie Bastié, Mathieu Bock-Côté, Gilles-William Goldnadel ou encore, parmi la « jeune garde », le très prometteur Paul Sugy. On n'en finirait pas de retracer les carrières passées des actuelles vedettes de la galaxie Bolloré au sein du groupe TF1/LCI (Laurence Ferrari, Vincent Hervouët, Pascal Praud, Jean-Claude Dassier, etc.) ou d'Europe 1 sous l'ère du groupe Lagardère (Pierre de Vilno, Catherine Nay, Jean-Pierre Elkabbach, Sonia Mabrouk, etc.), parfois les deux successivement./p
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h3 class='article_intertitres'Un phénomène qui remonte au moins aux années 2000/h3
p/brSymptôme de la radicalisation croissante de la droite traditionnelle – et des directions de médias, sociologiquement solidaires des intérêts des classes dirigeantes –, cette hybridation n'est pas un phénomène nouveau. Au cours des décennies 2000 et 2010, fort d'un riche carnet d'adresses et d'étroites relations avec la bourgeoisie politique et patronale, l'hebdomadaire iValeurs actuelles/i était en quelque sorte l'équivalent fonctionnel des médias Bolloré aujourd'hui : une plaque tournante de la droite extrême à l'extrême droite. Et là encore, son personnel ne venait pas de nulle part. Comme l'a mis en lumière le sociologue Abdellali Hajjat, non seulement la plupart des journalistes et chroniqueurs du titre avaient auparavant officié aux iÉchos/i, à iL'Express/i, au iPoint/i et surtout… au iFigaro/i, mais à partir des années 2000, les vedettes du journal ont bénéficié d'une surreprésentation en tant qu'invités, animateurs ou chroniqueurs, notamment sur RMC, Europe 1 et LCIspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Abdellali Hajjat, « L'emprise de Valeurs actuelles », Carnet de recherche (…)" id="nh4"4/a]/span. Légitimé par la classe politique jusqu'aux plus hautes sphères de l'État – « iun très bon journal/i » plaidait Emmanuel Macron après avoir fait la Une fin 2019span class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Pauline Perrenot, « Valeurs actuelles : une légitimation médiatique de (…)" id="nh5"5/a]/span – iValeurs actuelles/i a su se tailler une place de choix dans les médias dominants en misant sur le « buzz » et la « polémique », carburants de leur économie ilow cost/i. Incubateurs de « bons clients » réactionnaires, les chaînes d'information en continu, notamment, ont contribué à installer durablement les têtes de gondole de l'hebdomadaire dans le débat public : Geoffroy Lejeune, ami personnel de Marion Maréchal aujourd'hui à la tête du iJDD/i, Charlotte d'Ornellas, Tugdual Denis, etc./p
pEntre autres « empoisonneurs »span class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Sébastien Fontenelle, Les empoisonneurs. Antisémitisme, islamophobie, (…)" id="nh6"6/a]/span : le cas d'Éric Zemmour, pilier du iFigaro/i et du iFigaro Magazine/i entre 1996 et 2021, est sans doute le plus exemplaire. Lorsque CNews lui a offert en 2019 une vitrine de premier plan dans l'émission « Face à l'info », Bolloré n'a fait que capitaliser sur une notoriété entretenue pendant trente ans dans et par les grands médias, de iMarianne/i à RTL en passant par I-Télé, France 2, etc. De quoi favoriser son transfert dans le champ politique, lequel fit l'objet d'une hystérie journalistique dès l'été 2021 et jusqu'à l'élection présidentielle, en 2022span class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="« Médias et extrême droite, la grande banalisation », Médiacritiques, n° 41, (…)" id="nh7"7/a]/span. Sa médiatisation a été tellement disproportionnée que l'Arcom a été contraint d'épingler onze chaînes et stations – dont trois du service public (France Inter, France Info et France 5) – pour leur manquement à l'équité du temps d'antenne et/ou de parole en sa faveur./p
pLoin du mythe journalistique postulant une étanchéité entre les médias « acceptables » et la galaxie Bolloré, la circulation sans entrave des commentateurs réactionnaires est donc un phénomène structurel : VRP du Rassemblement national, « intellectuels » médiatiques racistes adeptes du « on-ne-peut-plus-rien-dire » saturent le débat public, sans oublier la galaxie des journalistes de iFranc-Tireur/i – propriété du milliardaire Daniel Křetínský –, qui alimentent nombre de cabales de l'extrême droite sur la base d'obsessions islamophobes et d'une détestation viscérale de La France insoumise. Il ne s'agit pas d'affirmer que toutes les lignes éditoriales se valent, mais bien de souligner une tendance à la droitisation par le haut des grands médias, à laquelle les directions éditoriales apportent leur concours de longue date./p
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h3 class='article_intertitres'Des médias « traditionnels » qui ne sont pas en reste/h3
p/brSi les grands médias ne sont pas les principaux responsables de la droitisation continue du champ politique et de la progression électorale constante de l'extrême droite, ils ont activement contribué à la « dédiabolisation » du Rassemblement national, à la popularisation de ses thématiques de prédilection (immigration, islam, insécurité) et à la normalisation de ses thèses, au point que la plupart d'entre elles font aujourd'hui office de prêt-à-penser dans le débat publicspan class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Pauline Perrenot, Les médias contre la gauche, Agone/Acrimed, 2023." id="nh8"8/a]/span. Le phénomène s'est accéléré à partir de l'élection d'Emmanuel Macron en 2017. Depuis lors, les médias dominants ne cessent d'accentuer la principale dynamique par laquelle se reconfigure le champ politique : la diabolisation outrancière d'organisations et des personnalités de gauche exclues de l'« arc républicain » ; la légitimation des responsables d'extrême droite, distingués si ce n'est célébrés pour leurs positions jugées « raisonnables » et « modérées » par les professionnels du commentaire./p
pLoin d'être une paria, l'extrême droite évolue dans cette atmosphère comme un poisson dans l'eau. Et se déploie toujours davantage, en particulier dans les médias les plus soumis aux pressions commerciales. Des militants identitaires ont pignon sur rue, à l'instar de Juliette Briens ou Antoine Diers, ancien porte-parole d'Éric Zemmour, reconvertis en toutologues dans les talk-show RMC. Le service public n'est pas en reste : Franceinfo notamment, où depuis septembre 2025, trois anciens de CNews sont aux manettes d'une émissionspan class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Pauline Bock, « La chaîne franceinfo est-elle en train de "devenir CNews" ? (…)" id="nh9"9/a]/span. « iDepuis le début des années 2000, devenir identitaire n'a jamais été aussi rentable/i », résume le sociologue Samuel Bouron : « iLes médias les font vivre […]. Cette possibilité d'une ascension professionnelle pour des militants qui, par le passé, restaient bloqués aux marges de l'espace politico-médiatique est un aspect souvent négligé du développement de cette nébuleuse identitaire/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="Samuel Bouron, Politiser la haine. La bataille culturelle de l'extrême (…)" id="nh10"10/a]/span./p
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h3 class='article_intertitres'Un projet politique porté par de grands capitalistes/h3
p/brLeur force de frappe est d'autant plus puissante qu'elle reçoit le concours de grands capitalistes. Vincent Bolloré, on l'a vu, mais aussi le milliardaire libertarien Pierre-Édouard Stérin. En 2024, iL'Humanité/i révélait son « projet Périclès »span class="spip_note_ref" [a href="#nb11" class="spip_note" rel="appendix" title="Thomas Lemahieu, « Périclès, le projet secret de Pierre-Édouard Stérin pour (…)" id="nh11"11/a]/span, un vaste plan de financement destiné à porter l'extrême droite au pouvoir. En attendant, le militant œuvre d'arrache-pied à sa structuration, en finançant par exemple ses organismes de formation : l'école libre de journalisme (ILDJ) notamment, dont les liens avec les médias de droite et d'extrême droite sont patents. Selon une enquête du iMonde/i parue en 2024, les rédactions de CNews, iLe Figaro/i, iValeurs actuelles/i, Boulevard Voltaire et iCauseur/i représentaient par exemple « ila principale voie de recrutement/i » des étudiants, parmi lesquels d'anciens candidats RN, militants des « Jeunes Républicains » ou des « Jeunes avec Zemmour », mais aussi des activistes anti-avortement ou membres de groupuscules identitaires et néofascistesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb12" class="spip_note" rel="appendix" title="« Enquête sur l'Institut libre de journalisme, l'école créée par la droite (…)" id="nh12"12/a]/span. « iNous participons à créer une nouvelle sociologie du journalisme, c'est-à-dire des journalistes qui ne sont pas forcément irrigués par le marxisme, la social-démocratie ou le wokisme/i », revendiquait le fondateur de l'école (et directeur opérationnel de Périclès) Alexandre Peseyspan class="spip_note_ref" [a href="#nb13" class="spip_note" rel="appendix" title="Gaspard de Malherbe, « Institut de formation politique : "Nous cassons un (…)" id="nh13"13/a]/span./p
p« iInvestissez les médias/i » : tel était le conseil que donnait à ses disciples Patrick Buisson, ancien directeur de iValeurs actuelles/i, ex-chef de iMinute/i… et fervent promoteur de « l'union des droites ». Un rêve doublement exaucé : non seulement l'empire Bolloré est aujourd'hui la réalisation en actes de ce grand rassemblement, mais ses canaux isont/i les médias qui, aujourd'hui, donnent bien souvent le la. De véritables lieux de pouvoir : entre le 1er septembre 2024 et le 2 mars 2025, le gouvernement trônait par exemple sur plus de la moitié des couvertures du iJDD/ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb14" class="spip_note" rel="appendix" title="Pauline Perrenot, « Du JDD au JDNews : et au milieu de l'extrême droite (…)" id="nh14"14/a]/span. Des portraits louangeurs dont bénéficient également les personnalités médiatiques parmi les plus influentes, occupant pour certaines les grands médias depuis au moins un quart de siècle, de Franz-Olivier Giesbert à BHL, en passant par Alain Bauer, Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Luc Ferry, Géraldine Woessner, Jérôme Fourquet ou Raphaël Enthoven. Du « cercle de la raison » aux bataillons contre-révolutionnaires, une alliance objective existe bel et bien : c'est chez Vincent Bolloré qu'on en trouve la meilleure synthèse./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanUgo Palheta, a href="https://www.editionstextuel.com/livre/la_nouvelle_internationale_fasciste-1" class="spip_out" rel="external"iLa nouvelle internationale fasciste/i/a, Textuel, 2025./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanSamuel Bouron, « Les faits divers, industrie médiatique et arme idéologique pour l'extrême droite », in. a href="https://www.editionsamsterdam.fr/extreme-droite-la-resistible-ascension/" class="spip_out" rel="external"iExtrême droite : la résistible ascension/i/a, coordonné par Ugo Palheta, Éditions Amsterdam, 2024, p. 129./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanOlivier Tesquet, « a href="https://www.telerama.fr/debats-reportages/au-figaro-dix-ans-d-entrisme-d-extreme-droite-1824-7021019.php" class="spip_out" rel="external"Au "Figaro", dix ans d'entrisme d'extrême droite/a », iTélérama/i, 1er juillet 2024 et Véronique Goussard, « a href="https://www.nouvelobs.com/medias/20250625.OBS105305/ces-dix-ans-qui-ont-radicalise-le-figaro.html" class="spip_out" rel="external"Ces dix ans qui ont radicalisé "Le Figaro"/a », iLe Nouvel Obs/i, 3 juillet 2025./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanAbdellali Hajjat, « a href="https://racismes.hypotheses.org/222" class="spip_out" rel="external"L'emprise de iValeurs actuelles/i/a », iCarnet de recherche Racismes/i, 13 novembre 2020./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanPauline Perrenot, « a href="https://www.acrimed.org/Valeurs-actuelles-une-legitimation-mediatique-de"iValeurs actuelles/i : une légitimation médiatique de (très) longue date/a », Acrimed, 24 novembre 2020./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanSébastien Fontenelle, a href="https://luxediteur.com/catalogue/les-empoisonneurs/" class="spip_out" rel="external"iLes empoisonneurs. Antisémitisme, islamophobie, xénophobie/i/a, Lux, 2020./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /span« a href="https://www.acrimed.org/Medias-et-extreme-droite-la-grande-banalisation"Médias et extrême droite, la grande banalisation/a », iMédiacritiques/i, n° 41, Acrimed, janvier-avril 2022./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanPauline Perrenot, iLes médias contre la gauche/i, Agone/Acrimed, 2023./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /spanPauline Bock, « a href="https://www.arretsurimages.net/articles/la-chaine-franceinfo-est-elle-en-train-de-devenir-cnews" class="spip_out" rel="external"La chaîne franceinfo est-elle en train de "devenir CNews" ?/a », Arrêt sur images, 4 novembre 2025./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spanSamuel Bouron, iPolitiser la haine. La bataille culturelle de l'extrême droite identitaire/i, La Dispute, 2025, pp. 43-44./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh11" class="spip_note" title="Notes 11" rev="appendix"11/a] /spanThomas Lemahieu, « a href="https://www.humanite.fr/politique/bien-commun/exclusif-pericles-le-projet-secret-de-pierre-edouard-sterin-pour-installer-le-rn-au-pouvoir" class="spip_out" rel="external"Périclès, le projet secret de Pierre-Édouard Stérin pour installer le RN au pouvoir/a », iL'Humanité/i, 18 juillet 2024./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh12" class="spip_note" title="Notes 12" rev="appendix"12/a] /span« Enquête sur l'Institut libre de journalisme, l'école créée par la droite identitaire pour conquérir les médias », iLe Monde/i, 26 septembre 2024./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh13" class="spip_note" title="Notes 13" rev="appendix"13/a] /spanGaspard de Malherbe, « Institut de formation politique : "Nous cassons un monopole idéologique de la gauche", affirme le directeur Alexandre Pesey », iValeurs actuelles/i, 4 juillet 2025./p
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh14" class="spip_note" title="Notes 14" rev="appendix"14/a] /spanPauline Perrenot, « a href="https://www.acrimed.org/Du-JDD-au-JDNews-et-au-milieu-de-l-extreme-droite"Du iJDD/i au iJDNews/i : et au milieu de l'extrême droite trône le gouvernement/a », Acrimed, 10 mars 2025./p
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jeu, 2025-12-11 17:36
div class='rss_chapo'pUn appel lancé par 132 médias, sociétés de journalistes, syndicats et organisations, dont Acrimed./p/div
div class='rss_texte'pIl y a près d'un an, 110 médias et organisations a href="https://www.documentcloud.org/documents/25486913-lettre-ouverte-au-gouvernement-pour-le-renforcement-de-la-protection-du-secret-des-sources/" class="spip_out" rel="external"interpellaient le gouvernement/a pour réclamer une réforme de la loi de 2010 relative à la protection du secret des sources des journalistes. Les contours flous de ce texte et l'absence de véritables garde-fous ont facilité des atteintes à la liberté de la presse depuis 15 ans. Pour rappel, au moins 27 journalistes ont été convoqué·es ou placé·es en garde à vue par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), selon un décompte réalisé par le a href="https://docs.google.com/spreadsheets/d/1-9wVIwp8IssVhxsLrCw7goz3PTwONN7HNmW8ggAHtac/edit?gid=0#gid=0" class="spip_out" rel="external"journal iTélérama/i/a./p
pDepuis notre courrier, les intimidations contre la presse n'ont pas cessé : elles ont franchi un cran supplémentaire. Alors que l'État français a href="https://reporterre.net/Victoire-pour-Reporterre-et-la-liberte-de-la-presse-devant-la-justice" class="spip_out" rel="external"a été condamné en 2023/a pour l'arrestation illégale d'un journaliste couvrant une action écologiste, la police a de nouveau reçu l'ordre d'interpeller et placer en garde à vue, le 1er juillet, a href="https://www.blast-info.fr/articles/2025/un-journaliste-interpelle-et-place-en-garde-a-vue-pour-avoir-couvert-une-mobilisation-contre-le-salon-du-bourget--EtNBX8uQJSKd2r_mGOx2Q" class="spip_out" rel="external"le journaliste Enzo Rabouy/a, quinze jours après qu'il a couvert une action militante en marge du Salon du Bourget./p
pLe parquet général poursuit également son acharnement contre Ariane Lavrilleux, la journaliste de Disclose et membre du groupe de travail sur le secret des sources à l'origine de cet appel. L'AFP nous apprend que le parquet général de la cour d'appel de Paris a fait appel de la décision de non-lieu rendue par la juge d'instruction. Alors que la justice a href="https://4zuwl.r.ah.d.sendibm5.com/mk/mr/sh/WCPxRrNLV1LtwudYydlbAwNyFWFgf1sY/UWHu-VlW3gaL%20style=" class="spip_out" rel="external"a reconnu l'intérêt public/a des révélations de Disclose sur l'opération militaire secrète de la France au profit de la dictature égyptienne, la journaliste pourrait être renvoyée devant un tribunal, plus de deux ans après avoir subi une garde à vue, une perquisition et des mesures disproportionnées de surveillance./p
pUne autre procédure judiciaire vise le journaliste Philippe Miller, à la suite d'une plainte pour vol de données déposée par un cabinet d'avocat dont le journaliste avait relaté les pratiques douteuses. Pour contester la saisie de son ordinateur et matériel professionnel, Philippe Miller a tenté d'opposer le secret des sources. Mais la juge des libertés et de la détention a validé l'atteinte au secret des sources, en considérant que la simple existence d'une enquête pénale relevait bien d'un « iimpératif prépondérant d'intérêt public/i ». Si n'importe quelle enquête pénale permet de lever le secret des sources, ce dernier n'existe plus./p
pEnfin, les vidéos policières révélées par a href="https://www.youtube.com/watch?v=TT8j4a10aKE" class="spip_out" rel="external"iLibération/i et iMediapart/i/a démontrent que les forces de l'ordre déployées à Sainte-Soline ont multiplié les tirs illégaux et ont visé, en toute connaissance de cause, des journalistes qualifiés de « ipue-la-pisse/i ». Lors des manifestations du 10 septembre, Reporters sans frontières a href="https://rsf.org/fr/france-la-libert%C3%A9-de-la-presse-entrav%C3%A9e-par-des-violences-polici%C3%A8res-au-cours-des-manifestations" class="spip_out" rel="external"a recensé/a sept cas de journalistes entravés physiquement, dont certains blessés par des éclats de grenade. Le 17 novembre, plusieurs journalistes de Reporterre, Blast et iLibération/i ont été violentés par les forces de police et gazés à bout portant alors qu'ils couvraient une action de désobéissance civile menée par plusieurs ONG sur le site normand du géant de l'agrochimie BASF./p
pCes attaques inacceptables dans un État de droit sont le résultat d'une année d'immobilisme du gouvernement. Qu'est devenue la promesse de Rachida Dati, lors des États généraux de l'information, d'un projet de loi qui garantit le droit à l'information ? Ce projet est pour l'heure gardé secret./p
pLe groupe de travail avait été a href="https://fondspresselibre.org/secret-des-sources-des-journalistes-un-dialogue-franc-a-matignon" class="spip_out" rel="external"reçu en février par le cabinet du premier ministre/a, puis au début de l'été par le ministère de la justice, afin d'e discuter d'échanger sur ses propositions et de remettre a href="https://www.asso-sherpa.org/decryptage-comment-renforcer-la-protection-du-secret-des-sources-journalistiques" class="spip_out" rel="external"une note d'analyse détaillée/a sur leur application concrète. Pour rappel, nous voulons :/p
ul class="spip" role="list"li Mieux encadrer les conditions de la levée du secret des sources, qui est aujourd'hui possible dans le cas, mal défini, d'un « impératif prépondérant d'intérêt public »/li/ulul class="spip" role="list"li Exiger une autorisation par un·e juge indépendant·e avant toute levée du secret des sources/li/ulul class="spip" role="list"li Étendre le secret des sources aux collaborateur·ices de médias, réalisateur·ices et auteur·ices de livres ou documentaires/li/ulul class="spip" role="list"li Permettre à tou·tes les journalistes de se défendre face à une violation du secret de leurs sources, en créant une voie de recours/li/ulul class="spip" role="list"li Renforcer les voies de recours et sanctions en cas de violation du secret des sources/li/ul
pLa protection des sources n'est pas une coquetterie corporatiste. Elle est « a href="https://www.echr.coe.int/documents/d/echr/fs_journalistic_sources_fra" class="spip_out" rel="external"ila pierre angulaire de la liberté/a de la presse/i », la condition indispensable d'un droit effectif à l'information de toute la population. Il est donc urgent que le projet de loi donne lieu à un débat public, ouvert et parlementaire le plus rapidement possible./p
pPar cet appel auquel se joignent a href="https://www.documentcloud.org/documents/26370951-liste-des-132-premiers-signataires-de-lappel-du-11-decembre-2025-pour-la-liberte-de-la-presse-et-le-secret-des-sources/#document/p1" class="spip_out" rel="external"132 médias, sociétés de journalistes, syndicats et organisations/a, nous réclamons également aux ministres de la justice et de l'intérieur qu'ils formulent, dès à présent, des instructions écrites aux fonctionnaires afin de faire respecter la liberté de la presse telle qu'encadrée par la loi de 1881, ainsi que par la jurisprudence des tribunaux français et celle de la Cour européenne des droits de l'Homme./p
pLe groupe de travail sur la protection des sources à l'origine de cet appel du 11 décembre 2025 : Disclose, Sherpa, Fonds pour une presse libre, Reporters sans frontières, Association de la presse judiciaire, SNJ et CFDT-Journalistes./p
p/brstrongRetrouvez la liste détaillée des a href="https://www.documentcloud.org/documents/26370951-liste-des-132-premiers-signataires-de-lappel-du-11-decembre-2025-pour-la-liberte-de-la-presse-et-le-secret-des-sources/#document/p1" class="spip_out" rel="external"132 signataires de l'appel ici./a/strong/p/div
mer, 2025-12-10 11:57
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/oid_rs-b912e.png?1765360838' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pUn agenda médiatique, ça se travaille, encore et toujours. Ou comment des médias généralistes se font le relais d'officines d'extrême droite./p/div
div class='rss_texte'pEn novembre, le très droitier Observatoire de l'immigration et de la démographie (OID) a publié une note sur « l'impact de l'immigration sur le système éducatif ». Toujours friands de dites « révélations choc » à peu de frais, plusieurs médias ont béatement suivi l'agenda de l'officine soutenue par Pierre-Édouard Stérin./p
/br
h3 class='article_intertitres'Tabou partout…/h3
p/briMarianne/i ouvre le ban le 27 novembre et annonce la couleur en couverture. Posant une question toute en nuance – « L'immigration est-elle responsable des maux de l'école ? » –, le bandeau de l'hebdo fait dans le sensationnalisme : le « débat » est « exclusif » et fondé sur une « note » visiblement sulfureuse. La manière d'aguicher le lecteur est bien rodée : sous prétexte de simplement poser une question, il s'agit non seulement de décréter « ce qui fait débat » de manière performative et d'en légitimer les termes très discutables, mais aussi… d'en suggérer la réponse./p
/br
div class='spip_document_16304 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/oid_1.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH202/oid_1-41f67.png?1765291877' width='500' height='202' alt='' //a
/figure
/div
p/bra href="https://www.marianne.net/societe/education/exclusivite-marianne-le-poids-de-limmigration-sur-lecole-le-rapport-choc" class="spip_out" rel="external"L'article/a est fidèle au iteaser/i : iMarianne/i « idévoile en exclusivité le contenu/i » de la note pourtant rendue publique le même jour a href="https://observatoire-immigration.fr/limpact-de-limmigration-sur-le-systeme-educatif-francais/" class="spip_out" rel="external"sur le site de l'OID/a, si bien qu'on se demande de quelle « exclusivité » et de quelle « révélation » il s'agit. Mais l'important est de « choquer » :/p
/br
div class='spip_document_16305 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/oid_2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH157/oid_2-6d0b5.png?1765291877' width='500' height='157' alt='' //a
/figure
/div
p/brL'article entretient le registre faussement subversif (mais vraiment complotiste) : « iRares sont les acteurs de l'Éducation nationale qui acceptent de parler ouvertement de cet enjeu. Les effets de l'immigration sur l'enseignement sont souvent tus, tant cela vient bousculer les représentations communément admises./i » Qu'importe qu'il existe des dizaines de travaux universitaires sur le sujetspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="À commencer par Abdelmalek Sayad, L'École et les Enfants de l'immigration, (…)" id="nh1"1/a]/span ; qu'importent les mobilisations syndicales pour l'accueil des jeunes exilés dans de meilleures conditions ; qu'importe l'investissement des professeurs, les rapports entre immigration et éducation nationale seraient « tabous »./p
pLe ton est du même acabit au sein du groupe Bolloré. Au a href="https://www.lejdd.fr/Societe/chute-du-francais-redoublement-un-rapport-choc-revele-les-consequences-de-limmigration-a-lecole-164460" class="spip_out" rel="external"iJDD/i/a, la rédaction titre « Chute du français, redoublement... Un rapport choc révèle les conséquences de l'immigration sur l'école » avant d'évoquer « iune note choc/i » qui « ilève le voile sur un tabou français/i ». a href="https://www.europe1.fr/societe/le-rapport-choc-de-lobservatoire-de-limmigration-et-de-la-demographie-une-ecole-incapable-de-faire-face-a-limmigration-massive-873054" class="spip_out" rel="external"Europe 1/a renchérit le lendemain : « Le rapport choc de l'Observatoire de l'immigration et de la démographie : une école incapable de faire face à l'immigration massive ». Même musique, évidemment, dans a href="https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/immigration-et-niveau-scolaire-lobservatoire-de-limmigration-et-de-la-demographie-brise-le-tabou" class="spip_out" rel="external"iValeurs Actuelles/i/a, qui annonce une « note explosive » qui « brise le tabou » :/p
/br
div class='spip_document_16306 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/oid_3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH224/oid_3-9316d.png?1765291877' width='500' height='224' alt='' //a
/figure
/div/br
h3 class='article_intertitres'… info nulle part/h3
p/brDans aucun de ces médias n'est faite la moindre contextualisation critique des conditions de production de ladite note. Non plus au a href="https://www.lefigaro.fr/vox/societe/chute-du-niveau-atteintes-a-la-laicite-comment-l-immigration-tire-notre-systeme-scolaire-vers-le-bas-20251129?" class="spip_out" rel="external"iFigaro/i/a, qui accorde au contraire une tribune à son auteur « briseur de tabou ». Les méthodes et la couleur politique de l'OID ont pourtant été largement documentées par a href="https://www.arretsurimages.net/articles/nicolas-pouvreau-monti-nouveau-chouchou-anti-immigration-des-medias" class="spip_out" rel="external"Arrêt sur images/a, a href="https://charliehebdo.fr/2024/12/politique/extreme-droite/lobservatoire-de-limmigration-et-de-la-demographie-ou-la-fabrique-de-statistiques-du-rn/" class="spip_out" rel="external"iCharlie Hebdo/i/a, a href="https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/10/29/l-observatoire-de-l-immigration-et-de-la-demographie-un-think-tank-qui-fabrique-de-la-peur_6650105_3232.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i/a et a href="https://www.liberation.fr/checknews/loid-ce-fumeux-observatoire-de-limmigration-qui-faconne-les-discours-de-la-droite-et-des-medias-bollore-20250911_LQEU4DU5TVH6ZH222NA4IJUZVI/" class="spip_out" rel="external"iLibération/i/a. Il s'agit en effet d'un think tank crée en 2020 sans le moindre ancrage académiquespan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Comme le rapporte Le Monde (29/10), « si l'OID se prévaut d'un "conseil (…)" id="nh2"2/a]/span, mais financé par le a href="https://www.humanite.fr/politique/bien-commun/projet-pericles-le-document-qui-dit-tout-du-plan-de-pierre-edouard-sterin-pour-installer-le-rn-au-pouvoir" class="spip_out" rel="external"fonds Périclès/a de Pierre-Édouard Stérin et sous bonne garde (brune), si l'on en juge la composition du « comité scientifique »span class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="On trouve notamment Xavier Driencourt, président du comité stratégique de (…)" id="nh3"3/a]/span. Le but n'a donc rien de mystérieux : propager les idées de l'extrême droite./p
pQuant à l'auteur de la note, Joachim Le Floch-Imad, il est généreusement présenté comme « ienseignant et essayiste/i » (iValeurs Actuelles/i), « ispécialiste/i » (a href="https://www.europe1.fr/societe/limmigration-exacerbe-toutes-les-difficultes-preexistantes-de-lecole-assure-joachim-le-floch-imad-873085" class="spip_out" rel="external"Europe 1/a) ou « iauteur de Main basse sur l'Éducation nationale/i » (iLe Figaro/i), un ouvrage qui lui confère visiblement sa « légitimité », paru en août 2025 aux éditions du Cerf. Dirigée par Jean-François Colosimo, cette maison d'édition religieuse a notamment publié les essais de nombreuses « personnalités » estampillées « vu à la télé » et/ou émargeant dans la presse réactionnaire, parmi lesquelles Eugénie Bastié, a href="https://www.acrimed.org/Du-JDD-au-JDNews-et-au-milieu-de-l-extreme-droite"Mathieu Bock-Côté/a, Élisabeth Lévy, Alexandre Devecchio, a href="https://www.acrimed.org/Michel-Maffesoli-expert-sociologique-de-pacotille"Michel Maffesoli/a, a href="https://www.acrimed.org/+-Dominique-Reynie-+"Dominique Reynié/a, Charles Sapin, Paul Melun, Arthur Chevallier, Benjamin Morel, Arnaud Benedetti, Mohamed Sifaoui, Jérôme Sainte-Marie, etc. Bref, une maison qui a ses entrées médiatiques./p
pJoachim Le Floch-Imad fait par ailleurs la promotion de son livre dans un entretien avec Alexandre Devecchio dans le a href="https://www.lefigaro.fr/vox/societe/joachim-le-floch-imad-l-etat-profond-a-fait-main-basse-sur-l-education-nationale-20250904" class="spip_out" rel="external"iFigaro Magazine/i/a, mais aussi dans le a href="https://www.lejdd.fr/Societe/joachim-le-floch-imad-lecole-brule-et-la-classe-dirigeante-regarde-ailleurs-161228" class="spip_out" rel="external"iJDD/i/a et, inévitablement, dans a href="https://www.marianne.net/societe/education/profs-administration-syndicats-qui-tient-vraiment-lecole-entretien-croise-avec-philippe-watrelot-et-joachim-le-floch-imad" class="spip_out" rel="external"iMarianne/i/a. Efficaces connivences entre éditorialistes, éditeurs et intellectuels de plateaux qui grenouillent tous dans la même vase médiatique./p
/br
h3 class='article_intertitres'Inonder les réseaux sociaux/h3
p/brCette concordance des discours médiatiques à propos de la note de l'OID s'observe en particulier dans la publicité que ces différents médias font de leurs articles sur les réseaux sociaux. Destinés à attirer les clics, les posts des différents titres carburent non seulement à l'achat de visibilité mais aussi à des visuels racoleurs. Ainsi chez iMarianne/i…/p
/br
div class='spip_document_16307 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/oid_4.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH598/oid_4-b9bb3.png?1765291878' width='500' height='598' alt='' //a
/figure
/div
p/br… Au iFigaro/i…/p
/br
div class='spip_document_16303 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/oid_5.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH271/oid_5-47696.png?1765291878' width='500' height='271' alt='' //a
/figure
/div
p/brOu dans iValeurs Actuelles/i, qui réalise même une capsule vidéo à cette occasion :/p
/br
div class='spip_document_16308 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/oid_6.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH350/oid_6-44d55.png?1765291878' width='500' height='350' alt='' //a
/figure
/div
p/brPour s'en tenir au seul réseau social Facebook, l'unanimité est notable sur la forme, servant sur le fond la campagne de communication de l'OID./p
/br
h3 class='article_intertitres'Une scénarisation bien rodée/h3
p/brForce est en effet de constater que la médiatisation de cette « note » accompagne le « narratif » du rapport lui-même. À savoir : 1/ légitimer un diagnostic négatif sur l'école française ; 2/ désigner un responsable identifiable et extérieur, l'immigration ; et 3/ préparer si ce n'est déjà promouvoir un programme politique : « iréduction significative des flux migratoires/i » (p. 34), « imission d'assimilation/i » (p. 36), et autre « itolérance zéro/i » (p. 37)./p
pToutes ces propositions sont par exemple reprises intégralement dans iValeurs actuelles/i et implicitement normalisées ailleurs. Les articles faisant la publicité du rapport en reprennent aussi les éléments-clés copiés quasiment mot à mot : les données chiffrées notamment, et les sources consultées par l'auteur du rapport (Insee, classement Pisa), mentionnées en guise de garantie scientifique… ou pour faire effet d'autorité. L'utilisation des statistiques publiques par l'OID a déjà été rigoureusement critiquée par le démographe a href="https://charliehebdo.fr/2024/12/politique/extreme-droite/lobservatoire-de-limmigration-et-de-la-demographie-ou-la-fabrique-de-statistiques-du-rn/" class="spip_out" rel="external"Patrick Simon/a, mais on ne trouvera dans cette presse d'accompagnement aucune interrogation méthodologique, aucune comparaison avec d'autres travaux de recherche, ni aucune contextualisation de la production et de l'utilisation des données mobilisées./p
pEnfin, les articles jouent sur le même registre émotionnel que le rapport : susciter la peur, la suspicion et la colère. « iEffondrement éducatif/i » (iValeurs actuelles/i, iLe Figaro/i) ; « iconséquences délétères/i » (iJDD/i) ; « ipression islamiste/i » (iValeurs Actuelles/i) ; « iIslam radical/i » (Europe 1)./p
/br
h3 class='article_intertitres'Où sont les contre-discours ?/h3
p/brAlors qu'ils se présentent volontiers en pourfendeurs de « la pensée unique » et en défenseurs du « pluralisme », aucun de ces médias n'invite de véritable spécialiste pour faire entendre un son de cloche différent. À l'exception de la rubrique « Contrepoints » de iMarianne/i, qui interroge à ce propos Éric Charbonnier, statisticien à l'OCDE pour l'établissement du classement Pisa. Les questions, posées par Marie-Estelle Pech, spécialiste « éducation » de iMarianne/i, sont à ce titre éloquentes :/p
blockquote class="spip"
p- L'immigration (de plus faible niveau social en France que la moyenne dans les pays de l'OCDE) peut-elle expliquer, au moins en partie, la baisse des résultats scolaires que l'on constate dans la dernière édition de Pisa, en 2023 ?/p
p- Vous écrivez que les élèves issus de l'immigration ont tout de même deux fois plus de chances que les autochtones de se retrouver parmi les moins performants.../p
p- Comment expliquez-vous, dans ce cas, cette baisse de niveau qui s'accentue ?/p
p- La politique de la ville en France est pourtant censée permettre de concentrer davantage de moyens sur les élèves défavorisés, souvent immigrés./p
p- L'arrivée d'élèves immigrés qui n'arrivent pas à rattraper leurs camarades est le premier facteur expliquant la baisse de niveau, assurait le ministre de l'Éducation nationale suédoise en 2016. Qu'en pensez-vous ?/p
/blockquote
pFace à de telles questions (et au format imparti), impossible de sortir du cadrage que la journaliste partage avec l'auteur de la note : l'immigration est LE problème de l'Éducation nationale./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brChaque semaine voit ainsi son lot de « polémiques » xénophobes et/ou islamophobes polariser le débat public, régulièrement propulsées par des think tanks réactionnaires, favorisées par des maisons d'édition reconverties en antichambres des plateaux télé et diffusées à grande échelle par des médias jouant les caisses de résonance. Une co-construction manifeste de l'agenda médiatique, en partie soutenue par des milliardaires engagés dans le « combat civilisationnel » : ainsi va l'extrême droitisation (et la ruine) du débat public./p
p/brstrongVincent Bollenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanÀ commencer par Abdelmalek Sayad, iL'École et les Enfants de l'immigration/i, Seuil, 2014. Voir aussi « École socialisations », iHommes Migrations/i, n° 1339, vol. 4, 2022 ; ou encore « Ruptures 2 : École et migrations : L'école de la République est-elle accueillante ? », iAdministration Éducation/i, n° 166, vol. 2, 2020./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanComme le rapporte iLe Monde/i (29/10), « isi l'OID se prévaut d'un "conseil scientifique", un seul de ses membres, Gérard-François Dumont, est docteur en sciences économiques et a dirigé des thèses. Il est par ailleurs connu pour présider la revue nataliste/i Population et Avenir iet avoir contribué à l'étude qui fit la une du Figaro Magazine, en 1985, sous le titre "Serons-nous encore français dans 30 ans ?", accompagné de l'image d'une Marianne voilée./i »/p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanOn trouve notamment Xavier Driencourt, président du comité stratégique de Livre Noir (devenu iFrontières/i), l'ancien préfet Michel Aubouin, l'inénarrable Thibault de Montbrial, et « il'ex-directeur général de la sécurité extérieure, Pierre Brochand, à qui l'on prête d'avoir conseillé Éric Zemmour pour peaufiner son programme de la présidentielle en 2022/i » (iLe Monde/i, 29/10)./p
/div/div
mar, 2025-12-09 11:23
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/aphatie_sarko-34a70.png?1765272219' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pDans le petit monde politico-médiatique, il est une pratique que nul n'ignore : le renvoi d'ascenseur. Dans son livre commis au cours de sa brève détention, Nicolas Sarkozy salue ses plus fidèles soutiens médiatiques./p/div
div class='rss_texte'pAu cours de ses trois semaines d'incarcération pour « association de malfaiteurs », Nicolas Sarkozy a eu le temps d'écrire un livre, iLe journal d'un prisonnier/i, généreusement édité par la maison Fayard (groupe Bolloré). Dans ce touchant cahier de prison, Nicolas Sarkozy adresse ses remerciements pour services rendus à plusieurs éditocrates qui l'ont soutenu dans cette épreuve. Florilège :/p
p/brstrongPage 75, Jean-Michel Aphatie :/strong/p
blockquote class="spip"
pJe fus à l'inverse surpris du courage et de l'intelligence de deux personnalités pourtant peu réputées pour être de mes amis. Jean-Michel Aphatie prit ma défense au nom de ses principes et de ses convictions. […] Il réitéra ses prises de position à plusieurs reprises avec beaucoup de finesse et une réelle bravoure. De surcroît, il n'hésita pas à le faire en milieu hostile dans l'émission iQuotidien/i. J'ai découvert en lui un homme de média doté d'une colonne vertébrale. J'ai beaucoup de désaccords avec lui mais cela ne m'a pas empêché d'admirer son courage./p
/blockquote
pOn se souvient en effet comment, dans un long tweet grandiloquent (26/09), Jean-Michel Aphatie s'était porté au secours de l'ancien président : « iJe ne comprends pas comment des juges ont pu rendre, au nom du peuple français, une décision aussi aberrante, inquiétante et finalement injuste./i » Une prise de position que Jean-Michel Aphatie avait pu développer la veille dans « Quotidien » (« iUne décision spectaculaire, violente et problématique/i », 25/09) et deux jours plus tard sur LCI, (« iJe suis un peu bouleversé par cette décision de justice/i », 28/09), et qui lui avait valu, le temps de quelques jours, de devenir « ila coqueluche/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir cet extrait de « Quotidien », issu de la chronique « 19h30 Médias » de (…)" id="nh1"1/a]/span (en réalité, la caution) de la presse de droite et d'extrême droite./p
/br
div class='spip_document_16302 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/aphatie_sarko.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/aphatie_sarko-f2004.png?1765271690' width='500' height='281' alt='' //a
/figure
/div
p/brConfronté à cet extrait du livre de Nicolas Sarkozy sur LCI (7/12), Jean-Michel Aphatie n'apprécie qu'à moitié les éloges : « i"J'ai découvert un homme qui a une colonne vertébrale" ! On se connaît depuis 20 ans ! "J'ai découvert"… Bon ben écoutez très bien monsieur, m'aviez-vous bien regardé jusque-là ?/i » Élégant, Aphatie retourne tout de même le compliment : « iJ'ai beaucoup aimé le livre, parce que je trouve que Nicolas Sarkozy trouve les mots pour décrire le dénuement de la prison, la tristesse de la prison…/i »/p
p/brstrongPage 76, Franz-Olivier Giesbert :/strong/p
blockquote class="spip"
pFranz-Olivier Giesbert fut un défenseur acharné, intelligent et pertinent./p
/blockquote
p« iAcharné/i », FOG le fut effectivement. Comme dans son édito du iPoint/i du 24 septembre, dans lequel il s'alarmait que « ile PNF s'acharne sur la droite et en particulier sur Nicolas Sarkozy/i », et voyait là un signe « idu dévoiement de la justice et de la démocratie dans notre pays/i ». Ou dans un autre édito, publié dans le même journal deux jours plus tard : « Prison pour Nicolas Sarkozy : le spectre de la démocrature » (iLe Point/i, 26/09). Ou bien encore dans ses nombreux passages télé et radio, sur Europe 1 (« iIl deviendra un martyr/i », 26/09), RTL (« iC'est une forme de régicide/i », 24/10), RMC (28/10), ou encore Radio Classique (« iUne justice de république bananière/i », 27/11)span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Liste non exhaustive." id="nh2"2/a]/span. « iAcharné/i », donc, mais « iintelligent et pertinent/i » ?/p
p/brstrongPage 78, Pascal Praud :/strong/p
blockquote class="spip"
pJe me souviens de ce dimanche si triste à la Santé où j'ai pu découvrir le billet de Pascal Praud dans le iJournal du dimanche/i, « Je pense à lui ». Je l'ai lu comme la lettre d'un ami cher qui souffrait à ma place et imaginait ce qu'il en adviendrait s'il avait lui-même à affronter une telle épreuve./p
/blockquote
pBillet dans le iJDD/i, éditos et débats sur CNews, échange avec les auditeurs sceptiques sur Europe 1… Pendant deux mois, Pascal Praud n'a pas lésiné pour s'attirer les faveurs du clan Sarkozy et a été l'un de ses plus zélés soutiens. Morceaux choisis : « iLa justice condamne qui elle veut, quand elle veut, comme elle veut ! Il n'est pas nécessaire d'apporter des preuves, ne sous-estimez pas ce message qu'envoient les magistrats, et qui va bien au-delà du cas Nicolas Sarkozy. Tremblez, mesdames messieurs, personne n'est à l'abri !/i » (CNews, 26/09) ; « iC'est un ancien président de la République qui est traité comme un voyou de grand chemin/i » (Europe 1, 26/09) ; « iQui donc prendra la plume pour s'élever contre la décision des juges ?/i » (iJDD/i, 26/10) ; « iVous vous rendez compte que vous mettez un président de la République dans ces conditions, avec les gens qui sont autour de lui… c'est infamant/i » (CNews, 28/10) ; « iIl a fait 20 jours pour rien !/i » (Europe 1, 10/11). Etc./p
p/brstrongPage 78, Laurence Ferrari :/strong/p
blockquote class="spip"
pLes éditos courageux de Laurence Ferrari m'ont particulièrement touché./p
/blockquote
pEn fait d'éditos « courageux », des prises de position enflammées en soutien du délinquant. Exemple avec son lancement de l'émission « Punchline » sur CNews le 25 septembre : « iIls ont 17 ans et 19 ans, ils ont agressé avec une extrême violence un policier à Tourcoing le 19 septembre dernier et ils ont été remis en liberté. Ils dorment tranquillement chez eux ce soir. Il s'appelle Jordy G., il était sous le coup de trois OQTF, il avait été condamné 11 fois par la justice, mais il était en liberté lorsqu'il a violé deux jeunes femmes. […] Je pourrais multiplier les exemples à l'infini. Il s'appelle Nicolas Sarkozy, il a été président de la République, il a été jugé dans le cadre d'une affaire de soupçon de financement illégal de sa campagne en 2007. Le tribunal n'a trouvé aucune preuve de délit, aucune trace d'enrichissement personnel, et pourtant, la décision a été prise par les magistrats de l'envoyer en prison pour 5 ans./i »/p
p/brstrongPage 78, Alexis Brézet et Vincent Trémolet de Villers :/strong/p
blockquote class="spip"
pJ'ai été très impressionné par la violente prise de position après ma condamnation du très calme Alexis Brézet, le directeur du iFigaro/i : « J'ai honte de la France. » Fallait-il que le choc soit violent pour que cet homme sage et pondéré en arrive à ce point d'exaspération ? Je pourrais dire la même chose de Vincent Trémolet de Villers./p
/blockquote
pSages et pondérés, les deux chefs du iFigaro/i le sont rarement. Outranciers et caricaturaux, beaucoup plus souvent. Comme dans cet édito de Vincent Trémolet de Villers, tout à son lyrisme habituel (iLe Figaro/i, 27/09) : « iL'autorité judiciaire, en état d'ivresse, remet en liberté surveillée des lyncheurs de policiers pris en flagrant délit mais coffre pour 5 ans un ancien président de la République, triplement relaxé, avant même son procès en appel. Motif de condamnation ? "Association de malfaiteurs" ! Apparemment c'est ainsi que certains magistrats envisagent les politiques, encore plus s'ils sont de droite, et par principe s'ils s'appellent Nicolas Sarkozy./i »/p
pAlexis Brézet, lui aussi, a bien mérité son petit mot doux : « i[…] Un homme qui a une famille, et pas plus que lui elle n'a mérité cette humiliation. Un homme qui a réagi, je trouve, avec une incroyable dignité, un homme pour qui, je vous le dis ce matin, en dehors de toute considération politique, j'ai une amicale pensée./i » (Europe 1, 26/09)/p
p/brstrongPage 79, Patrick Cohen :/strong/p
blockquote class="spip"
pJ'ai eu beaucoup d'autres témoignages humains et donc touchants de journalistes que je connaissais à peine. Jusqu'au très militant Patrick Cohen qui adressa un message à Véronique Waché pour qu'elle me transmette ses pensées amicales au moment de mon incarcération. Il ne s'en est pas vanté publiquement, et a même par la suite fait plusieurs interventions peu amènes. Le courage a ses limites, mais j'ai apprécié son geste./p
/blockquote
pLes interventions « ipeu amènes/i » de Patrick Cohen ? La première, le 25 septembre dans « C à vous » (France 5), puis la deuxième le lendemain matin sur France Inter (26/09), sont, en réalité, beaucoup plus complaisantes que Nicolas Sarkozy ne le laisse entendre. Sur France 5, Patrick Cohen explique que « ila démonstration du tribunal apparaitra forcément fragile à une partie de l'opinion/i », puis réitère de façon plus affirmative sur France Inter : « iCompte tenu de l'énormité des accusations, de la qualité du principal condamné, de la radicalité du jugement, de la déflagration politique qui en résulte, il eut fallu une démonstration éclatante. Hélas, elle ne l'est pas./i » Hélas également – si l'on en croit les écrits du détenu Sarkozy – les auditeurs et téléspectateurs n'avaient pas été avertis du fait que Patrick Cohen avait, en parallèle, transmis ses « ipensées amicales/i » à Véronique Waché, la conseillère en communication de Nicolas Sarkozy./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brLe métier d'éditorialiste n'est pas toujours une promenade de santé. Mais lorsque les chiens de garde font bien leur travail, ils obtiennent, en plus d'une position économique et sociale avantageuse, des récompenses symboliques gratifiantes. Ainsi, les plus fervents défenseurs de Sarkozy ont vu leur travail salué dans un livre inédit, celui d'un ancien président de la République incarcéré pour « association de malfaiteurs » (et déjà, auparavant, condamné pour « corruption »). Nombreux ont dû être les commentateurs zélés déçus de ne pas trouver leurs noms parmi les hommages, après tant d'efforts a href="https://www.acrimed.org/Marc-Fauvelle-avocat-de-Sarkozy-ou-detracteur-de"et de désinformation/a. Mais, si Nicolas Sarkozy devait remercier un à un tous les hauts-gradés médiatiques qui l'ont dûment servi, a href="https://www.acrimed.org/+-Nicolas-Sarkozy-+"lui et son clan/a, il faudrait plus d'un livre.../p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanVoir a href="https://x.com/denkinte_2/status/1972806718037139536" class="spip_out" rel="external"cet extrait/a de « Quotidien », issu de la chronique « 19h30 Médias » de Julien Bellver (29/09)./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanListe non exhaustive./p
/div/div
jeu, 2025-12-04 14:56
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH83/tocsin_zapping-9a573.png?1764853033' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt="" /
div class='rss_chapo'pLa double séquence militariste, avec les déclarations du chef d'état-major des armées puis du président de la République, a href="https://www.acrimed.org/Guerre-et-service-militaire-les-medias-sonnent-le"dont nous vous parlions ici/a, a bénéficié d'un large écho médiatique. L'opinion, ça se travaille : la preuve en vidéo./p/div
div class='rss_texte'/br
centeriframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/cjnRqFoCEzQ?si=ZO6kToyF9B6YCr5t" title="YouTube video player" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen/iframe/center
p/brbr class='autobr' /
/brstrongFlorent Michaux/strong, avec strongJérémie Younes/strong et strongPauline Perrenot/strong/p/div
mer, 2025-12-03 19:17
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH79/binetduhamel-60640.png?1764782256' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt="" /
div class='rss_chapo'pMardi 2 décembre, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet est l'invitée de 8h20 sur France Inter, pour la première fois depuis la rentrée. L'occasion d'entendre les revendications des travailleurs ? Ou, pour les deux intervieweurs, de se faire les porte-voix du grand patronat./p/div
div class='rss_texte'pUne fois n'est pas coutume, commençons par la fin de l'entretien. La journaliste Florence Paracuellos, remplaçante temporaire de Nicolas Demorand, lance Sophie Binet sur sa mise en examen pour « injure publique », à la suite d'une plainte déposée par un syndicat patronal :/p
blockquote class="spip"
pstrongFlorence Paracuellos :/strong Un mot sur les grands groupes, et un grand groupe en particulier, Sophie Binet, c'est LVMH, puisque vous voulez revenir ce matin sur votre mise en examen à la suite de propos que vous avez tenus sur Bernard Arnault et d'autres grands patrons. En janvier dernier, ils ont protesté, ces patrons, contre une surtaxe de l'impôt sur les sociétés qui « pousse à la délocalisation », c'est justement ce que disait Bernard Arnault, et vous avez réagi en disant la chose suivante : « les rats quittent le navire » [Elle insiste sur le mot « rat », NDLR]. C'est cette phrase qui vous vaut d'être poursuivie en justice aujourd'hui par le mouvement patronal ETHIC./p
/blockquote
pFlorence Paracuellos avait à ce stade plusieurs possibilités devant elle : rappeler aux auditeurs que la mise en examen est automatique dans ce type de procédure ; resituer le a href="https://www.humanite.fr/social-et-economie/sophie-de-menthon/ethic-cest-la-pratique-amorale-et-decomplexee-du-liberalisme" class="spip_out" rel="external"lobby patronal en question/a, dirigé par l'ex-Grande gueule a href="https://rapportsdeforce.fr/pas-de-cote/qui-est-sophie-de-menthon-a-lorigine-de-la-plainte-contre-sophie-binet-120226260" class="spip_out" rel="external"Sophie de Menthon/a, « ientremetteuse entre l'extrême droite […] et les milieux d'affaires/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="D'après Laurent Mauduit, dans L'Humanité (9/09/25)." id="nh1"1/a]/span ; ou encore s'étonner que l'on puisse être poursuivie pour avoir employé une expression aussi banale de la langue française. Voire – mais il était peut-être optimiste de l'espérer – dénoncer ce qui s'apparente assez manifestement à une procédure-bâillon. La matinalière ne va choisir aucune de ces options : « iEst-ce que vous la regrettez, cette phrase ?/i »/p
/br
h3 class='article_intertitres'Du prêt-à-penser patronal…/h3
p/brS'en suit un échange mémorable avec Benjamin Duhamel, formé au moule BFM-TV et qui en reproduit a href="https://www.acrimed.org/Quand-BFM-TV-exige-l-eloge-du-mecene-Bernard"les pires pratiques sur le service public/a :/p
blockquote class="spip"
pstrongBenjamin Duhamel :/strong [Cette] expression « les rats quittent le navire » […] donnait l'impression que Bernard Arnault, LVMH, était sur le point de quitter la France. […] LVMH paie un peu plus de 2,3 milliards d'euros d'impôts en France, fait travailler directement et indirectement 200 000 salariés. Est-ce que tout cela justifie de faire de Bernard Arnault l'ennemi de l'économie française ? C'est une entreprise qui paye des impôts, c'est une entreprise qui crée de l'emploi. Là, il n'y a pas de rat qui quitte le navire…/p
/blockquote
pCe n'était là que la première d'une longue série de sommations, adressées à la récalcitrante par l'attaché de presse de LVMH : « iMais vous reconnaissez l'apport de LVMH à l'économie française, ou pas ?/i » ; « iMais c'est un point fort de l'économie française LVMH, ou pas ?/i » « iC'est difficile à dire que c'est un point fort de l'économie française…/i » ; « iDonc un fleuron du luxe comme LVMH, c'est un handicap pour l'économie française ?/i » ; « iDonc LVMH, handicap pour l'économie française ?/i »/p
pBref, pas moins de cinq relances pour tenter d'arracher à la secrétaire de la CGT des louanges à propos du premier groupe capitaliste français. Sophie Binet aura bien l'occasion de dire, dans sa dernière réponse, qu'il s'agit selon elle d'une procédure-bâillon (« iJe trouve que c'est grave qu'on ne puisse plus tenir ces propos dans les médias sans être attaqué et avoir une procédure en justice, il est là le souci !/i »). Mais ça ne sera jamais un angle pour Benjamin Duhamel, qui ose en revanche se vanter : « iVous avez eu l'occasion ce matin, Sophie Binet, de vous expliquer sur cette mise en examen pour injure…/i »/p
pSi cette séquence finale a constitué l'apothéose de l'entretien, les vingt premières minutes n'étaient pas bien meilleures… Un simple florilège des questions posées par les deux intervieweurs suffit à donner le ton et l'orientation de celles-ci :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Florence Paracuellos :/strong Vous appelez aujourd'hui à une journée de grève, sans les autres grandes centrales syndicales […]. Elle sert à quoi, Sophie Binet, cette journée ? Vous ne vous sentez pas un peu seule ce matin ?/p
p- La mobilisation s'annonce assez faible […] comment faire croire que cette mobilisation va marcher aujourd'hui ?/p
pstrong- Benjamin Duhamel :/strong Mais justement Sophie Binet […], en fait, est-ce que vous ne criez pas avant d'avoir mal ? […] En fait, vous vous mobilisez contre quoi ?/p
p- Quand le Parti socialiste et les responsables du Parti socialiste sortent hier de Matignon en disant « il y a la possibilité d'un compromis », […] est-ce que c'est bon pour l'économie ? Et est-ce que si c'est bon pour l'économie, la patronne de la CGT s'en félicite ?/p
p- Et donc la suspension de la réforme des retraites, des augmentations d'impôts comme vous les demandiez… Ça ne suffit pas à donner un début de quitus à ce budget ?/p
pstrong- Florence Paracuellos :/strong Mais Sophie Binet, l'optimisme des socialistes, ça vous rassure pas, ça ?/p
pstrong- Benjamin Duhamel :/strong Si une entreprise a le choix entre un pays qui propose une augmentation d'impôts et un pays comme l'Italie, pourquoi une entreprise choisirait d'investir en France plutôt qu'en Italie ?/p
/blockquote
pN'en jetez plus !/p
/br
h3 class='article_intertitres'… aux « évidences » militaires/h3
p/brCette longue série de questions sans concessions intervient après un épisode dans a href="https://www.acrimed.org/Guerre-et-service-militaire-les-medias-sonnent-le"l'air (militariste) du temps/a, au cours duquel Benjamin Duhamel s'offusqua du manque d'entrain patriotique de Sophie Binet :/p
blockquote class="spip"
pstrongBenjamin Duhamel :/strong Dans la foulée de l'annonce d'Emmanuel Macron d'un service militaire volontaire, vous avez dit : « La seule perspective que nous ouvre ce gouvernement – sur ce budget donc –, c'est la guerre. » Et vous rajoutiez : « On ferme des lits d'hôpitaux pour fabriquer des obus ». Euh… si on vous suit, ça veut dire que le réarmement, les 6 milliards supplémentaires sur le budget de la défense, c'est inutile ?/p
/blockquote
pL'invitée ayant de surcroît l'outrecuidance de dénoncer un « iparallélisme […] troublant/i » entre le fait « iqu'on augmente le budget de la défense de 6 milliards et qu'on baisse le budget des hôpitaux de 6 milliards/i », Duhamel ne se tient plus : « iOn ne baisse pas le budget des hôpitaux de 6 milliards./i » Refusant de se laisser conter les éléments de langage gouvernementaux par son hôte, Sophie Binet est alors obligée de prendre une minute de son temps de parole pour expliquer au jeune Duhamel les mécanismes basiques de l'inflation : « iPour ne pas baisser, le budget des hôpitaux […] doit augmenter de 4%. S'il augmente de moins de 4%, ça veut dire qu'il baisse./i » Un camouflet pour l'intervieweur, qui ne perturbe pas sa consœur. Loin de faire amende honorable, Florence Paracuellos trouve au contraire dans ce développement matière à une nouvelle réplique à charge : « iMais c'est pas un peu simpliste ou démagogique d'opposer les dépenses de la défense aux dépenses de la santé, Sophie Binet, dans le moment qu'on traverse ?/i »/p
pInsistons-y : loin de relever de la « contradiction » journalistique, ce type de réactions vise à disqualifier l'invitée. Ce matin-là, les deux intervieweurs auront encore mis beaucoup de cœur à l'ouvrage !/p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanD'après Laurent Mauduit, a href="https://www.humanite.fr/politique/extreme-droite/laurent-mauduit-lextreme-droite-nest-jamais-arrivee-au-pouvoir-sans-lappui-des-milieux-daffaires" class="spip_out" rel="external"dans iL'Humanité/i/a (9/09/25)./p
/div/div
lun, 2025-12-01 15:31
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/20h_salame-f2747.png?1764595879' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pL'arrivée de Léa Salamé au 20h de France 2 a été annoncée en grande pompe. Publicité, a href="https://www.acrimed.org/Starification-des-journalistes-le-cas-Lea-Salame"portraits à sa gloire/a : impossible de passer à côté. Plusieurs mois après son arrivée, quel bilan tirer de ce changement au sein de ce qui est parfois présenté comme le « vaisseau amiral » de la chaîne publique ? Au-delà des « bourdes » et autres « moments gênants » largement commentés par ailleursspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir notamment ça, ça ou encore ça." id="nh1"1/a]/span, que nous raconte le 20h de Léa Salamé ? Et comment ?/p/div
div class='rss_texte'pNous avons regardé les 20h présentés par Léa Salamé entre le 1er septembre et le 31 octobre 2025, soit 31 JTspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Autrement dit les 20h du lundi, mardi, mercredi et jeudi. Les 20h présentés (…)" id="nh2"2/a]/span. L'analyse porte sur les reportages, les interventions de journalistes en plateau, les duplex, les interviews et les brèvesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Les titres du journal ne sont pas inclus dans les décomptes, tout comme les (…)" id="nh3"3/a]/span. Cela équivaut à 482 sujets (auxquels il faut ajouter les brèves) soit environ 23h30 d'informationspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Nous avons utilisé 3 sources pour les décomptes : (1) nos propres minutages, (…)" id="nh4"4/a]/span./p
pPrès de 50% des sujets (brèves exclues) durent moins de 2 minutes. Très courts, ceux-ci sont principalement diffusés dans la première moitié du 20h, qui dure au total environ 50 minutes. La deuxième moitié du JT est souvent consacrée à un « grand format », qui consiste soit en une série de petits sujets sur la même thématique, soit en un ou deux reportages plus longs. Ainsi, 54 sujets (soit environ 11% des 482 contenus) font plus de 5 minutes et seulement 11 (environ 2%) dépassent les 8 minutes. Le 16 septembre par exemple, un reportage de 10'31 est consacré au trafic de cocaïne. Mais la majorité de ces très grands formats (6 sur 11) sont en fait… des interviews de personnalités politiques./p
pLe 20h a ainsi consacré une part non négligeable de son temps à des interviews. En durée cumulée, il s'agit même de la première catégorie de sujets : environ 4h30, réparties sur 26 JT (soit environ 19% de la durée totale des contenus). Au total, ce sont 36 personnes qui ont été interviewées : des politiques (12), des artistes (6), des patrons (2), des économistes (3). Notons aussi la présence d'une syndicaliste (CFDT), d'une scientifique de l'institut Pasteur et de a href="https://www.acrimed.org/Jerome-Fourquet-faux-sociologue-mais-vrai"l'omniprésent Jérôme Fourquet/aspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Les interviewés restants sont, par ordre de passage : Anne-Charlène Bezzina, (…)" id="nh5"5/a]/span. Les durées d'interviews varient énormément : de 3'44 (entretien avec Gabriel Zucman le 10/09) à 27'30 pour l'interview avec Sébastien Lecornu le 08/10./p
/br
h3 class='article_intertitres'L'« actualité » selon France 2 : un grand zapping/h3
p/brUn premier constat s'impose : « l'actualité » consiste en une suite décousue de reportages sans qu'aucune logique de hiérarchisation de l'information ne se dégage. Ce constat est particulièrement vrai pour la première partie du JT, où les formats très courts s'enchaînent. Cette impression de zapping est accentuée par le choix régulier de la rédaction de saucissonner certaines thématiques : le 16 octobre, la problématique de l'IA est abordée en première partie du journal… puis à nouveau à la fin du JT. De même le 7 octobre : le journal commence avec l'actualité politique française, enchaîne avec Israël, quelques sujets « magazine » (dont la sortie l'album de Taylor Swift)… avant d'entamer une nouvelle boucle : actualité politique française d'abord, Israël ensuite./p
pAu-delà de cette discontinuité, un autre aspect du 20h interpelle : l'appétence pour les sujets « magazine » et les « actus insolites ». Assurément, le 20h de Léa Salamé en contient (presque) chaque soir : « Chute libre : un couple à 280 km/h » (1/09) ; « Vol Paris‑Ajaccio : le contrôleur s'endort, l'avion tourne en rond » (17/09) ; « Pêche : le chant des coques » (20/09) ; « Piment : le gout de l'extrême » (30/09) ; etc. Ces sujets, qui représentent un peu moins de 8% de la durée totale des contenus, sont caractéristiques d'un traitement par le prisme du « fait divers » : décontextualisation et déconnexion des aspects sociaux, économiques et historiques, dépolitisation et sensationnalisme. Ils n'en répondent pas moins à la consigne qu'avait fixée la PDG de France Télévisions Delphine Ernotte à Léa Salamé : un 20h « i"plus accessible", "moins anxiogène" et [qui] perce sur les réseaux sociaux/i », selon des propos rapportés par iTélérama/i (1/09)./p
pLe procès Jubillar est un exemple parfait de ce mode de traitement de l'actualité. Si les sujets qui lui sont consacrés sont tous de courte duréespan class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="9 reportages durant entre 1'16 et 2'09 ; un reportage de 2'55 et un autre de (…)" id="nh6"6/a]/span, le procès est l'un des rares « événements » déconnectés de l'actualité politique et internationale à bénéficier d'un traitement régulier : entre le 22 septembre et le 16 novembre, il a été abordé dans 9 des 16 JT observés, pour une durée totale d'environ 24 minutes. L'approche « fait-diversière » domine partout : loin de couvrir cette actualité sous l'angle des féminicides, du travail de la police criminelle ou de celui des juges par exemple, le JT a opté pour un mode de traitement de l'information façon « chaîne en continu » : au menu, détails morbides et « péripéties ». Le 6 octobre, par exemple, le JT relate les « rebondissements » liés au bornage du téléphone de l'amant de Delphine Jubillar. Et le 1er octobre, Léa Salamé s'enorgueillit de diffuser « ien exclusivité/i » un enregistrement de Cédric Jubillar : « iVous n'aviez pas entendu sa voix. Dans un enregistrement audio que nous vous diffusons en exclusivité, Cédric Jubillar se confie quelques heures seulement après la disparition de sa femme, et, fait troublant, il parle déjà d'elle à l'imparfait./i » De fait, le 20h de Léa Salamé a presque systématiquement privilégié les angles sensationnalistes pour rendre compte de ce procès./p
/br
h3 class='article_intertitres'Insécurité, trafic de drogue et violences : France 2 a peur/h3
p/br36 reportages ont été consacrés aux questions d'insécurité au sens large : agressions, drogue et délinquance routière. Répartis sur 20 JT – soit presque 2 soirs sur 3 ! –, ces sujets sont très souvent construits de la même manière : un « rappel des faits » accompagné d'images « choc », le témoignage des victimes, de proches et/ou des riverains, Léa Salamé accentuant souvent le caractère impressionnant ou « exceptionnel » des faits – « iCes images saisissantes cet après-midi à Marseille/i » (2/09). Le journalisme de préfecture n'est évidemment jamais très loin : la proximité avec les sources policières est criante… et se révèle d'ailleurs au grand jour dans le cadre de reportages « embedded » – le 17 septembre par exemple, à l'occasion d'un sujet titré « Violences familiales : des policiers en première ligne »./p
pLa combinaison quasi systématique de trois biais – absence de contextualisation, mise en scène spectaculaire et dépendance aux sources policières et/ou judicaires – contribue à imposer un cadrage largement sécuritaire de ce type d'« actualités », lequel prédomine également dans la couverture des mobilisations sociales. Sur les 26 sujets consacrés aux manifestations de septembre-octobre, 14 (soit un peu plus de la moitié) commencent par là : « Mouvement bloquons tout : un dispositif policier XXL » (9/09) ; « "Bloquons tout" : Rennes sous tension » (10/09) ; « 80 0000 policiers mobilisés : le risque des casseurs » (17/09) ; etc. Si les témoignages de manifestants ne sont pas absents (12 reportages), ils prennent la forme de l'inévitable micro-trottoir : comme ailleurs, la dépolitisation fait loi. Quant à la question des violences policières, elle est inexistante, ou tout comme, dans les 20h de Léa Salamé. Ainsi, suite aux manifestations du 18 septembre, elle annonce qu'un correspondant de France TV à Lyon a été blessé mais préfère renvoyer manifestants et policiers dos à dos plutôt que de pointer la responsabilité des policiers : « iUne pensée ce soir pour notre collègue correspondant à Lyon qui a été blessé au dos lors de heurts entre les forces de l'ordre et un groupe de jeunes en marge des manifestations. Il a été pris en charge et transporté à l'hôpital. Nous pensons à lui ce soir./i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="De manière plus générale, la question des violences policières est largement (…)" id="nh7"7/a]/span/p
pLes enjeux politiques et économiques, en revanche, y occupent une place prépondérante : combinés, ils représentent 134 reportages (soit environ 28% du nombre total de sujets et un peu moins de 23% de la durée totale des contenus étudiés)./p
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h3 class='article_intertitres'La politique entre course de petits chevaux et suivisme gouvernemental/h3
p/brCes deux mois ont d'ailleurs confirmé une tendance qui préexistait évidemment à l'arrivée de Léa Salamé : l'amour du 20h pour la politique politicienne. « Le pouvoir dans l'impasse : une journée sous tension » (7/10) ; « Crise politique : la journée de la dernière chance » (8/10) ; etc. Les sujets relatant les dernières péripéties de l'exécutif, à coups de citations de députés, de conseillers de l'Élysée ou de Matignon, de « proches » de personnalités politiques, souvent anonymes, ne manquent pas. « iLes pronostics vont bon train et les noms qui circulent… on va vous les donner maintenant. Les coulisses, aussi, d'une journée de tractations dans les partis. C'est le feuilleton politique du jour !/i », annonce par exemple Léa Salamé le 10 octobre : une belle synthèse du mode de traitement de l'actualité politique dans les médias dominants ! En réduisant ainsi les événements aux calculs politiciens de couloir, en reprenant – souvent sans le moindre recul – la communication du personnel politique, le 20h participe activement à la dépolitisation de la politique./p
pLe suivisme à l'égard du pouvoir continue lui aussi d'aller bon train. Concernant les débats autour du budget par exemple, seule la vision de l'exécutif a eu droit de cité. Le projet politique porté par le gouvernement Lecornu a ainsi bénéficié de plusieurs reportages : « Pouvoir d'achat : serez-vous les gagnants du prochain budget ? » (13/10) ; « Impôts, retraites : que prévoit le budget 2026 » (14/10) ; « Médicaments, arrêts maladies : coup de rabot sur la santé » (15/10) ; « Pouvoir d'achat : les mauvaises surprises du budget » (16/10). Si des critiques voient le jour ici ou là, le cadrage de l'exécutif n'est pas remis en question : « il-faut-baisser-les-dépenses ». Dans le même temps, les contre-projets des oppositions, mais aussi ceux des syndicats ou des ONG, sont maintenus totalement hors-champ dans le 20h, qui se contente de médiatiser certaines propositions débattues à l'Assemblée nationale et/ou très discutées dans le débat public (la taxe Zucman par exemple)./p
pBref, le message est simple : « il n'y a pas d'alternative ». Et si cet agenda à sens unique n'avait pas clarifié les choses, les interviews sont là pour enfoncer le clou. On y observe en effet un quasi-monopole pour le gouvernement et ses alliés : Gérard Larcher (2/09), François Bayrou (4/09), Bruno Retailleau (8/09 et 7/10), Yaël Braun-Pivet (2/10), Sébastien Lecornu (8/10), Jean-Pierre Farandou (14/10). Ajoutons à cela deux figures du PS, alors en négociation avec le gouvernement : Olivier Faure (7/10) et François Hollande (13/10). Restent quatre interviews, distribuées entre Jean-Luc Mélenchon (8/09), Dominique de Villepin (22/09), Henri Guaino (25/09) et Jordan Bardella (13/10)./p
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h3 class='article_intertitres'Économie, social : le triomphe de l'orthodoxie/h3
p/brS'agissant des enjeux économiques non plus, le pluralisme n'est pas au rendez-vous. Les thèmes sont, certes, variés : coût de la vie (« Voitures d'occasion : le temps des bonnes affaires », 23/09) ; actualité des entreprises (« Petit bateau : la marque bientôt sous pavillon américain », 04/09) ; emploi (« Mécaniciens, carrossiers : les embauches accélèrent », 4/09) ; impôt (« Impôt : le ras le bol des contribuables ? », 9/09) ; ou encore santé (« Arrêt maladie : vos congés pourront être reportés », 11/09) ; etc. Mais la quasi-totalité d'entre eux s'inscrit dans une même perspective « micro-économique », au détriment de tout un pan de la macro-économie et des enjeux sociaux. Comme nous le décrivions dans a href="https://www.acrimed.org/Journalisme-economique-40-ans-de-catechisme"un épisode de « 4e pouvoir »/a, « l'objet est moins d'informer des citoyens sur le système économique capitaliste dans lequel ils vivent que de donner à des individus les recettes pour évoluer au mieux à l'intérieur de ce système. »/p
pLa question du coût de la vie, typiquement, est presque uniquement abordée sous cet angle : « Fournitures scolaires : comment payer moins cher » (1/09) – 9'23 de reportage ! – ; « Pommes de terre : bientôt moins chères ? » (2/09) ; « Pouvoir d'achat : leur fin de mois arrive le 15 » (16/09) ; etc. Si certains reportages se veulent davantage « analytiques » (« Hausse des frais bancaires : pourquoi payez-vous si cher ? », 7/10), un grand nombre se contente de « donner la parole aux Français », sous couvert de « proximité » avec le public. Le 1er septembre par exemple, on suit plusieurs familles qui font leurs courses dans un supermarché et le 16 septembre, d'autres qui ont du mal à finir leur fin de mois. Si ce type de reportage visibilise des catégories socioprofessionnelles traditionnellement sous-médiatisées, les conditions de prise de parole restent particulièrement médiocres. Ces reportages privilégiant en outre un point de vue très individuel sur les difficultés vécues par ces familles, ils permettent surtout de décontextualiser et de dépolitiser les enjeux économiques et sociaux. C'est d'ailleurs une constante au 20h de Léa Salamé. Si la pauvreté est évoquée ici ou là (de manière superficielle), elle est surtout « naturalisée » : les sujets en question ne portent jamais sur les causes de ces problèmes et s'accompagnent encore moins d'une remise en question des acteurs et des politiques qui en sont responsables./p
pÀ cet égard, le monde économique – très souvent réduit au témoignage de quelques chefs d'entreprise, parfois accompagné de celui de quelques salariés – apparaît la plupart du temps comme un spectateur passif, quand il n'est pas décrit en victime de l'instabilité politique : « Instabilité politique : ces patrons qui gèlent leur embauche » (11/09) ; « Le pays dans l'impasse : inquiétude dans les entreprises » (8/10) ; « Crise politique : le coût de l'instabilité » (8/10) ; etc. Un récit dominant à front renversé, là encore : a href="https://www.mediapart.fr/journal/economie-et-social/050925/la-source-de-l-impasse-politique-la-crise-economique" class="spip_out" rel="external"de l'impact du patronat et des forces économiques sur le champ politique/a, il ne sera jamais question. Cette vision unilatérale des interactions entre instabilité politique et crise économique est représentative d'un JT qui, comme nous le disions précédemment, n'aborde que peu les questions macroéconomiques, bien souvent focalisées sur la croissance, elle-même traitée de manière prédictive – « les prévisions de croissance », qui n'ont fait l'objet que d'une brève le 11/09. Ajoutons qu'au 20h de Salamé, la question du chômage est, à peu de chose près, un non-sujet./p
pCes biais se couplent à une vision unilatérale de la question de la dette et de la réduction des déficits publics. Le nombre de reportages consacrés à la dette et au budget est assez limité : 7 reportages pour une durée d'environ 18 minutes. Le sujet est néanmoins évoqué à travers les interviews d'hommes et femmes politiques, d'« experts » et de patrons ainsi que dans certains sujets internationaux (concernant l'Italie, par exemple). Reprenant le leitmotiv médiatico-politique d'une dette insoutenable qu'il faut à tout prix baisser, le 20h ne questionne jamais cette vision du monde. Certains reportages ont beau souligner les difficultés auxquelles sont confrontés certains acteurs – économiques, généralement… – face à la réduction des budgets, les journalistes n'en tirent aucune conclusion. La dette apparaît ainsi comme le principal (si ce n'est le seul) indicateur utilisé pour évaluer les politiques publiques. Le reportage consacré à la réforme des retraites en Italie – « Italie : travailler plus pour réduire la dette » (29/09) – fournit un bon exemple de ce cadrage général passablement orienté, résumé par la journaliste de France 2 en fin de sujet : « iUne loi difficile pour les travailleurs, mais indispensable pour les finances publiques italiennes./i »/p
pLes conditions de travail de ces travailleurs ne sont pas, quant à elles, considérées comme un indicateur pertinent pour évaluer une politique publique. Aucun responsable politique n'est d'ailleurs questionné sur cet enjeu dans le 20h de Salamé. À l'exception d'un reportage consacré à des travailleurs saisonniers au Maroc (1/10), cette question est reléguée aux marges et le temps de parole des travailleurs excède rarement la dizaine de secondes. Le 8 octobre par exemple, les conditions de travail d'un conducteur de travaux sont très rapidement évoquées dans un sujet consacré à ladite « suspension » de la réforme des retraites – « Qu'en pensent les futurs retraités ? » L'exception qui confirme la règle. Laquelle consiste, pour le 20h, à davantage traiter les débats sur la réforme des retraites au prisme du financement du régime par répartition plutôt qu'en informant sur les impacts concrets de cette réforme (et des modifications attenantes) sur les conditions de vie en bonne santé ou sur les accidents du travail, par exemple./p
pQuel que soit l'angle par lequel on observe le traitement des questions économiques et sociales, un seul constat s'impose : sans grande surprise, le prêt-à-penser néolibéral triomphe dans la grand'messe du 20h, qui n'hésite pas à recourir aux pires clichés de l'idéologie dominante. Le « grand format » du 20 octobre en a donné un exemple caricatural. Sobrement intitulé « Bienvenue en Absurdistan »span class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Le grand format est aussi à plusieurs reprises appelé « Grand travaux : le (…)" id="nh8"8/a]/span, l'annonce lors des titres par Léa Salamé donne le ton : « iOn vous emmène ce soir au pays de l'absurde : et malheureusement, c'est chez nous. On a enquêté sur ces normes qui rendent fous les chefs d'entreprise, sur ces ponts construits pour rien, sur ces documents administratifs qu'on met des heures à remplir./i » Composée de 4 reportagesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="« Argent public : des ponts construits pour rien » ; « Administration : (…)" id="nh9"9/a]/span, cette « page spéciale » reprend à son compte une obsession historique de la droite traditionnelle et de l'extrême droite – le poids des « normes » et le carcan de l'État « mammouth » – sur un ton sensationnaliste et tapageur que ne renierait sans doute ni RMC, ni Europe 1span class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="Où la chronique d'Emmanuelle Ducros (journaliste à L'Opinion) s'intitule (…)" id="nh10"10/a]/span. Elle n'en témoigne pas moins de la force que peut impulser un cadrage biaisé – et rabâché depuis des décennies. Si les voix discordantes ne sont pas absentes, elles sont complétement écrasées par l'angle et le registre choisis par les journalistes de France 2 : la dénonciation de normes jugées absurdes. Les aspects environnementaux et sociaux sont quant à eux absents de cette page spéciale./p
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h3 class='article_intertitres'L'écologie, grande oubliée/h3
p/brAvec un peu moins de 25 minutes cumulées réparties sur 9 jours, les sujets liés à l'écologie n'ont pas fait l'objet d'une couverture supérieure à celle du procès Jubillar (environ 24 minutes cumulées)span class="spip_note_ref" [a href="#nb11" class="spip_note" rel="appendix" title="Un constat d'autant plus accablant que nous avons compté dans « écologie » (…)" id="nh11"11/a]/span ! Cette invisibilisation se mesure également au fait qu'aucun responsable politique n'a été interrogé sur des enjeux environnementaux, et encore moins sur l'impact écologique de son programme économique. Au 20h, l'impact environnemental n'est d'ailleurs jamais considéré comme un indicateur pertinent lorsqu'il s'agit de discuter d'une mesure économique : il en va, là encore, d'a href="https://www.acrimed.org/Les-journalistes-l-ecologie-et-le-capitalisme"un angle mort structurant dans les grands médias/a./p
p« Pire » : dans les reportages liés à l'environnement, la part consacrée plus spécifiquement au réchauffement climatique est... quasi nulle : un unique et court reportage (1'42) vulgarise une étude scientifique sur l'impact du réchauffement climatique sur les coraux (« Disparition des coraux : une menace pour l'humanité », 13/10). À cela, il faut ajouter quelques mentions qui, au gré des reportages, évoquent ici ou là des phénomènes météorologiques (« Tornade meurtrière dans le Val-d'Oise : ces phénomènes sont-ils prévisibles en France ? », 21/10). Le 20h réussit même l'exploit d'invisibiliser le réchauffement climatique à l'occasion d'un grand format pourtant consacré aux « iévénements climatiques extrêmes/i », diffusé le 15 octobre. « i[Ils] se multiplient mais sommes-nous prêts à les affronter ?/i » se demande Léa Salamé. En guise de réponse : 4 reportages pour près de 13 minutesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb12" class="spip_note" rel="appendix" title="Pour être précis : « Inondations : les naufragés du Giers » (3'58) ; « (…)" id="nh12"12/a]/span… mais l'impact du réchauffement climatique n'est évoqué qu'à une seule reprise ! Bref, comme le veut le mode de traitement dominant des enjeux environnementaux, les causes sont systématiquement éludées au profit de la télégénie des catastrophes et de la description des conséquences, notamment économiques./p
/br
h3 class='article_intertitres'L'information internationale en courant alternatif/h3
p/brAvec 92 reportages pour environ 3h48 (brèves inclues), on pourrait considérer que l'information internationale est traitée en longueur (environ 16% des contenus). Il s'agit d'un constat en trompe l'œil. Tout d'abord, la durée varie énormément en fonction des jours : 50% des éditions y ont par exemple dédié moins de 6 minutes et demi. À l'inverse, certains 20h ont pu y consacrer une part significative, notamment lorsque le sujet fait l'objet de la deuxième partie du journal (le « grand format »). Ce fut le cas le 3 septembre, lorsqu'un grand format sur l'Ukraine a occupé près de la moitié du JT (47%). Ce fut également le cas un mois plus tard, le 1er octobre, avec la diffusion d'une page spéciale sur le Maroc (55% du 20h). Mais en moyenne, l'information internationale n'a le droit qu'à 7'30 par JT, c'est-à-dire environ 17% de la durée totale d'un journal./p
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div class='spip_document_16295 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/20h_graphique1.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH239/20h_graphique1-5cf8b.png?1764595879' width='500' height='239' alt='' //a
/figure
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p/brDans le détail, on constate par ailleurs que les pays ayant retenu l'attention du 20h sont peu nombreux : 26 sur près de 200span class="spip_note_ref" [a href="#nb13" class="spip_note" rel="appendix" title="Afghanistan, Chine, Corée du Nord, Inde, Iran, Taïwan, Albanie, Danemark, (…)" id="nh13"13/a]/span. Des régions entières sont donc quasiment absentes : l'Océanie (aucune mention), l'Amérique du Sud (1 reportage sur le Venezuela), l'Afrique (une page spéciale de 4 reportages sur le Maroc ainsi qu'une brève sur Madagascar), le Proche et Moyen-Orient (seul Israël et la Palestine sont abordés – nous y reviendrons) et l'Asie du Sud-Est (1 reportage et 1 mention sur Taïwan). L'Inde n'est quant à elle abordée qu'à une reprise (et mentionnée une fois). Quant à la Chine, elle fait l'objet de 3 sujets et apparaît dans un reportage plus général sur l'Asie./p
pConcernant les pays évoqués, ils n'ont en fait bénéficié que d'une médiatisation ponctuelle. C'est d'ailleurs l'une des caractéristiques du traitement de « l'international » par le 20h : à quelques exceptions près (sur lesquelles nous reviendrons), il n'y a aucun suivi sur le long terme. Ainsi, sur la période étudiée (deux mois), 46% des pays n'ont été traités que lors d'un unique JT et 62% lors de deux JT ou moinsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb14" class="spip_note" rel="appendix" title="Sur les 10 pays ayant bénéficié de reportages sur plus de 2 JT, 5 sont (…)" id="nh14"14/a]/span./p
pIl n'est pas étonnant, dans de telles conditions et face à une telle rareté de l'information, que le 20h braque son regard sur tel ou tel pays uniquement dans le contexte d'une actualité dite « chaude » : catastrophe naturelle et/ou humaine (« Tremblement de terre : près de 1000 morts en Afghanistan », 1/09 ; « Jamaïque : les images d'un pays dévasté », 30/10 ; « Accident du funiculaire : le Portugal en deuil », 4/09) ; tensions géopolitiques et conflits internationaux (« Donald Trump : le Venezuela dans sa ligne de mire », 16/10) ; élections (« Ingérence russe : les élections moldaves sous surveillance », 25/09) ; mouvements sociaux (« Maroc : une jeunesse en colère », 1/10). En disparaissant aussi rapidement qu'elles sont venues, les caméras du 20h sont vouées à livrer de ces événements une approche superficielle et/ou par le haut, qui invisibilise largement le vécu des habitants – et rend évidemment difficile, pour ne pas dire impossible, une fine compréhension des enjeux./p
pTrois sujets bénéficient cependant d'une médiatisation sur la durée : Israël et la Palestine d'abord (24 reportages pour un total de près de 54 minutes), l'actualité liée à la Russie (8 reportages sur les ingérences russes et 11 reportages liés à la guerre avec l'Ukraine, pour un total d'environ 56 minutes) et enfin, les États-Unis (8 reportages pour environ 18 minutes)./p
/br
h3 class='article_intertitres'Israël-Palestine : un suivi en trompe l'œil/h3
p/brLe traitement d'Israël et du génocide à Gaza mérite qu'on s'y arrête. Si le nombre de reportages et leur durée totale n'est pas négligeable (même si elle ne représente même pas 4% de la durée totale des reportages), ils sont très inégalement répartis dans le temps :/p
/br
div class='spip_document_16296 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/20h_graphique2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH292/20h_graphique2-e8ab3.png?1764595879' width='500' height='292' alt='' //a
/figure
/div
p/brLe traitement est surtout disparate. Ainsi, le quotidien des Palestiniens de Gaza n'a bénéficié que de 4 reportages en 31 JT (pour un total d'environ 7'30), répartis sur 4 soirées. Quant à la Cisjordanie, elle n'a été abordée qu'à une unique reprise, au cours d'un reportage certes plus long que la moyenne (7'25). À cela, on peut ajouter quelques mentions superficielles, disséminées dans des reportages plus généraux sur la situation de la région./p
pCette invisibilisation du quotidien vécu par les Palestiniens prend d'autres formes. À l'instar de ce qui s'observe a href="https://www.acrimed.org/Liberations-en-Israel-Palestine-le-deux-poids"ailleurs dans les médias dominants/a, le phénomène du deux poids, deux mesures donne le ton. Là où les otages israéliens ont bénéficié de portraits à part entière et de témoignages de leurs prochesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb15" class="spip_note" rel="appendix" title="« Gaza : l'espoir des familles d'otages » (7/10) ; « Document : les (…)" id="nh15"15/a]/span, la libération de prisonniers palestiniens est effleurée – et à une seule reprise –, reléguée à la toute fin d'un reportage largement consacré aux otages israéliens (13/10). Le titre parle d'une « ijournée historique/i »… mais seulement d'un certain point de vue : sur près de 3 minutes, seules 34 secondes sont consacrées aux Palestiniens. Aucun nom n'est donné, aucun portrait n'est fait d'eux./p
pCette invisibilisation passe par d'autres angles morts pour le moins problématiques. La qualification de génocide est ainsi totalement ignorée : ni l'avis de l'Association internationale des chercheurs sur le génocide, ni les conclusions de la Commission d'enquête de l'ONU n'ont fait l'objet de reportage ! Et lorsque Dominique de Villepin évoque la question le 22 septembre, Léa Salamé évacue le sujet :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Dominique De Villepin :/strong La communauté internationale, elle est là pour rappeler Benjamin Netanyahou à ses devoirs, à sa responsabilité à un moment où un génocide se déroule à Gaza./p
pstrong- Léa Salamé :/strong Vous employez le mot de génocide, qui n'a pas été pour l'instant qualifié par la justice internationale…/p
pstrong- Dominique de Villepin :/strong Elle a parlé de risque plausible de génocide. Dans la convention de 1948, il est prévu que c'est une nécessité de prévention et de répression…/p
pstrong- Léa Salamé :/strong Oui, mais…/p
pstrong- Dominique De Villepin :/strong … c'est-à-dire que tous les États sont obligés de prendre des mesures conservatoires pour empêcher ce risque génocidaire de se produire./p
pstrong- Léa Salamé :/strong Oui, mais pour l'instant, la Cour internationale de justice n'a pas jugé sur le fond de cette affaire-là. strongLes mots ont un sens/strong, mais au-delà de Benjamin Netanyahou, que répondez-vous ?/p
/blockquote
pVerrouillage, encore et toujours./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brDisons-le : le 20h de France 2 n'a pas attendu Léa Salamé pour manifester les biais ici passés en revue. Du a href="https://www.acrimed.org/JO-au-JT-de-France-2-la-celebration-plutot-que-l"traitement pour le moins questionnable des JO/a au a href="https://www.acrimed.org/La-presidentielle-dans-le-20h-de-France-2-le"traitement largement biaisé de la présidentielle/a en passant par a href="https://www.acrimed.org/Retraites-50-nuances-de-galeres-au-20h-de-France"la couverture désastreuse des mobilisations sociales/a ou de a href="https://www.acrimed.org/Palestine-la-desinformation-au-20h-de-France-2"la question palestinienne/a, les archives d'Acrimed sont là pour en témoigner. Faut-il en déduire que ces errements sont intrinsèques au format du 20h ? Si les contraintes pèsent lourd, la « mal-information » n'est pourtant pas une fatalité. Pour s'en convaincre, il suffit de se tourner… vers le 20h./p
pCar parmi les 482 reportages, tous ne témoignent pas d'une faillite journalistique. On a pu mesurer, par exemple, la plus-value (et les bienfaits) d'un long reportage international lorsque celui-ci n'est pas préalablement verrouillé par la direction parisienne. Ce fut le cas lors du grand format consacré au Maroc (1/10). C'est d'ailleurs à l'occasion de cette page spéciale qu'a été diffusé l'un des rares reportages principalement axés sur les conditions de travail. De même, le JT a montré qu'il était possible, dans une certaine mesure, de faire de la vulgarisation scientifique (« Pesticides : les riverains des vignes contaminés », 15/09 ; interview de la directrice de l'institut Pasteur, 9/10). Enfin, citons le reportage « Mineurs délinquants : au cœur d'un tribunal pour enfant » (2/09). D'une durée de près de 13 minutes, ce sujet montre qu'un traitement de fond est possible (et même souhaitable) et qu'il permet, dans une certaine mesure, de contourner les réflexes simplistes et immédiats du cadrage sécuritaire traditionnel de ces questions. Ces reportages ne sont pas exempts de défaut. Cependant, leur existence montre à quel point la médiocrité d'ensemble du 20h est d'abord et avant tout la conséquence… de choix éditoriaux : oui, un autre JT est possible !/p
p/brstrongArnaud Galliere/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanVoir notamment a href="https://www.arretsurimages.net/chroniques/les-enerve-es/salame-cotillard-un-malaise-journalistique-avant-tout" class="spip_out" rel="external"ça/a, a href="https://www.telerama.fr/television/dominique-bernard-et-samuel-paty-confondus-dans-les-jt-de-france-2-une-double-erreur-qui-interroge-7027831.php" class="spip_out" rel="external"ça/a ou encore a href="https://www.20minutes.fr/arts-stars/insolite/4175472-20250926-oh-pardon-quand-lea-salame-confond-henri-guaino-claude-gueant-plateau-jt-france-2" class="spip_out" rel="external"ça/a./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanAutrement dit les 20h du lundi, mardi, mercredi et jeudi. Les 20h présentés par Laurent Delahousse et Sonia Chironi, le vendredi, samedi et dimanche, n'ont pas été inclus dans cet article ; de même que ceux présentés par Jean-Baptiste Marteau les 22, 23, 27, 28 et 29 octobre./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanLes titres du journal ne sont pas inclus dans les décomptes, tout comme les lancements des reportages, sauf dans certains cas (lorsqu'ils apportent une information supplémentaire et quand ils sont particulièrement longs). Les titres et lancements peuvent cependant être mentionnés dans le cadre d'une analyse plus qualitative./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanNous avons utilisé 3 sources pour les décomptes : (1) nos propres minutages, (2) les durées indiquées sur a href="https://www.franceinfo.fr/replay-jt/france-2/20-heures/" class="spip_out" rel="external"le site de France 2/a, (3) les durées indiquées sur a href="https://www.inatheque.fr/index.html" class="spip_out" rel="external"le site de l'INA/a. Nous avons noté quelques légères différences ici et là entre les chiffres de l'INA et ceux du site de France 2. Dans la mesure du possible, nous avons privilégié nos chiffres et ceux du site de France 2./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanLes interviewés restants sont, par ordre de passage : Anne-Charlène Bezzina, le cardinal François Bustillo, Anastasia Fomitchova, le général Patrick Dutartre, l'avocat Christophe Ingrain, Delphine Horvilleur, Gaëlle Paty, Alexis et Félix Lebrun, Cédric Sapin-Defour./p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /span9 reportages durant entre 1'16 et 2'09 ; un reportage de 2'55 et un autre de 4'27./p
/divdiv id="nb7"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanDe manière plus générale, la question des violences policières est largement absente des 20h de France 2. Parmi les quelques rares reportages consacrés à cette question, on peut citer le 20h du 7/09 présenté par Laurent Delahousse : « Vidéo d'un jeune giflé : enquête ouverte contre des policiers »./p
/divdiv id="nb8"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanLe grand format est aussi à plusieurs reprises appelé « Grand travaux : le tour de France de l'absurde »./p
/divdiv id="nb9"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /span« Argent public : des ponts construits pour rien » ; « Administration : l'enfer des formulaires Cerfa » ; « Normes : à quand la simplification » ; « Inde : des morts pourtant bien vivants »./p
/divdiv id="nb10"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spanOù la chronique d'Emmanuelle Ducros (journaliste à iL'Opinion/i) s'intitule d'ailleurs… « Voyage en absurdie »./p
/divdiv id="nb11"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh11" class="spip_note" title="Notes 11" rev="appendix"11/a] /spanUn constat d'autant plus accablant que nous avons compté dans « écologie » des sujets qui auraient pu être classés ailleurs. C'est le cas par exemple d'un reportage consacré à un éboueur-influenceur : « Réseaux sociaux : l'éboueur star des ados » (23/09)./p
/divdiv id="nb12"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh12" class="spip_note" title="Notes 12" rev="appendix"12/a] /spanPour être précis : « Inondations : les naufragés du Giers » (3'58) ; « Inondations : des travaux XXL pour y échapper » (3'29) ; « Tempête de grêle : quand la facture s'alourdit » (3'48) ; « Vallée d'Aspe : un an après retour sur des inondations dévastatrices » (1'38)./p
/divdiv id="nb13"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh13" class="spip_note" title="Notes 13" rev="appendix"13/a] /spanAfghanistan, Chine, Corée du Nord, Inde, Iran, Taïwan, Albanie, Danemark, Espagne, Finlande, Grèce, Italie, Moldavie, Pologne, Portugal, Royaume-Uni, Ukraine, Russie, Israël, Palestine, États-Unis, Jamaïque, Haïti, Venezuela, Madagascar, Maroc./p
/divdiv id="nb14"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh14" class="spip_note" title="Notes 14" rev="appendix"14/a] /spanSur les 10 pays ayant bénéficié de reportages sur plus de 2 JT, 5 sont européens : Danemark, Espagne, Italie, Ukraine, Royaume-Uni. Les 5 autres pays sont : Chine, États-Unis, Israël, Palestine, Russie./p
/divdiv id="nb15"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh15" class="spip_note" title="Notes 15" rev="appendix"15/a] /span« Gaza : l'espoir des familles d'otages » (7/10) ; « Document : les retrouvailles d'une famille après 738 jours » (13/10) ; « Otages israéliens : révélations sur leur détention » (14/10)./p
/div/div
ven, 2025-11-28 19:35
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/tocsin-0d6d9.png?1764351325' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pMercredi 19 novembre, devant le Congrès des maires de France, le chef d'état-major des armées, le général Fabien Mandon, a estimé que la France était « ien risque/i » face à la « iRussie de Vladimir Poutine/i » si le pays n'avait pas la « iforce d'âme/i » d'accepter « ide perdre ses enfants/i » à la guerre. Sans attendre, de nombreux médias se sont emparés de cette déclaration pour décréter la mobilisation générale…/p/div
div class='rss_texte'p« iÀ quoi nous prépare le général Mandon ?/i » demande inquiet Maxime Switek, sur BFM-TV. Il est 21h08 ce mercredi 19 novembre quand le présentateur prend connaissance des « ipropos chocs/i » du chef d'état-major des armées. Un bandeau accompagne sa lecture de la déclaration : « iSi notre pays flanche – écoutez-bien/i, insiste Maxime Switek –, isi notre pays flanche parce qu'il n'est pas prêt à accepter de perdre ses enfants, alors on est en risque/i ». Léger moment de sidération sur le plateau – qui jusqu'ici parlait de la neige. La mine grave, la journaliste maison Elsa Vidal lui répond : « iUne guerre, c'est finalement la confrontation de deux volontés, et il est important que "l'arrière", les civils, soient disposés à ce que cette guerre ait lieu ! Mais la formulation du chef d'état-major est quand même… j'ai envie de le dire… malheureuse./i »/p
pLes déclarations « ichocs/i » de Fabien Mandon vont en effet, dans un premier temps, provoquer un « itollé/i » dans la classe politique. Les politiciens de presque tous les bords s'en indignent, et les premiers articles, publiés dans la foulée de la dépêche AFP rapportant le discours du général, portent presque tous sur ces réactions politiques assez univoques. À peine prononcés, voilà en tout cas les mots du chef d'état-major des armées propulsés à la Une de l'actualité. Le lendemain, le ton change, avec la ministre des Armées Catherine Vautrin qui « ivole au secours/i » (iJDD/i, 20/11) du général Mandon, expliquant (sur X) que ses propos ont été « isortis de leur contexte/i » et qu'il était parfaitement fondé à les tenir./p
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h3 class='article_intertitres'« Faut-il préparer les Français à la guerre ? »/h3
p/brLa machine médiatique se met en branle à toute vitesse, et les réactions des politiciens sont rapidement recouvertes par le commentariat des éditorialistes, qui ont reçu l'incitation de la ministre et se font les exégètes du général Mandon. « iVous voyez bien que la guerre est revenue en Europe et que la menace existe/i, justifie Didier François, « éditorialiste défense BFM-TV », à peine une heure après les déclarations du chef d'état-major : ice qui est important c'est de dissuader l'ennemi […] pour cela, il faut que nos adversaires soient persuadés qu'on est prêts, qu'on sera prêts à se battre et qu'on acceptera la bagarre/i ». « iÇa fait peur !/i » réagit la présentatrice Julie Hammett, avant de se tourner vers un nouvel éditorialiste, Ulysse Gosset : « iEffectivement, les mots sont très forts et ils sont inquiétants, et quand les Français les entendent, ils se disent, "est-ce que la guerre est pour demain ?"/i » Selon l'éditorialiste, qui se demande à voix haute si « iles Français sont prêts à entrer en guerre/i », ce n'est pas encore « iun appel à la mobilisation générale, mais c'est un appel à la prise de conscience/i ». Les Français ne sont d'ailleurs pas les seuls inquiets, ajoute Gosset, « iles services allemands, les services britanniques, disent tous la même chose/i ». Didier François rebondit : « iPour ceux qui croient que c'est politique…/i » « iÇa c'est un message à Jean-Luc Mélenchon/i », relève la présentatrice./p
pLe lendemain matin (20/11), sans doute prise de court par l'actualité, BFM-TV déploie un procédé pour le moins surprenant : l'invité de la matinale de Laurent Neumann n'est nul autre que… Didier François, « l'éditorialiste défense » maison, encore lui. BFM-TV interviewe BFM-TV, et cette fois, la fonction d'exégète du général Mandon que remplissait symboliquement la veille au soir l'éditorialiste est explicitée littéralement sur le bandeau : « Chef des armées : que voulait-il dire vraiment ? » Didier François va nous le dire : « iOn a cru pendant des années, enfin pendant les 30 dernières années, que la parenthèse exceptionnelle de paix que nous avons vécue était la norme ! Bah on est en train de se réveiller… Alors c'est évidemment difficile pour l'autruche de sortir la tête du sable, parce que c'est désagréable… honnêtement ça gratte. Mais la vérité c'est ça, c'est qu'on revient à un monde normal tel qu'on le connaissait avant/i ». Un monde « inormal/i » est celui où la guerre plane sur chaque enfant./p
pSur RTL, dans l'émission d'Anne-Sophie Lapix (20/11), le ton est moins familier, mais le fond n'est pas bien différent : « iLa Russie de Vladimir Poutine, manifestement, nous considère comme un adversaire/i », avance son invitée Muriel Domenach, ancienne ambassadrice de France à l'OTAN. « iNous sommes déjà en guerre/i », explique quant à lui l'immanquable Michel Goya, ancien colonel et « expert en stratégie militaire », qui explique qu'il fulmine en entendant les pacifistes s'insurger des déclarations du chef d'état-major : « iSi la nation n'est pas prête à cela, si elle considère que ce sacrifice n'est pas utile ou nécessaire, et bah c'est pas la peine quoi… on perd, en réalité, la vraie force… la vraie force des nations c'est dans cette volonté en réalité, de prendre des risques, pour essayer d'obtenir quelque chose…/i » Anne-Sophie Lapix passe ensuite la parole à Jean-Marie Bockel – ex-ministre sous Mitterrand et sous Sarkozy dont le fils, militaire, a été tué au Mali. Puis à Michel Duclos, ancien diplomate, qui parle de la « imenace russe aux portes de l'Europe/i » et explique qu'il y a un vrai « ibesoin de pédagogie/i » à ce sujet. Anne-Sophie Lapix constate que son plateau est à sens unique et le verbalise : « iOn va parler dans un instant des réactions […] qui ne sont pas forcément très positives ou aussi unanimes que sur ce plateau…/i » Ce sera après la pub, et ce qui fera office de contradictoire est un petit « sonore » de Jean-Luc Mélenchon. La même unanimité se retrouve sur le plateau de LCI, dans l'émission « 24h Pujadas » (20/11) : « iJ'ai d'abord envie d'entendre le colonel, le colonel de réserve Servent, Pierre, est-ce que c'est alarmiste ou est-ce que c'est indispensable cette déclaration du chef d'état-major ?/i » « iIndispensable/i », répond sans hésiter son invité, qui est éditorialiste sur la chaîne. Jean-Dominique Merchet introduit une petite nuance et trouve que ce discours « idoloriste/i » est une « iformidable erreur de communication/i », même s'il n'en conteste pas le fond (« iJe ne suis pas un pacifiste/i », dira-t-il) À ses côtés, Isabelle Lasserre du iFigaro/i est beaucoup plus enthousiaste : « iPour qu'un bâtardspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Isabelle Lasserre rebondit ici sur la prise de parole antérieure de (…)" id="nh1"1/a]/span puisse être tué, il faut que la dissuasion de la France soit rétablie ! La guerre étant un affrontement des volontés, il faut rétablir la volonté des Français et des Européens, qui pour moi, fait complètement défaut./i » La journaliste du iFigaro/i va plus loin :/p
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pstrong- Isabelle Lasserre :/strong Ce qui me choque moi en fait dans toute cette histoire, c'est qu'on a l'impression que la France sort lentement du déni qui était le sien depuis le début des années 1990 […]. Donc on se réveille depuis 2014, et surtout depuis 2022, mais tout le monde ne se réveille pas ! Alors effectivement, le chef d'état-major, lui, a pris pleinement conscience de la menace russe… strongc'est la Russie qui nous a déclaré la guerre !/strong C'est pas la France qui a déclaré la guerre…/p
pstrong- David Pujadas :/strong Qui inous/i a déclaré la guerre ?/p
pstrong- Isabelle Lasserre :/strong C'est la Russie, c'est Poutine…/p
pstrong- David Pujadas :/strong … Qui a déclaré la guerre à l'Ukraine…/p
pstrong- Isabelle Lasserre :/strong Non, non, à nous aussi ! Non, Vladimir Poutine considère qu'il est en guerre contre l'Union Européenne. Il lance tous les jours des actes de guerre hybride contre les pays d'Europe occidentale. […] Les extrêmes droite et gauche qui protestent contre ces propos sont celles qui depuis le début sont complètement pro-russes et défendent la…/p
pstrong- David Pujadas :/strong Attendez y'a pas que les extrêmes ! Y'a pas que les extrêmes…/p
pstrong- Isabelle Lasserre :/strong C'est surtout les extrêmes […]/p
pstrong- David Pujadas :/strong C'est du défaitisme ?/p
pstrong- Isabelle Lasserre :/strong C'est une tentation de l'apaisement, une tentation munichoise […]. C'est pas comme ça qu'on va protéger les enfants de la France./p
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pEn face, Jean Quatremer parle lui aussi de Munich, de 1940 et de « idésarmement moral/i », et se réjouit des déclarations du chef d'état-major : « iC'est très bien que ça choque/i ». Ces tirades inspirent une question à David Pujadas : « iPour refamiliariser [les jeunes] avec l'idée de guerre, est-ce qu'il faut d'abord mettre l'accent sur la mort ?/i »/p
pLes « experts militaires » ou les militaires tout court vont ainsi se succéder sur les plateaux et dans les colonnes des journaux. L'amiral Nicolas Vaujour, chef d'état-major de la Marine, est sur RTL (20/11) dès le lendemain matin des déclarations du général Mandon. Le général Vincent Desportes pointe sur RTL (20/11), RMC (21/11), Europe 1 (27/11) et iMarianne/i (26/11). Michel Goya est lui sur RTL (20/11), BFM-TV (21/11), France 5 (22/11), ainsi que dans iLe Point/i (21/11). L'ancien chef d'état-major de l'Armée de l'air Jean-Paul Paloméros est sur France Info (21/11), BFM-TV (21/11), CNews (21/11, une journée chargée !), ou RMC (24/11). Pierre Servent passe lui presque tous les jours sur les chaînes de son employeur, TF1 ou LCI, mais aussi occasionnellement sur France Inter (27/11). Le général Mandon sera lui-même invité dans « C à Vous » (France 5, 22/11), pour réitérer ses propos tout en s'excusant d'avoir pu heurter. Bref, un véritable « journalisme de caserne » au service, pendant toute une semaine, de l'objectif admis par Pujadas : refamiliariser la population avec l'idée de guerre./p
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h3 class='article_intertitres'Préparer les esprits à la guerre/h3
p/brLa séquence éditoriale déclenchée par le discours du chef d'état-major est massive, et il est quasiment impossible d'en faire une revue exhaustive. On peut néanmoins en dégager le message de fond, qu'une dépêche AFP, reprise telle quelle ici et là, résume lapidairement : « Les autorités françaises tentent de préparer les esprits à la guerre » (20/11). La dépêche note que le gouvernement français a, le même jour, publié en ligne « un guide de survie » en cas de catastrophe ou de conflits armés. « iLes autorités tentent, depuis des mois, de préparer les esprits des Français à des sacrifices en cas de guerre. Mais le message peine à infuser/i », regrette ainsi iLe Télégramme/i (21/11), dans un article titré « Pourquoi la France doit se préparer à la guerre ». « iLe message passe mal/i », confirme un autre titre régional, iLe Maine Libre/i (21/11). « iDepuis qu'il est devenu chef d'état-major des armées, le 1er septembre, [Fabien Mandon] n'a de cesse de frapper les esprits, afin que la population civile se prépare à "un conflit de haute intensité" contre la Russie/i » retrace iLe Parisien/i (21/11). « Menace russe : l'opinion, la première bataille », rappelle le bien nommé iL'Opinion/i (21/11)./p
pDans iLibération/i, les papiers oscillent entre les reproductions de dépêches sur la classe politique qui « bondit » (20/11), les « débats » lancée à la cantonade par la directrice adjointe de la rédaction Alexandra Schwartzbrod (« Faut-il accepter de perdre nos enfants, comme l'a dit le chef d'état-major des armées ? », 21/11), et les critiques très mesurées contenues dans les éditos de Thomas Legrand, qui eux non plus ne contestent pas le fond : « iL'Europe est devenue un îlot de démocratie libérale assiégée. Si l'on est attaché à la préservation de ce modèle, qui a fait de notre continent le petit bout de terre le plus libre du monde, il faut effectivement se préparer à se battre et, sans doute, à faire des sacrifices./i ». Mais l'on trouve aussi, dans les pages de iLibé/i, des papiers beaucoup plus ouvertement favorables aux déclarations du général Mandon, comme celui de Jean Quatremer (20/11) : « iUn appel à la mobilisation morale et économique de la nation absolument nécessaire pour que l'industrie de la défense française passe enfin en mode "économie de guerre" et que l'opinion publique comprenne enfin qu'il va falloir faire des choix budgétaires douloureux pour permettre la montée en puissance de l'armée française. Afin de décourager les nuisibles d'attaquer nos démocraties./i »/p
pDans un long papier, titré « Derrière les polémiques stériles, ce qu'a vraiment dit le chef d'état-major des armées » (21/11), le magazine iChallenges/i estime que le discours de Fabien Mandon « in'a rien d'une sortie de route/i », et que ceux qui le condamnent font preuve « ide déni ou d'angélisme/i » : « iOui, la guerre fait des morts/i, écrit le journaliste Vincent Lamigeon, ifaire comme si cette réalité n'existait pas, comme si ce sacrifice n'était pas consubstantiel à toute intervention armée, comme si un chef d'état-major n'avait pas le droit de la rappeler, c'est faire preuve d'un déni étrange, ou d'un angélisme qui ne peut que faire les affaires de Moscou/i ». Le constat est le même dans les colonnes de iOuest-France/i (23/05), où c'est le général Daniel Brûlé qui donne son point de vue : « iL'hypothèse d'une guerre impliquant la France n'est pas un objet de débat mais une réalité./i » iLe Monde/i se lance lui sur le terrain de la comparaison internationale (« Les propos du général Mandon, une position partagée en Europe », 24/11) puis regrette dans un autre papier que « ila pédagogie de l'effort de défense/i » se déroule « ien terrain miné/i » (25/11) : « iS'exprimer sur le rapport que la nation peut entretenir à sa défense est un exercice extrêmement sensible, voire périlleux. Le chef d'état-major des armées, Fabien Mandon, en a fait l'expérience […]/i », écrit le journal de référence. iLe Point/i, qui n'aime rien tant que la guerre, est bien sûr au rendez-vous. C'est d'abord Sophie Coignard qui s'y colle, avec un angle que son titre résume bien : « Royal, Mélenchon, Roussel : derrière le pacifisme, le carriérisme » (21/11). Puis c'est Kamel Daoud qui se laisse aller dans sa chronique à un lyrisme guerrier : « iLa France est-elle prête à envoyer ses enfants se faire tuer à la guerre ? Cette question lancée par le chef d'état-major est cruciale : c'est celle par laquelle s'affirme une nation./i » Le registre de l'humour est aussi employé : c'est par exemple Sophia Aram qui fustige sur France Inter (25/11) les « ipatriotes en carton/i » et proclame toute sa confiance au général Mandon. iLes Échos/i, enfin, par l'intermédiaire de son chroniqueur « philosophe » Gaspard Koenig, s'avance sur la question morale : « Au nom de quoi perdre ses enfants ? » (27/11) Bonne question./p
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h3 class='article_intertitres'Macron chef de guerre, le retour/h3
p/brAu fil de la semaine et des commentaires qui ont suivi les déclarations du général Mandon, la presse a commencé à bruisser d'une rumeur : le chef d'état-major était-il en « iservice commandé/i » (iLibération/i, 21/11) pour le véritable chef des armées, le président de la République ? A-t-il pu faire des déclarations de ce type sans l'aval d'Emmanuel Macron, dont il est notoirement proche, puisqu'il fut l'un de ses conseillers ? La question est posée dans le 20h de Léa Salamé du 20 novembre. Dans le sujet diffusé, France 2 cite anonymement « un conseiller de l'Élysée », qui affirme que Macron n'avait pas supervisé le discours du général, mais qu'il en validait le fond : « iLa phrase isolée est angoissante bien sûr mais il faut prendre le propos dans son ensemble. Une prise de conscience est nécessaire/i », cite le JT. Un autre sujet est lancé dans la foulée par Salamé, pour faire « il'état précis de la menace russe/i ». Dans celui-ci, on peut entendre « l'expert » de l'IFRI, Thierry Gomart, dire que « ila Russie a déclaré la guerre à l'Europe, d'une certaine manière/i ». Mais nous n'en saurons pas plus sur la « icertaine manière/i » avec laquelle la Russie a « idéclaré la guerre à l'Europe/i ». Dans le même JT est évoquée une rumeur qui va être, tout au long de la semaine, la deuxième jambe de la marche médiatique vers la guerre : « iSelon nos informations, le président de la République doit faire des annonces dans les prochaines semaines sur la création d'un service militaire volontaire./i »/p
pLes uns après les autres, les journaux font part de leurs informations exclusives en provenance de l'Élysée et très vite le calendrier se précise : ce ne sera pas « idans les prochaines semaines/i », comme initialement annoncé par le JT de France 2, mais dès ce jeudi 27. Lundi 24 novembre, depuis un déplacement en Angola, Emmanuel Macron accorde un entretien à RTL et M6, diffusé le lendemain sur les deux antennes, dans lequel le président de la République apporte son soutien à son chef d'état-major – « iSon propos a été déformé/i » – et confirme « ila transformation du Service national universel vers une nouvelle forme/i »./p
pDébats de plateaux, tribunes, entretiens, éditos, comparaisons internationales, sondages, le « retour du service militaire » ouvre illico une nouvelle page de cette séquence militaro-médiatique. L'idée est chaudement accueillie par une très large partie de la presse./p
pJeudi 27 novembre, depuis Varces (Isère), Emmanuel Macron annonce donc le retour du service « volontaire » et « purement militaire » de 10 mois que la presse avait iteasé/i depuis une semaine. Sur LCI, Renaud Pila ne sait plus comment contenir son enthousiasme :/p
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pstrong- Éric Brunet :/strong Nous avons Renaud Pila qui lève le doigt comme un enfant sage, il veut prendre la parole. Dès qu'il y a la chose militaire, je le vois extrêmement mobilisé./p
pstrong- Renaud Pila :/strong Moi, je suis discipliné hein ! J'ai fait mes classes !/p
pstrong- Éric Brunet :/strong Très bien. On vous écoute./p
pstrong- Renaud Pila :/strong […] Il va y avoir dans les jours qui viennent énormément de débats sur : « Oui mais ça ne sert à rien de faire un service national si on ne fait pas nation, s'il n'y a pas un but collectif du pays et si l'armement moral n'est pas sur l'économique et le social, mais vous comprenez… » Mais enfin ! Ça, c'est des questions, franchement… Ça, c'est des questions pour prendre le thé le dimanche à 17h ! Mais avant de prendre le thé le dimanche à 17h et de se poser dix milliards de questions philosophiques […], on met son treillis, on s'engage si on est volontaire, on s'engage ! Le cœur de cible, 18 ans, 19 ans, on s'engage pour dix mois. […] Lorsqu'on était dans les années 70, 80, 90, on ne se posait pas toutes ces questions ! On avait le service militaire obligatoire et […] on ne se disait pas « Mais oui, mais non, mais est-ce que je vais faire mon service parce que, la France, où sont les fondamentaux ? » Mais non ! À un moment donné, il y a une menace. […] [Macron], c'est le chef des armées. Lorsque le chef de l'État quel qu'il soit dit « Il y a une menace » – on la voit tous les jours, sur LCI on informe tous les jours, depuis des années il y a eu 800 morts français sur les théâtres africains ou en Afghanistan, il y a tous les jours des soldats qui risquent leur vie –, eh bien aujourd'hui, il y a une menace, il y a une menace claire, il faut demander aux Baltes, il faut demander aux Polonais, eh bien, on s'engage ! Et les débats philosophico-philosophiques, on pourra les faire le dimanche à 17h ! Là il y a quelque chose qui est clair et il y a un besoin du pays !/p
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pCaricatural chez Renaud Pila, l'enthousiasme éditorial pour cette idée macroniste va être très largement partagé, sous diverses modalités, par la quasi-totalité du paysage audiovisuel. « iC'est une très bonne chose/i, réagit dans la foulée le général Dutartre sur BFM-TV, imoi je pense que ça va faire l'unanimité !/i ». « iQuand vous êtes volontaire pour dix mois/i, ajoute le chef du service international, Patrick Sauce, ià moins d'une très mauvaise expérience, en fait vous êtes, je dirais non pas fana-mili [sic], mais un ami de la famille militaire pour la vie !/i »/p
pMême euphorie sur CNews, dans l'émission de Laurence Ferrari : « iMoi, je trouve que c'est une initiative formidable que de remettre quelques jeunes sous les drapeaux ! On est d'accord ?/i » « iAbsolument, on peut terminer le débat/i », acquiesce son invité, le général Bruno Clermont. Éric Naulleau y est aussi « ifavorable dans l'ensemble/i », mais regrette que le service ne soit que volontaire : « iSi c'est sur la base du volontariat, ce n'est pas ceux qui ont le plus besoin d'être remis d'équerre qui iront/i ». « iCe n'est qu'une première étape/i, le rassure le lieutenant-colonel Vincent Arbarétier sur France Info, iles Allemands ne sont pas dupes : leur service militaire volontaire va se transformer tôt où tard en service militaire obligatoire/i ». Sur LCI, Ruth Elkrief exulte : « iIl y a une dimension de réarmement moral, et elle est bienvenue parce qu'il y a une demande en fait ! […] Il y a une sorte de vide et un besoin existentiel de but dans la vie, d'objectif, de beauté en quelque sorte, d'idéal ! Et là on en offre un, qui est cadré, qui est clair, et qui est pour la France avec ses valeurs. Quoi de mieux ?/i »/p
pLe soir de l'annonce, le journal de Léa Salamé se charge du service après-vente. La présentatrice reçoit la ministre des Armées, Catherine Vautrin, et consacre une grande partie de son interview… à expliquer aux jeunes concernés comment candidater à ce nouveau service militaire volontaire : « iSi y'a des gens qui nous regardent là, s'il y a des jeunes de 17-18 ou 19 ans qui nous regardent… ils veulent s'inscrire, qu'est-ce qu'ils doivent faire concrètement ?/i ». « iEt on sera rémunéré 800 euros ?/i », relance Salamé. « iRémunéré, nourri, logé, blanchi, et avec une carte de réduction SNCF de 75% !/i » répond la ministre. Léa Salamé s'inquiète : « iSi dans les prochains jours vous recevez des milliers de candidatures – imaginons – comment vous allez les sélectionner ?/i » Les questions de Salamé sur la réalité de la « imenace russe/i » arriveront bien après cette séquence « numéro vert », mais là encore, elles ne seront pas bien déstabilisantes pour la ministre : « iIl avait raison [le général Mandon] de le dire ? C'est ça dire la vérité aux Français ?/i » ; « iLa menace elle est sérieuse ? Elle est là, elle est sérieuse ?/i » ; Certaines de ses relances ne sont même pas des questions : « iIl faut se préparer à sacrifier nos enfants dans les prochaines années… On ne pourra pas échapper à une confrontation avec la Russie d'ici 3 ou 4 ans…/i »/p
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p/brL'unanimisme éditorial que nous documentons sur de nombreux sujets s'est donc donné à voir dans un nouvel épisode fort impressionnant. Et on le sait : face à la propagande de guerre, les médias a href="https://www.acrimed.org/Propagande-de-guerre-les-medias-au-garde-a-vous"se mettent au garde-à-vous/a./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
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div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanIsabelle Lasserre rebondit ici sur la prise de parole antérieure de Jean-Dominique Merchet : « Moi j'admire le général George Patton qui disait à ses soldats : "L'objet de la guerre ce n'est pas de mourir pour son pays, c'est de faire que le bâtard d'en face meurt pour le sien". »/p
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mar, 2025-11-25 16:29
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH83/morandini2-e455a.png?1764080976' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='83' alt="" /
div class='rss_chapo'pCNews, 18 novembre 2025./p/div
div class='rss_texte'p« iJ'ai quitté le plateau de Morandini sur CNews ce matin. Un sondage sur l'Islam de France, commandé par Le Figaro à l'Ifop, basé sur un échantillon de 1 000 sondés, ne peut résumer la position des jeunes musulmans de France/i », a href="https://x.com/rkaaout/status/1990763429796417942" class="spip_out" rel="external"tweete/a, ce 18 novembre, la conseillère municipale d'Ivry-sur-Seine (et macroniste) Rachida Kaaout. Au programme du plateau ce jour-là : un sondage de l'Ifop sur les « musulmans de France » – celui-là même qui sera démonté a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/201125/musulmans-de-france-les-failles-d-un-sondage-choc" class="spip_out" rel="external"par Mediapart deux jours plus tard/a. Ce n'était, ô surprise, pas l'angle d'attaque du jour. Au contraire même, puisque la prise de distance avec ce sondage, tentée par Rachida Kaaout, va lui valoir les foudres de Jean-Marc Morandini, animateur a href="https://lesjours.fr/tags/jean-marc-morandini/" class="spip_out" rel="external"au sinistre pedigree/a./p
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h3 class='article_intertitres'Acte 1 : « iC'est comme ça que ça se fait un sondage, vous dites n'importe quoi !/i »/h3
p/brAu départ, il y a cette question : « iRachida Kaaout, votre regard sur ces trois chiffres ? Je voudrais juste qu'on se concentre sur ces trois chiffres, parce que pour moi ils sont très significatifs sur les jeunes de moins de 25 ans./i »/p
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div class='spip_document_16287 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/morandini1.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH278/morandini1-b1759.png?1764080390' width='500' height='278' alt='' //a
/figure
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p/brMais, problème, la conseillère municipale n'apporte pas la réponse attendue : « iMoi, ce qui me pose problème, c'est la radicalisation. Après, maintenant, si je dois commenter votre sondage, je vais vous dire, sur un échantillon de 1 000 personnes, c'est ça ? Pour moi, il n'est pas représentatif de la réalité…/i » C'en est (déjà) trop pour Morandini, qui va recouvrir la voix de son invitée par des invectives et une même question, serinée à l'infini : « iUn sondage politique, ça se fait sur combien de personnes ?/i »/p
pPrécisons-le d'emblée : les échanges qui suivent se basent sur une intox : si l'échantillon du sondage ien général/i est bien de 1 005 « personnes musulmanes », celui sur les moins de 25 ans est en fait de 291 personnesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="« Sur les 1 005 personnes musulmanes interrogées par l'Ifop, 291 ont été (…)" id="nh1"1/a]/span./p
pNi Morandini, ni personne d'autre sur le plateau, ne le précisera. L'animateur était semble-t-il trop occupé à rabrouer son invitée : « iQuand le thermomètre dit de mauvaises choses, on casse le thermomètre en fait./i » ; « iSoyons sérieux !/i » ; « iVous pouvez pas dire le sondage vaut rien parce qu'il vous plaît pas !/i » ; « iLà, c'est un sondage énorme, qui a été fait sur des centaines de personnes et on a retenu 1 000, qui étaient musulmanes en plus !/i » ; « iMais enfin, c'est les sondages, c'est comme ça que ça se fait un sondage, vous dites n'importe quoi !/i » ; « iArrêtez, vous répétez la même chose, vous êtes une machine à répéter la même chose !/i » ; « iAlors, je [ne] vous interroge plus. Je ne vous interroge plus. Je-ne-vous-interroge-plus !/i » ; « iRachida Kaaout, essayez de répondre à ma question, autrement vous arrêtez de parler./i » ; « iArrêtez, ça n'a aucun intérêt ce que vous dites…/i » ; « iArrêtez !/i » ; « iC'est pas parce que vous répétez 25 fois la même chose que c'est une vérité !/i » ; « iVous répétez 25 fois n'importe quoi !/i » ; « iStop !/i » ; « iÇa suffit !/i »/p
pEt de conclure ce premier acte avec un aveu… cristallin : « iÇa m'intéresse pas de parler avec vous./i »/p
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div class='spip_document_16288 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/morandini2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH278/morandini2-e5ebf.png?1764080390' width='500' height='278' alt='' //a
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/div/br
h3 class='article_intertitres'Acte 2 : « iVous faites du bruit avec votre bouche, c'est tout ce que vous faites./i »/h3
p/br15 minutes plus tard, c'est le feu d'artifice. Alors que Rachida Kaaout tente à nouveau de participer au débat, Morandini s'interpose : « iNon, non, non, non, non ! Je ne vous donne pas la parole sur ce sujet !/i »/p
pEt de recouvrir, une nouvelle fois, son invitée : « iRachida, vous n'avez pas la parole. Ce sondage ne vous intéresse pas, il ne vaut rien, je ne vous donne pas la parole sur ce sujet !/i » ; « iVous m'entendez ou pas ? Est-ce que vous m'entendez, Rachida ?/i » ; « iMoi, je vous le dis, je ne vous donne pas la parole ! Je ne vous donne pas la parole sur ce sujet !/i » ; « iMais vous [ne] constatez rien !/i » (4 fois) ; « iVous faites de l'intox./i » (3 fois) ; « iJe vous donne pas la parole./i » ; « iVous faites du vent./i » ; « iVous faites du bruit avec votre bouche, c'est tout ce que vous faites./i » (2 fois) ; « iCe que vous dites ne sert à rien./i » « iNon, parce que vous n'avez pas de solution, vous faites du vent./i » ; « iC'est du vent./i » ; « iVous n'avez pas la parole…/i » ; « iEst-ce que vous m'entendez ? Est-ce que vous m'entendez ou vous avez un problème d'audition ?/i » (2 fois) ; « iJe veux que vous répondiez aux questions ou alors que vous ne parliez pas !/i » ; « iAlors répondez aux questions !/i » ; « iNon ! Non, non, vous ne répondez jamais aux questions. Vous n'avez pas la parole, ça vous l'entendez ?/i » ; « iEst-ce que vous entendez que vous n'avez pas la parole ?/i » ; « iEst-ce que vous entendez que vous n'avez pas la parole ?/i »/p
pEt une troisième fois, fatale :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Jean-Marc Morandini :/strong Est-ce que vous entendez que vous n'avez pas la parole ?/p
pstrong- Rachida Kaaout :/strong Alors, je m'en vais./p
pstrong- Jean-Marc Morandini :/strong Eh ben au revoir !/p
pstrong- Rachida Kaaout :/strong Et bien, au revoir, très bien…/p
pstrong- Jean-Marc Morandini :/strong Au revoir, merci d'être venue./p
pstrong- Rachida Kaaout :/strong Je ferai [inaudible] mon commentaire, merci…/p
pstrong- Jean-Marc Morandini :/strong Vous ferez votre commentaire toute seule puisque vous parlez toute seule de toute façon./p
pstrong- Rachida Kaaout :/strong Vous ne voulez pas de solution !/p
pstrong- Jean-Marc Morandini :/strong Non, je veux avoir des gens qui répondent aux questions, et pas des gens qui font du bruit avec leur bouche juste histoire d'occuper le terrain. Merci, au revoir !/p
/blockquote/br
div class='spip_document_16289 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/morandini3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH278/morandini3-98fd5.png?1764080390' width='500' height='278' alt='' //a
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/div/br
centerstrong***/strong/center
p/brOn est certainement là face à un chef d'œuvre d'interrogatoire journalistique – un de plus a href="https://www.blast-info.fr/articles/2025/cher-jean-marc-morandini-boxing-day-26-SidThlujRTOS7eMwylREfA" class="spip_out" rel="external"dans le (long) palmarès de Jean-Marc Morandini/a. D'où cette question, lancinante : que fait-il encore sur un plateau de télévision ? Et, qui plus est, sur une chaîne qui bénéficie d'une fréquence publique ? Allô l'Arcom ?/p
p/brstrongMaxime Friot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /span« iSur les 1 005 personnes musulmanes interrogées par l'Ifop, 291 ont été identifiées comme faisant partie de la catégorie des "/i15-24 ansi". C'est sur ces jeunes personnes que se sont focalisés un grand nombre de médias, reprenant le cadrage de l'Ifop, qui propose un "/izoom sur les musulmans âgés de 15-25 ansi"/i » (a href="https://www.mediapart.fr/journal/france/201125/musulmans-de-france-les-failles-d-un-sondage-choc" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a, 20/11)./p
/div/div
ven, 2025-11-21 14:58
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH146/erner-e7fcf.png?1763730187' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='146' alt="" /
div class='rss_chapo'pMardi 18 novembre, Guillaume Erner reçoit dans la matinale de France Culture Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l'ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens occupés. L'occasion d'un très grand moment de journalisme face à cette voix qui fut si peu présente dans les grands médias français au cours des deux dernières années…/p/div
div class='rss_texte'p« iEt je reçois ce matin une voix propalestinienne majeure ! Francesca Albanese, bonjour…/i » Il est 7h42 sur France Culture et l'interview de Guillaume Erner s'ouvre sur une confusion majeure dans la présentation de son invitée. Francesca Albanese est la rapporteuse de l'ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens occupés. Le choix de la présenter comme « ipropalestinienne/i » et d'entretenir la confusion en la désignant d'emblée comme une partie prenante au conflit est tout sauf anodin, pour ne pas dire ouvertement malveillant : les accusations de « imilitantisme/i » qui cherchent à discréditer son mandat sont en général l'apanage de ses « idétracteurs/i » (iLe Monde/i, 15/09) – quand bien même l'étiquette en elle-même ne devrait rien avoir d'infâmant. « iTout d'abord bonjour la France et laissez-moi éclaircir : je ne suis pas du tout une voix propalestinienne, […] je suis pro-droits humains/i », corrige d'ailleurs Albanese, qui laisse échapper un premier soupir d'exaspération. Ce ne sera pas le dernier…/p
pD'autant que là n'était pas le seul biais dans la présentation d'Erner, qui avait décidément choisi, ce jour-là, de soigner son portrait :/p
blockquote class="spip"
pstrongGuillaume Erner :/strong Pour les uns, vous êtes une héroïne. Aymeric Caron, député de La France insoumise, a ainsi expliqué que vous étiez l'une des personnes les plus importantes de ce siècle […]. Et puis, de l'autre côté, des organisations juives se sont émues d'un certain nombre de vos propos. L'organisation Golem en France, une organisation juive de gauche, a jugé votre invitation problématique. strongNous allons donc proposer à nos auditeurs et à nos auditrices de se faire une opinion sur vous/strong, Francesca Albanese./p
/blockquote
pEt non pas de s'informer sur l'actualité de la Palestine occupéespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Quel(le) autre invité(e) est présenté(e) de la sorte dans « Les Matins » ? (…)" id="nh1"1/a]/span …/p
/br
h3 class='article_intertitres'« iDonc en fait, le plan Albanese, c'est quoi ?/i »/h3
p/brLa première question de Guillaume Erner porte sur « icette réaction de Donald Trump, qui se réjouit du vote par le conseil de sécurité de l'ONU d'une force internationale pour Gaza/i ». Francesca Albanese se dit « iinquiète/i » de cette résolution qui ne « i[prend] pas en considération […] le droit international/i ». Son manque d'enthousiasme déçoit le matinalier : « iMais d'un point de vue humanitaire, déjà, est-ce qu'on ne pourrait pas se réjouir du cessez-le-feu tel qu'il est adopté aujourd'hui ?/i » La rapporteuse des Nations Unies rappelle alors que « i300 personnes ont été tuées/i » depuis la signature dudit « cessez-le-feu », portant le total estimé de victimes à « i70 000 personnes tuées/i », dont « i20 000 enfants/i ». « iMais Donald Trump/i, qui est décidément un formidable pourvoyeur d'angles journalistiques pour Guillaume Erner, iconsidère qu'il faut mettre en place ce comité de la paix […]/i », relance l'intervieweur. « iLa fin des combats ne signifie pas la paix/i, lui retourne calmement son invitée : iQu'est-ce qui se passe pour les Palestiniens qui vivent sous occupation militaire israélienne ?/i » La réponse fuse et Erner s'agace déjà :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Guillaume Erner :/strong Donc en fait, le plan Albanese, c'est quoi ? C'est le fait qu'il n'y ait plus de soldats israéliens où exactement ? Puisque, comme vous le savez Francesca Albanese, chaque partie de la géographie de la région est politique [sic], donc vous demandez que les soldats israéliens se retirent d'où ? De Gaza, de la Cisjordanie ? De quelle portion du territoire ?/p
pstrong- Francesca Albanese :/strong … Ah je… je ne dirais pas « le plan Albanese », ça c'est ce que la Cour de justice internationale a décidé, a ordonné le 19 juillet 2024 : de se retirer du territoire palestinien occupé en totalité ! Oui : retirer les soldats, démanteler les colonies et arrêter de les épanouir [sic], et arrêter d'exploiter les ressources naturelles des territoires palestiniens occupés. La cour, je le rappelle, a aussi dit que la présence d'Israël dans ce qu'il reste de la Palestine historique vise à garder un régime qui viole les dispositions sur la prohibition de la discrimination raciale et de l'apartheid./p
/blockquote
pC'est la première occurrence du terme « apartheid » dans l'émission. Erner ne laissera pas passer la seconde… Reste qu'une nouvelle fois, le matinalier est pris en a href="https://www.acrimed.org/Gaza-Guillaume-Erner-face-a-deux-visions-de-la"flagrant délit de confusion, pour ne pas dire de confusionnisme/a : le droit international n'est pas une opinion. Quel échec du « journalisme » que de devoir encore le rappeler./p
/br
h3 class='article_intertitres'« iVous condamnez le Hamas ?/i »/h3
p/brL'entretien se poursuit et Guillaume Erner change de fournisseur. De Trump, on passe ainsi au gouvernement israélien : « iEst-ce que vous regrettez, Francesca Albanese, que le Hamas n'ait pas libéré les otages israéliens plus tôt, ce qui d'après le gouvernement israélien, aurait permis d'avoir un cessez-le-feu rapide ?/i » L'on reconnaît ici un biais caractéristique des intervieweurs du soir ou du matin, qui confondent, par paresse ou par commodité, le procédé du « contradictoire » avec le fait de répéter sans les vérifier les arguments des « idétracteurs/i » de son invité./p
pPeu importe la véracité ou non du propos ; peu importe le statut des uns et des autres, les intérêts qu'ils ont (ou non) en jeu et leur place dans les rapports de force : tout se vaut, tout est mis sur le même plan. À Manuel Bompard, l'on présentera les arguments du RN ; face à Gabriel Zucman, l'on se fera le relais des déclarations du Medef ou de Michel-Édouard Leclerc ; face à Francesca Albanese, l'on présente donc les arguments du gouvernement israélien. Mais l'intervieweur se mange encore un mur : « iJe regrette que le gouvernement israélien n'ait rien fait pour libérer les otages/i, répond à revers Albanese, iles otages n'auraient jamais dû être pris en otage…/i » Erner l'interrompt alors : « iDonc vous condamnez la prise d'otages ?/i » « iBien sûr !/i s'esclaffe Albanese, un rien étonnée de la question : « iJe condamne fermement tout crime contre les civils/i », se voit-elle obligée de rappeler. On avait compris qu'Erner n'en était pas certain, mais le journaliste tient à signifier plus « explicitement » pourquoi :/p
blockquote class="spip"
pstrongGuillaume Erner :/strong Si je vous pose cette question, c'est parce que vous avez fait un tweet après le 7 octobre qui a été largement commenté […], expliquant en substance que ce qui s'était passé le 7 octobre n'avait pas de caractère antisémite et était le produit des événements passés […]./p
/blockquote
pErner fait « comme si », mais le lien entre sa question initiale et sa relance n'a pourtant rien d'évident : on comprend mal, en effet, en quoi les réflexions d'Albanese pointées ici mettraient ia priori/i en doute le fait que cette dernière puisse condamner le crime de guerre que constitue la prise en otage de civils… Francesca Albanese est en tout cas sommée de se justifier pour ce tweet. Elle dit alors s'être « iappuyée sur une partie très importante du monde académique israélien, à savoir les professeurs Amos Goldberg et Alon Confino, qui critiquaient la prise de position de certains en Europe qui continuaient d'insister sur la matrice antisémite des attaques du 7 octobre/i », avant d'entamer une longue démonstration à propos de ces positions./p
pOr, sur la « chaîne du savoir », si on aime bien le savoir, on aime aussi le prêt-à-penser. On ne renie d'ailleurs aucun de ses automatismes, en particulier lorsque l'invité(e) a le mauvais goût de ne pas aller assez droit au but (préalablement requis) : « iFrancesca Albanese, pour être sûr de ce que vous voulez dire […] : vous condamnez le Hamas ?/i » La rapporteuse de l'ONU semble une nouvelle fois atterrée par la question de son hôte : « iMais… Écoutez, moi j'ai travaillé à Gaza […]. Le Hamas a régné sur Gaza, sur les Palestiniens, avec une poignée de fer on dirait en italien. Il n'y a rien à soutenir dans un mouvement religieux, forcément ça s'impose sur les droits humains […]./i » Pas convaincu, Guillaume Erner reprend :/p
blockquote class="spip"
pstrongGuillaume Erner :/strong La gauche à laquelle vous appartenez, Francesca Albanese, ne dénie pas, par exemple, le racisme anti-noir […]. Or, un certain nombre d'actes qui semblent évidemment relever de l'antisémitisme ne sont pas qualifiés comme tels par une partie de la gauche… Et vous avez pu donner l'impression, parfois, Francesca Albanese, que vous minimisiez l'antisémitisme./p
/blockquote
pCette fois, ce n'était pas une question. De quels actes – si « iévidemment/i » antisémites qu'ils « isemblent/i » l'être – parle-t-on ? On ne saura pas. De quelle « ipartie de la gauche/i » parle-t-on ? On ne saura pas non plus. À quelle occasion la rapporteuse de l'ONU a-t-elle « donné l'impression » de « minimiser l'antisémitisme » ? Erner ne le précise pas. Quels sont les acteurs à avoir fait part de cette « impression » ? La matinalier se dispense là encore de tout exemple. Bref : une question tout en « on-dit » et en procès d'intention. Ce journalisme de sous-entendus en fait d'ailleurs presque perdre ses mots à l'invitée : « iJe… C'est pas du tout vrai… Non !/i », répond Albanese, de plus en plus consternée./p
/br
h3 class='article_intertitres'De la propagande israélienne…/h3
p/brLe journal de 8h est passé, et nous sommes de retour avec l'invitée des « Matins ». Guillaume Erner évoque le livre de Francesca Albanese, iQuand le monde dort/ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Mémoire d'Encrier, 2025." id="nh2"2/a]/span, et l'histoire épouvantable de Hind qui y est racontée : une petite fille palestinienne de 5 ans, dont les derniers instants ont été gravés dans un enregistrement de la Croix-Rouge, qu'elle avait appelé à l'aide. Comme le rappelle Francesca Albanese, son corps sera retrouvé avec ceux de sa famille et des soignants de l'ONG venus les secourir, dans une voiture criblée de 350 balles par l'armée israélienne./p
pUn crime effroyable, qui inspire une question au matinalier : « iQuand on lit cette histoire et d'autres histoires que vous racontez, Francesca Albanese, on se demande pourquoi l'ONU n'a pas autorisé, n'a pas construit un corridor humanitaire ? L'une des particularités de la guerre à Gaza, c'est une guerre urbaine, avec des civils, des femmes, des enfants, et ça rappelle par exemple la Tchétchénie ou la Yougoslavie, il y avait des corridors humanitaires qui ont été faits là-bas… Pourquoi n'a-t-on pas fait de corridor humanitaire ?/i » La voix encore alourdie par l'émotion, la rapporteuse administre une leçon de journalisme à l'intervieweur : « iJ'ai une autre question, Guillaume : pourquoi les Nations Unies ne sont pas arrivées à bloquer ce que vous appelez une guerre ? Parce que la guerre, on la fait entre les États, on la fait entre la Russie et l'Ukraine, et d'autres pays. Contre une population qui est sous occupation, on ne fait pas une guerre. […]/i »/p
pÀ nouveau, Erner se réfugie dans l'automatisme journalistique qui consiste à confondre « contradictoire » et porte-parolat du gouvernement israélien : « iJe vais vous répondre la même chose que tout à l'heure, je vais vous dire que le Hamas aurait pu, aurait dû relâcher les otages immédiatement et qu'Israël aurait cessé la guerre – si l'on en croit évidemment les déclarations de Netanyahou./i » Et visiblement, Guillaume Erner croit les déclarations de Netanyahou. D'ailleurs, lorsqu'il a posé la question sur les « icorridors humanitaires/i », l'intervieweur avait en réalité une arrière-pensée… et une réponse attendue. Celle-ci n'étant pas venue de la bouche de son invitée, il la formule à sa place :/p
blockquote class="spip"
pstrongGuillaume Erner :/strong Ce qu'on pourrait dire aussi, Francesca Albanese, c'est que la population palestinienne était aussi otage du Hamas, qui l'utilisait comme bouclier humain, et que le fait de ne pas organiser de corridors humanitaires, de refuser qu'il y ait des corridors humanitaires, c'était aussi une manière pour le Hamas de conserver ces civils […], d'utiliser certains hôpitaux, d'utiliser un certain nombre de lieux pour également construire des lieux de combat./p
/blockquote
pCe n'était toujours pas une question… mais une manière pour le moins cavalière de recycler un (nouvel) élément de la propagande militaire israélienne, lequel vise à justifier les meurtres de civils ou les bombardements d'hôpitaux./p
/br
h3 class='article_intertitres'… à la relativisation de l'apartheid/h3
p/brAlbanese y répond quand même, avant de conclure : « iPour réduire la violence, il faut arrêter les moyens que sont l'occupation et l'apartheid israélien./i » Cette fois, Erner ne laisse pas passer :/p
blockquote class="spip"
pstrongGuillaume Erner :/strong Je suis obligé de faire un petit détour à propos de ce mot, « apartheid ». Parce que si on prend le régime d'apartheid sud-africain, il y avait une absence de citoyenneté, une interdiction de vote, des services publics séparés… trois caractéristiques qui n'existent pas du tout en Israël… Les arabes israéliens siègent à la Knesset, il y a les mêmes services publics, les mariages mixtes existent… Peut-on parler d'apartheid dans ce cas-là ?/p
/blockquote
pLes éléments de langage sont encore tragiquement classiques et l'on ne peut que déplorer, à nouveau, que France Culture tolère une telle dévaluation du droit international sur son antenne. Loin d'être réductible au cas sud-africain – et encore moins à la définition que s'invente Erner sur la base de sa propre sélection de « trois caractéristiques » –, l'apartheid est un concept encadré en droit internationalspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Comme le rappelle Amnesty international, « trois grands traités (…)" id="nh3"3/a]/span. Droit international sur lequel s'est notamment appuyée l'ONG Amnesty International pour a href="https://www.amnesty.org/fr/documents/mde15/5141/2022/fr/" class="spip_out" rel="external"conclure à un apartheid, en 2022, au terme de quatre ans d'enquête/a, et démontrer ainsi qu'« iIsraël impose un système d'oppression et de domination aux Palestiniens et Palestiniennes dans toutes les situations où il contrôle la jouissance de leurs droits, c'est-à-dire dans tout Israël, dans les TPO [territoires palestiniens occupés, NDLR], et pour ce qui concerne les réfugié·e·s palestiniens./i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="À l'instar, avant elle, de nombreuses organisations palestiniennes de (…)" id="nh4"4/a]/span/p
pRefusant d'outrepasser son mandat en s'exprimant sur autre chose que les territoires occupés depuis 1967, Francesca Albanese parle à leur propos d'« iune forme de dictature militaire/i » : « iLes Palestiniens de Cisjordanie vivent sous des ordres militaires écrits par des soldats, mis en œuvre par des soldats, revus dans des cours martiales par-des-sol-dats ! […] Avoir deux systèmes légaux, la loi civile pour les colons qui ne devraient pas être là, et la loi militaire pour les Palestiniens, c'est le "backbone" [la colonne vertébrale, NDLR] de l'apartheid. Oui./i »/p
pLa réponse assomme Guillaume Erner, qui juge ce discours « iradical/i ». Loin de proposer à son invitée d'apporter des informations supplémentaires sur ce système à deux vitesses invisibilisé partout ailleurs dans les grands médias, il verse de nouveau dans la disqualification :/p
blockquote class="spip"
pstrongGuillaume Erner :/strong Quand vous avez des expressions très radicales, je ne vais pas faire la liste des expressions radicales que vous avez eues, Francesca Albanese, est-ce que vous ne vous coupez pas de cette gauche israélienne qui, du coup, vous considère comme étant une ennemie, non pas de Netanyahou et de sa politique, mais une ennemie de l'existence même d'Israël ?/p
/blockquote
p« iJe ne vois pas pourquoi on doit se focaliser sur ce que la gauche israélienne pense dès qu'on a l'opportunité de parler de la situation des Palestiniens/i [elle souligne le terme, NDLR] isous l'occupation israélienne, qui est en fait la cause de toute violence/i », cingle la rapporteuse. On ne saurait mieux dire d'un tel cadrage…/p
pAlbanese note ensuite qu'il y a « iune campagne de destruction de [s]a réputation qui est incroyable !/i » « iC'est pour ça que je vous invite d'ailleurs/i », répond Erner – comme s'il n'y prêtait pas lui-même le flanc depuis une demi-heure… Manifestement pas pour parler de l'actualité en Palestine, en tout cas, qui, après quelques minutes expédiées au début, n'est plus du tout le sujet de l'entretien. Aiguillé sur le sujet, le présentateur égraine alors les accusations portées contre Albanese : « iAccusation d'antisémitisme, accusation de compassion à double standard si j'ose dire/i ». Ce double standard qu'Erner Guillaume ne veut pas voir a href="https://www.acrimed.org/Guillaume-Erner-et-la-critique-des-medias"s'agissant du traitement médiatique du génocide/a./p
/br
h3 class='article_intertitres'« iJ'imagine et j'espère que vous êtes sioniste vous aussi/i »/h3
p/brS'ensuit un court chapitre sur la peur des juifs en France, avant une page plus « politicienne », au cours de laquelle Guillaume Erner s'attache, encore une fois, à faire passer son invitée pour une militante de gauche : « iVous êtes devenue une figure extrêmement importante de la gauche mondiale et certains aimeraient que vous jouiez un rôle politique, Francesca Albanese […]. Est-ce que vous avez envie de vous engager en politique ?/i » « iNon, je suis engagée pour la défense du droit/i », répond en substance la rapporteuse de l'ONU. Nonobstant, Erner poursuit son fil et relance même les hostilités en sous-entendant que son interlocutrice incarnerait une rupture dans « il'alliance entre les juifs italiens et la gauche/i » :/p
blockquote class="spip"
pstrongGuillaume Erner :/strong Est-ce que vous n'avez pas peur que votre attitude, qu'un discours radical, pas sur le droit des Palestiniens […] mais sur la délégitimation d'Israël eh bien aient écarté… il n'y a plus de juifs engagés en politique en Italie autour de vous./p
/blockquote
pD'où Guillaume Erner tire-t-il une telle affirmation ? Francesca Albanese ne cache plus du tout sa consternation – « iMais c'est pas vrai… c'est pas vrai !/i » – et développe son propos en invitant son interlocuteur à « idistinguer le sionisme de ce qu'est le judaïsme/i ». Pour compléter son bingo, Guillaume Erner cède à la provocation :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Guillaume Erner :/strong J'imagine et j'espère que vous êtes sioniste vous aussi, Francesca Albanese. Le sionisme, c'est l'autodétermination du peuple juif. Vous êtes sioniste comme vous êtes kurdiste, j'imagine que vous êtes pour l'autodétermination des Kurdes…/p
pstrong- Francesca Albanese :/strong Non, non, je ne trouve pas que… alors je ne suis d'aucune idéologie, et là c'est vous qui dites : « Vous êtes de gauche, vous êtes de gauche ». Est-ce que vous m'avez jamais entendue dire que « je suis de gauche » ? Non…/p
pstrong- Guillaume Erner :/strong Oh alors là… Vous citez Edward Saïd, vous citez toutes les références…/p
pstrong- Francesca Albanese :/strong … et Antonio Gramsci, et Primo Levi… mais parce que c'est très intéressant !/p
pstrong- Guillaume Erner :/strong Mais c'est pas un crime d'être de gauche hein, Francesca Albanese !/p
pstrong- Francesca Albanese :/strong C'est une question à se poser : pourquoi les plus grands intellectuels qui constituent des inspirations à travers l'histoire sont de gauche ?/p
/blockquote
pAu terme des cinq dernières minutes consacrées à de a href="https://www.courrierinternational.com/article/verbatim-en-italie-les-declarations-de-la-ministre-roccella-sur-auschwitz-et-le-fascisme-font-polemique_236162" class="spip_out" rel="external"récentes déclarations de la ministre Eugenia Roccella/a, ministre italienne de l'Égalité des chances et de la Famille, Erner conclut : « iMerci beaucoup Francesca Albanese, d'avoir été avec nous ce matin [pour votre livre]/i Quand le monde dort. » Le sous-titre de ce livre ? « Récits, voix et blessures de la Palestine ». Guillaume Erner aurait voulu faire taire les trois qu'il ne s'y serait guère pris autrement./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brAlors que la rapporteuse de l'ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens occupés n'est pas une invitée que l'on entend tous les jours, ni sur France Culturespan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Le site de France Culture indique que c'était son tout premier passage en (…)" id="nh5"5/a]/span, ni ailleurs, l'émission n'aura que peu porté sur… l'actualité de la Palestine occupée. Dès ses premiers mots, Guillaume Erner s'est attaché à faire passer son invitée, une juriste exerçant un mandat des Nations Unies, pour une militante « ipropalestinienne/i ». « iL'interview de Francesca Albanese sur France Culture ce matin montre à quel point certains médias peinent à comprendre que défendre le droit international n'est pas un "parti pris"/i », a href="https://bsky.app/profile/jsoufi.bsky.social/post/3m5vn2octas2u" class="spip_out" rel="external"a réagi Johann Soufi/a, que nous avons a href="https://www.acrimed.org/Palestine-Des-victimes-sans-visages-des-crimes"récemment interviewé à ce propos/a. Le « parti pris », ce matin-là, était en effet plutôt à trouver dans le choix des mots, dans les cadrages et les invectives passives agressives de Guillaume Erner. Mais il faut aussi le dire – et même s'en réjouir : pour une fois, et malgré la détermination du présentateur à saboter son entretien et à délégitimer son invitée, cette dernière aura spectaculairement déjoué de nombreuses questions piégées./p
p/brstrongJérémie Younes/strong, avec strongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanQuel(le) autre invité(e) est présenté(e) de la sorte dans « Les Matins » ? Un portrait que l'on peut par exemple comparer à celui de Josep Borrell, a href="https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins/l-invite-e-des-matins-emission-du-vendredi-14-novembre-2025-1346968" class="spip_out" rel="external"interviewé quatre jours plus tôt/a./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanMémoire d'Encrier, 2025./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanComme le rappelle a href="https://www.amnesty.org/fr/documents/mde15/5141/2022/fr/" class="spip_out" rel="external"Amnesty international/a, « itrois grands traités internationaux […] interdisent et/ou érigent explicitement en infraction l'apartheid : la Convention internationale sur l'élimination de toutes les formes de discrimination raciale, la Convention internationale sur l'élimination et la répression du crime d'apartheid (Convention sur l'apartheid) et le Statut de Rome de la Cour pénale internationale (Statut de Rome)./i »/p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanÀ l'instar, avant elle, de nombreuses organisations palestiniennes de défense des droits humains, mais aussi de l'ONG israélienne B'Tselem, qui parvenait aux mêmes conclusions dans un rapport paru en janvier 2021 : a href="https://www.btselem.org/publications/fulltext/202101_this_is_apartheid" class="spip_out" rel="external"« A regime of Jewish supremacy from the Jordan River to the Mediterranean Sea : This is apartheid »/a./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanLe site de France Culture indique que c'était son tout premier passage en plateau./p
/div/div
mar, 2025-11-18 12:37
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH150/katapult-c70bf.png?1763462247' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt="" /
div class='rss_chapo'pLes effets de la concentration des médias, en Allemagne comme ailleurs, ce sont des licenciements en séries, la réduction de l'indépendance et du pluralisme, le conformisme éditorial. Des résolutions de l'après-guerre, il ne reste plus grand-chose./p/div
div class='rss_texte'/br
h3 class='article_intertitres'Licenciements/h3
p/brEn 2009, suite à une concentration interne, 300 postes de rédacteurs sont supprimés au sein des journaux du groupe Funke, début d'une a href="https://publik-verdi-de.translate.goog/ausgabe-2019-02/funke-mediengruppe-baut-ab/?_x_tr_sl=de_x_tr_tl=fr_x_tr_hl=fr_x_tr_pto=sc" class="spip_out" rel="external"longue série/a. En 2012, le iFrankfurter Rundschau/i et le iFinancial Times Deutschland/i, déficitaire depuis sa création, sont en liquidation, avec a href="https://www-spiegel-de.translate.goog/kultur/gesellschaft/gruner-jahr-verkuendet-aus-fuer-financial-times-deutschland-a-868371.html?_x_tr_sl=de_x_tr_tl=fr_x_tr_hl=fr_x_tr_pto=sc" class="spip_out" rel="external"nombre de licenciements à la clé/a. En 2014, la plus longue grève du secteur des médias, 117 jours, du service client de Madsack s'est soldée par le a href="https://www.verdi.de/presse/pressemitteilungen/++co++dd0d8d28-01cd-11e4-9f77-52540059119e" class="spip_out" rel="external"licenciement des 90 salariés concernés/aspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Pour rappel, le Parti socialiste (SPD) est l'actionnaire principal de Madsack." id="nh1"1/a]/span. En 2020, le a href="https://www.ccfi.asso.fr/bauer-ferme-des-magazines-et-licencie-140-personnes/" class="spip_out" rel="external"groupe Bauer licencie 140 salariés/a, le iSüddeutsche Zeitung/i, 50 journalistes. En 2023, à la crise s'ajoutent les effets du Covid, iBild Zeitung/i décide de licencier 200 journalistes a href="https://www.courrierinternational.com/article/allemagne-des-journalistes-du-tabloid-bild-bientot-remplaces-par-de-l-intelligence-artificielle" class="spip_out" rel="external"remplacés, dit-elle, par l'intelligence artificielle/a. La même année, Bertelsmann annonce la suppression de a href="https://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/bertelsmann-va-supprimer-plus-dun-tiers-des-equipes-de-son-pole-edition-1904325" class="spip_out" rel="external"700 emplois dans la presse/a. Toujours la même année, a href="https://www.lefigaro.fr/medias/le-groupe-allemand-de-medias-prosiebensat-1-supprime-400-emplois-d-ici-fin-2023-20230718" class="spip_out" rel="external"P7S1 supprime 400 emplois/a. Liste non exhaustive./p
/br
h3 class='article_intertitres'Indépendance et pluralisme/h3
p/brOn imagine facilement que, dans un tel contexte, les journalistes ne font pas preuve d'une indépendance excessive et veillent plutôt à conserver leur emploi. Et ce d'autant plus que, malgré des syndicats puissants, ils sont écartés de la cogestion « à l'allemande » et n'ont pas leur mot à dire pour s'opposer aux vagues de licenciement. Ni d'ailleurs en matière éditoriale qui est l'apanage des directionsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Les journalistes ont toutefois un rôle décisif au sein du premier magazine, (…)" id="nh2"2/a]/span./p
pEn plus des licenciements, les concentrations produisent du conformisme pour ainsi dire structurel. Le processus d'homogénéisation des contenus, appelé par euphémisme « synergies » ou « mutualisation », et qui consiste à produire des articles à partir d'une rédaction centrale et à les diffuser à l'ensemble des journaux possédés par le groupe, peut prendre des dimensions alarmantes. Le dernier rapport de la KEKspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Kommission zur Ermittlung der Konzentration im Medienbereich - Commission de (…)" id="nh3"3/a]/span évoque ainsi « iun exemple marquant de diffusion de contenu [ :] le RedaktionsNetzwerk Deutschland (RND) du groupe Madsack Media, qui fournit désormais du contenu national à plus de 90 marques de médias/i » (rapport KEK, 2025). En fait de pluralisme, il reste surtout les informations locales, diverses par définition./p
pEn rassemblant dans un petit nombre de mains de plus en plus de médias, les concentrations confortent l'intégration de leurs richissimes propriétaires aux cercles dirigeants de la société. Dès lors, même si les médias sont juridiquement et économiquement indépendants de l'État et des groupes industriels, rien n'empêche qu'une coopération s'établisse entre eux dès lors qu'ils partagent les mêmes intérêts et une commune idéologie. Une idéologie dans laquelle, en Allemagne comme ailleurs, se confondent la droite et la gauche de gouvernement dans un ensemble qui penche de plus en plus vers l'extrême droitespan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire à ce propos le reportage d'Olivier Cyran « En Allemagne, la mémoire (…)" id="nh4"4/a]/span./p
pDu côté de la connexion entre médias et milieu politique, on a vu que le SPD possédait un important groupe de presse sur lequel il pouvait faire pression, et que les partis politiques influençaient fortement les organes de décision de l'audiovisuel public. Les deux plus gros groupes de médias, Bertelsmann et Springer, sont à ce propos parfaitement exemplaires./p
pLe principal actionnaire du groupe Bertelsmann, la fondation éponyme, a fait une campagne très soutenue pour l'adoption par le Bundestag des lois Hartz (2003-2005) promues par le chancelier Schröder (SPD), lois qui démantelaient le droit du travail et condamnaient les chômeurs à la misère. « iL'œuvre "philanthropique" du groupe de médias et d'édition le plus influent d'Allemagne a été au cœur du processus d'élaboration de l'Agenda 2010span class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Ensemble de réformes, dont les lois Hartz" id="nh5"5/a]/span : financement d'expertises et de conférences, diffusion d'argumentaires auprès des journalistes, mise en réseau des "bonnes volontés ". "Sans le travail de préparation, d'accompagnement et d'après-vente déployé à tous les niveaux par la Fondation Bertelsmann, les propositions de la commission Hartz et leur traduction législative n'auraient jamais pu voir le jour", observe Helga Spindler, professeure en droit public à l'université de Duisburg./i » (Olivier Cyran, « a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2017/09/CYRAN/57833" class="spip_out" rel="external"L'enfer du miracle allemand/a », iLe Monde diplomatique/i, septembre 2017)./p
pPrécurseur, en quelque sorte, de la situation actuelle, le magnat de la presse Axel Springer, armé de son quotidien à sensation iBild Zeitung/i, s'est toujours situé bien à droite de l'échiquier politique. Cumulant successivement des a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1968/05/ABOSCH/28420" class="spip_out" rel="external"attaques féroces contre des étudiants en 1968/a, un sexisme décomplexé avec a href="https://www.slate.fr/lien/51247/bild-seins-nus" class="spip_out" rel="external"les femmes nues en première page/a, les a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2017/08/RIMBERT/57801" class="spip_out" rel="external"pratiques de délation de manifestants à la police/a, les atteintes à la déontologie journalistique : il est le journal le plus sanctionné par le Conseil allemand de la Presse, a href="https://de.statista.com/infografik/2588/publikationen-mit-den-meisten-ruegen-durch-den-deutschen-presserat/" class="spip_out" rel="external"avec 219 sanctions/a prononcées à son encontre depuis 1986. Le deuxième, iBZ/i (iBerliner Zeitung/i), est très loin derrière (21 sanctions) et appartient aussi à Springer ! Tout journaliste travaillant pour Springer doit signer un contrat de travail où il s'engage à défendre Israël et l'entente de l'Allemagne avec les États-Unisspan class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="« Nous défendons la liberté, l'État de droit, la démocratie et une Europe (…)" id="nh6"6/a]/span. Un journaliste a href="https://theintercept.com/2023/10/26/axel-springer-fires-employee-israel/" class="spip_out" rel="external"vient d'être licencié pour n'avoir pas respecté cette clause/a. Mais le soutien à Israël n'est pas seulement idéologique, car le groupe Springer participe directement depuis 2014 à la vente de biens immobiliers situés sur les territoires de Cisjordanie illégalement occupés par Israël, a href="https://www.courrierinternational.com/article/enquete-le-groupe-axel-springer-accuse-de-tirer-profit-des-colonies-israeliennes-illegales?" class="spip_out" rel="external"par le biais de sa société Yad2/a, qui est revenue au a href="https://www.lefigaro.fr/musique/accuse-de-soutien-a-israel-le-festival-sonar-de-barcelone-fait-face-au-boycott-de-70-artistes-20250527" class="spip_out" rel="external"fonds d'investissement KKR/a, au début 2025, avec la division des activités du groupe. Malgré son journalisme de caniveau, iBild/i était et reste fort courtisé par les responsables politiques, chancelière et chancelier compris ; c'est qu'il s'est vendu longtemps à plusieurs millions d'exemplaires et, malgré une baisse sensible de son tirage, demeure de loin le premier quotidien allemand./p
/br
h3 class='article_intertitres'Conformisme éditorial/h3
p/brPar contraste, mais pas seulement, les autres journaux et médias paraissaient beaucoup plus consistants, et ils furent longtemps estimés comme ce que l'on faisait de mieux en matière d'information, avec des magazines d'investigation comme le iSpiegel/i, ou de grande qualité d'information et de culture, comme iDie Zeit/i, iDie Frankfurter allgemeine Zeitung/i, ou plus à gauche, mais pas trop, iDie Süddeutsche Zeitung/i, quelles que soient leurs orientations politiques, quoique toujours libérales. Pareil pour l'information dans le service public de radio et de télévision. Un changement s'opère dans l'audiovisuel vers les années 1990, suite à l'arrivée des groupes privés et de leurs méthodes commerciales racoleuses, qui déteignent sur le service public, comme en témoigne le gouvernement fédéral dans son « Rapport annuel sur la télévision » de 1995 : « iTendance au sensationnalisme et au voyeurisme, avec présentation croissante d'images d'horreur, tendance au négativisme avec présentation très pauvre en contexte et en arrière plan de délinquance et d'accident, tendance à produire du scandale avec un penchant à interpréter l'actualité politique en termes de crises et de culpabilité, tendance à une représentation ritualisée de la politique avec un penchant à présenter sans distance les apparences de la mise en scène politique./i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Cité par Klaus Wenger dans « La radio, une contribution à la culture (…)" id="nh7"7/a]/span./p
pPlus récemment, comme l'expose Fabian Scheidler dans a href="https://www.monde-diplomatique.fr/2024/03/SCHEIDLER/66637" class="spip_out" rel="external"un article du iMonde diplomatique/i/a, les médias dominants ont fait preuve d'un alarmant suivisme des options politiques gouvernementales en matière de militarisme, d'atlantismespan class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Il cite notamment l'Atlantik Brücke (Pont atlantique), véritable rendez-vous (…)" id="nh8"8/a]/span, de traitement de la pandémie du Covid, de la guerre en Ukraine et du massacre de Gaza./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brNul doute, après ce tour d'horizon, qu'en termes de structures et réglementations favorisant le pluralisme et la démocratie dans les médias, le système allemand est nettement plus élaboré que le français./p
pLa décentralisation des instances de contrôle des médias audiovisuels, publics et privés, composées de représentants de la société civile, la gestion et la production de l'audiovisuel public par les Länder et là encore par des représentants de la société civile, le dispositif du « tiers indépendant », la place prépondérante donnée à l'audiovisuel public soutenu par une redevance importante et animé de fortes préoccupations démocratiques et pluralistes, une information détaillée, accessible et mise à jour sur les médias et les groupes de médias, une méthode mesurant le pouvoir global des groupes incluant leur audience numérique, autant d'éléments constitutifs d'un ensemble peut-être unique au monde, si on y ajoute l'indépendance des médias vis-à-vis de l'État et des groupes industriels, indépendance qui, même imparfaite, a une effectivité certaine./p
pRien de tel en France, qui a supprimé la redevance et sous-finance le service public, dont elle a vendu le meilleur morceau et qu'elle se prépare à unifier a href="https://www.acrimed.org/Greve-et-motion-de-rejet-contre-la-reforme-de-l"sous une holding contrôlée à 100 % par l'État/a. Aucun contrôle citoyen n'y est institutionnalisé, ni sur le plan local, ni sur le plan national. Quant à l'indépendance vis-à-vis de l'État et des industriels…/p
pCela dit, on ne peut que constater que le « modèle allemand » souffre de nombre de porosités et que l'État et les puissances d'argent y gardent un rôle déterminant, avec les conséquences désastreuses que nous avons évoquées./p
pSi l'on s'en tient aux dispositifs anti-concentrations, on observe une législation plus laxiste en France, qui n'empêche quasiment aucune concentration, tandis que la loi allemande peut fluctuer au gré des politiques de l'État fédéral qui, par exemple, a fortement favorisé les concentrations au cours des vingt dernières années. Même plus démocratiques qu'en France, les contrôles de ces concentrations n'ont pas dû être d'une rigueur extrême pour que l'on ait constaté en 2009 que plus de la moitié des régions et des villes allemandes étaient désormais sous monopole de presse, et la télévision privée largement dominée par deux acteurs, pour qu'une dizaine de groupes fort prospères se maintiennent à travers le temps en tête des médias dominants. Et que, finalement, on se retrouve dans tout le secteur privé (hors radio) avec une concentration du même ordre que celle du système français, même si, du fait de la dimension beaucoup plus importante de la configuration allemande, un certain pluralisme y subsiste jusqu'à présent./p
pAinsi, malgré l'originalité de son dispositif et son souci affirmé d'indépendance et de pluralisme, l'Allemagne n'échappe pas à la règle commune des concentrations des médias. C'est à croire que le capitalisme médiatique se moque des particularismes régionaux./p
p/brstrongJean Pérès/strong/p
hr class="spip" /
p/brstrongAnnexe : a href="https://katapult-magazin.de/de/karten/artikel/ich-weiss-wer-deine-nachrichten-macht/deutsche-pressekonzerne-und-ihre-groessten-marken-ausschnitt-knicker.png" class="spip_out" rel="external"Infographie réalisée par Katapult/a (2019)/strong/p
/br
div class='spip_document_16283 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/katapult.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH500/katapult-422ef.png?1763454263' width='500' height='500' alt='' //a
/figure
/div/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanPour rappel, le Parti socialiste (SPD) est l'actionnaire principal de Madsack./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLes journalistes ont toutefois un rôle décisif au sein du premier magazine, a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1970/01/02/l-application-de-la-cogestion-a-l-hebdomadaire-allemand-der-spiegel-marque-une-date-importante_2653797_1819218.html" class="spip_out" rel="external"iLe Spiegel/i, dont ils sont copropriétaires (50 % des parts)/a, et également au iTageszeitung/i (iTAZ/i), a href="https://basta.media/comment-un-quotidien-ecolo-et-alternatif-allemand-resiste-a-la-crise-de-la" class="spip_out" rel="external"seul quotidien de la gauche radicale et écologiste pendant 46 ans/a, désormais en ligne et hebdomadaire papier. Sous le statut de coopérative, le iTAZ/i est contrôlé par ses journalistes qui élisent leur directeur de rédaction. Il édite notamment la version allemande du iMonde diplomatique/i. À un degré moindre, mais significatif, a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1969/05/30/la-redaction-de-l-hebdomadaire-allemand-stern-acquiert-un-droit-de-veto-sur-l-orientation-du-magazine_2425676_1819218.html" class="spip_out" rel="external"iLe Stern/i/a et a href="https://www-sueddeutsche-de.translate.goog/kolumne/sueddeutsche-zeitung-chronik-77-jahre-1.5665041?_x_tr_sl=de_x_tr_tl=fr_x_tr_hl=fr_x_tr_pto=sc" class="spip_out" rel="external"le iSüddeutsche Zeintung/i/a, accordent une place importante aux journalistes./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanKommission zur Ermittlung der Konzentration im Medienbereich - Commission de contrôle de la concentration dans le domaine des médias./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanLire à ce propos le reportage d'Olivier Cyran a href="https://orientxxi.info/longforms/en-allemagne-la-memoire-s-estompe-et-l-afd-donne-le-tempo/" class="spip_out" rel="external"« En Allemagne, la mémoire s'estompe et l'Afd donne le tempo »/a (Orient XXI, 29/09/25) dont une partie traite de l'implication des médias./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanEnsemble de réformes, dont les lois Hartz/p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /span« iNous défendons la liberté, l'État de droit, la démocratie et une Europe unie. Nous soutenons le peuple juif et le droit à l'existence de l'État d'Israël. Nous soutenons l'alliance transatlantique entre les États-Unis d'Amérique et l'Europe. Nous nous engageons en faveur d'une économie de marché libre et sociale. Nous rejetons l'extrémisme politique et religieux ainsi que toutes les formes de racisme et de discrimination sexuelle./i »/p
/divdiv id="nb7"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanCité par Klaus Wenger dans « a href="https://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_1999_num_55_1_405735" class="spip_out" rel="external"La radio, une contribution à la culture politique/a », in iMatériaux pour l'histoire de notre temps/i, n°55-56, 1999, p. 82/p
/divdiv id="nb8"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanIl cite notamment l'Atlantik Brücke (Pont atlantique), véritable rendez-vous pro-américain de la classe dominante (banque, affaires, politique, université, etc.) auquel participent une quarantaine de cadres du journalisme, et dont le président fut de 2009 à 2019 l'actuel chancelier Friedrich Merz./p
/div/div
ven, 2025-11-14 11:21
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH147/allemagne_logo-ff2b9.png?1763112119' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='147' alt="" /
div class='rss_chapo'pDécentralisation, indépendance vis-à-vis des groupes industriels et de l'État : le paysage médiatique allemand permet, par comparaison, de montrer que la situation française n'est pas une fatalité. Mais est-ce pour autant un modèle à suivre ? On fait le point. Cette troisième partie se focalise sur le cas de l'audiovisuel./p/div
div class='rss_texte'pImpossible de parler des concentrations dans l'audiovisuel allemand sans évoquer le service public, qu'il s'agisse de la radio ou de la télévision, qui capte plus de la moitié de l'audience. Mais il s'agit d'un service public décentralisé, à l'opposé de la centralisation à la française. Quant au secteur privé, il est dominé par deux groupes, RTL et P7S1, autrement dit Bertelsmann et Berlusconi./p
pIntroduite en 1923 en Allemagne, la radio fut l'instrument-roi de la propagande nazie. En 1933, Goebbels, le ministre nazi de la propagande, déclarait que « ila mobilisation générale des esprits […] est l'une des principales missions de la radiodiffusion/i » et que celle-ci est « ile plus moderne et le plus important des instruments pour influencer les masses/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Cité dans Isabelle Bourgeois, « La télévision allemande, une indépendance (…)" id="nh1"1/a]/span. Elle est alors écoutée à travers 4 millions de récepteurs (Volksempfänger, soit Récepteur du peuple, qui fut à la radio ce que la Volkswagen fut à l'automobile), puis 16 millions en 1943 (récepteur encore plus performant et moins onéreux, le DKE38, appelé ironiquement par la population a href="https://www.dw.com/fr/90-ans-radio-volksempfaenger-hitler-allemagne-etudiants-inflation/audio-66608889" class="spip_out" rel="external"« La gueule de Goebbels »/a, qu'on y entendait très souvent). Seul média à même de s'adresser à l'ensemble de la population (la télévision est alors balbutiante), la radio est contrôlée et utilisée par les forces d'occupation de 1945 à 1955. Elle est animée par de jeunes journalistes, mais aussi, faute de personnel qualifié, par d'anciens partisans du nazisme. Le modèle, inspiré de la BBC, dessinait une radio indépendante de l'État et des partis politiquesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Klaus Wenger, « La radio, une contribution à la culture politique », in (…)" id="nh2"2/a]/span – alors qu'en France, dès la Libération et malgré le projet du CNR, la radio et la télévision furent sous monopole d'État (jusqu'en 1986)./p
/br
h3 class='article_intertitres'Un audiovisuel public fort, décentralisé et indépendant/h3
p/brEn fait, c'est aux Länder que les Alliés vont confier le monopole de la diffusion radiophonique. Dès 1950, la création de l'ARDspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Arbeitsgemeinschaft der Rundfunkanstalten der BRD - Communauté de travail (…)" id="nh3"3/a]/span définissait pour la radio un statut de droit public régional indépendant de l'État fédéral. En 1955, sept ans après les journaux, la radio passe à son tour sous souveraineté allemande, et y restera, de même que la télévision par la suite, sous cette forme de service public régional où chaque Land apporte sa contribution à la conception et la réalisation des programmes et émissions diffusés. Même les programmes à diffusion nationale sont assurés par les 9 instituts régionaux de l'audiovisuel qui produisent aussi des programmes régionaux (appelés Troisième chaîne : Dritten Programme). Cette structuration fut confirmée en 1961, a href="https://www.lemonde.fr/archives/article/1961/03/02/la-cour-de-carlsruhe-affirme-que-le-projet-d-une-seconde-chaine-de-television-concu-par-m-adenauer-est-contraire-a-la-constitution_2287846_1819218.html" class="spip_out" rel="external"par le jugement du Tribunal constitutionnel fédéral/a sur le projet de « télévision Adenauer ». C'est à la suite de ce jugement que fut créée la deuxième chaîne publique, ZDFspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Zweites Deutsches Fernsehen." id="nh4"4/a]/span, gérée et contrôlée de la même façon que l'ARD, par les régions, mais sans la radio et centralisée./p
pAinsi, « ipendant plus de vingt ans/i [en fait, 30 ans, ndlr]i, la télévision et la radio furent exclusivement organisées par des institutions de droit public. Il n'y avait de place ni pour une radio privée – comme par exemple Radio Luxembourg ou les chaînes de télévision anglaises –, ni pour une radio contrôlée par l'État ou le gouvernement comme en France ou en Italie./i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Klaus Wenger, op. cit." id="nh5"5/a]/span/p
pJusqu'en 1986, les auditeurs et téléspectateurs allemands ne connurent que les télévisions et radios publiques gérées au niveau des Länder. Pendant la même période, en Allemagne de l'est, la radio de propagande nazie était devenue la radio de propagande du SED, le parti communiste unique au pouvoir./p
pContrairement à la France qui a vendu, scandale unique au monde, sa première chaîne publique au privé (au bétonneur Bouygues), les deux premiers groupes audiovisuels allemands (ARD-La Première pour la radio et la télévision, ZDF-La Deuxième pour la seule télévision) sont demeurés publics jusqu'à aujourd'hui. Bénéficiant d'une redevance due par chaque habitant et parmi les plus élevées au mondespan class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="220 euros par an ; France : 138 euros en 2021." id="nh6"6/a]/span, l'audiovisuel public allemand capte une part d'audience record : 50,5 % pour la radio ARD contre 31,9 % pour Radio France, 55,4 % pour les chaînes de télévision publiques allemandes, contre 29 % pour France Télévisions (chiffres 2024)span class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Pour l'Allemagne : Medienvielfaltsmonitor ; pour la France : Médiamétrie." id="nh7"7/a]/span. La redevance est révisée tous les quatre ans par les Länder réunis. Elle contribue pour 85 % du budget des deux chaînes, la publicité pour autour de 6 %span class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="La publicité est interdite sur les chaînes publiques à partir de 20h, ainsi (…)" id="nh8"8/a]/span./p
/br
h3 class='article_intertitres'Une mission démocratique/h3
p/brDans son jugement de rejet de la « télévision Adenauer », le Tribunal constitutionnel fédéral déclare que la télévision « iest plus qu'un simple "medium" dans la formation de l'opinion publique ; elle en est bien plutôt un "facteur" éminent/i », et pas seulement dans les émissions politiques, car « ila formation de l'opinion se fait également par le biais des pièces radiophoniques, des concerts, des retransmissions de spectacles de café-concert et de chansonniers, jusqu'à la mise en forme même d'une émission/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Isabelle Bourgeois, op. cit., p. 31." id="nh9"9/a]/span. On ne saurait mieux dire. La radio et la télévision publiques se trouvent ainsi investies d'une véritable mission démocratique et doivent pour cela demeurer à bonne distance de l'État et des partis politiques. C'est du moins ce qu'affirme le Tribunal constitutionnel : « iL'art. 5 […] exige que cet instrument moderne de la formation de l'opinion ne soit livré ni à l'Etat, ni à un seul groupe social./i »/p
pDès lors, chaque Land dispose d'un système public de diffusion – qui doit rester indépendant de l'État fédéral et être administré par des conseils de l'audiovisuel (Rundfunkrat) où siègent des représentants des « groupes importants pour la société » dont les principaux partis politiques, syndicats, fédérations professionnelles, églises, associations, etc., choisis par les parlements des Länderspan class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="Par exemple, le mouvement LGBTQI est représenté dans plusieurs conseils." id="nh10"10/a]/span. Ces représentants sont élus ou nommés par leur organisme. Ce système s'est également peu à peu imposé dans les Länder issus de la RDA./p
pAinsi par rapport à la France, l'Allemagne possède un audiovisuel public fort (en termes de financement et d'audience), décentralisé (la législation sur l'audiovisuel étant de la compétence exclusive des Länder) et en principe « indépendant » ou « distant » de l'État par un financement sous forme de redevance fixée par les Länder réunis, et une gestion assurée par la société civile. La presse allemande use d'ailleurs du terme plutôt péjoratif Staatsrundfunk (« audiovisuel d'État ») pour désigner les médias publics d'autres pays du monde, dont la France, perçus comme plus dépendants de l'État./p
pHélas, la pratique n'a pas été à la hauteur de ces beaux principes. On se doute que les acteurs politiques n'ont pas apprécié d'être mis à l'écart par les Alliés des instances de décision de l'audiovisuel public. Ils n'eurent de cesse de chercher à influencer, à noyauter les organes de décision, c'est-à-dire les conseils de l'audiovisuel de l'ARD et le conseil de télévision de ZDF. Les partis politiques dominants, SPD et CDU-CSU, les représentants du gouvernement ou du parlement des Länder (considérés comme partie de l'État) et même l'État fédéral prennent une place prépondérante au sein des conseils de l'audiovisuel, au point qu'un arrêt du Tribunal constitutionnel de 2014 limite la place des partis à un maximum d'un tiers des membres des conseils. Mais il ne semble pas que cela ait suffi à résoudre le problème, car les autres représentants de la société civile aux conseils sont souvent associés aux partis politiques. Le système rôdé des « proporz » perdure, où le SPD et la CDU/CSU se partagent les sièges de direction, ce qui a pour effet de réduire considérablement l'influence de la société civile en tant que telle, et de marginaliser l'influence des autres forces politiques. Sans parler d'une certaine a href="https://uebermedien-de.translate.goog/74777/wen-vertreten-eigentlich-die-rundfunkraete-von-ard-und-zdf/?_x_tr_sl=de_x_tr_tl=fr_x_tr_hl=fr_x_tr_pto=sc" class="spip_out" rel="external"sélectivité dans le choix par les parlements des « groupes importants pour la société »/a. Le schéma d'indépendance vis-à-vis des partis et de l'État serait plutôt, selon Valérie Robert, un mythe professionnelspan class="spip_note_ref" [a href="#nb11" class="spip_note" rel="appendix" title="Valérie Robert, La presse en France et en Allemagne. Une comparaison des (…)" id="nh11"11/a]/span./p
pIl n'empêche que le succès des chaînes publiques est constant et suscite bien des convoitises. L'Alternative für Deutschland (AfD), parti d'extrême droite en pleine ascension, souhaite leur privatisation (tout comme le RN en France) et le parti libéral Freie Demokratische Partei (FDP), celle de la seule deuxième chaîne. Une certaine usure d'un service public de quelque 70 ans, et quelques scandales aidant, notamment sur le montant des salaires et les abus de pouvoir des dirigeants, une réforme importante est en cours depuis plusieurs années : rationalisation, modernisation, numérisation, coopération, mais sa mise en œuvre est assez laborieuse, étant donné le succès persistant des chaînes publiques et la résistance des Länder, peu tentés de céder sur leur compétence médiatique./p
/br
h3 class='article_intertitres'Des médias privés indépendants de l'État mais régulés/h3
p/brLes médias audiovisuels privés allemands sont également sous la surveillance d'une autorité de régulation (Landesmedienanstalten) dans chaque Land, également composée de représentants de la société civile (de 30 à 60 personnes) qui sont élus par le parlement du Land. Bien que ce soit souvent à la majorité des deux tiers, le rôle des partis peut être ici important, comme dans le cas des conseils de l'audiovisuel. L'autorité de régulation élit son président qui est son représentant légal pendant six ans. Au total, il existe 14 autorités régulatrices qui veillent au respect du pluralisme, à l'affectation des stations de radio et des chaînes de télévision, à la protection des jeunes, etc. Ces autorités sont néanmoins regroupées dans des commissions centrales, dont une est chargée spécifiquement du contrôle des concentrations : la KEKspan class="spip_note_ref" [a href="#nb12" class="spip_note" rel="appendix" title="Kommission zur Ermittlung der Konzentration im Medienbereich - Commission de (…)" id="nh12"12/a]/span, qui s'ajoute à l'autorité de la concurrence qui intervient en cas de rachats dans le secteur des médias. Ces commissions centrales réunissent 6 présidents des autorités régionales des médias élus par leurs pairs, et 6 experts des médias, souvent des juristes, choisis par les présidents des Länder. iA priori/i, elles semblent très différentes d'une institution comme l'Arcom française, organisme de composition très politiquespan class="spip_note_ref" [a href="#nb13" class="spip_note" rel="appendix" title="Le collège de l'Arcom comprend neuf membres : trois désignés par le (…)" id="nh13"13/a]/span, chargée notamment du contrôle des concentrations des médias audiovisuels./p
pL'ouverture des ondes au secteur privé, en 1986, a provoqué une forte mobilisation des groupes de presse très intéressés à l'idée de se faire une place dans l'audiovisuel. Ceux qui éditent surtout de la presse quotidienne, déjà fortement implantés localement, ont investi les entreprises radiophoniques à vocation locale, tandis que les groupes de presse à dominante de magazines, à vocation nationale et plus sensibles à l'image, ont plutôt investi la télévisionspan class="spip_note_ref" [a href="#nb14" class="spip_note" rel="appendix" title="Isabelle Bourgeois, « Les médias dans l'Allemagne unie. De l'unification (…)" id="nh14"14/a]/span./p
/br
h3 class='article_intertitres'Le dispositif de contrôle des concentrations : le « pouvoir d'opinion »/h3
p/brComme pour la presse écrite, la concentration des médias audiovisuels allemands est limitée. Depuis 1976, des contrôles interviennent pour des opérations de concentration dont les parties ont un chiffre d'affaires cumulé inférieur au 1/8e du plafond de 500 millions d'euros appliqué aux autres entreprises, soit 62,5 millions d'euros (2021). C'est moitié moins de ce qui est exigé pour les opérations des entreprises de presse. Cette disposition, plus restrictive que pour la presse écrite, s'inscrit dans une évaluation de ce que les Allemands appellent le « pouvoir d'opinion », plus important selon eux dans les médias audiovisuels que dans la presse, et de ce fait à contrôler davantage./p
pLa loi française prévoit des seuils de concentration par type de média, presse, radio, télévision. Ces seuils ne sont pas très contraignants, a href="https://www.acrimed.org/Une-legislation-contre-ou-pour-la-concentration"c'est le moins qu'on puisse dire/a. Par exemple, un seul propriétaire ne peut posséder que 49 % maximum d'une chaîne de télévision dont l'audience dépasse 8 %, sans limite supérieure. En Allemagne c'est la limite de 30 % d'audience qu'un seul propriétaire de chaîne de télévision ne peut pas dépasser. Mais de plus, et c'est là toute l'originalité du système allemand, cette audience est calculée sur l'ensemble des intérêts médiatiques dudit propriétaire, tous types confondus./p
pPar exemple, en 2006, lorsque le groupe Springer a voulu acquérir le groupe audiovisuel P7S1, la KEK a refusé le rachat : en additionnant les parts d'audience du groupe Springer dans la presse écrite (notamment le iBild/i) et les parts d'audience télévisuelles du groupe P7S1, la fusion des deux groupes aurait représenté une part d'audience de 42%, supérieure au seuil maximal de 30 % défini dans l'accord entre les Länder. La KEK a ainsi évalué le « pouvoir d'opinion » total du groupe en prenant en compte les différents types de médias détenus, ici presse et TV (concentration horizontale)span class="spip_note_ref" [a href="#nb15" class="spip_note" rel="appendix" title="« La concentration des médias », Étude de législation comparée n°302, (…)" id="nh15"15/a]/span. Mais elle peut aussi, du fait de l'importante marge d'appréciation qui lui est laissée, prendre en compte tout « marché lié aux médias » y compris en amont et en aval de la chaîne de production ou de distribution de programmes (concentration verticale) ou encore ses éventuelles participations dans des sociétés avec lesquelles elle n'a pas de relations client-fournisseur (concentration diagonale). En France, en revanche, aucune loi n'aurait empêché une telle fusion : la seule qui règlemente les concentrations horizontales pluri-médias (la règle dite des « deux sur trois ») définit des seuils tellement élevés qu'elle n'empêche aucune concentrationspan class="spip_note_ref" [a href="#nb16" class="spip_note" rel="appendix" title="Le rachat de M6 par TF1 aurait porté l'audience cumulée des deux chaînes à (…)" id="nh16"16/a]/span./p
pUne autre disposition originale de la loi allemande en faveur du pluralisme : la règle des « tiers indépendants » (Drittanbieter). Lorsqu'une entreprise de médias détenant une chaîne généraliste ou spécialisée détient une part d'audience annuelle de plus de 10 %, elle doit accorder, à ses frais, un temps d'antenne à des tiers indépendants, c'est-à-dire d'autres groupes audiovisuels qui ont une audience faible. Cette « fenêtre » ne peut être inférieure à 260 minutes dont 75 à une heure de grande écoute (entre 19h et 23h30). Des programmes régionaux sont éligibles à ces fenêtres à raison de 150 minutes par semaine. Actuellement, ces fenêtres sont ouvertes par RTL, P7S1, et Vox (filiale de RTL). Bien sûr, cette disposition a fait l'objet de vives protestations, mais elle a fonctionné et fonctionne toujours, même si on peut trouver contestable que RTL diffuse ainsi Spiegel.tv, alors que le propriétaire de RTL, Bertelsmann, l'est aussi en partie (à 25 %) de Spiegel.tv. Il n'empêche que le dispositif permet à des programmes de petites chaînes et de chaînes régionales de toucher un large public./p
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h3 class='article_intertitres'Transparence sur la concentration des médias/h3
p/brLes autorités régulatrices des Länder publient conjointement, tous les trois ans, un rapport sur le développement de la concentration dans les médias et sur les mesures visant à assurer le pluralisme dans l'audiovisuel privé. Pour ce faire, elles tracent précisément les structures de propriété des groupes de médias dans une a href="https://www.kek-online.de/mediendatenbank#/" class="spip_out" rel="external"base de données publique/a – tout changement devant obligatoirement leur être notifié – puis elles calculent un « pouvoir d'opinion » pour chaque groupe en agrégeant les parts d'audience des différents médias détenus, pondérées par le poids du support (TV, radio, presse…) dans l'influence sur l'opinionspan class="spip_note_ref" [a href="#nb17" class="spip_note" rel="appendix" title="Ce poids est évalué chaque année par la KEK sur la base de questionnaires et (…)" id="nh17"17/a]/span. Enfin, un a href="https://medienvielfaltsmonitor.de/" class="spip_out" rel="external"tableau de bord de la concentration des médias/a est mis à jour régulièrement pour permettre à quiconque de suivre graphiquement la plupart des groupes et des médias, leurs détenteurs, leurs pouvoirs d'opinion respectifs... Bref, un travail comparable, moins beau graphiquement mais plus détaillé, à celui que font iLe Monde diplomatique/i et Acrimed avec la carte a href="https://www.acrimed.org/Medias-francais-qui-possede-quoi"« Médias français, qui possède quoi ? »/a, est réalisé outre-Rhin par des autorités publiques mandatées pour cela./p
pOn notera que l'évaluation du « pouvoir d'opinion », même si son calcul est relativement complexe, est tout à fait pertinente pour mesurer l'influence, non pas d'un ou plusieurs médias, mais d'un groupe médiatique entier, avec toutes ses ramifications. Ce que le dispositif français ne permet de toute évidence pas./p
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div class='spip_document_16267 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/allemagne1.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH172/allemagne1-e0362.png?1763021363' width='500' height='172' alt='' //a
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div class='spip_document_16266 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH489/allemagne2-25727.png?1763021363' width='500' height='489' alt='' /
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p/brSelon le critère du « pouvoir d'opinion », tous médias confondus, les dix plus gros groupes de médias concourent pour 64,8 % à la formation de l'opinion allemande. Dans l'ordre : ARD (20,3%), Bertelsmann (11 %), ZDF (7,4%), Springer (6,8%), P7S1 (5,1%), Burda (3,5%), Funke (3,1 %), Madsack (2,9%), Medien Union (2,4%) et Bauer (2,3). Soit 27,7 % pour le public et 37,1 pour le privé. Ainsi, les médias hors des dix groupes majeurs contribuent-ils pour 35,2 % à la formation de l'opinion./p
pEn résumé, la concentration des médias privés est du même ordre en Allemagne qu'en France dans le domaine de la presse, c'est-à-dire très forte ; elle est inférieure en Allemagne dans l'audiovisuel, surtout dans la radio, où elle est relativement faible, et aussi dans la télévision, à un degré moindre, alors que le service public de la radio et de la télévision attire plus de la moitié de l'audience./p
p/brstrongJean Pérès/strong/p
hr class="spip" /
p/brstrongAnnexe : Panorama des concentrations/strong/p
p/br- Concentrations dans la radiospan class="spip_note_ref" [a href="#nb18" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. Medienvielfaltsmonitor (Moniteur du pluralisme des médias)." id="nh18"18/a]/span/p
pCela donne, pour la radio, un grand éparpillement des unités de diffusion et des propriétaires, parmi lesquels on retrouve les Springer, Madsack, Funke, SWMH (Südwestdeutsche Medien Holding), etc., mais chacun pour un pourcentage minime de la diffusion (entre 0,8 et 2%) dominée, rappelons-le, à plus de 50 % par le groupe public régional ARD./p
pLe plus gros propriétaire privé à ce jour est le groupe Regiocast (6,5 %), qui possède 4 radios et participe à une douzaine d'autres dans divers Länder. Ses principaux actionnaires viennent du iNouveau journal d'Osnabrück/i (Basse Saxe) et sont accompagnés d'une flopée de petits actionnaires parmi lesquels on retrouve les grands groupes de presse ou leurs propriétaires à titre individuel. Le deuxième groupe est Bertelsmann (5,1 %), et le troisième Müller Medien (4,7 %), groupe familial fortement implanté en Bavière et en Autriche./p
pLa radio la plus importante est Radio NRW de la Rhénanie du Nord-Westphalie (6 % de l'audience), qui alimente 45 stations de radio du Land. Son actionnaire principal à 59 % est Pressefunk Nordrhein Westfalie, lui-même possédé par le groupe Funke (21,7 %) suivi de Springer (12,4 %) suivi de DuMont Schauberg (9,9 %), et parmi les petits actionnaires, on retrouve la société d'édition du SPD ; son deuxième actionnaire est RTL, c'est-à-dire Bertelsmann, à 12,6 %. Radio NRW possède aussi, avec Antenne NRW, elle-même filiale à 100 % d'Antenne Bayern Gmbh, société bavaroise, une radio privée diffusée sur tout le pays : NRW1./p
pDans la partie privée du paysage radiophonique allemand, les 4 premiers groupes (Regiocast, Bertelsmann, Müller, Nordwest Medien) occupent 19,2 % de l'audience, soit bien moins que les 4 premiers français qui en recueillent 46 %. Le paysage radiophonique privé allemand, relativement peu concentré en lui-même, peut être considéré comme une extension des groupes de presse, surtout quotidienne, dont la présence se manifeste par une véritable toile d'araignée de participations croisées./p
p/br- Concentrations dans la télévisionspan class="spip_note_ref" [a href="#nb19" class="spip_note" rel="appendix" title="Cf. pour les données d'audience : Medienvielfaltsmonitor (Moniteur du (…)" id="nh19"19/a]/span/p
pPour ce qui est de la télévision, le 1er janvier 1984, sous l'impulsion de la CDU (parti démocrate chrétien) et du chancelier Kohl, la première télévision privée, SAT1, est créée par une association d'une dizaine de groupes de presse, et surnommée pour cela « La chaîne des patrons de presse »span class="spip_note_ref" [a href="#nb20" class="spip_note" rel="appendix" title="Jacques Mousseau, « La télévision en République fédérale d'Allemagne », (…)" id="nh20"20/a]/span. On y reconnaît, entre autres, Springer, Burda, Holzbrinck, Bauer, Funke. Mais le SPD, partisan du monopole public, bloque la chaîne dans les Länder où il domine. En retour, la CDU bloque la perception de la redevance dans ses Länder. Situation pour le moins tendue, d'autant plus qu'à la concurrence public-privé et SPD-CDU s'ajoute celle entre groupes privés avec la diffusion dès le 2 janvier 1984 (lendemain du lancement de la première), d'une deuxième chaine privée, RTL+, chaîne luxembourgeoise émettant en Allemagne, dont Bertelsmann possède 40 % des actions./p
pLes deux chaînes privées, SAT1 et RTL+, très déficitaires dans les premiers temps, se disputent farouchement les canaux analogiques distribués par la Bundespost, et les opportunités ouvertes par le satellite et le plan câble, alors que les foyers allemands s'équipent en récepteurs de télévision. La Convention d'État pour la réorganisation des médias, signée en 1986 par les représentants des 11 Länder apaise les tensions en répartissant les canaux entre les chaînesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb21" class="spip_note" rel="appendix" title="Jaques Mousseau, op. cit., p. 97." id="nh21"21/a]/span. Mais la guerre continue de faire rage dans le secteur privé, principalement entre les deux dominants, Bertelsmann et Springer./p
pLa période de 1987 à 2002 où sera mise en place la télévision que nous connaissons aujourd'hui, sera dominée par l'ascension et la chute de Léo Kirch, surnommé le « nouvel Hugenberg », que nous avons évoquées a href="https://www.acrimed.org/De-Kirch-a-Springer-Partie-de-bonneteau-dans-les-medias-allemands"dans un article précédent/a, en raison de l'immensité de son empire médiatique./p
pLes années qui suivent sont marquées par l'échec de Springer, qui rêvait d'un groupe de médias associant presse et télévision. Sa tentative de racheter la deuxième chaîne privée, ProSiebenSat1, ex propriété de Kirch, a été retoquée par la Commission de contrôle des concentrations (KEK) en 2005 pour la raison que cette chaîne lui aurait conféré une position dominante. Par la suite, cette deuxième chaîne privée, après un parcours chaotique entre fonds d'investissement anglais et américains, tombe en 2014 dans les bras de Berlusconi et sa société Mediaset. Laquelle, rebaptisée MediaForEurope (MFE) en 2021, devient l'actionnaire principal de la chaîne avec 29,9 % du capital. MFE ambitionne de devenir un acteur européen capable d'affronter les Gafam, notamment Netflix et Amazon. Avec 7 041 salariés (2024), P7S1 affiche un CA de 3,9 milliards d'euros (2024)./p
pQuant au groupe Bertelsmann, après son a href="https://www.acrimed.org/Le-groupe-Bertelsmann-659"développement dans plusieurs domaines/a, édition, librairie (France Loisirs), musique (Ariola), presse magazine et quotidienne (Grüner + Jahr), cinéma (UFA), en 1997 il fusionne sa filiale l'UFA Film avec la Compagnie Luxembourgeoise de Télédiffusion (CLT), dont il est devenu l'actionnaire principal. Ensuite, la fusion de CLT-UFA avec l'anglais Pearson TV en 2000 marque le début de RTL Group. Malgré la crise d'endettement qui frappe les entreprises de médias au début des années 2000 (pour rappel, Vivendi et Kirch se sont effondrés en 2002), Bertelsmann, alors qu'il prend des a href="https://www.acrimed.org/Bertelsmann-recentrages-de-2003-2004"mesures de sauvegarde de son empire/a, continue de monter au capital de RTL Group. En 2013, ses parts s'élèvent à 75,1 %./p
pDurant l'exercice 2019, RTL Group a réalisé un chiffre d'affaires de 6,7 milliards d'euros pour un bénéfice de 1,1 milliard d'euros. Les recettes proviennent essentiellement de la publicité (44 % télévision, 4 % radio), des productions audiovisuelles (22 %), des activités numériques (16 %) et des plateformes (6 %). RTL Group a réalisé 32 % de son chiffre d'affaires en Allemagne, 22 % en France, 16 % aux États-Unis, 8 % aux Pays-Bas, 4 % en Grande-Bretagne et 3 % en Belgique./p
pSpringer doit se contenter de deux chaînes de télévision, Welt et N24 réalisant respectivement 0,1 et 0,3 % d'audience, alors que Bertelsmann et Berlusconi dominent largement la télévision privée./p
pLes deux groupes publics ARD et ZDF, ainsi que les groupes privés Bertelsmann (RTL) et P7S1 sont les principaux groupes de télévision du pays. À eux quatre, ils détiennent 88 % des parts d'audience de la télévision./p
pLes deux groupes privés, Bertelsmann-RTL et P7S1 détiennent à eux seuls 36,9 % de l'audience TV (contre 39,6 % en France pour Bouygues et Bertelsmann-M6). Tandis qu'en Allemagne, 5 groupes privés détiennent 45,4 % des audiences des chaînes généralistes, ils en détiennent 56,2 % en France. On constate donc une forte concentration des médias audiovisuels privés dans les deux pays, et plus accentuée en France./p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanCité dans Isabelle Bourgeois, « a href="https://shs.cairn.info/revue-le-temps-des-medias-2009-2-page-29" class="spip_out" rel="external"La télévision allemande, une indépendance structurelle/a », iLe Temps des Médias/i, n°13, hiver 2009-2010, p. 29./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanKlaus Wenger, a href="https://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_1999_num_55_1_405735" class="spip_out" rel="external"« La radio, une contribution à la culture politique »/a, in iMatériaux pour l'histoire de notre temps/i, n°55-56, 1999, p. 78-82./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanArbeitsgemeinschaft der Rundfunkanstalten der BRD - Communauté de travail des organismes radiophoniques de la RFA./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanZweites Deutsches Fernsehen./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanKlaus Wenger, op. cit./p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /span220 euros par an ; France : 138 euros en 2021./p
/divdiv id="nb7"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanPour l'Allemagne : a href="https://medienvielfaltsmonitor.de/" class="spip_out" rel="external"Medienvielfaltsmonitor/a ; pour la France : a href="https://www.mediametrie.fr/system/files/2024-12/2024%2012%2030%20M%C3%A9diamat%20annuel%202024.pdf" class="spip_out" rel="external"Médiamétrie/a./p
/divdiv id="nb8"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanLa publicité est interdite sur les chaînes publiques à partir de 20h, ainsi que les dimanches et jours fériés, et limitée à 20 minutes par jour. Contrairement à la pratique française, les parrainages sont également interdits./p
/divdiv id="nb9"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /spanIsabelle Bourgeois, op. cit., p. 31./p
/divdiv id="nb10"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spanPar exemple, le mouvement a href="https://www-lsvd-de.translate.goog/de/ct/4742-Sitz-fuer-LSBTIQ-in-Rundfunkraeten-und-Medienanstalten?_x_tr_sl=de_x_tr_tl=fr_x_tr_hl=fr_x_tr_pto=sc" class="spip_out" rel="external"LGBTQI est représenté dans plusieurs conseils/a./p
/divdiv id="nb11"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh11" class="spip_note" title="Notes 11" rev="appendix"11/a] /spanValérie Robert, iLa presse en France et en Allemagne. Une comparaison des systèmes/i, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2011./p
/divdiv id="nb12"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh12" class="spip_note" title="Notes 12" rev="appendix"12/a] /spanKommission zur Ermittlung der Konzentration im Medienbereich - Commission de contrôle de la concentration dans le domaine des médias./p
/divdiv id="nb13"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh13" class="spip_note" title="Notes 13" rev="appendix"13/a] /spanLe collège de l'Arcom comprend neuf membres : trois désignés par le président du Sénat, trois par le président de l'Assemblée nationale, deux respectivement par le Conseil d'État et la Cour de cassation, tandis que son président est nommé directement par le président de la République./p
/divdiv id="nb14"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh14" class="spip_note" title="Notes 14" rev="appendix"14/a] /spanIsabelle Bourgeois, « a href='https://www.acrimed.org/journals.openedition.org/rea/4191'Les médias dans l'Allemagne unie. De l'unification démocratique à la normalisation du marché/a », iRegards sur l'économie allemande/i, n°98-99, 2010, p. 63-78./p
/divdiv id="nb15"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh15" class="spip_note" title="Notes 15" rev="appendix"15/a] /span« a href="https://www.senat.fr/lc/lc302/lc3022.html" class="spip_out" rel="external"La concentration des médias/a », Étude de législation comparée n°302, juillet 2022, Sénat./p
/divdiv id="nb16"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh16" class="spip_note" title="Notes 16" rev="appendix"16/a] /spanLe rachat de M6 par TF1 aurait porté l'audience cumulée des deux chaînes à 37,5 %, et encore davantage en comptant les autres chaînes des deux groupes sur la TNT. Mais du moment que le nouveau propriétaire, TF1, n'eut possédé que moins de 49 % du capital de la nouvelle chaîne, l'Arcom n'aurait rien eu à dire. C'est l'Autorité de la concurrence qui a opposé son véto pour entrave à la concurrence sur le terrain publicitaire./p
/divdiv id="nb17"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh17" class="spip_note" title="Notes 17" rev="appendix"17/a] /spanCe poids est évalué chaque année par la KEK sur la base de questionnaires et fait l'objet d'un rapport dédié. En 2024, il est évalué à l'échelle nationale à : 35 % pour les sites d'informations en ligne, 28 % pour la télévision, 17 % pour la radio, 16 % pour la presse quotidienne, et 4 % pour les magazines (chiffres arrondis au plus proche)./p
/divdiv id="nb18"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh18" class="spip_note" title="Notes 18" rev="appendix"18/a] /spanCf. a href="https://medienvielfaltsmonitor.de/" class="spip_out" rel="external"Medienvielfaltsmonitor (Moniteur du pluralisme des médias)/a./p
/divdiv id="nb19"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh19" class="spip_note" title="Notes 19" rev="appendix"19/a] /spanCf. pour les données d'audience : a href="https://medienvielfaltsmonitor.de/" class="spip_out" rel="external"Medienvielfaltsmonitor (Moniteur du pluralisme des médias)/a pour l'Allemagne et a href="https://www.mediametrie.fr/system/files/2024-12/2024%2012%2030%20M%C3%A9diamat%20annuel%202024.pdf" class="spip_out" rel="external"Médiamétrie/a pour la France./p
/divdiv id="nb20"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh20" class="spip_note" title="Notes 20" rev="appendix"20/a] /spanJacques Mousseau, « a href="https://www.persee.fr/doc/colan_0336-1500_1988_num_77_1_1058" class="spip_out" rel="external"La télévision en République fédérale d'Allemagne/a », iCommunication et langages/i, n°77, 3ème trimestre 1988, p. 94./p
/divdiv id="nb21"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh21" class="spip_note" title="Notes 21" rev="appendix"21/a] /spanJaques Mousseau, op. cit., p. 97./p
/div/div
mer, 2025-11-12 11:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L119xH150/entrismeiranparisien-dc762.png?1762938049' class='spip_logo spip_logo_right' width='119' height='150' alt="" /
div class='rss_chapo'pEn mai, nous revenions sur la a href="https://www.acrimed.org/Entrisme-freriste-saturation-mediatique"saturation médiatique autour d'un rapport sur « l'entrisme frériste »/a. Six mois plus tard, c'est un nouveau rapport sur « l'entrisme iranien » qui est mis à l'agenda. Avec, pour le moment, un peu moins de succès…/p/div
div class='rss_texte'pLes rapports sur « l'entrisme islamiste » se suivent et se ressemblent. Leur promotion médiatique également ! Souvenez-vous : il y a quelques mois, un rapport catastrophiste sur « l'entrisme des Frères musulmans » nous prévenait, à la Une du iFigaro/i, que l'organisation islamique avait infiltré les moindres aspects de notre société afin « id'imposer la charia en France/i ». Rebelote ces derniers jours avec un nouveau rapport, cette fois sur « il'infiltration en France de la République islamique d'Iran/i ». Décidément… À nouveau, c'est iLe Figaro/i qui se charge de la promotion de l'œuvre (29/10) : « Espions, agents d'influence, proxies... Ce rapport alarmant qui dénonce l'entrisme iranien en France »./p
pCe nouveau rapport, pas plus scientifique que le précédent, est coordonné par un journaliste, le franco-iranien Emmanuel Razavi, qui collabore avec iValeurs Actuelles/i, iFranc-Tireur/i, iParis Match/i, Atlantico, et intervient régulièrement sur CNews, Europe 1 et Sud Radio. La commande du rapport est elle aussi bien située : l'exposé de 85 pages a été produit à la demande de « France2050 », un tout nouveau think tank présidé par un maire LR, a href="https://www.ldh-france.org/gilles-platret-apres-les-atteintes-aux-libertes-fondamentales-les-injures/" class="spip_out" rel="external"Gilles Platret/a : « iLe premier rapport du think-tank France2050 est un véritable pavé dans la mare politique et diplomatique/i », explique ainsi iLe Figaro/i./p
pHélas, le pavé va faire « plouf ». Contrairement à son équivalent fonctionnel sur les Frères musulmans, qui s'était retrouvé partout dans la presse en un instant, le « rapport » sur l'infiltration de la République islamique d'Iran ne va pas connaître un immense succès médiatique, et seule la presse de droite et d'extrême droite va s'en faire l'écho. C'est d'abord iL'Express/i (29/10), qui nous apprend que les mollahs « ivisent particulièrement le milieu étudiant/i », puis le iJDD/i (30/10), qui évoque un « irapport choc/i » et une infiltration « id'ampleur qu'on ne veut pas voir/i ». Dans son papier, le iJDD/i mentionne notamment le président du centre Franco-Iranien de Paris, qui dirigerait selon le rapport un « iréseau d'influence/i » afin de « irecruter des agents/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Mais commet une erreur dans son prénom..." id="nh1"1/a]/span. iValeurs Actuelles/i entre dans la danse le lendemain (31/10) : « "La mécanique du chaos" : l'entrisme iranien en France dévoilé dans un rapport alarmant ». Europe 1 parle elle d'un rapport « iextrêmement inquiétant/i » et invite son auteur Emmanuel Razavi (31/10), quelques jours après son passage sur le plateau de CNews (29/10). Mais nous sommes deux jours après la publication du « rapport », et l'information est déjà en voie d'extinction./p
pC'était sans compter iLe Parisien/i, qui, le 3 novembre, propulse le sujet en Une./p
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div class='spip_document_16277 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L462xH581/entrismeiranparisien-6abf7.png?1762937400' width='462' height='581' alt='' /
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p/brDans son papier, le journaliste Thomas Poupeau amalgame dans le même élan le rapport sur « l'entrisme frériste », le dernier rapport sur l'entrisme des mollahs, et la commission parlementaire « isur de potentiels liens entre organisations politiques et réseaux islamistes/i », pour parler d'une menace globale : « L'islam radical à l'assaut de la France ? » À défaut d'éléments probants, le journaliste est quand même obligé d'indiquer dès le chapô que « ila menace est difficile à jauger/i »…/p
pComment un obscur rapport d'un obscur think tank a-t-il pu faire la Une du iParisien/i ? Le curriculum du journaliste et coordinateur du rapport donne sans doute une piste ; les synergies idéologiques entre les médias Bolloré et les médias Arnault en suggèrent une autre. Quoi qu'il en soit, le pouvoir de prescription du iParisien/i sur les autres médias va jouer à plein… et « l'actualité » connaît une deuxième vie./p
pCNews en remet une couche le jour même (3/11) : « Islam radical : un rapport alerte sur l'"infiltration" de l'Iran en France pour "exporter la révolution islamique" ». LCI n'est pas en reste, et c'est sa chroniqueuse Abnousse Shalmani qui se charge de nous dire « ila vérité sur l'infiltration de l'Iran en France/i » dans l'émission « 24h Pujadas » (3/11)./p
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div class='spip_document_16279 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/entrismeiranlci.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/entrismeiranlci-d9a98.png?1762937777' width='500' height='281' alt='' //a
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p/briLe Point/i est au rendez-vous le lendemain (4/11), avec un article signé Bartolomé Simon et Erwan Seznec : « L'inquiétante stratégie d'influence iranienne en France dévoilée dans un rapport ». Le papier parle d'« iune "pieuvre" iranienne déployant ses tentacules via des réseaux d'influence/i », mais là encore, les journalistes sont obligés de modérer dès le chapô : « iUne mission d'enquête […] alerte sur les ingérences iraniennes. Elles sont difficiles à mesurer./i » Peu importe, BFM-TV pose aussi sa pierre à l'édifice en recevant Gilles Kepel. Dans sa première question, Apolline de Malherbe n'indique pas aux téléspectateurs la provenance du rapport, commandé par un think tank de droite à un journaliste de droite, et se contente de dire « iqu'il a été remis ce matin au Premier ministre et au président du Sénat/i » – ce qui, on le comprend, confère à ce travail une forme d'officialité./p
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div class='spip_document_16276 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/entrismeiranbfm.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH275/entrismeiranbfm-9d064.png?1762937400' width='500' height='275' alt='' //a
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p/brAu bout de quelques minutes, l'interview dérive sur « il'islamo-gauchisme/i », qui serait né en Iran : « iC'est quoi l'islamo-gauchisme, qu'est-ce que vous appelez l'islamo-gauchisme ?/i » relance Apolline de Malherbe, intéressée : « iC'est l'alliance entre l'extrême gauche et les militants islamistes. C'est ce qui s'est créé en Iran […]/i », répond Kepel. Et Malherbe de résumer : « i[…] les islamistes chercheraient un peu comme les coucous à utiliser les nids politiques pour y mettre leurs propres œufs…/i » Sur CNews (4/11), c'est le chroniqueur Gilles-William Goldnadel qui complète le tableau : « iOn connaissait les liens de LFI avec le Hamas et la dictature algérienne, maintenant on accuse certains de ses membres d'être des agents de l'Iran./i » L'avocat ne se risquera toutefois pas à lâcher de noms…/p
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centerstrong***/strong/center
p/brOn l'a vu, si le « rapport » sur l'entrisme iranien n'a pas réussi à « percer » la bulle médiatique droite-extrême droite, il a tout de même connu une belle floraison éditoriale dans celle-ci, et avec elle, son lot de commentaires outranciers. Il est intéressant d'observer sur ce cas les synergies entre les différents titres de la presse des milliardaires : l'actualité fut forgée par la presse Dassault (iLe Figaro/i), martelée par la presse Bolloré (iJDD/i, Europe 1, CNews), puis réanimée par la presse Arnault (iLe Parisien/i) alors qu'elle était en train de s'éteindre, sans avoir réussi à se répandre. Les rapports sur « l'entrisme islamiste » se suivent et se ressemblent, mais leur succès varie en fonction du reste de l'actualité ou du sérieux que peuvent leur conférer les journalistes…/p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanMais commet une erreur dans son prénom.../p
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lun, 2025-11-10 13:21
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH101/concentrationallemagne-24772.png?1762773686' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='101' alt="" /
div class='rss_chapo'pDécentralisation, indépendance vis-à-vis des groupes industriels et de l'État : le paysage médiatique allemand permet, par comparaison, de montrer que la situation française n'est pas une fatalité. Mais est-ce pour autant un modèle à suivre ? On fait le point. Cette deuxième partie se focalise sur le cas de la presse écrite./p/div
div class='rss_texte'pLe marché de la presse allemande est à tous points de vue beaucoup plus important que le marché français. Il est le cinquième mondial et le premier européen. On y compte 319 journaux quotidiens (78 en France) avec un tirage de 12 millions d'exemplaires (7 millions en France). Le réseau de distribution est le plus dense du monde avec 116 000 points de vente (20 000 en France)span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Valérie Robert, La presse en France et en Allemagne. Une comparaison des (…)" id="nh1"1/a]/span. Les cinq plus gros groupes de presse figurent parmi les plus prospères du monde avec des chiffres d'affaires dépassant le milliard d'euros, alors que le premier groupe français, le groupe Sipa Ouest-France, affiche en 2022 un CA de 560 millions d'euros. Les magazines allemands ne sont pas en reste, plus nombreux, plus lus et plus rentables que leurs homologues français, surtout en matière d'information politique et générale, avec des publications comme iDer Spiegel/i ou iDie Zeit/ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Valérie Robert, op. cit., p. 103-110." id="nh2"2/a]/span./p
pLes journaux allemands bénéficient d'une forte adhésion de la population à la presse papier et aux informations régionales. De plus, la grande majorité des lecteurs sont abonnés (91 % contre 46 % en France) et reçoivent leur quotidien à domicile par portage, ce qui assure une grande souplesse de gestion aux entreprises de presse et un glissement plus facile vers un abonnement à la version numérique lorsque celui-ci est proposé. Ainsi, sur de telles bases, si la presse allemande connaît, comme les autres, une crise très importante depuis deux décennies, elle résiste mieux. Bien que les ventes de journaux aient été a href="https://www.media-perspektiven.de/fileadmin/user_upload/media-perspektiven/pdf/2022/2206_Roeper.pdf" class="spip_out" rel="external"divisées par deux en 27 ans (1995-2022)/a, elles restent très supérieures à celles des autres pays européens./p
/br
h3 class='article_intertitres'L'après-guerre et le retour des collaborateurs/h3
p/brÀ l'issue de la Deuxième Guerre mondiale, les journaux français qui avaient collaboré, c'est-à-dire la grande majorité d'entre eux, furent mis sous séquestre et remplacés par les journaux de la Résistance. Le programme allemand était comparable : « iQuiconque s'était politiquement compromis depuis 1933 ne devait plus jouer de rôle dans la presse et, en règle générale, même les noms de journaux en usage avant 1933 ne furent pas réadmis. On voulait voir agir des noms entièrement nouveaux et des hommes neufs./i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Erhard Becker, « La presse allemande depuis 1945 » in Henri Ménudier, (…)" id="nh3"3/a]/span Sous séquestre également, les journaux allemands furent attribués par les puissances occupantes sous forme de licences accordées à des individus non compromis avec le nazisme. Les Alliés contrôlaient, chacun à leur façon, les publications, tout en éditant aussi leurs propres journaux, dont certains continuèrent de paraître par la suite (iDie Welt/i, notamment, créé par les Britanniques). À la fin 1948, il y avait ainsi 140 journaux tirés à 14 millions d'exemplairesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Erhard Becker, op. cit." id="nh4"4/a]/span./p
pEn 1949, les contrôles cessèrent et la liberté de la presse fut rétablie, ouvrant la voie à 400 publications supplémentairesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Erhard Becker, op. cit." id="nh5"5/a]/span. Parmi elles, nombre de journaux d'avant-guerre, compromis avec le nazisme, refirent surface. Certains d'entre eux avaient survécu à la fin de la guerre, grâce notamment aux lucratives petites annonces, mais surtout la plupart des imprimeries demeuraient leur propriété, leur conférant, en ces temps de fortes difficultés économiques, un avantage substantiel sur leurs concurrents. D'autant qu'à la fin des années 1940, la lutte contre les résidus du nazisme cédait peu à peu le pas, sur le plan idéologique, à la lutte contre le communisme soviétique, inaugurant la guerre froidespan class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="« Allemagne de l'ouest : naissance d'une presse "alternative" contre les (…)" id="nh6"6/a]/span. D'où un certain laxisme vis-à-vis des ex-collaborateurs. Quant à la zone occupée par les soviétiques, le contrôle centralisé de la presse passa sans transition des nazis aux nouvelles autorités./p
p80 ans après, on constate que les détenteurs des 10 plus importants groupes de presse furent (eux-mêmes ou leurs aïeux) membres du NSDAP, le parti nazi, parfois à des postes importantsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="Axel Springer, qui passe pour un des moins compromis, et qui fut un des (…)" id="nh7"7/a]/span ou bien ont participé à la propagande du régimespan class="spip_note_ref" [a href="#nb8" class="spip_note" rel="appendix" title="Pareillement en France : on pense à Prouvost, au trust Hachette, et surtout (…)" id="nh8"8/a]/span. En 2006, la plus vieille maison d'édition allemande, DuMont Schauberg, a défrayé la chronique en devenant actionnaire du journal israélien iHaaretz/i, le propriétaire du groupe étant le fils d'un zélé nazi. On constate ainsi, à partir de 1949, un retour en force des a href="https://de-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Altverleger?_x_tr_sl=de_x_tr_tl=fr_x_tr_hl=fr_x_tr_pto=sc" class="spip_out" rel="external"anciens propriétaires de journaux/a, voire anciens partisans des nazis, par un de ces retournements dont la classe dominante a le secret./p
pDans les années suivantes, les concentrations dans la presse, comme dans l'ensemble de l'économie allemande (au cours de ce que l'on a appelé « le miracle économique »), se feront à un rythme quasi continu jusqu'à l'année 1976. Selon Manfred Kötterheinrichspan class="spip_note_ref" [a href="#nb9" class="spip_note" rel="appendix" title="Manfred Kötterheinrich, « Die Konzentration in der deutschen Presse », in (…)" id="nh9"9/a]/span, déjà entre 1954 et 1964 le nombre de quotidiens passe de 1 500 à 1 409 et celui des rédactions autonomes de 225 à 185./p
/br
h3 class='article_intertitres'Les rédactions autonomes de moins en moins nombreuses/h3
p/brUne bonne mesure de la concentration des journaux et de ses effets sur le pluralisme réside dans l'évaluation du nombre de rédactions autonomes. Par « rédaction autonome », on entend une rédaction qui couvre par ses propres journalistes l'ensemble des rubriques d'un journal. Les journaux achetés sont la plupart du temps privés de la couverture des questions de politique nationale et internationale, qui leur est livrée pour ainsi dire « clé en main » par le groupe propriétairespan class="spip_note_ref" [a href="#nb10" class="spip_note" rel="appendix" title="C'est ce qu'on appelle la « matrice » dans les années 1950 ou le « manteau » (…)" id="nh10"10/a]/span, et se voient cantonnés aux actualités locales, avec nombre de licenciements à la cléspan class="spip_note_ref" [a href="#nb11" class="spip_note" rel="appendix" title="Cas limite de cette tendance, le Westfalische Rundschau a vu sa rédaction (…)" id="nh11"11/a]/span. Même indépendants économiquement, de nombreux journaux achètent à d'autres les articles de politique générale, ne gardant qu'une rédaction locale. Un pluralisme de façade peut ainsi cacher de fortes concentrations internesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb12" class="spip_note" rel="appendix" title="Andrea Czepek définit les différentes modalités de cette perte d'autonomie (…)" id="nh12"12/a]/span./p
pLe nombre de rédactions autonomes en Allemagne a chuté de moitié entre 1954 et 1976, période de fortes concentrationsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb13" class="spip_note" rel="appendix" title="« Allemagne de l'ouest : naissance d'une presse "alternative" contre les (…)" id="nh13"13/a]/span. En 1976, pour y mettre un frein, notamment dans la Ruhr où le iWestdeutsche allgemeine Zeitung/i (WAZ) venait d'acheter de nombreux journaux, le gouvernement social-démocrate modifie la loi sur les concentrations./p
pLes règles anti-concentration dans la presse allemande sont, comme en France, celles du droit commun de la concurrence. Dans les deux pays, l'autorité de la concurrence n'intervient que si les chiffres d'affaires cumulés des entreprises concernées sont supérieurs à un certain plafond : 150 millions d'euros pour la France, 500 millions pour l'Allemagne. Au-dessus de ce chiffre, c'est l'office des cartels (Bundeskartellamt) qui vérifie que le projet d'achat ne met pas une entreprise de presse en position dominante, voire de monopole, dans la ville ou la région concernée./p
pMais la loi allemande contient depuis 1976 une disposition spécifique à la presse : le plafond de chiffre d'affaires pris en compte, pour les entreprises de presse, est divisé par 20. D'où une multiplication des contrôles à partir de cette date et une baisse sensible des concentrations pendant les années 1980 et 1990, à l'exception notoire de la phase de réunification, au cours de laquelle les groupes de presse de l'ouest achetèrent la plupart de ceux de l'est. On notera au passage que la régulation par le plafond de chiffre d'affaires est un puissant moyen de contrôle des concentrations./p
pAinsi, en 1981, le projet de rachat du plus important groupe du pays (Springer) par le deuxième (Burda), qui aurait conduit ce dernier à une position ultra-dominante, a été retoqué par le Kartellamtspan class="spip_note_ref" [a href="#nb14" class="spip_note" rel="appendix" title="Valérie Robert, op.cit., p. 60." id="nh14"14/a]/span. Pour la même raison, le projet de vente, en 2004, du iBerliner Verlag/i à Holzbrinck, un très important groupe de presse, a href="https://de-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Berliner_Verlag?_x_tr_sl=de_x_tr_tl=fr_x_tr_hl=fr_x_tr_pto=sc" class="spip_out" rel="external"a été refusé/a. Exceptionnellement, si l'existence de l'entreprise rachetée est menacée, l'achat peut être autorisé, même s'il met l'acheteur en position dominante. C'est ainsi que la iFrankfurter Allgemeine Zeitung/i (FAZ) a href="https://de-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Frankfurter_Rundschau?_x_tr_sl=de_x_tr_tl=fr_x_tr_hl=fr_x_tr_pto=sc" class="spip_out" rel="external"a pu racheter/a le iFrankfurter Rundschau/i en 2013, bien que cela l'ait placée en position dominante dans le Land de Hesse./p
pSuite aux mesures anti-concentrations, la baisse du nombre de rédactions autonomes a ralenti. Mais la crise économique que subit la presse dans les années 2000, notamment sur le terrain publicitaire, va provoquer, sous la pression des gros éditeurs, une libéralisation croissante des concentrations. Le plafond de CA n'est plus divisé que par 10 en 2005, puis 8 en 2013, et enfin 4 en 2021. C'est à cette période que, selon Valérie Robert, « iles groupes de journaux qui changent de mains sont de plus en plus gros, et [que] la presse suprarégionale n'est plus épargnée/i ».span class="spip_note_ref" [a href="#nb15" class="spip_note" rel="appendix" title="Valérie Robert, op. cit., p. 65." id="nh15"15/a]/span/p
/br
h3 class='article_intertitres'Une presse fortement concentrée/h3
p/brBeaucoup plus prospère que la française, la presse allemande était paradoxalement moins concentrée jusqu'à une période récente. Selon une évaluation de Valérie Robertspan class="spip_note_ref" [a href="#nb16" class="spip_note" rel="appendix" title="Op. cit., p. 61-63 et 72-73." id="nh16"16/a]/span portant sur l'année 2010, les dix premiers groupes de presse quotidienne allemands réalisaient 59 % de la diffusion totale, contre 84 % pour les dix premiers français. Ces dix premiers groupes détenaient 37 % des titres de presse en Allemagne, contre 76 % en France. Pour les magazines, la chercheuse compte, en 2010, que les 5 premiers groupes de presse représentent dans les deux pays 65 % de la diffusion totale, avec une concentration plus intense en France, puisqu'il y a deux fois moins de titres qu'en Allemagne. Mais, selon le Medienvielfalt monitorspan class="spip_note_ref" [a href="#nb17" class="spip_note" rel="appendix" title="Observatoire du pluralisme, qui publie chaque année des données actualisées (…)" id="nh17"17/a]/span, entre 2010 et 2024 la presse allemande a continué de se concentrer pour atteindre 87 % de la diffusion totale pour les 10 premiers groupes, et 73,5 % pour les 5 premiers groupes de magazines. Bien que plus diverse, la presse allemande est désormais aussi concentrée que la française./p
pEffet de cette concentration, la presse quotidienne allemande est en position de monopole dans un nombre de plus en plus important de villes et de Länderspan class="spip_note_ref" [a href="#nb18" class="spip_note" rel="appendix" title="Pour rappel, en France, le monopole régional est la règle, à de rares (…)" id="nh18"18/a]/span. Particulièrement dans l'ancienne RDA, où les journaux du parti socialiste unifié (SED) furent achetés dans les premières années 1990 par les groupes de presse de l'ouest, perpétuant ainsi un monopole… devenu capitaliste. Comme le dit Michael Haller, journaliste et chercheur : « iC'est l'une des négligences des hommes politiques ayant mené la réunification à bien de ne pas avoir pluralisé les structures monopolistiques de l'époque de la RDA, les confirmant au contraire en appliquant les conditions de l'économie de marché. La conséquence est que, aujourd'hui, presque tous les journaux régionaux des nouveaux Länder sont des monopoles./i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb19" class="spip_note" rel="appendix" title="Michael Haller, « La presse en Allemagne », Communication Langages, (…)" id="nh19"19/a]/span Ce faisant, les journaux de l'est se greffaient sur une tendance déjà à l'œuvre à l'ouest depuis de longues années. Car dans l'économie de marché endogame de la presse allemande, la seule solution, toute relative, à la crise de la presse réside dans les concentrations, qui permettent de réduire les coûts par des économies d'échelle et des licenciements, au prix du pluralisme. Une carte dressée par Andrea Czepekspan class="spip_note_ref" [a href="#nb20" class="spip_note" rel="appendix" title="Andrea Czepek, op. cit., p. 143." id="nh20"20/a]/span des zones de monopole et des zones pluralistes prenant en compte les rédactions autonomes fait apparaître pour l'année 2009 une partition en à peu près deux parties, soit plus de la moitié de l'Allemagne sous monopole, et une partie où les habitants ont deux ou plusieurs sources d'information dans la presse quotidienne. Tendance qui s'est poursuivie avec la progression des concentrations./p
/br
div class='spip_document_16274 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/concentrationallemagne.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH336/concentrationallemagne-d947c.png?1762773647' width='500' height='336' alt='' //a
/figure
/div
centersmallAndrea Czepek, op. cit., p. 143./small/center
p/brstrongJean Pérès/strong/p
hr class="spip" /
p/brstrongAnnexe : Petit panorama de groupes de presse/strongspan class="spip_note_ref" [a href="#nb21" class="spip_note" rel="appendix" title="La plupart des informations sur les groupes de presse sont issues de leurs (…)" id="nh21"21/a]/span/p
p/brAssez représentatif des processus de concentration dans la presse, le groupe Madsack s'est construit autour du principal quotidien de Hanovre, le iHannover Anzeiger/i, fondé en 1893. En 1937, Erich Madsack, propriétaire du groupe, adhère au parti nazi, le NSDAP. En 1943, le gouvernement national-socialiste fait fusionner le iHannover Anzeiger/i avec le iQuotidien de Basse Saxe/i (iNiedersächsischen Tageszeitung/i), si bien qu'au moment du retour aux affaires de Madsack, en août 1949, il est le premier quotidien de la région. En 1973, deux autres journaux de Basse Saxe sont acquis. Ainsi, pendant 80 années, le groupe Madsack s'étend sur le seul Land de Basse Saxe par achats successifs de plusieurs quotidiens./p
pAprès la chute du mur cependant, Erich Madsack achète à d'autres groupes de presse (Springer, FAZ, Bertelsmann) des quotidiens importants dans le Schleswig Holstein, et aussi dans les Länder d'ex-RDA de Saxe et du Brandebourg. Enfin et surtout, en 2009, il achète la presse quotidienne de Springer (iLeipziger Volkes Zeitung/i, iLübecker Nachrichten/i, iKieler Nachrichten/i, iSegeberger Zeitung/i), devenant ainsi un acteur majeur de la presse également dans le Land de Schleswig Holstein. Il poursuit encore son extension en 2011 en pénétrant le Land de Brandebourg par le rachat du iMärkische Allgemeine/i, quotidien le plus lu de la région, au iFrankfurter Allgemeine Zeitung/i. Et in fine, Madsack achète à Bertelsmann en 2024 le DDV Medien Gruppe, avec notamment le iSächsische Zeitung/i et le iMorgenpost Sachsen/i, lui assurant une position dominante en Saxe. Une vingtaine de quotidiens répartis sur cinq Länder lui appartiennent désormais. Parallèlement, Madsack a acheté des journaux d'annonces, fait développer des applications numériques, fait produire des films et des reportages pour la télévision, proposé des services : portage, logistique, centres d'appel, publicité, et même du co-voiturage. En 2024, il compte 900 000 abonnés aux quotidiens pour un chiffre d'affaires de 780 millions d'euros (2022). Un des principaux actionnaires du groupe Madsack, pour 23,5 %, est la Deutsche Druck und Verlagsgesellschaft (DDVG), groupe de presse dont le propriétaire se trouve être le SPD, parti socialiste allemand. La DDVG, 8e groupe de presse du pays, possède aussi ses propres journaux et imprimeries. En 2004, son rachat du iFrankfurter Rundschau/i, quotidien d'audience nationale, fit grand bruit. Le SPD se défend de toute intervention sur la ligne éditoriale de ses publications, mais, en 2005, certains de ses membres auraient incité le iFrankfurter Rundschau/i à une critique plus féroce de son concurrent de la gauche radicale, Die Linke./p
pLe groupe Funke (Funke Medien Gruppe) a une évolution très comparable à celle de Madsack à partir d'un autre land, la Rhénanie du Nord Westphalie. Journaliste, Jakob Funke adhère au NDSAP en 1941, et devient chef de bureau à l'agence de presse nazie. En 1948, à Essen, naît le quotidien iWestdeutsche Allgemeine Zeitung/i (WAZ), qui demeure aujourd'hui le deuxième quotidien allemand, après iBild/i, avec 20 éditions régionales. Erich Prost, journaliste résistant allemand est son premier propriétaire avec Jakob Funke. Dans les années 1970, quatre autres quotidiens de la même région seront acquis. Après la chute du mur, Funke récupère plusieurs quotidiens de Thuringe qu'il associe dans le iFunke Medien Thuringen/i, un des plus gros groupes de presse dans l'ex-RDA. Sa plus importante opération est l'achat en 2013 à Springer, pour 920 millions d'euros, de deux nouveaux quotidiens, le iBerliner Morgenpost/i, un des principaux quotidiens de la capitale, et le iHamburger Abendblat/i, ainsi que des magazines de télévision et des féminins. Si bien qu'en 2024, le groupe compte une vingtaine de quotidiens répartis sur cinq Länder. Le groupe Funke dispose également d'un pôle magazines et de prises de participation à l'étranger. Il compte aujourd'hui une quarantaine de magazines dans les domaines de la télévision, du style de vie, de la féminité, de la cuisine, etc., ce qui fait de lui un des premiers groupes européens en la matière. Il s'étend à l'étranger à partir de 1987, lorsqu'il prend 50 % du premier quotidien autrichien, iDie Krone/i (810 000 exemplaires en 2012) et en 1988, 49,4 % dans le iKurier/i (108 000 exemplaires en 2019), également autrichien. Il est également actif en Hongrie, Albanie, Croatie, et Russie. Comme le groupe Madsack, il s'étend aux marchés connexes des petites annonces et des offres digitales à l'intention des femmes, dans les domaines de la santé et de l'habitat, et anime en outre des stations de radio dans la Westphalie du Nord et un portail de vidéos à la demande (VOD). Avec 5 400 salariés et 1 700 journalistes (et 14 000 livreurs) pour un chiffre d'affaires de 1,13 milliards d'euros (2022), Funke Medien Gruppe ambitionne rien de moins que de devenir le premier groupe de médias allemand./p
pD'autres groupes de presse se sont constitués à partir de magazines comme le groupe Bauer, né de l'imprimerie à la fin du XIXe siècle. Pendant la guerre, son propriétaire, Alfred Bauer, fut membre du parti nazi, qui lui a permis d'augmenter la diffusion de ses magazines. Le groupe a cumulé au fil du temps quelque 60 magazines en Allemagne, et plus de 500 dans d'autres pays à partir de la fin des années 1980. Par exemple, il achète en 2007 le groupe britannique Emap (magazines et radios) pour 1,58 milliard d'euros, ou encore, pour 407 millions d'euros, le plus important détenteur de magazines en Australie. Il possède également les deux principaux quotidiens de Saxe Anhalt. C'est l'un des plus grands groupes de presse européen, avec 15 000 salariés dans 12 pays et 2,3 milliards d'euros de chiffre d'affaires. En France, Bauer possède quelques publications (iTélécâble Sat Hebdo/i, les magazines féminins iMaxi/i, iMaxi Cuisine/i, iJeux de Maxi/i)./p
pLe groupe Burda est également issu de l'imprimerie à Offenburg (Bade Wurtemberg), au début du XXe siècle. Il prospère dans l'acquisition de magazines, notamment sous le nazisme, dont Hubert Burda est membre du parti. Actionnaire de Springer en 1983 (25 %), il bénéficie de dividendes très importants, mais échoue à en prendre le contrôle en 1988. Dès lors, il se rabat sur les magazines à forte diffusion (iBunte/i, iPlayboy/i-édition allemande, iElle/i-édition allemande), et crée iFocus/i, grand concurrent du premier magazine d'information iDer Spiegel/i. À partir des années 2000, le groupe étend son domaine aux activités digitales, dont il tire aujourd'hui plus de la moitié de ses revenus. Comme le groupe Bauer, il développe son activité dans 12 pays, dont la France avec iLe Nouveau détective/i, et 6 autres magazines de la filiale Burda Bleu. Il emploie 12 000 salariés, édite 444 magazines pour un chiffre d'affaires de 2,7 milliards d'euros (2023)./p
pUnique en son genre, le groupe Axel Springer doit l'essentiel de sa prospérité au quotidien à sensation iBild Zeitung/i, premier journal européen en tirage. Il tire encore, malgré une baisse constante, à presque un million d'exemplaires. Son édition du dimanche (iBild am Sonntag/i) est le deuxième magazine allemand, et celui dédié aux femmes (iBild der Frau/i) le 5e, au sport, le 6e. En outre, le groupe Springer possède iDie Welt/i, un des plus importants quotidiens d'information. Après avoir vendu une partie de sa presse à Funke, Springer reste détenteur d'une trentaine de magazines, et de sites comme l'américain Politico (son plus gros investissement, un milliard d'euros) ou le français Marmiton. Le fonds d'investissement KKR (pour « Kohlberg Kravis Roberts Co »), l'un des plus importants du monde, est devenu en 2019 l'actionnaire majoritaire du groupe qui, en septembre 2024, se divise en deux entités autonomes : KKR récupère les sites d'annonces et Springer reprend toute la partie presse. Il conduit depuis quelques années une conversion de son empire de presse vers le numérique – en particulier les sites d'information en ligne – qui constitue la plus grande part de ses recettes et de ses bénéfices, respectivement de 3,9 milliards et 750 millions d'euros (2023), pour un effectif de 18 000 salariés./p
pQuant au géant allemand des médias et de l'édition, Bertelsmann (145 000 salariés, CA de 13,8 milliards d'euros en 2021), il est d'abord une maison d'édition née en 1835. Le groupe s'est fortement enrichi au cours de la Deuxième Guerre mondiale grâce à une coopération étroite avec le régime nazi. « iBertelsmann s'était spécialisé dans la publication d'ouvrages à la gloire de la Wehrmacht. Une cinquantaine d'ouvrages littéraires (sur 1 200 publiés à l'époque) contenaient des attaques antisémites massives/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb22" class="spip_note" rel="appendix" title="« Le passé nazi de Bertelsmann avéré », Libération, 10 octobre 2002." id="nh22"22/a]/span. Son activité dans la presse débute en 1970, alors qu'il est déjà un des plus gros groupes de communication du monde. En achetant l'éditeur Grüner+Jahr, il acquiert un certain nombre de magazines, parmi lesquels on compte l'un des plus importants, iStern/i, dans l'information politique et générale, et iBrigitte/i, magazine féminin qui était alors le plus fort tirage en Allemagne (800 000 exemplaires), ainsi que de nombreux magazines dans d'autres pays. Il devient ainsi un des plus importants groupes de presse magazine d'Allemagne. Il possédait en France le groupe Prisma Presse, une quarantaine de titres (iGeo/i, iGala/i, iFemme actuelle/i, iVoici/i, iCapital/i…) qu'il a vendus à Bolloré en 2021. D'une manière générale, le groupe veut faire le ménage dans sa presse magazine en ne gardant que les titres les plus importants. En février 2023, Bertelsmann annonce la suppression de 700 emplois dans le pôle magazine, soit le tiers des effectifs./p
pOn aura remarqué la notable quantité d'investissements des groupes allemands dans des entreprises étrangères, y compris en France, alors que les médias français restent, à de rares exceptions près, centrés sur l'hexagone. Une question de capacité capitalistique, sans doute, mais aussi le fait que les médias français qui sont aux mains d'industriels se soucient peu d'exercer une influence politique dans des pays étrangers, alors que les allemands y voient une occasion d'étendre leur empire et d'augmenter leurs profits sans enfreindre les lois allemandes anti-concentrations./p/div
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div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanValérie Robert, iLa presse en France et en Allemagne. Une comparaison des systèmes/i, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2011, p. 52-53./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanValérie Robert, op. cit., p. 103-110./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanErhard Becker, « La presse allemande depuis 1945 » iin/i Henri Ménudier, iL'Allemagne occupée 1945-1949/i, Presses Sorbonne Nouvelle, 1989, p. 97-103./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanErhard Becker, op. cit./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanErhard Becker, op. cit./p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /span« Allemagne de l'ouest : naissance d'une presse "alternative" contre les géants », a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1977/05/BECKER/34244" class="spip_out" rel="external"iLe Monde diplomatique/i, mai 1977/a./p
/divdiv id="nb7"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanAxel Springer, qui passe pour un des moins compromis, et qui fut un des premiers à recevoir une licence des puissances occupantes, n'était pas membre du NSDAP, mais il était tout de même membre, à partir de 1934, de la NSKK, organisme paramilitaire qui recrutait ses membres sur la preuve de leur origine aryenne, et qui participa à la déportation de juifs./p
/divdiv id="nb8"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh8" class="spip_note" title="Notes 8" rev="appendix"8/a] /spanPareillement en France : on pense à Prouvost, au trust Hachette, et surtout à Robert Hersant, a href="https://www.acrimed.org/Petite-histoire-des-ordonnances-de-1944-sur-la"collaborateurs notoires devenus des magnats de la presse/a./p
/divdiv id="nb9"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh9" class="spip_note" title="Notes 9" rev="appendix"9/a] /spanManfred Kötterheinrich, « Die Konzentration in der deutschen Presse », iin/i Harry Pross (dir.), iDeutsche Presse seit 1945/i, 1965, p. 78-79./p
/divdiv id="nb10"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh10" class="spip_note" title="Notes 10" rev="appendix"10/a] /spanC'est ce qu'on appelle la « matrice » dans les années 1950 ou le « manteau » plus tard. Cette politique est a href="https://www.acrimed.org/La-mutualisation-en-marche-dans-le-groupe-EBRA"également suivie en France par le groupe EBRA/a./p
/divdiv id="nb11"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh11" class="spip_note" title="Notes 11" rev="appendix"11/a] /spanCas limite de cette tendance, le iWestfalische Rundschau/i a vu sa rédaction centrale et ses rédactions locales supprimées en 2013 par le groupe Funke, et ses 120 journalistes licenciés. Seul le titre perdure, alimenté par d'autres instances du groupe et d'anciens concurrents locaux./p
/divdiv id="nb12"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh12" class="spip_note" title="Notes 12" rev="appendix"12/a] /spanAndrea Czepek définit les différentes modalités de cette perte d'autonomie des rédactions : br class='autobr' /
1. Un journal distribue plusieurs « éditions locales » qui ne diffèrent que par le contenu de leurs actualités locales.br class='autobr' /
2. Une entreprise de presse possède plusieurs journaux portant des noms distincts, mais une salle de rédaction centrale produit les actualités nationales et internationales pour l'ensemble des titres. Seule la couverture des actualités locales est effectuée séparément.br class='autobr' /
3. Les journaux sont indépendants les uns des autres sur le plan économique, mais ceux de plus petite taille achètent leurs actualités nationales et internationales à un plus grand journal et n'exploitent qu'une salle de rédaction locale.br class='autobr' /
Andrea Czepek, « La concentration de la presse écrite et le pluralisme en Allemagne », in Franck Rebillard et Marlène Loicq (dir.), « Pluralisme de l'information et imedia diversity/i », iCulture communication/i, 2013, p. 139./p
/divdiv id="nb13"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh13" class="spip_note" title="Notes 13" rev="appendix"13/a] /span« Allemagne de l'ouest : naissance d'une presse "alternative" contre les géants », a href="https://www.monde-diplomatique.fr/1977/05/BECKER/34244" class="spip_out" rel="external"iLe Monde diplomatique/i, mai 1977/a./p
/divdiv id="nb14"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh14" class="spip_note" title="Notes 14" rev="appendix"14/a] /spanValérie Robert, op.cit., p. 60./p
/divdiv id="nb15"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh15" class="spip_note" title="Notes 15" rev="appendix"15/a] /spanValérie Robert, op. cit., p. 65./p
/divdiv id="nb16"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh16" class="spip_note" title="Notes 16" rev="appendix"16/a] /spanOp. cit., p. 61-63 et 72-73./p
/divdiv id="nb17"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh17" class="spip_note" title="Notes 17" rev="appendix"17/a] /spanObservatoire du pluralisme, qui publie chaque année des a href="https://medienvielfaltsmonitor.de/" class="spip_out" rel="external"données actualisées sur les médias/a./p
/divdiv id="nb18"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh18" class="spip_note" title="Notes 18" rev="appendix"18/a] /spanPour rappel, en France, le monopole régional est la règle, à de rares exceptions près./p
/divdiv id="nb19"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh19" class="spip_note" title="Notes 19" rev="appendix"19/a] /spanMichael Haller, « a href="https://www.persee.fr/doc/colan_0336-1500_1999_num_121_1_2940" class="spip_out" rel="external"La presse en Allemagne/a », iCommunication Langages/i, n°121, 1999, p. 15-26./p
/divdiv id="nb20"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh20" class="spip_note" title="Notes 20" rev="appendix"20/a] /spanAndrea Czepek, op. cit., p. 143./p
/divdiv id="nb21"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh21" class="spip_note" title="Notes 21" rev="appendix"21/a] /spanLa plupart des informations sur les groupes de presse sont issues de leurs sites ou des sites des journaux associés et de leurs fiches Wikipédia./p
/divdiv id="nb22"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh22" class="spip_note" title="Notes 22" rev="appendix"22/a] /span« a href="https://www.liberation.fr/culture/2002/10/10/le-passe-nazi-de-bertelsmann-avere_418043/" class="spip_out" rel="external"Le passé nazi de Bertelsmann avéré/a », iLibération/i, 10 octobre 2002./p
/div/div
ven, 2025-11-07 11:24
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/mamdani-e34f4.png?1762507500' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pMardi 4 novembre, le candidat démocrate Zohran Mamdani a été élu maire de New York. Un socialiste, qui plus est musulman, à la tête de la première place financière du monde ? Vent de panique dans l'éditocratie !/p/div
div class='rss_texte'pLes mines sont défaites sur le plateau de Pascal Praud, mercredi 5 novembre (CNews, Europe 1). Le bandeau affiche « Un maire pro-palestinien élu à New-York » et le présentateur se lance dans le petit édito qui introduit chacune de ses émissions : « iL'élection de Zohran Mamdani à New York n'est pas une surprise…/i » soupire Praud, manifestement dépité, « ielle consacre un candidat socialiste […]. Mamdani est musulman, il se présente comme tel. […] Il condamne le 7 octobre du bout des lèvres, mais condamne aussi Israël, qu'il accuse d'apartheid…/i » Passée cette présentation sommaire, qui coche méthodiquement toutes les cases de la diabolisation, Praud tente, avec la même finesse d'analyse, une lecture sociologique de l'événement politique : « iLes bobos de New York ressemblent aux bobos de Paris/i » avance l'animateur, qui estime que cette « ijeunesse diplômée mais appauvrie […] est prête à tout, y compris la violence, pour faire changer les choses/i ». L'auditeur inattentif a peut-être perdu le fil à ce stade : la « iviolence/i » dont il est question ici est en réalité la victoire électorale d'un candidat démocrate dans une des villes les plus riches du monde./p
/br
h3 class='article_intertitres'« iUn candidat quasi-ouvertement antisémite/i »/h3
p/brLa suite de l'émission est à l'avenant : l'ancien député RN et chroniqueur Gilbert Collard affirme que « ic'est un vote qui va vers un candidat affiché comme antisémite/i ». « iOui, bien sûr/i, confirme Pascal Praud, iparce qu'il y a aussi ce vote communautaire !/i » Voilà l'analyse du vote « ibobo/i » complétée par un vote « icommunautaire/i » [des New-Yorkais musulmans, NDLR] que Pascal Praud relie tout naturellement à la question de l'antisémitisme. Le « ivote communautaire/i » et « iantisémite/i » attribué aux musulmans est un tel « ça va de soi » sur le plateau de CNews que personne ne le conteste : « iComme en France, l'antisémitisme est devenu un outil de conquête du pouvoir/i », abonde plutôt Éric Naulleau, qui voit deux visages chez Mamdani, l'un « isémillant/i » et l'autre « iinquiétant/i ». Mamdani est à la fois « ile représentant du communautarisme radical musulman/i », selon Gilbert Collard, et un militant pour les droits des personnes trans. Une contradiction apparente que Naulleau résout, comme d'habitude, par le soupçon de dissimulation de sa vraie nature, qu'il est devenu commun de prêter à n'importe quel musulman : « iIl y a de la taqiya chez cet homme, il faut bien le dire…/i »/p
p« Un maire antisémite à New York ? », se demandait déjà Bernard-Henri Lévy dans son « bloc-notes », quelques jours plus tôt (iLe Point/i, 29/10). Le point d'interrogation ne portait pas sur l'antisémitisme de Zohran Mamdani, qui ne fait aucun doute dans son papier, mais plutôt sur l'éventualité de sa victoire : « iLes jeux, bien sûr, ne sont pas faits/i, écrit le « philosophe », mais « ice serait une date noire pour les Juifs de New York/i ». « iSa victoire serait un signal d'alerte pour les juifs new-yorkais ?/i », demande le journaliste Steve Nadjar sur Radio J (3/11). « iBien sûr, bien sûr,/i lui répond Christophe Barbier, imais d'ailleurs, une partie de la communauté juive est favorable à ce candidat, parce qu'ils voient le démocrate, avant de voir l'antisioniste soupçonné, et soupçonné à juste titre !/i » Soupçonné de quoi ? Barbier ne le dira même pas, puisque c'est un autre « ça va de soi ». Dans iLe Point/i, Frantz-Olivier Giesbert explose de rage (5/11) :/p
blockquote class="spip"
pL'ignardise et le panurgisme sont devenus les deux mamelles de notre époque. C'est ainsi que, selon les sondages, 16 % des Juifs de New York s'apprêtaient, avant le vote de mardi, à voter pour Zohran Mamdani, candidat quasi ouvertement antisémite à la mairie de la ville. Si ce n'est pas de l'inconscience ou de la haine de soi, c'est de la bêtise./p
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pL'éditorialiste du iPoint/i, qui pense voir un candidat « iquasi ouvertement antisémite/i », se croit donc autorisé à prescrire un comportement électoral en fonction d'une appartenance religieuse, et parle de « ihaine de soi/i » pour les juifs qui ne s'y conformeraient pas. Des esprits taquins pourraient voir dans cette mobilisation de la figure du « juif honteux » un trope antisémite classique. Mais FOG n'est pas le seul à se permettre cette audace. Dans un trop long (et laborieux) portrait, iCauseur/i prévient : « iSi beaucoup de juifs de New York […] partagent certaines positions progressistes, l'élection de Zohran Mamdani à la mairie, [aura] des conséquences inévitables au sein, et peut-être à l'encontre, de cette communauté./i » Le magazine d'extrême droite décrit Mamdani comme un « imarxiste-léniniste/i », « iun narcissique déraciné de naissance/i », « iqui n'est chez lui nulle part/i »… Et les esprits les plus taquins pourraient voir ici un autre trope raciste, d'ailleurs souvent dirigé contre les juifs. Le journal iFranc-Tireur/i cotise également (29/10), avec un « portrait qui fâche », dans lequel Mamdani est décrit comme un « iproche des mouvements fréristes/i », qui « iaffiche fièrement son islamogauchisme/i », « iprototype chimiquement pur de la gauche woke et pastèque/i », et « icandidat intifada/i », rien que ça. Des éléments qui seront recyclés à l'antenne de LCI par Abnousse Shalmani (5/11), qui parle elle aussi d'un « iproche des frères musulmans/i », qui « iporte avec morgue le discours antisioniste et antisémite/i », derrière une façade sympathique : « iEn résumé, Mamdani ratisse large tout en sourire et en volonté de faire payer les riches pour assurer une vie paradisiaque aux pauvres… Je rappelle pour les distraits que cette grande idée a souvent fini dans des charniers…/i »/p
p« iFrériste/i », « iquasi ouvertement antisémite/i », « iislamogauchiste/i », « imusulman/i » : la chroniqueuse Céline Pina en avait assez pour conclure et va décrocher haut la main, et en un seul tweet, la palme de l'ignominie raciste : « iNew-York s'est donné à un islamiste/i », écrit-elle en partageant un montage qui rapproche une photo de Mamdani et les attentats du World Trade Center, surmonté de ce commentaire : « 2001, n'oublions jamais – 2025, nous avons oublié ». Un dérapage authentiquement raciste, qui consiste (parce qu'il est musulman) à assimiler Mamdani à un terroriste./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/celinepina.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH593/celinepina-402f1.png?1762505959' width='500' height='593' alt='' //a
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p/brL'œuvre a eu l'air de plaire à sa consœur, Tristane Banon, chroniqueuse régulière sur France Info et membre de la clique iFranc-Tireur/i, qui s'est empressée de la repartager… avant de la retirer face au tollé, tout en réitérant son amalgame raciste : « iJ'ai retiré mon post, car si l'image est trop forte, et choque même ceux qui savent parfaitement les accointances de Zohran Mamdani avec l'islamisme, c'est qu'elle est mauvaise. Il faut savoir admettre ses erreurs…/i » La petite sphère printaniste s'était visiblement repassé le motspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Caroline Fourest étant également de la partie. Lire « En France aussi, la (…)" id="nh1"1/a]/span, puisque l'inénarrable Florence Bergeaud-Blackler ira aussi de sa comparaison avec le 11 septembre : « iLa victoire de Zohran Mamdani est celle de la vision d'Edward Said, du postcolonialisme et de l'antisionisme. Certains s'en réjouissent, les tours jumelles retombent./i »/p
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h3 class='article_intertitres'« iCe serait un jour noir pour les juifs de New York./i »/h3
p/brMais « l'antisémitisme » de Mamdani n'est pas une évidence que dans les éditos bourrins des chaînes d'infos, dans les blocs-notes des magazines réactionnaires de milieu de semaine, ou dans les tweets de fin de soirée d'une éditorialiste d'extrême droite. C'est un lieu commun que l'on peut également entendre dans des salons plus feutrés, comme dans « C ce soir », l'émission de France 5 présentée ce soir-là par Camille Diao (4/11). La séquence vaut le coup d'être citée en longueur, puisqu'elle déplie (et démonte, pour une fois) l'un des petits arrangements avec la vérité sur lesquels s'appuie l'éditocratie pour peindre Mamdani en candidat « quasi ouvertement antisémite » :/p
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pstrong- Laure Adler :/strong Il a dit des choses très ambiguës quand même sur Israël, il a fait des déclarations quand même absolument consternantes…/p
pstrong- Lumir Lapray/strong (« activiste ») strong :/strong Lesquelles ?/p
pstrong- Laure Adler :/strong Ben, quand il a parlé du « talon de la police de New York qui était lacée par l'État d'Israël », je ne sais pas comment il faut comprendre ça si ce n'est comme une remarque antisémite ! En tout cas plus qu'ambiguë…/p
pstrong- Lumir Lapray :/strong Alors j'avoue que je n'ai pas…/p
pstrong- Laure Adler :/strong Si si, ben alors j'vous montrerai, mais ça a été dans tous les journaux, à la Une de tous les journaux…/p
pstrong- Gallagher Fenwick/strong (journaliste américain) strong :/strong La citation exacte c'est « iQuand le pied de la NYPD est sur votre cou, la chaussure qui est sur ce pied est lacée par l'armée israélienne…/i »/p
pstrong- Laure Adler :/strong Et ben vous appelez ça comment ?/p
pstrong- Gallagher Fenwick :/strong C'est une réalité. C'est qu'il y a une coopération entre la police new-yorkaise, qui fait des entraînements avec l'armée israélienne. Ils collaborent ensemble régulièrement sur des exercices, ce sont des faits, qui sont documentés, qui sont connus… Il s'est expliqué à de multiples reprises sur cette citation…/p
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pLa réponse installe un silence sur le plateau : les « iUnes des journaux/i » qui qualifiaient Mamdani d'antisémite sur la base de cette affirmation étaient apparemment parvenues jusqu'à Laure Adler… mais pas les multiples explications de l'intéressé à propos de cette citation reprise à l'envi, qui se fondait donc sur des faits a href="https://documentedny.com/2018/09/12/report-criticizes-nypd-collaboration-with-israel/" class="spip_out" rel="external"parfaitement établis/a./p
pCe qui n'empêchera pas BHL de répéter ce demi-mensonge à l'antenne de RTL (5/11) : « iVous dites que Zohran Mamdani est un antisémite, qu'est-ce qui vous fait dire ça ?/i », lui demande Anne-Sophie Lapix. « iSes propres déclarations !/i » répond BHL en étouffant un sourire, « ipar exemple, […] quand il déclare que lorsqu'un New-Yorkais sent sur la nuque la botte d'un policier du NYPD, cette botte a été lacée par l'armée israélienne/i ». Cette fois, l'interprétation fallacieuse ne rencontrera pas de contradiction./p
pDans un salon encore plus feutré, la matinale de France Culture, une autre intox venue d'Amérique est arrivée aux oreilles de Guillaume Erner, qui la reprend à son compte dans sa première question à son invitée, la chercheuse Ludivine Gilly (5/11) : « iLe communiste Mamdani, je dis communiste, parce que c'est comme ça que le qualifie Trump…/i » – et que c'est donc une raison suffisante pour le répéter. Erner se fait ensuite l'écho d'autres « icritiques virulentes/i » portées contre Mamdani par ses adversaires : « ianti-police/i », « iantisémite supposé/i ». Où l'on remarque que l'assaut éditorial contre le nouveau maire de New York n'est en fait qu'un pâle décalque de celui qu'a pratiqué pendant des mois la presse américaine, où le « isurnom de communiste [est une insulte]/i », rappelle iLe Monde/i (5/11)./p
p« iMême le très démocrate "New York Times" a publié des articles peu flatteurs et n'a pas endossé sa candidature/i », résume sobrement Solveig Godeluck dans iLes Échos/i (3/11), qui rappelle que le tabloïd de Rupert Murdoch iThe New York Post/i « ia appelé à voter contre "le socialiste radical, antisémite"/i » et « ia pilonné le candidat avec des couvertures/i ». Le jour de la victoire du candidat socialiste, le tabloïd ne s'est d'ailleurs pas embarrassé de subtilités et a titré « The Red Apple », en plaçant une faucille et un marteau entre les mains de Zohran Mamdani dans un montage grossier./p
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div class='spip_document_16270 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/newyorkpost.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH553/newyorkpost-b1348.png?1762505959' width='500' height='553' alt='' //a
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centersmalliNew York Post/i, 5 novembre 2025./small/center
p/brQuelques jours plus tôt, le iWall Street journal/i avait publié une tribune de BHL (29/10), qui y avait répété son adage : « iCe serait un jour noir pour les juifs de New-York./i »/p
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centerstrong***/strong/center
p/brLe torrent de boue qui a déferlé dès que l'élection du candidat socialiste à la mairie de New York a semblé se préciser n'était pas inédit. En juillet déjà, alors que Mamdani remportait la primaire démocrate, le magazine iRolling Stones/i, remarquait (2/07) : « iPour obtenir l'investiture démocrate à la mairie de New York, le jeune musulman progressiste a été confronté à une déferlante de désinformation haineuse./i » L'article du magazine new-yorkais, connu pour son top 100 du rock'n'roll, était sobrement a href="https://www.rollingstone.com/politics/politics-features/zohran-mamdani-misinformation-antisemitism-1235376681/" class="spip_out" rel="external"titré/a : « Démontage de toutes les con*eries concernant Zohran Mamdani ». Il est amusant d'y retrouver toutes celles entendues dans le débat français : « iMamdani n'est pas un communiste/i », « iMamdani n'a aucun lien avec le 11 septembre ni avec le terrorisme/i », « iMamdani n'a jamais rien dit ou fait d'antisémite/i » liste le magazine, en repartageant son enquête (4/11). De la même façon, le service Checknews de iLibération/i (6/11) a href="https://www.liberation.fr/checknews/le-nouveau-maire-de-new-york-zohran-mamdani-est-il-proche-des-freres-musulmans-20251105_JVS5EX4ENBF7RPMLTPJ3KYJTMA/" class="spip_out" rel="external"s'est attelé au démontage/a du « portrait qui fâche » de iFranc-Tireur/i et aux rumeurs de proximité avec « les frères musulmans » qui étaient, surprise, le résultat d'amalgames et d'approximations. Une nouvelle fois, on a pu constater que le « débunk », s'il était salutaire sur le fond, était cependant impuissant pour empêcher une nouvelle déferlante. Nous le savons à force de le documenter : ce n'est pas le « bullshit » qui arrête l'éditocratie./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
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pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanCaroline Fourest étant également de la partie. Lire « a href="https://www.mediapart.fr/journal/politique/061125/en-france-aussi-la-peur-du-grand-mechant-mamdani" class="spip_out" rel="external"En France aussi, la peur du grand méchant Mamdani/a », Mediapart, 6/11./p
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