
Action-CRItique-MEDias [Acrimed] est un Observatoire des médias. Acrimed intervient publiquement pour mettre en question la marchandisation de l'information, de la culture et du divertissement. Acrimed relève également les dérives du journalisme quand il est assujetti aux pouvoirs politiques et financiers et quand il véhicule le prêt-à-penser de la société de marché.
Mis à jour : il y a 32 minutes 10 secondes
lun, 2026-09-21 12:34
div class='rss_chapo'p30 ans de critique des médias, ça se fête ! Prises de parole, stands de collectifs et de médias, fanfare : Acrimed vous donne rendez-vous le 26 septembre à Paris (salle Olympe de Gouges, 15 rue Merlin), de 15h à 22h ! Entrée libre./p/div
div class='rss_texte'div class='spip_document_16622 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/affiche_30_ans.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH707/affiche_30_ans-569a5.jpg?1788864207' width='500' height='707' alt='' //a
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mar, 2026-09-15 16:33
div class='rss_chapo'pDéclaré victorieux à huit mois de l'élection présidentielle par l'ensemble des commentateurs, le RN est au centre de l'attention journalistique. Une fois n'est pas coutume, alors que certaines thématiques chères à la gauche – écologiques, économiques et sociales – lui disputaient (un peu) l'agenda, les chefferies médiatiques ont viré à tribord toute : l'interdiction du voile dans l'espace public fait la Une. Une séquence qui révèle les rouages structurels de la banalisation médiatique de l'islamophobie./p/div
div class='rss_texte'pMardi 1er septembre, Pascal Praud trônait sur le plateau de CNews, le teint légèrement hâlé, fraîchement rentré de La Baule, chargé du souvenir estival et néanmoins traumatique de ces « inombreuses femmes voilées/i » qui défilaient sous ses yeux « ivers 10h du matin/i », au moment où l'éditorialiste avait l'habitude de prendre un café « iavenue du général de Gaulle, la bien nommée/i ». « iIl n'y avait pas de femme voilée il y a quarante ans à La Baule/i », poursuivait-il, avant d'agiter sexisme et islamophobie dans un cocktail détonnant :/p
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pstrongPascal Praud :/strong Les jeunes femmes portaient des mini-jupes, des robes légères, parfois des bikinis, jamais de voile. Le voile islamique n'est pas une tradition française. Il n'appartient pas à notre culture, à nos mœurs, à notre histoire. Il est la conséquence d'une immigration massive et d'une religion importée sur le sol de France, l'islam./p
/blockquote
pNon sans avoir préalablement et mécaniquement fustigé le prétendu silence des « iféministes/i », « icomme si elles craignaient d'affronter la colère du monde musulman/i », l'éditorialiste concluait son plaidoyer par une adresse solennelle : « iOn a évidemment trop tardé. On ne s'en sortira plus, désormais, sans mesure radicale./i » Une manière d'afficher un soutien au RN qui, la veille, formulait la volonté d'interdire le voile dans l'espace public. Aucun doute : la rentrée médiatique a sonné./p
/br
h3 class='article_intertitres'La co-construction d'un agenda raciste/h3
p/brCette (nouvelle) séquence de stigmatisation des femmes musulmanes avait en réalité (re)commencé sur BFM-TV deux jours plus tôt. Le 30 août, la chaîne déroule le tapis rouge au député RN Jean-Philippe Tanguy pour un « grand oral », où le thème de l'immigration occupe, sans surprise, une place importante. Alléché comme tout professionnel de sa trempe par l'insignifiante tambouille politicienne et les vapeurs de rififi au sein du RN, le présentateur Marc Fauvelle lance de sa propre initiative le sujet suivant :/p
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pstrongMarc Fauvelle :/strong Jean-Philippe Tanguy, un mot sur le port du voile. Marine Le Pen a toujours dit : « Si j'arrive à L'Élysée, j'interdirai le port du voile dans l'espace public. » Il y a eu un séminaire organisé au Rassemblement national il y a quelques mois, et d'après iL'Express/i, qui a même cité ses propos, Jordan Bardella aurait émis des réserves, il aurait dit : « Je la sens pas cette mesure. Je ne la sens pas, je ne sais pas comment on va [la] faire appliquer, je ne sais pas si ça ne va pas nous couper aussi d'une partie de l'opinion. » Est-ce que, vous, vous la sentez ?/p
/blockquote
pS'ensuit une séquence d'à peine quatre minutes, au cours de laquelle Jean-Philippe Tanguy réitère l'une des propositions ancestrales de Marine Le Pen : en cas de victoire du RN, le port du voile dans l'espace public sera sanctionné – « iMarianne, elle est plutôt dénudée en France. Voilà./i » Rictus semi-gêné des journalistes, qui, malgré tout, ne pipent mot. Ou plutôt si : « iÇa sera dans le projet du RN ?/i », demande poliment Marc Fauvelle. Il n'en fallut pas plus…/p
pPendant au moins 72 heures, la déclaration inspire aux intervieweurs politiques leurs questions matinales, aux « reporters » leurs interpellations du personnel politique, aux magazines et chaînes d'info leurs « débats », aux JT leurs micros-trottoirs, aux journalistes politiques leurs plongées sous-marines dans les arcanes des partis, aux vérificateurs leurs « vrai ou faux », aux sondeurs leurs camemberts vides de sens, aux têtes pensantes leurs éditos, avant que chacune des réactions d'élus – sollicitée ou non – viennent à son tour grossir la chronique : la question du voile occupe de nouveau le haut de l'agenda. Et contrairement à ce qu'ont rapporté la plupart des journalistes si prompts à s'exonérer de toute responsabilité dans la co-construction de « l'actualité », ce n'est pas au RN que l'on doit sa énième mise en circulation… mais à un présentateur de télévision./p
pLe parti d'extrême droite ne s'est évidemment pas fait prier. Dès le lendemain, les fausses « indiscrétions » des uns font les « exclusivités » des autres : « iLe Rassemblement national prépare un référendum sur l'interdiction du port du voile si Marine Le Pen est élue lors de la présidentielle 2027, apprend France Inter ce lundi 31 août auprès de l'entourage de Marine Le Pen./i » (France Inter, 31/08) Un journalisme de communication : quelques instants plus tard, à l'issue d'une réunion au siège du RN, Jordan Bardella duplique le message devant un parterre de guetteurs à micros, tandis que d'autres élus courent déjà les plateaux des chaînes d'info pour croiser le fer avec des opposants qui, à leur corps défendant, contribuent à maintenir à flot cet agenda raciste en acceptant les joutes télévisées. Bref, la dialectique ordinaire de l'« actualité politique »./p
pQue de nombreux journalistes se soient élevés contre la proposition du RN en pointant notamment son anti-constitutionnalité ne change strictement rien au fond du problème : tous ont jugé légitime et acceptable qu'un tel « débat » se tienne (de nouveau) sur la scène médiatique, et tous ont œuvré (consciemment ou non) à ce qu'il en occupe le premier plan, la plupart du temps en l'absence de femmes musulmanes portant le foulard… comme à chaque séquence de cet acabit. Les cadrages journalistiques n'en ont été que plus discriminants : autopsie des intentions des concernées ; élucubrations quant aux significations « véritables » du voile ; comparaisons internationales éculées, notamment avec les femmes iraniennes ; plaidoyers faussement féministes (mais vraiment islamophobes) ; examen des bisbilles au sein du RN ; exégèse de la volonté « des-Français » en la matière, sondages à l'appui ; revue historique des positions d'élus ; questionnements pratico-pratiques omniprésents sur l' « applicabilité » d'une proposition foncièrement raciste… : rien n'aura été épargné./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/voile1.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH320/voile1-1a6dd.jpg?1789482829' width='500' height='320' alt='' //a
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p/brDans la matinale de Franceinfo face à Valérie Pécresse (31/08), le journaliste Simon Le Baron semblait (sincèrement) s'en indigner : « iVous voyez bien ce que cherche à faire le RN, c'est-à-dire à faire réagir sur des propositions choc alors que vous le dites, si je vous entends bien, elles sont inapplicables !/i » En effet… À ceci près qu'en première instance, aucune loi professionnelle n'obligeait le matinalier à « faire réagir » Valérie Pécresse sur cette question. Aucune, si ce n'est la routine tristement mimétique du journalisme français, brillamment résumée par sa consœur Agathe Lambret en début d'interview, consistant à ifaire le débat/i médiatique à partir d'« iun sujet qui fait débat/i »… surtout dans les médias./p
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h3 class='article_intertitres'Télévisions en continu : « premières sur l'info » raciste ?/h3
p/brCe pouvoir d'agenda, de nombreux médias l'ont mis en pratique avec brio. Pour Benjamin Duhamel, aux commandes de la nouvelle émission politique dominicale co-diffusée par France Inter et France 2, « Franc-jeu » (06/09), l'interdiction du port du voile est bel et bien « ile débat politique de la semaine/i » ; raison pour laquelle les deux rédactions le prolongent goulûment avec la mise en scène d'une confrontation typiquement médiatique (et 100% masculine) : Jean-Philippe Tanguy iversus/i Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/voile2.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH312/voile2-9c171.jpg?1789482830' width='500' height='312' alt='' //a
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p/brUne semaine plus tôt dans la matinale de LCI, après avoir amorcé l'interview du député RN Sébastien Chenu avec le sujet du voile (31/08), la journaliste Amélie Carrouër remettait le couvert face au coordinateur de La France insoumise (01/09). « iPeut-on débattre du voile, Manuel Bompard ?/i », feignait-elle de s'interroger, avant de consacrer à cette thématique le lancement puis les six premières minutes de son entretien./p
pIl en est allé de même sur d'autres télévisions en continu. Entre le 31 août et le 4 septembre, sur X, le compte de Franceinfo a par exemple publié pas moins de 30 posts sur le sujet. Un score largement dépassé par BFM-TV : 55 posts en cinq jours ! Intoxiqués par les logiques d'audiences, d'« impact » et de buzz qui contribuent à la déréalisation de tout, tout le temps, les présentateurs de la chaîne Saadé en ont même fait un argument de vente pour la marque BFM : « le moment Fauvelle/Tanguy » est devenu un symbole marketing. Le 31 août, le présentateur de « BFM Première », Mathieu Coache, en parle ainsi comme d'un « itemps fort/i » du week-end : « iune séquence qui a fait beaucoup réagir/i ». « iÇa s'est passé chez nous, sur BFM, dans "Le grand oral" du dimanche !/i », plastronne encore Maxime Switek dans la soirée. Son émission, « BFM Grand soir », a d'ailleurs su lui assurer un SAV digne de ce nom. Sur trois heures de programme, l'interdiction du voile fut de très loin le sujet le plus traité : 1h35 au total, soit un temps près de six fois supérieur à celui accordé, par exemple, à la séquence sur le prix des carburants./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/voile3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH320/voile3-e5e09.png?1789482830' width='500' height='320' alt='' //a
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p/brBFM-TV, « première sur l'info » raciste ? L'agenda de « BFM Grand Soir » fut en tout cas à l'image de la grille du 31 août, progressivement vampirisée par les séances de commentaires autour de l'interdiction du voile. De 20 minutes entre 10h et 12h, on est en effet passé à 30 minutes entre 12h et 14h ; puis, après une « accalmie » sur la tranche 14h-17h – peu regardée et occupée ce jour-là par une édition spéciale sur les obsèques d'Édouard Balladur – la thématique est revenue en force : 45 minutes dans l'émission d'Alain Marschall et Olivier Truchot, autant dans celle de Sonia Mabrouk et, enfin, 1h35 dans le programme de Maxime Switek. L'interdiction du voile a même constitué le sujet d'ouverture de ces trois émissions, qui se donnent chacune pour ambition d'attirer de fortes audiences, animées – et ce n'est pas (non plus) une coïncidence – par certaines des « têtes d'affiche » les plus passionnément de droite. Cet agenda obsessionnel s'est d'ailleurs accompagné d'un défilé de cadres frontistes dont « l'info en continu » est désormais coutumière : entre 10h et minuit, cinq d'entre eux auront ainsi cumulé six passages dans les studios de BFM-TVspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Andréa Kotarac, Aleksandar Nikolic (deux fois), Sébastien Chenu, Julien (…)" id="nh1"1/a]/span, la plupart du temps sous la forme de promenades de santé./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/voile4.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH299/voile4-ffca2.jpg?1789482830' width='500' height='299' alt='' //a
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h3 class='article_intertitres'Femmes musulmanes : un traitement discriminatoire/h3
p/brUne exposition médiatique à mettre en regard de celle dont a « bénéficié » la consultante Sara El Attar le même jour, seule et unique femme musulmane portant le foulard à avoir pu s'exprimer à l'antenne : deux passages dans les conditions d'un duplex, parasité par une mauvaise liaison technique et de nombreuses interruptions. Un traitement à charge dont elle a pu rendre compte dans a href="https://www.arretsurimages.net/emissions/arret-sur-images/voile-a-la-tele-la-grande-instrumentalisation-des-droits-des-femmes" class="spip_out" rel="external"l'émission d'Arrêt sur images (04/09)/a, et dont on prend la mesure à l'écoute des « questions » que lui ont adressées Olivier Truchot puis, dans une seconde émission, la transfuge de CNews, Sonia Mabrouk. Florilège :/p
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pstrong- Olivier Truchot :/strong Est-ce que vous êtes, finalement, le porte-parole de cet islamisme radical en portant le voile dans l'espace public ?/p
pstrong- Sonia Mabrouk :/strong Le voile […] n'étant pas inscrit dans les mœurs françaises, en tous les cas le voile tel qu'on l'entend, le voile islamique, est-ce que pour vous, malgré tout, c'est un signe d'intégration et d'assimilation ?/p
pstrong- Sonia Mabrouk :/strong C'est difficile de faire abstraction de ce qui se passe dans le reste du monde, c'est-à-dire que quand vous parlez ce soir, madame, vous parlez quand même au nom de certaines femmes. Et moi, je ne peux pas mettre de côté les femmes iraniennes qui se battent, qui se battent au mépris de leurs vies pour l'enlever, voyez-vous ? C'est impossible de penser comme si c'était simplement la liberté./p
pstrong- Sonia Mabrouk :/strong Quand vous regardez des images […] de certaines femmes qui sont battues, torturées parce qu'elles ont enlevé le voile, j'ai envie de savoir ce que ça vous fait, tout simplement. Parce que je ne peux pas imaginer que vous n'éprouvez pas de la solidarité envers ces femmes…/p
/blockquote
pSuspecte et coupable ia priori/i, Sara El Attar aura beau tenir la dragée haute et témoigner d'une solidarité « iavec toutes les femmes qui veulent se vêtir comme elles le souhaitent/i », comme d'un rejet catégorique des oppressions étatiques et patriarcales d'où qu'elles viennent, elle sera régulièrement interrompue. Et, sous le regard satisfait du député RN, le soupir voire le ricanement d'un autre intervenant – quatre hommes blancs sont en plateau ! –, elle subira la morgue et les coups de boutoir systématiques de Sonia Mabrouk : « iReconnaissez/i, lui lancera par exemple la journaliste, ique ça doit faire beaucoup souffrir certaines femmes qui vous écoutent ce soir, peut-être, à travers les frontières./i » Quant au sujet des discriminations systémiques subies par les femmes musulmanes en France, Sara El Attar sera instantanément renvoyée dans les cordes pour l'avoir mis sur la table : « iMadame ! Madame !/i, l'interrompt brutalement Sonia Mabrouk. iComparaison ne vaut pas raison : en Iran, elles se font tuer ! Moi, je n'aurais jamais l'indécence de comparer l'Iran et la France. Jamais !/i » C'est pourtant sous l'égide de ce parallèle d'autorité que la présentatrice aura construit plus de la moitié de son « entretien »…/p
/br
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/voile5.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/voile5-7d773.png?1789482830' width='500' height='279' alt='' //a
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p/brQuelques heures plus tôt sur LCI (31/08), un sort relativement similaire était réservé à l'avocate Lilia Bouziane. Où l'on assistait, par exemple, à cet échange proprement sidérant :/p
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pstrong- Élizabeth Martichoux :/strong Il faut respecter les règles qui sont en vigueur dans la société française. Et dans la société française, […] le voile est interdit dans un certain nombre d'exercices professionnels, dont le vôtre. Et vous ne voulez pas le respecter./p
pstrong- Lilia Bouziane :/strong Je serais bien curieuse de savoir pourquoi vous dites que je refuse de le respecter./p
pstrong- Élizabeth Martichoux :/strong Vous êtes obligée, mais vous voudriez que ça change, non ? Ou alors je me trompe ?.../p
pstrong- Lilia Bouziane :/strong Excusez-moi… Vous contestez quoi ? Est-ce que je respecte la loi ou est-ce que j'ai le droit de penser et de réfléchir ?/p
pstrong- Élizabeth Martichoux :/strong Vous respectez la loi, mais vous aimeriez la changer…/p
pstrong- Lilia Bouziane :/strong Non, c'est pas la loi que j'aimerais changer. Après, vous pouvez comprendre qu'en tant que jeune fille qui a toujours voulu être avocate […], bien sûr que ça me chagrine et que ça me peine de ne pas plaider. […] Et je ne comprends pas cette interdiction même juridiquement et intellectuellement./p
pstrong- Élizabeth Martichoux :/strong Vous pouvez heureusement plaider sans voile. Heureusement…/p
pstrong- Lilia Bouziane :/strong Bien sûr je peux, mais je ne le souhaite pas./p
pstrong- Élizabeth Martichoux :/strong Ben voilà./p
pstrong- Lilia Bouziane :/strong Ben voilà. Du coup, je respecte les lois./p
pstrong- Élizabeth Martichoux :/strong C'est dommage. C'est dommage de se priver d'une bonne avocate comme vous devez l'être parce qu'elle refuse de plaider sans voile… C'est la règle !/p
/blockquote
pCe n'était là qu'un avant-goût… « iEst-ce que vous comprenez les Français qui considèrent – et ils sont nombreux, il n'y a pas que le RN ! – que le voile est un symbole d'islamisme radical ?/i », osait encore la présentatrice Marie-Aline Meliyi. « iEt de soumission de la femme !/i », ajoutait Élizabeth Martichoux à la volée. L'ironie grinçante de l'avocate résonna alors comme la meilleure des réponses : « iAlors en toute honnêteté, quand j'entends ce qu'on dit toute la journée sur les chaînes de télé, oui, je comprends qu'ils le pensent…/i »/p
/br
div class='spip_document_16629 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/voile6.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/voile6-b5a83.png?1789482830' width='500' height='281' alt='' //a
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p/brLa diffusion de discours discriminants y est en effet monnaie courante, et l'impunité des agitateurs les plus en pointe sur le sujet du voile, proverbiale. De Natacha Polony – « iOn a le droit de dire que le voile ne correspond pas à la sociabilité française/i » (BFM-TV, 04/09) – aux chevaliers des médias Bolloré : « iLe Rassemblement national est courageux […]/i, déclarait par exemple Ivan Rioufol sur Europe 1 (31/08). iJe trouve intéressant de replacer aujourd'hui le débat sur le plan civilisationnel. […] Les Français ont bien compris qu'il y avait une grave crise existentielle et que la France était menacée par une submersion intérieure d'une autre civilisation./i » Sans oublier son ancien confrère et grand ponte du iFigaro/i qui, a href="https://www.lesinrocks.com/actu/je-deteste-la-religion-musulmane-yves-threard-du-figaro-en-roue-libre-sur-le-voile-184873-15-10-2019/" class="spip_out" rel="external"en 2019/a, se vantait publiquement d'être descendu d'un bus où « iil y avait quelqu'un avec un voile/i ». Le 31 août, lorsque Yves Thréard n'était ainsi pas occupé à délirer contre « il'entrisme/i » des wahhabites, « iles plus puissants dans l'infiltration de tous les secteurs de la société/i », il décrivait le voile comme « iune arme politique/i » et l'« iun des instruments de cet entrisme/i » :/p
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pstrongYves Thréard :/strong Si la notion de racisme peut exister, en l'occurrence là i[pour qualifier la proposition du RN, NDLR]/i, elle est complètement déplacée ! Le problème, c'est que vous le savez très bien, le port du voile, dans quasiment tous les cas en France, est un projet politique, est un acte militant, est un acte politique, est un acte d'hostilité justement à la laïcité française. Et ça n'a rien à voir avec le racisme ! Quant à l'islamophobie, c'est une expression qui sort de nulle part, ça ne veut rien dire du tout. (BFM-TV, 31/08)/p
/blockquote
pEt c'est un expert qui parle.../p
/br
h3 class='article_intertitres'Légitimation médiatique d'une loi raciste/h3
p/brProduit de l'acharnement de certains éditocrates aux convictions notoirement islamophobes, la stigmatisation médiatique des femmes musulmanes peut également résulter, dans d'autres cas… ou en même temps, d'un « excès de zèle » de la part de journalistes ayant trop (ou mal) assimilé les mythes et les contraintes professionnels qui s'imposent à eux. Celles du « débat » prétendument « pluraliste » ou de la sacrosainte « confrontation d'idées », par exemple. Le 1er septembre, RTL aura offert un cas d'école en la matière./p
pSujet principal de l'émission « Les auditeurs ont la parole », la proposition du RN sur le voile ne recueille pas l'enthousiasme : le répondeur de la radio enregistre de nombreux témoignages « contre ». Un premier – exprimant un message de tolérance (« ichacun fait ce qu'il veut/i ») et une forte lassitude devant la surexposition de cette thématique au détriment d'autres comme « ile chômage et la précarité/i » – est diffusé en guise d'introduction de l'émission. La présentatrice Amandine Bégot reçoit ensuite une deuxième auditrice, qui tient à exprimer « ila même chose/i » que sa prédécesseuse. « iVoir une femme qui porte le voile, ça ne vous gêne pas/i », résume quand même la présentatrice pour confirmation. « iDu tout./i ». « iMmmh./i » Puis c'est au tour de Sihame, qui porte le voile, de témoigner : rebelote ! Tant et si bien qu'au bout de quinze minutes, on sent la présentatrice de RTL dans un certain embarras :/p
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pstrongAmandine Bégot :/strong Sihame, Isabelle, on entend. […] J'aimerais entendre des auditeurs qui sont contre le port du voile et qui seraient favorables à ce référendum que propose le Rassemblement national. Ce que je dis toujours dans cette émission, ce qui est bien, c'est que même si les points de vue sont différents, on peut échanger de manière posée […], sans que ce soit violent. Donc s'il y a des auditeurs qui nous écoutent et qui se disent : "Mais non, oui, il faut l'interdire ce voile dans notre pays, et ce, partout.", vous nous appelez au 3210, vous nous laissez un petit message./p
/blockquote
pEt d'insister après la page de pub :/p
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pstrongAmandine Bégot :/strong Je vous cache pas que, pour l'instant, il y a que des gens contre cette proposition du Rassemblement national donc encore une fois, si vous y êtes favorable, bah… appelez-nous, que l'on puisse en débattre ! C'est le principe de l'émission. Dans le calme hein, on ne jugera personne, c'est juste pour en discuter./p
/blockquote
pC'est autour de la vingtième minute qu'apparaît le graalspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Après une auditrice ayant qualifié la proposition du RN de « complétement (…)" id="nh2"2/a]/span. « iMax est avec nous […]. Vous, vous êtes contre le port du voile. [Oui.] Pourquoi ?/i » Les efforts de RTL se voient alors dûment récompensés : l'auditeur se lance dans une tirade raciste, néanmoins parfaitement dans les clous de ce qui était attendu, et même, à ce stade, disons-le, espéré. « iC'est pas notre culture, c'est pas notre histoire et c'est pas notre religion/i », déclare ainsi l'auditeur, avant d'en ajouter une couche : « iVous vous rendez compte, […] la question, pour moi, elle a pas lieu d'être. On est en France, il y a pas à avoir des gens… euh… des femmes voilées dans la rue !/i »/p
pRésumons : Amandine Bégot cherche tellement à mettre en scène un « débat d'opinion » tel que l'éditocratie se le figure qu'elle en vient à appeler, sans avoir vraiment l'air de s'en rendre compte, à ce que des propos ouvertement discriminatoires soient tenus sur son antenne. « Juste pour » cocher une case. Pire : en verbalisant explicitement la position-type escomptée – « iIl faut l'interdire ce voile dans notre pays, et ce, partout./i » –, non seulement la présentatrice consigne cette position dans le registre du « dicible » (et crédibilise d'une pierre deux coups la proposition du RN), mais elle ouvre également la porte à d'autres propos racistes du même calibre, qui s'en trouvent par avance autorisés, encouragés, et donc légitimés. L'extrême droitisation du débat public se mesure pleinement à ce genre de séquence./p
/br
h3 class='article_intertitres'« iEst-ce que c'est la bonne méthode ?/i »/h3
p/brLe cadrage médiatique autour de la « faisabilité » du projet frontiste, omniprésent dans la presse comme nous le soulignions plus haut, a produit les mêmes dégâts. Pendant plusieurs jours, les plateaux ont ressemblé à s'y méprendre à la a href="https://www.acrimed.org/Blanchir-Zemmour-mode-d-emploi-mediatique"« Zemmour-mania » de 2021/a, lorsque les éditorialistes cherchaient à « ientrevoir quelques-unes des solutions ou des réponses/i » que proposait l'agitateur… « iau-delà des constats/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Ruth Elkrief, LCI, 27/09/2021." id="nh3"3/a]/span. Cinq ans plus tard sur BFM-TV (31/08), c'est en ces termes que le journaliste Julien Arnaud s'adresse au député européen et porte-parole Aleksandar Nikolic :/p
blockquote class="spip"
pstrongJulien Arnaud :/strong Jordan Bardella, il dit que c'est très difficile à mettre en œuvre, à mettre en pratique concrètement. Expliquez-nous : comment ça se passe ? Voilà, on a un voile dans la rue, on croise un membre des forces de l'ordre : qu'est-ce qui se passe ?/p
/blockquote
pEn fin de soirée, la journaliste Anne Saurat-Dubois interpellait Laurent Jacobelli, autre député RN : « iEst-ce que c'est la bonne méthode, voilà, les amendes ?/i » Son intervention précédente était du même tonneau :/p
blockquote class="spip"
pstrongAnne Saurat-Dubois :/strong Monsieur Jacobelli, juste une petite question, pardon. Pourquoi souhaitez-vous un référendum ? Vous pourriez vous dire : « À partir du moment où on sera élu, si on est élu, on aura eu la sanctification des urnes et donc on pourra considérer que ce qui est dans notre programme peut être mis en place. » Pourquoi vouloir ce véhicule supplémentaire du référendum ?/p
/blockquote
pLes journalistes politiques sont en pleine forme, prenant très au sérieux leur rôle de communicants… ou de techniciens : « iDans quel contexte serait-il sanctionné précisément, de quel voile parle-t-on et de quel montant serait cette amende ?/i, s'enquiert l'inspectrice Amélie Carrouër auprès de Sébastien Chenu. iSoyons concrets pour commencer./i » Et à chaque fois, le RN se frotte un peu plus les mains : l'objectif est atteint. iA fortiori/i dans des « médias de dédiabolisation », où les journalistes les plus en vue adhèrent pour certains à l'assimilation « voile/islam = islamisme », et renoncent, pour d'autres, à contrecarrer politiquement et philosophiquement les thèses de l'extrême droite. Car de fait, plus aucun acteur ne songe à contester la légitimité d'un « débat » sur l'interdiction du voile dans l'espace public. Ou presque…/p
pSur BFM-TV (31/08), l'avocat Arié Alimi a choisi d'intervenir en plateau pour annoncer que des organisations antiracistes porteraient plainte pour provocation à la discrimination contre plusieurs cadres du RN, rappelant que leur proposition est en elle-même constitutive d'une « iinfraction pénale/i » : « iOn ne peut pas se permettre d'avoir ce débat sur un plateau télé/i », ajoutait-il. La piqûre de rappel ne fut pas (du tout) du goût d'Anne Saurat-Dubois : « iQuand 60% des Français vous disent, à peu près, peu ou prou : "Il y a un sujet sur le voile dans l'espace public", ça mériterait qu'on en débatte !/i », s'insurge-t-elle. L'avocat en parle-t-il comme d'« iun débat à des fins discriminantes et à des fins racistes/i » ? « iNon !/i », s'exclame la journaliste, qui n'en démord pas : « iJe pense qu'il faudrait pouvoir en débattre ! […] Nous pourrions en parler ici, ce n'est pas le plateau du Rassemblement national !/i » On s'y tromperait… « iLe simple fait d'en débattre, c'est une discrimination, c'est inciter à une discrimination/i », tente d'expliquer l'avocat… sous les huées des journalistes : « iOn peut pas parler du voile en France !/i » ; « iC'est incroyable !/i » ; « iMais c'est lunaire !/i »/p
p« Lunaire » : voilà un terme pour qualifier cette nouvelle séquence médiatique. En particulier les projections futuristes et certains dispositifs qu'aura mécaniquement générés le cadrage journalistique sur « l'applicabilité » de la proposition du RN. Solliciter l'avis de syndicalistes policiers, par exemple : un angle qui, de Franceinfo à BFM-TV en passant par RMC, a donné lieu à quelques saillies de qualité sur les risques de « iviolences/i » ou d'« iattroupements/i » que provoquerait la mise en application de la loi sur le terrain…/p
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div class='spip_document_16636 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/voile7_2.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH267/voile7_2-30bbf.jpg?1789485517' width='500' height='267' alt='' //a
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/div
p/brPire : sur BFM-TV, croyant sans doute de bonne foi cornériser un député RN en le mettant face à ses contradictions, le chroniqueur Raphaël Grably a proposé à son interlocuteur un « exercice pratique », au cours duquel ce dernier reçut pour consigne de désigner, parmi quatre portraits générés par IA, la ou les femme(s) voilée(s) qui serai(en)t visée(s) par l'amende !/p
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figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH279/voile8-7c29b.png?1789482830' width='500' height='279' alt='' /
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/div
p/brEn plateau, l'absence totale de réaction nous laisse face au constat de la déshumanisation hors-norme dont sont victimes les femmes musulmanes dans les grands médias français. Elles sont en permanence objectivées : parlées par d'autres ; rabrouées quand elles ont l'audace de répondre à une invitation ; exhibées, au sens propre comme au sens figuré, tantôt dans des « débats » dits féministes dont elles sont quasi systématiquement exclues, tantôt en toile de fond, défilant muettes sur les écrans des plateaux en guise de simple « illustration », tandis que les journalistes bénéficient visiblement de toute licence en art pour « faire joujou » avec les titres de bandeaux…/p
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div class='spip_document_16633 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/voile9.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH348/voile9-72e5b.jpg?1789482830' width='500' height='348' alt='' //a
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/div/br
centerstrong***/strong/center
p/brDepuis au moins trois décennies, la stigmatisation du voile s'est progressivement routinisée dans le débat public, renforcée par la normalisation médiatique du RN lui-même et, plus généralement, par a href="https://www.acrimed.org/-Racisme-antisemitisme-xenophobie-homophobie-"la banalisation continue de l'islamophobie/a, avec le concours d'une très large partie du champ politique. Aussi la séquence actuelle – qui succédait à deux « actualités » du même type en a href="https://www.lefigaro.fr/politique/elues-voilees-contre-je-vous-salue-marie-a-ivry-sur-seine-la-laicite-a-geometrie-variable-du-maire-communiste-20260613" class="spip_out" rel="external"juin/a et en a href="https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/07/15/presidentielle-2027-le-rn-se-divise-sur-le-voile-marine-le-pen-envisage-un-referendum_6723548_823448.html" class="spip_out" rel="external"juillet/a – a-t-elle réenclenché le traditionnel vrombissement islamophobe, de diatribes en amalgames ordinaires. Nul besoin d'un quelconque « effet de nouveauté » pour faire la Une : produit d'une mécanique structurelle bien huilée qu'Acrimed documente a href="https://www.acrimed.org/-Les-medias-et-le-Front-National-"depuis de longues années/a, ce genre d'emballement se reproduit inlassablement à l'identique. Et la normalisation de l'extrême droite suit son cours. iLe Monde/i semblait d'ailleurs avoir besoin d'une petite piqûre : « iC'est un rappel venant de Marine Le Pen elle-même : le Rassemblement national (RN) demeure bel et bien un parti d'extrême droite/i », écrivait le quotidien dans son édito sur la pénalisation du port du voile (02/09). « iLe RN retourne à la ligne dure/i », titrait iLibération/i dans la même veine (01/09) – on ignorait qu'il l'eût un jour quittée –, en parlant même du « irisque/i [sic] ide la rediabolisation/i ». Après une telle séquence, il est malheureusement permis d'en douter…/p
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanAndréa Kotarac, Aleksandar Nikolic (deux fois), Sébastien Chenu, Julien Odoul et Laurent Jacobelli./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanAprès une auditrice ayant qualifié la proposition du RN de « icomplétement stupide/i », tout en racontant son « choc », au cours de ses vacances d'été, à la vue de deux adolescentes « ivoilées de la tête aux pieds, Amandine/i » et avec « ides gants. Des gants, Amandine…/i »/p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanRuth Elkrief, LCI, 27/09/2021./p
/div/div
lun, 2026-09-14 15:00
div class='rss_chapo'pJournalisme et publicité : des frontières beaucoup trop poreuses./p/div
div class='rss_texte'pDepuis plusieurs années, les « publireportages » prolifèrent dans les médias français, sous diverses appellations : « contenu sponsorisé », « partenariat », « publi-information » ou encore « publicité native »… Parfaitement légale, la pratique consiste à maquiller un texte publicitaire en article journalistique, en reprenant la mise en forme du média dans lequel cette pub a vocation à paraître. Le résultat : une publicité « plus engageante pour le lecteur » et crédibilisante pour la marque, puisqu'on peut facilement la confondre avec un véritable article. Certaines rédactions poussent même le vice jusqu'à a href="https://www.arretsurimages.net/articles/au-monde-la-pub-des-partenaires-ecrite-par-des-journalistes" class="spip_out" rel="external"confier la rédaction/a de ces publireportages à leurs propres journalistes./p
pCes pratiques, qui brouillent les pistes entre journalisme et publicité, sont autorisées en droit français, « ià la condition qu'elles soient rendues identifiables par le consommateur/i », a href="https://cdjm.org/2025/11/13/le-cdjm-publie-sa-nouvelle-recommandation-publicite-ou-information-comment-eviter-la-confusion/" class="spip_out" rel="external"rappelle/a le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM). C'est pourquoi la plupart des publireportages sont assortis d'une (discrète) mention « La rédaction n'a pas participé à la rédaction de ce contenu », censée permettre au lecteur de trier le bon grain de l'ivraie. D'un côté se trouveraient les « vrais » articles, supposément rédigés par des journalistes hors de toute considération commerciale, dans le respect de la déontologiespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Selon la charte dite de Munich : « Le journaliste ne doit jamais confondre (…)" id="nh1"1/a]/span. De l'autre, les contenus publirédactionnels, qui n'auraient aucun lien avec la production journalistique « classique »./p
pSauf que la frontière entre « publirédactionnel » et journalisme est régulièrement franchie, et ce a href="https://www.acrimed.org/+-Publi-reportages-+"depuis des années/a : journalisme « embarqué » a href="https://www.acrimed.org/Le-Figaro-et-France-Inter-interpellent-leur-jeune"au iFigaro/i/a pour booster les ventes de Rolls-Royce, articles en série a href="https://www.acrimed.org/Promotion-mediatique-de-l-iPhone-X-Apple-peut"dans iLe Monde/i/a pour appuyer la sortie du dernier iPhone, ou encore a href="https://www.acrimed.org/Defiscalisation-et-publireportage-dans-L-Obs"ce dossier de iL'Obs/i/a sur l'épargne et le patrimoine, gavé de réclames pour des placements financiers. Des publicités clandestines maquillées en article se glissent ainsi dans les journaux, sans que le lecteur en soit averti. Moins scrutée que la presse nationale, la presse quotidienne régionale regorge aussi de sujets de ce type. Article dithyrambique sur les stations de ski l'hiver, les compétitions de trail l'été, Une élogieuse envers le principal actionnaire du journal, placement de produits… De nombreux articles qui fleurent bon la publicité déguisée, présentés comme du contenu lambda. Ce mélange des genres interroge : à force de polluer les colonnes des journaux en copiant les codes du journalisme, le publireportage aurait-il fini par infiltrer l'esprit des journalistes eux-mêmes – au point que certains confondent désormais leur métier avec celui d'annonceur ?/p
/br
h3 class='article_intertitres'Une avalanche de publireportages déguisés/h3
p/brPour qui parcourt régulièrement les colonnes des médias régionaux, le constat est sans appel. Du iDauphiné Libéré/i au iJournal de la Haute-Marne/i, en passant par iLes Dernières Nouvelles d'Alsace/i ou iLa Provence/i, on tombe sur des « articles » rédigés par des journalistes professionnels, mais assimilables à de la publicité. La méthode employée est toujours la même : une actualité commerciale (le lancement d'une marque, d'un produit) ou le retour d'un marronnier (le début ou la fin de la saison de ski, l'arrivée de l'été) sert de prétexte à placer un « article » dont l'unique but semble être de promouvoir une entreprise, une marque, un produit…/p
pGénéralement, les auteurs de ces articles mobilisent uniquement des sources intéressées à la promotion du sujet. Par exemple, le directeur d'une station de ski ou d'un office de tourisme, la marque qui commercialise le produit évoqué dans l'article… Ainsi, de cette « actualité » parue fin août 2025 a href="https://www.ledauphine.com/economie/2025/08/28/rossignol-presente-la-vercors-sa-nouvelle-chaussure-de-trail-longue-distance" class="spip_out" rel="external"sur le site du iDauphiné Libéré/i/a, consacrée à la sortie d'un modèle de chaussure de trail de la marque Rossignol. Les personnes interviewées ? Le PDG de Rossignol, le responsable de la gamme trail, et Martin Fourcade, ancien champion olympique sponsorisé par la marque… Une ribambelle de « sources » qui partagent évidemment le même intérêt commercial. Parfois, le journaliste qui rédige ce type d'articles s'affranchit même des sources, s'appuyant sur son expérience personnelle – présentée comme impartiale et objective – pour faire la promotion d'un lieu ou d'une activité. Ainsi, a href="https://www.laprovence.com/article/montagne/15820327912198/skier-en-italie-partez-de-montgenevre-et-rejoignez-le-domaine-de-la-voie-lactee-sans-enlever-vos-skis" class="spip_out" rel="external"dans un article/a intitulé « Skier en Italie : partez de Montgenèvre et rejoignez le domaine de la Voie Lactée sans enlever vos skis », le journal iLa Provence/i consacre un reportage très élogieux au domaine skiable de Montgenèvre, station huppée située à la frontière franco-italienne. Ici, pas d'interviews, mais une avalanche de chiffres qui semblent tout droit tirés d'une brochure publicitaire : nombre de pistes, de remontées mécaniques, pourcentage de pistes « iaccessibles aux skieurs intermédiaires/i ». « iMême les jours de grosse affluence, l'attente est limitée, tout comme le bruit et le stress…/i » assure le rédacteur. Qui rappelle que les restaurants d'altitude situés du côté italien, « iaccessibles en motoneige/i », restent ouverts tard le soir. Pour enfoncer le clou, le « reportage » est suivi d'une note de bas de page aux airs de réclame publicitaire, taillée sur mesure pour les lecteurs du journal : « iLa station de Montgenèvre se trouve à 3h de route d'Aix-en-Provence. Prix du forfait journée vers la Voie Lactée : 51€./i »/p
pComme on le voit, ces publireportages « déguisés » n'évoquent jamais les critiques sociales et environnementales qui pourraient être adressées à l'industrie, l'entreprise, la marque mise en avant dans l'article. Dans le récit sirupeux que fait le rédacteur de iLa Provence/i de son séjour à Montgenèvre (sans préciser s'il a été pris en charge par la station de ski), on ne parle pas des problèmes d'enneigement rencontrés par la station, d'éventuelles controverses liées à ses activités, de la consommation d'énergie requise pour entretenir ce faramineux domaine. Encore moins du contraste entre la liberté de mouvement promise sur le « icinquième domaine skiable d'Europe/i » aux touristes fortunés, et la réalité vécue par les milliers d'exilés qui tentent chaque année de franchir la frontière franco-italienne par ces mêmes crêtes, au péril de leur vie. Dans iLa Provence/i, toujours, on tombe sur a href="https://www.laprovence.com/article/montagne/15306573860164/avec-le-vars-mountain-trail-la-station-de-montagne-des-hautes-alpes-devient-le-spot-ideal-pour-decouvrir-le-trail" class="spip_out" rel="external"un autre article/a tout aussi élogieux pour la station de ski de Vars, qui vit l'été au rythme des compétitions de trail. De plus en plus décriée pour son impact environnemental (perturbation des milieux, de la faune, accélération de l'érosion…), la discipline y sera pourtant présentée comme positive à tous les niveaux – tout comme la station qui l'accueille, décrite comme un véritable « sanctuaire ». « iA Vars, le cadre est idéal pour pratiquer cette discipline/i », estime la rédactrice. « iCet espace naturel est pour moitié composé du Val d'Escreins dont la réserve naturelle toute proche recèle d'une faune et d'une flore exceptionnelles./i » Les tensions qui pourraient survenir entre ce cadre naturel « iexceptionnel/i » et l'essor du trail ne seront pas davantage évoquées./p
pCes articles ont aussi pour point commun d'ignorer complètement la notion de contradictoire. Ce qui est mis en avant dans ces publireportages déguisés est présenté comme consensuel ; les éventuels sceptiques, détracteurs ou mécontents ne sont jamais interrogés. Certains papiers incitent même sans détour les lecteurs à « consommer » le produit ou l'expérience mis en avant dans l'article. Ainsi de a href="https://www.laprovence.com/article/tourisme/58648652358367/la-societe-est-plus-sereine-respectueuse-le-reve-islandais-dune-provencale-expatriee-depuis-8-ans-a-reykjavik" class="spip_out" rel="external"ce reportage/a « tourisme » sur l'Islande paru dans iLa Provence/i, avec une note de bas de page détaillant le prix des vols au départ de Nice, et renvoyant vers le site internet de la compagnie aérienne Icelandairspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Mise à jour (16/09) : À ce sujet, lire l'addendum en fin d'article." id="nh2"2/a]/span. Ou, dans le iDauphiné Libéré/i, de ces articles a href="https://www.ledauphine.com/skichrono/2025/01/30/j-ai-l-impression-d-etre-dans-des-chaussons-leo-angeunot-detaille-le-materiel-qu-il-utilise" class="spip_out" rel="external"vantant les mérites/a de la marque Rossignol (décidément), qui vont a href="https://www.ledauphine.com/montagne/2025/01/27/rossignol-devoile-sa-premiere-collection-de-trail-running-printemps-ete" class="spip_out" rel="external"jusqu'à détailler/a le poids et le prix de leurs chaussures de trail./p
/br
h3 class='article_intertitres'La PQR au service « des acteurs du territoire »/h3
p/brCe constat étant posé, on peut s'interroger sur ce qui incite les journaux à publier ces simulacres de reportages… plutôt que facturer une campagne de « vraie » pub ?/p
pPremière hypothèse : leur modèle économique les rend très dépendants des annonceurs. Comme le montrent les chercheurs Pauline Amiel et Franck Bousquet dans l'un des rares livresspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="La Presse quotidienne régionale, La Découverte, 2021." id="nh3"3/a]/span consacrés à la presse quotidienne régionale, les ventes et les revenus publicitaires – qui constituaient autrefois les principaux revenus de ce type de presse – s'effondrent d'année en année. En 2014, la publicité ne représentait plus « que » 33,4% du chiffre d'affaires des entreprises de presse, contre 47,6% en 1990. Car paradoxalement, la multiplication des pubs sur Internet s'accompagne d'une baisse de cette manne pour la presse, qui se retrouve en concurrence avec les réseaux sociaux, et des sites Internet mieux référencés. Conséquence : la dépendance économique envers les acteurs du territoire (les entreprises locales et collectivités, qui sont de gros annonceurs) « ine cesse de croître/i ». Selon les deux chercheurs : « iLes partenariats sont devenus indispensables à l'équilibre économique de ces journaux et s'incarnent par l'intermédiaire d'annonces dans le journal, mais aussi par d'autres formes de collaboration./i » Parmi ces « autres formes de collaboration » figure la rédaction de contenus sponsorisés, devenue une véritable jambe de bois pour certains médias, qui monnaient ainsi la crédibilité apportée par la « marque éditoriale » que représente leur titre, auprès des annonceurs./p
p« iLa marque éditoriale sert à vendre de la communication, jusqu'à parfois mélanger les deux activités dans le travail même des journalistes/i », analysent Pauline Amiel et Franck Bousquet. Et entre les régies publicitaires qui engrangent ces « partenariats » dans l'opacité la plus totale, et les rédactions perpétuellement menacées par des suppressions de postes, l'équilibre des forces est rarement en faveur des journalistes. Le mélange des genres devient donc de plus en plus fréquent : au iDauphiné Libéré/i, les partenariats noués avec les acteurs de l'industrie du ski permettent de financer les postes… mais entravent l'indépendance des journalistes et dictent le choix de certains sujets, comme l'a montré Blast a href="https://www.blast-info.fr/articles/2024/montagne-le-dauphine-libere-sous-lemprise-de-lindustrie-du-ski-TswmtTAFRgeOkWMqOuU-nQ" class="spip_out" rel="external"dans une enquête/a. À iOuest-France/i, la direction n'hésite pas à réclamer aux journalistes des articles que le syndicat CFDT qualifie de « pub rédactionnelle ». Dans un compte rendu datant de juillet, le syndicat s'indigne :/p
blockquote class="spip"
pCela fait plusieurs fois qu'une demande de la hiérarchie départementale est faite à des localiers de faire un article [à partir d']un « copié-collé de la com de Monvillage avec le lien vers l'application et, pour le print, le QR code de téléchargement ci-joint ». Le style de l'article est très promotionnel, or il n'est ni indiqué qu'il s'agit d'un publireportage ni qu'il s'agit d'une entreprise dans laquelle Ouest-France a des parts. Pourquoi ne pas clarifier la situation pour nos lecteurs ?/p
/blockquote
pEt le syndicat de conclure : « iC'est toujours la même chose, dès qu'il s'agit de promouvoir un produit maison ou de gagner quelques sous, on mélange allègrement info, promo et pub./i »/p
pDeuxième hypothèse, qui n'exclut pas la première : au sein des rédactions locales, ces dérives « passent » (et finissent parfois par être initiées par les journalistes eux-mêmes), car elles s'inscrivent dans une longue tradition de « promotion du territoire », à laquelle certains localiers sont attachés. a href="https://www.la-rem.eu/la-pqr-ses-territoires-et-ses-modeles-daffaires/" class="spip_out" rel="external"Comme l'explique Jean-Clément Texier/aspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Un ancien journaliste devenu banquier gravitant dans les hautes sphères (…)" id="nh4"4/a]/span, la presse régionale joue traditionnellement un rôle de « porte-voix » de son territoire de diffusion. Elle contribue activement à en promouvoir l'image, les lieux phares, les symboles… mais aussi les grandes entreprises et les industries clé. Dans cet esprit, certains rédacteurs considèrent qu'ils sont dans leur rôle en faisant, par exemple, la promotion des stations de ski dans leurs articles. « iCertains collègues disent clairement qu'il faut aider les stations. Ce point de vue est porté par les chefs/i », déclarait une journaliste du iDauphiné Libéré/i à Blast, dans le cadre d'une enquête sur les liens incestueux du titre avec l'industrie du ski. Et à force de côtoyer quotidiennement les « chargés de comm » des collectivités et industries locales, qui sont les interlocuteurs quotidiens des localiers, certains finissent peut-être par s'emparer avec gratitude de ces « commandes » publi-rédactionnelles qui leur permettent de remplir rapidement les pages. Par sympathie, ou connivence, avec les « acteurs » du territoire que sont les grands entrepreneurs, les directeurs des offices de tourisme, les patrons de telle ou telle industrie… Mais aussi par habitude de voir ce genre de sujets s'infiltrer régulièrement dans le journal sans susciter de réaction./p
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h3 class='article_intertitres'Inertie dans les rédactions/h3
p/brFace à cette avalanche de publicités clandestines, quelles sont les perspectives de résistance ? Le principal rempart se situe au cœur des rédactions, dont les journalistes sont les mieux placés pour détecter ces contenus et s'opposer à leur parution./p
pD'ailleurs, plusieurs cas emblématiques de publireportages déguisés ont éclaté au grand jour grâce à la mobilisation des syndicats et des sociétés de journalistes en interne. À l'image de ces articles parus le 5 décembre 2023 à la Une des iDernières Nouvelles d'Alsace/i, un quotidien détenu par le groupe EBRA. Dans ce dossier, deux articles : a href="https://www.dna.fr/environnement/2023/12/05/la-foret-de-dambach-4600-hectares-de-biodiversite" class="spip_out" rel="external"l'un qui vante/a la « sylviculture douce » pratiquée dans la forêt de Dambach, sanctuaire vosgien de biodiversité de 4 600 hectares qui venait à l'époque d'être racheté par le Crédit mutuel, principal actionnaire du groupe EBRA. a href="https://www.ledauphine.com/economie/2023/12/06/credit-mutuel-alliance-federale-devoile-son-fonds-dedie-a-l-environnement" class="spip_out" rel="external"L'autre/a, repris dans plusieurs titres du groupe EBRA, qui ne tarit pas d'éloges sur le nouveau fonds de « révolution environnementale et solidaire » lancé par le Crédit mutuel pour acquérir la forêt de Dambach – une opération présentée comme un moyen de compenser ses émissions de CO2. Le retour de bâton tombe dix jours plus tard a href="https://www.rue89strasbourg.com/dna-credit-mutuel-en-une-287793" class="spip_out" rel="external"dans les colonnes de Rue89 Strasbourg/a, qui révèle les messages « houleux » envoyés par plusieurs journalistes de la rédaction à la direction après avoir découvert ces publireportages le jour de leur parution. « iTous les journalistes ont été choqués/i », assurait alors un délégué syndical./p
pMais ce genre de déballage reste plutôt rare, car il suppose une force d'organisation collective au sein des rédactions – toutes ne sont pas dotées d'une société des journalistes, à l'image du journal iLa Provence/ispan class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="En juin 2025, la direction y avait étouffé sans grande difficulté la (…)" id="nh5"5/a]/span./p
pEn l'absence de réaction venue des rédactions elles-mêmes, les lecteurs constituent un deuxième rempart contre la généralisation des publireportages dans les médias. Ils sont en effet de plus en plus nombreux à repérer ce type de contenu, et à les dénoncer. Depuis 2020, le CDJM « iest régulièrement saisi par le public pour des questions de confusion entre publicité et information/i ». Ainsi de a href="https://cdjm.org/avis-25-144/" class="spip_out" rel="external"cette saisine/a à la suite d'un article paru en septembre 2025 dans le iJournal de la Haute-Marne/i, vantant les mérites d'une marque de répétiteurs de WiFi. Le CDJM note que « iprès de 75 % du texte publié par Le Journal de la Haute-Marne vient mot pour mot [d'un communiqué de la marque]/i », et que le journal n'a pas respecté « il'obligation déontologique d'éviter toute confusion entre information et publicité/i ». En novembre 2025, face à la recrudescence des signalements de ce type, le CDJM a d'ailleurs édité a href="https://cdjm.org/publicite-ou-information-comment-eviter-la-confusion/" class="spip_out" rel="external"un guide à ce sujet/a, destiné aux rédactions. « iConfronté à des contenus publicitaires qui empruntent la forme d'actes journalistiques ou à des actes journalistiques qui font la promotion d'un produit, d'un service ou d'une entreprise, le public peut se sentir trompé et accorder moins de crédibilité et de confiance aux médias/i », avertissait alors le CDJM. Les enjeux vont donc bien au-delà des médias qui publient ce genre de contenu, et de leurs lecteurs. Mais il faudra sans doute plus qu'une « tape sur les doigts » déontologique pour enrayer ces pratiques, qui semblent déjà bien ancrées dans les esprits…/p
p/brstrongMarion Moinet/strong/p
p/brstrongAddendum, 16/09/2026/strong/p
pLe 16 septembre, nous avons reçu un message de la part du service presse d'Icelandair, compagnie aérienne citée dans notre article. Celui-ci tient à nous faire savoir que le reportage en Islande de iLa Provence/i n'était pas un « ipubli-reportage déguisé/i », mais bien un « iarticle purement éditorial, sans contrepartie financière/i ». Et de poursuivre : « iLe journaliste de la Provence a contacté Icelandair en amont de son voyage pour savoir s'il était possible de lui fournir le billet d'avion pour faciliter son reportage, une pratique commune en rédaction. Aucune contrepartie n'a été demandée au journaliste en échange de l'article./i » De quoi appuyer (voire prolonger) nos thèses…/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanSelon la a href="https://www.acrimed.org/Declaration-des-devoirs-et-des-droits-des-journalistes-Munich-1971"charte dite de Munich/a : « iLe journaliste ne doit jamais confondre le métier de journaliste avec celui de publicitaire ou de propagandiste, n'accepter aucune consigne, directe ou indirecte, des annonceurs./i »/p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanMise à jour (16/09) : À ce sujet, lire l'addendum en fin d'article./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spaniLa Presse quotidienne régionale/i, La Découverte, 2021./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanUn ancien journaliste devenu banquier gravitant a href="https://www.sudouest.fr/pyrenees-atlantiques/bayonne/biarritz-jean-clement-texier-fait-chevalier-de-la-legion-d-honneur-11342444.php" class="spip_out" rel="external"dans les hautes sphères médiatiques/a./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanEn juin 2025, la direction y avait étouffé sans grande difficulté la tentative, lancée par des journalistes, de publier dans « leur » journal a href="https://www.politis.fr/articles/2025/06/tribune-gaza-la-lettre-des-journalistes-de-la-provence-que-vous-ne-lirez-quici/" class="spip_out" rel="external"une lettre ouverte/a signée par une centaine de membres de la rédaction (sur 160 journalistes au total) pour exprimer leur solidarité envers leurs confrères tués à Gaza. Dans un contexte aussi répressif, s'élever en interne contre des dérives publi-rédactionnelles semble illusoire./p
/div/div
ven, 2026-09-11 17:52
div class='rss_chapo'pCensure et hypocrisie générale./p/div
div class='rss_texte'p« iCette semaine, on brise des silences, on élève la voix et on se libère, peut-être./i » Le journaliste Augustin Trapenard ne croyait pas si bien dire... Quelques heures avant la diffusion de « La grande librairie » (France 5), c'est en ces termes qu'il annonçait l'émission du 9 septembre. Au programme : les écrivains Adèle Haenel, Philippe Jaenada et Ananda Devi, puis, dans une seconde partie, cinq membres du collectif « Les États généreux » – Virginie Despentes, Tania de Montaigne, Laurent Binet, Philippe Claudel et Hervé Le Tellier –, créé dans la foulée du a href="https://www.acrimed.org/Les-fruits-et-les-fleurs-de-la-concentration"limogeage d'Olivier Nora des éditions Grasset/a, détenues par Vincent Bolloré. L'empire du milliardaire d'extrême droite et ses pratiques de censure ont donc été sur le devant de la scène. Dans une bande-annonce diffusée sur les réseaux sociaux, Augustin Trapenard ne mâchait d'ailleurs pas ses mots : « iIl sera question de lutte, de défis nouveaux/i », annonçait-il sur fond de musique – Pink Floyd, iAnother Brick in the Wall/i. « iFace à la concentration croissante des pouvoirs dans l'édition, la presse et la culture, les écrivains se mobilisent./i » Las : moins de 24 heures plus tard, France Télévisions allait fracasser l'idée même que des idées rebelles – ou plutôt certaines d'entre elles... – puissent s'exprimer sur le service public./p
/br
h3 class='article_intertitres'« iSanctionnez Israël et libérez la Palestine/i »/h3
p/brQue s'est-il passé ? Juste avant de conclure l'émission, Augustin Trapenard cédait sa place à Adèle Haenel pour la traditionnelle « carte blanche » – « iune parole totalement libre/i » soulignait le présentateur, « ile principe de "La grande librairie"/i » pour « ifaire exister la littérature, l'acte de création/i ». Le texte d'Adèle Haenel s'ouvrit alors sur la peur et le courage de dire. « i"Il m'a violée." Sujet, verbe, COD./i » « iIl faut parler de l'acte de parole/i », poursuivait-elle, avant d'y insister : l'absence de parole « isuinte à chaque instant l'acceptation par tous de l'inacceptable/i ». Retentit alors le second temps :/p
blockquote class="spip"
pstrongAdèle Haenel :/strong Le premier mot sera un saut dans le silence télévisuel qui englue le pays. Ce brouhaha médiatique qui masque sans répit l'absence omniprésente de certaines paroles. Pareillement, la phrase est courte. Et pareillement j'ai peur. Mais puisque je suis ici, il faut parler pour redire ce qu'il y a dans ce silence, afin que tout le monde l'entende. L'État d'Israël commet un génocide en Palestine. Et la France est complice. N'acceptez pas l'inacceptable. Alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine./p
/blockquote
pRideau. « La grande librairie » rend l'antenne./p
pEt moins de 24 heures plus tard... cette émission sera supprimée du site de France Télévisions./p
/br
h3 class='article_intertitres'Les « iLucky Luke/i » de France TV sont de retour/h3
p/brLa séquence avait pourtant déjà largement dépassé les frontières de France 5 : reprise en série sur les réseaux sociaux, discutée sur les chaînes d'info. Le 10 septembre, elle faisait l'objet d'articles du iFigaro/i ou du HuffPost ; la vidéo d'Adèle Haenel était même intégrée dans leurs pages. Peu importe : France Télévisions a choisi, unilatéralement, de retirer l'émission entière de son site, « ià titre conservatoire/i », comme si la séquence incriminée ne vivait pas déjà ailleurs. La raison de cette censure toute stalinienne ? Une source anonyme du groupe public, citée a href="https://www.telerama.fr/television/propos-d-adele-haenel-sur-israel-france-televisions-s-explique-sur-la-suppression-du-replay-de-la-grande-librairie-7032828.php" class="spip_out" rel="external"par iTélérama/i/a (10/09), explique que la direction a voulu « iprouver sa bonne foi à l'Arcom/i », « isaisie par plusieurs téléspectateurs/i » à la suite de l'émission. L'hebdomadaire ne précise pas le statut de certains de ces « téléspectateurs », alors qu'il explique en partie, à n'en pas douter, la célérité des dirigeants de France Télévisions. Ceux-là mêmes que la cheffe de la communication, Muriel Attal, qualifia en d'autres temps – mais à l'occasion d'un (autre) acte de censure portant sur la (même) question palestinienne – de a href="https://www.acrimed.org/France-Info-et-les-otages-palestiniens"« iLucky Luke/i »/a./p
pParmi les acteurs ayant cette fois-ci fait pression donc, on retrouve de nombreuses têtes connues : la secrétaire nationale de LR Shannon Seban notamment (X, 10/09), qui condamne « iles propos inacceptables/i » d'Adèle Haenel – « iune accusation d'une extrême gravité, qui banalise le terme de génocide/i » – et déplore que cette dernière ait été « iapplaudie sur le plateau d'une chaîne du service public financée par nos impôts/i » : « iLa liberté d'expression n'exonère ni de la contradiction, ni de la rigueur/i », conclut-elle. Sur les réseaux sociaux, d'autres ardents défenseurs de la liberté de parole se joignent au concert des indignés, parmi lesquels le député RN Julien Odoul, mais aussi l'avocate Muriel Ouaknine-Melki (présidente de l'a href="https://www.la-croix.com/france/qu-est-ce-que-lorganisation-juive-europeenne-qui-multiplie-les-plaintes-pour-apologie-du-terrorisme-20240424" class="spip_out" rel="external"OJE/a), et bien d'autres twittos réactionnaires. Sur CNews (10/09), « L'heure des pros » est immédiatement sur le coup et les cris d'orfraie fusent en plateau : « iC'est du pathos, au sens pathologique/i », diagnostique Gilles-William Goldnadel ; « iC'est d'une extrême gravité !/i », « iC'est le discours du Hamas !/i », surenchérit Yoann Usaï. « iNon : de LFI/i », le reprend Goldnadel. « iOui… Le Hamas, LFI, comme tu veux/i », convient son acolyte. Bref, l'article de iTélérama/i aurait pu gagner en précision : la direction de France Télévisions n'a pas voulu « prouver sa bonne foi » à l'Arcom ou à quelques téléspectateurs lambda : elle s'est couchée devant les pressions de la droite et de l'extrême droite sionistes, particulièrement mobilisées sur Twitter… et à la télé./p
/br
h3 class='article_intertitres'« iL'absence de contradiction/i »/h3
p/brPour justifier sa censure auprès de iTélérama/i, France Télévisions reprend l'un des arguments fallacieux que s'échangent les militants sur X : « l'absence de contradiction ». « iLe groupe public explique que la position d'Adèle Haenel n'a pas pu être contrebalancée par "plusieurs points de vue, ce que notre cahier des charges impose"/i », lit-on dans iTélérama/i. Faudra-t-il expliquer aux dirigeants de France Télévisions le principe d'une « carte blanche » ? Souligner que cette « carte blanche » fut confiée à une invitée extérieure à France Télévisions, une artiste de surcroît, censurée à l'heure précise où l'entièreté de la bonne société médiatico-politique brandit l'étendard de la « liberté artistique » en défense d'une DJ de renom ? Faudra-t-il encore comparer cette « carte blanche », au hasard, au format tant célébré parmi les chefferies médiatiques, qui pullule sur les antennes publiques et dont les praticiens sont quant à eux exonérés de toute exigence de « contradiction », à savoir l'éditorial ?/p
pDu reste, si la « contradiction » et la « pluralité des points de vue » sont subitement devenues des valeurs déontologiques cardinales au point que leur absence justifie la suppression d'émissions du site de France Télévisions, alors la direction du groupe public n'a plus qu'à prendre son mal en patience : il conviendrait, en effet, de supprimer incessamment la quasi-totalité des replays de « C dans l'air » et de « C à vous », l'ensemble des éditos de Nathalie Saint-Cricq, un nombre incalculable d'émissions économiques, de matinales radio et de sujets de JT, sans oublier le torrent des plateaux de Franceinfo souffrant d'un cruel manque de « pluralisme ». Pour résumer : le risque de trou noir devient grand pour le site de France Télévisions. iA fortiori/i si l'on applique cet exercice d'écrémage à la question palestinienne : la recension des camouflets au pluralisme deviendrait alors a href="https://www.acrimed.org/-2023-Israel-Palestine-le-7-octobre-et-apres-"interminable/a./p
pMais trêve de sarcasme, car la réalité est ailleurs : l'expression de soutien au peuple palestinien victime de génocide ne fait pas partie du pluralisme « acceptable » pour France Télévisions. Et il aura (de nouveau) suffi qu'une poignée de militants réactionnaires s'agitent sur le réseau social d'un milliardaire fasciste pour que tombe le couperet d'une censure pure et dure, de celles censées « ne plus exister », « à l'ancienne ». Une censure « à titre conservatoire », c'est-à-dire par anticipation, avant même une quelconque remontrance d'une quelconque instance de régulation. Une censure venue de dirigeants à l'évidence plus craintifs des pressions des acteurs sus-cités que de l'incroyable « effet Streisand » qu'allait immanquablement déclencher leur action. L'histoire du génocide en Palestine est aussi celle de complicités, symboliques pour certaines. Celle des grands médias français se mesure à ces petites et grandes lâchetés, qui, au passage, auront sans relâche sali le service public./p
pCar sans doute faut-il aller au-delà des justifications de France Télévisions et tâcher de se « désengluer » de ses appels incantatoires au « pluralisme » – comme de la misère intellectuelle et morale qu'ils imposent – pour rappeler un principe simple. Dans le cas de la question palestinienne, les notions de « symétrie » et d'« équilibre » sont le sceau de a href="https://www.acrimed.org/Informer-sur-le-Proche-Orient-le-syndrome-de-Tom-et-Jerry"la loi du plus fort/a, des gages concédés à a href="https://www.acrimed.org/Gaza-une-inflexion-mediatique-en-trompe-l-oeil"l'écrasement du peuple palestinien/a, une source majeure du a href="https://www.acrimed.org/Palestine-Des-victimes-sans-visages-des-crimes"confusionnisme ambiant/a, et, en définitive, le signe d'une a href="https://www.acrimed.org/IMG/pdf/mediacritiques51.pdf"abdication du journalisme/a. « iIl y a eu 5 minutes contre le génocide. Il manquait 5 minutes pour le génocide, selon France Télévisions/i », résume le militant Olivier Lek Lafferrière (X, 10/09). Prendre le contrepied de cette fausse équivalence devrait relever de l'évidence au sein de la profession. Elle est, au contraire, érigée au rang d'exigence déontologique…/p
/br
h3 class='article_intertitres'Alors, que retenir de cette incroyable censure ?/h3
p/br1/ D'abord, comme l'a souligné Adèle Haenel elle-même, la décision de France Télévisions est une silenciation de la critique de la silenciation, soit « ila démonstration parfaite de la pertinence des propos qui consistaient à dire qu'il y a certains mots, certaines réalités que tout le monde sait et qui ne doivent surtout pas être dites/i » (a href="https://www.instagram.com/adelehaenel_officiel/reel/DdH32AiIUDF/?hl=fr" class="spip_out" rel="external"Instagram/a, 11/09). Une critique et une parole que le public entier avait spontanément applaudies au soir de l'émission./p
p2/ Et pas n'importe laquelle : une émission qui parlait précisément de la censure. Celle dont il est possible de parler dans les salons télévisés bon teint, qu'inflige Vincent Bolloré sans merci aux collectifs sous sa coupe. Dès lors, y aurait-il des censures dicibles… et d'autres tolérables au point qu'elles devraient être bâillonnées ?/p
pDans les jours qui viennent, les (nombreuses) chaînes radio et télé qui font la « marque » France Télévisions se paieront-elles le frisson d'une émission qui, aussi haut et aussi fort que « La grande librairie » l'a fait contre Vincent Bolloré, dénoncera la censure exercée par la direction centrale contre une voix qui aura condamné un génocide ? Augustin Trapenard se risquera-t-il (vraiment) à « iélever la voix/i » pour « ibriser des silences/i » et « ise libérer/i », « ipeut-être/i » ? Léa Salamé prendra-t-elle la parole auprès de sa direction pour plaider la cause d'une émission qu'elle célébrait jadis comme un « iespace de liberté/i », l'« iun des derniers lieux qui nous réconcilie avec l'Humanité/i », et dont elle décrivait précisément la séquence « carte blanche » comme « iun moment qui […] fait du bien dans un moment et une époque qui fait pas tellement de bien/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Merci à Achabus, au passage, pour cette archive incroyable." id="nh1"1/a]/span ? Comme elles savent le faire quand elles le veulent, les chefferies concurrentes se presseront-elles, en particulier sur les chaînes d'information en continu, pour propulser à la Une de l'agenda cette procédure-bâillon spectaculaire ? Le (petit) monde des (grandes) lettres, enfin, fera-t-il vibrer sa plus grosse voix pour manifester sa solidarité envers le peuple palestinien, à nouveau piétiné au travers de la censure d'Adèle Haenel ? Le a href="https://etats-genereux.fr/" class="spip_out" rel="external"collectif des « États généreux »/a, en particulier, va-t-il piper mot ? Celui-là même qui, au cours de l'émission, offrait au public une leçon de choix qu'il aurait l'occasion de mettre en pratique :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Philippe Claudel :/strong Les autrices et les auteurs qui sont mobilisés i[contre le limogeage d'Olivier Nora par Vincent Bolloré et la reprise en main des éditions Grasset, NDLR]/i, on est tous et toutes très différents ! En termes d'écriture, politiquement, d'idéologie, on est tous très différents ! i[Rires entendus sur le plateau]/i/p
pstrong- Augustin Trapenard :/strong C'est-à-dire qu'il y a Virginie Despentes, Frédéric Beigbedder, Bernard-Henri Lévy… ouais !/p
pstrong- Philippe Claudel :/strong Ouais, c'est ça qui est riche !/p
pstrong- Virginie Despentes :/strong Mais on a un socle commun. Et on a un socle commun de qu'est-ce qui nous paraît inacceptable. Et à ce moment-là, quelque chose nous a paru inacceptable./p
/blockquote
pEt maintenant ?/p
p3/ Cette séquence, mais nous n'en avions pas besoin pour le savoir, montre enfin à quel point le débat médiatique actuel sur le « pluralisme », tel qu'il est orchestré et mis en scène, est frappé du sceau de l'hypocrisie : les conceptions et définitions frauduleuses qui circulent dans les « faux débats » et dont se revendiquent les grands pontes des médias ne servent pas à faire entendre une pluralité des points de vue, sur une pluralité de sujets, dans une pluralité de formats (entre autres)… mais à justifier l'extrême droitisation générale du débat public et les concessions permanentes des directions éditoriales à l'extrême droite sous toutes ses formes. Et dans cette grande fuite en avant, le recrutement d'éditorialistes d'extrême droite n'est qu'un bout du problème ; lequel, du reste, est loin d'être nouveau./p
pCar ce que France Télévisions aura (de nouveau) donné à voir, c'est le fait que lorsqu'un semblant de pluralisme arrive enfin – par inadvertance, par accident, ou plutôt, dans le cas d'Adèle Haenel, par effraction –, et qu'il concerne de surcroît la solidarité avec le peuple palestinien, la sentence est immédiate : censure. Celle-ci prend alors des allures « respectables » : elle se déguise en recherche de la « contradiction ». Sans jamais s'embarrasser du terrible deux poids, deux mesures qu'elle met en évidence, alors que les thuriféraires de l'État d'Israël s'expriment en roue libre depuis bientôt trois ans, qu'ils soient ambassadeurs, activistes, lobbyistes ou journalistes./p
pVoilà donc trois mises en abyme pour une seule et même leçon : contrairement à ce que certains toutologues et tenants de tous les discours hégémoniques ne cessent de condamner depuis des mois sur des plateaux où ils ont micro ouvert – une « imontée de la censure/i » dite « ihorizontale/i », une « ityrannie de la majorité/i », disait Raphaël Enthoven (Franceinfo, 07/10/2025) – la censure vient d'en haut et s'applique par le haut sur les voix et les discours minorisés. La véritable censure est celle des dominants qui ne supportent plus une once de contestation. C'est aussi cela, la fascisation du débat public./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong et strongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanMerci à Achabus, au passage, pour a href="https://x.com/achabussuspendu/status/2098202749636632930" class="spip_out" rel="external"cette archive/a incroyable./p
/div/div
lun, 2026-09-07 17:13
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/polony-6eadc.png?1788794023' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pNatacha Polony « se lance en politique »… et ça passionne les journalistes./p/div
div class='rss_texte'pNatacha Polony l'a annoncé officiellement sur RTL, lundi 31 août, après un été passé à ménager ses effets : elle « se lance en politique » ! Elle qui connaît bien les rouages du commentaire et la circulation circulaire du bavardage avait d'ailleurs posé un premier jalon, début juillet, sur le plateau du Figaro TV (03/07). Eugénie Bastié lui demandait alors : « iPourriez-vous être candidate à l'élection présidentielle ?/i » ; l'éditorialiste Polony rétorquait que « iles choses sont ouvertes/i ». Puis, c'est dans un grand entretien au iParisien/i qu'elle annonçait le lancement de son mouvement, fin août, sans n'avoir toutefois rien de concret à proposer : « iLe temps viendra de donner à cette dynamique un nom, des contours…/i » (28/08). Le microcosme journalistique ayant la passion de lui-même, la voici donc sur RTL quelques jours plus tard (31/08) :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Céline Landreau :/strong Cette situation, vous la commentez depuis des années… pourquoi vous entrez dans la danse aujourd'hui ?/p
pstrong- Natacha Polony :/strong Parce que j'en ai assez de commenter le désastre […]./p
/blockquote
pAyant nous aussi patiemment subi les avis et les « analyses » de Natacha Polony ces 20 dernières années, nous pouvons entendre qu'une certaine lassitude se soit fait sentir. Quant à son choix de basculer « de l'autre côté », reconnaissons qu'il a au moins le mérite de la transparence : comme nous le répétons souvent, nombre d'éditorialistes (et pas seulement) jouent le rôle d'acteur politique à part entière. Natacha Polony rejoint d'ailleurs une longue liste d'éditorialistes et/ou présentateurs ayant franchi le Rubicon : de Bernard Guetta à Éric Zemmour, en passant par Bruno Roger-Petit, Aymeric Caron, Laurence Haïm, Claude Sérillon, Audrey Pulvar, Noël Mamère, Laurent Joffrin ou encore Phillipe Ballard – et la liste est loin d'être exhaustive ! Gageons qu'à l'avenir, le courage de Natacha Polony inspirera d'autres confrères ! Christophe Barbier ? Nathalie Saint-Cricq ? Yves Thréard ?/p
pL'aveu de Natacha Polony permet enfin une dernière clarification : pour les éditorialistes de sa trempe, le « journalisme » est réductible au « commentaire ». Fatiguée de « commenter », l'éditorialiste aurait pu bifurquer vers une autre pratique du métier. Elle aura désormais, du reste, tout en même temps : la stature de femme politique, l'ancien plaisir du commentaire… et le confort habituel des plateaux télé !/p
pCar le monde médiatique raffole de ce genre de « coup ». À peine entrée en politique en effet, Natacha Polony bénéficie d'une couverture abondante : après RTL, la voici sur BFM-TV le lendemain (01/09), puis sur LCI le surlendemain (02/09). Son « ientrée en politique/i » fait l'objet d'articles sur le site de France Info (31/08), de iOuest-France/i (30/08) ou de la iNouvelle République/i (30/08). Empruntant comme les autres le passage obligé, iLibération/i se fend d'un : « Natacha Polony candidate ? Laurent Ruquier, ce dénicheur de futurs politiques » (31/08), et iLe JDD/i consacre une pleine page à l'information (02/09). Bref : le mouvement de Natacha Polony n'a pas une idée, pas un militant, pas même de nom, mais Polony Natacha fait déjà « l'actu » ! À quoi cela tient ? Au capital médiatique acquis en commentant à tort et à travers ces 20 dernières années./p
pEt c'est ainsi qu'une nouvelle vague de commentaires sur du vide fut déclenchée par celle qui déclarait « ien avoir assez de commenter/i ». Pour la profession, cela aurait pu être un instant de lucidité. Encore raté !/p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
jeu, 2026-09-03 10:38
div class='rss_chapo'pIndifférence absolue ou matraquage simplificateur ? La presse ne sait toujours pas quoi faire des sciences sociales… à part les malmener. Retour sur une « note » analysant « ila progression du vote d'extrême droite en France/i », au succès incontestablement médiatique./p/div
div class='rss_texte'pSimplification à outrance, répétition et déclinaison sur tous les formats, exagération et extrapolation… Vis-à-vis des sciences sociales, l'attitude des grands médias passe d'un extrême à l'autre : soit le dédain et l'indifférence la plus absolue – le cas le plus fréquent ; soit le matraquage simplificateur et acritique jusqu'à indigestion – le cas qui nous occupe aujourd'hui. Dans les deux configurations, le savoir critique n'existe pas./p
/br
h3 class='article_intertitres'La note que les grands médias ont adorée/h3
p/brLe 30 janvier 2026, le CEPREMAP, un laboratoire de recherche en science économique, a href="https://www.cepremap.fr/2026/01/quand-les-bars-tabacs-ferment-lerosion-du-lien-social-local-et-la-progression-du-vote-dextreme-droite-en-france/" class="spip_out" rel="external"publie une note/a du chercheur Hugo Subtil : « Quand les bars-tabacs ferment. L'érosion du lien social local et la progression du vote d'extrême droite en France ». Le succès de cette courte note de recherche (8 pages) est immédiat : iLe Monde/i, iLibération/i, iLe Figaro/i, France 2, France 24, France Inter, France Culture, iLe Point/i, iLe Nouvel Obs/i, Public Sénat, BFM-TV, mais aussi la fachosphère, de CNews à Boulevard Voltaire en passant par iValeurs actuelles/i… Entre le 2 et le 3 février, la quasi-totalité du spectre médiatique français produit à peu de choses près le même article : « La disparition des bars-tabacs, lieux de sociabilité, nourrit la progression du vote RN, selon une étude » (iLe Monde/i, 02/02)./p
pLa floraison éditoriale est spectaculaire. Le 3 février, « l'étude » d'Hugo Subtil est par exemple le sujet de l'édito politique de Patrick Cohen sur France Inter : « iLe grand mérite de l'étude signée Hugo Subtil est […] d'avoir montré un lien/i [entre la fermeture des bars-tabacs et le vote RN]i, mais aussi que la corrélation marche dans les deux sens : les ouvertures de cafés sont associées à une baisse du vote d'extrême droite !/i » Pour Anne Saurat-Dubois sur BFM-TV (03/02), « l'étude » constitue même le « fait politique » du jour, qui inspire également à l'impayable Paul Sugy son édito sur CNews : « Bar-Tabacs, symbole politique de la France oubliée » (03/02). Sur RTL, Isabelle Saporta en remet une couche (03/02) : « iL'intelligentsia qui moquait ces cafés du commerce se rend compte aujourd'hui, étude à l'appui, que quand ils ferment ces bars […], ben le vote RN progresse./i » La veille, on trouvait des pages consacrées à cette « étude » dans tous les grands journaux, comme iLa Croix/i : « iLa fermeture des bars-tabacs peut-elle contribuer à la progression du vote pour l'extrême droite ?/i » (02/02)/p
pTartinée à toutes les sauces, la note d'Hugo Subtil est également l'occasion d'un débat animé entre Élisabeth Lévy et Éric Revel sur Sud Radio (3/02). Quelques jours plus tard, c'est Cécile Duflot qui en fait sa chronique sur RMC, dans l'émission « Apolline Matin » (05/02) : « i[Il y a] une corrélation totale entre ces fermetures et le vote RN./i » Puis c'est au tour de Jean-Michel Aphatie dans « Quotidien » (TMC, 09/02) : « iOn connaît la raison des succès électoraux du RN/i », lance Yann Barthès. « iOui/i, répond Aphatie, ion pensait jusqu'ici que c'était dû au talent de Jordan Bardella, qui est quand même la 9e merveille du monde ! Eh bien non : si le Rassemblement National a du succès, c'est parce que les bars-tabac ferment/i ». C'est simple, non ?/p
pDécidément très inspirante, l'étude suscite aussi des reportages (« iEt si je vous disais que cet endroit peut faire basculer une élection ?/i », a href="https://www.huffingtonpost.fr/france/video/on-se-sent-abandonnes-dans-la-meuse-la-disparition-des-bars-tabacs-laisse-un-vide-qui-profite-au-rn_261388.html" class="spip_out" rel="external"Huffpost/a, 18/03) et, quoique rares, des interviews d'Hugo Subtil lui-même, comme à a href="https://www.midilibre.fr/2026/02/05/municipales-2026-quand-ils-ferment-le-vote-rn-augmente-pourquoi-les-bars-tabacs-jouent-ils-un-role-dans-les-elections-13208957.php" class="spip_out" rel="external"iMidi Libre/i/a, chez a href="https://lcp.fr/programmes/chaque-voix-compte/elections-radiographie-du-vote-rn-428394" class="spip_out" rel="external"LCP/a ou a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/centre-val-de-loire/loiret/video-on-isole-les-gens-ca-les-rend-aigris-la-fermeture-des-bars-tabacs-alimente-la-progression-du-vote-d-extreme-droite-3299763.html" class="spip_out" rel="external"France 3 Centre-Val de Loire/a. À cette occasion, le chercheur modère lui-même l'enthousiasme journalistique, en affirmant que ce qu'il a identifié est « iune toute petite cause/i », et que les « ivariables les plus lourdes/i » restent « iles classes sociales/i ». Il n'a manifestement pas été entendu – mais a-t-il été seulement lu ? –, car ces précautions étaient bel et bien présentes dans sa note./p
/br
h3 class='article_intertitres'La clé d'un succès médiatique/h3
p/brComment expliquer le succès fulgurant de cette petite étude au sein de médias qui travaillent d'ordinaire icontre/i les sciences sociales ? La reprise du iFigaro/i (02/02) nous donne un premier indice, en insérant dans sa recension un vocabulaire « fourquettiste » reconnaissable entre tous : « iDans un pays qui s'archipélise, ils sont près de 18 000 [bars-tabac] à avoir disparu entre 2002 et 2022./i » (02/02) La présence du concept « d'archipélisation » forgé par Jérôme Fourquet agit en effet comme une signature. La focalisation sur les « bars-tabacs » n'est d'ailleurs pas sans rappeler le travail publié l'an passé par le co-auteur de Jérôme Fourquet, Jean-Laurent Cassely, présenté par iLe Point/i comme un « iintello tendance sociologue/i ». Cet essayiste avait fait paraître une note sur la disparition des bars-tabacs, dont l'objet ressemble en tout point à celui d'Hugo Subtil. Largement promue par toutes les nuances de la presse de droite, la note n'avait toutefois pas atteint les pages du iMonde/i ou de iLibé/i, mais avait néanmoins fait le bonheur des magazines de milieu de semaine : « Déclassée, la France des bars-tabacs à la recherche d'un second souffle » (iLe Point/i, 05/02/25)./p
pQuoi qu'il en soit, ce précédent explique en partie pourquoi l'étude d'Hugo Subtil a pu se propager à une telle vitesse : parce qu'elle a rencontré un « déjà-là », des « évidences » et une pensée automatique déjà hégémoniques dans une très large partie de la presse. Comme nous l'écrivions dans le portrait a href="https://www.acrimed.org/Jerome-Fourquet-faux-sociologue-mais-vrai"que nous lui avons consacré/a, la « pensée » de Jérôme Fourquet et de son coauteur a l'avantage pour les journalistes de proposer une vision du monde extrêmement simpliste, ayant en outre ceci de pratique qu'elle évacue totalement la question des classes sociales : une double aubaine pour l'éditocratie ! De fait, comment ne pas voir cette dynamique à l'œuvre lorsque de gros titres en éditos, des journalistes racontent que la montée du vote RN s'explique (presque entièrement) par la disparition des bars-tabacs ? C'est là incontestablement l'une des clés du succès de cette étude : fournir une grille d'analyse simple, voire simpliste, à même d'« expliquer » un phénomène en permanence commenté dans l'actualité (la progression du RN dans les urnes). En bref, du prêt à l'emploi pour les journalistes pressés./p
pUn signe ne trompe pas : on retrouve Jérôme Fourquet sur le plateau de « C à Vous » (France 5) dès le 5 février pour prolonger avec Pierre Lescure la discussion autour de l'étude d'Hugo Subtil. L'occasion pour le faux sociologue de remâcher ses poncifs déclinistes sur « ila France périphérique/i » et « ila France des villages qui se meurt/i ». Dans iLe Point/i, son co-auteur Jean-Laurent Cassely ne cache pas sa joie de voir une étude valider la non-science qu'il produit. « iL'étude fait grand bruit/i », nous prévient iLe Point/i (08/02)… et Cassely exulte :/p
blockquote class="spip"
pstrongJean-Laurent Cassely :/strong Je suis très enthousiaste de voir que le sujet des bars-tabacs, et plus généralement des cafés, fait réagir et qu'il bénéficie d'un tel capital sympathie. L'écho de ma note « La France des bars-tabacs, réinventer le dernier commerce populaire » d'il y a un an est sans équivoque : elle a été téléchargée plusieurs milliers de fois, alors qu'il s'agit d'un document assez technique... Et pour celle dont nous parlons, une dizaine de personnes m'a déjà écrit sur le sujet. C'est fou : l'impact médiatique est très fort, et la tonalité, extrêmement positive./p
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pSur ce point, nous ne pouvons le contredire./p
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h3 class='article_intertitres'Les médias et la méconnaissance des sciences sociales/h3
p/brAu-delà de la capacité de cette note à pouvoir se greffer sur un récit journalistique préexistant et qui, d'ordinaire, évacue les variables les plus lourdes de la montée du RN – au premier rang desquelles les questions de classe et de politisation du racisme –, d'autres raisons expliquent sans doute son succès éditorial… et son instrumentalisation./p
pParmi celles-ci, l'incapacité manifeste des journalistes à estimer et à discuter la qualité d'une recherche scientifique – ia fortiori/i quand leurs conditions de travail sont précaires. Pour cela, les professionnels font en général confiance au regard des pairs : dans quelle revue l'article est-il publié ? Par qui est-il cité ? Dans le cas présent, au moment de sa publication, l'auteur précise que la « inote s'appuie sur un article académique en cours de rédaction/i ». Comprendre : il faut patienter pour juger sur pièces – une pratique clairement incompatible avec le tempo journalistique. Esquivant le temps de la critique scientifique, les journalistes se sont donc trouvés livrés à eux-mêmes, face à l'autorité intimidante d'un laboratoire de recherche, et iaucun d'entre eux/i n'a su modérer ni même questionner les résultats présentés. « iCes fermetures doivent donc être comprises moins comme une cause directe que comme un marqueur et un accélérateur de la désagrégation des réseaux sociaux locaux/i », soulignait pourtant Hugo Subtil lui-même./p
pCela n'empêchera pourtant pas iLibération/i de ramasser le tout en deux temps, trois mouvements : « La fermeture des bars PMU favorise le vote d'extrême droite, selon une étude », titrait le quotidien le 30 janvier. Pire : d'ordinaire plus réticent que iLe Figaro/i à endosser les analyses déclinistes « à la Fourquet », iLibération/i n'a pas hésité à intégrer cette nouvelle thèse à son logiciel, au point de déployer les formats les plus « nobles » pour chercher à l'illustrer. Six mois plus tard, le quotidien gratifie en effet ses lecteurs d'un reportage en trois volets aux côtés d'« iun envoyé spécial au comptoir/i » de bars de villages. Le lancement de ces trois longs articles ? « iEn soixante ans, 80% des bistrots de campagne ont fermé. Alors qu'une étude démontre l'effet de ces fermetures sur la montée du vote RN, "Libé" fait un tour de France des troquets ruraux, lieux de sociabilité essentiels./i » « L'étude » d'Hugo Subtil fonctionne ici comme une simple accroche, et les reportages en question ne sont, au reste, pas du tout inintéressants. Mais le cadrage permet à nouveau d'installer cette fausse évidence dans le débat public : « fermeture des bars = montée du RN ». C'est avec ce genre d'équations que les rédactions en chef élaborent leurs grands reportages./p
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centerstrong***/strong/center
p/brVoyant leur vision du monde sans classes sociales ni racisme confortée, les rédactions ne se sont posé aucune question quant à la validité d'une « note » à l'aura médiatique instantanée. Ils ne se sont pas davantage interrogés sur ce qu'ils lui faisaient dire un peu trop rapidement, et encore moins sur sa réception au sein des courants de recherche en sociologie électorale du RN, dont les travaux sont pourtant abondants. Bref : tout en continuant d'ignorer ou de reléguer aux marges à peu près tout ce que les sciences sociales produisent de plus sérieux sur l'enracinement du RN, les grands médias optent pour la caricature… et le prêt-à-penser./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
lun, 2026-08-24 10:05
div class='rss_chapo'pDu climatoscepticisme au climato-présentisme./p/div
div class='rss_texte'pComme en 2022, l'été 2026 condense les manifestations les plus tangibles et les plus extrêmes du réchauffement climatique, avec des températures record et des phénomènes traumatiques, comme les canicules à répétition, la sécheresse qui dure et les incendies qui se propagent. Devant une telle crise, les rédactions n'ont pas pu faire l'impasse sur la question écologique. Avec leurs biais habituels : couverture événementielle et racoleuse, informations silotées d'une rubrique et d'un sujet à l'autre, dissonance discursive entre le traitement des catastrophes et la promotion du ibusiness as usual/i./p
pDe fait, les catastrophes climatiques sont omniprésentes dans les médias cet été. Mais leurs causes structurelles, de même que les responsabilités et les transformations qu'elles impliquent, restent quant à elles souvent hors champ. On passe alors du climatoscepticisme au climato-présentisme. Le climatoscepticisme consiste à nier la réalité du changement climatique ou son origine humaine. Le climato-présentisme s'accommode au contraire de leur reconnaissance : il filme les flammes, affiche les températures en capitales, décompte les hectares brûlés, chiffre les pertes en PIB, discute indemnisation, rassure les touristes et vend des climatiseurs. Les conséquences du réchauffement climatique sont couvertes, parfois dramatisées, mais toujours confinées dans un présent indépassable : sauver les récoltes, maintenir la fréquentation, préserver la croissance, acheter un nouvel équipement, tenir jusqu'à l'hiver./p
pEn ce mois d'août, cette mécanique est bien visible dans les médias traditionnels – surtout quand ils penchent à droite. Petit tour d'horizon./p
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h3 class='article_intertitres'Des conséquences climatiques redevenues « caprices »/h3
p/brLe jeudi 13 août, iLe Figaro/i consacre sa Une et son édito aux événements climatiques. Gaëtan de Capèle, qui déplore les conséquences de la canicule sur l'économie française et sur le budget de l'État, commence a href="https://www.lefigaro.fr/vox/economie/l-editorial-de-gaetan-de-capele-face-a-la-lourde-facture-de-la-canicule-l-etat-est-nu-20260812" class="spip_out" rel="external"sa diatribe/a échaudée par cette amorce : « iL'économie française, déjà faiblarde, se serait bien passée des caprices de la nature./i » Ou comment naturaliser un phénomène dont on sait pertinemment que la cause est principalement anthropique, en le ramenant à un aléa imprévisible et autonome dont il faudra bien « intégrer » les effets. Comme si les structures de « l'économie française » n'étaient pas elles-mêmes situées du côté des causes matérielles du réchauffement climatique, dont il ne sera du reste aucunement question dans ce billet./p
pD'ailleurs, si les conséquences du réchauffement climatique ont la légèreté d'un caprice, c'est aussi parce qu'il s'agit d'un excès momentané, que l'on pourrait presque prendre avec mansuétude. Le 14 août, alors que la cinquième canicule de l'année n'en finit plus de durer après un pic théorique la veille, a href="https://www.sudradio.fr/sud-radio/meteo-du-vendredi-14-aout-un-temps-estival-entre-soleil-fortes-chaleurs-et-orages-localises" class="spip_out" rel="external"la chronique météo/a de Sud Radio est titrée : « Météo du vendredi 14 août : un temps estival entre soleil, fortes chaleurs et orages localisés ». Elle évoque un « isoleil généreux/i », « iun début de journée qui s'annonce calme/i » et « ides conditions météorologiques très favorables [...] à la veille du week-end prolongé de l'Assomption/i ». Ce qui n'empêche pas la station de relayer plus tard une dépêche AFP nettement moins riante : « iUne grande partie du pays a traversé vendredi une énième journée de canicule, qui a accentué la sécheresse et favorisé les incendies, notamment dans les Landes./i » Un symptôme de la dissonance persistante produite par ces médias./p
pMais dans le discours médiatique, les catastrophes écologiques ne sont pas seulement des caprices de la nature. Ce sont aussi, si ce n'est surtout, les caprices des hommes ; ou plutôt de quelques individus dérangés, en l'espèce des criminels. Ainsi de la couverture privilégiée des incendies, en particulier à droite du spectre médiatique : la causalité est rabattue sur l'action de quelques pyromanes, qu'il suffirait de mettre hors d'état de nuire, et de RTL à France 3 en passant par iSud Ouest/i, on s‘arrache les experts pour sonder « la tête d'un pyromane » (Franceinfo, 30/07). C'est aussi l'angle retenu par iValeurs actuelles/i, le 8 août : « Incendies en France : qui sont les pyromanes ? » Idem sur CNews : le 7 juillet, la chaîne de Vincent Bolloré couvre l'interpellation et le placement en détention provisoire, dans l'Hérault, d'un jeune homme suspecté d'être à l'origine de plusieurs départs de feu volontaires. Dans la matinale du 17 juillet, un psychiatre intervient pour décrypter les pulsions des pyromanes. Le 18, un reportage dresse « l'inquiétant profil » des pyromanes. Le 29, CNews couvre l'interpellation de deux hommes, pris en flagrant délit d'incendies volontaires, à Nantes et à Grenoble, pendant les vagues de chaleur./p
pLe journalisme de préfecture n'est alors jamais bien loin… et CNews n'en a pas l'apanage : tandis que iLe Figaro/i embarque avec des « igendarmes en patrouille nocturne pour prévenir les incendies/i » (08/08) ou « iidentifier pyromanes et incendiaires/i » (06/08), de la mi-juillet à la mi-août, nombre de médias se contentent de relayer la chronique des interpellations tenue par le ministère de l'Intérieur sans chercher à entrer dans le détail des chiffres, lesquels laisseront pourtant entrevoir des réalités beaucoup plus « icontrastées/i » (a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/08/05/incendies-derriere-l-annonce-officielle-des-402-interpellations-des-profils-varies-et-des-realites-contrastees_6739463_3224.html" class="spip_out" rel="external"iLe Monde/i, 05/08/a) que les caricatures médiatico-politiques dominantes… Quitte à se contredire d'une semaine à l'autre ? On lisait ainsi dans la presse fin juillet que « i263 personnes ont été interpellées depuis le 28 juin/i » et que « idans deux tiers des cas, on parle d'incendies criminels, volontaires/i » (Franceinfo, 30/07), puis, quinze jours plus tard, que « iselon premiers éléments d'enquête/i », « iles plus gros incendies de la saison en France sont d'origine accidentelle, selon les premiers éléments d'enquête/i » (AFP, 14/08)./p
pEt plus encore : avec la primauté médiatique donnée au pyromane, non seulement le registre de la criminalité polarise le récit médiatique sur les feux de forêt au détriment d'autres facteurs explicatifsspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Comme on peut le lire sur le portail « Géorisques » du gouvernement, les (…)" id="nh1"1/a]/span, mais le départ de feu absorbe également l'explication du feu lui-même – et l'incendie devient fait divers. Car identifier celui qui craque l'allumette ne dit rien des conditions qui permettent à un feu de paille de devenir un brasier hors norme : assèchement des sols, chaleurs anormales, politiques forestières erratiques et aménagement du territoire défaillant./p
pLe 5 août, « L'Heure des pros » consacre vingt-cinq minutes à cette question : « L'Etat est-il à la hauteur face aux incendies ? » La politique revient donc dans le tableau, mais essentiellement sous la forme de la gestion de crise ponctuelle. La même émission organise alors le débat public autour du déjà-là incendiaire : « La France peut-elle s'en sortir face aux flammes ? » (27/07) ; « Incendies, bravo à la France courageuse » (27/07), ou encore « Incendies : quels impacts pour les sinistrés ? » (03/08). Autrement dit, beaucoup de politique émotionnelle autour de la catastrophe, beaucoup moins autour des causes structurelles qui la rendent plus probable et plus destructrice. Le changement climatique est alors enfermé dans le présent./p
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h3 class='article_intertitres'Le climat vu du PIB : quand la catastrophe devient un problème pour « l'économie »/h3
p/brL'économisation du réchauffement climatique, à partir de ses conséquences budgétaires, est un autre angle privilégié par les grands médias. Encore une fois, non pas pour instruire ses causes matérielles et ouvrir le débat sur un changement de modèle, mais simplement pour enregistrer les pertes et intégrer l'aléa au système actuel./p
pLe 13 août, BFM-TV sensibilise son public : « Une journée de chaleur à plus de 32 degrés, ça équivaut à une demi-journée de grève. » Un message déjà passé par la chaîne en mai dernier, lors d'une séquence au titre alarmant pour le patronat : « Au-delà de 33 °C, la productivité est divisée par deux. » Comme outil de vulgarisation, la chaîne de Rodolphe Saadé mobilise donc une comparaison qui rend commensurables les conséquences du réchauffement climatique avec une action collective volontaire de salariés depuis un point de vue bien précis : la perte de production. Le manque à gagner du patronat./p
piLa Tribune/i s'inquiète également. Le 12 août, elle titre : « La croissance menacée par les vagues de chaleur au troisième trimestre » – sans se demander si cette même « croissance » ne menacerait pas la viabilité climatique de la planète. Le papier passe en revue les secteurs impactés par la chaleur, mais note un certain dynamisme dans celui du bâtiment, grâce aux « travaux de climatisation ». La canicule devient source de pertes en PIB, mais aussi d'opportunités économiques. On retrouve ici les accents du iFigaro/i évoqués plus haut – dont la Une du 13 août accuse « la lourde facture de la canicule » – consistant à déchiffrer les ravages écologiques à l'aune d'une économie immuable, abstractisée par des données générales dont sont absentes les structures sociales et les inégalités. Dans son édito, Gaëtan de Capèle regrette « iles coûts supplémentaires de dépenses de santé, la baisse de productivité dans les entreprises, la mollesse de la consommation/i »./p
p « L'économie », prise comme un « tout » décorrélé des classes sociales et des responsabilités politiques, apparaît alors comme une victime du réchauffement climatique. Jamais comme l'une de ses causes./p
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h3 class='article_intertitres'« Monter dans les canots » : s'adapter pour que rien ne change/h3
p/brCas d'école avec l'édito de Jean-Marc Vittori, dans iLes Échos/i, le 10 août : « Climat : l'urgence de l'adaptation ». Sans atténuation drastique, l'adaptation risque surtout de durer un long moment, jusqu'au jour pas si lointain où elle deviendra tout bonnement impossible. Mais cette réflexion élémentaire, tenue nuit et jour par les climatologues les plus avertis, reste secondaire pour le polémiste. Certes, « iil est bien sûr urgent d'en limiter les causes, mais il est encore plus urgent de se protéger de leurs effets négatifs/i ». Car « iquand le bateau coule, l'urgence n'est pas de lutter contre la cause du naufrage mais de monter dans les canots de sauvetage/i ». L'opération rhétorique est claire : changer d'organisation économique et baisser les émissions de CO2 peuvent attendre. Et les bonnes questions – qui a percé la coque ? qui agrandit sans cesse la fuite ? qui détient ces fameux canots ? y'en a-t-il assez pour tout le monde ? – ne seront pas posées./p
pLe service public n'est pas en reste. Sur France Inter, l'éditorialiste économique en chef, Dominique Seux, fait lui aussi de l'adaptation un petit feuilleton estival et sa priorité climatique. Le 22 juin, en pleine canicule, son édito consacré au « retard » français en matière de climatisation enchaîne tous les poncifs les plus délétères du climato-rassurisme et provoque suffisamment de réactions courroucées pour que la médiatrice de Radio France a href="https://mediateur.radiofrance.com/non-classe/ledito-eco-de-dominique-seux-du-22-juin-sur-france-inter/" class="spip_out" rel="external"publie/a une longue série de protestations d'auditeurs. Seux leur répond en prenant soin de rappeler que la France doit bien réduire ses émissions (ce que sa chronique dédaignait), mais maintient son cadrage : « iLa climatisation, c'est un élément de l'adaptation parmi d'autres./i » Deux semaines plus tard, un nouvel édito intitulé « Canicule, pourquoi c'est difficile » : le journaliste prétend cette fois que « idavantage de moyens ont été consacrés à limiter le réchauffement qu'à s'y adapter/i », avant de nous inviter à « iapprendre à raisonner différemment/i »./p
pTrois jours plus tard, nouvel épisode – au cas où ce n'était toujours pas clair : « iLa clim, ce n'est pas le Diable/i ». Seux affirme que la climatisation représente environ 0,6% de la consommation énergétique des logements – « ice n'est rien/i », tranche-t-il. L'éditorialiste souligne que ses émissions sont limitées par une énergie largement décarbonée et conclut qu'elle présente « imoins d'inconvénient qu'on le dit souvent/i ». Autrement dit, il s'agit bien de déplacer le centre de gravité du débat vers un réchauffement désormais tenu pour acquis. Et de réduire les questionnements politiques à ce faux dilemme : pour ou contre la climatisation ?/p
pSur ce credo, les médias mainstream tiennent un bon client en la personne de François Gemenne, un ancien rédacteur du Giec. Omniprésent dans les médias depuis le début de l'été, il appelle lui aussi à « ifaire évoluer le débat sur la clim/i ». Sur LCI, le 18 juin, il estime que la climatisation ne constitue plus, dans une France où l'électricité est largement décarbonée, un problème climatique majeur. Le 2 juillet, c'est sur France 5, dans « C à vous », qu'il ânonne : « iLa climatisation fait partie de la solution et le débat doit évoluer en France./i » Une antienne déjà étrennée sur le plateau de « C ce soir » (France 5) le 23 juin. À chaque fois, son autorité scientifique contribue à faire passer la climatisation (et l'adaptation avec elle) du statut de pis-aller controversé à celui d'une composante raisonnable – voire nécessaire – du nouvel horizon climatique./p
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h3 class='article_intertitres'Une canicule ? Il y a un marché pour ça/h3
p/brDernier stade du climato-présentisme : puisque le réchauffement climatique est là et qu'il faut bien « s'adapter », autant convertir cette adaptation en acte de consommation. Le 10 août, 20 Minutes publie ainsi un guide d'achat intitulé : « La canicule est de retour : 5 ventilateurs et climatiseurs à adopter en août 2026 ». À l'urgence climatique répond celle de consommer. Et à l'exigence du journalisme… celle de la publicité : il ne s'agit pas d'informer des lecteurs sur les questions écologiques et les ravages du système capitaliste en la matière, mais de fournir à des consommateurs des informations pour « mieux vivre » au quotidien dans ce système./p
pMême réflexe du côté de iOuest-France/i, qui profite de la chaleur pour multiplier les « bons plans » sur la même gamme de marchandises. Le 13 août, le site du média conseille de ne pas attendre « le retour de la canicule » pour s'équiper d'un ventilateur Action à moins de 15 euros. Le 4 août, ce même site consacrait un article aux ventilateurs vendus sur Amazon, façon vie pratique : « iCe climatiseur mobile signé Dréo est un modèle incontournable sur Amazon, vendu au prix de 494,82 euros/i ». Le 6 juillet, il nous signalait « ice climatiseur mobile à récupérer à tout petit prix sur Amazon/i ». Avec ces contenus semi-commerciaux, signés « Ouest-France Shopping », le phénomène collectif devient un problème individuel : au lecteur de trouver, sur le marché, le moyen de supporter quelques degrés supplémentaires./p
piLa Tribune/i pousse la logique jusqu'à la dissonance parfaite. Deux jours après s'être inquiétés d'une croissance « imenacée par les vagues de chaleur/i », les « experts maison » de l'équipe shopping du média – présentée comme indépendante du reste de la rédaction – publient coup sur coup, le 14 août : « Chaleur estivale : ce mini ventilateur rechargeable à moins de 14 euros se glisse partout », puis une promotion Amazon pour un « rafraîchisseur d'air » portable. Après avoir transformé la canicule en coût pour « l'économie », il peut aussi la transformer en débouché commercial. Et percevoir, au passage, une commission sur certains achats réalisés depuis ses pages « sélection ». La dissonance se situe ici dans le modèle économique même du journal./p
pLe marché immobilier s'adapte lui aussi. Le 13 août, TF1 s'intéresse par exemple aux effets des fortes chaleurs sur la demande et nous propose une liste des « ivilles qui sont superbes pour investir et pour éviter les canicules/i », comme Chamonix (et ses luxueux chalets). Un angle déjà creusé le 28 juillet, dans un papier où le président du réseau immobilier Orpi expliquait que « iles acquéreurs sont plus sensibles au confort d'été qui se retrouve sur toutes les lèvres. Nous valorisons davantage les logements avec une climatisation et une double exposition./i » Au citoyen exposé au réchauffement de devenir un investisseur avisé, donc. Le ibusiness as usual/i peut même y trouver son compte, puisque de nouvelles activités lucratives voient le jour, comme l'industrie de la fraîcheur. Et à nouveau : est-ce bien aux médias censés nous renseigner sur le réchauffement climatique de nous servir les guides d'achat associés ?/p
pCette logique ne suppose d'ailleurs pas que les médias taisent le réchauffement climatique. Une a href="https://quotaclimat.org/actualites/vague-chaleur-mai-2026-couverture-mediatique/" class="spip_out" rel="external"étude de Quota Climat/a portant sur la vague de chaleur de mai 2026 le montre assez bien : sur France Info TV, plus de la moitié des séquences consacrées au phénomène faisaient le lien avec le réchauffement climatique – soit davantage que sur les chaînes privées. Mais lorsqu'il s'agissait des réponses apportées à la chaleur, la climatisation apparaissait dans 26% des séquences, contre 3,8% pour la végétalisation et 3,5% pour la rénovation./p
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centerstrong***/strong/center
p/brC'est ainsi que les médias dominants évacuent progressivement leurs relents climatosceptiques… pour mieux les remplacer par un envahissant climato-présentisme, soit la tendance à raconter le dérèglement climatique presque exclusivement à travers ses manifestations immédiates et les moyens de les absorber. Ce qui disparaît n'est plus nécessairement le ravage écologique, mais son histoire politique. Qui émet ? Qui produit quoi, comment, et pour qui ? Quelles transformations sociales permettraient de supporter le réchauffement climatique, mais surtout d'en limiter l'ampleur ? Et surtout : quels intérêts matériels empêchent de bifurquer ? Ceux a href="https://www.acrimed.org/Entre-deux-canicules-les-medias-promeuvent-les"des industriels/a qui se partagent la propriété de l'essentiel du spectre médiatique ? À mesure que le climatoscepticisme devient intenable face à la multiplication des dégâts, le déni se déplace : de la négation de ce qui arrive, à la négation de ses causes matérielles et historiques./p
p/brstrongClément Sénéchal/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanComme on peut le lire sur a href="https://www.georisques.gouv.fr/consulter-les-dossiers-thematiques/dossier-expert-sur-les-feux-de-foret#summary-target-1" class="spip_out" rel="external"le portail « Géorisques »/a du gouvernement, les actes de malveillance intentionnels ne représentent « que » 25% des départs d'incendies./p
/div/div
ven, 2026-08-21 17:57
div class='rss_chapo'pIndépendance… ou hypocrisie générale ?/p/div
div class='rss_texte'p« Et si Léa Salamé ne revenait pas au 20 Heures de France 2 ? » La question, en appel de Une, a l'air prioritaire pour iLe Parisien/i, qui a missionné deux de ses plus fins limiers sur cette enquête (18/08). Initialement, nous explique le quotidien, la présentatrice du JT, dont a href="https://www.acrimed.org/Le-20h-de-Salame-l-info-en-mode-zapping"la première saison/a n'a pas été a href="https://www.acrimed.org/Lea-Salame-archange-mediatique-des-grands-patrons"une franche réussite/a, devait revenir à l'antenne le lundi 24 août. Seulement voilà : l'entrée en campagne de son conjoint Raphaël Glucksmann se précise… « iLe retour de Léa Salamé lundi me paraît très compliqué/i », souffle un cadre de France Télévisions au iParisien/i. En effet, la présentatrice a toujours affirmé, dès son embauche en juin 2025, qu'elle se déporterait du JT en cas de candidature de son compagnon. Mais pour le moment, rien d'officiel, et le quotidien de Bernard Arnault continue donc d'entretenir le feuilleton estival : « iNous y verrons plus clair à la fin du mois./i »/p
pDans un autre titre détenu par Arnault Bernard, quelques jours plus tôt, une publication tapageuse semblait y voir déjà très clair : le couple Glucksmann/Salamé faisait la Une de iParis Match/i, en maillots de bain, en train de s'enlacer dans les vagues : « Plus amoureux que jamais, Léa Salamé et Raphaël Glucksmann, l'heure des grandes décisions » (13/08). Le reportage « people » qui accompagne ces photos de vacances est un monument de niaiseries et de dépolitisation : « iLe temps d'un baiser, le débatteur et l'intervieweuse se réduisent tendrement au silence./i » « iLa reine du 20h/i » est dans une « isituation périlleuse/i, ose Paris Match. iElle le sait : quoi qu'il arrive, elle sera attaquée./i » Mais encore : « iC'est l'ironie de l'histoire : qu'elle, l'affranchie, […] voie son destin professionnel lié à celui d'un homme au point de devoir quitter, même momentanément, son poste au JT./i » Le style désuet de cette fausse « paparazzade » culmine dans les légendes des photos : « iPause romantique au creux des vagues… Mais Léa l'hyperactive aura tout de même besoin de ses vingt minutes de natation quotidienne/i » ; « iFou rire après une glissade sur les galets, sur une plage du cap Corse, où ils aiment prendre un moment seul à seul, en fin de journée/i » ; « iPresque incognito parmi les touristes, ils n'ont besoin de lunettes noires que pour se protéger du soleil./i » Ad nauseam./p
/br
div class='spip_document_16616 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/glucksmannsalame.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH280/glucksmannsalame-83b8c.jpg?1787327853' width='500' height='280' alt='' //a
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/div
p/brDépolitisation, personnalisation, peopolisation : rien de très neuf. Tout est bon pour gonfler le capital médiatique et occuper l'espace. La fausse « paparazzade » fait ainsi ricochet en agitant le bocal médiatico-politique : de iLibération/i à iL'Opinion/i, en passant par les pages TV du iFigaro/i, toute la presse y va de son petit commentaire – critique ou non – et de ses questionnements indigents. Et c'est ainsi que le bruit médiatique fait diversion./p
pCar cette couverture de Léa Salamé « il'affranchie/i », qui n'est pas sans rappeler celle de précédents couples « médiatico-politiques » – Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn, Christine Ockrent et Bernard Kouchner, Béatrice Schönberg et Jean-Louis Borloo, Isabelle Saporta et Yannick Jadot, Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg, Valérie Trierweiler et François Hollande, etc. – se concentre comme de coutume sur les romances people et les enjeux de mercato médiatique… au détriment des (bonnes) questions que ne se posent jamais les journalistes : en premier lieu, celle de l'endogamie structurelle au sein des « élites » politiques et médiatiques françaises. Et comme nous l'écrivions déjà a href="https://www.acrimed.org/Suspension-d-Audrey-Pulvar-l-arbre-qui-cache-la-foret"en 2010/a au moment de la suspension d'Audrey Pulvar d'une émission politique sur i-Télé après l'annonce de la candidature d'Arnaud Montebourg aux primaires socialistes, le « débat » sur la proximité entre le pouvoir politique et les médias se trouve circonscrit au cas des « journalistes conjoints », éludant de ce fait « ila variété et la multiplicité des connivences entre les journalistes et les centres de décision/i »./p
pDéjà en campagne, Léa Salamé se prête évidemment au jeu en laissant encore planer le doute sur son retour à la présentation du JT de France 2. Et les bruits de couloir de s'ajouter aux bruits de couloir… « iLéa est au planning. Mais tout le monde est persuadé qu'elle part/i », glisse un salarié de France Télé au iFigaro/i (20/08), tandis que la presse « people » se repaît de ses atermoiements : « Léa Salamé de retour au 20h de France 2 dans deux semaines ? Pourquoi ce n'est pas si simple… » (iGala/i, 14/08) ; « Léa Salamé écartée du 20h de France 2 ? » (iVoici/i, 29/07) ; « Léa Salamé, son avenir menacé sur France 2 ? À cause de Raphaël Glucksmann, "on la sait torturée" » (iCloser/i, 13/08)./p
pOutre l'effet de peopolisation d'une star de l'information, tous ces titres entretiennent une fiction dépolitisante, dans laquelle le fait que la présentatrice du JT soit la compagne d'un homme politique de premier plan n'aurait d'effet sur son traitement de l'actualité politique qu'ià partir/i du moment où ce dernier entre iofficiellement/i en campagne. Et encore : il s'agit plus précisément d'écarter tout soupçon, tant il est entendu que le reste du temps et en règle générale, Léa Salamé « l'affranchie » n'est ijamais/i partisane. Du reste, personne ne songe à décorréler la question (posée ponctuellement) de « l'indépendance » d'une journaliste de celle de son compagnonnage amoureux : la position sociale de Léa Salamé, sa pratique du journalisme politique, l'entre-soi sociologique dans lequel elle évolue ne sont, eux, nullement en jeu. D'ailleurs, iLe Figaro/i l'assure : « France Télévisions ne veut pas laisser de place à la confusion : il s'agit bien d'une mise en retrait temporaire », et Léa l'hyperactive retrouvera son fauteuil – et le certificat d'« impartialité » qui va avec ? – dès la campagne terminée. Comble de l'hypocrisie générale : elle gardera par ailleurs, le temps de la présidentielle, l'émission de divertissement, de bavardages et d'entre-soi qu'elle co-produit et présente en grandes pompes sur France 2, « Quelle époque ! »./p
pToute cette comédie autour du retrait de la présentatrice du JT aurait pu nous être épargnée : dès fin juillet, LCI avait annoncé le premier débat télévisé de la campagne, organisé (comme un signe) en collaboration avec le MEDEF, le 27 août. Au programme, la plupart des « gros » candidats officiellement déclarés… ainsi que Raphaël Glucksmann. Mais la mise en scène de son retrait semble être une chose importante pour Léa Salamé, qui peut compter sur la bienveillance d'une large partie de la presse, à commencer par les titres « people ». Il y a quelques mois, le magazine iCloser/i titrait carrément : « Léa Salamé bientôt Première dame de France ? Raphaël Glucksmann prêt à l'exploit pour lui offrir le titre » (04/10/25)./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brLes spéculations concernant son remplacement ne dureront elles pas longtemps : c'est le tout désigné Jean-Baptiste Marteau a href="https://programmetv.ouest-france.fr/actualites/jt-de-20-h-de-france-2-jean-baptiste-marteau-devrait-bien-remplacer-lea-salame-70c3dc54-9d69-11f1-a8ad-3219df531147" class="spip_out" rel="external"qui lui succèdera/a. Jamais partisan, lui non plus, ce sémillant journaliste fut a href="https://www.liberation.fr/checknews/2017/11/27/est-il-vrai-que-le-journaliste-qui-a-realise-le-reportage-sur-la-france-insoumise-avec-la-phrase-de-_1652807/" class="spip_out" rel="external"par le passé/a président des jeunes UMP de l'Oise. Décidément…/p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
jeu, 2026-08-06 07:00
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L118xH150/une59-d0902.jpg?1782795602' class='spip_logo spip_logo_right' width='118' height='150' alt="" /
div class='rss_chapo'pLe iMédiacritiques/i n°59 est sorti de l'imprimerie le 10 juillet. À commander a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"sur notre site/a ou à retrouver en librairie. Et surtout, a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"abonnez-vous/a !/p/div
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/une59.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH638/une59-2d7b6.jpg?1782795602' width='500' height='638' alt='' //a
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/sommaire59.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH638/sommaire59-9b0ff.jpg?1782813718' width='500' height='638' alt='' //a
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p/brCe numéro ne sera pas plus diffusé en kiosques que les précédents. Vous pourrez cependant le trouver dans les librairies a href="https://www.acrimed.org/-Mediacritiques-"listées ici/a, ainsi que sur a href="https://www.acrimed.org/-Boutique-"notre boutique en ligne/a./p
pTous les anciens numéros sont (ou seront) a href="https://www.acrimed.org/-Mediacritiques-"en accès libre ici/a./p/div
jeu, 2026-07-30 12:18
div class='rss_chapo'pLe titre du milliardaire Rodolphe Saadé cuisine l'écologie à toutes les sauces dans ses colonnes, inventant même d'audacieux oxymores, comme l'IA « écoresponsable » ou les Jeux Olympiques « zéro pollution ». De fait, iLa Provence/i est l'un des journaux régionaux qui parle le plus d'écologie, mais en parle-t-il mieux pour autant ?/p/div
div class='rss_texte'pÉté 2026. Alors que les canicules se succèdent, l'écologie a fini par s'imposer dans les médias comme un sujet dont on ne peut plus faire l'économie. Quitte à en parler n'importe comment… Les exemples les plus emblématiques sont issus de la sphère Bolloré, dont les médias s'arc-boutent sur le sujet de la climatisation, au détriment d'une analyse des causes du dérèglement climatique. Mais au-delà du climatoscepticisme décomplexé de CNews, le manque de formation des journalistes fait aussi des ravages dans la presse quotidienne régionale, qui, avec la presse départementale, est lue a href="https://documentation.insp.gouv.fr/insp/doc/VIEPUBLIQUE/7E760C011224FA5D1F311FA5C91C8AC0/rapport-d-information-sur-la-situation-de-la-presse-quotidienne-regionale?_lg=fr-FR" class="spip_out" rel="external"par deux tiers des Français/a./p
pLe quotidien iLa Provence/i – détenu par CMA CGMspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir également nos articles sur BFM-TV et sur la couverture de (…)" id="nh1"1/a]/span et Rodolphe Saadé, deuxième milliardaire a href="https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2022/02/rapport_milliardaires_carbone220222.pdf" class="spip_out" rel="external"plus grand émetteur de CO2/a en France – en est un exemple flagrant. Dans ses colonnes, iLa Provence/i cuisine volontiers « l'écologie » à toutes les sauces, que ce soit pour parler d'intelligence artificielle ou de l'aménagement des zones commerciales. Les sujets économiques sont de plus en plus souvent saupoudrés de termes comme « décarbonation », « transition écologique » ou encore « innovation responsable », tandis que la section « environnement » du journal regorge d'articles dithyrambiques sur des entreprises « engagées » qui « s'investissent pour la biodiversité », et leurs projets « zéro pollution »./p
pMais sous couvert de parler d'écologie, le titre véhicule surtout un discours pro-business, défendant la compatibilité supposée de la croissance économique avec la protection de l'environnement : la « croissance verte ». Rarement fondée sur l'analyse objective de faits scientifiques, la couverture médiatique proposée par iLa Provence/i permet aussi d'écoblanchir des choix politiques et des secteurs économiques pourtant critiquables sur le plan écologique./p
/br
h3 class='article_intertitres'RSE partout, écologie nulle part/h3
p/brParmi les titres de la presse régionale, iLa Provence/i se démarque par une couverture plus importante que ses pairs (quoique toujours insuffisante) des sujets environnementaux. a href="https://quotaclimat.org/actualites/municipales-2026-la-couverture-mediatique-des-enjeux-environnementaux-a-subi-un-recul-historique/" class="spip_out" rel="external"Selon l'association Quota Climat/a, qui se base sur les données de l'Observatoire des Médias sur l'Écologie, entre janvier et mars 2026 le journal marseillais se plaçait en tête des titres régionaux qui ont consacré le plus de place à l'environnement pendant la campagne des élections municipales, avec 6,4% de contenus liés à l'environnement, contre 5% pour iNice-Matin/i et iSud Ouest/i, qui complètent le podium. À titre de comparaison, les « meilleurs élèves » de la presse nationale, iLe Monde/i et iL'Humanité/i, ont quant à eux consacré environ 9% de leur couverture à ces sujets./p
pMais à en juger par les articles publiés par iLa Provence/i à l'été 2026 dans la section « Environnement » de son site, son leadership au sein de la presse quotidienne régionale s'explique aussi par une prolifération de sujets « environnementaux » n'ayant que peu de rapport avec l'écologie, le climat ou la biodiversité./p
pAinsi a href="https://www.laprovence.com/article/region/1373891756569214/les-parcs-d-activites-de-manosque-investissent-en-faveur-de-la-biodiversite-et-pour-leur-transition-energetique" class="spip_out" rel="external"de cet article/a paru début juillet dans l'édition Alpes du journal sous le titre : « Les parcs d'activités de Manosque investissent en faveur de la biodiversité et pour leur transition énergétique ». Publié à l'issue de « il'assemblée générale de l'association des parcs d'activités de Manosque/i », l'article est anglé sur le « projet biodiversité » que compte développer la zone commerciale, décrit et commenté par une seule et même source, le président de l'association des parcs d'activité manosquins, au journaliste. Sans surprise, l'article a donc des allures de SAV : on apprendra notamment comment l'association compte réduire la pollution lumineuse en investissant dans des Led et des ampoules « iqui s'éteignent la nuit/i », ou encore « idévelopper une trame turquoise/i », des « iilots de verdure et de fraîcheur/i » et des « icorridors/i » pour la faune : en clair, planter des haies sur les ronds-points ? Pour l'heure, le projet se résume à une étude préalable… financée à 90% par des fonds publics. Toutes proportions gardées, cet effort des entreprises au service de « la biodiversité et la transition énergétique », méritait-il réellement une demi-page dans le journal ?/p
pD'autant que cet exemple n'est pas un cas isolé. Comme d'autres médias régionaux, iLa Provence/i couvre régulièrement les actions menées par les entreprises au titre de leur responsabilité sociale et environnementale (RSE). Si certaines de ces actions peuvent avoir un impact environnemental positif – souvent marginal –, rares sont les articles qui le quantifient et le remettent en contexte. De fait, la principale fonction de ces sujets (outre de combler des pages) est de soigner l'image de marque des organisateurs, qui ne manquent pas de solliciter le journal à chaque opération RSE. À chaque fois, les mêmes ressorts sont à l'œuvre : non-hiérarchisation des informations (une petite action débouche sur un article élogieux d'une demi-page, voire d'une pleine page), et absence totale d'analyse sur l'impact réel de ces opérations./p
pAinsi, la réhabilitation d'une autre zone d'activité dans la Drôme a href="https://www.laprovence.com/article/economie/1235594960066215/la-zone-d-activite-de-saint-restitut-rehabilitee-pour-renforcer-l-attractivite-economique-du-territoire" class="spip_out" rel="external"permet au rédacteur/a de souligner « ila volonté de la communauté de communes de concilier développement économique et transition écologique, grâce à une gestion plus durable des eaux pluviales, à la désimperméabilisation de certains espaces et au renforcement de la biodiversité/i ». En oubliant de préciser que l'essentiel de ces mesures sont déjà obligatoires depuis plusieurs années... Au Frioul, près de Marseille, c'est une opération « ramassage de déchets » financée par deux entreprises de la tech qui suscite a href="https://www.laprovence.com/article/ecoplanete/3833561939727214/au-frioul-le-fonds-de-dotation-pure-ocean-a-propose-un-ramassage-des-dechets-pour-sensibiliser-les-entreprises" class="spip_out" rel="external"l'enthousiasme du journal/a. En parallèle, le principal mécène de l'événement s'est payé a href="https://www.laprovence.com/article/economie/11466402262674/helen-devanny-letape-marseillaise-illustre-parfaitement-ce-que-nous-voulons-accomplir-transformer-une-intention-en-action-concrete" class="spip_out" rel="external"un publireportage/a dans les colonnes du journal, pour mettre l'accent sur « ison engagement en faveur de la protection des océans/i ». Pour que le vernis « vert » tienne, mieux vaut passer deux couches.../p
/br
h3 class='article_intertitres'Des Jeux Olympiques « sans pollution » et une IA « écoresponsable »/h3
p/brAux côtés de ces sujets sans fond, on retrouve aussi de nombreux articles qui reprennent sans recul des éléments de langage mettant en avant la dimension « durable » ou « décarbonée » de projets pourtant contestables sur le plan écologique. Souvent tirés des pages « Économie » du journal, ces articles ne mobilisent quasiment pas de données scientifiques ou de sources contradictoires, et contribuent régulièrement à écoblanchir des projets douteux./p
pAinsi, le 6 juillet 2026, iLa Provence/i consacre a href="https://www.laprovence.com/article/economie/14743547365868/un-coup-de-projecteur-tres-tres-important-la-region-paca-fait-le-pari-de-leconomie-locale-et-durable" class="spip_out" rel="external"un article très positif/a aux Jeux Olympiques d'Hiver 2030, intitulé « "Un coup de projecteur très très important" : la région Paca fait le pari de l'économie locale et durable ». Réalisé par une journaliste du service économie, en marge des a href="https://www.acrimed.org/Les-Rencontres-economiques-petit-paradis-pour"Rencontres économiques d'Aix-en-Provence/a, l'article rend compte d'une conférence de presse organisée par le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, co-organisatrice des JO 2030. Ce dernier annonce que « 70% » des contrats des JO 2030 seront attribués à des entreprises « irégionales/i ». Voilà pour le côté « local ». Mais quid de la partie « durable » ? Sur ce point, la journaliste, qui n'a visiblement pas eu le temps de se procurer des chiffres sur l'impact environnemental des JO 2030, se replie sur les éléments de langage fournis par la Région :/p
blockquote class="spip"
pAvec pour objectif zéro pollution, ces Jeux se veulent décarbonés. La région Sud compte ainsi « façonner et préparer » ses montagnes à horizon 2050 selon le président de la région. L'ambition affichée : réduire le réchauffement climatique et éviter la perturbation des futurs JO./p
/blockquote
pCes affirmations pourraient être remises en perspective, puisque l'arc alpin devrait atteindre 2,7 degrés de réchauffement moyen à horizon 2050 – date à laquelle les trois quarts des glaciers locaux auront disparu. Quant au bilan carbone officiel de ces Jeux « décarbonés », il a été estimé par les organisateurs eux-mêmes à 804 000 tonnes d'équivalent CO2 (les émissions annuelles de 80 000 Français)span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire « Forêts rasées, montagnes bétonnées : la vraie carte des JO 2030 dans (…)" id="nh2"2/a]/span. Mais l'article ne fournira aux lecteurs, qui sont en droit d'attendre une analyse fondée sur des faits, que des éléments de langage hasardeux./p
pAutre exemple qui illustre bien l'emploi abusif de notions « écologiques » dans le journal : le 11 juillet, a href="https://www.laprovence.com/article/economie/2464440189560314/a-marseille-formasup-mediterranee-dresse-le-bilan-d-un-apprentissage-vert-et-inclusif" class="spip_out" rel="external"paraît le compte rendu/a d'une rencontre entre acteurs de l'éducation supérieure. Intitulé « À Marseille, Formasup Méditerranée dresse le bilan d'un apprentissage vert et inclusif », l'article s'attarde sur le défi de rendre l'intelligence artificielle « iécoresponsable/i ». Si la journaliste prend le temps d'évoquer en détail les « iprojections environnementales alarmantes/i » qui auréolent l'IA – consommation d'électricité, d'eau, et déchets générés –, elle laisse ensuite le champ libre à un discours techno-optimiste qui met en avant « il'écoconception/i » comme solution : « iPasser d'une IA rouge à une IA verte, c'est la transition incontournable à opérer/i », explique un interlocuteur. Voilà un sujet vite expédié…/p
pLa veille, le service Économie de iLa Provence/i avait déjà consacré a href="https://www.laprovence.com/article/economie/163924463863414/a-la-tete-de-numeum-syndicat-patronal-des-pros-du-numerique-le-marseillais-mehdi-houas-devoile-sa-feuille-de-route" class="spip_out" rel="external"une interview/a au président du syndicat patronal des entreprises du numérique. Après la très prévisible question « il'IA représente-t-elle une opportunité ou une menace pour votre secteur ?/i », le journal entrait dans le vif du sujet : « iAu niveau du numérique responsable, la France est-elle sur la bonne voie ?/i » Réponse : « iNous, les Européens, on essaie d'aller dans le bon sens et on essaie de faire en sorte que l'énergie qui va être consommée pour alimenter les data centers soit la plus verte possible pour justement préserver la planète./i » iLa Provence/i semble estimer que son rôle n'est pas ici de demander des précisions à son interlocuteur, ni de tempérer ou de confronter ces propos à des faits./p
/br
h3 class='article_intertitres'Dérouler le tapis rouge à la « croissance verte »/h3
p/brQue ce soit en couvrant des opérations RSE à l'impact anecdotique ou en « verdissant » des projets controversés, iLa Provence/i relaie une vision profondément dépolitisée de l'écologie, qui n'interroge pas les causes et ne désigne pas non plus les responsables des crises écologiques. Le sujet est traité comme une variable d'ajustement : une poussière « verte » dont il suffirait de saupoudrer les articles pour être dans l'air du temps. Vidés de tout sens, les adjectifs « durable », « responsable », « engagé », « décarboné », ponctuent ainsi le journal sans que ses auteurs s'interrogent sur la pertinence du terme choisi ou sur la réalité qu'il recouvre. Ce dévoiement du langage est particulièrement flagrant lorsque le journal réalise des interviews avec des élus, dont les propos sont rarement vérifiés, mis en perspective ou confrontés à des faits. Ainsi, le 2 juin 2026, a href="https://www.laprovence.com/article/region/64518771182996/la-biodiversite-a-besoin-des-entreprises-le-ministre-de-la-transition-ecologique-se-confie-a-la-provence" class="spip_out" rel="external"dans un article/a intitulé « La biodiversité a besoin des entreprises », iLa Provence/i tendait le micro au ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre. Lequel attribuait les « reculs » de la transition écologique, sujet dont il est pourtant chargé... à La France insoumise. Tout en « ise refusant à opposer croissance économique et protection de l'environnement/i », il déclarait : « iLa biodiversité a besoin des entreprises et vice versa./i »/p
pNi climatosceptique, ni climato-dénialiste, la ligne éditoriale du journal s'apparente à ce que le sociologue Albin Wagener (également rédacteur en chef du média parodique Malheurs Actuels) qualifie de « climato-ségrégationnisme » a href="https://www.politis.fr/articles/2026/07/tribune-canicule-lere-du-climato-segregationnisme/" class="spip_out" rel="external"dans une tribune/a pour iPolitis/i :/p
blockquote class="spip"
pUn sceptique, c'est quelqu'un qui réfléchit et qui doute ; un dénialiste, c'est quelqu'un qui refuse de voir la réalité en face parce qu'elle lui semble insupportable. Or ce qui empêche l'action climatique, ce ne sont pas des individus qui douteraient ou refuseraient l'évidence ; au contraire, il s'agit d'un projet politique et financier, porté par des personnes qui ont connaissance du changement climatique, mais décident de préserver leurs intérêts économiques./p
/blockquote
pPlus loin, il développe :/p
blockquote class="spip"
pLes médias ou les politiques qui optent pour l'inaction climatique ne sont pas seulement antiécologiques ; ils portent un projet politique cohérent, basé sur le conservatisme des mœurs, la préservation d'un ordre social inégalitaire, et une prédominance des intérêts économiques et financiers sur tout le reste./p
/blockquote
pÀ en juger par les nombreux articles consacrés par iLa Provence/i aux conséquences du changement climatique sur son territoire, le média est parfaitement au fait de la réalité du drame, même s'il s'attarde moins sur ses causesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Selon les calculs de l'Observatoire des médias sur l'écologie, les causes du (…)" id="nh3"3/a]/span. Mais cette connaissance n'entraîne pas de changement de cap dans sa couverture des enjeux politiques et économiques au sens large. À l'heure où la France brûle, iLa Provence/i (et de nombreux autres médias nationaux ou régionaux) reste plus encline à parler d'« écologie » quand il s'agit d'évoquer les petites actions mises en œuvre par les puissants ou de verdir un projet aux retombées juteuses, que de questionner les responsabilités du système de production, des super-pollueurs milliardaires et des élus dans la crise en cours./p
p/brstrongMarion Moinet/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanVoir également nos articles sur a href="https://www.acrimed.org/Canicule-sur-BFM-TV-la-mise-en-spectacle-d-une"BFM-TV/a et sur a href="https://www.acrimed.org/Entre-deux-canicules-les-medias-promeuvent-les"la couverture/a de l'inauguration du dernier porte-conteneurs de la CMA CGM./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLire « Forêts rasées, montagnes bétonnées : la vraie carte des JO 2030 dans les Alpes », a href="https://reporterre.net/Forets-rasees-montagnes-betonnees-la-vraie-carte-des-JO-2030-dans-les-Alpes" class="spip_out" rel="external"Reporterre/a, 18/07./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanSelon les calculs de l'Observatoire des médias sur l'écologie, les causes du dérèglement climatique ne sont mentionnées que dans 18,3% des articles de iLa Provence/i traitant des conséquences de la crise climatique./p
/div/div
mer, 2026-07-15 09:59
div class='rss_chapo'p« Affaire Erner », suite./p/div
div class='rss_texte'pNous avions a href="https://www.acrimed.org/Le-Pen-LFI-et-l-antisemitisme-l-intox-de"déjà exposé/a les premiers épisodes de cette triste affaire : le 24 juin, au cours de la matinale qu'il anime sur France Culture, Guillaume Erner a diffusé un montage sonore censé démontrer les similarités antisémites des discours de Jean-Marie Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon. Problème : un des extraits de ce montage était en réalité tiré d'une émission de 2017 dans laquelle Jean-Luc Mélenchon ne faisait en aucune façon référence aux juifs. Cette falsification n'étant pas passée inaperçue, Guillaume Erner a été contraint de produire des excuses, consistant en l'occurrence à déporter la faute sur la source de ce montage trompeur, que le journaliste avait omis de mentionner à l'antenne. Si, devant l'évidence, la station, l'animateur, les syndicats, les SDJ, le médiateur ont tous reconnu des « ierreurs/i », voire une « ifaute grave/i », une poignée d'irréductibles éditorialistes ne l'ont pas entendu de cette oreille, et ont refusé mordicus de reconnaître le caractère « ifallacieux/i » dudit montage. Démontrant, une nouvelle fois, que la vérité leur importe bien peu ?/p
/br
h3 class='article_intertitres'Les irréductibles/h3
p/brC'est Raphaël Enthoven, dès le lendemain de l'entretien, qui ouvre le bal. Sous la communication de France Culture sur X, qui explique que le « imontage fallacieux/i » et « i[non] sourcé/i » n'aurait « ipas dû être diffusé/i », Enthoven s'entête : « iFallacieux ? En quoi ? A quel titre ?/i » Le même jour, les sociétés des journalistes de Radio France et de France Culture produisent un communiqué commun, condamnant « iles propos antisémites faussement attribués à Jean-Luc Mélenchon/i ». Jean Quatremer sort alors de ses gonds : « iLe petit doigt sur la couture du pantalon, aux ordres de LFI. […] Et dites, la @SDJradiofrance, vous avez entendu parler des dog whistle ? Parce qu'il faudrait arrêter de nous prendre pour des demeurés./i » Très remonté, et un rien obsessionnel, Quatremer publiera entre le 25 juin et le 8 juillet pas moins de 49 tweets (ou repost) sur « l'affaire Erner »./p
pCaroline Fourest n'est bien sûr pas en reste, et ajoute une couche de complotisme sur le déni de réalité : « iLa meute de Jean-Luc Mélenchon est en ordre de bataille. A un an de la présidentielle, ses militants, très actifs dans les rédactions et les Sociétés de Journalistes (SDJ), font feu de tout bois pour écarter les journalistes qui les dérangent. Il faut l'expliquer au grand public. Et résister à cette intimidation politique./i » Résumons : plutôt que de constater, comme Guillaume Erner lui-même, que le montage était « ifallacieux/i », la championne de l'anti-complotisme préfère s'imaginer qu'un groupe agit dans l'ombre et « ifait feu de tout bois/i » contre ce pauvre Guillaume Erner, victime d'une cabale politique. Nos deux journalistes stars ne seront bien sûr pas les seuls sur cette ligne de défense fondée sur des « faits alternatifs » : tous les habitués du comptoir sont là. Brice Couturier (en réaction au communiqué des SDJ de Radio France) : « iLes syndicats de gauche de Radio France ont choisi : ils soutiendront la candidature de Mélenchon aux présidentielles. Attendez-vous à ce que cela s'entende dans les journaux d'information de ses stations.../i » ; Céline Pina : « iLFI ou comment aider à comprendre la montée du fascisme hier en regardant ses promoteurs aujourd'hui. Acte 1 l'intimidation et la menace des opposants et détracteurs/i » ; Éric Naulleau : « iLa chasse à l'homme menée par la meute insoumise s'attaque maintenant à Guillaume Erner, le brillant animateur de la matinale de France Culture, un des honneurs de la profession/i » ; Peggy Sastre (dans a href="https://www.lepoint.fr/debats/guillaume-erner-la-faute-la-meute-et-le-permis-de-chasse-TJMQXKEBPNBTTM7DMQ65ZPEQLY/" class="spip_out" rel="external"son éditorial du iPoint/i/a) : « iFrance Culture, aussi, a reconnu la faute, quitte à jeter sous le bus son producteur et donner du fioul à une chaudière tyrannique qui n'en avait vraiment pas besoin/i » ; Marika Bret : « iL'intimidation, la traque, la purge, c'est une vieille méthode, une passion totalitaire, tenace et mortifère/i ». Etc. Bref, le problème n'est pas le montage trompeur, mais la critique des médias./p
pDifficile de ne pas remarquer que les irréductibles défenseurs d'Erner gravitent autour de la galaxie printaniste. Une poignée de chroniqueurs, au pouvoir éditorial démesuré comparé à leur nombre, qui utilisent leurs journaux ou leurs structures comme tremplins pour truster des invitations à la télé ou à la radio. Dernier exemple en date ? L'Association française des grands reporters et correspondants (AFGRC), dont deux membres (Noémie Halioua et Emmanuel Razavispan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Noémie Halioua, ex-rédactrice en chef d'i24 news, est une habituée du genre. (…)" id="nh1"1/a]/span) publient une tribune dans iLe Figaro/i pour défendre Erner./p
pÀ la suite de son « erreur », le présentateur des Matins a en effet écopé d'un « avertissement », et son « billet d'humeur » lui a été retiré. Une punition d'une effroyable sévérité, inacceptable pour les « grands reporters » Noémie Halioua et Emmanuel Razavi qui, a href="https://www.lefigaro.fr/vox/societe/affaire-erner-la-france-ne-doit-pas-devenir-le-pays-des-ayatollahs-20260706" class="spip_out" rel="external"dans leur tribune/a, tiennent à alerter : « Affaire Erner : la France ne doit pas devenir le pays des ayatollahs ! »/p
pEn cause, les demandes exprimées par des militants insoumis de voir le journaliste présenter des excuses aux personnes calomniées. Le tableau est inquiétant : « iMenaces, harcèlement, intimidation/i » ; « ichasse à l'homme méthodiquement orchestrée par "la meute" LFI/i » ; « ientreprise de mise à mort professionnelle/i » ; « isoif de nuire au journaliste que rien ne semble apaiser/i », etc. Malheureusement aucun exemple ou citation n'est donné à l'appui de cette description. Et encore : LFI « imenace gravement la santé démocratique de notre pays/i », en particulier par ses desseins à l'égard de la corporation des journalistes (disent nos « grands reporters », oubliant leurs diatribes contre le corporatisme des autres… pour voler au secours de ladite corporation) : « iTenter de bâillonner toute voix discordante ou critique de LFI quitte à répandre la terreur au sein de cette corporation/i », au sein de laquelle « iparmi les voix à faire taire, [les insoumis jugeraient qu'il y a] d'abord celles des journalistes de confession juive, qui alertent sur la nouvelle judéophobie qui découle de l'antisionisme/i ». Ou comment surenchérir dans la calomnie./p
pa href="https://www.acrimed.org/Post-verite-et-fake-news-fausses-clartes-et"La « post-vérité » jadis décriée/a est aujourd'hui un registre banal du discours éditocratique. La preuve ? Le site d'un quotidien national publie une tribune dans laquelle pas un fait tangible n'apparaît, et dans laquelle les faits avérés tels que la falsification de Guillaume Erner n'apparaissent que comme des éléments de décor, qui n'entrent pas en compte dans le « raisonnement » exposé. Ainsi devisent certains « grands reporters » …/p
p/brstrongPatrick Michel/strong avec strongJérémie Younes/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanNoémie Halioua, ex-rédactrice en chef d'i24 news, est a href="https://www.lefigaro.fr/auteur/noemie-halioua" class="spip_out" rel="external"une habituée du genre/a. Quant à Emmanuel Razavi, on le croise de plus en plus fréquemment a href="https://www.acrimed.org/Entrisme-iranien-l-actualite-ca-se-faconne"dans nos articles/a. L'association des « grands reporters », proche d'Atlantico, a été fondée, entre autres, par Benjamin Sire et Nora Bussigny./p
/div/div
lun, 2026-07-13 13:26
div class='rss_chapo'pPascal Praud veille./p/div
div class='rss_texte'pMaintien à l'antenne de Jean-Marc Morandini, limogeage d'Olivier Nora, tribune des professionnels du cinéma… Depuis plusieurs mois, les protestations contre la prédation et les pratiques du groupe Bolloré se multiplient. Y compris, parfois, depuis l'intérieurspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire « "On va se faire attraper par l'Arcom" : CNews laisse carte blanche au (…)" id="nh1"1/a]/span. Des positionnements inadmissibles sur CNews, qui enchaîne purges et mises au pas – exit Sonia Mabrouk, Élisabeth Lévy, Philippe Bilger ou encore Céline Pina (a href="https://www.liberation.fr/economie/medias/elisabeth-levy-philippe-bilger-celine-pina-sur-cnews-des-chroniqueurs-debranches-et-un-debut-de-malaise-20260517_QE4JYFEHT5ET5CZWHFNFNCSC6Y/" class="spip_out" rel="external"iLibération/i/a, 17/05). Sur son plateau, Pascal Praud n'hésite pas à mener l'inquisition. Illustration, en deux épisodes./p
/br
h3 class='article_intertitres'Scène 1 : « L'heure des pros 2 », CNews, 3 juin/h3/br
div class='spip_document_16611 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cnews_03062026.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH278/cnews_03062026-9b465.png?1783941986' width='500' height='278' alt='' //a
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/div
p/brSarah Saldmann refuse de « imettre l'immigration à toutes les sauces/i » pour expliquer les a href="https://www.acrimed.org/Celebrations-post-victoire-du-PSG-CNews-l-usine-a"événements survenus après la victoire du PSG en Ligue des Champions/a et prend ses distances avec iFrontières/i : « iC'est sûr que je n'évolue pas au milieu de Frontières […]. Il n'y a pas que Frontières comme journal non plus !/i » Première remontrance de Pascal Praud : « iÉcoutez ça ne sert à rien parce que vous défendez une posture [...] vous venez ici pour faire un numéro !/i » Mais Sarah Saldmann persiste : « iCe n'est pas parce que je ne ressors pas la propagande de Frontières que je ne peux pas avoir un point de vue qui est le mien !/i » C'en est trop pour Pascal Praud : « iÇa fait 5 fois que vous citez Frontières, qui travaillent sur notre chaîne. Ça fait 5 fois. Vous pouvez le faire une 6e fois. Ça fait 5 fois... […] Je ne suis pas dupe de ce que vous faites, ça s'appelle une posture, et c'est pas bien, c'est pas bien pour la chaîne sur laquelle vous êtes ! […] Parce que ça suffit d'attaquer Frontières. Frontières, ils font le job./i »/p
pEt ainsi de suite :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Sarah Saldmann :/strong Mais pas du tout, c'est de la propagande d'extrême droite. Vous connaissez ce que je pense de iFrontières/i./p
pstrong- Pascal Praud :/strong Non, non, non. Je récuse ce que vous dites. Parce que d'abord, c'est très grave ce que vous dites. Puisque vous nous accusez, nous, de faire de la propagande d'extrême droite.../p
pstrong- Sarah Saldmann :/strong On n'est pas en plateau avec iFrontières/i, là./p
pstrong- Yoann Usaï :/strong Moi, je travaille avec eux, je peux vous le dire !/p
pstrong- Gilles-William Golnadel/strong [en fond] strong :/strong Et moi je suis leur avocat […] et j'en suis fier !/p
pstrong- Pascal Praud :/strong Attendez, iFrontières/i, il faut vraiment défendre ce média…/p
pstrong- Sarah Saldmann :/strong Non, je ne vais pas défendre ce média, non, non, non, je ne peux pas, je n'en suis pas capable…/p
pstrong- Pascal Praud :/strong […] Moi, je travaille avec eux…/p
pstrong- Sarah Saldmann :/strong On ne les reçoit jamais en plateau…/p
pstrong- Pascal Praud :/strong Je travaille avec eux. Ils sont sur le terrain. […] Le travail qu'ils font est un travail journalistique, de témoignage./p
pstrong- Sarah Saldmann :/strong C'est pas vrai. Vous ne pouvez pas dire des choses comme ça./p
pstrong- Pascal Praud :/strong Je le dis parce que c'est vrai./p
pstrong- Sarah Saldmann :/strong Mais c'est pas vrai./p
pstrong- Pascal Praud :/strong Et on les écoute régulièrement…/p
pstrong- Yoann Usaï/strong [en fond] strong :/strong Ils font un travail formidable…/p
pstrong- Sarah Saldmann :/strong Mais vous ne pouvez pas dire qu'ils font un travail formidable !/p
pstrong- Pascal Praud :/strong Et heureusement qu'ils sont là. Et heureusement qu'ils sont là pour montrer une réalité que personne ne veut montrer en France…/p
pstrong- Sarah Saldmann :/strong Mais parce que ce n'est pas la réalité !/p
pstrong- Pascal Praud :/strong Ah bon ? C'est pas la réalité ? […]. Mais on va marquer une pause […]. Et je défends Erik Tegnér et ses équipes./p
/blockquote/br
h3 class='article_intertitres'Scène 2 : « L'heure des pros », CNews, 29 juin/h3/br
div class='spip_document_16610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cnews_29062026.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/cnews_29062026-89d78.png?1783941986' width='500' height='281' alt='' //a
/figure
/div
p/brLe directeur de la rédaction de iValeurs actuelles/i, Tugdual Denis, est convié pour parler de son dernier ouvrage…/p
blockquote class="spip"
pstrong- Tugdual Denis :/strong Mais j'ai envie […] que la droite obtienne des prix littéraires, […] que la droite ait des réalisateurs, que la droite…/p
pstrong- Pascal Praud :/strong … et des télévisions peut-être aussi ?/p
pstrong- Tugdual Denis :/strong Ben, les télés je crois que c'est un peu fait là maintenant [désignant l'animateur]./p
/blockquote
pEt là… patatras !/p
blockquote class="spip"
pstrong- Pascal Praud :/strong Oui mais là, vous ne nous avez pas beaucoup défendus, je trouve […]./p
pstrong- Tugdual Denis :/strong Oh, c'est pas vrai…/p
pstrong- Pascal Praud :/strong Si ! […] non là, je me suis dit « Tugdual Denis, il n'est pas très courageux pour nous ». Vous ne montez pas beaucoup au créneau pour nous…/p
pstrong- Tugdual Denis :/strong Ah oui ? Écoutez, je peux vous dire, regardez toute la promo que j'ai faite, j'ai fait un certain nombre de plateaux, on a parlé de Vincent Bolloré sur France Culture la semaine dernière, j'étais face à un prof de science politique de l'École polytechnique qui caricaturait à outrance la pensée de Vincent Bolloré, et je l'ai tout à fait défendu./p
/blockquote
pÉric Naulleau s'empresse de seconder Pascal Praud : « iTugdual, je suis allé tourner un clip pour soutenir Valeurs Actuelles. Il n'y a pas eu de geste aussi spectaculaire dans votre sens./i » Et l'incriminé tente de se dépatouiller : « iÉcoutez, les Unes que l'on a faites sur CNews ces dernières années, je pense que l'on en a fait 12. Je vous demande souvent des interviews [désignant Pascal Praud], là il y a une interview en cours avec Christine Kelly.../i » Ou encore : « iVous n'avez peut-être pas le temps mais regardez mes interventions sur BFM-TV, sur Franceinfo, sur France Culture, le dernier chapitre de mon livre... Je défends extrêmement ce que vous faites, enfin ce que vous faites tous globalement dans la famille du groupe Bolloré où j'ai de nombreux amis./i »/p
pTant de zèle et si peu de reconnaissance !/p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brLes deux cas étudiés ici rappellent – si besoin était – la position centrale qu'occupe la « a href="https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2026/06/15/cnews-chaine-championne-des-sanctions-de-l-arcom_6703227_4355770.html" class="spip_out" rel="external"ichaîne championne des sanctions de l'Arcom/i/a » dans l'écosystème de l'extrême droite médiatique./p
p/brstrongNils Solari/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanLire « "On va se faire attraper par l'Arcom" : CNews laisse carte blanche au média d'extrême droite "Frontières" et crispe ses équipes », a href="https://www.mediapart.fr/journal/culture-et-idees/100626/va-se-faire-attraper-par-l-arcom-cnews-laisse-carte-blanche-au-media-d-extreme-droite-frontieres" class="spip_out" rel="external"Mediapart/a, 10/06./p
/div/div
jeu, 2026-07-09 15:32
div class='rss_chapo'pNous reproduisons a href="https://www.snjcgt.fr/2026/07/08/marine-le-pen-montage-et-manipulation-le-jour-ou-radio-france-a-renie-ses-principes/" class="spip_out" rel="external"ce communiqué/a de la CGT Radio France./p/div
div class='rss_texte'h3 class='article_intertitres'Marine Le Pen, montage et manipulation : le jour où Radio France a renié ses principes/h3
p/brDepuis l'interview de Marine Le Pen le mercredi 24 juin dans Les Matins de France Culture, et la diffusion d'une vidéo trompeuse de « LEON le média », un pure-player actif sur les réseaux sociaux, la colère des auditeur·ices, celle des équipes de France Culture et celle de la CGT Radio France ne faiblit pas. La réponse de la direction de Radio France semble bien éloignée de ses principes jusqu'ici exposés en matière de déontologie./p
pCe jour-là, soit le producteur de la matinale Guillaume Erner savait qu'il s'agissait d'un montage fallacieux, et il a choisi délibérément de le diffuser contre l'avis explicite de son équipe et des journalistes, soit il n'a pas fait le travail minimum et élémentaire de vérification qui incombe à tout professionnel de l'information. Dans les deux cas, il s'agit d'une faute majeure qui entache la réputation de toutes les antennes de la radio de service public. Rappelons qu'en novembre 2023, la direction a mis en avant 8 grands « principes de l'information de Radio France », avec notamment le travail de vérification, la crédibilité des sources, la distinction entre opinions et faits, et l'indépendance pour « ne pas entamer la confiance du public », autant de principes incontournables bafoués par Guillaume Erner./p
pComme l'a rappelé le SNJ-CGT Radio France, à la faute professionnelle, le producteur a ajouté la complaisance à l'égard du RN, parti d'extrême droite toujours pas purgé de ses racines antisémites, et participé à la diabolisation politico-médiatique de La France Insoumise. La CGT Radio France avait déjà dénoncé un précédent dangereux quand le même producteur avait osé un parallèle insoutenable entre les victimes de l'attentat de Charlie Hebdo et la mort de Charlie Kirk, l'influenceur américain d'extrême droite. La CGT Radio France s'inquiète d'une dérive éditoriale plus profonde. La veille de l'invitation de Marine Le Pen, lors d'un entretien avec l'historien et producteur sur France Culture Patrick Boucheron, ce dernier, malgré l'insistance de Guillaume Erner, a refusé d'instrumentaliser la mémoire et les écrits de Marc Bloch pour trancher un débat biaisé sur l'antisionisme. Depuis, Patrick Boucheron fait l'objet d'une campagne hostile et haineuse, alimentée par les réseaux sociaux./p
pAprès tant de dérapages, l'avertissement adressé par la direction de Radio France à Guillaume Erner, ainsi que le retrait de son billet d'humeur, ne peuvent suffire. D'autres salariés de Radio France, bien connus des auditeur·ices, ont été directement licenciés ou privés de la reconduction de leur contrat suite à des cabales d'extrême droite. En vertu de ce dangereux précédent, suffira-t-il de s'excuser lors d'entretiens disciplinaires pour mériter et obtenir la clémence de la direction, ou celle-ci s'exerce-t-elle à géométrie variable ? La CGT Radio France soutient les personnels de France Culture dont l'éthique professionnelle est injustement remise en cause par la faute d'un seul homme. Elle interpelle la direction de Radio France sur son traitement partial de ces manquements graves, qui entame la confiance de tous·tes les salarié·ies de la radio publique et renie les principes déontologiques qui régissent nos antennes./p
pNous ne voyons pas comment Guillaume Erner pourra encore présenter à la rentrée cette matinale dans des conditions satisfaisantes et sereines, à l'aube de campagnes pour les élections présidentielle et législatives qui seront traversées par des questions politiques cruciales, et qu'il sera impossible de ne pas évoquer. Le présentateur d'une matinale radio incarne la voix de son antenne. Guillaume Erner ne doit, ne peut plus être la voix de France Culture./p
p/brstrongParis, le 8 juillet 2026./strong/p/div
jeu, 2026-07-09 09:10
div class='rss_chapo'p« iGéant français des mers/i », « isymbole de la puissance maritime française/i », « ifleuron d'une nouvelle génération de porte-conteneurs géants/i », « iplus moderne que jamais/i », « ipionnier du transport maritime écologique/i »… Entre deux canicules, les grands médias n'ont pas manqué de s'esbaudir devant le nouveau porte-conteneurs de la multinationale CMA CGM, détenue par le super-pollueur Rodolphe Saadé, industriel milliardaire également propriétaire de médias. L'écologie ? Exit./p/div
div class='rss_texte'p« iC'est l'attraction depuis le début de la semaine dans le port du Havre/i, s'emballe la présentatrice Élise Denjean à l'antenne de RMC (02/07). iDes curieux viennent apercevoir un des plus gros porte-conteneurs du monde !/i » « iIl appartient à la compagnie CMA CGM, également propriétaire de la radio RMC/i », rebondit succinctement son confrère Quentin Vinet, avant d'introduire un sujet apologique illustré par des images directement fournies… par la CMA CGM. Au même moment sur BFM-TV (02/07), on entend aussi parler de « ice nouveau navire de la compagnie CMA CGM, propriétaire de BFM-TV/i » : la présentatrice Pascale de la Tour du Pin annonce un reportage « embedded » sur le porte-conteneurs, qui, précise-t-elle, « ifonctionne au gaz naturel/i » – un « itransport moins polluant/i », soutient le « reporter ». « iLe premier d'une série de dix navires géants/i », lit-on encore sur le post de Brut (Instagram, 02/07), à l'origine d'une vidéo que ne renierait pas le service comm' de la multinationale : « iGrâce à ces nouvelles capacités, CMA CGM, propriétaire de Brut, espère se hisser au deuxième rang des armateurs mondiaux d'ici 2027./i »/p
pLe lendemain (03/07), c'est sur le site de iLa Tribune/i que le gros bateau de Rodolphe Saadé, « il'armateur marseillais (propriétaire de la Tribune)/i », est mis à l'honneur. Supposément en reportage au port du Havre, le journaliste assure le SAV commercial du groupe, activité dont témoigne le panel des interlocuteurs cités : Rodolphe Saadé lui-même ; Emmanuel Delran, directeur des opérations du groupe CMA CGM ; « iles dirigeants de CMA CGM/i » ; « iune porte-parole du groupe/i » ; sans oublier Philippe Tabarot, le ministre des Transports. « Avec le CMA-CGM Notre-Dame, la souveraineté française prend le large », proclame le titre de iLa Tribune/i, où le journalisme, quant à lui, fait naufrage. Quelques jours plus tôt, l'hebdomadaire iLa Tribune dimanche/i (28/06) saluait déjà « ile Notre-Dame de CMA CGM (propriétaire de La Tribune Dimanche)/i » dans sa rubrique « Good News » – un « iporte-conteneurs d'exception/i » –, seulement quelques pages après un éditorial grandiloquent de Bruno Jeudy, appelant à ce que la « iprise de conscience/i » quant au changement climatique « idébouche sur des actes/i » : « iLa maison brûle davantage encore/i, désespère l'éditorialiste. iEt nous continuons trop souvent de regarder ailleurs./i » En direction des gros bateaux, par exemple ?/p
pAu terme d'une semaine caniculaire en effet, le déni dont s'offusque Bruno Jeudy inclut-il la promotion du deuxième milliardaire français présentant la plus grande empreinte carbone financièrespan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Oxfam et Greenpeace, « Les milliardaires français font flamber la planète et (…)" id="nh1"1/a]/span, patron de la troisième entreprise mondiale de transport maritime, un secteur aujourd'hui responsable d'environ 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre selon l'Ademe, c'est-à-dire, « ià l'échelle planétaire, […] l'équivalent d'un grand pays industrialisé comme l'Allemagne ou le Japon/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Ademe, « Décarboner le maritime : une opportunité industrielle », mars 2026." id="nh2"2/a]/span ?/p
/br
div class='spip_document_16607 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cma1.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH348/cma1-3a959.png?1783581162' width='500' height='348' alt='' //a
/figure
/div
p/brEt ce d'autant que les médias précédemment cités (RMC, BFM-TV, Brut, iLa Tribune/i et iLa Tribune dimanche/i) présentent la particularité, on l'aura compris, d'appartenir à Rodolphe Saadé lui-même. Est-ce à dire que ce rapport de propriété garantit, au sein des médias en question, l'absence de toute critique substantielle du gigantisme industriel et l'invisibilisation des ravages écologiques provoqués par l'un des plus grands armateurs mondiaux ? Assurément oui. Ce rapport de propriété constitue-t-il un élément suffisant – voire en lui-même probant – pour expliquer une telle promotion médiatique du dernier porte-conteneurs maison CMA CGM ? Deux fois non. La preuve ? Bien d'autres médias ont fait pareil… si ce n'est pire./p
/br
h3 class='article_intertitres'Économie partout, écologie nulle part/h3
p/brLa couverture du « Notre-Dame » et de son inauguration, le 2 juillet, est en effet sensiblement identique d'un grand média à un autre, que ces derniers soient ou non possédés par Rodolphe Saadé, sous la coupe d'un autre capitaliste… ou de service public. Des dépêches AFP aux contenus produits par les journaux télévisés, les radios ou la presse écrite, les mêmes biais sont à l'œuvre : prime aux indicateurs économiques, détails logistiques, descriptions fascinées ou platement techniques du navire, aux dépens de toute réflexion et mise en perspective écologiques. Aucun des contenus observés ne mentionne par exemple la part du fret maritime – et encore moins celle de CMA CGM ou de Rodolphe Saadé, en particulier – dans le réchauffement climatique. Les journalistes s'interrogent encore moins sur l'impact écologique de la fabrication même de ce type d'engins aux proportions gargantuesques, le « Notre-Dame » étant capable de soutenir une charge de près de 300 000 tonnes en chargeant à son bord jusqu'à 24 000 conteneurs, c'est-à-dire l'équivalent de 600 trains de fret…/p
pLe cas du iFigaro/i est frappant. a href="https://www.lefigaro.fr/societes/plus-grands-plus-propres-plus-performants-en-chine-notre-visite-du-chantier-demesure-ou-naissent-les-nouveaux-geants-des-mers-francais-20260627" class="spip_out" rel="external"Le 27 juin/a, si le quotidien produit un long reportage (à bien des égards informatif) sur le chantier naval chinois où sont construits les porte-conteneurs de CMA CGM, il passe à côté de la problématique écologique. Pire : ces navires sont qualifiés dès le titre de « iplus propres/i ». On lit en effet que le carburant principal utilisé pour les propulser, le gaz naturel liquéfié (GNL), « ia permis de réduire significativement les émissions de gaz à effet de serre/i » : « iPour le groupe, [cette énergie] est surtout considéré[e] comme une étape de transition vers une plus grande décarbonation du transport maritime, en attendant que les carburants zéro émission […] soient disponibles en volumes suffisants et à "coûts compétitifs"./i » C'est tout ? C'est tout. Le GNL est également présenté comme un « ilevier de décarbonation et d'innovation/i » dans iLes Échos/i (02/07), en pâmoison devant les prouesses technologiques de « ila nouvelle cathédrale des mers de CMA CGM/i »./p
pPourtant, comme l'indiquait déjà a href="https://reporterre.net/L-Europe-se-rue-vers-le-gaz-naturel-liquefie-au-mepris-du-climat" class="spip_out" rel="external"Reporterre/a en mai 2022, le GNL, qui demeure un carburant fossile, est certes moins polluant que le fioul lourd et « iémet autant de gaz à effet de serre que du gaz "classique"/i », « imais si l'on prend en compte l'ensemble de sa chaîne de valeur, il s'avère encore plus néfaste pour le climat/i ». Des analyses étayées par de nombreuses ONGspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="De la coalition d'ONG « Transport Environnement » à la campagne (…)" id="nh3"3/a]/span, ainsi que par plusieurs experts auditionnés lors de la commission d'enquête sénatoriale de 2024 sur les obligations de TotalEnergiesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir par exemple les auditions de Valérie Masson-Delmotte, climatologue et (…)" id="nh4"4/a]/span, tandis qu'en 2023 a href="https://lesjours.fr/obsessions/cma-cgm-marine-marchande/ep4-gnl/" class="spip_out" rel="external"Les Jours/a enquêtaient sur la promotion de longue date du GNL par la CMA CGM : « ison étendard vert/i »./p
pCela dit, iLe Figaro/i et iLes Échos/i sont loin d'être les seuls médias à faire l'impasse sur ces informations. Dépendance à la communication commerciale, renforcée par des visites de presse « exclusives » à bord du porte-conteneurs sous l'égide de CMA CGM ; travail journalistique ilow cost/i ; inconséquence politique des chefferies éditoriales ; absence de transversalité de la thématique écologique au sein des rédactions ; « cocorico économique » ordinaire des productions médiatiques, où « l'évidence » ia priori/i du capitalisme mondialisé n'est jamais remise en cause… Mis bout à bout, ces différents éléments expliquent en grande partie la pauvreté générale de l'information. Et que ce soit l'intention ou non des médias ne change rien à l'affaire : les productions journalistiques se font ide facto/i les relais du plan comm' de CMA CGM, igreenwashing/i inclus./p
/br
h3 class='article_intertitres'De la « iprise de conscience/i »… à la célébration des super-pollueurs/h3
p/brIl y a d'abord celles où l'approche écologique est tout simplement introuvable. Passée la canicule, iLa Croix/i eut beau parler de « ichoc de conscience/i » à sa Une (29/06), ça ne l'a pas empêché de traiter de l'inauguration du « Notre-Dame » sous un prisme religieux trois jours plus tard – « CMA CGM confie son plus gros porte-conteneurs à la Providence » (02/07) –, le quotidien allant jusqu'à dévoiler en avant-première un extrait de la prière catholique du père Guy Pasquier, présent « ipour placer le navire sous protection divine/i ». Même aveuglement au iParisien/i, qui fantasma « iune prise de conscience/i » écologiste collective à sa Une le 29 juin… avant de s'enthousiasmer le 2 juillet devant « ice porte-conteneurs géant [qui] bat tous les records/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Le titre de l'article paru dans l'édition Aujourd'hui en France (02/07). Le (…)" id="nh5"5/a]/span./p
pOn ne trouve dans ces deux articles aucune occurrence des termes « écologie » / « écologique » / « carbone » / « décarbonation », également absents de la couverture du iMonde/i, où le bilan n'est pas plus glorieux. La rédaction a beau être dotée d'un solide pôle « Écologie », celui-ci ne se charge pas de la couverture du « Notre-Dame » : c'est dans la rubrique « Économie » (chapitre « Transports ») que paraît l'article sur le site du quotidien (02/07), dont une version raccourcie sera ensuite publiée dans le journal papier (04/07), section « Économie Entreprise », quelques pages après les sujets « Environnement » consacrés ce jour-là au désarroi des élus locaux face aux canicules et aux incendies prématurés… Bilan des courses ? Les préoccupations écologiques sont reléguées aux oubliettes, au profit de considérants économiques mis en avant par des interlocuteurs triés sur le volet, célébrant tantôt « ile choix du personnel français/i » – « iSyndicalement, le Notre-Dame, c'est ce qu'on veut voir/i », soutient le syndicat de cadres CFE-CGC –, tantôt « ile choix de la France [et] le choix de ses marins/i », selon les termes de Rodolphe Saadé lui-même. En guise de pluralisme, iLe Monde/i laisse le mot de la fin au directeur de l'École nationale supérieure maritime, lequel tient à souligner que « iCMA CGM aurait pu faire un pari très différent, mais a choisi de soutenir cette filière française. C'est une très grande fierté/i ». Circulez./p
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h3 class='article_intertitres'L'information au rabais/h3
p/brDans d'autres rédactions, si les problématiques écologiques ne sont pas totalement invisibilisées, l'espace qui leur est alloué est réduit à peau de chagrin. Après avoir repris les éléments de langage de CMA CGM présentant le GNL comme « iune solution moins polluante/i », l'AFP (27/06) indique entre deux virgules que ce carburant « iest le plus souvent issu de ressources fossiles/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Le 2 juillet, l'AFP consacre une deuxième dépêche à ce « fleuron d'une (…)" id="nh6"6/a]/span. Peut-on parler d'« information » ?/p
pSur France Inter (02/07), partie prenante du dispositif « embedded » mis en place le jour de l'inauguration, la rédaction diffuse un sujet « Sur le terrain » pour le moins compressé – deux minutes, ce que la radio publique appelle « iun reportage long/i » –, dans lequel la narration est majoritairement prise en charge par la multinationale (commandant et second-mécanicien du navire, vice-président du groupe CMA CGM). Plus qu'une dépendance aux sources, l'effacement du journalisme produit inévitablement un dépliant publicitaire : il est ainsi question de « icombustion beaucoup plus propre/i », de « ibénéfices pour l'environnement/i » et même d'un « icoup d'accélérateur sur la décarbonation/i ». La contradiction arrive en queue de comète : « iCe n'est pas une solution de décarbonation, répond l'ONG Transport Environnement, qui rappelle que le GNL reste un gaz fossile./i » Huit secondes : le temps de l'information sur France Inter. Et dire que a href="https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/france-inter-sur-le-terrain/rep-fi-sur-le-terrain-du-jeudi-02-juillet-2026-4047116" class="spip_out" rel="external"sur le site de la radio/a, le chapô du reportage annonçait que si « ile mastodonte se veut moins nocif pour l'environnement, [il] peine à convaincre les associations écologistes/i ». Associations que l'on n'entendra même pas : un cadrage pour le moins survendu au vu du résultat final./p
pMêmes écueils dans les journaux télévisés de France 2 et TF1. Au « 13h » de la télé publique (02/07), le reportage parle à juste titre d'une « icourse au gigantisme/i », mais l'expression n'ouvre nullement la voie à la critique écologique. Au contraire : cette course « ipermet aux armateurs de répondre au développement rapide du commerce entre l'Asie et l'Europe/i », explique le journaliste… Tout juste apprend-on que le GNL « iest composé de méthane, 80 fois plus polluant que le CO2 quand il s'échappe dans l'atmosphère/i ». Basta. L'inconséquence éditoriale frôle également des sommets au « 20h » de TF1 (28/06), où dès l'annonce des titres, Anne-Claire Coudray introduit des sujets liés à « ila semaine la plus chaude enregistrée/i »… avant de promettre un reportage « embedded » « ià bord [du] monstre des mers/i ». « iEt preuve que la technologie permet de voir grand/i, s'exclame plus tard la présentatrice, ice porte-conteneurs, l'un des plus imposants du monde, […] fonctionne au gaz naturel !/i » Vient alors un reportage de six minutes s'ouvrant sur une vue aérienne de l'« iogre d'acier/i » – « iDe là-haut, le géant, allongé sur son étendue bleue, semble presque endormi/i » –, où l'écologie devra encore se contenter de la portion congrue : « iQui dit gros moteur dit forcément grosse empreinte carbone/i », concède le reporter, avant de qualifier le fonctionnement au GNL d'« iencourageant/i » , tout en rappelant que « ide par la distance et le volume transportés, la marine marchande reste un secteur très polluant/i ». Fin de l'histoire./p
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div class='spip_document_16606 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cma2.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH222/cma2-cd731.png?1783581163' width='500' height='222' alt='' //a
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/div/br
h3 class='article_intertitres'Des logiques exacerbées dans la PQR/h3
p/brOn retrouve les mêmes mécanismes (en pire) dans la presse locale. Du côté de iParis Normandie/i notamment, où la direction a mis les bouchées doubles. En une semaine, le journal a publié pas moins de dix contenus sur le porte-conteneurs CMA CGM. Mais comme le laissaient présager leurs titres, aucun ne parlera d'écologie./p
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div class='spip_document_16604 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cma_pn.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH241/cma_pn-38745.png?1783522396' width='500' height='241' alt='' //a
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p/brD'interviews tapis-rouge en publicités déguiséesspan class="spip_note_ref" [a href="#nb7" class="spip_note" rel="appendix" title="C'est le cas du contenu « Le géant des mers à travers votre objectif » par (…)" id="nh7"7/a]/span, le journalisme se dissout entièrement dans la communication d'entreprise. Mention spéciale à cet article intitulé « "Notre Dame" ouvre une nouvelle voie pour le transport maritime vert », dont le web propose un titre encore plus cavalier : « "Nous basculons du fossile à un carburant vertueux" : Notre Dame, pionnier du transport maritime écologique" » (30/06). Le « ivice-président du Bunkering Energy Transition chez CMA CGM/i » (sic) étant la seule et unique source du journaliste, il n'est pas abusif de parler de « co-écriture » : l'impact environnemental des porte-conteneurs est dit « iamoindri et vertueux/i », là où le GNL est célébré en tant que… « icarburant de l'avenir/i »./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/cma3.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH258/cma3-d7fef.png?1783581163' width='500' height='258' alt='' //a
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p/brJournalisme et écologie sont aux abonnés absents à iOuest-France/i, également, qui publie certes deux fois moins de contenus que iParis Normandie/i à la même période (cinq entre le 27 juin et le 3 juillet), mais peut en tout état de cause s'enorgueillir d'une interview qui restera dans les annales du « contre-pouvoir », chapitre a href="https://www.acrimed.org/L-entretien-audiovisuel-information-ou-spectacle"« Badinages médiatiques avec les puissants »/a :/p
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div class='spip_document_16603 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH148/cma_of-6d761.png?1783581163' width='500' height='148' alt='' /
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p/br« iBourreau de travail, ascète et secret, le milliardaire fuit la notoriété/i, prévient d'emblée le quotidien régional. iMais pour ce baptême exceptionnel, Rodolphe Saadé a accepté de se livrer comme rarement dans une interview, accordée […] à Ouest-France et à sa filiale spécialisée dans l'économie maritime, Le marin./i » Et qu'on se le dise : là où le « isi discret patron a accepté d'aborder toutes les facettes de son groupe tentaculaire/i », les intervieweurs ont laissé toutes les facettes du journalisme au vestiaire. Dans cette interview de 2 582 mots, le terme « écologie » n'apparaît pas une seule fois. La thématique passe totalement sous les radars des journalistes, qui eurent en revanche toute latitude pour faire valoir des questionnements autrement plus incisifs. Florilège non exhaustif :/p
blockquote class="spip"
p- Pourquoi avez-vous choisi comme marraine Delphine Arnault ?/p
p- Pourquoi baptisez-vous le iCMA CGM Notre-Dame/i au Havre et pas dans votre ville de Marseille ?/p
p- Comment choisissez-vous le nom de vos navires ?/p
p- Votre groupe a affiché au premier trimestre de meilleurs résultats que ses concurrents. Quand allez-vous devenir n°2 mondial ?/p
p- Comment voyez-vous l'avenir du Liban ?/p
p- L'Iran représente-t-il un marché d'avenir ?/p
p- Qu'attendez-vous de vos médias ?/p
p- Vous en demandez davantage [de stabilité, NDLR]. Édouard Philippe, ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron et maire du premier port français, Le Havre, l'incarne-t-elle ?/p
p- Il existe un débat au sein du patronat : faut-il parler avec les extrêmes ? Qu'en pensez-vous ?/p
p- Pourquoi avoir donné le nom de CMA CGM au stade Océane du Havre ?/p
/blockquote
pRideau./p
pAu terme d'une semaine ponctuée par la publication de contenus à caractère quasi-publicitaire, on pouvait lire dans iOuest-France/i que « ila mer est aujourd'hui confrontée à un défi majeur : celui du changement climatique/i » (02/07). Sursaut de dernière minute ? Voyons plutôt : « iAlors que la CMA-CGM baptise aujourd'hui le plus gros porte-conteneurs français, la présidente du Cluster maritime, Nathalie Mercier-Perrin, rappelle les enjeux majeurs de l'innovation et de la formation pour ce secteur clé de l'économie du pays dans le contexte du changement climatique./i » Résumons : la seule et unique fois où le quotidien iOuest-France/i fait mine de traiter le gigantisme industriel au prisme de la question écologique, il confie l'exercice à la directrice d'une plateforme de lobbying qui défend les intérêts économiques de la filière maritime auprès des décideurs publics. Résultat ? Le « Notre-Dame » de la CMA CGM démontre qu'« iil est possible de concilier échanges mondiaux, compétitivité économique et réduction de l'impact environnemental/i ». En d'autres termes : « iinnover pour naviguer, décarboner pour durer/i ». Et le journalisme se fracassa sur un slogan./p
/br
centerstrong***/strong/center
p/brDans son éditorial de iLa Tribune dimanche/i (28/06), Bruno Jeudy se réjouissait du fait que « iles climatosceptiques ont quasiment disparu du débat public/i » : « iMédias et journalistes ouvertement climatosceptiques sont contraints de la mettre en sourdine. C'est un progrès./i » Sauf que rien n'est moins sûr… iA fortiori/i si l'on prend la peine de ne pas réduire le phénomène au a href="https://www.telerama.fr/television/sur-cnews-la-vague-de-chaleur-ne-peut-rivaliser-avec-la-submersion-migratoire-7031358.php" class="spip_out" rel="external"climato-négationnisme de CNews/a et d'autres a href="https://www.acrimed.org/Dans-les-medias-d-extreme-droite-une-croisade"médias d'extrême droite/a. Sans doute la désinformation scientifique s'incarne-t-elle tout autant – si ce n'est plus – dans les opérations massives de igreenwashing/i comme celle-ci. Opérations auxquelles se livrent (consciemment ou non) les grands médias, incapables de se départir du ronron capitaliste qui conditionne toutes les productions consacrées à « l'économie », « thématique » que les chefferies éditoriales persistent à soustraire à la question écologique./p
p/brstrongPauline Perrenot/strong/p/div
hr /
div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanOxfam et Greenpeace, « Les milliardaires français font flamber la planète et l'État regarde ailleurs », a href="https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2022/02/rapport_milliardaires_carbone220222.pdf" class="spip_out" rel="external"février 2022/a./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanAdeme, « Décarboner le maritime : une opportunité industrielle », a href="https://infos.ademe.fr/mobilite-transports/2026/decarboner-le-maritime-une-opportunite-industrielle/" class="spip_out" rel="external"mars 2026/a./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanDe la coalition d'ONG a href="https://www.transportenvironment.org/te-france/articles/limpact-climatique-des-importations-de-gnl-en-europe-est-largement-sous-estime" class="spip_out" rel="external"« Transport Environnement »/a à la campagne mondiale de lutte pour la décarbonation du transport maritime a href="https://saynotolng.org/fr/" class="spip_out" rel="external"« Say no to LNG »/a./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanVoir par exemple les auditions de Valérie Masson-Delmotte, climatologue et co-présidente du Giec (a href="https://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20240129/ce_total.html#toc2" class="spip_out" rel="external"29/01/2024/a) et de Lou Welgryn (analyste au sein du cabinet Carbon4Finance et co-présidente de l'association Data For Good (a href="https://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20240205/ce_total.html#toc4" class="spip_out" rel="external"08/02/2024/a)./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanLe titre de l'article paru dans l'édition iAujourd'hui en France/i (02/07). Le même article paraît sur le site du iParisien/i (02/07) sous un titre différent : « "C'est le plus grand porte-conteneurs à battre pavillon français" : construit en Chine, ce géant des mers va être inauguré au Havre »./p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanLe 2 juillet, l'AFP consacre une deuxième dépêche à ce « ifleuron d'une nouvelle génération de porte-conteneurs géants/i » : pas un mot sur l'écologie./p
/divdiv id="nb7"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh7" class="spip_note" title="Notes 7" rev="appendix"7/a] /spanC'est le cas du contenu « Le géant des mers à travers votre objectif » par exemple, dans lequel iParis Normandie/i relaie une opération comm' de CMA CGM : un « iconcours photo/i », où, moyennant récompense (assister à l'inauguration), les participants sont priés de poster des clichés du porte-conteneurs sur Instagram, d'« iidentifier le compte Instagram de CMA CGM/i » et d'« iajouter le hashtag #CMACGMNotreDameAuHavre/i ». Bref : un travail (gratuit) de communicant qui ne dit pas son nom, assuré à la fois par les photographe amateurs… et par iParis Normandie/i./p
/div/div
mar, 2026-07-07 07:46
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH80/successions-cc49b.png?1783413049' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt="" /
div class='rss_chapo'pIl y a des émissions qui prétendent réconcilier les citoyens avec la politique. Et qui, pour y parvenir, commencent par retirer à la politique tout ce qui la rend compréhensible : les conflits, les rapports de force, les idéologies, les intérêts sociaux, les contradictions. « Successions 2027 », diffusée en deux épisodes sur France 2 le 14 juin dans « 13h15, le dimanche » – donc en pleine tranche info –, appartient à cette catégorie. Sous couvert de (re)mettre les responsables politiques « au contact des Français », l'émission ressemble surtout à une vaste opération de désarmement intellectuel et symbolique : la présidentielle 2027 n'y apparaît plus comme un affrontement entre visions du monde, projets et programmes, mais comme un diaporama de rencontres humaines, de poignées de main, de regards et de sourires, d'où toute dimension proprement « politique » est soigneusement tenue à distance./p/div
div class='rss_texte'h3 class='article_intertitres'Un « casting » présidentiel avant la présidentielle/h3
p/brFrance 2 nous propose de suivre une dizaine de personnalités politiques liées, de près ou de loin, à l'élection présidentielle de 2027, qui seront plongées pour l'occasion dans un ersatz de vie sociale ordinaire. Le titre évoque un soap-opéra, et le a href="https://www.francetvpro.fr/contenu-de-presse/77384146" class="spip_out" rel="external"communiqué de presse/a de l'émission donne un avant-goût du spectacle : « i10 politiques au contact des Français/i », un « icasting inédit/i », des rencontres dans des « ilieux inattendus/i », des discussions « isans intermédiaire/i », « iles yeux dans les yeux/i ». Marine Le Pen (RN), Édouard Philippe (Horizons), Gabriel Attal (Renaissance), Marine Tondelier (Les Écologistes), Raphaël Glucksmann (Place publique), François Hollande (PS), Bruno Retailleau (LR), François Ruffin (Debout), Manuel Bompard (LFI), Sarah Knafo (Reconquête) : voici les personnages principaux d'une saison électorale dont France Télévisions tente de rédiger la dramaturgie./p
pDe fait, c'est un « show », comme le montre le lexique promotionnel de l'émission. Cette idée de « casting », d'abord, pour évaluer les personnalités de responsables politiques au cours de séquences scénarisées ; les « lieux inattendus », évoquant une simple PME comme un décor insolite ; les « nuances et sourires », indiquant que les conflits et les clivages ne sauraient troubler l'épiphanie de la rencontre./p
pL'émission a d'ailleurs choisi de placer Édouard Philippe en exergue, dans la partie générique, lui octroyant une forme de préemption éditoriale : assis à une table, l'ancien Premier ministre sermonne : « iUne campagne, c'est bien saisir l'intimité du pays./i » Voilà la clé du programme. « Successions » cherche bien une intimité : celle des intérieurs, des trajets, des petits objets, des prénoms, des maladresses, des rires et des confidences. Mais cette intimité vaguement voyeuriste se substitue à la politique. Elle ne révèle pas les structures ; elle les évapore./p
/br
h3 class='article_intertitres'Un safari politique/h3
p/brPour susciter l'intérêt du téléspectateur, France 2 entreprend d'emmener ses protagonistes dans des lieux qui laissent entrevoir, sur le papier, une tension entre l'appartenance partisane de la personnalité politique et le public rencontré : Manuel Bompard dans l'usine d'un patron de PME, François Hollande dans une entreprise de lingerie en redressement judiciaire, Bruno Retailleau dans une fonderie autogérée, François Ruffin au Puy du Fou, Sarah Knafo dans l'école de formation de Thierry Marx (où se trouvent des étrangers), Raphaël Glucksmann dans les quartiers nord de Marseille, Édouard Philippe dans un village de l'Armée du salut au Havre, Marine Tondelier dans l'exploitation productiviste d'un céréalier adhérent à la FNSEA, et Gabriel Attal dans un foyer protestant pour seniors./p
pL'occasion d'explorer les contradictions entre des situations sociales réelles et des programmes politiques, en laissant apparaître à l'écran divers points de friction ? Pas vraiment. Si chaque lieu est choisi pour produire un antagonisme attendu – écologie contre agriculture industrielle, gauche institutionnelle face aux quartiers populaires, droite gestionnaire confrontée à la précarité –, l'émission ramène presque toujours ces scènes vers la proximité : le tutoiement, la blague, les formules de politesse. La contradiction sociale ou politique attendue est aussitôt oubliée, chassée par les priorités éditoriales de l'émission : « l'intimité » de la rencontre – avec une science indéniable de la mise en situation : François Ruffin dans un manège, chambrière en main ; Marine Tondelier à genoux, occupée à arracher quelques mauvaises herbes ; Bruno Retailleau maniant une grosse louche de coulée, souffle court ; Glucksmann jouant à la passe à dix avec des jeunes ; Bompard pédalant sur une nationale, un casque vissé sur la tête./p
pCet effacement est d'autant plus facile que les responsables politiques sont souvent présentés comme des visiteurs presque ordinaires, en général mal identifiés par celles et ceux qu'ils rencontrent :/p
blockquote class="spip"
p- Je m'appelle Sarah Knafo et je suis députée européenne./p
p- Oh, une députée !/p
p- Je ne fais pas ça depuis longtemps, je viens de commencer./p
/blockquote
pSi la scène semble anodine, elle en dit long sur le dispositif : la fonction, le bilan, l'appartenance partisane ou le programme passent au second plan derrière la scène de contact. On ne voit plus un ancien Premier ministre, un président de groupe parlementaire ou une dirigeante de parti, mais quelqu'un qui arrive, serre la pince, plaisante, écoute, s'étonne, compatit, admire : « iC'est hyper dur ce geste/i » ; « iJ'apprends/i » ; « iEst-ce que vous vous êtes déjà brûlé ? Oui hein, il faut protéger les yeux surtout/i » ; « iÇa me fascine, moi je suis plutôt littéraire/i », etc./p
pLa séquence consacrée à Édouard Philippe à l'Armée du salut condense cette logique. Un lieu socialement lourd – où pourrait surgir la question du logement, de la précarité, des politiques publiques, du bilan gouvernemental ou municipal – est converti en décorum d'humanité : accolades, visite attendrie, petit père Noël, doudou, tomates, trémolo sur « c'est beau ce qui se passe ici ». Quand la responsable du site commence pourtant à formuler une demande matérielle – « iNous avons dix chalets, et il nous en faudrait dix supplémentaires…/i » –, l'ancien Premier ministre la coupe net, sur le registre de la plaisanterie : « iVous nous en mettrez dix supplémentaires pour octobre !/i » Fin de la « discussion ». La doléance existe, mais le montage n'en fait qu'une réplique./p
pQuant à Bruno Retailleau, il commence son expédition par une longue extase patrimoniale sur les briques d'Albi : « iC'est fantastique, qu'est-ce que c'est beau, toute cette brique/i » ; « iC'est extraordinaire, et c'est doux/i » ; « iAvec le soleil du matin, c'est rosé/i ». Le lieu de travail – la fonderie Gillet – disparaît derrière la carte postale./p
/br
h3 class='article_intertitres'Des Français « de tous les jours »/h3
p/brQuant aux personnes rencontrées, présentées comme des incarnations « concrètes » du réel – ouvriers et ouvrières, jeunes de Marseille, intermittents du spectacle, retraités, précaires, étrangers –, l'émission leur donne peu la parole. La plupart du temps, celle-ci est d'ailleurs prise en charge par un directeur, un responsable de site, un chef d'entreprise ou un intermédiaire afin d'assurer une transmission conciliante entre les classes populaires et la classe politique en balade. Les tensions potentielles sont ainsi largement édulcorées, filtrées par l'habitus mondain de celles et ceux qui dirigent, administrent ou encadrent./p
pL'émission ne fait donc pas disparaître les « Français » – au contraire, elle les surexpose : visages en gros plan, sourires prolongés, intérieurs visités, objets personnels, anecdotes biographiques. Mais cette présence, intimiste, évacue les rapports de classe, de travail, de propriété, de dépendance ou de domination dans lesquels ils sont pris. « Les Français » ne valent ici que comme supports d'ambiance, chargés d'attester que le responsable politique est bien allé « au contact »./p
pDe fait, on en apprend très peu sur leurs trajectoires individuelles, leurs conditions matérielles d'existence, leurs préférences partisanes ou les enjeux existentiels qui traversent leurs préoccupations du moment. Quand une brèche s'ouvre, elle se referme presque aussitôt. Un retraité explique qu'il ne gagne que 900 euros par mois ? La séquence ne lui donne ni le temps ni les moyens de contrecarrer la langue de bois professionnelle que lui oppose Gabriel Attal. Un jeune de Marseille confie à Raphaël Glucksmann qu'il préfère Mélenchon ? Il disparaît aussitôt dans le flux, comme un incident mineur de la déambulation. Ils ne sont jamais constitués en sujets politiques./p
pDans les lieux de travail, cette logique est particulièrement frappante. L'émission ne montre que le fonctionnement générique de la production : un geste technique, une machine, un savoir-faire, une démonstration. On fabrique, on coule, on désherbe, on apprend. Le travail n'apparaît presque jamais comme rapport social conflictuel, que ce soit sur les salaires ou les conditions de travail. L'empirisme naïf déployé par France 2 débranche les protagonistes du monde social, pour les prendre comme figurants dans sa série au « casting inédit »./p
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h3 class='article_intertitres'Le réel en miettes/h3
p/brCette réduction du réel ne tient pas seulement au choix des lieux ou des interlocuteurs. Elle est également produite par la forme même de l'émission, qui fragmente chaque scène à l'excès, au point d'empêcher toute continuité argumentative (alors même que chaque candidat dispose d'un temps extrêmement comprimé : moins de neuf minutes en moyenne). « Successions » ne raconte pas vraiment des rencontres ; elle juxtapose des éclats d'interactions et mime « l'intimité recherchée » par des plans (très) rapprochés sur le visage des candidats, notamment au moment de l'inévitable séquence (faussement) backstage en train ou en voiture. Dès lors, la vie « politique » apparaît comme une succession de bribes sans conséquences, jamais comme une chaîne de causalité, de choix ou de responsabilités./p
pLe montage fabrique ainsi une fausse nervosité. Il donne l'impression d'un pays sillonné, d'une campagne en mouvement, d'une société saisie sur le vif. Mais cette mobilité permanente interdit au débat de s'installer. À peine une objection apparaît-elle qu'elle est recouverte par une plaisanterie, un plan de coupe, un changement de lieu ou le retour à un autre personnage du « casting ». Un plan ne dure jamais plus d'une poignée de secondes, les images sont filmées caméra à l'épaule. La séquence ne développe pas : elle papillonne./p
pDans une séquence exemplaire, l'émission passe ainsi sans cesse de Hollande à Retailleau, chacun en visite dans une PME, dans une sorte de ping-pong effréné : Hollande descend de voiture avec la directrice, on entre dans l'atelier, elle commence à expliquer que l'entreprise fait « itout sur place/i », « ide la conception à la commercialisation/i ». Mais déjà, on zappe sur Retailleau qui observe des « crochets » et un moule en impression 3D. Retour illico chez Hollande : « iBonjouuuur. Alors, quelle partie c'est, ça ?/i » On mentionne les bonnets de soutien-gorge. Retour chez Retailleau : « iAh, c'est manuel quand même/i », s'étonne-t-il, avant de siffler. Nouvelle coupe : Hollande devant une machine à coudre, puis Retailleau demandant à un fondeur s'il s'est déjà brûlé, puis Hollande interrogeant une couturière, puis Retailleau maniant un outil, puis Hollande – et ainsi de suite./p
pDe cette lessiveuse ne peuvent ressortir que des généralités confondantes, interchangeables, en guise de parole politique. Bruno Retailleau parle de « iprivilégier le travail/i », François Hollande explique que le thème de 2027 sera « il'unité/i », Marine Le Pen disserte sur les « iqualités humaines/i » qui auraient manqué aux autres dirigeants, Gabriel Attal promet de « irassembler les générations/i ». Mis bout à bout, ces fragments semblent parfois composer une conversation. Mais en réalité, personne ne se croise jamais et personne ne se répond. L'émission promettait des discussions « à bâtons rompus » ; elle livre une litanie de banalités découpée en morceaux./p
pÀ cet émiettement s'ajoute l'intégration des équipes de tournage à la dramaturgie de la sympathie. On s'est bien gardé de couper les apartés et autres enfantillages avec la caméra : les moments de connivence avec les journalistes comme autant de preuves de naturel et d'épreuves de décontraction. Édouard Philippe plaisante avec la caméraman en voiture (« iVous n'êtes pas morte ?/i ») ; Marine Tondelier interpelle « César » sur son stationnement (« iOn va plier le rétroviseur/i ») ; Raphaël Glucksmann redirige des cris extérieurs vers le cadreur (« iYou are the problem/i »). Déférente, la médiation journalistique ne réintroduit pas de la contradiction ; elle ajoute une couche de familiarité dans laquelle la dilution du contenu politique s'accentue./p
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h3 class='article_intertitres'Le fétichisme de la concorde/h3
p/brDerrière la chorégraphie du terrain et la mécanique du montage se dessine cependant le projet éditorial de France Télévisions avec cette émission : nourrir le fétichisme de la concorde pour tempérer une ambiance présidentielle marquée par la a href="https://www.france.tv/france-5/c-politique/saison-17/8436243-presidentielle-la-tentation-radicale.html" class="spip_out" rel="external"« radicalité »/a, en montrant que toute conflictualité politique peut être absorbée par l'écoute, l'empathie et le compromis./p
pSi elle traverse l'ensemble des expériences de terrain proposées aux candidats, cette concorde apparaît dès l'ouverture de la séquence avec François Hollande qui, par un heureux hasard, croise dans le train le ministre des PME. Pierre Papin en profite pour lier « spontanément » conversation et s'assoit à côté de l'ancien président sous l'œil gourmand des caméras, avides de complicité transpartisane : « iNon mais je ne vais pas vous embêter longtemps : cinq minutes. C'est dur parce qu'on gère une fin de mandat, on essaye de ne pas rester dans les affaires courantes, d'amener une dynamique, un legs qui soit intéressant./i » Hollande opine, prévenant : « iIl faut faire comme si ça ne s'arrêtait pas./i » Le ministre poursuit : « iOui, et puis la crise iranienne… on essaye de ne pas trouver de bouc émissaire, mais on n'a pas de pognon dans les caisses./i » Les fausses confidences n'iront pas plus loin : une poignée de main chaleureuse apparaît subitement à l'écran./p
pCette tendance à la « concorde » apparaît clairement dans les séquences de François Ruffin au Puy du Fou. Si le député était venu pour porter des « critiques sur la vision de l'histoire » proposée par le parc, il capitule rapidement face au dispositif, et finit par rire de bon cœur avec son directeur, De Villiers junior. Elle apparaît aussi, et de façon spectaculaire, dans la séquence Tondelier en visite d'une exploitation gorgée d'intrants chimiques. Tout commence pourtant par un désaccord très concret : « iFini les néonicotinoïdes, le problème c'est qu'on ne m'a pas donné d'alternative/i », explique l'agriculteur. Mais la séquence bifurque rapidement vers la recherche d'un point d'accord. Après avoir déposé son fils à l'école – « iDonc on peut être en campagne présidentielle et déposer son enfant le matin à l'école ?/i » –, Marine Tondelier rappelle au journaliste que son « igrand-père était agriculteur/i », qu'il faisait « ides pommes de terre, des betteraves, des petits pois, enfin bref : le Nord quoi/i », avant d'assurer qu' « ion a intérêt à trouver un terrain d'entente là-dessus/i » et que « itout le monde s'accorde à dire que oui, on a besoin de bosser ensemble/i ». L'agriculteur formule lui-même la concorde possible : avec Tondelier et les Écologistes, « ion a la même destination/i », seul le « ichemin/i » diffère – elle voudrait aller vite, lui plus lentement./p
pPuis la rencontre se poursuit sur le mode de la proximité : les bouteilles, la bise, jardinage en commun, rigolades. Et sur les néonicotinoïdes ou le glyphosate, les formules d'accord prennent le dessus : « iNon mais on est d'accord là-dessus que ça devrait être interdit partout/i » ; « iIl faut harmoniser/i » ; « iJe suis d'accord, il faudrait que les Écologistes gèrent la France et l'Europe, et là ce serait hyper harmonisé/i ». Pour finir, tous deux trinquent pour la caméra pendant que Tondelier porte un toast « ià l'avenir de l'écologie et de l'agriculture : ensemble/i »./p
pOu comment vaporiser la politique dans une aimable conversation. Et quand on applique ce genre de recettes avec l'extrême droite, le résultat devient vite immangeable./p
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h3 class='article_intertitres'Intronisation de l'extrême droite/h3
p/brOr, il faut souligner que Marine Le Pen bénéficie d'un traitement de faveur qui laisse pantois. Comme on lui accorde de pouvoir choisir elle-même son terrain – sans que l'on sache pourquoi –, elle profite d'un accueil triomphal : un bain de foule acquis à sa personne. C'est la seule que l'on voit entourée d'un réel soutien populaire, déambulant librement en terrain conquis : une foire à Sens, dans l'Yonne, un département tombé dans l'escarcelle du RN./p
pMarine Le Pen a également le privilège d'ouvrir l'émission, sur une musique rock conquérante (« Kashmir », de Led Zeppelin). On la voit descendre de voiture sous les hourras de la foule, qui scande « Marine présidente ! », visiblement prévenue. Rapide contrepoint : quelques militants insoumis haranguent au loin sur les détournements de fonds européens. Mais ils ne sont pas interrogés : le montage enchaîne immédiatement sur une voix non identifiée qui lui demande un selfie en hurlant. Les photos s'enchaînent. On peut entendre des « On vous aime ! », dans une intense effervescence sonore et visuelle. France 2 sélectionne ensuite l'interpellation d'une sympathisante, une commerçante qui va finir avec 600 euros bruts de retraite, qui répète qu'elle en a « imarre/i » de l'AME (aide médicale de l'État), comme tous les gens « qui bossent/i ». « iMais pour ceux qui l'ont déjà ?/i » questionne-t-elle. « iAh bah ceux qui l'ont déjà ils ne l'auront plus/i ». Fin de la pastille. « iUne femme au pouvoir, ça fera du bien/i », entend-on alors. « iMais si c'est monsieur Bardella, allons-y banco/i », retient tout de même France 2. De toute façon, « iils pourront dire tout ce qu'ils voudront sur Jordan ou Marine, ça ne changera pas notre vote/i ». Le Pen se fraie difficilement un chemin vers un stand, où la caméra l'attend déjà poliment, pour un nouvel exercice d'admiration, tâte un nourrisson (une voix commente : « iVous pouvez être sûre qu'elle votera pour vous quand elle sera majeure/i »). Le reste à l'avenant, ponctué de relances journalistiques d'une pugnacité rare : « iOn est en temps de crise, Madame Le Pen ?/i » ; « iVous pensez que c'est une campagne qui va se jouer sur le pouvoir d'achat ?/i » ; « iVous restez "ni droite ni gauche", finalement/i », etc. Les derniers mots de la séquence qui lui est dédiée sont pour elle : « iNous, nous défendons les intérêts du peuple français./i »/p
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centerstrong***/strong/center
p/brC'est ainsi que « Successions » dépolitise la politique elle-même, ce qui reste une façon de faire de la politique. À force de tout ramener artificiellement au « contact » le plus éphémère, France 2 encourage une démocratie fantôme, où les oppositions disparaissent derrière les images de cordialité. Avec une préférence pour celles de l'extrême droite./p
p/brstrongClément Sénéchal/strong/p/div
lun, 2026-07-06 10:45
div class='rss_chapo'pUne journée de canicule sur la chaîne du deuxième plus gros émetteur français de CO2./p/div
div class='rss_texte'pPeut-on compter sur les plus grands pollueurs pour nous informer sur le réchauffement climatique ? La question paraît incongrue, mais elle correspond pourtant à la situation de fait dans laquelle nous nous trouvons : la première chaîne d'information en continu, BFM-TV, est dans les mains du deuxième plus gros émetteur de CO2 français, le milliardaire Rodolphe Saadé, propriétaire notamment de l'armateur CMA CGMspan class="spip_note_ref" [a href="#nb1" class="spip_note" rel="appendix" title="Selon une étude d'Oxfam et Greenpeace : « Les milliardaires français font (…)" id="nh1"1/a]/span./p
pNous avons regardé la chaîne pendant une journée entière, vendredi 26 juin, en plein épisode caniculaire. Si le constat d'ensemble est loin de concerner exclusivement BFM-TV – ou les médias des milliardaires, plus généralement –, il est néanmoins implacable : sur la chaîne info de la CMA CGM, il est itoujours/i question des conséquences des fortes chaleurs, ijamais/i des raisons pour lesquelles ces épisodes caniculaires sont plus fréquents, plus précoces et plus violents. Défilé de médecins et de policiers, décompte des morts, conseils rafraîchissement, débat sur la clim, reportages dans les hôpitaux, micros-trottoirs en jungle urbaine ou expéditions joyeuses de reporters les pieds dans l'eau… C'est une constante sur l'antenne : un « présentisme » exacerbé, qui laisse dans l'ombre les causes et les responsabilités du réchauffement, doublé d'un journalisme « de solutions », dépolitisé et axé sur la « irésilience/i » plutôt que sur les transformations structurelles, en particulier des modes de production./p
p/brstrong4h30-6h · La « pré-matinale » : « iVous vous sentez irritables ?/i »/strong/p
pSur BFM-TV, l'antenne s'ouvre à 4h30 du matin et le ton du journalisme « de proximité » auto-proclamé est donné d'emblée : « iVous vous sentez plus fatigués ou plus irritables ? C'est normal, la chaleur et les nuits trop courtes peuvent jouer sur nos humeurs !/i », lance la présentatrice avec un sourire dans la voix. La tranche info démarre avec les reportages de la rédaction, et l'enchaînement des sujets dit déjà tout de la journée qui va suivre : des touristes américains déçus que les monuments parisiens soient fermés ; des lycéens s'apprêtant « ià passer le brevet sous 40 degrés/i » ; des hôpitaux « isous tension/i » et des infirmières débordées. Les grands thèmes qui vont structurer l'antenne toute la journée sont en place. Priorité au récit platement descriptif : le sujet sur l'hôpital diffusé à 4h30 du matin, par exemple, sera le seul de la journée au cours duquel on entendra une infirmière cégétiste dénoncer ses conditions de travail. Puis, BFM-TV nous montre « ideux images importantes/i » : l'arrivée de 20 tonnes de glaçons à l'Accor Arena, « istockés sur la patinoire de Bercy/i » – l'occasion de voir le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, souriant et à pied d'œuvre ; et les premières images d'orages à Rennes./p
pRediffusés en moyenne deux ou trois fois sur la même tranche, les sujets s'enchaînent et avec eux, la télégénie du chaos : ici, la mairie distribuant des packs d'eau minérale ; là, des habitants en proie à une coupure d'électricité. L'écueil ne réside pas tant dans ces choix de sujets que dans leur mode de traitement : quelle que soit la thématique, c'est la forme « micro-trottoir » qui s'impose, au point que l'on a parfois l'impression de regarder un long bout-à-bout de témoignages incohérents. D'autant plus que le montage, qui représente la principale intervention journalistique dans la production de ces « pastilles vidéo » (à défaut d'être des reportages), n'hésite pas à mettre en avant les interventions les plus creuses et anesthésiantes, comme celle de cet habitant, privé d'eau du robinet, qui déclare en bafouillant face caméra : « iDeux litres d'eau par jour c'est un peu juste, mais ce n'est pas de leur faute, ils font ce qu'ils peuvent/i » (« iils/i » étant « les politiques »)./p
p/brstrong6h-8h · BFM Première : la chronique du pittoresque/strong/p
pLes sujets installés dans la « pré-matinale » se répètent dans la tranche suivante, avec un seul mot d'ordre : conséquences, conséquences, conséquences. Certains de ces sujets versent dans un voyeurisme malsain, sous couvert d'« humanisation » du réel. On se demande, par exemple, quelle peut bien être la valeur journalistique d'un « reportage » filmant en gros plan une personne âgée, alitée, sous assistance respiratoire, le tout habillé d'une musique angoissante… Les bandeaux défilent : « Ventilateur, clim… combien ça va vous coûter ? » ; « Canicule : pourquoi les esprits s'échauffent » ; « Les urgences vont-elles tenir ? », etc. Micros-trottoirs, duplex, retour en plateau : la mécanique bien huilée du remplissage d'antenne à peu de frais. Comme toujours, prime au spectacle et au pittoresque : nous irons ainsi trois fois dans ce petit village de Bretagne où une maison a été frappée par la foudre. BFM-TV a dépêché un « envoyé spécial » pour l'occasion. Parfois, la réalité politique entre par effraction dans l'un de ces « reportages », avant d'en être évacuée imanu militari/i. Il en va ainsi de ce sujet consacré aux récoltes agricoles : en plateau, le présentateur entend parler des « idates de récoltes décalées/i » ; le reporter, en duplex depuis un champ dans l'Essonne, renforce ce cadrage : « iOui, il va falloir s'adapter !/i » Mais dès ses premiers mots, Florent, le maraîcher bio interrogé, politise la question (avec un petit sourire en coin) : « iL'État pourrait nous aider, mais il va préférer se focaliser sur permettre l'agro-industrie [sic] qui réchauffe un peu plus la planète…/i » C'est la première fois, en trois heures d'antenne, que l'une des causes majeures du réchauffement climatique, l'agro-industrie, est mentionnée. Très loin de saisir la perche, le reporter l'interrompt immédiatement pour mieux étouffer le sujet dans l'œuf : « iEt en termes de dates de récoltes, ça va évoluer ? Là, c'est des courgettes et des courges qui sont en train d'être arrosées ?/i »/p
p/brstrong8h30 · Le face à face : « iVous avez chacun un rôle à jouer !/i »/strong/p
pL'inconséquence éditoriale se poursuit avec le « face à face » d'Apolline de Malherbe. L'invité ce jour-là est Philippe Juvin, député LR et chef des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou à Paris. Mais la présentatrice croit apparemment pouvoir séparer l'homme de l'artiste : ce n'est pas l'élu de droite qu'elle reçoit, « ic'est d'abord le médecin/i ». iA priori/i, rien de répréhensible à parler de la situation hospitalière sur l'une des tranches les plus exposées de la journée. Sauf que Philippe Juvin est aussi rapporteur du budget… lequel continue d'asphyxier l'hôpital publicspan class="spip_note_ref" [a href="#nb2" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire « PLFSS 2026 : une austérité insupportable pour les soignants », (…)" id="nh2"2/a]/span. Dans un tel cadre, nul ne s'étonnera que l'interview tourne beaucoup autour des responsabilités individuelles face à la canicule. « iAllez-y ! Vous avez chacun un rôle à jouer/i », enjoint le député LR, qui osera même cette petite facétie en fin d'entretien : « iArrêtons de chercher les responsabilités des années précédentes./i » Aucune réaction d'Apolline de Malherbe./p
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div class='spip_document_16597 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'
figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/bfm_juvin.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH282/bfm_juvin-3dfcd.jpg?1783327524' width='500' height='282' alt='' //a
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p/brstrong9h-10h · Apolline de 9 à 10 : les « idiscours abstraits/i » des climatologues/strong/p
pLe « climax » de la journée intervient dans la tranche suivante. Heureuse nouvelle : Apolline de Malherbe reçoit le climatologue et co-auteur du rapport du GIEC, Christophe Cassou. Mais sur BFM-TV le climat est une question trop sérieuse pour être laissée aux seuls climatologues : en face de lui se tient notamment l'éditorialiste « économie » maison, Emmanuel Lechypre. Arrive donc ce qui devait arriver…/p
pAlors que Christophe Cassou tente d'en venir aux causes des canicules en évoquant les émissions de gaz à effet de serre, il est interrompu par Emmanuel Lechypre, dans une séquence « Don't look up » appelée à rester dans les annales :/p
blockquote class="spip"
pstrong- Apolline de Malherbe :/strong Pourquoi on n'a pas réussi à faire quelque chose où on pouvait à la fois lutter contre le réchauffement climatique et s'adapter à l'urgence ?/p
pstrong- Christophe Cassou :/strong Parce qu'on ne nous a pas écoutés, nous, scientifiques…/p
pstrong- Emmanuel Lechypre :/strong Vous n'avez pas été très convaincants non plus, vous n'avez pas été très convaincants non plus…/p
pstrong- Christophe Cassou :/strong Attendez…/p
pstrong- Emmanuel Lechypre :/strong Attendez, nan, juste… Au sens où : effectivement, le diagnostic, il est là, mais ce qui compte aussi, c'est le relai de transmission, c'est-à-dire la pédagogie du diagnostic. Or, tous les discours qu'on a entendus, c'était des discours qui étaient très abstraits ! C'était « 2 degrés de réchauffement climatique à horizon 2100 »…/p
pstrong- Apolline de Malherbe :/strong Ben c'est pas très abstrait ça ! Franchement, c'est pas très abstrait… […]/p
pstrong- Christophe Cassou :/strong Je pense que c'est assez honteux ce que vous venez de dire là. […] Rejeter la responsabilité sur une mauvaise communication de la part des scientifiques, c'est inadmissible./p
/blockquote
pRésumons la situation : un chroniqueur économique, haut-parleur du prêt-à-penser néolibéral depuis près de quinze ans, employé de l'industriel milliardaire qui se trouve être le deuxième émetteur de CO2 en France, reproche à un auteur du GIEC d'avoir « imanqué de pédagogie/i », ce qui explique selon lui l'inadaptation du pays aux épisodes plus fréquents de canicule. Le problème, c'est le « irelai de transmission/i », soutient Lechypre, sans avoir l'air de bien réaliser qu'il en va là précisément du rôle… des journalistes. « iQui est responsable de l'information des citoyens sur un sujet à forte composante scientifique et technique ?/i, interroge ainsi Sylvestre Huet a href="https://www.lemonde.fr/sciences-au-carre/article/2026/06/30/mesinformation-climatique-qui-est-responsable_6717254_6565027.html" class="spip_out" rel="external"dans iLe Monde/i/a (30/06). iPour répondre correctement à la question, il suffit de s'interroger sur… les métiers de chacun. […] Cette transmission, c'est le métier et la responsabilité sociale de la presse./i »/p
pMoins relevée, la seconde partie de l'interpellation d'Emmanuel Lechypre mérite elle aussi son verbatim : pour l'éditorialiste, jusqu'à présent, ces épisodes climatiques, « ic'était ailleurs que chez nous, etc. […] Ce qui choque beaucoup, c'est de voir que l'Europe, c'est le continent qui est le plus frappé, alors qu'on pensait que…/i » Le réchauffement climatique était-il moins « choquant » aux yeux d'Emmanuel Lechypre lorsque ce dernier pensait qu'il ne frapperait que les Océaniens, les Africains, les Asiatiques et les Sud-Américains ?/p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/png/bfm_canicule.png' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/png" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH280/bfm_canicule-537bb.png?1783327525' width='500' height='280' alt='' //a
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pDans la suite de l'entretien, Christophe Cassou aura tout de même l'occasion d'expliquer, solennellement : « iOn marche sur deux jambes, l'atténuation et l'adaptation. L'atténuation, c'est la décarbonation. Si on coupe l'une des deux jambes, on tombe./i » Ce sera là la première et la dernière occurrence du terme « décarbonation » à l'antenne de BFM-TV, en ce 26 juin. Et là encore, plutôt que d'embrayer, Apolline de Malherbe fait marche arrière : « iEt on a l'impression que les deux jambes ne vont pas ensemble…/i » Notre observation de l'antenne de BFM-TV un jour de canicule montre, en tout cas, combien l'« iimpression/i » de la présentatrice est érigée en politique éditoriale : prioriser les sujets sur « l'adaptation » et les petits gestes de « résilience », bien souvent de la « débrouille » (pause fraîcheur lors du brevet, couvertures de survie aux fenêtres, touristes réfugiés dans la montagne, etc.) ; reléguer aux oubliettes l'information sur les perspectives structurelles de décarbonation. Un constat permet d'enfoncer le clou : Christophe Cassou sera le seul et unique climatologue invité à s'exprimer ce jour-làspan class="spip_note_ref" [a href="#nb3" class="spip_note" rel="appendix" title="Nous ne comptons pas ici les deux météorologues et l'hydrologue qui (…)" id="nh3"3/a]/span – à titre de comparaison, 20 médecins ou soignants interviendront tout au long de la journée./p
p/brstrong10h-12h · « Arnaud Direct » : la préfecture vous informe/strong/p
pEn fin de matinée, les interdictions des grands événements publics tombent : « Solidays et Marche des fiertés annulés ». Le bandeau déroulant des « Alerte Info » relaie les messages du ministère de la Transition écologique et Jérémy Trottin fait quant à lui la lecture des communiqués du préfet de Paris, qu'il découvre en direct sur son téléphone portable. Puis, c'est la commissaire divisionnaire Hélène Denéchère, porte-parole de la préfecture, qui vient directement en plateau annoncer les interdictions préfectorales. « Journalisme de préfecture » est ici un euphémisme./p
/br
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/bfm_denechere.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH282/bfm_denechere-d8637.jpg?1783327525' width='500' height='282' alt='' //a
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p/brstrong12h-14h · « Midi BFM » : « iComment ça va ?/i »/strong/p
p« iÀ chaque heure, les conséquences de la canicule/i » : c'est peu dire que la nouvelle tranche d'information annonce la couleur. Tandis que les débats de fond et l'information sur les causes ne trouvent toujours aucune place à l'antenne, les mêmes sujets sont rediffusés en boucle : épreuves du brevet, témoignages de baigneurs et, même, un micro-trottoir au principe audacieux, que Christophe Delay explicite : « iNous sommes allés à votre rencontre pour vous poser une question simple : comment ça va ?/i » Quelques minutes plus tard, cette foudre du journalisme d'investigation reçoit un météorologue, ancien fonctionnaire de Météo France devenu entrepreneur, Ruben Hallali. L'occasion d'étoffer un peu l'information ? Non : « iEn fait, si vous l'acceptez, on va parler un peu de vous/i, amorce Christophe Delay. iQu'est-ce qui vous est arrivé ?/i » « iJ'ai perdu mon grand-père lundi/i, répond Ruben Hallali manifestement ému. iJe pense que la canicule a été un accélérateur/i ». Au cours des 10 minutes (cumulées) qui lui sont accordées, le météorologue a tout de même l'occasion de placer que « iles scénarios du Giec sont clairs/i » et qu'on ne peut pas dire, comme Emmanuel Macron, que la France s'est « iadaptée/i ». Mais pour reprendre la métaphore de Christophe Cassou, BFM-TV « ne marche que sur une jambe » : il n'est toujours question que d'adaptation – surtout pas d'atténuation. Et pour légitime que soit l'approche émotionnelle dans le journalisme, on ne peut que déplorer que dix minutes d'antenne avec un météorologue soient polarisées à ce point par le registre du témoignage personnel./p
p/brstrong14h-17h · BFM Non-Stop week-end/strong/p
pNous voici dans le creux de l'après-midi. Ces trois longues heures s'avèrent extrêmement répétitives. Décompte des morts, surcharge des hôpitaux, interdictions préfectorales, déclarations ministérielles : répétez la formule jusqu'à que le temps s'écoule. Cette nouvelle tranche est l'occasion d'accentuer une tendance déjà bien entamée par les précédentes : l'omniprésence des médecins ou soignants, qui défilent à intervalles de plus en plus serrés. Pas moins de 7 médecins en 2h30 d'antenne (moins la demi-heure de publicité), soit un nouveau toutes les 21 minutes. S'il est plutôt normal qu'un jour de crise hospitalière des soignants s'expriment à l'antenne, tous sont convoqués pour faire l'état des lieux de la catastrophe, non pas pour examiner… les causes du débordement. Il ne sera à aucun moment rappelé, par exemple, que les « trous » dans les finances de l'hôpital public « is'explique(nt) par un sous-financement de l'État/i »span class="spip_note_ref" [a href="#nb4" class="spip_note" rel="appendix" title="Lire « Hôpitaux : des déficits dus en grande partie à un sous-financement de (…)" id="nh4"4/a]/span./p
p/brstrong17h-19h · « Le club BFM » : le journalisme sans concession/strong/p
pÀ 17h30, le ministre de l'Éducation Nationale Édouard Geffray arrive sur le plateau du « club BFM ». L'entretien porte en premier lieu sur les conditions dans lesquelles se tiennent les épreuves du brevet et du bac, que le ministre a choisi de maintenir nonobstant les températures. S'il est confronté à des images accablantes – des oraux du bac installés dans un parking à Rueil-Malmaison (92), par exemple –, le ministre n'est pas plus embêté que ça par les journalistes. Mieux : au bout de dix minutes, ces derniers délèguent leur rôle de contradicteurs… à des enfants. « iLes enfants des salariés de BFM, on voulait vous les présenter, M. le Ministre/i » : âgés de 4 à 9 ans, ces derniers arrivent en plateau pour questionner Édouard Geffray. « iEst-ce que vous avez la clim dans votre bureau ?/i » ; « iPourquoi quand on va à l'école, on ne travaille pas en ce moment ?/i » ; « iPourquoi y a pas la clim dans les écoles ?/i » ; « iPourquoi à la place de la clim, on ne mettrait pas des arbres dans la cour de récréation pour se mettre à l'ombre ?/i » La naïveté enfantine des questions – qui ressemblent à s'y méprendre à celles des journalistes – permet au ministre de se donner pendant quelques instants le beau rôle du professeur. Et de s'adresser indirectement aux téléspectateurs comme s'ils avaient 8 ans et demi./p
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figure class="spip_doc_inner" a href='https://www.acrimed.org/IMG/jpg/bfm_geffray.jpg' class="spip_doc_lien mediabox" type="image/jpeg" img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L500xH281/bfm_geffray-d497c.jpg?1783327525' width='500' height='281' alt='' //a
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p/brCes deux heures se terminent d'ailleurs en apothéose par un débat guère plus mature entre le député PS et candidat à l'élection présidentielle, Jérôme Guedj, et l'économiste médiatique ultralibéral Marc Touati. Un simulacre de pluralisme. Mais le dispositif est pensé pour que ça ne se voie pas trop : ces deux-là « s'affrontent » ; ils s'écharpent sur « le plan clim », les déclarations de Monique Barbut ou la dette française. Et derrière ce faux duel, l'invisible demeure : les causes parfaitement identifiées du réchauffement climatique ne sont toujours pas évoquées, pas plus que ne sont imaginées les mutations socio-économiques à même de l'« atténuer », ia minima/i…/p
p/brstrong19h-20h · « Made in Montebourg » : entre-soi entrepreneurial/strong/p
pPar charité, nous passerons vite sur l'heure qui suit, véritable tunnel de propagande entrepreneuriale, au cours de laquelle Arnaud Montebourg invite ses amis – sans les présenter comme tels –, pour vanter les mérites de l'entreprise libre, celle qui n'est pas entravée par les « icongés climatiques/i ». Hélas, l'un de ses invités, Amir Reza-Tofighi, président de la CPME (syndicat patronal rebaptisé « Entrepreneurs ») vend la mèche au bout de quelques minutes… « iQui avez-vous réussi à convaincre de faire le front du "Made in France" […] ?/i », lui demande l'ancien ministre du Redressement productif, comme si les deux ne se connaissaient pas. « iIl y a deux syndicats de salariés, CFTC et CFE-CGC ; on a différents experts… On a vous…/i », étouffe Reza-Tofighi dans un sourire. Tant pis pour les apparences… Un nouvel angle avec lequel la chaîne info entend apparemment parler « sérieusement » d'écologie : le changement climatique, « iune opportunité économique/i » si les investissements sont fléchés vers les entreprises françaises ?/p
p/brstrong20h-22h · « 20h BFM » : « iEst-ce que les magasins Leclerc sont devenus des îlots de fraicheur ?/i »/strong/p
pStop ou encore ? Réponse avec l'invité qui déboule en plateau à 20h30 : voici Michel-Édouard Leclerc. La présentatrice Alice Darfeuille tient face à elle le président du comité stratégique d'une entreprise, Leclerc, qui, en 2023, a émis 73 millions de tonnes de CO2span class="spip_note_ref" [a href="#nb5" class="spip_note" rel="appendix" title="Selon les propres chiffres du groupe Leclerc." id="nh5"5/a]/span, et se classe dernière au a href="https://reseauactionclimat.org/les-supermarches-francais-mauvais-eleves-europeens-pour-le-climat/" class="spip_out" rel="external"classement « Superlist Environnement »/a co-réalisé par le Réseau Action Climat (RAC) évaluant vingt-sept supermarchés européens en fonction de « ila conformité de leurs plans climatiques avec l'Accord de Paris/i » et « ila manière dont ils orientent leurs ventes de protéines vers davantage d'aliments d'origine végétale/i »./p
pMais bien entendu, l'entretien ne portera pas sur le poids de la grande distribution (en général) et celui de Leclerc (en particulier) dans l'empreinte climatique et les émissions de gaz à effet de serrespan class="spip_note_ref" [a href="#nb6" class="spip_note" rel="appendix" title="Voir par exemple Réseau Action Climat, « Alimentation et climat : l'heure (…)" id="nh6"6/a]/span. Florilège des questions adressées au grand patron : « iÇa va ? Vous avez la clim vous dans votre bureau ?/i » ; « iLa clim au bureau, ça ramène les salariés sur site ?/i » ; « iQu'est-ce qui vous frappe depuis le début de cet épisode caniculaire ?/i » ; « iEst-ce que comme les cinémas, les magasins Leclerc sont devenus des îlots de fraicheur ?/i » ; « iEst-ce que par exemple vous vous avez encore des ventilateurs ?/i » ; « iEst-ce que les ventes d'autres produits [ont explosé] ? Les glaces ?/i » Etc./p
pAprès 20 minutes conso-conso, Michel-Édouard Leclerc a même l'occasion de se repeindre en écolo sans que la journaliste n'y trouve à redire : « iOn a fait le pas complètement de la transition écologique, nous ne sommes pas du tout climatosceptiques, on ne reviendra pas en arrière !/i » L'occasion d'un teasing commercial pour des offres prochaines de bornes électriques… Au détour d'un développement à propos du transport de marchandises, l'héritier Leclerc évoque Rodolphe Saadé et la CMA-CGM. « iPatron de BFM-TV/i », précise aussitôt Alice Darfeuille. Et deuxième émetteur français de CO2, oublie-t-elle d'ajouter./p
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p/brAu chercheur du GIEC Christophe Cassou qui pointait un « idéni de responsabilité/i » collectif à propos du réchauffement climatique, Apolline de Malherbe répondait du tac au tac : « iJ'ai quand même l'impression qu'on en parle beaucoup./i » L'antenne « ien/i » parle en effet « ibeaucoup/i » : ce jour-là, entre 4h30 et 22h, toutes les émissions sont en « édition spéciale canicule ». Mais le bilan est sans appel : BFM-TV n'a traité ique/i des conséquences immédiates de ce nouvel épisode caniculaire, jamais de ses causes ni des transformations structurelles nécessaires pour l'enrayer. Si bien qu'un téléspectateur assidu serait bien en peine, au terme de cette journée, d'exposer ce qu'il a appris à propos de la récurrence et de l'intensification de ces épisodes. Un constat édifiant suffit à mesurer ce trou noir informationnel : au cours de ces 17h30 d'antenne, le mot « idécarbonation/i » n'a été prononcé qu'une seule fois, à l'initiative de Christophe Cassou. Laisser dans l'ombre l'information de fond sur le réchauffement climatique ? Voilà qui ne doit pas déranger le propriétaire de la chaîne./p
p/brstrongJérémie Younes/strong/p/div
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div class='rss_notes'div id="nb1"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh1" class="spip_note" title="Notes 1" rev="appendix"1/a] /spanSelon une étude d'Oxfam et Greenpeace : « a href="https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2022/02/rapport_milliardaires_carbone220222.pdf" class="spip_out" rel="external"Les milliardaires français font flamber la planète et l'Etat regarde ailleurs/a », février 2022./p
/divdiv id="nb2"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh2" class="spip_note" title="Notes 2" rev="appendix"2/a] /spanLire « a href="https://www.humanite.fr/social-et-economie/plfss/plfss-2026-une-austerite-intolerable-pour-les-soignants" class="spip_out" rel="external"PLFSS 2026 : une austérité insupportable pour les soignants/a », iL'Humanité/i, 16/12/2025./p
/divdiv id="nb3"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh3" class="spip_note" title="Notes 3" rev="appendix"3/a] /spanNous ne comptons pas ici les deux météorologues et l'hydrologue qui défileront au cours de la journée, tous trois venus (et présentés) en tant qu'entrepreneurs « conseils » dans leurs domaines respectifs. Ils n'aborderont pas plus que les médecins le thème des émissions de gaz à effet de serre./p
/divdiv id="nb4"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh4" class="spip_note" title="Notes 4" rev="appendix"4/a] /spanLire « a href="https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/02/21/hopitaux-des-deficits-dus-en-grande-partie-a-un-sous-financement-de-l-etat_6667686_3224.html" class="spip_out" rel="external"Hôpitaux : des déficits dus en grande partie à un sous-financement de l'Etat/a », iLe Monde/i, 21/02/2026./p
/divdiv id="nb5"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh5" class="spip_note" title="Notes 5" rev="appendix"5/a] /spanSelon a href="https://www.lefigaro.fr/flash-eco/le-distributeur-e-leclerc-veut-diviser-par-deux-ses-emissions-de-co2-d-ici-2035-20250415" class="spip_out" rel="external"les propres chiffres/a du groupe Leclerc./p
/divdiv id="nb6"
pspan class="spip_note_ref"[a href="#nh6" class="spip_note" title="Notes 6" rev="appendix"6/a] /spanVoir par exemple Réseau Action Climat, a href="https://reseauactionclimat.org/publications/alimentation-et-climat-lheure-des-comptes-pour-les-supermarches/" class="spip_out" rel="external"« Alimentation et climat : l'heure des comptes pour les supermarchés »/a, 2023./p
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sam, 2026-07-04 11:19
img src='https://www.acrimed.org/local/cache-vignettes/L150xH84/blast8-376a3.jpg?1783156750' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt="" /
div class='rss_chapo'pHuitième épisode de a href="https://www.acrimed.org/+-Acrimed-sur-Blast-+"« 4e pouvoir »/a, l'émission vidéo d'Acrimed sur Blast./p/div
div class='rss_texte'iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/NrWl84bQRPY?si=iDoSRhQ_IEB7de2S" title="YouTube video player" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen/iframe/div